dimanche 8 septembre 2024

L'erreur de Dieu

Dieu n'aurait-il pas fait une lourde erreur lors de la création ? On se le demande en voyant l'attitude de tant de régimes théocratiques vis-à-vis des femmes. Il n'est pas que les talibans qui les haïssent et veulent les cacher. Eux, c'est totalement : ils veulent les invisibiliser. Mais le régime iranien n'est pas en reste. Pas plus que l'Algérie, le Maroc, le Pakistan, le Yemen, l'Egypte, l'Arabie saoudite et tant d'autres pays où les gouvernements ont mis Dieu au pouvoir pour pouvoir mieux asservir les femmes.
En Iran récemment, une femme a reçu dans la moelle épinière une balle tirée par un policier. Elle avait eu l'outrecuidance de conduire sa voiture sans voile. "C'est bien le signe que le régime n'a aucune intention de lâcher sur la question du voile, affirme Shirin Ebadi (ancienne juge, exilée en Grande-Bretagne, Prix Nobel de la Paix), parce qu'il est très clair que le voile est désormais devenu la bannière du combat contre le système en place." (2)
La dessinatrice marocaine Zainab Fasiki défend les droits des femmes et la laïcité. "Quand on est une fille, il faut toujours penser à l'honneur de la famille. J'avais la rage, alors j'ai commencé à publier des dessins de femmes nues sur les réseaux sociaux. Ça a suscité énormément de réactions. Je voulais montrer que le corps féminin n'est pas libre. Mais pourquoi associer forcément le corps des femmes à la sexualité ? Je voulais montrer que le corps féminin peut être un objet artistique, et pas seulement un objet sexuel." Zainab Fasiki a publié une bande dessinée sur le corps et la sexualité (3) et créé une plateforme pour permettre aux jeunes d'accéder à l'éducation sexuelle. Elle est censurée en Egypte, sait qu'elle pourrait être arrêtée en Algérie et est menacée de mort par les islamistes au Maroc.
"Ici, ce n'est pas un endroit pour toi, c'est un couloir d'épines que de vivre pour une femme dans ce pays", dit Aube, la narratrice de "Houris", (5) au fœtus qu'elle porte. Plus loin, elle lui dit encore : "Une femme ne voyage pas seule en Algérie, encore moins un jour de Sacrifice. Il y a des choses que tu ne pourras jamais faire si tu viens dans ce monde. Par exemple, déambuler seule sous l'averse, t'asseoir seule sur un banc face à une montagne qui refuse de te parler, dans un jardin public. Ou bien t'habiller selon tes envies, rire dans la rue, ou encore remercier un inconnu qui te collera dans le dos en croyant que tu es une prostituée, car tu a été gentille comme une plante d'intérieur. (...) Il y a des choses que Dieu nous interdit : (...) hériter d'une part égale à celle de l'homme, s'épiler pendant le mois du jeûne, montrer ses bras nus ou encore élever la voix, chanter dans la rue, fumer des cigarettes, boire du vin, répondre aux coups de pied". 

Selon certains islamistes, une femme qui ose montrer ses bras nus ou ses cheveux serait possédée par le diable. C'est donc que Dieu a fait une erreur. Il aurait dû faire naître la femme toute habillée et sans cheveux. S'il n'avait pas voulu que les hommes voient le corps des femmes il l'aurait d'emblée couvert.
Mais peut-être tous ces barbus qui obligent les femmes à se voiler la tête ou même l'ensemble du corps ne sont-ils que des blasphémateurs qui insultent la création divine. Et, après tout, si on va au bout d'une logique qu'ils n'ont pas mais exercent cependant : Dieu n'aurait pas dû créer les femmes. Laisser entre eux ces hommes que révulse le corps d'une femme et qu'ils sont prêts à violenter s'ils le voient. 

(1) (Re)lire sur ce blog "Terre des hommes", 31.8.2024.
(2) "En Iran, les violence et la répression contre les femmes sont plus féroces que jamais", Charlie Hebdo, 21.8.2024.
(3) Zainab Fasiki, "Hshouma. Corps et sexualité au Maroc", Massot Editions.
(4) "Pourquoi associer forcément le corps des femmes à la sexualité ?", Charlie Hebdo, 4.9.2024.
(5) Kamel Daoud, "Houris", Gallimard, 2024.

Charlie Hebdo vient de publier un hors-série : "Iran - Les femmes ne lâchent rien".

(Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2013/07/la-femme-nest-pas-un-homme-comme-les.html

mardi 3 septembre 2024

Devenir calife à la place du calife

On l'a déjà écrit ici et d'autres avec nous : la France a un curieux rapport à la démocratie. La fonction de président de la République y est décriée. A raison, tant le président ressemble à un monarque élu qui fait la pluie et le beau temps. Les parlementaires de tous bords demandent à exister face à un président omnipotent. Et les voilà qui laissent passer l'occasion, attendant de lui qu'il nomme un premier ministre, alors que, pour la première fois, l'initiative pourrait venir d'eux. Mais chacun reste coincé dans son rôle. Les élus attendent la décision du roi qu'ils critiquent, voire maudissent, alors qu'ils pourraient - ou auraient pu - prendre, pour une fois, les devants. Des parlementaires de différents bords auraient pu poursuivre sur la lancée du front républicain (seul vainqueur de l'élection, comme le relevait un analyste) qui, au second tour des élections législatives, a permis d'éviter la victoire de l'extrême droite. Ils auraient pu se concerter, négocier, trouver des compromis et couper l'herbe sous le pied de ce président aussi arrogant que maladroit en lui présentant un projet de gouvernement avec un programme négocié.
Evidemment, le processus serait inédit dans cette France qui cultive l'art de la conversation mais se refuse au dialogue. Les différentes composantes de la gauche se sont enfermées dans une union avec une France aussi insoumise qu'infréquentable par ses excès et ses prises de position nauséabondes et continuent à faire semblant de croire qu'on peut gouverner sans majorité. Le Nouveau Front populaire s'entête à vouloir confondre arriver en tête et être majoritaire. A gauche comme à droite, on se drape dans ses positions, considérant que tout compromis est une trahison de ses idéaux et de ses principes. Et pourtant, le compromis est l'essence même de la démocratie. Tout couple, toute famille, tout groupe d'amis, toute association, de nombreuses équipes de travail fonctionnent par compromis. L'absence de compromis s'apparente au contraire à l'autocratie. On touche ici aux contradictions de certains qui ne voudraient surtout pas qu'on leur reproche d'avoir laissé passer des projets contraires aux leurs, ce qui leur barrerait la route vers leur objectif principal : occuper enfin la fonction tant critiquée, devenir en 2027 président de la république.

A lire à ce sujet :
https://www.telos-eu.com/fr/les-trois-meprises-du-parti-socialiste.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/08/25/un-accord-de-non-censure-serait-la-seule-issue-pour-sortir-de-la-crise-politique_6293871_3232.htmlhttps://www.lemonde.fr/idees/article/2024/08/27/une-situation-politique-inedite-et-dangereuse_6296753_3232.html

Post-scriptum :
Extrait d'un article du Monde du 13.9.2024 :
" « Si une discussion approfondie entre partis avait abouti à la rédaction d’un contrat de gouvernement, Emmanuel Macron n’aurait pourtant pas eu le choix : il aurait été obligé de nommer le chef de cette coalition à Matignon, analyse le constitutionnaliste Denis Baranger. Le problème, c’est qu’en France les élus semblent tout ignorer du mode d’emploi d’une coalition. »
Emmanuel Macron n’a pas semblé plus inspiré : s’il a invité les responsables politiques à bâtir des compromis, il a été incapable de renoncer à sa conception jupitérienne de la présidence."
https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/09/13/coalitions-politiques-un-blocage-francais_6316608_823448.html

dimanche 1 septembre 2024

Des nouvelles de la France profonde

Une bonne nouvelle pour les chasseurs en est une mauvaise pour la faune. Les sangliers ont un peu plus de souci à se faire. Voilà que le préfet de l'Indre a mis en place un nouveau dispositif spécifique : « les battues affinitaires » qui permettent aux détenteurs de droit de chasse d'organiser eux-mêmes (sous certaines conditions cependant) "ces battues affinitaires qui seront proposées par les lieutenants de louveterie".
Le président de la fédération départementale des chasseurs de l’Indre, de son côté, préfère parler de « battues de solidarité ». Peut-on s'opposer à une battue ainsi nommée ?
On ne sait d'où vient ce terme d'affinitaire. Peut-être de l'affinité qu'ont les chasseurs pour les cochons sauvages qu'ils sont nombreux à nourrir alors que la nature l'a toujours fait. Le nourrissage augmente leurs populations, ce qui ne fait pas l'affaire des agriculteurs mais bien des chasseurs. On sait qu'ils ne tuent pas, ils "régulent". Un euphémisme comme on les aime aujourd'hui. Ils vont pouvoir organiser des massacres de régulation et seront largement payés pour ce faire. 
"L'objectif, explique l'arrêté préfectoral, est d'augmenter significativement la pression de chasse avec une ambition de porter la fréquence de chasse toutes les 4 semaines : les dégâts aux cultures et aux prairies doivent absolument diminuer. Un soutien financier conséquent  [1 706 000 €] a été accordé à la fédération départementale des chasseurs pour compenser les surcoûts liés aux indemnisations et lui permettant ainsi de renforcer ses actions de régulation." 
Certains spécialistes constatent que plus on tue de sangliers, plus souvent ils se reproduisent. Le cycle est sans fin. Et coûte une fortune à la collectivité.
Ce dispositif est pour nous l'occasion d'apprendre qu'il y a toujours en France des lieutenants de louveterie, un terme qui sent l'ancien régime. Mais la chasse elle-même, qui reste en France plus qu'ailleurs une activité intouchable, transpire le conservatisme. 

Voilà des nouvelles de la France profonde. Mais comment appelle-t-on l'autre France ? La France légère, la France de surface, la France superficielle ?

samedi 31 août 2024

Terre des hommes

Dans la série "C'était mieux avant", voici le retour de l'apartheid. En Afghanistan. Il n'est pas fondé sur la race ou la couleur de la peau, mais sur le genre. Les hommes considèrent les femmes - leurs mères, leurs sœurs, leurs épouses, leurs filles - comme des sous-êtres humains, sans droits. L'apartheid est de retour et le monde regarde ailleurs.

Des femmes afghanes le chantent sur les réseaux sociaux pour défier les talibans : elles sont prisonnières dans leur maison parce qu'elles ont commis le crime d'être femmes. Le régime islamiste leur interdit de chanter, de réciter de la poésie, de lire en public, de se parfumer, de se maquiller, de regarder des hommes ou des photos d'êtres vivants( les talibans sont-ils des êtres vivants ?), de sortir seules, de travailler, d'aller à l'école au-delà de l'âge de douze ans. A l'inverse, elles ont l'obligation de sortir avec un homme pour faire leurs courses en étant alors intégralement voilées. La charia a encore été renforcée dans la cadre "de la prévention du vice et de la promotion de la vertu".

Il y a quelques mois, l'ONU invitait ces inconciliables à une conférence de réconciliation dans la perspective de réintégrer leur pays dans la communauté internationale. En trois ans, les Etats-Unis ont versé 21 milliards de dollars d'aide au gouvernement taliban pour éviter l'effondrement de la société afghane. Ce qui n'a rien évité : le pays est devenu celui d'une société inhumaine où le virilisme est poussé à son paroxysme et où les femmes ont le devoir de disparaître et sont quasiment tenues en esclavage.
On en rêve : les Afghanes, toutes les Afghanes, devraient pouvoir fuir leur pays, laisser ces mâles arriérés entre eux. Ils seraient obligés de manier autre chose qu'une kalashnikov et un fouet : une brosse à vaisselle, une louche, un aspirateur. Ces grands garçons brutaux apprendraient à vivre, ils deviendraient autonomes. Et peut-être un peu moins stupides et infects ?

Ici, ce n'est pas un endroit pour toi, c'est un couloir d'épines que de vivre pour une femme dans ce pays.
Kamel Daoud, extrait de son dernier roman "Houris" (dont l'action se passe en Algérie et revient sur la guerre civile des années 1990). (Gallimard, nrf, 2024)

https://www.arte.tv/fr/videos/117014-175-A/arte-journal-30-08-2024/

 

mercredi 28 août 2024

Corée du monstre

De nombreux Etats se disputent la palme du pire. La Corée du nord pourrait revendiquer la médaille d'or, même si la concurrence est rude. Le stalinisme dans ses pires absurdités y est de stricte application.
Récemment, on apprenait (1) que la « coupe en coq » et les « vêtements qui montrent la peau » n’y sont plus tolérés. Ce sont des « phénomènes antisocialistes ». Les personnes qui les arboreraient non seulement devront se faire couper les cheveux, mais surtout risquent d'être condamnées à trois à six mois de camp de travail ou même de rééducation idéologique en prison.
Etonnamment, cette coiffure et ces vêtements sont ceux de Sol Ju, la femme de Kim Jong Un, de leur fille Kim Ju-ae et d'une ancienne chanteuse devenue assistante du grand chef. Il serait donc antisocialiste de leur ressembler. Il est également interdit de porter un trench en cuir, privilège réservé au grand timonier.

Ce régime fou furieux s'en prend aussi à ses sportifs.
"Comme à chaque retour de compétition à l’étranger, les sportifs nord-coréens sont soumis à une « évaluation idéologique » visant à les « nettoyer » de « l’exposition à une contamination » à l’étranger", rapporte The Telegraph, cité par la Voix du Nord (2). « L’évaluation commence dès le retour des athlètes chez eux. Ils doivent “nettoyer” leur idéologie le plus vite possible », a expliqué un haut responsable nord-coréen anonyme au Daily NK. C'est que les Nord-Coréens reviennent forcément "contaminés" de l’étranger où ils auront été exposés à des cultures non socialistes. "L’enquête vise à déterminer si les athlètes ont changé de comportement d’un point de vue idéologique depuis leur départ du pays et à déceler tout comportement contraire aux directives ou à la propagande du parti. Il leur est par exemple défendu de fréquenter des sportifs de Corée du Sud. Des sanctions sont appliquées pour tout comportement problématique." Et c'est ce qui est arrivé à des pongistes nord-coréens qui, après une rencontre pour une médaille avec leurs collègues sud-coréens, ont eu l'outrecuidance de faire, en riant (outrage suprême) un selfie avec leurs voisins. Ils ont reçu « une évaluation idéologique négative ». « Les autorités nord-coréennes considèrent (ce selfie) comme un faux pas qui pourrait avoir de graves conséquences pour les athlètes. »
En 2010, le sélectionneur de l’équipe de football national, Kim Jong-Hun, avait été reconnu coupable de trahison  : son équipe n'avait pas passé le premier tour de la Coupe du monde. Les joueurs et lui avaient été insultés par quatre cents personnes pendant six heures et le sélectionneur avait été condamné à travailler sur un chantier pendant 12 à 14 heures par jour pendant une période non précisée.

S'habiller légèrement, se coiffer selon ses envies, rire, fraterniser, pratiquer un sport sans gagner, voilà autant d'attitudes antisocialistes dans ce pays de cauchemar dont les habitants ne sont pas près de sortir de l'enfer.
Et Willy Burgeon qui n'est plus là pour qualifier de "propagande" (3) les critiques adressées à ce régime fou !

(1) https://www.20minutes.fr/monde/4106315-20240820-coree-nord-desormais-interdit-avoir-coupe-cheveux-habits-fille-kim-jong
(2) https://www.lavoixdunord.fr/1496005/article/2024-08-27/paris-2024-les-pongistes-nord-coreens-menaces-de-sanction-apres-leur-selfie-avec
(3) Voir l'incroyable émission Strip Tease réalisée par Philippe Dutilleul "Une délégation de très haut niveau" :  https://www.youtube.com/watch?v=ybtEehGAXMg



 

vendredi 2 août 2024

Des nouvelles de la France profonde

C'était la fête il y a quelques jours dans le village de C., en Haute-Vienne. Au programme : une brocante, comme dans toute fête digne de ce nom ; une exposition de matériels agricoles ; des baptême en paramoteur (une catégorie d'ulm) ; un concours de pêche ; une messe ; un combat de catch ; de la danse country ; un dîner-soirée dansante avec un bœuf à la broche (qui, lui, ne sera pas à la fête) ; et un feu d'artifice pour terminer cette belle journée.
Dans trois semaines, ce sera la fête au village de L. en Indre. L'Amicale des Donneurs de Sang y organise, comme chaque année, sa "Journée Entrecôtes". Saignantes comme il se doit.
On entend les appels, un peu partout, à diminuer nos consommations de viande. En particulier, de viandes rouges. Mais la tradition assourdit les campagnes.

Voilà des nouvelles de la France profonde. Mais comment appelle-t-on l'autre France? La France légère, la France de surface, la France superficielle?


lundi 29 juillet 2024

Rien qu'une chanson

Quand on est artiste, on a le droit d'être insultant et sexiste. C'est ce qui ressort de déclarations de la patronne des Verts français, Marine Tondelier. Une vingtaine de rappeurs français avait, avant le second tour des législatives, sorti un morceau de rap intitulé No Pasaran. Leur objectif : appeler les jeunes à aller voter pour faire barrage au RN. Les textes mêlent appels à voter contre le RN et dénonciation des Le Pen, Bardella et Zemmour, ainsi que de l'attitude des policiers vis-à-vis des jeunes de banlieues, mais aussi appels à "niquer" "tous ces députés, on sait qu'ils manipulent les statistiques" ainsi que l'imam Chalgoumi ou la mère de Jordan Bardella. Marion et Marine Le Pen y sont traitées de "putes". L'ensemble du texte donne un salmigondis peu ragoutant dont on n'est d'autant moins sûr qu'il rencontre l'objectif fixé qu'il donne dans le sexisme, l'antisémitisme, l'appel à la violence, le complotisme.
Mais c'est normal : "les codes du rap sont comme ça : c'est violent pour les femmes, explique Marine Tondelier. Les personnes qui chantent sont des artistes, ils ne se présentent pas à une élection" (1).
On comprend par là que les artistes doivent avoir une liberté d'expression totale : le droit d'être sexistes, antisémites et donc racistes aussi, suppose-t-on. Comment prendre encore au sérieux les indignations de la même responsable politique face à d'autres agressions verbales ? Comment la croire quand elle dénonce le sexisme ou l'antisémitisme ? Suffit-il de s'exprimer artistiquement pour avoir droit à tous les excès, même les plus haineux ?

Extraits :
[Alkpote] J'recharge le Kalachnikov, en Louis Vuitton comme Ramzan Kadyrov (Clique, clique) Nique l'imam Chalgoumi et ceux qui suivent le Sheitan à tout prix (Trogneux) Marine et Marion, les putes, un coup de bâton sur ces chiennes en rut (Vlan) On continue la lutte, bientôt, on va célébrer leur chute (Tchin) Nique tous ces députés, on sait qu'ils manipulent les statistiques (Menteurs) Y a rien de magnifique, nous on fait de la violence artistique (Sale) Font du mal à nos enfants, ils veulent nous injecter une puce dans l'sang (Antéchris) DJ Kore le commandant, on vient pour projeter une vue d'ensemble (Tounsi)
[Cokein] Des racistes en rafale, je sais que les médias en raffolent / J'vois des corps au sol, l'être humain n'a plus d'corazón / Espèce de franc-maçon, tu te nourris du sang qu'tu consommes / Dans leurs ambassades, c'est le Sheitan qui les passionne / Ouais, la France, c'est nous (C'est nous), fuck Eric Zemmour / Pas besoin d'chercher des rimes, ils tournent à l'heure du ftour / Tu sais qu'c'est ça qui est terrible, ils nous font des longs discours /La France, ça d'vient l'Amérique, peur qu'elle tombe après les deux tours

(1) BFMTV, 3.7.2024, cité par Charlie Hebdo, 10.7.2024.

mercredi 24 juillet 2024

Savoir s'effacer

Difficile de se rendre compte soi-même qu'on a dépassé sa date de péremption. On voit et a vu tant de chanteurs et chanteuses à la voix chevrotante déclarer que le mot retraite n'appartient pas à leur vocabulaire et que quitter la scène serait mourir. Et leurs fans d'affirmer sans le moindre doute qu'ils ont gardé la voix leurs vingt ans. Il n'y a qu'eux pour ne pas trouver leur idole pathétique et ne pas entendre ses fausses notes.

Joe Biden a eu beaucoup de mal à admettre qu'il a passé la limite au-delà de laquelle son ticket n'est plus valable. Il mettait en avant son bilan, que beaucoup d'observateurs s'accordent à trouver bon en effet, sans (vouloir) voir que son état de santé ne pouvait lui laisser espérer semblable bilan après un deuxième mandat qui risquait d'effacer le premier.  
Sous pression et après un débat totalement raté avec son dingue d'adversaire, il a donc fini par jeter l'éponge. Les Démocrates (et les démocrates un peu partout à travers la planète) se remettent à espérer, maintenant qu'il apparaît que sa vice-présidente Kamala Harris sera, selon toute vraisemblance, la candidate démocrate.
Biden pensait que puisqu'il avait déjà battu Ubu Trump l'épisode allait se répéter, sans voir que les années avaient exercé sur lui-même un poids considérable et que le Biden de 2024 n'est plus celui de 2020. Le constat est difficile à avaler et la décision pénible à prendre, mais elle est d'autant plus méritoire. Biden restera dans l'Histoire comme un bon président, qui aura eu le courage (même si c'est sous la pression) de s'effacer pour le bien commun et permettre, espérons-le, aux Démocrates de conserver le pouvoir et d'empêcher Crazy Don de nuire aux Etats-Unis et à la planète entière.

En prenant un peu de recul, on se dit qu'un autre nuisible qui voit ses plans contrariés en ce moment, c'est le tueur en série Poutine. Il espérait la victoire du FN-RN en France et il l'a dans le baba, et voilà qu'aux Etats-Unis son ami Trump n'a plus le boulevard qu'il s'imaginait. 
On voit par là qu'il ne faut jamais désespérer.

Mourir, cela n'est rien
Mourir, la belle affaire 
Mais vieillir, vieillir...
Jacques Brel, "Vieillir"

vendredi 19 juillet 2024

Le Parrain

Evidemment, c'est difficile pour un stalinien (caractériel de surcroît) de comprendre les règles du jeu. Les chiffres, Mélenchon les lit à sa façon : 182 élus de l'union de la gauche sur 577 députés représentent pour lui la majorité. Il semble de plus en plus ignorant des règles élémentaires de la démocratie.
Mélenchon est partout, il éructe, il rugit, il menace. Ivre de lui-même, il semble prendre plaisir à jouer les gourous, à s'inviter là où il n'a plus rien à faire. L'homme n'a plus aucun mandat, mais il prend toute la place, met dans l'ombre tous les élus du parti qu'il ne dirige plus. Il parle pour l'ensemble de la gauche. Il est comme ces patrons qui ont pris leur retraite après avoir cédé leur entreprise à d'autres, mais qui sont tous les jours dans les bureaux et les ateliers pour expliquer comment il faut travailler, pour féliciter les uns et tancer les autres, pour rencontrer les clients, les actionnaires, et même la presse. Un poids lourd encombrant qui prétend qu'il a gagné, qu'il est incontournable, que c'est le programme de la gauche, tout son programme, rien que son programme qui sera appliqué, même si celle-ci est loin, très loin de la majorité. Il se rend insupportable (et semble prendre plaisir à l'être). On comprend que plusieurs de ses élus lui aient désormais tourné le dos.

Dans sa dernière édition (1), Charlie Hebdo consacre trois pages à Mélenchon, l'homme qui avance masqué, le militant lambertiste qui n'a sans doute jamais rompu avec le sulfureux et souterrain Parti ouvrier indépendant (POI), héritier de l'Organisation communiste internationale (OCI). "Le fait est que, dès 2017, le POI-OCI soutient Mélenchon dans toutes ses entreprises. Peu à peu, et sur la seule décision de Mélenchon, le mouvement lambertiste devient l'un des soubassements de LFI." Ce dernier fonctionne d'ailleurs comme le POI : sans démocratie interne. "A la mi-mai (2023), 370 membres et cadres de LFI au départ signent un appel qui constate l'absence totale de démocratie entre les décideurs et les militants de terrain, dénonçant la nomination des porte-parole sans consultation des militants." Réflexion d'un élu recueillie par Le Monde : "LFI, c'est la propriété privée de Jean-Luc. Il a l'argent et choisit la couleur des volets. Le concierge, c'est Manu." Manuel Bompard, la voix de son maître, l'homme lige du marionnettiste, un zombie qui n'exprime aucune émotion, le petit doigt sur la couture du pantalon. Les militants du POI noyautent les structures départementales de LFI, explique encore Fabrice Nicolino dans Charlie. "Beaucoup des opposants soupçonnent Mélenchon de vouloir se créer un micro-parti à sa botte, qui contrôlerait définitivement LFI avec un lot d'idiots utiles, capables d'avaler toutes les couleuvres. LFI présentée par Mélenchon comme un mouvement gazeux, est confrontée à une organisation dure comme la pierre."
Le dossier de Charlie Hebdo se poursuit avec une démonstration du racisme, de l'homophobie et du machisme historiques de l'OCI ; avec le "répugnant hommage" que Mélénchon a rendu à son camarade Charb, directeur de Charlie, massacré par des islamistes ; avec la cécité volontaire de Mélenchon sur la Chine et la Russie ; avec la main mise, en 1991, de Mélenchon et Dray sur l'ONG Terres des Hommes. 

Après lecture de ce dossier, ceux qui n'aiment pas le gourou le détesteront un peu plus. Ceux qui le vénèrent y trouveront matière à défendre un peu plus leur grand maître. Il fait peur au système, diront-ils, voilà pourquoi on l'attaque autant. Oui, il fait peur au système démocratique. Il est temps que les partis de gauche échappent au terrorisme intellectuel qu'exerce sur eux le grand manipulateur. 

(1) n° 1669, 17.7.2024.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/01/23/trotskisme-histoires-secretes-melenchon-et-l-heritage-lambertiste_6212511_3232.html


mardi 16 juillet 2024

Assumer

Un rappel pour les lecteurs de ce blog, une information pour celles et ceux (de plus en plus nombreux, et je m'en réjouis) qui le découvrent : les commentaires y sont évidemment les bienvenus et les échanges souhaités, mais pour être publiés ces commentaires doivent être signés. Ça ne tombe pas sous le sens de tout le monde, mais sous le mien, oui. Un texte non signé n'existe pas. Je ne discute pas avec les fantômes. Je n'y crois pas. 
Un jour, un commentateur anonyme auprès de qui j'avais formulé cette demande m'a demandé de quelle névrose je souffrais pour refuser l'anonymat. Je lui ai retourné la question : pourquoi se promener en burqa sur Internet ? Je n'ai plus eu de ses nouvelles.
J'avais un jour publié un commentaire anonyme qui critiquait ce que j'avais dit. J'en avais profité pour préciser ma pensée. Le courageux anonyme m'avait répondu : "c'était pour rire, on se connaît". Je lui ai répondu : "non, on ne se connaît pas. Toi, tu sais qui je suis, mais moi, je ne sais pas qui tu es. Nous ne sommes pas à égalité". Ce serait comme ouvrir sa porte et tomber sur quelqu'un de masqué qui s'invite dans votre salon pour discuter. Quel intérêt y aurait-il à échanger avec quelqu'un qui se cache peureusement ? 
De plus, d'un anonyme à l'autre, comment savoir qui est qui ? On se perd dans le brouillard. D'autant que, dans leurs propos, souvent les anonymes restent nébuleux.
Signer, c'est assumer ce qu'on écrit.

(Re)lire sur ce blog :