mercredi 30 novembre 2011

Pathologies partagées

Il passe en trombe devant l'école, frôlant des étudiants qui ont le malheur de converser sur la voirie, à deux pas (pas plus) du minuscule trottoir. L'un d'eux lui fait signe de se calmer. Il fait marche arrière, sort comme un furieux de sa voiture et empoigne un des étudiants. Il en a assez de ces bougnoules, dit-il, sans que personne ne comprenne de qui il parle ni pourquoi il se met dans un tel état, qui apparaît second. Ou pire. Sa femme n'est pas en reste. Se montre aussi menaçante. D'ailleurs, elle a déjà agressé précédemment à coups de parapluie une étudiante qui avait le toupet de rire dans la rue et en plus de ne pas avoir la peau claire. Ce qui lui est insupportable. L'étudiante a dû se faire soigner à l'hôpital.
Le lendemain, il revient à l'école, s'en prend à la secrétaire. Un de ces jours, assure-t-il, il jouera aux quilles avec ces étudiants qui ont le culot de stationner sur la rue. Et tous ces bougnoules, ces Arabes, ces Français feraient bien de rester chez eux, plutôt que de profiter de l'argent des Belges.
Le policier qui enregistre la plainte pour menace et racisme se montre compréhensif. A son égard: si les étudiants gênent le passage, il y a de quoi s'énerver, estime-t-il.
On voit par là que la haine et la connerie ordinaires ont de beaux jours devant eux.

lundi 28 novembre 2011

Livre ou verre

L'image est devenue récurrente. On pourrait la croire d'Epinal, ne serait l'époque. Elle n'en est pas moins idiote. Voulez-vous montrer à la télévision que telle personne interviewée, sociologue, politologue, psychologue ou quelque métier en logue, a écrit un livre? Montrez-la lisant son propre livre. Ce qui n'a évidemment aucun sens. Ce qui sent la mise en scène sans idée. Les auteurs de livres passent-ils leur temps à lire leurs propres livres? On leur conseillerait d'en lire d'autres. Pour s'ouvrir l'esprit, par exemple. On voit par là que certains réalisateurs et/ou journalistes devraient ouvrir le leur.

Le livre électronique va tenter son entrée en force sous le sapin de Noël cette année, nous dit-on (1). Certains lecteurs font de la résistance, ils préfèrent le papier. On les rejoint. Lire un livre sur écran, c'est comme boire du vin dans un gobelet en plastique. Où est le plaisir? Sauf si c'est une piquette. D'ailleurs, l'auteur interviewé était justement Marc Lévy. Il disait que l'important, c'est de lire. Oui, mais avec plaisir, lui répète-t--on, et pour découvrir des saveurs sans précédent (comme dit Jean-Claude Pirotte).

(1) JT de France 2, 28 novembre 2011

dimanche 27 novembre 2011

Propos de comptoir

"On ne peut pas retourner à l'époque de la bougie." C'est là l'argument choc qu'a trouvé le président Sarkozy pour défendre le secteur nucléaire, légèrement menacé par la gauche. C'est réjouissant: on se dit que Jean-Marie Happart aurait pu être président de la république française, lui qui maniait le même type d'arguments au cours du débat sur la sortie du nucléaire au Sénat belge en 2002. Hors le nucléaire, il n'y aurait donc que la bougie. Peut-on se permettre de suggérer au président français qu'il devrait s'informer quelque peu? Le soleil, le vent, l'eau, la biomasse permettent aujourd'hui de produire de l'énergie, via des techniques performantes et de plus en plus fines. Si le nucléaire devait être démantelé, "c'est l'indépendance énergétique de notre pays qui est menacée", a déclaré un député UMP (1). On ignorait que la France produisait de l'uranium et qu'elle ne pouvait disposer de vent, ni de soleil, ni d'eau, ni de biomasse. Le président Sarkozy affirme aussi que personne en France ne réclame la fin du nucléaire. On ne connaît pas l'avis de l'opinion publique française sur la question, mais un récent sondage (2) fait apparaître que 66% des Belges "se déclarent favorables à la fermeture des trois plus anciens réacteurs nucléaires du pays en 2015". On doute que les Français soient plus aveugles et confiants que les Belges. Argument ultime du président français: la fin du nucléaire signifierait la disparition de 400.000 emplois. Peut-on, une fois encore, suggérer au président (mais on sait qu'il est très occupé et n'a pas que cela à faire) de s'informer? Le développement des énergies vertes en Allemagne a généré 700.000 emplois nouveaux. Mais la vraie question, c'est "y aura-t-il de la neige pour Noël?" (1). Il n'y en a pas pour l'instant dans la station la plus élevée d'Europe, celle de Val Thorens. Sinon une maigre neige produite par des canons artificiels. On comprend par là que le nucléaire est indispensable. Veut-on mettre fin à la pratique du ski? Hein, c'est ça qu'on veut? Résumons-nous: la neige est artificielle, la bêtise est culturelle. Quant à la nature, elle fera ce qu'elle pourra. 

P.S.: nucléaire et bougie ne sont pas opposés, on peut avoir les deux en même temps. Les Japonais peuvent en témoigner. Voir "Nucléaire? Décidément, non merci!", billet du 19 juin 2011.
(1) JT France 2, 26 novembre 2011
(2) sondage commandé par Greenpeace, voir LLB, 26 novembre 2011

vendredi 25 novembre 2011

Schizophrénie

Régulièrement, les bourgmestres de ce qu'il faut (1) maintenant appeler la Wallonie picarde se réunissent. Sous la présidence de celui d'entre eux qui n'est plus bourgmestre (2), à savoir Rudy Demotte, petit père de cette même Wapi chérie (3). Ce fut encore le cas ce samedi 19 novembre. Ces maïeurs ont décidé d'envoyer au Gouvernement wallon une note dans laquelle ils contestent le rôle qu'ils doivent jouer en matière foncière dans le cadre de la définition des noyaux d'habitat telle qu'adoptée en septembre par le Gouvernement wallon (4). Rudy Demotte est d'accord avec eux, il les soutient. Il va donc, en tant que ministre-président de la Région wallonne, recevoir la lettre qu'il s'écrira à lui-même. Dans laquelle il pourra lire qu'il n'est pas d'accord avec ce qu'il a décidé. S'il la lit en réunion de gouvernement, sera-t-il d'accord avec la position de celui-ci ou avec celle de ses presque collègues bourgmestres de la Wapi chérie? On voit par là que le cumul des mandats conduit à des déchirements. Mais aussi que les contradictions n'ont jamais tué personne. On veut bien prendre les paris.

(1) sous peine de se faire rappeler à l'ordre, par courrier, par Rudy De Eerste lui-même.
(2) même s'il joue, avec l'aide de la presse d'ailleurs, à celui qui l'est à nouveau: exemple parmi d'autres, suite aux violences nocturnes à Tournai, Nord Eclair s'empresse d'interroger sur cette question Rudy Demotte, qui n'est - que l'on sache - ni bourgmestre de Tournai, ni membre du Conseil communal, ni commissaire de poice, ni Ministre de l'Intérieur.
(3) désormais, c'est l'appellation choisie et retenue ici-même pour désigner cette région que la terre entière nous envie.
(4) LLB, 21 novembre 2011

jeudi 24 novembre 2011

Le maître des marionnettes

Mais qui donc gouverne le monde? On se le demande. Il y a quelques années encore, on pensait bien que c'était l'OMC. Elle voulait tout déréguler, tout confier au privé. Aujourd'hui, on n'entend plus parler d'elle. Elle s'est démultipliée, déguisée en agences de notation. Elles s'amusent. Elles menacent de diminuer la note d'un pays. Un jour celui-ci, l'autre celui-là. Les dirigeants de ces pays sont comme des écoliers face à l'instituteur qui les menace de redoublement. Ils se mettent à trembler. Certains se font renverser et remplacer par des experts. Des spécialistes financiers, non élus, qui n'ont pas de compte à rendre à la démocratie.
Les agences de notation et les marchés mènent la danse. Même si personne ne sait qui sont les marchés. Les libéraux, eux-mêmes, ne peuvent répondre à la question. Ces agences et ces marchés jouent le même rôle que celui que joue le FMI vis-à-vis de tant de pays du sud: ils les contraignent à des mesures fortes et forcées, à des diminutions des dépenses publiques. Les gouvernements promettent que l'économie hypercapitaliste tournera mieux. Ils veulent mettre toutes les classes sociales à contribution, mais pas trop celles qui ont beaucoup d'argent et dominent cette même économie. Les marchés ne sont pas fous. Ce sont juste des vampires, ils ont besoin de sang frais, de sacrifices. Même humains. "Nous sommes dominés par un socle de croyances et de crédulités conduisant à penser que, face à ces nouveaux dieux courroucés que sont les marchés financiers, nous n'avons d'autres choix que les rassurer avec des sacrifices! Et des sacrifices humains. Chaque annonce d'un plan d'austérité implique plus de chômage, moins d'infirmières, moins d'éducation", constate Patrick Viveret, philosophe et conseiller honoraire à la Cour des Comptes en France (1). La cotation en bourse des entreprises fonctionne de la même manière: elle remonte à la moindre annonce d'un plan social. Par lequel il faut entendre plan antisocial. Les budgets des Etats explosent et la droite (et souvent ce qui reste de gauche molle) ne voit comme solution que sabrage dans les dépenses publiques. Les entreprises et les gros revenus sont des vaches sacrées. Qui ont de sacrés moyens. Voilà qu'on apprend que les lobbyistes américains liés aux banques ont débloqué un budget de huit cent cinquante mille dollars (850.000) pour s'attaquer au mouvement Occupy Wall Street (2). Donnant ainsi raison à ce mouvement et à tous ceux qui pensent qu'il faut prendre l'argent là où il est. On voit par là que les motifs d'indignation s'accumulent.

(1) Mediapart, 14 novembre 2011
(2) LLB, 21 novembre 2011

mardi 22 novembre 2011

Qui aime bien le vin est de bonne nature *

Qui souffre d'allergie boira un verre de Médoc. Quatre, s'il souffre de dépression nerveuse.
Qui veut célébrer le vin ira voir le blog cousin: http://duorond. blogspot.com

* Olivier Basselin (XVe siècle)

lundi 21 novembre 2011

Dégraissage


Vers midi, il y avait des milliers de personnes pour le marché aux puces organisé ce dimanche brumeux de novembre dans ce village du Pas de Calais. Et des dizaines de milliers d'objets à vendre.
Dans l'après-midi, chacun était rentré se mettre au chaud. Traînaient, ici ou là, quelques pièces abandonnées. Parmi celles-ci, dans le caniveau, une carte de Grèce, vieille, déchirée, miteuse. Au verso, une carte de l'Italie.
On nous dit que ces deux pays vont mal. On en a trouvé la preuve à Bouvigny-Boyeffles.


lundi 14 novembre 2011

Intelligence humaine

Le JT de la RTBF (1) nous fait connaître une école pas comme les autres. L'IMCE d'Erquelinnes forme des jeunes aux métiers de la construction et de l'environnement. La majorité d'entre eux, si pas tous, sont en décrochage scolaire. Certains n'ont même jamais accroché à l'école, ont été expulsés de plusieurs établissements. D'autres sont passés par des IPPJ. Au total, 220 élèves qui n'ont pas trouvé leur place dans l'enseignement qu'on dit ordinaire et qu'on a classés dans les tiroirs "caractériels", "indisciplinés, "démotivés" ou "à problèmes".
On se souvient de ces amis enseignants qui nous disaient constater au quotidien combien le système scolaire n'est pas conçu pour les élèves, mais pour les profs. Ici, à Erquelinnes, l'offre scolaire est souple, elle part des besoins du jeune. "Nous adaptons notre structure à la progression du jeune", explique Christophe Quittelier, directeur de l'école (2).
Ces élèves difficiles n'avaient pas la possibilité d'intégrer une formation en alternance. Ici, ils l'ont enfin. L'école ne travaille pas seulement sur les connaissances et les compétences techniques, mais aussi - et parfois surtout - sur les compétences sociales de base, les règles de vie. Elle travaille aussi sur le projet personnel du jeune, sur la reconstruction de sa parole. "Le système scolaire promeut l'apprentissage du silence, estime Christophe Quittelier. Ici, nous avons développé des sas d'écoute qui permettent aux jeunes de réapprendre à parler." (2) Pour le directeur, le but principal de l'école est de permettre aux jeunes de répondre aux questions essentielles: qui suis-je? que veux-je faire de ma vie?
"Je ne suis plus violent comme je l'étais avant, maintenant j'ai changé", dit avec un regard convaincu un futur maçon. (1) Même s'il n'est que de 50% dans les sections horticulture et bois, le taux d'intégration professionnelle est de 80% en construction et en soudure.
On voit par là qu'on peut croire en l'homme et en son intelligence. C'est juste une question de voie. Et de confiance.

(1) 13 novembre 2011, 19h30
(2) Le Soir, 2 juin 2010

Bêtise humaine

La rubrique "Inventaires" de l'émission d'Arte Karambolage nous montre des images de scènes de la vie quotidienne, tournées les unes en France, les autres en Allemagne. Elles font apparaître les différences entre les deux pays. Ou leur absence. Dans l'émission d'hier, il n'y a aucune différence entre cantonniers français et cantonniers allemands. Tous soufflent des feuilles mortes avec un engin vrombissant. D'habitude, les images se passent de commentaire. Cette fois, la journaliste n'a pu s'en empêcher: "que raconte cette séquence?", demande-t-elle. "Que l'automne est devenu la saison la plus bruyante et la plus polluante, dit-elle. Et que la bêtise humaine est universelle." On ne pourrait lui donner tort.
Ces derniers temps nous apparaissent quelques signes de cette bêtise. C'est assez rare que pour être signalé.
Il y eut les incendiaires de Charlie Hebdo qui, agissant de la sorte, donnent raison à ceux qui pensent qu'il faut combattre fermement les ennemis de la liberté d'expression et de la démocratie.
Il y a, plus près de nous, à Liège, des jeunes qui manifestent pour protester contre la mort d'un jeune voleur abattu par le bijoutier qu'il agressait. Si on peut partager leur tristesse, on a du mal à comprendre que leur colère se retourne contre les habitants de ce quartier populaire dont ils vandalisent les voitures.
Il y a, plus près encore, ces autres jeunes qui, apprenant que les cafés tournaisiens devront désormais fermer leurs portes plus tôt, suite à des bagarres générales et violentes, dégradent le centre ville. Donnant ainsi raison aux autorités locales.
La bêtise est très humaine. On pourrait presque croire qu'elle est le propre de l'homme. Heureusement, il manifeste, ici et là, quand il en a l'opportunité, des signes d'intelligence.

vendredi 11 novembre 2011

Pour un dialoog

Une circonscription fédérale, qui permettrait aux électeurs de l'ensemble du pays de voter pour des candidats de l'autre côté de la frontière linguistique, voilà une idée qui semble tomber sous le sens. Mais qui n'a pas l'heur de plaire à certains partis qui négocient la réforme de l'Etat et l'ont rejetée. Les candidats de cette circonscription seraient obligés de s'adresser aussi aux électeurs de l'autre communauté. De sortir des clichés, de la surenchère. Actuellement, chacun parle aux siens, ne doit convaincre qu'eux, quitte à grossir le trait sur ceux d'en face, quitte à user de simplisme, de slogans, d'analyses sommaires.
Un couple mixte, formé d'un Flamand et d'une Wallonne, a pris l'initiative de lancer une pétition en faveur de cette circonscription fédérale. On la trouve sur le site www.be4democracy.be
On peut la signer, pour que ce qui semble tomber sous le sens en prenne. Et que ce pays cesse de se regarder de part et d'autre d'un rideau de fiers.