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mardi 19 avril 2022

Ets Le Pen, magouilles en tout genre (Maison fondée en 1972)

La fille à papa est la candidate du pouvoir d'achat. Elle connaît le sujet, elle est proche des petites gens. Elle qui a toujours eu des fins de mois difficiles. Jugez un peu : elle ne gagnait mensuellement qu'une dizaine de milliers d'euros pour siéger de temps à autre au Parlement européen. Elle a toujours figuré parmi les plus mauvais élèves de la classe. L'exemple est venu d'en haut. Son cher papa y était surtout connu pour son absentéisme. Mais tous deux ont bien profité de la fonction à des fins personnelles et partisanes. 

Mediapart révèle (1) que " la justice française a été saisie mi-mars d’un rapport accablant de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) de l’Union européenne (UE). Le document vise en effet personnellement la candidate du Rassemblement national (RN), l’accusant d’avoir détourné l’argent public du parlement de Strasbourg quand elle y a siégé en tant que députée entre 2004 et 2017. "
Le rapport est solide - 116 pages - et est  siglé « sensible ». L’Olaf y préconise le remboursement par Marine Le Pen, à titre personnel, de la somme de 136 993,99 euros, correspondant à différents détournements de fonds qui lui sont imputés par l’organisme anti-fraude. Elle n'est pas la seule de son parti à se faire épingler. "Outre Marine Le Pen, trois autres ex-députés européens – son père Jean-Marie Le Pen, son ancien compagnon Louis Aliot et Bruno Gollnisch, membre du bureau national du RN –, ainsi que le groupe parlementaire d’extrême droite Europe des nations et des libertés (ENL), sont directement mis en cause par l’Olaf. Le montant total des sommes réclamées s’élève exactement à 617 379,77 euros." Les conclusions du rapport de l’Olaf "sont assassines pour Marine Le Pen et son clan, qui revendiquent pourtant depuis des années le vieux slogan maison : Mains propres et tête haute." L’Olaf, poursuit Mediapart, a conclu que le comportement des quatre anciens députés du Parlement européen (Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Marine Le Pen et Louis Aliot) "a mis en péril la réputation des institutions de l’Union", peut-on lire dans le rapport.

Ce qu'on leur reproche : d’abord d’avoir détourné des fonds publics européens du fameux « budget 400 » à des fins de politique nationale.
"Parmi les exemples : 23 100 euros d’objets promotionnels (sacs, stylos, porte-clés, etc.) livrés au siège du parti et qui « semblent avoir été achetés pour le congrès du FN à Lyon », en 2014 ; 4 107 euros de bouteilles de Beaujolais distribuées par Bruno Gollnisch au même congrès (comme l’attestent des photos) ; la demande (rejetée) de remboursement concernant des frais liés à la venue à ce congrès d’une « experte », qui était en réalité une prestataire d’eurodéputé·es ; des virements, entre 2012 et 2014, d’une autre société prestataire à l’association « Groupe des droites européennes » (GDE) « à des fins politiques » (ces fonds auraient notamment servi, d’après l’ex-assistant de Marine Le Pen, à rémunérer des proches du parti, tels que son garde du corps – ce qui « surprend » Marine Le Pen, qui fait valoir qu’il était déjà rémunéré comme assistant parlementaire)."
En 2018, la candidate du RN avait déjà été mise en examen pour « détournements de fonds publics » dans le dossier de ses assistants parlementaires européens. "Marine Le Pen est soupçonnée d’avoir fait travailler pour le compte de son parti des collaborateurs payés par l’argent public européen, normalement au service exclusif du parlement de Strasbourg. Dans ce dossier, le Parlement européen, sur la base d’un premier rapport de l’Olaf, lui avait déjà réclamé en 2016 le remboursement de 339 000 euros de fonds, considérés comme le fruit d’une malversation."
Le père Le Pen, lui, a rempli sa cave à (grands) vins aux frais du Parlement européen, des conflits d'intérêts ont été dénoncés, des sommes ont été utilisées pour des services jamais créés ou des réunions fictives organisées. Bref, le parti a les mains bien plus sales qu'il ne l'affirme. A la lecture de l'article, très documenté, de Mediapart, on se rend compte que le RN dénonce un système dont il use et abuse à des fins personnelles et qu'il passe son temps à piller.  

Il y a cinq ans, peu avant l'élection présidentielle de 2017, voici ce que j'écrivais sur ce même blog (2) :

Celle qui caracole en tête, c'est Marine Le Pen, la candidate anti-système qui a pu faire ses premières armes en politique en étant employée par son père qui lui a ensuite légué son parti. Grâce à son nom, elle a été élue au Parlement européen où elle est classée parmi les plus mauvais élèves pour manque d'assiduité. Elle collectionne les casseroles :
- Le Parlement européen lui reproche de ne pas avoir respecté ses règles et d'avoir employé des assistants parlementaires comme conseillers pour son parti ou comme garde du corps. Mais il faut dire qu'elle a été initiée par papa à ces pratiques: dans les années '90, ses enfants ont eu comme baby-sitter une assistante parlementaire d'un élu européen du F.N. (3)
- Quasiment toutes les campagnes du FN menées depuis qu'elle a pris la succession de son père font l'objet d'instructions judiciaires pour "escroqueries", "recels d'escroquerie", "abus de biens sociaux", "recels d'abus de biens sociaux" et "blanchiment". Son micro-parti Jeanne se serait enrichi de 9 millions d'euros sur le dos de l'Etat.
- L'agence russe d'assurance des dépôts bancaires réclame au F.N. le remboursement de neuf millions d'euros que le parti avait obtenu auprès d'une banque qui a fait faillite. Un prêt qui alimente les soupçons d'accointances entre le parti d'extrême droite et la Russie de Poutine.
- La Haute autorité pour la transparence de la vie publique mène une enquête sur Marine Le Pen et son père pour "sous-évaluation manifeste de certains actifs" que détiennent en commun  père et fille.
Ce parti anti-système sait comment profiter de celui-ci et aime, plus que les autres, l'argent. Ce qui n'empêche pas sa présidente d'être la préférée des Français, donnée en tête du premier tour à 25-26%.
Les électeurs sont comme des supporters de sportifs. Leurs champions ont le droit de tricher, de truquer des compétitions, de se doper, pourvu qu'ils les fassent rêver. Mais les autres qui en feraient tout autant doivent être éliminés radicalement. C'est ce qu'on appelle des fans. Des fanatiques.
Que voit-on par là? Que la démocratie représentative élective ne repose pas sur la raison. Qui peut encore croire que les électeurs mettent l'honnêteté (financière et intellectuelle) en tête des valeurs qu'ils s'attendent à voir respectées au premier chef par leurs élus?

Emmanuel Macron a été ou s'est enfermé dans une caricature de "président des riches". Et Marine Le Pen essaie de se faire passer pour la candidate des pauvres. Pauvre petite fille riche (4) et enrichie frauduleusement. 

(1) https://www.mediapart.fr/journal/france/160422/argent-public-un-rapport-accuse-marine-le-pen-de-detournements-la-justice-saisie
(2) Extrait de "Gens honnêtes et honnêtes gens", 17.2.2017.
(3) Le baby-sitting, c'est le Parlement européen qui le lui a payé, avec mes indemnités!, avait déclaré Jean-Claude Martinez à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Ils m'ont fait engager Huguette Fatna, la marraine des enfants, comme assistante parlementaire... Mais à l'époque, le Parlement européen, elle ne savait pas où ça se trouvait, elle n'y venait jamais. Par contre, elle passait son temps à garder les enfants de Marine!" ("Marine Le Pen - biographie", Grasset, 2011, p. 120)
(4) (Re)lire sur ce blog : "Pauvre petite fille riche", 17.4.2014.

lundi 12 mars 2018

Le diable tire les ficelles

Ainsi va l'époque. Nos sociétés, à l'heure d'Internet, sont de plus en plus horizontales. Chacun a son mot à dire et ne s'en prive pas. Les mandataires politiques, à peine élus, sont critiqués. Chacun sait mieux qu'eux comment doit marcher le monde et quelles sont les meilleures décisions à prendre. Nos élus ne nous représentent plus, ne nous enthousiasment plus. Nous voulons nous exprimer et on nous en donne mille occasions chaque jour, en tant que lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, consommateurs, électeurs. Nous avons un avis à donner sur tout et on nous garantit qu'il compte.
Mais d'autres restent dans une vision verticale de la société et continuent à croire au chef, à le vénérer même. Marine Le Pen vient d'être réélue, pour la troisième fois, à la tête de son parti. Avec un score dont n'oserait rêver aucun président nord-coréen: 100 %. On la disait critiquée au sein même de son parti suite à sa prestation calamiteuse au débat du deuxième tour de l'élection présidentielle face à Emmanuel Macron. Elle y avait fait la démonstration de ses limites intellectuelles, mais peu importe pour les affiliés du F.N., ils lui gardent une confiance qu'on peut qualifier d'aveugle. Et de sourde. 
En Chine, le parlement vient d'abolir la limite des mandats présidentiels, permettant ainsi au président Xi Jinping, qui dirige le gouvernement, l'armée et le parti (comme Mao Zedong) d'être président à vie. 2958 députés se sont prononcés pour, deux contre et trois se sont abstenus. On se demande quel sort attend ces cinq élus qui ont empêché Xi Jinping de réunir la même adhésion que la cheffe incontestée du F.N.
Vladimir Poutine, lui, se voit en tsar éternel de toutes les Russie et il a globalement le soutien des Russes, résignés et fatalistes peut-être, mais alignés derrière le chef.
La plupart des partis populistes, qui en ce moment recueillent une forte adhésion populaire, sont l'affaire d'un homme, parfois d'une femme, fort en gueule, un chef, un vrai, indispensable, irremplaçable. Un vrai guide qui nous emmène à sa suite, qui pense pour nous. Erdogan en Turquie, Orban en Hongrie sont les chefs si peu contestés (au risque de valser en prison) de leur pays. L'époque est aux chefs.

Revenons au F.N.: il tenait à Lille le week-end dernier un congrès de relance qui, comme le constate Sophia Aram (1), avait des allures d'enterrement. Marine Le Pen y a certes été plébiscitée, mais sans enthousiasme. Par des militants obéissants et résignés, aux applaudissements fatigués. Ils admettent que, s'il faut se débarrasser de l'éructant vieux chef en lui retirant le statut de président d'honneur, c'est bien le moins que de garder sa fille. Elle a eu la lumineuse idée d'inviter à la tribune Steve Bannon (2), héraut de l'extrême droite américaine, du suprémacisme blanc, de l'antisémitisme, du rejet des étrangers et de la démocratie, de la lutte contre la mondialisation. Le parti et sa cheffe semblent avoir oublié leur entreprise de dédiabolisation. Voilà qu'ils invitent à leur congrès l'un des bras droits de Satan. Durant le même week-end, à Lille toujours, le numéro deux de la section Jeunes du F.N. s'est fait épingler pour injures racistes envers un vigile qu'il a qualifié de "nègre de merde". Les cadres du F.N. s'offusquent: ce racisme dans leurs rangs est totalement inacceptable. Mais ils l'applaudissent à la tribune où Bannon affirme qu'il ne faut pas en avoir honte.
Bannon est actuellement en tournée en Europe pour tenter de construire un front mondial populiste pour lutter contre la mondialisation. Les contradictions semblent décidément être un gène de l'extrême droite: on mondialise pour lutter contre la mondialisation.
Enfin, la fille à papa propose de changer le nom du Front national en Rassemblement national, histoire de repeindre la façade. Ignore-t-elle vraiment que ce nouveau nom est un vieux nom, celui d'un parti d'extrême droite, dirigé par Tixier-Vignancourt qui s'est présenté aux élections présidentielles en 1965? Son directeur de campagne était un certain Jean-Marie Le Pen (3). Peut-être finalement ce nouveau nom est-il un hommage à son père. On voit par là que l'inconscient nous faire tant de choses qui nous échappent et que le diable revient facilement pas la fenêtre.

Post-scriptum: sacrée ambiance au F.N.:
https://www.nouvelobs.com/politique/20180309.OBS3354/ce-parti-me-fait-pitie-quand-les-jeunes-fn-se-lachent-sur-marine-le-pen-et-sur-le-reste.html

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-12-mars-2018
(2) http://www.lalibre.be/actu/international/congres-du-fn-en-invitant-steve-bannon-le-fn-ne-change-pas-pour-castaner-5aa3ab44cd702f0c1a3b37e6
https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/10/steve-bannon-en-europe-pour-creer-une-internationale-populiste_a_23382101/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/11/rassemblement-national-trop-proche-de-rassemblement-national-populaire-ancien-parti-collaborationniste_a_23382664/?utm_hp_ref=fr-homepage

dimanche 4 mars 2018

Déjections de l'aigle

Une bonne et une mauvaise nouvelle.
La bonne: les Français continuent à acheter des livres.
La mauvaise: les 50.000 premiers exemplaires des mémoires de Jean-Marie L'Infâme ont été vendus avant même d'être en librairie. 50.000 autres exemplaires sont en réimpression. "Les mémoires de Jean-Marie Le Pen font un tabac", indiquait récemment France Inter (1).
Il faut reconnaître que les lecteurs en auront pour leur argent, un ramassis de propos d'un autre siècle, aussi nauséabonds que le personnage qui les a écrits. Et il n'y a aucun second degré. A l'heure de "#balancetonporc", ils pourront lire: "(les femmes) ne doivent pas oublier sous peine de mort qu'elles ont la mission sacrée de transmettre la vie et d'éduquer les enfants, de leur transmettre tout ce que l'école s'avère incapable de leur donner. Du point de vue de la société, je préfère une paysanne inculte mère de six enfants à une dame major de polytechnique qui n'en a pas." (2)
Même s'il a exercé différents mandats électifs de manière quasi continue depuis soixante ans, le père Le Pen - qui exècre "la classe politique" (à quelle classe appartient-il, lui, le doyen - et de très loin - des élus français?) - n'a jamais eu aucune responsabilité importante. Toute sa vie, il l'aura passée à éructer. Sur les autres, sur les étrangers, sur la France qui fout le camp, sur l'abandon de l'Algérie française, sur le système, sur sa fille. On a les projets de vie qu'on peut. "Le Pen, écrit Riss, avait l'art d'exploiter les mots pour en faire les alliés de son idéologie xénophobe, raciste et antisémite" (3). Cette idéologie-là continue à fasciner quantité de Français qui achètent donc des abjections qu'on peut aujourd'hui lire quotidiennement sur Internet. Mais celles-ci sont celles d'un chef qui est sans doute à leurs yeux le premier troll de la politique française. Celui qui n'a pas peur de signer son vomi.

Pendant ce temps, on apprend que la fille à papa serait l'objet d'un contrôle fiscal. Elle se dit persécutée. Ce qui n'est pas une surprise venant du Calimero de la politique française. "Une guerre médiatique est menée contre moi, pleurniche-t-elle avec la même absence de second degré que son géniteur. Qui je terrorise à ce point pour subir des persécutions judiciaires, médiatiques et maintenant fiscales?" (4) Elle ne pourra pas appeler papa au secours. "J'ai pitié d'elle, écrit-il (2). Chez les oiseaux, les parents chassent les oisillons du nid pour qu'ils volent de leurs propres ailes; dans la famille Le Pen, c'est l'inverse, l'oiselle a viré l'aigle de son aire pour devenir adulte." Adulte, elle l'est devenue: elle collectionnera bientôt autant de casseroles que l'aigle à l'œil de verre. 

(1) France Inter, 2.3.18, Journal de 13h.
(2) Charlie Hebdo, "Mémoires d'un œil de verre", 28.2.2018.
(3) Charlie Hebdo, "Taisez-vous, Le Pen", 28.2.2018.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/04/marine-le-pen-a-decouvert-dans-le-jdd-quelle-est-visee-par-un-controle-fiscal_a_23376330/?utm_hp_ref=fr-homepage

vendredi 2 décembre 2016

Tout le talent de la doublure

Marine Le Pen ne m'a jamais fait rire. Je ne sais pas pourquoi. Son humour m'a toujours échappé. Mais cette phrase qu'elle a prononcée suite à l'annonce de François Hollande de ne pas se réprésenter à l'élection présidentielle m'a fait découvrir une femme pleine d'humour. Je viens d'avoir un fou-rire en l'entendant: "Je ne vais avoir que des doublures face à moi" (1). Et ça, c'est vraiment drôle de la part d'une fille à papa, véritable doublure, en blonde péroxydée, de son père. On la voit à chaque métingue de son Front familial ouvrir grands les bras, comme papa, en s'adressant au peuple de France, comme papa. Quel talent, cette doublure!

(1) France Inter, Journal, 2 décembre 2016, 13h.

vendredi 18 novembre 2016

Une famille en or

Papy Le Pen n'est plus membre du F.N., parti qu'il a co-fondé, il n'en est plus que le président d'honneur. Ainsi en a décidé la Justice (1). Sa fille Marine qui a hérité du parti de son père ne supportait plus les propos, excessifs à son goût, de son cher papa. Ils ne sont plus en accord avec l'image lisse et apaisée qu'elle veut donner de son si gentil parti. Elle adore Donald Trump et sa capacité à injurier toute personne qui n'est pas comme lui, mais elle a pris ses distances avec papa qui passe son temps à insulter les autres. Bref, elle a chassé le père et en a trouvé un autre. Mais son papa rejeté ne l'entendait pas de cette oreille et a déposé plainte (c'est fou ce que les gens d'extrême droite adorent déposer plainte auprès d'une Justice qu'ils ne cessent, par ailleurs, de vilipender). La Justice a été rendue par Salomon qui a coupé la poire en deux. Le non-membre mais président d'honneur devra être invité aux réunions du comité central du parti. Il va y avoir de l'ambiance dans ces réunions de famille.
Se réunira-t-il au QG de "Marine", celle qui essaie de faire oublier son nom? La "candidate du peuple" a installé son bureau "de campagne" dans les beaux quartiers de Paris. Il lui coûtera mensuellement cinq mille euros. Un loyer modeste pour celle qui veut défendre les gens modestes. Une question de cohérence.
La reine de la manipulation se sent pousser des ailes, plus encore depuis la victoire de Dingo Trump pour qui elle a tant d'admiration. A quoi ressemble une walkyrie avec des ailes? A un ptérodactyle?
Un spécialiste en communication lui a trouvé son logo de campagne: une rose bleue. Etrange choix. Comme le dit un éditoraliste de la Nouvelle République (2), elle a un côté superficiel, on la dirait génétiquement modifiée. On n'oserait la respirer, de crainte de se rendre malade. Bref, on ne la sent pas naturelle. Donc, à la réflexion, sans doute lui convient-elle parfaitement.

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/17/la-justice-valide-lexclusion-de-jean-marie-le-pen-du-front-nati/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) 17 novembre 2016.

dimanche 20 décembre 2015

L'héritière

Elle voudrait bien ne pas ressembler à papa. Mais c'est difficile. D'abord, elle porte son nom grâce auquel elle occupe la position qui est la sienne: celle de présidente de ce parti qu'il lui a transmis. Comme lui, sur scène, face aux militants, elle ouvre les bras en position christique, de celle qui s'offre pour sauver son peuple de ces étrangers qui veulent le réduire à néant. Mais elle voudrait bien ne pas avoir les mêmes idées nauséabondes que lui. Du moins le faire croire. Alors, elle contrôle son discours, autant qu'elle peut. Mais quand on la renvoie à son essence, elle pète un câble (comme dit Libération), elle se vautre avec délectation dans l'abjection. Parce que le politologue Gilles Kepel a fait un parallèle entre Daech et le Front national - tous deux prônant le repli identitaire avec les conséquences que l'on voit et qu'on peut craindre - l'héritière de la PME Le Pen (slogans haineux et éructations sur mesure depuis 1972) a "twitté" des vidéos de décapitations réalisées par Daech à des fins d'immonde propagande. "La blonde espérance de la France furieuse" (1) ne savait pas très bien qui s'exprimait ni de quoi, mais elle a voulu signifier là l'extrême violence des djihadistes islamistes. La différence avec les pratiques du FN est patente, mais elle ne s'est pas rendu compte, dans son emportement, qu'elle donnait ainsi raison, sans souci des victimes, à tous ceux qui la rejettent: les règles n'existent pas pour elle. Elle qui a "la volonté de tout prendre à papa, même la méchanceté" s'est "rediabolisée elle-même" (1).
Le journaliste Hervé Ghesquière, qui a été, dix-huit mois durant, l'otage des talibans, lui répond vertement (2): "je pensais avoir tout vu, tout entendu de votre part: le mensonge, le cynisme, la manipulation, le fiel, l'intolérance. (...) Je suis à la fois révolté et écœuré par cette ignominie. Comment avez-vous pu avoir l'idée d'utiliser ces images horribles diffusées par l'EI au bénéfice de votre propre propagande?" Qui peut imaginer une seule seconde cette femme impulsive, capable de pratiques aussi ignobles, à la tête de la République française? "L'EI se sert en France du Front national qui prône la division, la suspicion envers les musulmans, les étrangers et classe les citoyens en catégories. Et le FN utilise la monstruosité de Daech pour attiser la peur. Finalement, l'un se nourrit de l'autre", dit-il.
Elle voudrait bien ne pas ressembler à papa. Mais "à son oreille, un vieil homme murmure: tu es ma fille, Marine, et en vain tu m'as renié" (1).

Post-scriptum: le dernier billet de Sophia Aram à ce sujet:
http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1209815

(1) Claude Askolovitch, dans "28 minutes", Arte, 18 décembre 2015, à partir de 29'45: http://www.arte.tv/guide/fr/060828-080-A/28-minutes?autoplay=1
(2) http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/12/20/lettre-ouverte-a-marine-le-pen_4835377_3232.html

mardi 5 mai 2015

Linge sale

A 46 ans, elle vient de découvrir qui est réellement son père: un raciste, un pétainiste, un antisémite, bref un personnage infréquentable. Elle tombe de haut. Jamais, elle n'avait imaginé que ce père, un des fondateurs du parti qu'elle préside aujourd'hui, véhiculait de telles pensées "inadmissibles". Elle a donc décidé, avec les membres du bureau politique du F.N., de suspendre son père de sa qualité de membre de ce parti qui se transmet de père en fille (1). Nous voilà en plein drame. Le père veut retirer à sa fille son nom qu'il estime déshonoré. Elle l'a dit parfois: les propos de son père sont des fautes politiques. Elle ne les a pas condamnés comme des fautes humaines, contraires aux droits de l'homme et à la démocratie, non, juste des fautes politiques. Jamais elle n'a nommé "le mal" (2). On comprend par là que les propos paternels, qu'il répète en boucle depuis des décennies, sont aujourd'hui gênants pour la nouvelle façade que veut présenter désormais le parti d'extrême arrière. Résumons-nous: lui n'a pas changé dans son radicalisme, elle veut ratisser large et a compris qu'il faut cesser de dire tout haut ce qu'on pense tout bas. Sauf la détestation du père. Si elle et son bureau politique sont cohérents, on devrait assister à des purges staliniennes parmi les militants, les candidats et les élus du parti dont certains se plaisent à  exprimer publiquement leur racisme, leur antisémitisme, leur pétainisme. Que restera-t-il de ce parti? Ce drame shakespearien peut le déchirer. C'est ce qu'il peut arriver de mieux à la France.

(1) 
http://www.liberation.fr/politiques/2015/05/04/jean-marie-le-pen-suspendu-du-fn_1289753
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2015/05/04/video-marine-le-pen-derapages-fn_n_7202972.html?utm_hp_ref=france
www.huffingtonpost.fr/2015/05/04/jean-marie-le-pen-suspendu-fn-marine-le-pen_n_7207486.html?utm_hp_ref=france&utm_hp_ref=france

jeudi 9 avril 2015

Jouer à qui père gagne

Elle l'a fait. La fille à papa a retourné la situation. C'est le père qui subit sa loi. Elle n'est plus la fille de son père, c'est lui qui n'est plus que le père de sa fille. C'est elle le chef. La présidente de père en fille n'accepte pas la totalité de l'héritage et vire le père pour ses nouveaux propos inacceptables. Et voilà qu'elle a ainsi l'air respectable. Les naïfs la prendraient pour une démocrate. Alors, qu'en agissant ainsi, elle ne fait que s'inscrire dans les stratégies habituelles de l'extrême droite et dans un discours empreint de duplicité (1). Qu'en pense la nièce et petite-fille, l'insupportable Marion Maréchal-Le Pen, qu'on a toujours présentée comme proche de son gentil papy? Et qu'en pensent les militants de base du FN auprès de qui le vieux reste extrêmement populaire pour son refus du politiquement correct et ses éructations insultantes? En tout cas, il y a une sacrée ambiance dans ce parti familial (2) qui a fait de la défense de la famille un de ses socles.
Mais, si elle rejette tout propos fasciste, que faisait donc Marine Le Pen à un bal de néo-nazis à Vienne début 2012 (3), c'est-à-dire hier? Est-elle si différente de ce père dont elle est l'héritière et qu'elle veut aujourd'hui rejeter?
Serge Klarsfeld, lui, ne se départit pas de son optimisme (4). Pour qui espère l'échec du FN, ce qui se passe est positif, estime-t-il: si le parti des Le Pen (note: ou d'une partie d'entre eux) fait vraiment la chasse au racisme, à l'antisémitisme, aux propos orduriers, s'il revient, comme cela semble être le cas, sur sa volonté de sortie de l'euro, que sera le FN? Un parti de droite banal (note: plus réac que les autres quand même). Mais comme l'électeur préfère toujours l'original à la copie, le FN ne serait finalement pas gagnant.
En fait, le vieux Le Pen n'a pas changé. Ce qu'il a déclaré à Rivarol et à des organes de presse à peu près normaux n'est pas neuf. Il ressort ses vieilles marottes, ses vieux fantasmes. Il continue à transformer en mots ses rots et ses pets. Son seul problème, c'est qu'il n'est plus sorti depuis longtemps de la maison FN. Il ne s'est pas rendu compte que la façade n'est plus brune, mais bleu marine. Comment pourrait-il croire que le parti a changé? Dans l'arrière-cuisine, on sert toujours la même soupe et elle pue toujours le même graillon.

(1) voir, sur ce blog, ce qu'en dit Paul Klein: "Vieille marmites", 16 janvier 2012.
(2) sur ce blog, "Le sens de la famille", 31 janvier 2015.
(3) sur ce blog, "Difficultés de la filiation", 27 février 2012.
(4) émission "28 minutes", Arte, 8 avril 2015.

samedi 4 avril 2015

Pourquoi je n'ai pas mangé pas mon père

Le vieux Le Pen, président "d'honneur" d'un parti qu'il prend visiblement plaisir à déshonorer, éructe encore. Quand il n'a plus rien de neuf à dire, il se répète. Oui, insiste-t-il, les chambres à gaz ne sont qu'un détail de la Seconde guerre mondiale. Le père est ainsi un cauchemar pour la fille, nous dit-on (1). Allons donc. S'il est un cauchemar, il est aussi pour elle un rêve. C'est lui qui lui a légué et son nom et son parti. Que serait-elle, qui serait-elle sans son incontinent verbal de père? Que serait ce parti si Jean-Marie Le Roteur ne continuait à dire tout haut ce que sa fille voudrait que les militants ne murmurent même pas? Il rassure les vieux de la vieille du parti, et même beaucoup de jeunes, qui se réjouissent de ses propos libérés du politiquement correct. Toutes les saillies écœurantes, antisémites, racistes, homophobes ou  "fervemment" pétainistes (2), qu'on a pu lire et entendre durant la dernière campagne électorale, témoignent que le parti reste bien là où il est: à l'extrême droite. Si le père était à ce point insupportable, pourquoi ne le chasse-t-elle pas de son parti qu'elle voudrait si propre? D'autres membres ont été évincés, cadres ou militants de base, pour propos incorrects. Mais le pater familias a évidemment un statut d'intouchable. Son éjection risquerait fort de provoquer une scission. Sa fille doit rêver chaque nuit de sa mort qui le sanctifiera.

(1) www.lalibre.be/actu/international/jean-marie-le-pen-un-cauchemar-pour-sa-fille-551ec25435704bb01b857c3f
(2) www.liberation.fr/politiques/2015/04/03/jean-marie-le-pen-est-il-devenu-un-boulet-pour-le-fn_1234359
A lire aussi à propos du FN:
www.liberation.fr/politiques/2015/04/03/au-fn-la-russie-reconnaissante_1234468

samedi 31 janvier 2015

Le sens de la famille

Près d'un Français sur trois a fait un choix cohérent. Selon un récent sondage, s'il devait aujourd'hui se choisir un nouveau président, ce serait une présidente. Quelqu'un qui est en parfait accord avec son programme qui se résume au bon vieux temps. On l'a compris, il s'agit de la fille à papa Le Pen, présidente d'un parti clanique. Celui de sa famille. Quoi de plus cohérent qu'une famille qui se partage un parti quand celui-ci voudrait en revenir au Moyen-Age? Les nobles ont toujours fonctionné de la sorte, se distribuant postes et pouvoir au sein de la famille. Les dictateurs en ont fait et en font tout autant. On comprend que la fille à papa a parfaitement raison quand elle affirme que son parti est très différent des autres. 
Résumons nous: Marine a hérité du parti de papa. Celui-ci, Jean-Marie, en est aujourd'hui le président d'honneur (ou de déshonneur, on ne sait plus très bien, tant la moindre de ses déclarations ressemble à un pet tonitruant et nauséabond). La nièce de Marine, Marion Maréchal - Le Pen, en est députée. Bon sang ne peut mentir: elle a, quand elle s'exprime, autant de délicatesse et de sens de la nuance que son grand-père (1). Louis Aliot, le compagnon de Marine, en est l'assistant parlementaire et le vice-président du parti (2). Yann, autre fille à papa, sœur de Marine donc et mère de Marion M.L.P., est "chargée de l'organisation des plus grands événements" au F.N. (3). On retrouve aussi, dans ce jeu des 7 familles qui n'en est qu'une, Marie-Caroline Le Pen, autre fille à papa et donc sœur des deux autres, qui n'est plus militante au F.N., mais "dirige National Vidéo qui produit les cassettes vidéo du Front national (4)". On voit par là que les cotisations des militants du F.N. et les subventions publiques que celui-ci perçoit servent, pour une part non négligeable, à faire vivre le clan.
Donc, ce parti n'est - en effet - pas comme les autres. Il l'a d'ailleurs encore prouvé lors des rassemblements de soutien à Charlie Hebdo le 11 janvier dernier, manifestant sur ses terres, à Beaucaire, se désolidarisant ainsi du reste du pays. On le comprend: quand on est habitué à fonctionner en famille, c'est difficile de se mélanger à d'autres. Et à n'importe qui. Surtout quand on ne l'est pas.
Marine Le Pen avait un grand projet en prenant le relais de son cher papa avec qui elle semble jouer un jeu d'amour-haine: banaliser le FN. Visiblement, elle y arrive puisque une majorité de Français considère que ce parti est un parti comme les autres. Ce qui ne fait pas son affaire, puisqu'elle ne cesse de dire qu'il est différent des autres. Et on voit bien, en effet, qu'il l'est. Quoique, tout aussi visiblement, il semble aussi empêtré dans les querelles internes et les affaires que certains autres partis. On le sait depuis un moment (5), le micro-parti de la fille à papa, "Jeanne", est soupçonné d'avoir joué un rôle plus financier que politique. Voilà aujourd'hui que Frédéric Chatillon "ami" de Marine Le Pen, en charge de sa communication, est mis en examen pour "escroquerie", "faux et usages de faux" et "abus de biens sociaux". Un système de prêt aux candidats du FN et de surfacturation d'outils de campagne aurait permis d'apporter dix millions d'euros à ce micro-parti de la présidente banalisée (6).
Que comprendre de tout cela? Qu'il est très difficile de se banaliser quand on veut être différent des autres. Et inversement. 
On voit aussi qu'un Français sur trois est prêt à voter pour soutenir une famille anti-système qui a tout mis en place pour profiter au maximum de celui-ci.

(1) www.lalibre.be/actu/international/marion-marechal-le-pen-a-un-journaliste-franchement-c-est-minable-on-va-vous-avoir-54ca113e35700d752244725f
(2) selon sa fiche Wikipedia.
(3) La famille Addams Le Pen, le Canard enchaîné, 28 janvier 2015.
(4) selon sa fiche Wikipedia.
(5) lire, sur ce blog, "Pauvre petite fille riche", 17 avril 2014.
(6) www.liberation.fr/politiques/2015/01/30/au-fn-des-boulets-en-batterie_1192463

A (re)lire aussi, sur ce blog (parmi tant d'autres) "Difficultés de la filiation", 27 février 2012 et "Vieilles marmites", 16 janvier 2012.

vendredi 5 décembre 2014

Le diable au corps

Que peut donc signifier le terme "dédiabolisé"? Que l'objet ou la personne dont on parle n'est plus apparenté(e) au diable? Ou que le diable s'est banalisé et qu'on peut donc très bien vivre avec lui? Parlant du FN, on pencherait plutôt pour la deuxième explication.
La fille à papa Le Pen, qui a hérité du parti de son père, ne cesse de dire que elle c'est elle et que lui c'est lui et qu'elle ne partage pas (toujours) ses propos qu'elle considère (parfois) comme "faute politique" (et non pas faute humaine...). Mais non seulement il est toujours président "d'honneur" du parti familial, mais en plus celui-ci lui a rendu un vibrant hommage en ouverture de son récent congrès. "Dans la grande salle, peut-on lire dans le Canard enchaîné (1), défilait un film sur Jean-Marie. Jean-Marie fait des blagues, des déclarations tonitruantes, Jean-Marie esquisse des pas de danse,  l'œil gourmand. Disparus les points de détail et autres Durafour crématoire." Pourtant, non, rien de rien, le vieux bouledogue ne regrette rien. A la veille de ce congrès, il déclarait au Parisien que ce point de détail dont il parlait en évoquant les chambres à gaz, "ce n'était pas un jeu de mots, c'était une opinion" (2). Et le vieil incontinent verbal de dénoncer un "véritable terrorisme intellectuel" qui règnerait en France. On sait d'où vient ce sentiment d'être une victime qui poursuit Marine Le Pen: il est héréditaire.
Papa Le Pen a fait hurler de joie les militants lors de ce congrès en rappelant, seul sur scène, son vieux slogan: "Tête haute et mains propres". Le Canard enchaîné s'étonne, lui qui avait révélé qu'en 1981 le père Le Pen avait ouvert un compte en Suisse, via l'un de ses proches qui avait reconnu avoir agi pour le compte de Jean-Marie Le Pen. "Ce dernier avait expliqué que son compte à l'UBS était lié à un remboursement du prêt consenti par cette banque. Mais il n'a été clôturé que quelques années après le remboursement... Et ne parlons pas du fameux héritage Lambert, récupéré par Le Pen dans des circonstances très controversées. Sans oublier un redressement fiscal de 1 million de francs en 1998, pour dissimulation de revenus." (1)

Mais tout ceci appartient au passé. Aujourd'hui, le parti de la famille Le Pen est au pouvoir dans plusieurs mairies. Et on voit le changement. A Hayange, le maire se perd dans les chiffres, ses comptes de campagne ont été invalidés et il pourrait bien perdre son poste (3). Celui-ci du Pontet (84), après avoir augmenté son salaire de 44%, est, lui aussi, en situation périlleuse, des émargements lors de son élection sont considérés comme frauduleux (4). A Beaucaire (30), le maire a passé un contrat de 14.000 euros avec une société dirigée par un proche, membre du FN sous un pseudo (5).
La fille à papa n'est pas à l'abri des soupçons: son micro-parti "Jeanne" est, depuis un moment, dans l'œil de la Justice pour des prêts accordés aux candidats FN lors des cantonales de 2011 et des législatives de 2012 et voilà à présent que l'enquête s'élargirait au financement de la présidentielle de 2012 (6).
Mais qu'importe tout ceci? Puisque le FN est dédiabolisé. La preuve: c'est un parti presque comme les autres. Certainement pas plus vertueux, aussi tripoteur que certains autres. Juste un peu plus à l'extrême arrière droite.

Post-scriptum: l'ouverture du capital de l'aéroport de Toulouse à des investisseurs chinois fait hurler le parti de la famille Le Pen. Au moment même où celui-ci se fait prêter 9 millions d'euros par une banque russe. On voit par là que la fille à papa et ses affidés ne sont pas à une incohérence près.
www.liberation.fr/politiques/2014/12/03/marine-le-pen-et-l-or-de-moscou_1155995

La dédiabolisation du FN vue par Groland: www.youtube.com/watch?v=snyHglU0E-Y

(1) Le Canard enchaîné, 3 décembre 2014.
(2) Charlie Hebdo, 3 décembre 2014.
(3) www.liberation.fr/politiques/2014/11/03/a-hayange-ou-est-passee-la-caisse_1135478
(4) http://quandlemaireestfn.tumblr.com/
(5) www.midilibre.fr/2014/09/11/politique-le-maire-de-beaucaire-octroie-un-marche-public-a-un-ami,1049327.php
(6) www.mediapart.fr/journal/france/041214/micro-parti-de-le-pen-l-enquete-elargie-au-financement-de-la-presidentielle-2012e

jeudi 30 octobre 2014

Nom de nom

Revenons un instant - un instant seulement - sur la fille à papa Le Pen. Elle voudrait changer le nom de son parti, histoire de montrer qu'il n'est plus celui de papa, incontinent verbal notoire. Le problème, c'est que, comme son nom l'indique, Marine Le Pen est la fille de son père. Et que, même si elle devait présider demain un parti appelé "Rassemblement brun marine" ou "Le Rance aux Rancis", elle s'appellerait toujours comme papa, et sa nièce, députée du même parti, porterait toujours le nom de son grand-père. Elle serait toujours associée avec celui de qui elle dit vouloir se distancier mais à qui elle ressemble tant et qui lui a tout appris et tout donné. Si l'héritière a honte du patrimoine qu'elle a reçu, elle peut toujours s'en défaire et confier à d'autres la gestion du parti. Mais celui-ci est quasiment familial. On voit par là qu'il est difficile d'avoir le beurre et l'argent du beurre. Même quand on a un appétit féroce.

Lire, dans Charlie Hebdo, cette semaine, la carte postale de Mathieu Madenian dans laquelle il propose aux  responsables politiques de changer de nom plutôt que le nom de leur parti. "Un début de discours du style Moi, Myriam Balaké N'Koulou, présidente du Front national, ça aurait de la gueule", estime-t-il.

mardi 17 juin 2014

Les chiens sont lâchés

Est-ce l'œuf ou la poule? Le succès du FN aux élections européennes a-t-il libéré les hommes qui se comportent en chiens? Ou est-ce parce que l'époque est à la haine de l'autre, à l'exclusion et à l'expression violente que la fille à papa Le Pen triomphe? Les deux causes se renforcent.
En tout cas, les agressions homophobes se multiplient, tout comme celles contre les Juifs ou les Roms.
Dernière en date: le lynchage d'un adolescent rom par une douzaine de personnes qui le soupçonnaient d'être l'auteur d'un cambriolage (1). L'adolescent est dans un état critique. Cette brutale attitude de cow boys qui se prennent pour des justiciers inquiète.
Imaginons le pire: le parti de la famille Le Pen est au pouvoir. A chaque fois, ce sera la victime de l'agression qui sera forcément coupable. Elle "avait qu'à pas" être là ou faire ce qu'elle a fait, provoquer en montrant sa différence, être ce qu'elle est, tout simplement. Brusquement, la violence dénoncée par ailleurs devient légitime. L'époque sent mauvais.

La théorie du "grand remplacement" fait son chemin, nous dit-on. Des peuples (entendez les Arabes) se sont donné pour objectif de remplacer le peuple français. L'expression fait florès à l'extrême droite, y compris chez les Le Pen (2). Même si les chiffres disent l'inverse. "L'an dernier, le solde migratoire de la France, c'est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties, était selon l'INSEE de quarante mille personnes (ce qui n'est rien). Parler d'invasion est délirant", estime le démographe Hervé Le Bras (3). Ce qui n'empêche pas la fille à papa Le Pen de parler d'une "immigration considérable" (2). Le nombre d'immigrés (dont des Européens) qui s'installent en France, parfois provisoirement, est de 0,4% de la population française, alors que la moyenne de l'OCDE est de 0,6% (2).

Pendant ce temps, papa et fifille Le Pen se disputent par lettre (4). Ou font semblant. Le vieux qui a dû céder sa place ne s'en remet pas et reproche à la présidente qui est aussi sa fille de ne pas assumer l'héritage. Tu es aussi raciste que moi, lui dit-il, tu aimes aussi fréquenter les nazis (5). L'héritière d'un père condamné neuf fois par la Justice pour négationnisme ou racisme voudrait donner d'elle une image proprette. Mais papa se fait un malin plaisir de rappeler qu'on n'échappe pas à son destin et qu'on ne peut cracher dans la soupe surtout qu'on est née avec une petite cuillère en argent dans la bouche.

(1) http://www.liberation.fr/societe/2014/06/17/quand-les-riverains-s-en-prennent-aux-roms_1043446
www.liberation.fr/societe/2014/06/16/un-jeune-rom-dans-le-coma-apres-avoir-ete-lynche_1042828
(2)
http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/11/grand-remplacement-lidee-raciste-propage-252747
(3) Télérama, 4 juin 2014.
(4) www.huffingtonpost.fr/2014/06/13/perles-lettre-ouverte-jean-marie-le-pen-marine_n_5491096.html?utm_hp_ref=france
(5) Marine Le Pen a participé, début 2012 à Vienne, à un bal organisé par des néo-nazis. Elle a déclaré ne pas voir "où est le problème". (Re)lire sur ce blog: "Difficultés de la filiation" (27 février 2012) et "Vieilles marmites" (16 janvier 2012).

lundi 9 juin 2014

Vomissures

Jean-Marie L'Infect a encore frappé. Fort. Le président "d'honneur" du FN est coutumier des propos violents, racistes, antisémites, négationnistes. Ils le font exister. Il a toujours prétendu dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. On en arriverait presque à penser qu'il croit vraiment que tout le monde pense comme lui. Mais, pas complètement idiot, il a aussi compris que sa fifille - pour faire réussir son parti - a dû imposer à ses troupes de penser bas sans parler haut (1). Ce qu'il ne supporte pas, estimant  que le parti qu'il a fondé sombre dans le politiquement correct. Et puis, s'il est toujours actif, c'est pour rassurer la frange dure du FN: oui, le parti est toujours aussi celui des racistes, des antisémites, des négationnistes et de tous ceux qui n'aiment pas les autres.
Voilà donc que Le Pen père, s'en prenant aux artistes qui ont appelé à se défier du FN, a affirmé, parlant plus précisément de Patrick Bruel, que "on fera une fournée la prochaine fois" (2). Face au tollé qu'ont suscité ces propos, la fille à papa Le Pen a considéré qu'il s'agissait là d'une "faute politique". Certains journalistes parlent déjà d'une "rupture" entre père et fille (3). C'est conclure trop rapidement.
S'il s'agit d'une faute politique, il faut comprendre que le vieux Le Pen n'aurait pas dû tenir publiquement de tels propos qui déforcent la tentative de dédiabolisation du FN. En réalité, il s'agit de bien plus qu'une faute politique: une faute humaine.
Il y a peu, le même Le Pen, lors d'un meeting électoral, avait affirmé qu'il avait la solution contre la démographie galopante: "Monseigneur Ebola". Ici encore, ses propos avaient suscité l'indignation. Sa fille avait - sans rire - excusé papa: il témoignait "d'une inquiétude par rapport à un virus mortel" (4).
Aujourd'hui encore, même si elle prend ses distances avec papa, elle le protège. Elle se dit "convaincue que le sens donné à ses propos relève d'une interprétation malveillante". Ce sont les autres qui sont malveillants, pas lui. Ce qu'elle condamne, ce n'est pas ce qu'il a dit, mais le tort que ses déclarations causent à l'image qu'elle essaie de donner de son parti.
Si la fille à papa veut être crédible, elle doit tuer le père: l'exclure du parti, larguer un président d'honneur qui, bien plus que son parti, déshonore l'humanité.

(1) On en retrouve de multiples témoignages dans "Bienvenue au Front", de Claire Checcaglini (Jacob-Duvernet, 2012) et de "Revenus du Front" de Nadia et Thierry Portheault (Grasset, 2014).
(2) www.liberation.fr/politiques/2014/06/08/sos-racisme-denonce-une-nouvelle-sortie-antisemite-de-jean-marie-le-pen_1036209
(3) www.lalibre.be/actu/international/marine-le-pen-vs-jean-marie-le-pen-la-rupture-539559e43570d60b4dc38c7a
(4) France Inter, 9 juin 2014, Journal de 13h.
Et aussi:  http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/09/lintervieweuse-ingenue-pen-amie-denfance-marine-a-lultradroite-252795

lundi 26 mai 2014

Drapeau en berne

Encore des électeurs bernés. A peine le parti de la famille Le Pen a-t-il remporté, en France, les élections européennes que le ciel bleu de ce dimanche se charge lundi de nuages qui ne tardent pas à déverser des trombes d'eau sur un hexagone de plus en plus étroit. Les températures dégringolent, chacun rallume son feu. Bref, c'est l'automne en mai. L'hiver frappe à la porte.

L'Europe a connu ce 25 mai un dimanche plus brun que noir. 25% des Français qui se sont rendus aux urnes ont choisi de voter pour le parti qui les invite à regarder leurs pieds plutôt que l'horizon, à préférer les clôtures aux ponts. Une électrice française explique qu'elle n'apprécie pas les idées du Front bas National, mais qu'elle a voté pour lui "pour la raison que vous savez". "Laquelle?", lui demande de préciser la journaliste. "L'immigration", dit-elle (1).
25% des Français ont choisi de multiplier largement le nombre des députés du FN qui jusqu'ici ont juste brillé par leur absence au Parlement européen. Des profiteurs d'un système qu'ils critiquent et méprisent, incapables d'y apporter des idées nouvelles. Le programme du FN tient sur un timbre-poste. Le Pen père siège depuis trente ans au Parlement européen où on parle plus de lui pour les procès dont il est l'objet pour insultes ou racisme que pour des propositions créatives et novatrices. Ses dernières incontinences verbales, infectes, dignes des nazis (2),  ne l'ont pas empêché d'être réélu. Sans doute par des électeurs "anti-système", ou naïfs ou cyniques.
Voilà donc le parti de la famille Le Pen, poursuivi pour "extorsion en bande organisée et faux et usage de faux"(3), devenu - très provisoirement, on l'espère - le premier de France. Ce parti qui repose sur de grandes valeurs telles que la suffisance, le mépris, la tromperie, la désignation de boucs émissaires (les étrangers, les musulmans, les Juifs, l'Europe et on en passe), la peur de l'autre, le repli sur soi, le rétropédalage, séduit un électeur français sur quatre.
"Vous vous sentez responsables de cette victoire?", demande la journaliste à des représentants du Modem, des Verts et du Front de Gauche (1). Le FN lui-même, par son approche insultante à l'intelligence humaine, est responsable de son succès. Tout autant que ses électeurs, que les abstentionnistes qui ne lui ont pas fait barrage (et qui aujourd'hui se scandalisent de cette victoire avant de s'en accommoder demain), des médias qui adorent interviewer la fille à papa Le Pen parce qu'elle fait de l'audience, et du PS et de l'UMP dont les représentants sont devenus des notables déconnectés de la société et qui accumulent les casseroles (voir l'affaire Bygmalion à l'UMP). Même si le FN en fait tout autant, en pratiquant le népotisme ou en utilisant les mandats politiques au profit de ses élus (voir l'absentéisme des députés européens du FN (4) et les mandats locaux dans le sud-est dans les années '90).
Jean-Marie Le Pen a, paraît-il, parlé de "séisme" à propos du succès de son parti. On est d'accord avec lui, mais partiellement. Il s'agit bien d'une catastrophe, mais elle n'est pas naturelle. Elle est culturelle.

Aujourd'hui, beaucoup de Français se disent honteux de la place du FN dans le paysage politique de leur pays. A cette heure, il pleut toujours. Des larmes de colère, de rage et de désespoir. Les pluies sont acides.

Voilà voilà que ça recommence
Partout partout et sur la douce France
Voilà voilà que ça recommence
Partout partout ils avancent.
                  Rachid Taha - "Voilà voilà"

Attention, mon ami, je l'ai vue
Méfie-toi, la bête est revenue
C'est une hydre au discours enjôleur
Qui forge une nouvelle race d'oppresseurs
Y a nos libertés sous sa botte
Ami, ne lui ouvre pas ta porte.
                  Pierre Perret - "La bête est revenue"

(1) France Inter, Journal, 26 mai 2014, 13h.
(2) sur ce blog, "L'Europe entre détestables et détestés", 21 mai 2014.
(3) sur ce blog, "Pauvre petite fille riche", 17 avril 2014.
(4) sur ce blog, "Chère Marine", 19 mai 2014, et "Cracher dans la soupe", 15 mai 2014.

mercredi 21 mai 2014

L'Europe entre détestable et détesté

Donc (voir billet précédent) il faut voter pour l'Europe. Certainement pas contre. Evidemment, on peut voter pour une autre Europe, plus sociale, plus intégrée, plus fédérale, plus écologiste. Mais jamais contre son principe même.
On peut l'imaginer plus forte, plus démocratique, comme l'ont fait une quinzaine d'eurocrates qui ont imaginé Euro2030, en formulant 50 propositions pour changer l'Europe. "La Commission deviendrait un véritable exécutif, et le Conseil de l'UE une chambre haute. Le président de la Commission, élu de préférence par suffrage universel, serait l'équivalent d'un Premier ministre, tandis que le Président du Conseil deviendrait le président de l'UE, à la manière d'un chef d'Etat, avec un rôle d'autorité morale et de garant du respect des valeurs communes. (1) Proposition - parmi d'autres - particulièrement intéressante: celle d'un "contrat de travail européen": il présenterait des avantages en termes de mobilité et de pension, et permettrait de créer un ancrage pour une assurance chômage européenne.

Donc, il faut voter pour l'Europe. Mais pour qui?
On peut procéder par élimination. En éjectant les europhobes. En particulier la famille Le Pen et son parti. Le candidat du FN dans le sud-est, président dit "d'honneur" de ce parti qui n'arrive pas à se débarrasser de son odeur d'égout, a affirmé avoir la solution pour "contrer l'explosion démographique". 
"Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois", a-t-il déclaré (2). Jean-Marie Le Pen a été atteint très jeune de sénilité précoce, une maladie qui tue lentement. Quand une vipère se mord la langue, elle ne meurt pas de son propre venin. On parle, un peu partout, de nouveau dérapage. Ce n'en est évidemment pas un. On ne peut donc imaginer voter pour des partis et des individus toxiques.
Pour qui d'autre? Certainement pas pour l'UMP qui se moque de l'Europe: "voter pour nous, c'est voter contre Hollande!", affirme Jean-François Copé (3) à qui personne ne semble avoir dit que les élections de ce dimanche concernent l'Europe.
Pas non plus pour Michèle Alliot-Marie: si elle est élue députée européenne, elle gagnera moins bien sa vie, la pauvre. Les plus que confortables indemnités des parlementaires européens ne sont que roupies de sansonnet pour elle (4). 

Personnellement, je voterai pour Philippe Lamberts, tête de liste Ecolo (Belgique). Durant son premier mandat, il s'est illustré par sa pugnacité à vouloir réguler le secteur bancaire et à y augmenter la transparence. Il a même réussi à imposer un plafonnement des bonus des banquiers, au point d'être présenté par le journal Le Monde comme "l'homme le plus détesté de la City" (5). 
Allez savoir pourquoi, je préfère les gens détestés aux gens détestables.

(1) Le Soir, 12 mai 2014.
(2) www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/21/pour-jean-marie-le-pen-le-virus-ebola-peut-regler-en-trois-mois-les-problemes-d-immigration_4422584_4350146.html
(3) Charlie Hebdo, 21 mai 2014.
(4) rue89.nouvelobs.com/zapnet/2014/04/30/mam-vais-perdre-largent-allant-parlement-europeen-peut-gagner-11-000-euros-mois-251853
(5) http://www.philippelamberts.eu/lennemi-n1-de-la-city-de-londres-portrait-dans-le-financial-times/
Voir aussi https://www.youtube.com/watch?v=90n_zSwKWgg 

jeudi 15 mai 2014

Cracher dans la soupe

Qui sont aujourd'hui en France les plus grands pourfendeurs de l'Union européenne? Les Le Pen père, fille, petite-fille, beau-fils et les membres de leur parti.
Qui accuse les autres élus politiques d'être des profiteurs du système? Les mêmes.
Qui trouve-t-on au fond de la classe du Parlement européen? Les Le Pen père et fille qui sont classés respectivement 709e et 701e sur 766 en termes de participation aux travaux du Parlement (1). A part venir toucher les larges indemnités que leur confère leur fonction, ils ont visiblement autre chose à faire que de perdre leur temps dans cette assemblée sur laquelle ils crachent.
Qui vient en tête des intentions de vote en France pour le Parlement européen? Les mêmes.
On voit par là que des électeurs se laissent aisément berner par de bas parleurs qui savent tirer parti à leur profit d'un système qu'ils prétendent dénoncer.

(1) www.lalibre.be/actu/international/les-mauvais-comptes-de-marion-marechal-le-pen-536a4678357061b533a3089a

samedi 29 mars 2014

Têtes basses

Tous les naïfs qui s'apprêtent à voter pour le Front national, pensant qu'il va mener une gestion saine et honnête de leur commune seraient bien inspirés de se pencher sur le sinistre bilan des équipes d'extrême droite. Elles promettaient toutes qu'elles seraient irréprochables. Elles furent calamiteuses. "Tête haute et mains propres", annonçait le père Le Pen. Les mains furent bien sales, les fronts bas. 

lire
www.lalibre.be/actu/international/le-calamiteux-bilan-municipal-du-front-national-5335cb3e35705fe5e3c6f825

lundi 24 mars 2014

Le diable au corps

Voilà, on s'y attendait, on le craignait, le FN et la fille à papa Le Pen triomphent. Ils ont déjà gagné Hénin-Beaumont (1). Ils entendent bien prendre d'autres communes dimanche prochain.
La grande entreprise de dédiabolisation de l'extrême droite fonctionne bien, même si elle n'est que poudre aux yeux. Le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie ne peuvent plus s'exprimer en public, mais dans les locaux, entre frontistes, ils ont la voix libres. Deux anciens militants, bernés par le discours de la cheffe, en témoignent dans un livre (2): en côtoyant d'autres militants, ils ont découvert "les propos racistes, homophobes, néonazis".
Un peu partout, ce parti présente de bien étranges candidats. Des malades d'Alzheimer, candidats contre leur gré; des centenaires dont on ne peut être sûr qu'ils seront toujours vivants le jour des élections; des femmes qui sont invitées à se présenter avec leur second prénom et sous leur nom de jeune fille; des candidats, à Morlaix notamment (3), "qui ne veulent ni se montrer, ni se faire photographier"; bref, des candidats malgré eux ou honteux de l'être pour un parti pourtant dédiabolisé.
Il y a les candidats étrangers, belges notamment, qui apportent leur soutien aux listes de cette extrême droite qui ne veut plus dire son nom. Même si le FN est contre le droit de vote des étrangers. Mais s'ils peuvent rapporter des voix, ils constituent sans doute une exception intéressante (4).
Et puis, il y a aussi des candidats qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales de la commune dans laquelle ils se présentent. Rien de grave, juste une impression de manque de sérieux, pour dire les choses gentiment. Mais l'écrire a valu à une journaliste de L'Indépendant un sms d'insulte de Louis Aliot, vice-président du FN et compagnon de la fille à papa: "je viens de signifier à cette pute de Michalac que dimanche je ne me déplacerai pas dans sa boutique", voilà le délicat message qu'il lui a envoyé. Par erreur, on le comprend (5). Le compagnon de la présidente du FN n'a pas encore été dédiabolisé. Il reste du travail.
La fille à papa se rengorge: "le seul adversaire du système, c'est le FN", affirme-t-elle (6). On ne peut, pour une fois, que lui donner raison. C'est le seul parti qui s'illustre autant en tripatouillant le système démocratique. Voilà qui n'empêche pas de plus en plus d'électeurs de penser, apparemment sérieusement, pour certains naïvement, pour d'autres cyniquement, que ce parti est celui du renouveau, différent de ce qu'il était du temps du père Le Pen.
La fille à papa donne l'image de cette évolution, mais "elle est plus dangereuse que lui, estime Nadia Portheault. On ne la voit pas venir, mais derrière, en coulisses, c'est du pareil au même" (2). 

Soyons de bon compte: ce système démocratique se met lui-même à mal et nombreux sont les électeurs dont on aimerait comprendre les critères de choix. Le slogan qu'on entend sans doute le plus, c'est "tous pourris". Mais comme ils sont aimés ceux qui sont traités de la sorte! Déjà douze maires qui ont quelques problèmes avec la justice ont été réélus (7).
Et on garde le meilleur pour la fin: cette candidate qui l'est sans l'être: elle se présente en n'ayant "aucune envie de commencer une carrière politique". Elle était tête de liste à Propriano en Corse, à la place de son mari, maire sortant mais inéligible jusqu'en mai. Elle ne connaît rien au programme, n'entend rien à la politique, ne comprend pas les questions qu'on lui pose. A chacune d'entre elles, elle répond qu'elle fera comme son mari a fait, même si le journaliste relève les erreurs du passé. Elle a été élue. A 69% (8).
Les électeurs, tous pourris.


(1) lire http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/24/quand-steeve-briois-15-ans-jubilait-bus-rempli-dimmigres-250929
(2) Nadia et Thierry Portheault: "Revenus du Front", Grasset
(3) Ouest-France - édition Quimperlé, 17 mars 2014.
(4) http://www.lalibre.be/actu/international/un-belge-tete-de-liste-aux-municipales-francaises-532ab89b35707711f4ab4416
(5) http://www.lindependant.fr/2014/03/22/le-candidat-fn-derape,1862113.php
(6) La Nouvelle République, mars 2014.
(7) http://rue89.nouvelobs.com/2014/03/24/balkany-woerth-deja-douze-maires-delicatesse-justice-reelus-250925 
(8) http://www.lalibre.be/light/insolite/cette-candidate-incompetente-a-fait-69-532fdd2535709734f4195864