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mardi 22 avril 2025

Hors-sol

C'est une histoire comme il y en a trop. Celle d'un jeune homme qui a trouvé sa place, mais est en butte à une administration tatillonne, sourde et aveugle. C'est l'histoire de Manssour, jeune paysan mauritanien qui travaille en CDI pour trois fermes creusoises, mais que la préfète veut renvoyer dans son pays où il est en danger.
L'un de ses patrons, producteur de fromage, était soulagé : "C’est la croix et la bannière pour trouver des employés qualifiés, polyvalents et qui restent sur des postes si difficiles", déclare-t-il au Monde (1). En l'engageant il y a deux ans, après de longues et vaines recherches, il a vite constaté "que Manssour Sow était aussi à l’aise à la traite qu’à la transformation laitière, aux volailles ou à la découpe". Malgré tout cela, malgré son intégration dans le village de Maisonnisses, son implication dans le club de foot voisin, Manssour n'obtient toujours pas son titre de séjour. "Les conditions de régularisation se sont durcies avec l’arrivée de Bruno Retailleau Place Beauvau et sa circulaire de janvier, rappelle Le Monde. Celle-ci demande aux préfets de recentrer les régularisations accordées dans les métiers en tension : sont exigés trois ans de présence en France et douze mois d’ancienneté dans le travail, et l’exercice d’un métier relevant d’une liste arrêtée par décret. En la matière, Manssour Sow coche toutes les cases. Sauf qu’il fait l’objet d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) non exécutée de moins de trois ans – un obstacle non négligeable, compte tenu de l’allongement de un à trois ans de la durée de validité d’une OQTF, depuis la loi sur l’immigration de 2024."
Voilà donc un homme qui se rend utile, qui travaille, dont ont un impératif besoin trois agriculteurs et que, de manière totalement insensée, l'administration veut renvoyer chez lui.  "Manssour a le plus d’ancienneté et de compétences, affirme un de ses employeurs. C’est lui qui forme les nouveaux. Quand je m’absente, je lui laisse les clés les yeux fermés. Sans lui ce serait mission impossible." Cent cinquante habitants ont manifesté récemment pour soutenir le jeune paysan. « A quoi bon être subventionnés par des programmes d’Etat visant à redynamiser nos villages si en parallèle ça ne se traduit pas humainement, déplore le maire, Dominique Berteloot. Manssour participe de ces efforts : c’est un jeune dans un territoire âgé, qu’on voit à la bibliothèque, aux commémorations, aux fêtes, au foot. » « S’il devait partir, ça déstructurerait nos fermes, le village, mais aussi notre famille », abonde Aurélie Lardy, chez qui loge Manssour Sow.
Le Tribunal administratif de Limoges s'est penché sur son cas et doit rendre sa décision aujourd'hui.

On voit par là que les partis politiques et les élus qui luttent fermement contre l'immigration n'ont, contrairement à ce qu'ils prétendent, aucune connaissance des besoins de terrain. Ils sont déconnectés des réalités, enfermés dans une idéologie qui méprise quantité d'employeurs et est nuisible au dynamisme local. Et à l'avenir de personnes qui ne souhaitent que se réaliser utilement et s'intégrer. Ces partis et ces élus sont hors-sol, quand ceux qu'ils méprisent ont les pieds bien plantés dans leur terre.

Post-scriptum (23.4) : Le tribunal de Limoges enjoint à la Préfecture de la Creuse de réexaminer le cas de Manssour d'ici un mois. https://www.lamontagne.fr/limoges-87000/economie/le-tribunal-administratif-de-limoges-ordonne-a-la-prefecture-de-creuse-de-reexaminer-la-situation-de-manssour-sow-travailleur-agricole-sans-papier_14676204/

(1) https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/04/17/dans-la-creuse-la-mobilisation-pour-regulariser-un-ouvrier-agricole-sans-papiers-emblematique-du-manque-de-main-d-uvre_6596970_3224.html
https://www.lamontagne.fr/maisonnisses-23150/actualites/le-seul-crime-que-jai-commis-cest-de-travailler-en-creuse-un-ouvrier-agricole-est-menace-d-expulsion_14675619/

samedi 23 novembre 2024

Besoin de bras

Les entreprises italiennes réclament davantage de travailleurs étrangers. 450.000 permis de travail ont été  accordés à des travailleurs extra-communautaires en trois ans par le gouvernement Meloni, mais le patronat estime qu'il en faudrait le double, surtout dans le secteur des services à la personne dans une Italie à la population vieillissante (1).
En Espagne, le gouvernement, de gauche lui, a annoncé tout récemment (2) l’adoption d’une réforme qui devrait faciliter la régularisation de dizaines de milliers d’immigrés illégaux supplémentaires par an au cours des trois prochaines années. Il estime que jusqu’à 300.000 immigrés pourraient être régularisés chaque année au cours des trois prochaines années. "Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, divers organismes nationaux et internationaux (…) estiment que l’Espagne a besoin d’environ 250.000 à 300.000 travailleurs étrangers par an pour maintenir son niveau de vie", a expliqué la ministre de l’inclusion et des migrations Elma Saiz. Comme le premier ministre Pedro Sanchez, elle affirme que "l’Espagne doit choisir entre être un pays ouvert et prospère ou être un pays fermé et pauvre. Et nous avons choisi la première option". Même les partis de droite soutiennent cette décision du gouvernement qui n'est combattue que par le parti d'extrême droite Vox.

Un peu partout, les partis d'extrême droite vivent essentiellement de leur opposition aux immigrés. Giorgia Meloni, toute d'extrême droite qu'elle soit, a dû changer son fusil d'épaule face aux réalités socio-économiques. S'ils ne veulent pas apparaître totalement déconnectés de ces réalités, les autres partis d'extrême droite feraient bien de changer de discours. Au risque, évidemment, de n'avoir plus de programme.

(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/19/en-espagne-une-reforme-va-faciliter-la-regularisation-de-dizaines-de-milliers-de-migrants-supplementaires-par-an_6403388_3210.html

jeudi 14 décembre 2023

Tous dans le même sac

"Les Françaises et les Français veulent plus de fermeté". C'est ce qu'affirmait tout récemment (1) le député de droite Nicolas Forissier qui fut l'un des rares élus LR à avoir rejeté la motion qui refusait de débattre du projet de loi sur l'immigration proposé par le ministre de l'Intérieur.
Ce qui est important ici, c'est l'article défini : les. Pour Forissier, toutes les Françaises et tous les Français pensent comme lui : il faut être ferme en matière d'immigration. Comme beaucoup d'élus, il sait ce que pensent tous les Français et il est convaincu que ces derniers n'ont qu'une seule et même opinion : la sienne.
On les entend régulièrement ces élus, de tous bords politiques, qui déclarent que "les Français veulent" ceci ou cela, pensent ainsi ou comme cela, comme s'ils étaient soixante-sept millions à vouloir exactement la même chose ou à penser de la même manière. 
Au niveau local aussi, on les entend ces maires, ces conseillers qui rejettent les idées un tant soit peu novatrices, sous prétexte que "les gens" n'en voudront pas.
Il faut se méfier de ces élus qui vous embarquent avec eux, balancent des généralités et n'ont aucun sens de la nuance. Il nous donnent l'impression que nous ne pouvons pas penser différemment, qu'ils nous volent nos opinions.
Personnellement, je me permets de signaler à Monsieur Forissier que je fais partie de ceux qui ne veulent pas plus de fermeté en matière d'immigration. Plutôt plus d'humanité. 

(1) Journal, France 3 CVDL, 12.12.2023, 19h15.



dimanche 12 décembre 2021

Invasion mythique

La France est menacée d'invasion. Elle est déjà occupée par trop d'immigrés. Les Français ne sont plus chez eux. C'est ce que charlemartèlent les Zemmour, les Le Pen, les identitaires qui pensent qu'un bon Français doit s'appeler Jean-Marie et une bonne Française France.
La réalité est bien différente. De nombreux pays regardent éberlués cette France qui se laisse enfermer dans la question de l'immigration. Une fausse question, aux yeux de beaucoup d'observateurs étrangers.

"A peu près tous les voisins de la France ont une plus grande proportion d’immigrés dans leur population", écrit le New York Times. "Au cours de la dernière décennie, l’immigration a moins augmenté en France que dans le reste de l’Europe ou dans d’autres nations développées du monde. (...) En 2020, en France, la part des immigrants dans la population – 13 % – est inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE." 
La rubrique CheckNews de Libération (1) constate que "si l’on se fie à la notion d’immigré telle que définie par l’Insee et l’Ined (soit une personne née étrangère à l’étranger, excluant donc celles nées françaises à l’étranger), la France comptait l’an dernier 6,8 millions d’immigrés, soit 10,2 % de sa population totale d’après les dernières données de l’Insee."
Le dernier bilan de l’OCDE indique, souligne encore Libération, qu’en moyenne, entre 2010 et 2019, les entrées d’immigrés dits permanents en France ont représenté chaque année 0,4 % de la population du pays. Un chiffre nettement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE, qui était de 0,69 % sur la période. " On peut dire que notre taux d’immigration est modéré comparé à la plupart des pays occidentaux ", explique Jean-Christophe Dumont, directeur de la division des migrations internationales de l’OCDE.

L’évolution de la part des personnes nées à l’étranger dans la population totale a évolué de 2,2 points sur la dernière décennie en France: elle était de 11,6% en 2010 et de 13,1% en 2020. 2,2% d’augmentation moyenne donc, quand elle était de 2,9 au Royaume-Uni, de 3,3 en Allemagne ou de 4 en Belgique.
" Ces dernières années, on observe que l’immigration en France est, en proportion, parmi les plus faibles, quelle que soit la mesure considérée ", analyse Marine Haddad, chercheuse à l’Ined et spécialiste de l’immigration.
Ce qui est vrai, explique Libération, c'est que la France est un vieux pays d’immigration, qui a une deuxième génération (ayant au moins un parent immigré) bien plus importante que ses voisins. Le pays, selon une étude de l’Insee, était l’un des seuls pays européens à compter davantage d’enfants de la deuxième génération que d’immigrés. Comparativement à ses voisins, le pays " se caractérise par des flux migratoires plus anciens, mais aussi plus faibles sur la période récente ", écrivait déjà l’Insee en 2012. Voilà pourquoi on est très loin d'une invasion. Pourquoi aussi tous les enfants français ne s'appellent pas Eric ou Marine. On se calme. On respire.

dimanche 31 octobre 2021

Ce besoin des autres

Qui peut l'ignorer? L'élection présidentielle se profile en France, elle aura lieu dans moins de six mois. Les candidats se bousculent au portillon. On s'étonne d'en voir autant souhaiter monter sur la plus haute marche du podium qui, en France, est aussi celle de l'échafaud. Aussitôt élu, le président est vilipendé, ceux qui ne l'ont pas élu n'ayant qu'un objectif: le guillotiner.
Dans les (d)ébats actuels, le thème imposé par l'extrême droite, la lutte contre l'immigration, prend presque toute la place, contaminant la droite et une partie du centre. Telle une flaque d'hydrocarbures en mer, il pollue son environnement et semble inarrêtable. La lutte contre le réchauffement climatique devrait être la priorité absolue, mais la majorité des candidats l'ignore ou la fait passer loin derrière le pouvoir d'achat, la sécurité et l'immigration. Nous sommes envahis, nous ne sommes plus chez nous, clament les Zemmour, les Le Pen et autres nationalistes obsédés par la fermeture des frontières.

Les chiffres leur donnent pourtant tort: l'immigration dans les pays de l'OCDE a atteint en 2020 le plus bas niveau enregistré depuis 2003. Une baisse d'au moins 30% (1). La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansonn, estime qu'un aspect positif de la pandémie de coronavirus est d'avoir rendu "évident que nous avons besoin des migrants" sur le marché du travail. Et s'il y a une urgence, ce n'est pas de lutter contre l'arrivée de migrants, mais contre le travail irrégulier. "Par ailleurs, souligne Olivier Pirot dans La Nouvelle République (2), les immigrés ne coûtent globalement rien à la société. Leur impact selon les pays et les années oscille entre -1% et +1% du PIB. Et sur la période 2006-2018, il est même le plus souvent positif." Le journaliste souligne aussi que, "contrairement à certaines idées reçues et discours politiques, la majorité des immigrés dans ces pays (de l'OCDE) sont des femmes". Et que "la pandémie a montré aussi, directement dans les territoires, le besoin essentiel de certains secteurs de faire appel à de la main d'œuvre saisonnière et étrangère". 
L'OCDE insiste: "mieux intégrer les immigrés peut contribuer à renforcer les gains budgétaires. Par exemple, le simple fait de combler l'écart d'emploi entre les personnes d'âge actif issues de l'immigration et celles nées dans le pays, de même âge et de même niveau d'études, pourrait accroître la contribution budgétaire nette totale des immigrés de plus d'un tiers de point de PIB dans un pays sur trois". Mais l'extrême droite préfèrera toujours les slogans simplistes aux chiffres, la haine à la raison. 

(1) "En 2020, les flux migratoires ont brutalement chuté", La Nouvelle République, 29.10.2021.
(2) "Autre jour", La Nouvelle République, 29.10.2021.

(Re)lire sur ce blog "Le pain des Français", 16.10.2021.

dimanche 6 octobre 2019

Immigration: un autre regard

Juste avant que l'Assemblée nationale ne commence à débattre de l'immigration, le magazine de France Inter "On n'arrête pas l'éco" s'est saisi de la question ce samedi (1)  et, ce faisant, a remis les pendules à l'heure pour réfuter la thèse de l'invasion de la France par les immigrés. Alexandra Bensaïd recevait Christian Chavagneux, économiste et journaliste au magazine Alternatives Economiques, et Emmanuel Lechypre, économiste et journaliste notamment à l'Expansion.

De qui parle-t-on quand on parle d'immigrés? De personnes nées à l'étranger et qui vivent en France, même si elles ont reçu la nationalité française. Des sondages indiquent que les Français pensent que les immigrés seraient 27 millions, alors qu'ils ne sont que 6,5 millions, dont 2,5 millions ont la nationalité  française. Ils représentent ainsi 9,7% de la population française. Un chiffre en augmentation ces derniers temps, due essentiellement aux étudiants qui, dans leur grande majorité, rentrent ensuite dans leur pays. Ces 6,5 millions sont constitués d'un tiers d'Européens, de 30% de Nord-Africains, de 17% d'Africains subsahariens, le reste étant essentiellement constitué d'Asiatiques (dont une majorité de Chinois).
La France accueille proportionnellement moins d'immigrés que la plupart des autres pays européens.
Trois fois moins que l'Allemagne, deux fois moins que la moyenne de l'OCDE. Les personnes qui quittent leur pays ne sont pas, loin s'en faut, majoritairement attirés par la France. L'Allemagne est de loin plus atttractive.

Les immigrés ont un niveau d'éducation supérieur à la moyenne de la population française. Ils sont essentiellement concentrés dans les grands centres urbains. Ils vont là où il y a du travail. Et ne sont donc pas concurrents par rapport aux Français qui cherchent du travail.
Les immigrés non qualifiés ne constituent que moins d'1% de la population française.
Sur 6,5 millions d'immigrés, on estime qu'il y a au maximum 400.000 sans papier.

Une idée simpliste et assez répandue veut que quantité d'immigrés viennent en France pour bénéficier des largesses de la Sécurité sociale. Les économistes rappellent que le parcours administratif pour les immigrés est très long et très compliqué, bien plus que pour les Français. Il faut cinq ans de séjour régulier en France pour pouvoir toucher le RSA, le revenu de solidarité active. Il en faut dix pour avoir droit au minimum vieillesse. L'Aide médicale d'Etat - qui a suscité ces derniers temps bien des délires - est réservée aux immigrés en situation irrégulière et a été mise en place pour éviter les contaminations. Elle ne s'obtient que sur dossier et pour un an seulement et le bénéficiaire n'est remboursé qu'au tarif de la Sécurité sociale.

La contribution des immigrés à la protection sociale en France est positive: un arrêt de l'immigration coûterait deux points de P.I.B. à l'horizon des cinquante prochaines années, soit 40 milliards de moins par an pour la sécu. En 2100, ce serait le double. Parce que les immigrés cotisent comme tout le monde et souvent rentrent dans leur pays à la retraite, sans la toucher alors qu'ils ont cotisé.
Toutes les études indiquent qu'ils ne tirent pas les salaires vers le bas, ne prennent pas les postes des immigrés arrivés avant eux, et dépensent quasiment l'intégralité de ce qu'ils gagnent. L'effet est donc positif sur la consommation et la croissance. L'immigration est ainsi un apport pour l'économie française.

L'immigration économique stagne à un niveau faible. En 2017, elle représentait 1% des nouveaux entrants. On est donc loin des grandes vagues de recrutement des Trente glorieuses. Les immigrés sont principalement engagés dans les professions en déclin et les professions en demande: saisonniers, secteurs du bâtiment, de la santé, etc.
Le démographe Hervé Le Bras rappelle que l'économie a toujours eu besoin des immigrés, essentiellement pour des postes non remplis par des Français parce qu'ils impliquent des taches plus risquées ou plus difficiles. Les patrons et entrepreneurs, pourtant souvent de droite, ont toujours été favorables à l'ouverture des frontières. 

L'immigration ne représente pas un problème macroéconomique, le marché du travail étant extensible, mais un problème d'intégration et d'inclusion. La peur de l'immigré se constate principalement dans des régions où il y a peu ou pas d'immigrés.
C'est sur ces aspects-là, intégration, inclusion et pédagogie que devrait se pencher le débat parlementaire si'il veut avoir du sens.

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/on-n-arrete-pas-l-eco, émission du 5.10.2019.

lundi 30 janvier 2017

Ecœurement

On savait déjà qu'Arrogant Ier était bête et méchant, mais on le découvre carrément crapuleux. Il vient de prendre un décret "de protection de la nation contre l'entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis" qui interdit durant 90 jours l'entrée aux Etats-Unis des ressortissants "de sept pays musulmans jugés dangereux": Irak, Iran, Yemen, Libye, Syrie, Soudan, Somalie.
Le président de ce pays qui s'est construit sur l'immigration (1) interdit donc l'entrée sur le sol américain de personnes en danger de mort, qui fuient le terrorisme, le djihadisme, Daech, l'armée d'el Assad et la misère. Certains venant de pays qui, depuis des années vivent une situation de guerre civile née d'une intervention américaine sur leur territoire. Mais cela, Ubu Trump n'y pense évidemment pas. Il n'a pas le temps. Il doit encore encore envoyer des tweets pour injurier les journalistes, tous ses concitoyens qui manifestent contre ses décrets inhumains et les Mexicains qui ne veulent pas payer le mur qu'il veut construire.
Ses décrets, il les décide visiblement à la même vitesse qu'il tweete. Il s'exprime d'abord, ne réfléchit qu'ensuite (ou pas). S'il avait réfléchi, il se serait rendu compte qu'il oubliait certains pays dans sa liste: l'Arabie saoudite, foyer du wahhabisme et du djihadisme, d'où venaient les assassins du 11 septembre; la Belgique et la France qui ont été victimes de terroristes... belges et français et tant d'autres pays qui ont élevé des terroristes en leur sein.
Ce faisant, comme le disait ce matin Bernard Guetta sur France Inter (2), Trump "ne fait qu'alimenter la propagande des djihadistes qui recrutent en répétant que l'Occident serait l'ennemi de l'islam, contre qui tous les moyens sont bons". Bernard Guetta n'a pas de mots assez durs pour qualifier la dureté du nouveau président: stupidité, aveuglement, aberration, illogisme, trahison, démagogie, injustice, cruauté. "Pour la stabilité du monde, concluait-il, cet homme devient vraiment inquiétant et, pour l'heure, il oublie ce qui est gravé aux pieds de la statue de la liberté, ce qui faisait la grandeur de l'Amérique: Donne-moi tes pauvres, tes exténués, envoie-les moi les déshérités, je dresse ma lumière au-dessus de la porte d'or."
Mais Arrogant Ier nous rassure: "ensemble, nous allons répandre l'amour et la tolérance à travers le monde", a-t-il déclaré le jour même où il signait ce décret scélérat (3). La tolérance? L'amour? Qui donc a essayé (visiblement sans succès) de lui expliquer ce que c'est?

Arrogant Ier se croit grand. Il n'est qu'un tout petit homme. N'hésitons pas à le lui faire savoir:
https://secure.avaaz.org/campaign/fr/president_trump_letter_loc/?baluBfb&v=87502&cl=11752200264&_checksum=4f401d14ddbe8296625ed7abffa563d1cf0756583801fccab715ebef2b8fcc2f

(1) http://www.lemonde.fr/donald-trump/article/2017/01/30/muslim-ban-a-washington-cette-politique-n-est-pas-digne-des-etats-unis_5071190_4853715.html
(2) https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-30-janvier-2017
(3) http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/28/donald-trump-ensemble-nous-allons-repandre-lamour-et-la-toler/?utm_hp_ref=fr-homepage




mardi 9 juin 2015

La honte

Empêcher les migrants d'arriver en Europe semble être la seule politique que soient capables d'envisager nos pays. Ce qui n'empêche pas - et n'empêchera pas - des dizaines, sans doute des centaines, de milliers de gens de prendre la mer, pour fuir la guerre et la misère. Au péril de leur vie. Depuis le début de cette année, 1800 personnes sont mortes lors de leur tentative de traversée de la Méditerranée. "Depuis vingt ans, on estime qu'au moins 18 000 à 20 000 personnes ont perdu la vie en tentant d'atteindre l'Europe", écrit Riss (1). Ils meurent par noyade le plus souvent, mais aussi de soif, de faim ou de froid, assassinés, écrasés, suicidés, étouffés dans des camions, tués par un champ de mines...
En 2014, 274 000 personnes sont entrées illégalement dans l'Union européenne, dont 170 000 sur les côtes italiennes. L'Italie et la Grèce se sentent abandonnées par le reste de l'Europe.
L'Union européenne a néanmoins établi un plan de répartition des migrants dans ses différents pays en fonction de quotas. Mais qui l'accepte? 40 000 demandeurs d'asile syriens et érythréens, arrivés en Italie et en Grèce depuis le 15 avril, seraient ainsi répartis dans le reste de l'Union. Ce qui ne représente que 40% d'entre eux. "Et on parle d'un million de candidats au départ en Libye, point de convergence de tous ceux qui fuient guerre ou persécution au Nigéria, en Syrie, en Érythrée, en Somalie...", écrit Juliette Bénabent dans Télérama (2). Elle précise que les 274 000 illégaux recensés ne représentent que 0,05% de la population de l'Union et cite Simona Taliani, une anthropologue de l'université de Turin: "les flux ne sont pas si élevés. Ces migrants montrent largement la faillite de nos politiques militaristes et postcoloniales, par exemple l'intervention de 2011 en Libye. Les accueillir reviendrait à reconnaître cet échec, et l'Europe n'y est pas prête". 
On ne peut accepter une immigration "illégale", disent les Tartuffe. "Mais quelle différence y a-t-il entre un être humain qui entre légalement dans un pays et celui qui entre illégalement? Celui qui entre illégalement serait-il moins humain que celui qui a ses papiers en règle?", demande Riss (1).

Au nom de la lutte contre l'immigration illégale, le racisme devient légal. "A la frontière entre l'Italie et l'Autriche, chaque jour, on chasse du Noir", écrit Yannick Haenel (3). Dans les trains, "plus besoin de contrôler les passagers, plus besoin de vérifier qui est en règle ou ne l'est pas, la Trilatérale (une brigade de policiers italiens, autrichiens et allemands) ne s'intéresse ni aux papiers d'identité ni aux billets de train; elle n'a qu'un seul objectif: empêcher les Noirs, tous les Noirs, de prendre le train." (...) "Autrement dit, après avoir laissé mourir les réfugiés au large de Lampedusa, l'Europe en traque les survivants aux frontières. On fait sortir des trains et on laisse à quai des personnes qui ont traversé des déserts et des mers, qui ont passé des années dans des camps en Ethiopie, en Libye: on traite de manière juridique, policière une situation qui est avant tout politique et humanitaire.
Faire descendre des trains tous les Noirs est un acte qui signifie donc qu'il est interdit aujourd'hui d'être Noir. L'illégalité est-elle un concept racial? Quand une loi est injuste, la justice passe avant la loi. Mais quand ce qui est injuste n'est même pas une loi?"

Il y a aussi ceux qui rêvent de passer la Méditerranée mais qui restent à quai, coincés dans des camps en Libye ou ailleurs. Leurs témoignages recueillis par Le Monde nous interpellent (4). On a tout pris à ces hommes. Surtout l'espoir.

Mais on ne peut accueillir toute la misère du monde, disent les autruches. En 2013, 3,2% de la population mondiale ont migré et les mouvements concernent toutes les régions du monde. Du sud vers le sud: 82,3 millions et du sud vers le nord: 81,9 millions, indiquent des militants du Collectif poitevin "D'ailleurs nous sommes d'ici".
Ils rappellent que la part des étrangers dans la population française était de 6% en 1926, 6,3% en 1990 et 5,8% en 2008, qu'en 2012 accueillait 286 000 migrants, l'Allemagne 400 000 et la France 258 900.  "L'immigration coûte chaque année 48 milliards d'euros à la France, ajoutent-ils, mais elle rapporte 60 milliards d'euros en impôts cotisations sociales." Et de citer le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria pour qui "il faut oublier cette idée reçue qu'accueillir des migrants coûte cher".

Mais tant de partis politiques vivent aujourd'hui de la peur d'une invasion totalement imaginaire.
En Hongrie, le premier ministre Viktor Orban a distribué un questionnaire à la population dont le thème est "Immigration et terrorisme"; Une question innocente parmi d'autres: "la mauvaise gestion de l'immigration par Bruxelles favorise-t-elle le terrorisme?" (5). On comprend par là que le premier ministre a déjà les réponses à toutes les questions qu'il pose. La Hongrie compte 1,4 % d'immigrés.

(1) Charlie Hebdo, 20 mai 2015.
(2) Le grand naufrage, 10 juin 2015.
(3) Il est interdit d'être Noir, Charlie Hebdo, 13 mai 2015.
(4)  http://www.lemonde.fr/international/visuel/2015/05/30/nous-sommes-la-pour-etre-vendus_4642829_3210.html
(5) Arte Journal, 9 juin 2015.

mardi 17 juin 2014

Les chiens sont lâchés

Est-ce l'œuf ou la poule? Le succès du FN aux élections européennes a-t-il libéré les hommes qui se comportent en chiens? Ou est-ce parce que l'époque est à la haine de l'autre, à l'exclusion et à l'expression violente que la fille à papa Le Pen triomphe? Les deux causes se renforcent.
En tout cas, les agressions homophobes se multiplient, tout comme celles contre les Juifs ou les Roms.
Dernière en date: le lynchage d'un adolescent rom par une douzaine de personnes qui le soupçonnaient d'être l'auteur d'un cambriolage (1). L'adolescent est dans un état critique. Cette brutale attitude de cow boys qui se prennent pour des justiciers inquiète.
Imaginons le pire: le parti de la famille Le Pen est au pouvoir. A chaque fois, ce sera la victime de l'agression qui sera forcément coupable. Elle "avait qu'à pas" être là ou faire ce qu'elle a fait, provoquer en montrant sa différence, être ce qu'elle est, tout simplement. Brusquement, la violence dénoncée par ailleurs devient légitime. L'époque sent mauvais.

La théorie du "grand remplacement" fait son chemin, nous dit-on. Des peuples (entendez les Arabes) se sont donné pour objectif de remplacer le peuple français. L'expression fait florès à l'extrême droite, y compris chez les Le Pen (2). Même si les chiffres disent l'inverse. "L'an dernier, le solde migratoire de la France, c'est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties, était selon l'INSEE de quarante mille personnes (ce qui n'est rien). Parler d'invasion est délirant", estime le démographe Hervé Le Bras (3). Ce qui n'empêche pas la fille à papa Le Pen de parler d'une "immigration considérable" (2). Le nombre d'immigrés (dont des Européens) qui s'installent en France, parfois provisoirement, est de 0,4% de la population française, alors que la moyenne de l'OCDE est de 0,6% (2).

Pendant ce temps, papa et fifille Le Pen se disputent par lettre (4). Ou font semblant. Le vieux qui a dû céder sa place ne s'en remet pas et reproche à la présidente qui est aussi sa fille de ne pas assumer l'héritage. Tu es aussi raciste que moi, lui dit-il, tu aimes aussi fréquenter les nazis (5). L'héritière d'un père condamné neuf fois par la Justice pour négationnisme ou racisme voudrait donner d'elle une image proprette. Mais papa se fait un malin plaisir de rappeler qu'on n'échappe pas à son destin et qu'on ne peut cracher dans la soupe surtout qu'on est née avec une petite cuillère en argent dans la bouche.

(1) http://www.liberation.fr/societe/2014/06/17/quand-les-riverains-s-en-prennent-aux-roms_1043446
www.liberation.fr/societe/2014/06/16/un-jeune-rom-dans-le-coma-apres-avoir-ete-lynche_1042828
(2)
http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/11/grand-remplacement-lidee-raciste-propage-252747
(3) Télérama, 4 juin 2014.
(4) www.huffingtonpost.fr/2014/06/13/perles-lettre-ouverte-jean-marie-le-pen-marine_n_5491096.html?utm_hp_ref=france
(5) Marine Le Pen a participé, début 2012 à Vienne, à un bal organisé par des néo-nazis. Elle a déclaré ne pas voir "où est le problème". (Re)lire sur ce blog: "Difficultés de la filiation" (27 février 2012) et "Vieilles marmites" (16 janvier 2012).