vendredi 13 juin 2014

Du vent


Non loin de chez moi, un projet de sept éoliennes fait du bruit. Comme partout, des "riverains" s'y opposent. Même si les plus proches d'entre eux se trouveront à plus de 800 mètres de ces moulins à vent. Mais le nymbisme semble bien être le mal du siècle. 
Ci-dessous le courrier que je viens de leur adresser.


Mesdames, Messieurs,

habitant L., à proximité de T., je viens de recevoir votre folder dans lequel vous vous opposez à l'implantation d'éoliennes dans notre région.
Que vous vous souciiez de notre cadre de vie, je m'en réjouis, mais je vous avoue rencontrer certaines difficultés à comprendre vos arguments.
Tout d'abord, je ne parviens pas à savoir de combien d'éoliennes il s'agit: vous parlez d'une enquête publique concernant "7 éoliennes", mais votre carte en indique 20 du côté des H. et en illustre 17.
Ensuite, je ne peux accepter telle quelle la liste de vos critiques contre les éoliennes, qui ressemble fort à un « copier-coller » de toutes celles que s’échangent les comités anti-éoliens à travers l’Europe.
Vous parlez de "nuisances sonores et visuelles". Personnellement, j'ai eu l'occasion de voir, de près, d'un peu plus loin et de très loin, des éoliennes, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Espagne, et je dois dire que si je les ai vues, je ne les ai pas entendues, mis à part un chuintement quand on se trouve à leur pied et tout au plus à 200 mètres. Dès que le vent augmente, le bruit ambiant fait de même et celui des éoliennes se perd dans l'ensemble.
Quant à leur impact visuel, vous me permettrez d'estimer qu'il s'agit là d'un point de vue purement subjectif. Personnellement (et ça n'engage évidement que moi), je les trouve rassurantes, apaisantes, modernes et design. C'est peut-être bête à dire, mais j'adore voir tourner des éoliennes. Dans les débats publics sur les éoliennes, c’est en général le dernier argument qui tienne : les éoliennes sont-elles belles ou pas ? Juste une question d’esthétique donc.
Vous affirmez de manière assez précise que les éoliennes "font subir une dévalorisation aux biens situés à proximité, et ce dans une fourchette comprise entre -28% à -46% de leur valeur d'origine". Je ne sais d'où vous tenez ces chiffres. De mon côté, j'ai lu une étude – en Wallonie -  qui réfute totalement votre affirmation. Des maisons ont été revendues, à partir desquelles la vue s'ouvre sur des éoliennes, sans que leur valeur ait baissé. C'est donc, sans doute, qu'il y a des gens qu'elles ne dérangent pas ou qui les apprécient.
Vous dénoncez la destruction de la faune: ici encore, aucune étude, à ma connaissance, ne le confirme. Et s'il doit y avoir parfois des oiseaux tués par des éoliennes, leur nombre n'a rien à voir avec celui, bien plus élevé, des oiseaux tués par le trafic automobile et par la chasse. Envisagez-vous l’interdiction de ces activités ?
Elle "ne subsistent que grâce aux subventions", dites-vous. Vieil opposant au nucléaire, je serais curieux de savoir quelles fortunes les pouvoirs publics ont dépensé pour lui permettre de se développer et de gérer aujourd'hui l'ingérable problème des déchets. Donc, oui, l'énergie, quelles que soient ses formes, a un coût pour la société.
Les éoliennes ne fonctionnent, dites-vous encore "que 15% des 365 jours d'une année". Voilà  bien une rumeur que se refilent tous les comités anti-éoliens. J'ai entendu la même en Belgique où j'ai vécu et où j'ai vu tourner pendant des années, au moins 25 à 28 jours par mois (quand ce n'est pas 31 – je l’ai par exemple vérifié quotidiennement du 1er au 31 mars 2013 * ), les 7 éoliennes érigées à proximité de chez moi.
Elles "ne créent pas d'emplois industriels en France", affirmez-vous. Comme d'autres pays, la France a pris du retard en ce domaine. L'opposition de principe n'aide évidemment pas le secteur à se développer, même si, en Allemagne, par exemple, il a créé bien plus d'emplois que le nucléaire.
Enfin, vous regrettez qu'elles "ne profitent qu'à une minorité de propriétaires-exploitants". Mais vous soulignez par ailleurs que la Communauté de Communes, donc la collectivité, donc les citoyens, en bénéficieront (le groupe de soutien aux éoliennes cite les chiffres de 50.000 € annuels pour la minuscule commune de T., tout récemment au bord de la faillite, et autant pour la Communauté de communes). Cherchez l'erreur. Si demain on se met à interdire toute activité industrielle qui ne rapporte qu'à quelques-uns, j'imagine que l'économie française serait définitivement ruinée. A moins que vous ne souhaitiez - c'est peut-être votre projet, après tout pourquoi pas? - passer à une économie de type communiste.
Vous terminez en posant la question de savoir quel héritage nous voulons laisser à nos enfants. Personnellement, j'aimerais leur laisser une Terre la plus propre possible, d'où auraient disparu les énergies polluantes et sans leur laisser pendant des siècles de dangereux déchets nucléaires.

Je l'ai vécu en Belgique comme en France: l'opposition aux éoliennes semble reposer sur un principe... d'opposition, sur des rumeurs, sur la résistance au changement et surtout sur une attitude d'autruches. Que proposent, que font les opposants pour réduire leurs consommations, pour changer de mode de production d'énergie?
La région de L. a refusé, voilà des années, l'enfouissement de déchets nucléaires. Elle a eu bien raison. Mais soyons cohérents : on ne peut refuser les déchets tout en acceptant la logique nucléaire, à moins de tomber dans le « nimbysme » (not in my backyard – pas dans le fond de mon jardin). Donc, quelles formes d’énergie pour remplacer le nucléaire?
Peut-être le projet que vous contestez envisage-t-il trop d'éoliennes. Peut-être les éoliennes en projet sont-elles trop hautes. Peut-être certaines sont-elles prévues trop près de certaines habitations. Je n’en sais rien et c'est possible, mais vous n'en dites rien et je serais prêt à vous suivre si vous pouvez démontrer que leur impact paysager pourrait être diminué.
Sans doute faudrait-il exiger que ces éoliennes soient « citoyennes », en ce sens que les riverains puissent y investir prioritairement et en retirer donc, sous l’une ou l’autre forme, des bénéfices. Cette pratique a déjà prouvé, ailleurs, tout son « intérêt ».
A Houyet, petite commune rurale de Wallonie, les habitants et les communes environnantes sont propriétaires de 2/3 du parc éolien. J’y ai rencontré des habitants très fiers de « leurs » éoliennes. Le concept est le suivant : « le gisement vent appartient aux citoyens et est l’une de leurs ressources énergétiques. (…) Les retombées économiques et financières de l’exploitation du gisement vent sont réservées majoritairement aux habitants de la région et à leurs sympathisants dans le pays, soit à titre individuel ou associatif, soit par le biais de leurs administrations communales, intercommunales, etc. » (extrait d’un document que je tiens à votre disposition - voir www.vents-houyet.be)

Je suis persuadé que c’est dans ce sens qu’il faut aller, plutôt que de s’en tenir à un refus de principe de tout parc éolien, au risque que votre combat reste un combat d'arrière-garde, s'inscrivant dans une démarche de résistance à un  changement  indispensable. Les éoliennes sont aujourd’hui un moyen, parmi d’autres, de changer de modes d’énergie. Elles  génèrent, comme les autres modes, mais moins que d’autres, certaines gênes. Faut-il, absolument, les refuser ? Si oui, il faut alors cesser toute consommation d’énergie.
Il n’est pas question d’accepter n’importe quoi, mais pas non plus de refuser tout changement. Et chacun doit en prendre sa part.

* lire sur ce blog "Et pourtant elles tournent", 31 mars 2013.

lundi 9 juin 2014

Vomissures

Jean-Marie L'Infect a encore frappé. Fort. Le président "d'honneur" du FN est coutumier des propos violents, racistes, antisémites, négationnistes. Ils le font exister. Il a toujours prétendu dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. On en arriverait presque à penser qu'il croit vraiment que tout le monde pense comme lui. Mais, pas complètement idiot, il a aussi compris que sa fifille - pour faire réussir son parti - a dû imposer à ses troupes de penser bas sans parler haut (1). Ce qu'il ne supporte pas, estimant  que le parti qu'il a fondé sombre dans le politiquement correct. Et puis, s'il est toujours actif, c'est pour rassurer la frange dure du FN: oui, le parti est toujours aussi celui des racistes, des antisémites, des négationnistes et de tous ceux qui n'aiment pas les autres.
Voilà donc que Le Pen père, s'en prenant aux artistes qui ont appelé à se défier du FN, a affirmé, parlant plus précisément de Patrick Bruel, que "on fera une fournée la prochaine fois" (2). Face au tollé qu'ont suscité ces propos, la fille à papa Le Pen a considéré qu'il s'agissait là d'une "faute politique". Certains journalistes parlent déjà d'une "rupture" entre père et fille (3). C'est conclure trop rapidement.
S'il s'agit d'une faute politique, il faut comprendre que le vieux Le Pen n'aurait pas dû tenir publiquement de tels propos qui déforcent la tentative de dédiabolisation du FN. En réalité, il s'agit de bien plus qu'une faute politique: une faute humaine.
Il y a peu, le même Le Pen, lors d'un meeting électoral, avait affirmé qu'il avait la solution contre la démographie galopante: "Monseigneur Ebola". Ici encore, ses propos avaient suscité l'indignation. Sa fille avait - sans rire - excusé papa: il témoignait "d'une inquiétude par rapport à un virus mortel" (4).
Aujourd'hui encore, même si elle prend ses distances avec papa, elle le protège. Elle se dit "convaincue que le sens donné à ses propos relève d'une interprétation malveillante". Ce sont les autres qui sont malveillants, pas lui. Ce qu'elle condamne, ce n'est pas ce qu'il a dit, mais le tort que ses déclarations causent à l'image qu'elle essaie de donner de son parti.
Si la fille à papa veut être crédible, elle doit tuer le père: l'exclure du parti, larguer un président d'honneur qui, bien plus que son parti, déshonore l'humanité.

(1) On en retrouve de multiples témoignages dans "Bienvenue au Front", de Claire Checcaglini (Jacob-Duvernet, 2012) et de "Revenus du Front" de Nadia et Thierry Portheault (Grasset, 2014).
(2) www.liberation.fr/politiques/2014/06/08/sos-racisme-denonce-une-nouvelle-sortie-antisemite-de-jean-marie-le-pen_1036209
(3) www.lalibre.be/actu/international/marine-le-pen-vs-jean-marie-le-pen-la-rupture-539559e43570d60b4dc38c7a
(4) France Inter, 9 juin 2014, Journal de 13h.
Et aussi:  http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/09/lintervieweuse-ingenue-pen-amie-denfance-marine-a-lultradroite-252795

samedi 7 juin 2014

Marche arrière

Comme chaque année, le week-end de la Pentecôte, les jeunes traditionnalistes catholiques marchent entre Chartres et Paris. Ils marchent pour se purifier, disent-ils. Il faut croire qu'ils en ont besoin. Ils portent foulards, bérets, soutanes, étendards. Ils prient, chantent et lisent leur missel. C'est le bon vieux temps qui défile en pèlerinage. Ou en croisade. Eux qui s'inscrivent dans le mouvement créé par Leurseigneur Lefebvre et sa congrégation Saint Pie X continuent à refuser Vatican II et son message d'œcuménisme. Les religions qui ne sont pas dans la ligne telle que l'a définie Jésus-Christ ne sont pas dans la vérité, dit un jeune. En clair: les autres religions sont dans l'erreur et nous n'avons pas à les fréquenter (1). Pense-t-il une seule seconde que ces autres religions peuvent considérer la sienne de la même manière? Si je me souviens bien, la Pentecôte célèbre l'éveil de l'esprit des apôtres. Brusquement, les voilà multilingues, ouverts au monde.
Mais visiblement l'Esprit saint n'est pas encore descendu sur les cathos intégristes. Sans doute ne sont-ils pas assez purifiés.

(1) Journal, France 3 Centre, 7 juin 2014, 19h.

vendredi 6 juin 2014

Perles islamistes

C'est visiblement une erreur d'être femme en milieu islamiste. Les barbus ne les aiment pas.
Ou alors voilées et soumises. Je me souviens avoir reçu d'un imam un opuscule (que j'ai malheureusement égaré...) dans lequel on pouvait lire que le voile était nécessaire pour protéger "cette perle" qu'est la femme. Mais apparemment, les perles n'ont pas grande valeur pour les islamistes.

En cas d'homicide, la loi saoudienne prévoit que l'accusé peut sauver sa tête s'il s'acquitte de la dyia, une compensation financière versée à la famille de la victime en échange du pardon que celle-ci peut accorder. Pour le meurtre prémédité d'un musulman, il en coûte 400.000 riyals (+/- 80.000 euros), mais la moitié si la victime est une musulmane. Les tarifs diminuent ensuite considérablement selon la religion de la victime, sachant qu'un homme vaut toujours le double d'une femme. Avoir tué une bouddhiste, par exemple, ne coûte que 3.333 riyals (soit 666 euros). (1)

En Tunisie, une jeune femme a porté plainte contre deux policiers qui l'ont violée. Ils ont été condamnée à 7 ans de prison, en ont purgé 2 et pourraient être bientôt libérés. Les violeurs de droit commun sont en général condamnés à 25 ans. "Si l'islam condamne sévèrement tout rapport sexuel hors mariage, rappelle Zineb El Rhazoui (2), les islamistes, eux, se font beaucoup plus équivoques lorsqu'il s'agit du viol." Ils parlent alors de rapport non consenti. Le parti islamiste au pouvoir mène une bataille sournoise contre les droits des femmes octroyés aux Tunisiennes par Bourguiba et sanctuarisés sous Ben Ali", écrit-elle.
En Tunisie, porter plainte contre la police est un blasphème. On voit par là que la religion peut être bien utile pour lutter contre les droits de l'homme. Et surtout de la femme.

Même situation en Iran: c'est la femme qui est fautive, d'emblée."Je ne sais pas pourquoi mais c'est ma faute", écrit Abnousse Shalmani. "C'est ma faute si un homme éprouve du désir à mon endroit. Quelle que soit la situation, c'est ma faute. Est-il vraiment nécessaire de rappeler les viols, en Iran ou ailleurs, où c'est la femme violée qui est jugée et condamnée pour incitation au viol?" (3).

Le petit sultanat de Brunei a décidé d'appliquer dorénavant la charia. Progressivement. Ainsi, par exemple, les femmes qui se seront fait avorter seront flagellées. Et les adultérins et les homosexuels lapidés. (4) 

Parlant de la "barbarie" de Boko Haram (l'enlèvement de plus de 200 lycéennes), un journaliste burkinabé (5) estime qu'il faut "combattre la secte sur son propre terrain: la religion. A l'instar d'Al-Azhar en Egypte, la plus haute autorité de l'islam sunnite, les organisations et les Etats musulmans du monde entier, tous les muftis et autres mollahs dont les voix font autorité dans la communauté des fidèles doivent sortir de leur silence pour dénoncer toute forme d'exploitation de la foi à des fins étrangères aux préceptes du Prophète". Et le journaliste de saluer les déclarations de Malala Yousafzai, cette adolescente pakistanaise, rescapée d'une tentative d'assassinat par des talibans, qui a déclaré que "Boko Haram ne comprend pas l'islam et n'a pas étudié le Coran. Il est en train de faire une mauvaise utilisation du mot islam".
On ne dit pas autre chose au Nigéria: "nous comprenons tous très bien que cette secte n'est pas dirigée par de pieux musulmans. Son combat n'a donc rien de religieux. Ceci étant, il est indéniable qu'elle utilise la religion pour recruter et diffuser son idéologie haineuse. (...) L'idéologie du mal doit être contrée par une autre idéologie, et c'est là que nos dirigeants, nos frères et nos sœurs musulmans, doivent faire entendre leur voix en s'insurgeant plus vigoureusement qu'ils ne le font contre le massacre des infidèles. Il faut davantage d'information, davantage de programmes, notamment à l'intention de la jeunesse, dans les mosquées, les écoles et autres groupes sociaux, afin de couper cours à ces discours de haine". (6)

Dans sa série dessinée "La vie secrète des jeunes", Riad Sattouf (7) rapporte cette scène vue et entendue dans une rue du XXe arrondissement de Paris.
Une femme voilée marche. Elle appelle son fils: "Sofiane! Dépêche!". Le gamin, 6 ans, 7 peut-être souffle: "Pfff, mais chuis fatigué". "C'est pas moi qui suis censée marcher devant toi, lui dit sa mère. L'homme doit marcher devant la femme. Allez!". "Mais c'est idiot rétorque l'enfant, interrompu aussitôt par sa mère qui le traite de "mécréant" et l'oblige à marcher devant elle.
L'éducation, oui. L'éducation...

(1) "La peine de mort a aussi sa cote boursière", Patrick Chesnet, Charlie Hebdo, 14 mai 2014.
(2) Charlie Hebdo, 7 mai 2014.
(3) Abnousse Shalmani: "Khomeiny, Sade et moi", Grasset, 2014.
(5) "Les grandes puissances en ordre de bataille", Alain Saint Robespierre, L'Observateur Paalga (Ouagadougou), 8 mai 2014 (in Le Courrier international, 15 mai 2014).
(6) "L'idéologie de la haine", Busola Jegede, The Puch (Lagos), 21 avril 2014 (in Le Courrier international, 15 mai 2014).
(7) Charlie Hebdo, 7 mai 2014.



mardi 3 juin 2014

Le couple de l'année: Martine Le Vlin et Padimir Poutene

La plupart des électeurs du parti de la famille Le Pen, enfermés dans leur hargne, leur grogne, leur bêtise, leur cynisme, leur peur, leur désarroi, leur méchanceté, leur ras le bol de tout et n'importe quoi (1), savent qu'ils ont appuyé des forces anti-européennes, mais sans doute pas qu'ils sont entrés dans le jeu de Vladimir Poutine qui entend affaiblir une Union européenne qui le dérange et s'appuie, pour ce faire, sur les partis réactionnaires, fascistes et nationalistes d'Europe.
Le député européen hongrois Béla Kovacs, membre du parti néo-nazi Jobbik, est accusé d'être payé par le gouvernement de Moscou. Celui-ci est soupçonné de soutenir les partis anti-Europe qui ont, pour la plupart fait allégeance au grand Vladimir Poutine et plusieurs de leurs représentants étaient présents en Crimée comme "observateurs" lors de la  récente parodie de référendum. Poutine: un chef comme on les aime à l'extrême droite: autoritaire, dur, voire brutal. (2) La fille à papa Le Pen se trouve des points communs avec le nouveau petit père des peuples: la défense de "l'héritage chrétien de la civilisation occidentale". Une internationale brune se met en place. 

Pendant ce temps, un récent sondage indique que pour 53% des Français le FN est "un parti normal".
Mais quelle est donc cette léthargie qui a saisi cette France amorphe? Le FN gagne en force, et de loin, les élections européennes, installe un climat malsain, établit des liaisons dangereuses, et c'est le silence qui lui répond. Il y eut, bien sûr, quelques lamentations dans les médias le soir du 25 mai et le lendemain matin. Et depuis plus rien. Sinon que l'UMP continue à courir derrière le FN et le PS derrière l'UMP. Quelques jeunes de sections de jeunesse des partis de gauche ont manifesté contre le FN. Une poignée. Et puis rien. Christiane Taubira a été obligée, nous dit-on, par Hollande et Valls de revoir à la baisse les prétentions de son intéressante loi sur les procédures pénales. Histoire de donner des gages à la droite. 
Où est la gauche? Où sont les artistes? Les intellectuels? Les animateurs? Les profs? Les chrétiens de gauche? Les associations de défense des droits de l'homme? Les démocrates? Les citoyens? Tout le monde a-t-il baissé pavillon devant la famille Le Pen, ses sbires et ses alliés? Ohooooh! Y a quelqu'un??? Où sont les l(L)umières?

(1) biffez la mention inutile.
(2) http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140530.OBS9033/vladimir-poutine-grand-frere-des-fachos.html

dimanche 1 juin 2014

Mea culpa

Certains analystes ont compris d'où vient le succès du Front national: ce sont tous ces intellectuels de gauche qui l'ont diabolisé. A les entendre, il aurait donc fallu laisser croire à ces braves gens qui s'apprêtaient à voter pour le parti de la famille Le Pen que celui-ci est bel et bien normalisé, dédiabolisé, comme voulait le faire croire la fille chérie à son papa.
Ce ne sont pas le chômage, la bêtise et les affaires de la droite, les maladresses et les incapacités de la gauche, le simplisme et les mensonges du FN, le racisme qu'il entretient qui font son succès. Non, c'est la critique dont il fait l'objet qui a fait son lit. Il faut donc comprendre que les électeurs du FN sont de vrais rebelles qui ont juste décidé de voter pour ceux contre qui on les met en garde.
Pour certains juges, ce sont des étrangers eux-mêmes qui aident le FN à l'emporter. L'attitude de certains d'entre eux, capables, par exemple, de favoriser les mariages blancs, rendrait les bons Français xénophobes. Certains étrangers subissent ainsi de lourdes peines de prison pour être responsables du succès du FN. (1)
Les médias se récrient: ils n'ont pas de responsabilité dans le succès de l'extrême droite. Même si les plateaux télé se disputent la présidente du parti familial tant elle fait de l'audience, même si David Pujadas s'est plié à ses refus, en annulant le débat entre elle et Martin Schultz. Même si plusieurs chaînes de la TNT se sont fait une spécialité de pseudo-émissions d'enquête qui suivent des policiers poursuivant les innombrables malfrats que compte la France et qu'on trouve essentiellement dans "les banlieues sensibles". Le service de communication de la police nationale reçoit, annuellement, deux mille (oui, 2.000) demandes de tournage. Un tiers est refusé (2). Ce qui en fait quand même quelque 1.300 à 1.400 chaque année. Autant de télés pin-pon, produites à moindre coût, qui démontrent qu'on vit vraiment dans l'insécurité la plus totale et qu'on a besoin de partis forts pour y mettre fin.
Ne cherchons évidemment pas non plus de cause dans l'ambiance de plainte et de grogne qui a régné sur la France depuis plus d'un an, entretenue par les manifestants anti-mariage homo ou par les Bonnets rouges. Il s'agit juste de saine révolte. 
Combien parmi les 57% d'abstentionnistes que compte la France s'indignent aujourd'hui du score de l'extrême droite?
Il n'y a évidemment pas une mais des explications à cette inquiétante victoire. Mais c'est du côté du FN que se trouve les premières. Faire croire qu'il n'y a qu'à, faire croire que la France est menacée de l'extérieur comme de l'intérieur, faire croire que ce sont Bruxelles et les étrangers qui sont responsables des difficultés que connaît la France, c'est prendre ses électeurs pour des imbéciles. Et visiblement, il y en a beaucoup qui adorent cela.

(1) http://blogs.rue89.nouvelobs.com/derriere-le-barreau/2014/05/31/mon-client-reste-au-trou-la-faute-au-score-du-fn-aux-europeennes-233023
(2) "Caméras en immersion chez les policiers: l'overdose", Chloé Bossard - La Nouvelle République, 28 mai 2014.

mercredi 28 mai 2014

Les désespérants partis du désespoir

Le Parlement européen voit donc déferler en son sein une vague. Elle est assez brune et malodorante.
Ce sont des votes de protestation qui y amènent des élus d'extrême droite et de partis populistes, nous dit-on. Les Français avaient le choix entre 25 listes, mais, pour eux, seule celle de la famille Le Pen incarnerait donc cette protestation. On a du mal à le croire. C'est bien d'un vote d'adhésion qu'il s'agit. Dans le village où j'habite, peuplé de quelque 650 habitants, 38% d'entre eux ont voté pour le FN. Les 62 autres % ne comprennent pas. Pourquoi choisir le parti de la haine, du rejet des autres, de la peur, du repli sur soi? Comment confier son avenir au père Le Pen, "milliardaire ancien député poujadiste, ancien compagnon de route de l'OAS, ancien thuriféraire de Vichy, faiseur de bons mots sur les fours crématoires" (1) ? Comment faire confiance à un parti qui a promis de faire la chasse aux journalistes, de les "attaquer à mort", de leur "marcher dessus" ? C'est le directeur de cabinet de Marine Le Pen qui parle là de "tous ces connards de journalistes institutionnels" (2). Il faut dire qu'Apolline de Malherbe, éditorialiste politique à BFMTV avait eu l'outrecuidance de poser, dans son émission, à la fille à papa Le Pen des questions que celle-ci ne lui avait pas demandé de poser. Ce qui ne se fait pas. Au FN, on n'aime que la presse qui pose de gentilles questions et se couche où on lui dit de se coucher.
Comment croire que le FN va investir dans l'aide sociale ? A Fréjus, dirigé depuis peu par le FN, trois structures sociales voient leurs moyens diminuer de 46 à 65%, une décision - sans concertation - de la Ville (3).
"Le vote FN est un suicide", affirme Bernard Maris (1). Le désespoir est-il donc si profond en France ?

Il l'est ailleurs aussi visiblement. L'Ukip britannique fait une entrée en force au Parlement européen, "un parti qui parle le langage des comédies populaires télévisées, bourdes racistes comprises" (4). Son leader, Nigel Farage, est charismatique, même si ses électeurs sont censés savoir à qui ils ont affaire : "un ancien banquier, gavé de subventions (il aurait abusé des aides européennes en 2013) qui a été éduqué dans l'enseignement privé. (...) Le fait qu'il retire un salaire confortable de son travail politique, qu'il ne crache sur aucun financement européen payé par le contribuable et qu'il emploie comme secrétaire sa femme n'a pas pénalisé Farage. (...) Farage passe pour un brave filou, en fait, c'est un voyou" (4).
Le dessinateur David Ziggy Greene relate (5) quelques déclarations publiques de candidats du Ukip :
- "les récentes inondations sont une punition pour le mariage gay."
- "les victimes de viol sont en partie à blâmer." 
- "les femmes qui ne nettoient pas derrière le réfrigérateur sont des salopes."
- "les musulmans se reproduisent dix fois plus vite que les chrétiens."
On voit par là qu'on a affaire à un parti au programme très nuancé et réfléchi.

D'autres partis populistes, d'extrême droite, europhobes, racistes et autres seront largement représentés au Parlement européen. Notamment le Parti populaire danois, le FPO autrichien, le PVV néerlandais (qui a heureusement fait de moins de voix que prévu). Ces partis, par définition, ne s'apprécient pas toujours entre eux. Le FN considère l'Aube dorée grecque comme un parti nazi, mais le FN est lui-même vu par l'Ukip comme antisémite.
Quoi qu'il en soit, les positions radicales de ces partis forts en gueule mais faibles en contenus risquent fort de polluer les débats et de tirer plus à droite encore de nombreux conservateurs et même des sociaux-démocrates. "Par son poids électoral, il (le FN) a d'ores et déjà modifié la façon dont la France gère l'immigration et les immigrés. (...) Il pourrait étendre bien plus loin son influence, notamment en matière de politique européenne" (6). Restent aux partis de gauche à reprendre la main, à redonner espoir, avec des positions fortes, des idées nouvelles, des visions d'avenir. Y a du boulot.

(1) "Sombre dimanche", Bernard Maris - Charlie Hebdo, 28 mai 2014.
(2) http://www.liberation.fr/politiques/2014/05/27/le-fn-veut-attaquer-a-mort-les-journalistes_1027958
http://rue89.nouvelobs.com/2014/05/28/fichier-fn-journalistes-sil-existe-na-ete-declare-a-cnil-252535
(3) Charlie Hebdo, 21 mai 2014.
(4) "Nigel Farage, l'escroc bien-aimé", Laurie Penny - New Statesman (Londres), 30 avril 2014 (in Le Courrier international, 22 mai 2014).
(5) "The great debate", David Ziggy Greene - Charlie Hebdo, 21 mai 2014.
(6) "Le FN, un faux séisme", David Bell - Financial Time, 14 mai 2014 (in Le Courrier international, 22 mai 2014).
A lire aussi:
http://blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-noel-mamere/2014/05/26/noel-mamere-bienvenue-au-pays-des-schtroumpfs-en-bleu-marine-232978
Et parce que mieux vaut en rire (quoique...):
http://www.legorafi.fr/2014/05/26/marine-le-pen-je-tiens-a-remercier-les-francais-les-plus-faibles-psychologiquement-davoir-vote-pour-nous/

lundi 26 mai 2014

Drapeau en berne

Encore des électeurs bernés. A peine le parti de la famille Le Pen a-t-il remporté, en France, les élections européennes que le ciel bleu de ce dimanche se charge lundi de nuages qui ne tardent pas à déverser des trombes d'eau sur un hexagone de plus en plus étroit. Les températures dégringolent, chacun rallume son feu. Bref, c'est l'automne en mai. L'hiver frappe à la porte.

L'Europe a connu ce 25 mai un dimanche plus brun que noir. 25% des Français qui se sont rendus aux urnes ont choisi de voter pour le parti qui les invite à regarder leurs pieds plutôt que l'horizon, à préférer les clôtures aux ponts. Une électrice française explique qu'elle n'apprécie pas les idées du Front bas National, mais qu'elle a voté pour lui "pour la raison que vous savez". "Laquelle?", lui demande de préciser la journaliste. "L'immigration", dit-elle (1).
25% des Français ont choisi de multiplier largement le nombre des députés du FN qui jusqu'ici ont juste brillé par leur absence au Parlement européen. Des profiteurs d'un système qu'ils critiquent et méprisent, incapables d'y apporter des idées nouvelles. Le programme du FN tient sur un timbre-poste. Le Pen père siège depuis trente ans au Parlement européen où on parle plus de lui pour les procès dont il est l'objet pour insultes ou racisme que pour des propositions créatives et novatrices. Ses dernières incontinences verbales, infectes, dignes des nazis (2),  ne l'ont pas empêché d'être réélu. Sans doute par des électeurs "anti-système", ou naïfs ou cyniques.
Voilà donc le parti de la famille Le Pen, poursuivi pour "extorsion en bande organisée et faux et usage de faux"(3), devenu - très provisoirement, on l'espère - le premier de France. Ce parti qui repose sur de grandes valeurs telles que la suffisance, le mépris, la tromperie, la désignation de boucs émissaires (les étrangers, les musulmans, les Juifs, l'Europe et on en passe), la peur de l'autre, le repli sur soi, le rétropédalage, séduit un électeur français sur quatre.
"Vous vous sentez responsables de cette victoire?", demande la journaliste à des représentants du Modem, des Verts et du Front de Gauche (1). Le FN lui-même, par son approche insultante à l'intelligence humaine, est responsable de son succès. Tout autant que ses électeurs, que les abstentionnistes qui ne lui ont pas fait barrage (et qui aujourd'hui se scandalisent de cette victoire avant de s'en accommoder demain), des médias qui adorent interviewer la fille à papa Le Pen parce qu'elle fait de l'audience, et du PS et de l'UMP dont les représentants sont devenus des notables déconnectés de la société et qui accumulent les casseroles (voir l'affaire Bygmalion à l'UMP). Même si le FN en fait tout autant, en pratiquant le népotisme ou en utilisant les mandats politiques au profit de ses élus (voir l'absentéisme des députés européens du FN (4) et les mandats locaux dans le sud-est dans les années '90).
Jean-Marie Le Pen a, paraît-il, parlé de "séisme" à propos du succès de son parti. On est d'accord avec lui, mais partiellement. Il s'agit bien d'une catastrophe, mais elle n'est pas naturelle. Elle est culturelle.

Aujourd'hui, beaucoup de Français se disent honteux de la place du FN dans le paysage politique de leur pays. A cette heure, il pleut toujours. Des larmes de colère, de rage et de désespoir. Les pluies sont acides.

Voilà voilà que ça recommence
Partout partout et sur la douce France
Voilà voilà que ça recommence
Partout partout ils avancent.
                  Rachid Taha - "Voilà voilà"

Attention, mon ami, je l'ai vue
Méfie-toi, la bête est revenue
C'est une hydre au discours enjôleur
Qui forge une nouvelle race d'oppresseurs
Y a nos libertés sous sa botte
Ami, ne lui ouvre pas ta porte.
                  Pierre Perret - "La bête est revenue"

(1) France Inter, Journal, 26 mai 2014, 13h.
(2) sur ce blog, "L'Europe entre détestables et détestés", 21 mai 2014.
(3) sur ce blog, "Pauvre petite fille riche", 17 avril 2014.
(4) sur ce blog, "Chère Marine", 19 mai 2014, et "Cracher dans la soupe", 15 mai 2014.

mercredi 21 mai 2014

L'Europe entre détestable et détesté

Donc (voir billet précédent) il faut voter pour l'Europe. Certainement pas contre. Evidemment, on peut voter pour une autre Europe, plus sociale, plus intégrée, plus fédérale, plus écologiste. Mais jamais contre son principe même.
On peut l'imaginer plus forte, plus démocratique, comme l'ont fait une quinzaine d'eurocrates qui ont imaginé Euro2030, en formulant 50 propositions pour changer l'Europe. "La Commission deviendrait un véritable exécutif, et le Conseil de l'UE une chambre haute. Le président de la Commission, élu de préférence par suffrage universel, serait l'équivalent d'un Premier ministre, tandis que le Président du Conseil deviendrait le président de l'UE, à la manière d'un chef d'Etat, avec un rôle d'autorité morale et de garant du respect des valeurs communes. (1) Proposition - parmi d'autres - particulièrement intéressante: celle d'un "contrat de travail européen": il présenterait des avantages en termes de mobilité et de pension, et permettrait de créer un ancrage pour une assurance chômage européenne.

Donc, il faut voter pour l'Europe. Mais pour qui?
On peut procéder par élimination. En éjectant les europhobes. En particulier la famille Le Pen et son parti. Le candidat du FN dans le sud-est, président dit "d'honneur" de ce parti qui n'arrive pas à se débarrasser de son odeur d'égout, a affirmé avoir la solution pour "contrer l'explosion démographique". 
"Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois", a-t-il déclaré (2). Jean-Marie Le Pen a été atteint très jeune de sénilité précoce, une maladie qui tue lentement. Quand une vipère se mord la langue, elle ne meurt pas de son propre venin. On parle, un peu partout, de nouveau dérapage. Ce n'en est évidemment pas un. On ne peut donc imaginer voter pour des partis et des individus toxiques.
Pour qui d'autre? Certainement pas pour l'UMP qui se moque de l'Europe: "voter pour nous, c'est voter contre Hollande!", affirme Jean-François Copé (3) à qui personne ne semble avoir dit que les élections de ce dimanche concernent l'Europe.
Pas non plus pour Michèle Alliot-Marie: si elle est élue députée européenne, elle gagnera moins bien sa vie, la pauvre. Les plus que confortables indemnités des parlementaires européens ne sont que roupies de sansonnet pour elle (4). 

Personnellement, je voterai pour Philippe Lamberts, tête de liste Ecolo (Belgique). Durant son premier mandat, il s'est illustré par sa pugnacité à vouloir réguler le secteur bancaire et à y augmenter la transparence. Il a même réussi à imposer un plafonnement des bonus des banquiers, au point d'être présenté par le journal Le Monde comme "l'homme le plus détesté de la City" (5). 
Allez savoir pourquoi, je préfère les gens détestés aux gens détestables.

(1) Le Soir, 12 mai 2014.
(2) www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/21/pour-jean-marie-le-pen-le-virus-ebola-peut-regler-en-trois-mois-les-problemes-d-immigration_4422584_4350146.html
(3) Charlie Hebdo, 21 mai 2014.
(4) rue89.nouvelobs.com/zapnet/2014/04/30/mam-vais-perdre-largent-allant-parlement-europeen-peut-gagner-11-000-euros-mois-251853
(5) http://www.philippelamberts.eu/lennemi-n1-de-la-city-de-londres-portrait-dans-le-financial-times/
Voir aussi https://www.youtube.com/watch?v=90n_zSwKWgg 

mardi 20 mai 2014

Une Europe sans charentaises

La plupart des Européens sont comme Monsieur Jourdain: ils pratiquent et profitent de l'Europe tous les jours, mais ne s'en rendent pas compte.
En Hainaut, on ne compte pas les projets locaux et régionaux qui ont bénéficié de larges subventions dans le cadre du programme Objectif 1. Même la place du village où j'habitais a été rénovée grâce à tels crédits (1). Ici, au cœur de la France, l'espace consacré au marché dans un hameau voisin a été rénové grâce à des fonds FEDER.
En tant qu'enseignant j'ai vu de très nombreux étudiants profiter du programme Erasmus. Dans un sens comme dans l'autre: nos étudiants ont eu la chance de pouvoir aller étudier à l'autre bout de l'Europe et nous avons eu le plaisir d'accueillir des étudiants venus d'Espagne ou de Sardaigne, de Lituanie, de Pologne ou de Roumanie. J'ai moi-même eu l'occasion de donner quelques heures de cours à Bucarest.
Le Parc naturel des Plaines de l'Escaut, en Belgique, est en train de créer, avec le Parc naturel régional Scarpe-Escaut, côté français, le premier parc naturel transfrontalier. Des fonds européens soutiennent les initiatives prises par les deux parcs. La nature ignore les frontières.
La Maison de la Culture de Tournai participe à un partenariat, sous forme de festival, avec des institutions sœurs de France et de Flandre. Les fonds INTERREG de l'Union européenne le soutiennent.
On pourrait citer ainsi des centaines, des milliers de projets, dans d'autres domaine aussi, dans l'économie, dans la recherche, dans le social, dans l'agriculture évidemment, qui bénéficient de larges subventions européennes.

Ce qui n'empêche pas quantité d'électeurs d'annoncer qu'ils voteront pour les partis qualifiés à tort d'eurosceptiques, alors qu'ils sont clairement europhobes, proposant un retour en arrière, un repli sur soi, forcément sclérosants et appauvrissants à tous points de vue. Des partis qui n'ont pour programme que le port des charentaises, pour slogan que "home sweet home". Leurs électeurs sont-ils assez naïfs pour ne pas se rendre compte que voter contre l'Europe c'est voter contre ses propres intérêts, qu'on n'avance pas en reculant?
"L'agriculture française reçoit chaque année 9 milliards d'euros de l'Union européenne, rappelait récemment un représentant de la FNSEA. La politique agricole est la principale, si pas la seule, politique européenne commune. Les agriculteurs sont les premiers Européens, affirmait-il." (2) Quelques jours auparavant, plusieurs agriculteurs d'un village du Centre de la France recevaient un candidat du parti de la famille Le Pen et lui apportaient leur soutien. Cherchez l'erreur, l'incohérence.

Il ne faut surtout pas moins d'Europe. Il en faut plus, il faut une meilleure Europe. Une Europe plus sociale, plus axée sur le développement durable, une Europe plus novatrice, plus ouverte. Les problèmes d'énergie, d'emplois, de transport, d'immigration, d'environnement, de culture, de recherche, d'agriculture, etc. ne se règleront pas qu'au seul niveau national. Au contraire. Toutes ces thématiques nécessitent une vision large et concertée.
L'Europe évolue. Pour la première fois, c'est le Parlement européen qui désignera le président de la Commission. Donc les électeurs ont la main. "Le Parlement européen est en train d'acquérir une maturité politique, estime Françoise Castex, eurodéputée socialiste sortante, aujourd'hui militante à Nouvelle Donne en France. Il prend conscience de son pouvoir et je fais le pari que, s'il n'est pas trop dominé par les eurosceptiques, il va en user pour réorienter l'Union européenne." (3) Elle relève que c'est le Parlement européen qui a, malgré une gauche minoritaire, fait rejeter le traité Acta, renforcé la protection des données personnelles, voté sur la neutralité du Net. Elle regrette que "la plupart des partis, dans cette campagne, parlent de tout, sauf du rôle concret des élus au Parlement européen".

Ce 25 mai, ne pas aller voter ou voter pour les europhobes, c'est s'enfermer chez soi et fermer ses volets, plutôt que de chausser ses bottines de marche pour aller voir plus loin.


Pour faire un choix entre les grandes familles politiques en lice:
http://rue89.nouvelobs.com/2014/05/18/europeennes-plus-quune-semaine-choisir-coup-main-252220

(1) crédits qui, il faut bien le dire, ont été distribués, en Hainaut, par saupoudrage. Mais la responsabilité incombe ici aux autorités régionales wallonnes.
(2) France 3, Journal, 12 mai 2014, 19h30.
(3) http://rue89.nouvelobs.com/2014/05/03/changement-cela-passera-forcement-parlement-europeen-251883