samedi 24 novembre 2018

La fin de l'insouciance

De quoi les Gilets jaunes sont-ils le signe?

D'une grogne, voire d'une colère, c'est sûr, de citoyens qui sont ou ont l'impression d'être abandonnés par celles et ceux qui les représentent. Grogne contre les taxes (sans qu'on sache très bien lesquelles: la CSG est citée, mais personne ne relève que la taxe d'habitation a été supprimée - ce qui est d'ailleurs une erreur pour les finances communales). Grogne contre le train de vie des élus, contre le coût de la vie, contre la limitation à 80 km/h, contre les contrôles de vitesse, contre un président qui favorise les riches et les puissants et a supprimé l'impôt sur les grandes fortunes. Grogne, d'abord et avant tout, contre le prix d'un carburant vu comme indispensable aux déplacements quotidiens alors que les avions ou les bateaux de croisière ne sont pas taxés. 
On peut comprendre la colère des petits, des obscurs, des sans-grade à l'heure où on apprend qu'un grand patron qui gagne 16 millions d'euros par an fraude le fisc. Et quand on sait que les plus riches produisent une quantité de gaz à effet de serre inversement proportionnelle à leur nombre. Mais c'est une grogne informe qui semble l'emporter: un Gilet jaune affirme se battre pour l'avenir de ses enfants. Et de critiquer en vrac "les assurances, les mutuelles, le contrôle technique défavorable aux anciennes voitures". On s'interroge: comment voit-il l'avenir de ses enfants? Le voit-il sécurisant avec des véhicules dangereux et polluants? Un autre affirme: "on n'est pas des pollueurs, enfin pas plus que les autres" (1). Et c'est bien là le problème: on est tous responsables, donc personne ne l'est. Surtout ne changeons rien tant que rien ne change.

Les Gilets jaunes sont le signe d'une défiance exacerbée entre électeurs et élus, d'une remise en question de la démocratie représentative élective. Mais combien de citoyens seraient prêts à prendre leurs responsabilités, à siéger dans des assemblées, à lire des rapports, à écouter les autres, à aller sur le terrain, à négocier, à prendre des décisions qui ne feront jamais l'(impossible) unanimité? On repense à cette maire d'un petit village, vilipendée par un de ses concitoyens: "vous êtes tous pareils, vous ne pensez qu'à vous en mettre plein les poches!". Elle lui avait répondu que si c'était le cas, elle aurait choisi une autre occupation que la fonction de maire et avait invité cet électeur à se présenter aux prochaines élections pour la remplacer. Il avait refusé en riant: "Si c'est pour avoir toutes les emmerdes que vous avez!".

Ils sont le signe de la fin d'une époque. Celle où on consommait joyeusement, où on se déplaçait quand et comme on le voulait. C'est-à-dire tout le temps et en voiture individuelle. La première crise pétrolière, il y a quarante-cinq ans, nous avait alertés en son temps. Mais la vie a repris son cours. Nous avons à tout prix (c'est le cas de le dire) voulu qu'elle soit insouciante et légère. Et voilà que la fin annoncée et indispensable de la société carbonée la plombe, nous obligeant à imaginer que nous devrions changer nos modes de vie. Le prix à payer devient trop lourd, mais nous ne pouvons l'accepter (2).

Le signe aussi d'une époque qui a perdu le sens de la nuance, celle de l'analyse, du respect, de l'assertivité. C'est celle d'Internet. Une époque où tous les excès sont permis, où chacun, sur ces réseaux dits sociaux, flingue ceux qui ne pensent pas comme lui, sur la Toile comme aujourd'hui dans la rue. Où chacun est convaincu d'avoir raison, défendant d'abord ses intérêts propres bien avant ceux du collectif. Les bloquages de routes ont révélé l'humain sous toutes ses facettes: solidarité parfois, mais aussi, trop souvent, agressions racistes et homophobes ou encore délations vis-à-vis de migrants.
C'est l'époque de chaînes de télévision bas de gamme qui ont érigé l'affrontement, le simplisme, la dichotomie et la vulgarité au rang de valeurs. Mais aussi celle où des leaders politiques appellent à "pourrir la vie" de journalistes. Avec pour conséquence des tentatives de lynchage de certains d'entre eux. C'est une époque qui sent l'égout.

Le signe que ceux qui veulent devenir califes à la place du calife sont prêts à tout pour ce faire: ainsi Marine Sainte-Nitouche et Jean-Luc MélenChe qui passent l'essentiel de leur temps à jeter de l'huile sur un feu qui n'en a pas besoin. Sans apporter de réponse aux questions que pose la grogne. Parce que cette époque est aussi celle d'un manque de politiques visionnaires, d'un manque de la part de tous les gouvernements qui se sont succédé en France d'un vrai projet de transition énergétique et de mobilité. Comment croire qu'elle puisse exister quand on voit, exemples parmi tant d'autres, des gares fermer leurs portes, des arrêts de train supprimés et de nouveaux projets autoroutiers?

Le signe d'une résistance au changement en cette époque de grands bouleversements. Ce n'est que le début des grands changements qu'induit déjà le dérèglement climatique. Sécheresse, inondations, incendies, modification des productions alimentaires vont se multiplier. Notre mode de vie est suicidaire, mais rien ne change - ou si peu - dans nos pratiques socio-économico-politiques.
Il y a quelques jours, dans L'Emission politique (France 2), un gilet jaune a demandé à Nicolas Hulot de "revenir à la réalité". Mais la réalité est là: celle d'une terre qui meurt.
Et pourtant, tout le monde (ou presque) veut continuer à prendre sa voiture, les entreprises à occuper des terres agricoles, les agriculteurs à utiliser des pesticides, les gouvernements à fermer des gares et des services publics de proximité, à relancer la croissance et à choyer les multinationales qui évitent l'impôt.

Les Gilets jaunes devraient être le signe du début d'une nouvelle ère. Le réchauffement climatique, ses conséquences innombrables et souvent traumatisantes et ses perspectives angoissantes nous emmènent vers une société nouvelle qui implique l'abandon de ce confort aussi sécurisant pour nous que destructeur pour les générations qui nous suivent. Il est temps de (ré)concilier, comme le dit Nicolas Hulot, écologie et social, de repenser la démocratie, de mettre fin à la notion de classe politique, d'amener chaque citoyen à prendre ses responsabilités dans la réflexion et ensuite la décision et la construction. Et pas seulement dans une grogne destructrice, dans une insurrection populaire ou populiste. Il est temps de penser loin, il est temps d'agir maintenant.

(1) Personnellement, je n'ai pas l'habitude, quand je suis fâché, de brûler des pneus ou de mettre le feu à une cabane de chantier
(2) Tels ces motards venus ce samedi faire hurler leurs moteurs en Limousin ou dans le Vaucluse pour protester contre le prix des carburants. Comprenne qui peut.

mardi 20 novembre 2018

Le désert gagne

La France rurale se désertifie. Entendez par là que les jeunes s'en vont là où ça brille, là où il y a de la lumière, des commerces, des écoles, un bon réseau téléphonique et peut-être du travail. Suite logique de cet exode, les maternités tournent au ralenti. Ce qui arrange visiblement assez bien les responsables publics de la santé qui s'empressent de fermer des institutions considérées comme non rentables. Que les mères aillent accoucher ailleurs. Plus loin. Et qu'elles possèdent une bonne voiture pour aller jusque là. Des associations de citoyens à raison fâchés se constituent au Blanc, à Vierzon, dans différentes villes qui voient fermer leur maternité. Elles dénoncent la spirale: sans maternité à proximité, les jeunes couples risquent de se rapprocher des villes, plus sécurisantes à certains égards. Les écoles rurales fermeront, faute d'enfants en nombre suffisant. Les commerces feront de même. Les gares aussi.

Reste que la fermeture de maternités est aussi (d'abord?) due à un manque de médecins. Ils font comme les jeunes, vont là où ça brille. Dans les grands centres hospitaliers ou dans le midi. Mieux vaut ne pas être malade en Moselle, dans le Finistère ou dans l'Indre. Certains médecins sont attirés en France depuis la Roumanie. Au détriment de la population roumaine. On lutte contre la désertification médicale en en créant une autre. Alors que jamais autant de médecins n'ont été diplômés en France.
Les enseignants et tant de fonctionnaires travaillent là où leur autorité de tutelle les désigne. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour les médecins? Leurs longues et coûteuses études sont en bonne partie payées par la collectivité. Il ne serait que logique que les médecins, durant une période au moins égale à celle de leur formation, paie une part de leur dette à la société en se rendant utiles là où ils sont attendus.

Les gilets jaunes grognent et tempêtent contre le prix des carburants. Nous n'avons pas d'autre alternative que la voiture individuelle pour aller travailler, disent-ils. Ce qui est parfois vrai, parfois pas. Le confort qu'offre notre sacro-sainte bagnole nous a donné de mauvaises habitudes, polluantes à bien des égards. Le co-voiturage reste trop peu pratiqué. Des bus circulent parfois vides ou presque. Et le télétravail n'est pas assez développé. Il éviterait des déplacements que les moyens informatiques actuels rendent parfois inutiles.
Qu'on le veuille ou non, il va bien falloir admettre que pour des raisons tant écologiques qu'économiques le temps de l'usage immodéré de la voiture individuelle est terminé.

Il est urgent de monter de vrais projets de territoire, à partir d'une réflexion globale liant lutte contre la désertification, production alimentaire locale, mobilité, travail à la campagne (notamment via le télétravail dans des espaces de co-working), santé, formation, valorisation et préservation des ressources locales. Il est urgent de penser autrement. De vivre autrement.
Vivre et travailler au pays, réclamait-on en 1977. Quarante ans après, c'est le seul choix que nous pouvons faire. 


samedi 10 novembre 2018

Du caractère citoyen du coquelicot

Elle a participé vendredi dernier à un rassemblement "Nous voulons des coquelicots" à Reims. Sur les marches en béton brut de la mairie en chantier, elle a eu l'outrecuidance de peindre à la peinture à l'eau quelques coquelicots. Bilan: 15 heures de garde à vue et une convocation au tribunal où elle risque 500 € d'amende et un stage de citoyenneté (1). L'ensemble de ces poursuites est scandaleux et grotesque. Mais un stage de citoyenneté parce qu'on demande l'interdiction des pesticides! Cette infirmière a agi en citoyenne responsable et de tristes sires voudraient lui apprendre ce qu'est la citoyenneté!? 

90% des milliers de prélèvements officiels effectués dans les rivières révèlent la présence de pesticides sous la forme de nombreuses molécules différentes, et 60% dans les nappes souterraines.
Les responsables politiques sont bien conscients des dégâts qu'occasionnent les pesticides de synthèse. Même le président Sarkozy (celui qui trouve que "l'environnement, ça commence à bien faire") entendait s'y attaquer. En septembre 2007, sous son impulsion, un groupe de travail prévoyait un plan de réduction de 50% en dix ans, plan aussitôt contesté par l'industrie chimique et le monde agricole. En est sorti un texte qui annonçait une volonté forte mais sans engagement clair et ferme. D'ailleurs, la FNSEA s'est alors dit satisfaite de ce plan de réduction de l'utilisation des pesticides "sans calendrier".
De 2007 à 2017, la consommation de pesticides n'aura pas baissé de 50%, mais augmenté de 20%.
De 2008 à 2010, les traitements par pulvérisation ont augmenté de 2,6% et de 7% pour les enrobages de semences (chiffres du Ministère de l'Agriculture).
En 2012, l'UIPP (l'industrie produtrice de pesticides) était fière d'annoncer que les épandages de pesticides avaient augmenté de 1,3% et son chiffre d'affaires de 5%.
En juin 2013, l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) publiait une expertise qui relie exposition aux pesticides et cancers de la prostate, lymphones non hodgkiniens, myélomes multiples, maladie de Parkinson.
En 2013, la consommation de pesticides augmentait de 9,2%.
En 2014, un médecin généraliste de Limoges, Pierre-Michel Périnaud, lançait un appel signé par 1200 de ses confrères au sujet des pesticides: "Médecins de terrain, nous avons constaté l'augmentation des maladies chroniques chez nos patients (cancers, troubles de la fertilité, mais aussi maladies neurologiques, diabètes, allergies...). Nous avons aussi constaté que les preuves de la responsabilité de substances chimiques très largement répandues dans notre environnement s'accumulaient."
En 2014, la consommation de pesticides augmentait de 9,4%. Et ce surtout pour les substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques dont on annonçait la fin en 2008.
Le nombre de doses par unité (NODU) a augmenté de 22% entre 2009 et 2015.

Selon des enquêtes officielles, les pommes vendues par la grande distribution continuent d'être pesticidées en moyenne 34 fois de suite. Les tomates plus de 12 fois, plus de 19 pour les vignes de Champagne, plus de 18 pour les pommes de terre.
Récemment, dans un supermarché, j'ai vu des citrons présentés "sans traitement". En plus petit en-dessous, il était indiqué: "après cueillette" (2).

Ne faudrait-il pas imposer des stages de citoyenneté à tous les paysans qui sont en train de transformer des prairies en champs dans lesquels ils cultiveront, avant de le vendre à l'autre bout de la planète, du maïs ou du tournesol qu'ils arroseront copieusement de pesticides? Ne faudrait-il pas imposer des stages de citoyenneté à tous ceux qui roulent à tombeau ouvert avec des voitures qui polluent cent mille fois plus que de la peinture à l'eau? Ne faudrait-il pas imposer des stages de citoyenneté à tous ces élus qui refusent de taxer le kérosène des avions et le carburant des monstres de croisière? A tous ceux qui refusent d'interdire les pesticides qui empoisonnent l'environnement et nos vies? A tous ceux qui cyniquement ne voient que leur intérêt plutôt que l'intérêt général?

Si ce n'est fait, signez et faites signer l'appel
"Nous voulons des coquelicots": https://nousvoulonsdescoquelicots.org

(2) Toutes les informations et les chiffres ci-dessus sont extraits de "Nous voulons des coquelicots", Fabrice Nicolino et François Veillerette, éd. Les Liens qui libèrent, 2018.



mardi 6 novembre 2018

Vieux con

Sa différence avec le Front national? "Le F.N. n'a jamais proposé de sortir de l'Union européenne", dit-il. Lui, le Frexit, c'est son credo. C'est toute sa vie. François Asselineau est président (sans doute à vie) d'un parti confidentiel qu'il a créé: l'Union populaire républicaine. Si populaire que son parti revendiquait l'an dernier une quarantaine de membres dans l'Indre et que pour la campagne présidentielle de 2017, Asselineau a recueilli 0,84% des suffrages. Ce qui lui permet de prendre les autres élus de haut et en premier lieu le président de la République qu'il appelle "Micron". Et qu'il traite de "dictateur", de "crétin politique" ou de "petit con". Visiblement, la notion d'assertivité lui est aussi étrangère que les pays voisins. On a parfaitement le droit de critiquer quelqu'un d'autre, de ne pas être d'accord avec lui, mais on peut en parler dans une certaine forme de respect, en gardant sa propre dignité, à tout le moins sans abreuver l'adversaire d'insultes. Mais Asselineau ne semble exister (comme tant de gens aujourd'hui sur les réseaux dits sociaux) que dans l'injure et la certitude qu'il comprend tout mieux que les autres (les autres étant de toute façon des cons). 
A Chateauroux où il a fait son show récemment durant trois heures, ils étaient, à voir la photo, une centaine à l'écouter, l'applaudir, le féliciter. De quoi? On ne sait. De sa grossièreté? De son agressivité? De ses velléités de casseur? De ses analyses simplistes? Sait-il, lui aussi, que les gens méprisants sont méprisables? Voilà pourquoi on se permet de le considérer comme un vieux con. Il nous en donne le droit.

Jean-Sébastien Le Berre, "Le one-man-show de François Asselineau", La Nouvelle République-Indre, 6.11.2018.

dimanche 4 novembre 2018

De l'avantage de l'herbivore

En Argentine, près de la Cordillère des Andes, des paléontologues viennent de découvrir une  nouvelle espèce de dinosaure qu'ils ont baptisée lavocatisaurus agrioensis. Ce grand gaillard tranquille de douze mètres de long était herbivore (1).
Au Pakistan, on redécouvre une vieille espèce d'homme: l'islamiste vociférant, avide de sang. L'espèce est carnivore et appelle à la mort pour un prétendu blasphème (2). Voici huit ans, Asia Bibi, chrétienne, avait été dénoncée par des voisines pour blasphème: elle aurait bu un verre d'eau tirée d'un puits réservé aux musulmans. On voit que la faute est grave, elle méritait la mort, avait alors décidé un tribunal. Il y a quelques jours, la Cour suprême du Pakistan avait décidé de l'acquitter. Huit ans de prison pour un verre d'eau, voilà qui semblait être une sentence suffisante. Mais les islamistes, aussi fous que furieux, ont manifesté durant trois jours en bloquant le pays, réclamant sa pendaison. Le gouvernement a cédé: il ne s'opposera pas à une demande de révision de la décision de la Cour suprême et a interdit à Asia Bibi de quitter le pays. Son avocat, lui, a fui, menacé de mort par les fous de Dieu (3).
Dans l'Indre, on vient de découvrir une autre espèce humaine. Tellement vorace qu'elle n'attend pas que l'animal soit mort pour le découper en morceaux. L'association L214 a rendu publiques des images de vidéosurveillance enregistrées dans l'abattoir communal du Boischaut. On y voit des animaux dépecés alors qu'ils sont encore conscients. Conscients que l'homme est un barbare (4). 
On ne regrettera pas la disparition de certaines espèces de carnivores si peu humaines. Se savent-ils sauvages, tous ces hommes qu'on a hâte de voir fossilisés?

(1) https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/03/une-espece-de-dinosaure-herbivore-geant-decouverte-en-argentine_a_23579549/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) A une voisine qui estimait qu'Asia Bibi, parce qu'elle est chrétienne, avait souillé l'eau du puits en y en prélèvant de l'eau, cette dernière avait répondu: "ton prophète, c'est Mahomet. Le mien, c'est Jésus". Blasphème!, avaient hurlé les voisins. Ce qui démontre que toute religion est en elle-même blasphématoire par rapport aux autres. Affirmer qu'on croit en tel dieu, c'est blasphémer par rapport à une autre qui croit en un autre dieu. Le blasphème est la notion la plus absurde qui soit.
(3) https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/11/02/acquittement-d-asia-bibi-les-islamistes-trouvent-un-accord-avec-le-gouvernement_5378272_3216.html
(4) https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/11/03/maltraitance-animale-le-ministre-de-l-agriculture-fait-fermer-provisoirement-un-abattoir-de-l-indre_5378501_3244.html


 A écouter, à propos d'Asia Bibi et du blasphème, le billet de Sophia Aram sur France Inter ce lundi 5: https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-05-novembre-2018


vendredi 2 novembre 2018

Si dispensables plastiques

Avons-nous besoin d'une paille (qu'elle soit en plastique ou en papier) pour boire (1)?
Avons-nous besoin de prendre l'avion pour aller passer un week-end à l'autre bout de l'Europe ou deux semaines au soleil des Antilles?
Avons-nous besoin de regarder des films dans un avion (et, en plus, sur des écrans individuels)?
Avons-nous besoin de pansements qui deviennent électroluminescents quand ils détectent des infections dont on peut suivre l'évolution grâce à son smartphone (oui, ça existe)?
Avons-nous besoin de baskets avec des lumières clignotantes?
Avons-nous besoin d'un téléphone individuel?
Avons-nous besoin de deux ou même d'une seule voiture individuelle dans une famille?
Avons-nous besoin de rasoirs, de stylos ou de gobelets jetables?
Avons-nous besoin d'eau en bouteille?
Avons-nous besoin de tant d'emballages pour nos biscuits, nos pizzas, nos salades ou nos fromages?
Avons-nous besoin d'emballages plastiques autour de marchandises posées sur une palette?
Avons-nous besoin de viandes, de vins ou de pommes qui viennent de l'autre bout du monde?
Avons-nous besoin de viande tout court?
Avons-nous besoin de participer, par notre consommation de biens qui ne nous sont pas indispensables mais qu'on nous vend comme tels, à une telle surproduction, à un tel gaspillage et à une telle production de déchets?
La réponse va de soi: non. Evidemment, non. Mais, allez savoir pourquoi, nous achetons quotidiennement tout cela. Parce que tout cela participe à notre confort, même si celui-ci concourt à notre perte.

Dimanche dernier, un représentant du lobby du plastique était l'invité de l'émission Vox Pop sur Arte (2). Interpellé par la journaliste sur les océans qui meurent des déchets plastiques, il ne répond à aucune question. C'est, d'après lui, aux consommateurs de se responsabiliser et aux pouvoirs publics d'assurer un meilleur recyclage. Il doit être assez aisé d'agir de manière plus responsable qu'un producteur de plastique. 

Chaque minute, 80 à 120 tonnes de déchets, en majorité en plastique, partent à la mer. Parfois de très loin. Les rivières ont d'importants pouvoirs de transport. Les petits ruisseaux font les grands gyres. Les gyres sont ces continents flottants faits de déchets. Ils se multiplient. Le plus vaste se situe dans l'Atlantique nord, il est trois fois plus grand que la superficie de la France. Sachant que le plastique a une durée de vie moyenne de 600 ans, calculez quand les océans cesseront de respirer.
Le navigateur Yvan Bourgnon et sa société Sea Cleaners est en train de construire un bateau dévoreur de plastique, le Manta (3), grand comme un terrain de football, qui a pour ambition de ramasser 10.000 tonnes de déchets plastiques par an. Il faudrait mille bateaux de ce type pour rammaser tous les déchets que nous avons envoyés en mer. D'ici 2022, l'équipe espère mettre son premier Manta à l'eau et peut-être dans les vingt ans à venir une trentaine de bateaux qui seront autonomes en énergie. Un quart du financement seulement d'un premier bateau est acquis. Si les producteurs de plastique étaient un tout petit peu responsables, ils sauraient où investir leurs gigantesques bénéfices. 

(1) Les pailles en plastique sont interdites. Un fabricant ingénieux en crée en papier. Mais qui donc a besoin d'une paille pour boire? Les consommateurs de nourriture fast food. On les voit boire à la paille leurs sodas dans des gobelets en carton. Mais qui donc a besoin de gobelets jetables, même en carton? 
(2) Vox Pop, Arte, 28.10.2018: https://www.arte.tv/fr/videos/078527-031-A/vox-pop/
(3) https://www.franceinter.fr/emissions/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-30-octobre-2018




mercredi 31 octobre 2018

L'évangile selon Bolsonaro

Si d'aventure un évangéliste lisait ce billet, peut-être pourrait-il éclairer notre lanterne. On voit les évangélistes soutenir passionnément des prêcheurs de haine comme Trump ou Bolsonaro. On les voit, aux Etats-Unis, au Brésil, ces grands pays de migration, prôner l'usage des armes et le rejet de ceux qui fuient guerre et misère, des étrangers, des homosexuels, des juifs, de tous ceux qui ne sont pas comme eux. On a bien du mal à comprendre en quoi leur dieu les guide et en qui ou en quoi ils croient. On a longtemps entendu dire que Dieu était amour. 
Tous les évangélistes pensent-ils de même? On a beaucoup demandé aux musulmans de se distancier publiquement de ceux d'entre eux qui utilisent la violence au nom de leur religion, on aimerait entendre les évangélistes à ce sujet. 

Jésus, nous dit-on, est né dans une crèche, parce que ses étrangers de parents n'ont trouvé personne pour les accueillir. On avait déjà là une parabole: celle des migrants à qui on ferme la porte quel que soit leur état de détresse et la nécessité dans laquelle ils sont de trouver un abri. Plus tard, le même fils de Dieu a tenu des discours très clairs rejetant la violence et l'usage des armes.
Bon, d'accord, le principal message christique est excessif et inapplicable: y a-t-il une seule personne au monde capable d'aimer son prochain comme elle-même? On peut sans doute aimer une, deux, trois personnes (à peu près) pleinement. Mais tous les autres, même celles et ceux qu'on ne connaît pas, même les crapules les plus immondes, comment le pourrait-on? "Dans l'évangile selon Matthieu, rappellent Gérard Mordillat et Jérôme Prieur (1), Jésus enseigne: 'Vous avez entendu qu'il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien! moi je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs' (Mt 5,45). Ce commandement paradoxal est présenté comme l'essence même du message de Jésus, son expression la plus haute, peut-être la plus sublime. Mais qui (...) peut aimer son prochain comme lui-même? Qui peut aimer son ennemi ou tendre la joue gauche lorsqu'il a reçu un soufflet sur la joue droite? Ce commandement d'amour est un commandement inapplicable. En aucun cas, il ne peut fonder l'éthique durable d'une société. Dès lors, les chrétiens vont se trouver écartelés entre leur volonté d'exalter leur idéal et le fait de s'y dérober sans cesse. Pour se libérer de l'insupportable tension créée par cette situation, ils ne trouveront d'autre échappatoire que la force. Comme pour se venger sur d'autres de ne pouvoir l'appliquer eux-mêmes, ils persécuteront, tortureront, extermineront ceux qui refusent le commandement d'amour ou veulent l'ignorer."

Les prêcheurs de haine, les claqueurs de portes, les briseurs de valeurs humanistes sont aujourd'hui portés par une vague politique dans trop de pays dans le monde et font beaucoup de vacarme, répercuté par les médias. Mais il est heureusement d'autres, beaucoup d'autres personnes par le monde, croyants ou non, qui, sans faire de bruit, sont capables d'accueillir ce prochain, sans se tenir tenu de l'aimer autant que soi. "L'hospitalité, explique l'anthropologue Michel Agier, est une forme sociale qui a pour fonction la médiation entre moi et l'autre, et, plus largement, entre la structure en place et les gens qui arrivent. Elle est ce geste qui dit à l'autre: tu n'es pas mon ennemi, qui fait de l'étranger un hôte dans une relation d'accueil et non un ennemi dans une relation guerrière." (2) Emmanuel Kant, souligne Michel Agier, considérait que l'hospitalité est indispensable si on veut la paix. Même si, c'est vrai, elle ne va pas de soi: "c'est une épreuve, reconnaît Agier. Oui, l'étranger qui arrive est un intrus, puisqu'il n'était pas là auparavant. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est un fait! Et, oui, c'est difficile d'accueillir chez soi une personne différente, dans son apparence parfois, dans son langage, sa culture, ses habitudes." Mais, affirme encore l'anthropologue, "on peut supposer que si le monde fonctionne à peu près, c'est grâce à l'hospitalité, cette forme sociale reconnaissant que nous sommes tous organiquement, objectivement, et qu'on le veuille ou non, solidaires les uns des autres". 
L'été dernier, le Conseil constitutionnel français a reconnu le principe de fraternité. Le philosophe Etienne Balibar appelle à un droit international de l'hospitalité. Michel Agier, de son côté, réfléchit avec une juriste à un principe juridique d'hospitalité, espérant qu'il soit reconnu lors de la Conférence intergouvernementale des Nations Unies sur les migrations qui se tiendra bientôt au Maroc.
Les vociférants, les Le Pen, les Salvini, les Trump, les Bolsonaro, les Orban, les Duterte, les Poutine, les Ben Salmane, les Erdogan, les Xi Jinping s'y opposeront et s'en moqueront d'autant plus qu'ils sont de plus en plus nombreux. "C'est la revanche de Hobbes sur Kant, écrit Anthony Samrani dans L'Orient-Le Jour (3). Le retour à un système international où les normes sont sans cesse remises en question et où seule compte la loi du plus fort."
Nous restera à nous citoyens à continuer, malgré leurs hurlements, à mettre en œuvre l'hospitalité. Ne serait-ce que par dignité. Et parce que les incroyants que nous sommes continuent à croire en l'humanité. Malgré les brutes.

(1) Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, "Jésus contre Jésus", Essai Points n° 610, éd. 2008, pp. 367-368.
(2) Télérama, 10.10.2018.
(3) "Un monde sans limites", L'Orient-Le Jour (Beyrouth), 24.10.2018, in Le Courrier international, 1.11.2018 (dans le dossier "Un monde de brutes - Trump, Bolsonaro, Salvini... Plus rien ne les arrête.)


dimanche 28 octobre 2018

Indispensable 3e révolution - un texte de Fred Vargas

Dans la suite de tant de textes que j'ai déjà écrits ici (mais bien mieux écrit que ceux-là), ce texte de Fred Vargas:


Lettre de Fred Vargas : la troisième révolution


Nous y sommes
Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.



Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.



Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.



On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.



Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.



Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.



Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.



Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.



« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.



Oui.



On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.



La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.



Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi.



Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix. On s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.



Peine perdue.



Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).



S'efforcer. Réfléchir, même.



Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.



Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.



Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.



Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.



A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore''.


Fred Vargas
Archéologue et écrivain

samedi 27 octobre 2018

Sacro-sainte bagnole

Que fait l'homme en cet automne qui n'en est pas un? Il se plaint. L'automobiliste trouve le prix du carburant trop cher. Et le paysan se désole de voir que ses champs ne produisent rien du fait de la sécheresse. Voilà les deux sujets qui ouvraient, l'un après l'autre, le journal de France 3 Centre - Val de Loire hier soir. Sans qu'il y ait de lien entre eux.

La colère gronde, nous dit-on, chez les automobilistes qui se voient pressés comme des citrons par le gouvernement. Ils contestent les taxes imposées sur le carburant. Même si la hausse des prix est moins le fait d'une augmentation des taxes que de celle du dollar et du prix du pétrole (1). 
Bien sûr, les gouvernements français successifs ont décidé d'augmenter les taxes sur le gasoil pour décourager l'usage de véhicules extrêmement polluants en particules fines. Et ça marche: les ventes de ces véhicules équipés de moteurs diesel s'effondrent. Mais les automobilistes sont en train de se mobiliser pour bloquer les routes et les stations-services. Bref, ils vont se mettre en grève. Espérons qu'elle dure longtemps.

On comprend mieux le désespoir des paysans face à leurs prairies et leurs champs asséchés. Les éleveurs sont obligés depuis des semaines de nourrir leur bétail avec du fourrage, faute d'herbe dans les prairies. Leurs réserves fondent à vue d'œil. Et les agriculteurs ne voient et ne verront sans doute pas pousser les céréales qu'ils ont plantées il y a des semaines. Il faut s'attendre à voir, dans les mois et même les années qui viennent, les prix agricoles flamber et les ressources des paysans diminuer. 

Mais d'où vient cette sécheresse (ces sécheresses) sinon du dérèglement climatique? Lui-même dû à nos consommations excessives et notamment à la pollution engendrées par les moteurs thermiques.
Les prix du carburant ne sont pas trop chers. Ils devraient être multipliés par trois ou quatre pour que nous changions enfin nos modes de vie. Combien n'en voit-on pas de ces personnes qui, quotidiennement,  prennent leur voiture pour faire quelques centaines de mètres parfois, un ou deux kilomètres tout au plus pour aller acheter leur journal ou leur baguette ou conduire leurs enfants à l'école? Combien encombrent les centres des villes, après avoir cherché un quart d'heure à se garer, avec des voitures-ventouses qui ne bougeront pas huit heures d'affilée? Combien laissent tourner leur moteur cinq, dix, quinze minutes, le temps de discuter avec des connaissances croisées dans la rue ou sur la place? Visiblement, le prix de l'essence n'est pas trop cher pour ces gens-là.
Il existe divers moyens de lutter contre la hausse des prix des carburants. C'est de rouler moins vite et plus souplement par souci tant économique qu'écologique. C'est aussi et surtout de prendre sa voiture individuelle de manière plus réfléchie - uniquement quand elle est indispensable (elle ne l'est pas souvent) - et de lui préférer, chaque fois que c'est possible, la marche, le vélo, les transports en commun, le co-voiturage. Encore faut-il, c'est vrai, que les pouvoirs publics mènent une politique cohérente en la matière, en rouvrant des voies, des arrêts, des lignes de bus, de tram et de chemin de fer, plutôt que d'en fermer comme c'est le cas aujourd'hui, tant en Belgique qu'en France.
A Argenton-sur-Creuse, la SNCF supprime des trains. En Wallonie, les TEC ont supprimé les bus du dimanche sur diverses lignes. Comment comprendre d'aussi stupides décisions? 

De plus en plus de villes se ferment et se fermeront aux moteurs les plus polluants. Comment faire autrement maintenant que la coupe est pleine? Mais il faudra bien aller plus loin.
Il y a quarante-cinq ans, c'était la première crise pétrolière. Les prix du pétrole avaient flambé et nos gouvernements avaient décrété les dimanches sans voiture. C'était l'heureux temps où les réseaux dits sociaux n'existaient pas et où les grognons se fédéraient plus difficilement. N'empêche qu'il y eut beaucoup de mécontents, fâchés de ne pouvoir aller en voiture à la pêche ou manger chez maman le dimanche midi. Mais il y eut aussi d'innombrables bienheureux, profitant du silence retrouvé le temps d'une journée et des espaces disponibles pour les tricycles, les vélos et les chevaux. Il faudra bien réfléchir, d'urgence, à des mesures de ce type si on veut éviter la catastrophe. Ou en tout cas l'amoindrir.

Vouloir un pétrole, une essence, un diesel bon marché est non seulement un "combat" d'arrière-garde, mais bien plus une attitude suicidaire. On sait depuis longtemps que les prix du pétrole, qui ont fait du yoyo un moment, sont appelés à s'élever inexorablement. Et notre planète ne peut souffrir plus longtemps des excès qui sont les nôtres. On sait que les véhicules individuels à moteur thermique sont condamnés à brève échéance. Et quoi qu'en pensent la Le Pen et le Dupont-Aignant (qui retrouvent une raison d'exister en soutenant les râleurs), ce sont des mesures fortes de lutte contre tous les facteurs qui participent au dérèglement climatique qui devraient être prises. Elles ne seront sans doute pas populaires. C'est pourquoi aucun élu, s'il veut le rester, n'ose les prendre. Mais nous n'y échapperons pas, un jour à l'autre, parce que le mur s'approche. Celui contre lequel nous buterons tous si nous n'acceptons pas de sortir de ce confort égoïste et destructeur dans lequel nous baignons encore. Mais plus pour bien longtemps.
Un climat rééquilibré sera tout bénéfice pour l'environnement, pour l'agriculture et donc pour nous-mêmes.

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/10/26/les-taxes-ne-sont-pas-la-premiere-cause-de-la-flambee-du-prix-de-l-essence-et-du-diesel_5375162_4355770.html