samedi 25 septembre 2021

Chasse punitive

Il est drôle, Willy Schraen. C'est sans doute un des meilleurs humoristes français actuels. Quand il se présente en malheureuse victime, on s'esclaffe. Le président de la Fédération nationale des chasseurs dénonce l'interdiction de la chasse à certains oiseaux. C'est de "l'écologie punitive", tonne-t-il. Il nous fait rire. On se demande ce que lui ont fait les alouettes des champs, les vanneaux huppés, les pluviers dorés, les grives et les merles noirs pour être punis de mort par lui et les chasseurs qui veulent continuer à s'adonner à cette étrange passion morbide sous prétexte qu'il faut continuer à faire vivre une tradition culturelle qui remonte à Néandertal (qui reste visiblement leur modèle).

"On a un harcèlement terrible qui vient de l'écologie punitive en permanence, pleurniche Schraen dans un de ses sketchs dont il a le secret. Les chasseurs sont malmenés. On commence à en prendre plein la gueule à longueur de journée."  (1) Bien moins que les oiseaux. L'alouette des champs a perdu près du tiers de ses effectifs en trente ans. Mais les larmes de crocodile de Schraen ont ému le gouvernement français: le Ministère de la transition écologique met en consultation plusieurs projets d’arrêtés pour autoriser à nouveau le piégeage de quelque 115 000 oiseaux par le biais de méthodes de chasse dites « traditionnelles ». Même si elles sont fondées sur des techniques non conformes au droit européen et ont été jugées illégales par le Conseil d’Etat. Peu auparavant, en clôture du Congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) (à Marseille du 3 au 11 septembre), le gouvernement français, la main sur le cœur, avait déclaré son intention de faire tout ce qui est en son pouvoir pour sauver la biodiversité. Le Monde (2): "Le temps est venu, a résumé Bruno Oberle, le directeur général de l’UICN, d’un « changement fondamental ». Certes, répond en substance la France, pays hôte du congrès, mais nous souhaitons malgré tout pouvoir continuer à enfreindre la loi pour permettre à une fraction de pourcent de nos concitoyens de s’adonner au plaisir de tuer des dizaines de milliers d’oiseaux en déclin. Parmi les espèces ciblées par les projets d’arrêtés, certaines ont vu leurs populations se contracter de moitié, en Europe, au cours des trente à quarante dernières années. Le contraste entre le fracas des mots utilisés pour décrire le problème et l’absence forcenée du plus petit début de réponse politique à ce problème incarne bien plus que ce que la novlangue politicienne qualifie généralement de « mesure pragmatique ». Ce contraste illustre plutôt le fait que l’enjeu environnemental est désormais au cœur d’une rupture du pacte démocratique."

Le Monde rappelle que "l’alouette des champs et le vanneau huppé sont respectivement classés en « préoccupation mineure » et « quasi menacé », selon la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en France. « Les nouveaux arrêtés en préparation demeurent illégaux, et la LPO [la Ligue de protection des oiseaux] demandera leur suspension immédiate devant le Conseil d’Etat si jamais ils sont signés », a immédiatement réagi la LPO. Les populations d’oiseaux des villes et des champs se sont effondrées en France à cause des activités humaines, alertent les scientifiques. Pour la LPO, il s’agit de « satisfaire les lobbys cynégétiques à l’approche de l’élection présidentielle ». « Chasser hors du cadre légal, c’est braconner », a ainsi assené son président, Alain Bougrain-Dubourg dans un communiqué." (3) Schraen, lui, a critiqué « une radicalisation d’une partie ultraminoritaire de la société » contre la chasse, refusant de voir que l'opinion publique rejette très majoritairement la chasse, aujourd'hui vue comme une activité d'un autre âge.

Les oiseaux qui résident dans les marais d'Harchies, réserve naturelle belge, à la frontière française, sont depuis toujours victimes de la chasse punitive des chasseurs français. Dans les années '80 Jean-Pierre Verhaeghen, le conservateur de l'époque, m'expliquait le problème que lui posaient ces derniers: certains d'entre eux, sous prétexte de promenade, circulaient dans les marais et y faisaient un maximum de bruit pour pousser les oiseaux vers la frontière où les attendaient leurs camarades canardeurs. Plus de trente ans après, rien n'a changé. Ces cinq dernières années, les naturalistes ont recensé le nombre de coups de feu tirés par les chasseurs français lors de leur première soirée de chasse: 1100 en 2016, 2054 en 2020.  Mais ces chasseurs sont ou très mauvais ou trop imbibés: "Ce n'est pas un massacre. Nous, ce soir, on tuera un ou deux canards tout au plus. Il y a même des soirs où l'on ne prend rien. On dit alors qu'on fait capot. En fait, on vient surtout pour passer une bonne soirée ensemble et partager un bon barbecue." (4) Qui donc arrivera un jour à expliquer aux chasseurs qu'on peut passer un bon moment entre amis sans sortir son fusil ?

Dans une luxueuse plaquette audacieusement intitulée "La chasse, cœur de la biodiversité" et distribuée il y a quelques mois aux 520.000 conseillers municipaux de France, la Fédération des chasseurs tente de se présenter comme une organisation dont l'écologie est le souci premier. Leur vision de l'écologie est assez particulière: "Tuer des animaux et les déguster est une évidence pour nous. (...) Nous ne renierons jamais que la quête de l'animal est une philosophie de vie pour nous." Ecologiste donc, mais aussi philosophe. Willy Schraen est décidément un humoriste qui ose tout. 

Le mal aimé / Je suis le mal aimé (Claude François)

Post-scriptum: j'avais cru comprendre que les chasseurs étaient les seuls vrais écolos. Et voilà qu'ils ne sont que des barbares néandertaliens : https://www.huffingtonpost.fr/entry/hautes-alpes-une-louve-tuee-par-balles-retrouvee-pendue-devant-une-mairie_fr_614de817e4b03dd7280a8a3d

Consultation publique sur les projets d’arrêtés relatifs à la capture de 98 702 alouettes des champs au moyen de pantes dans les Landes, la Gironde, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques

 

Consultation publique sur les projets d’arrêtés relatifs à la capture de 7 798 alouettes des champs au moyen de matoles dans les Landes et le Lot-et-Garonne

 

Consultation publique sur le projet d’arrêté relatif à la capture de 1 200 vanneaux huppés et 30 pluviers dorés au moyen de tenderies aux filets dans les Ardennes

 

Consultation publique sur le projet d'arrêté relatif à la tenderie de 5800 grives et merles noirs dans les Ardennes

 

Le site des consultations sature fréquemment en cas de trop nombreuses connections simultanées et il faut parfois persévérer ou recommencer à un autre horaire. Il est également important de ne pas simplement copier-coller des argumentaires existants car seuls les avis individuels originaux sont pris en compte. (LPO)




(1) France Inter, 17.9.2021, Journal de 13h.

(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/09/19/l-enjeu-environnemental-est-desormais-au-c-ur-d-une-rupture-du-pacte-democratique_6095186_3232.html

(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/16/le-gouvernement-veut-autoriser-a-nouveau-certaines-chasses-traditionnelles-d-oiseaux_6094886_3244.html


(4) https://www.rtbf.be/info/regions/hainaut/detail_encore-un-soir-complique-pour-les-canards-des-marais-d-harchies-canardes-en-passant-la-frontiere?id=10828025&fbclid=IwAR2y7MTtNev9fmZNoxY2fChfi7UEBUzbaj1DejldDmx0VrplYM2iafQ9vdw


https://www.lalibre.be/international/europe/2021/09/22/un-chasseur-manifeste-en-accrochant-un-pigeon-vivant-sur-une-pancarte-PAQIC56M3ZBVLEXNUXXMMFMGZQ/

lundi 13 septembre 2021

Un virus abrutissant

La bêtise est un virus dangereux qui se propage aisément et a parfois pour effet (qu'on n'oserait appeler secondaire, mais plutôt primaire) la violence. Les anti-vaccins et anti passes sanitaires le démontrent chaque jour.

En Martinique, la situation sanitaire est catastrophique: 527 personnes sont mortes de la Covid-19 depuis le début de l'épidémie et seulement 26,20 % de la population étaient entièrement vaccinée fin août. Les soignants martiniquais n'ont pu prendre le moindre congé, travaillant sans s'arrêter durant quatre semaines d'affilée. Pour les soulager, des collègues ont débarqué de la métropole. Mais à leur arrivée à l'aéroport martiniquais, ils ont été traités d' "assassins" par quelques dizaines de manifestants qui leur ont signifié qu'ils ne sont "pas les bienvenus".  Les soignants ont dû être protégés par la police pour sortir de l'aéroport. Au-delà de ce cas, de nombreux médecins français témoignent des menaces de mort qu’ils reçoivent quotidiennement, depuis le début de la campagne vaccinale, surtout sur les réseaux prétendument sociaux. Le président du syndicat professionnel Union française pour une Médecine libre (UFMLS) dénonce « des discours complotistes qui font croire que l'on a assassiné les gens dans les maisons de retraite, que le vaccin va décimer la moitié de l'humanité » (1).

A Bruxelles, vu l'importance de la propagation du virus, les autorités envisagent l'instauration d'un passe sanitaire. Aussitôt, le collectif "L'Abîme" a menacé d'organiser des "apéros contaminants" (2). Ces rendez-vous auraient lieu tous les samedis avec un objectif de contamination entre les participants qui auraient ainsi droit, pensent-ils, à leur passe sanitaire sur base d'une immunité naturelle. Voilà un collectif qui n'a aucun sens du collectif. 

En fait, ce virus est un révélateur. Il dévoile les crétins.

Ici, c'est de plus en plus gris / Le monde se cherche un abri / Contre la bêtise humaine  - Louis-Jean Cormier, "138" (album "Le Ciel est au plancher").

(1) https://www.marianne.net/societe/sante/martinique-des-soignants-venus-en-renfort-insultes-par-des-antivax-a-laeroport

(2)    https://www.lalibre.be/belgique/societe/2021/09/10/ces-gens-vivent-dans-un-autre-monde-erika-vlieghe-tres-remontee-contre-le-collectif-labime-DEYV65H4RNBCLCSWKNQHAXNL7M/

vendredi 10 septembre 2021

Les Aventures de Savonarole en Ontario

"Tintin en Amérique", au feu ! "Astérix et les Indiens", au feu ! "La Conquête de l'ouest", aventure de Lucky Luke, au feu ! Ce ne sont là que trois des innombrables bandes dessinées, romans, livres d'histoire et manuels scolaires qui ont été brûlés, il y a deux ans, en Ontario par  le Conseil scolaire catholique Providence, qui gère une trentaine d’écoles francophones (1). Cinq mille livres ont été mis à l'index, comme à l'époque de l'Inquisition et une partie d'entre eux brûlée. Hergé est accusé de racisme (ce qui reste à prouver) (2). Goscinny et Uderzo ont commis le crime d'avoir présenté dans cet album d'Astérix une jeune Indienne trop aguicheuse. Et Morris se voit reprocher d'utiliser le terme "conquête". Le Conseil scolaire catholique a donc jugé nécessaire de procéder à une "purification par le feu" de ces ouvrages accusés d’entretenir les préjugés contre les autochtones.

Peut-on suggérer à ce Conseil d'aller plus loin encore? De brûler les livres saints emplis de scènes de violence, de brûler les tableaux qui représentent des scènes de la crucifixion du Christ ou des martyrs de saints. Ce sont autant de glorifications du sadisme, du masochisme, de l'humiliation, de la torture, de la mise à mort. Sans doute faudrait-il aussi supprimer les crucifix, représentations de pratiques atroces qui heurtent les âmes sensibles. Il faudrait expurger les bibliothèques de tous les livres qui peuvent choquer d'une manière ou d'une autre. Au feu, "L'Amant de Lady Chatterley" ! Au feu, "Les liaisons dangereuses" ! Au feu, "American Psycho" et tant d'autres romans ! Les musées aussi doivent faire le tri. Lacérons - évidemment - "L'Origine du monde " de Courbet, "L'Olympia" de Manet (une femme blanche nue sur un lit, à qui une servante noire apporte des fleurs) et tous les tableaux du même style qui l'ont précédé, en particulier "La Venus d'Urbino" du Titien. Jetons à la poubelle toutes les représentations de "L'Enlèvement  des Sabines" et tous les tableaux de Toulouse-Lautrec emplis de femmes de mauvaise vie. Et, si on ne les brise pas, habillons au moins toutes ces nus antiques qui doivent tant choquer celles et ceux dont les convictions religieuses les obligent à cacher leur corps. Le cinéma ne peut être en reste. Supprimons tous les westerns, les films de guerre et de bagarres, les films érotiques bien sûr, et ceux qui comportent des scènes de viol (telle "La Source" de Bergman). Bref, réinstaurons des comités de salubrité publique qui décideront des œuvres d'art qui pourront être ou non diffusées.  

Le Comité scolaire catholique Providence est dans l'air du temps, celui de la cancel culture, celui des nouveaux censeurs et inquisiteurs qui entendent appliquer d'autorité à tous leur morale - qui est évidemment la seule à suivre. Se rendent-ils compte qu'avec ces autodafés ils renouent avec les pires heures de l'Inquisition et du nazisme ? Se rendent-ils compte qu'ils commettent un crime contre l'intelligence, convaincus que les lecteurs, les amateurs d'art ne sont pas capables d'esprit critique ? Leur volonté de purification effraie. Les purs sont souvent des épurateurs. "Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes », a dit l’écrivain allemand du XIXe siècle Heinrich Heine (3).


(Re)lire sur ce blog notamment "Prévert à l'index", 29.6.2021, et "Tavernier et les censeurs, 5.4.2021.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2021/09/09/au-canada-des-livres-brules-au-nom-de-l-image-negative-vehiculee-sur-les-autochtones_6093983_3210.html

https://www.lalibre.be/international/amerique/2021/09/07/des-milliers-douvrages-dont-tintin-et-asterix-detruits-dans-des-ecoles-au-canada-nous-enterrons-les-cendres-de-racisme-L7ZC5XH5Y5FQFCKB5RZNYTYAAQ/

(2) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2021/09/10/tintin-en-amerique-merite-t-il-detre-brule-4T73EUBTQRHFHLUWCKAI72N4ZM/

(3) cité dans Le Soir.

dimanche 5 septembre 2021

Sourires amers

Ici et là, en France, on voit fleurir des affiches avec la tête du polémiste d'extrême droite et ces seuls mots: "Eric Zemmour, président". Ses soutiens le voient déjà à la tête de la République. Fleurir n'est sans doute pas le verbe qui convient. L'homme au regard noir et au teint gris est aussi peu séduisant que ses propositions de faire machine arrière pour revenir dans un passé mythifié. S'il devait être demain candidat à l'élection présidentielle, on peut imaginer son programme de pleurnicheur sur la France qui n'est plus ce qu'elle fut et sur la fermeture des frontières à tout étranger. Mais l'homme, habitué de certains plateaux télé et plusieurs fois condamné pour injures et incitation à la haine, plaît cependant à une frange réactionnaire. En attendant, il sème la panique au RN-ex-FN. Sa candidature ne recueillerait sans doute qu'un pourcentage faible mais non négligeable, mais elle ferait perdre plusieurs points à Marine Le Pen, si sûre jusqu'à présent d'arriver au second tour. Robert Ménard, le maire d'extrême de Béziers, propose à Le Pen et à Zemmour de venir débattre (1). Mais Marine n'est pas la fille à papa en tous domaines. Piètre débatteuse, maîtrisant mal certains sujets, elle sait qu'elle se ferait mettre en boîte par le redoutable polémiste qu'est Zemmour. On ne sait si ce dernier est capable de sourire, il doit, ici, au moins ricaner. A gauche, on sourit de ce duel. Que faire d'autre quand on voit dans quel état elle s'est mise? 

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/presidentielle-2022-ce-que-le-pas-de-deux-le-pen-zemmour-dit-de-lextreme-droite_fr_61332cdbe4b05f53eda84504






mardi 31 août 2021

On se calme

Depuis lundi, la circulation dans Paris, comme dans d'autres villes déjà, est limitée à 30 km/h. Si les piétons et les cyclistes se réjouissent, il se trouve évidemment des automobilistes pour contester la mesure, estimant qu'ils perdront plus de temps encore dans la circulation. On se souvient que, il y a quelques années, quand la vitesse sur le périphérique parisien a été limitée à 70 km/h, la droite avait hurlé, affirmant que la circulation y serait impossible et qu'il s'agissait là d'une agression de plus des automobilistes. En réalité, on est plutôt content quand on arrive à rouler à 50 km/h sur le périph' tant la circulation y est dense à toute heure de la journée. 

La vitesse est "source de maux", affirment les auteurs de l'ouvrage Pour en finir avec la vitesse (1). A partir de nombreuses données, ils démontrent qu'on ne gagne pas forcément du temps en roulant plus vite. L'un des auteurs, Vincent Kaufmann, explique (2) le "processus infernal": la construction de voies rapides a entraîné l'extension et l'éloignement des banlieues. "L'existence de routes rapides permet d'éloigner les logements des lieux de travail, de sorte qu'on ne passe pas moins de temps dans les transports." Au contraire. Et on constate le même phénomène par rapport aux centres commerciaux. C'est parce qu'il y a des routes qu'on a construit des supermarchés à l'extérieur des villes. "Si la vitesse de déplacement n'était plus la même, cela changerait des choses dans la disposition des magasins. Un groupe comme Carrefour, affirme le sociologue, choisit ses lieux d'implantation "pour que la majorité des consommateurs soient à moins de vingt-cinq minutes de voiture : si la vitesse de déplacement n'était plus la même, cela changerait des choses dans la disposition des magasins". Les auteurs du livre proposent de "penser les emplois en fonction de bassins de vie relativement autonomes" et répartis, par exemple, sur l'ensemble de la région Ile-de-France. L'urbaniste Carlos Moreno imagine, lui, la "ville du quart d'heure": une ville où on pourrait satisfaire tous ses besoins - emploi, achats, activités culturelles sportives, etc. - en moins de quinze minutes à pied, à vélo ou en transports en commun. Ce qui suppose de mener une politique de la ville radicalement différente et d'abandonner une vision positive de la vitesse. 

D'après les chercheurs de Forum Vies mobiles, 80% des Français pensent que "le rythme de vie dans la société actuelle est trop rapide" et que le ralentissement leur permettrait "de retrouver du temps pour leurs proches et pour eux-mêmes."  Autrement dit: "l'aspiration la mieux partagée dans les pays industrialisés est le ralentissement des rythmes de vie".

Post-scriptum : https://www.lalibre.be/regions/bruxelles/2021/08/31/le-nombre-daccidentes-graves-et-de-morts-en-baisse-de-25-a-bruxelles-depuis-la-zone-30-LBU3RFROZRCS3DLCMEZAHUMROY/

(1) Tom Dubois, Christophe Gay, Vincent Kaufmann et Sylvie Landriève, "Pour en finir avec la vitesse", éditions de l'Aube.

(2) Antonio Fischetti, "La fin de la vitesse - Aller moins vite pour gagner plus", Charlie Hebdo, 18.8.2021.

mercredi 25 août 2021

Mal réveillées

Ces wokes-là n'ont pas l'air très éveillé. Rappelons que les wokes sont ces gens qui se sont donné une mission : combattre le paternalisme, le sexisme, le racisme, l'homophobie, la transphobie, sous toutes leurs formes (réelles et surtout imaginaires) et pour cela traquer celles et surtout ceux qui sont dans la norme, donc dominants. En particulier les blancs hétéros. Il n'y a pas pires individus. Faire quelque chose de positif ne semble pas être truc. Leur truc, c'est plutôt de faire justice en dénonçant et en condamnant d'un même mouvement l'affreux mâle, l'horrible blanc. Ces wokes-là avaient investi le Genepi, le Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées qui était actif dans les prisons depuis les années '70, et ils l'ont dissous. Le grand tort du Genepi? Etre "classiste, raciste et patriarcal". Les militantes "féministes et anticarcérales" qui s'y sont introduites pour le casser dénoncent le "tourisme carcéral" des "étudiant-es bourgeois-es", des "voyeuristes" qui s'achètent "une bonne conscience" en supportant l'association "police-justice-prison".

Dans Charlie Hebdo (1), Christophe Conway, chef d'entreprise et bénévole au Genepi à ses débuts puis dans les années 2000, explique que l'idée de départ était à la fois de changer le regard de la société sur la prison et de permettre l'insertion des détenus. Il constate que ce deuxième objectif n'a pas vraiment été atteint, mais que les bénévoles ont surtout répondu à une demande. "Il y avait une réelle soif de savoir chez les détenus qui passaient le brevet ou un CAP. Il fallait rattraper les lacunes. Mais les cours étaient avant tout vécus par les détenus comme une respiration dans cet univers d'enfermement." Dans les années 2000, le Genepi rassemblait 800 personnes et s'était structuré régionalement. Et voilà qu'en 2019, l'assemblée générale décide de stopper les interventions en prison, donc de cesser l'activité qui constituait l'essence même de l'association. Les bénévoles sont accusés de faire du "tourisme carcéral", de "s'enfermer volontairement pour en ressortir aussi vite" et cette pratique serait révélatrice d' "une violence tout autant que d'un rapport asymétrique d'étudiant.e.s principalement blanc.he.s et privilégié.e.s". Les hommes se voient interdits de participation au conseil d'administration par "les meufs" (comme elles se sont autobaptisées) qui ont pris la main et finalement le 2 août dernier, l'association décidait son autodissolution.

Le débat sur le rôle de la prison a toujours été important au sein du Genepi, affirme Christophe Conway. "Je pense qu'aucun genepiste n'est pour l'enfermement systématique. Beaucoup mesurent l'impasse du tout-carcéral et sont favorables aux peines alternatives à la prison. Les abolitionnistes ont toujours pu s'exprimer au sein du Genepi. (...) Mais aujourd'hui on assiste à la confiscation des échanges, l'interdiction des opinions contraires. A la limite, je pourrais comprendre leur logique: le refus de collaborer au système carcéral, mais alors pourquoi avoir pris la direction d'une association dont c'est la raison d'être depuis quarante-cinq ans? L'entre-soi des abolitionnistes radicaux n'a abouti qu'à détruire ce qui existait. C'est un immense gâchis."

Et l'intérêt et le besoin d'apprendre des détenus? Ils n'existent tout simplement pas, les wokes s'en soucient moins que de leur premier tweet. Seul comptent pour ces justicières leur combat contre le mal(e) absolu. Les wokes apparaissent de plus en plus comme celles et ceux qui veulent que rien n'évolue positivement pour que perdure  leur vision binaire et simpliste de la société, divisée en bons et en méchants, en dominants et en racisés, en coupables et en victimes. De qui sont ici victimes les détenus, sinon des wokes ? Heureusement, d'anciens genepistes s'accrochent et, rejoints par d'autres, ont décidé de créer  une nouvelle association: Rebond. "Elle permettra le retour d'anciens étudiants bénévoles pour des interventions et des cours en détention. Une chose est sûre, nous serons extrêmement vigilants pour contrer l'entrisme de ceux qui préfèrent détruire plutôt que construire."

(1) Natacha Devanda, "Le Genepi, nouvelle victime de l'entrisme et du wokisme", Charlie Hebdo, 11.8.2021.

vendredi 20 août 2021

Le taliban nouveau est arrivé

Vingt ans après, les voilà de retour. Les talibans ont, à grande vitesse, repris le pouvoir dans quasiment l'ensemble de l'Afghanistan. Ils jurent qu'ils ont changé. On peine à les croire: on voit les mêmes hommes, avec leurs tenues traditionnelles et leurs longues barbes islamistes. Les mêmes qu'il y a vingt ans. Les mêmes qu'il y a deux cents ans, sans doute. Mais leurs armes sont plus modernes. Ils n'ont eu qu'à se servir parmi les milliers d'armes et d'engins américains que l'armée afghane, en pleine débandade, leur a abandonnés. Ils ont changé et n'ont qu'un souhait: que leur pays vive dans l'harmonie. Bien sûr, ils font la chasse à tous ceux qui ont collaboré avec l'ancien gouvernement afghan et avec les Américains et ils recherchent même (témoignage entendu ce matin sur France Inter) ceux qui ont travaillé à la défense du patrimoine avec l'Unesco. C'est que ce patrimoine-là, bouddhiste, n'a rien d'islamique et seul ce dernier peut exister. Ils ont changé et semblent aujourd'hui "plus puissants, plus dangereux et plus riches que jamais", écrit Catherine Philips dans The Times (1). Discrètement soutenus par le Pakistan et bénéficiant de "ressources étrangères", notamment des fortunes du Golfe, ils se sont aussi enrichis grâce au trafic de drogue et à des rançons obtenues suite à des enlèvements. Ils ont changé et contrôlent leur communication: ils ont détruit les médias indépendants pour pouvoir développer leur propre récit, diffusant des images de populations qui les accueillent comme des libérateurs, sans parvenir toutefois à empêcher la diffusion d'exécutions de militaires afghans et de meurtres de civils. "Vingt ans après, écrit The Times, si les talibans 2.0 sont bien plus doués pour se vendre, rien n'a changé en revanche en ce qui concerne leur mission d'instaurer leur vision déformée de la charia. Toute leur légitimité, aussi piètre soit-elle, repose sur leur promesse de réinstaurer leur version de la loi islamique." 

L'accord de Doha, signé en 2020 entre Washington (époque Trump) et les talibans, est "une monumentale abdication devant la barbarie", écrivait Jean-Yves Camus il y a un mois (2). "Les étudiants en religion resteront ce qu'ils ont toujours été, c'est-à-dire des fanatiques arriérés dont la doctrine n'a pas varié d'un pouce" et qui ont pour constitution la charia. Ils jurent leur grand dieu qu'ils veulent juste créer un émirat islamique indépendant de toute puissance étrangère (même si, on l'a vu, ils sont largement subventionnés par des puissances étrangères à l'Afghanistan) et que les droits des femmes, des jeune filles, des minorités seront respectés. "Mais comment le croire, demande Jean-Yves camus, alors que la charia ne le permet pas? Alors que les liens avec al-Qaida subsistent et laissent ouverte la possibilité qu'un nouveau sanctuaire afghan serve de refuge et de camp d'entraînement au djihadisme international?" La population afghane n'est pas plus rassurée par le taliban nouveau que par l'ancien. Les femmes en particulier savent ce que c'en est fini de l'indépendance qu'elle avait acquise. Elles fuient et se cachent. Telle cette jeune journaliste qui n'a eu d'autre choix que de quitter sa vie et sa maison et, pour l'instant, de vivre cachée, loin de tout (3): "je ne suis pas en sécurité, parce que je suis une jeune femme de 22 ans, et que je sais que les talibans obligent les familles à livrer leurs filles pour qu'elles soient mariées à leurs combattants. Et parce que je suis journaliste, et que je sais que les talibans viendront  nous chercher, moi et tous mes confrères".

Résumons-nous: aujourd'hui comme hier, un taliban reste un taliban et la barbarie même moderne reste de la barbarie.

Post-scriptum: https://www.lalibre.be/international/asie/2021/08/20/les-talibans-massacrent-des-hommes-hazaras-cela-donne-un-effroyable-apercu-de-ce-qui-risque-de-se-produire-ZZX3MCIIOVCYHGXGE4JK624AB4/

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/indre-le-buzanceen-pascal-maitre-temoin-du-drame-en-afghanistan?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=1&pageId=57da5ce5459a4552008b469a

(1) Catherine Philips, "Les nouveaux maîtres de Kaboul", The Times, 15.8.2021, in Le Courrier international, 19.8.2021.

(2) Jean-Yves Camus, "C'est reparti pour la charia", Charlie Hebdo, 21.7.2021.

(3) "Ma vie toute entière est anéantie", témoignage anonyme, The Guardian, 10.8.2021, in Le Courrier international, 19.8.2021.


vendredi 13 août 2021

L'homme est une autruche

Voilà donc qu'Emmanuel Macron désavoue son gouvernement en annulant le décret que ce dernier venait de prendre, rendant obligatoire à partir de 2023 le contrôle technique pour les motos. Il n'y a pas d'urgence, dit-il, même si la France est tenue depuis 2014 de se conformer au droit européen. Certains motards menaçaient de manifester et le chef de l'Etat voulait éviter que leur colère s'ajoute à celle des opposants du passe sanitaire. Pourquoi donc les possesseurs de deux roues à moteur thermique n'auraient-ils pas les mêmes contraintes que ceux des quatre roues? A nouveau, l'intérêt collectif, en termes de sécurité routière et de pollution, est foulé au pied au bénéfice d'intérêts individuels: celui des motards et d'un candidat à la présidentielle. Cette décision a été prise trois jours après la publication du dernier rapport du GIEC qui confirme ce que nous ne voulons pas savoir: nous n'éviterons pas une catastrophe planétaire majeur si nous ne décarbonons pas de toute urgence nos sociétés.

"C’est le rapport du GIEC le plus robuste scientifiquement : il va très loin dans la confirmation de l’aspect global du changement climatique, affirme Johan Rockström, directeur de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (1). Il (ce rapport) avance des preuves irréfutables de la gravité de la situation, en confirmant non seulement, sans équivoque, que nous réchauffons la planète, mais aussi de manière indiscutable que la fréquence et la gravité des événements climatiques extrêmes augmentent. Les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations sont désormais attribuées au changement climatique d’origine humaine avec un degré de certitude très élevé. Il s’agit donc de véritables munitions scientifiques en faveur d’une action urgente. Il s’agit aussi du premier rapport du GIEC à ne pas exclure des points de basculement, qu’il s’agisse de l’instabilité de la calotte glaciaire en Antarctique ou de la déstabilisation de l’AMOC, la circulation méridienne de retournement Atlantique [la circulation des courants océaniques de l’Atlantique, parmi lesquels le Gulf Stream]. Il montre aussi que la capacité des forêts, des sols et des océans à absorber les émissions de CO2 risque de s’affaiblir." Ajoutons à cet avis que juillet 2021 est le mois le plus chaud jamais enregistré sur terre.

On avait déjà compris que le président Macron n'accepterait que des mesurettes pour lutter contre le réchauffement climatique et qu'on ne peut donc compter sur lui pour renverser la vapeur.  Mais on voit aussi que les trumpistes du samedi se trompent totalement de combat: s'ils veulent sauver leur si précieuse petite personne, ce n'est pas contre le passe sanitaire ou le contrôle technique qu'ils doivent se mobiliser, mais pour une modèle de société radicalement différent. L'Allemagne et la Belgique ont connu des inondations catastrophiques; le Canada, les Etats-Unis, la Turquie, la Grèce, la Sibérie, l'Algérie des incendies sans précédent et nous nous regardons le nombril.

Post-scriptum (14.8): Le Monde pense de même: https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/08/14/controle-technique-des-motos-l-inquietante-reculade-d-emmanuel-macron_6091422_3232.html

https://www.nouvelobs.com/societe/20210813.OBS47493/le-demi-tour-de-macron-sur-le-controle-technique-des-deux-roues-entre-apaisement-et-honte-absolue.html

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/08/09/rapport-du-giec-il-faut-decarboner-de-toute-urgence-et-de-maniere-tres-radicale-nos-societes-et-nos-economies_6091011_3244.html

vendredi 30 juillet 2021

Désaccordés

Les lecteurs de ce blog ne m'en voudront pas, j'espère, si je reviens une fois encore (je me tairai ensuite pendant deux semaines) sur cette opposition au passe sanitaire, mais elle prend de telles proportions, s'exprime de manière tellement stupide et violente qu'elle inquiète. A sa tête tentent de se faire voir et entendre notamment de petits leaders d'extrême droite qui peinaient jusqu'ici à exister médiatiquement et une députée qui nous démontre qu'être psychiatre n'empêche pas de sombrer dans la folie (1). Lors de manifestations samedi dernier, des pharmacies ont été agressées, des centres de vaccination détruits, incendiés. Les opposants au passe sanitaire traitent les membres du gouvernement de nazis et agissent avec les méthodes de ces derniers. C'est la haine qui s'exprime sans qu'on comprenne bien ce flot de fureur imbécile. Il n'est le fait que d'une minorité, mais une minorité qui fait grand bruit et grande casse. A tous points de vue.

A gauche aussi on s'oppose au passe. Il n'y a pas que le virus qui mute. Ainsi, la CGT et Lutte ouvrière, qu'on avait toujours crus à gauche, sont-ils devenus les porte-parole de l'ultra-libéralisme. Lors d'une manifestation récente à Châteauroux (2), qui a dépassé les espérances des organisateurs, la secrétaire départementale de la CGT de l'Indre affirmait que "le refus de la mise en place d'un pass sanitaire, ce n'est pas qu'une question de vaccination, c'est une question de liberté fondamentale et de démocratie", laissant entendre que chacun a le droit de faire ce qu'il veut de son corps. Loin de toute vision collective.

Le slogan féministe "Mon corps m'appartient" a été récupéré par des opposants nombrilistes incapables de comprendre que tout corps est aussi social. Pendant toute notre existence, rappelle le journaliste et écrivain Jean-François Bouthors (3), notre corps dépend de la solidarité nationale "par laquelle se déploie tout un réseau d’accompagnement : en premier lieu le système de santé, la sécurité sociale, mais ensuite tous les équipements sociaux qui nous facilitent la vie, depuis l’école jusqu’aux transports et réseaux de communication. On peut même y joindre à des degrés divers tout le maillage économique, qui permet de se procurer nourriture, vêtements, travail, logements, équipements, etc. Par conséquent, si nul ne peut disposer du corps d’un autre à sa guise, force est de reconnaître que nos corps n’existent que dans une interdépendance et l’écologie nous a appris que celle-ci s’étend à tout le vivant." Dès lors, aucun corps ne peut se prétendre pleinement autonome. "Il en résulte des responsabilités et même des devoirs, puisque ce que nous vivons individuellement retentit d’une manière ou d’une autre sur tous les autres. C’est particulièrement évident en matière de vaccination, et de façon non symétrique, puisque se faire vacciner ne retire rien à personne, tandis que ne pas le faire affaiblit la protection de tous face à la pandémie. Qui plus est, c’est aussi prendre le risque d’occuper un lit de réanimation dont pourrait avoir besoin un accidenté de la route ou quelqu’un victime d’un infarctus ou d’un AVC… Nier cette dimension collective du corps n’est pas seulement s’entretenir dans une illusion solipsiste et libertarienne, c’est défaire le long travail des générations précédentes, certes imparfait, mais considérable, pour tisser les liens qui permettent d’échapper à la fatalité, à la brutalité dont fait parfois preuve la nature, à tout ce qui fait aussi de l’homme un loup pour l’homme." (...) "Affirmer mon corps m’appartient pour s’affranchir des solidarités essentielles, c’est donc ouvrir grande la voie de toutes les régressions sociales, à tous les replis identitaires qui taillent en pièces la communauté nationale, alors même que ceux qui défilent ces jours-ci prétendent les combattre. C’est aussi donner raison par avance à tous ceux qui demain s’opposeront aux mesures les plus urgentes de lutte contre le réchauffement climatique, en se prévalant de leur liberté pour s’exonérer de toute contrainte."

Parmi les opposants au passe sanitaire, il y a ceux qui s'inquiètent du danger de l'injection de "chimie" dans leur corps, mais qui travaillent au quotidien avec des engins thermiques qui dégagent généreusement des gaz d'échappement très... chimiques. Ceux qui, pour le moindre déplacement, prennent leur voiture, sans aucun souci de la pollution qu'ils génèrent, mais qui, tout à coup, refusent un vaccin parce qu'ils se mettent à rêver d'un monde qui préserverait leur pureté. Comme s'ils n'avaient de leur vie ingéré aucun médicament, reçu aucun vaccin, respiré aucun air pollué. Comme si seul leur corps comptait.

Il y a quelques jours, un sénateur de la majorité, Claude Malhuret, médecin, raillait les antivax: "On nous a tous inoculé dès notre plus jeune âge le DT-coq-polio et depuis, Agnès Buzyn, cette autocrate, a rajouté huit vaccins obligatoires. Le carnet de vaccination, ancêtre du passe sanitaire, instaurait un contrôle généralisé de la population. Big brother avait décidé qu’aucun enfant, tenez-vous bien, ne pouvait entrer à l’école sans cet ausweiss pour parler comme notre collègue (il parle d'un élu RN-ex-FN). Notre droit le plus sacré à choisir la maladie plutôt que l’immunité était bafoué depuis Pasteur. Les Français eux-mêmes avaient intériorisé la servitude, pensant, comme Hobbes, que seul un Léviathan armé de seringues et d’aiguilles pouvait les sauver. Heureusement, comme Zorro, Facebook et Twitter sont arrivés, permettant à une avant-garde éclairée de se regrouper contre le totalitarisme vaccinal. Après que durant des années 11 vaccins nous aient été injectés à l’insu de notre plein gré, au douzième, bingo, nos yeux se sont dessillés, grâce à ces combattants de la liberté qui ont eu le courage de nommer l’infamie du passe sanitaire : apartheid pour Florian Philippot, coup d’Etat pour Asselineau, discrimination généralisée pour Coquerel, et ce soir enfermement généralisé pour Ravier ; étoile jaune ou Shoah pour les plus audacieux. En définitive la meilleure preuve des progrès de l’humanité, c’est qu’en 2500 ans nous sommes passés de Socrate sur l’agora à Francis Lalanne sur Facebook. Quel dommage que les réseaux sociaux n’aient pas existé plus tôt pour défendre contre les dictateurs de la piqûre la liberté de mourir en harmonie avec la nature et ses dons, parmi lesquels nos compagnons de toujours, la variole, la poliomyélite, la peste et le choléra qui ont permis aux plus grands auteurs, Camus, Giono, Thomas Mann ou d’autres, d’écrire les chefs-d’œuvres immortels de la littérature de pandémies. La variole a disparu, le COVID, lui, a des chances de survivre grâce à tous les résistants numériques qui exigent le droit d’attraper le virus et de le combattre, comme les Polonais de 40 contre les chars soviétiques, à la seule force de leurs poitrines et de leurs mains nues, et le seul secours de l’hydroxychloroquine, elle parfois renforcée par un médicament redécouvert : le Ricard. (...) Je voudrais, très sérieusement cette fois, implorer qu’on veuille bien cesser cette mauvaise querelle sur les libertés. Ce n’est pas le gouvernement, le pouvoir médical ou les partisans de la vaccination obligatoire qui les restreignent, c’est la pandémie. Loin d’être un viol de notre liberté, les mesures annoncées sont les conditions de son rétablissement. Vaccination accélérée ou confinement dans deux mois, voilà l’alternative qu’ont très bien comprise la grande majorité des français, qui réalisent que c’est en bornant quelques libertés aujourd’hui qu’on a une chance d’en sauver de bien plus précieuses en septembre. C’est donc ce que nous allons faire et ce choix ne fait pas du Président un dictateur mais un décideur. Il ne fait pas du Parlement un rassemblement de tyrans mais une assemblée de responsables. Cette décision est-elle difficile ? Elle est au contraire limpide. Le vaccin est une prouesse scientifique que des milliards d’êtres humains attendent désespérément d’obtenir. Quel gouvernement serait assez irresponsable pour ne pas le proposer à tous, le plus vite possible et protéger en attendant ceux qui ne le sont pas encore ? Il ne reste donc que des questions de méthode, ce qui ne les rend pas plus simples pour autant. Et d’abord fallait-il choisir la vaccination obligatoire pour tous ou le durcissement du passe sanitaire ? La première solution a l’avantage de nombreux précédents et de la simplicité du message. Son inconvénient est de ne pouvoir être achevée avant plusieurs mois alors que le temps presse. L’épidémie flambe de manière exponentielle. Les Chinois viennent de découvrir que la charge virale du variant delta est mille fois supérieure à celle des variants précédents. Et nous serons dans quelques jours à 40 000 ou 50 000 cas quotidiens. Le gouvernement a choisi le passe sanitaire, estimant qu’il sera mieux accepté et surtout qu’il est d’application immédiate, et enfin qu’il n’exclut pas, le cas échéant, la première solution. Si l’on se rallie à cette stratégie, et c’est mon cas, il nous reste donc à en préciser les contours."

Alors que le variant Delta fait repartir à la hausse les contaminations un peu partout, en Chine, aux Etats-Unis, en Thaïlande, au Sénégal, au Bangladesh et ailleurs, débordant les services de soin, des milliers de gens ne trouvent rien de plus positif et utile à faire que de manifester  contre le passe sanitaire, voire contre le vaccin. Que veulent-ils donc ces opposants ? Que leur gouvernement agisse comme Trump ou Bolsanoro qui ont totalement minimisé la gravité de ce virus avec les conséquences que l'on connaît ? Qu'a-t-il donc ce vaccin qui rend stupides ceux qui s'y opposent ? On se met à rêver d'un vaccin contre la bêtise, l'individualisme, la haine et la violence. Les leaders de cette absurde lutte antivax sont écœurants, mais ils nous font parfois rire, même si c'est jaune. Ainsi, Florian Philippot qui grâce à son passe sanitaire a pu aller en Italie manifester contre... le passe sanitaire. Ou François Asselineau qui vient d'être atteint par la Covid-19 et se soigne, dit-il, avec de l’ivermectine et de l’hydroxychloroquine «fabriquée en Chine», ce qui lui permettra de manifester ce samedi à Paris contre le passe sanitaire, qu'il juge «absurde, injuste et totalement liberticide», et de répandre ainsi le virus autour de lui. Et son venin.

Je suis le nombril du monde / Tu es le nombril du monde / Le nombril, le nombril / La Lune aussi est le nombril du monde / La Lune aussi est le nombril du monde / Je t'ignore, tu m'ignores / Norge

Post-scriptum du 1er août: https://www.liberation.fr/societe/indignation-apres-lagression-dun-pharmacien-a-montpellier-par-des-anti-pass-20210801_F4VT5SEH3BH55OUVELVMZ2FEJM/

P.S. du 12 août: https://www.huffingtonpost.fr/entry/vous-hesitez-a-vous-faire-vacciner-les-reponses-aux-questions-qui-vous-font-douter_fr_61126e5ae4b0710ba2e02803

https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/les-manifestations-anti-passe-sanitaire-ou-la-liberte-usurpee

Post-scriptum du 14 août: excellente tribune sur les fourvoiements de la gauche: https://www.nouvelobs.com/idees/20210814.OBS47507/tribune-la-critique-de-gauche-du-pass-sanitaire-se-perd-dans-une-impasse-confusionniste.html

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/07/27/du-masque-qui-ne-sert-a-rien-aux-vaccins-qui-ne-protegent-personne-martine-wonner-itineraire-d-une-deputee-sous-influence-complotiste_6089617_4355770.html

(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/a-chateauroux-le-pass-ne-passe-pas?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=30&pageId=57da5ce5459a4552008b469a

(3) https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/point-de-vue-corps-individuel-et-collectif-6d9f1858-ef82-11eb-b392-b52b571b94f4


(4) https://www.vosgesmatin.fr/sante/2021/07/25/il-demonte-les-antis-les-punchlines-du-senateur-claude-malhuret-ont-fait-le-buzz

samedi 24 juillet 2021

L'homme sage

Moi, je me ferai vacciner quand on m'aura prouvé que ça ne provoque pas le cancer, dit l'homme en allumant une cigarette.


Ma position, qui n'engage que moi bien sûr, est la suivante: je suis pour la vaccination, je suis catégorique. Je pense que le fait de ne pas se faire vacciner serait irresponsable. Bien sûr, chacun est libre de faire ce qu'il veut, mais, par exemple, l'argument de dire: c'est mon corps et je ne veux pas qu'on y touche est valable dans le cas d'une personne isolée. C'est oublier que nous vivons en collectivité et que, en ne nous vaccinant pas, nous risquons de contaminer les autres. Nous fragilisons le système de défense face au virus, qui cherche à muter pour atteindre le plus de monde possible. Si nous le laissons faire, il finira par atteindre nos plus jeunes enfants.

Hubert Reeves (lu sur Facebook)