mardi 19 juillet 2022

Confusion entre opposition et bêtise

On s'est déjà posé la question ici : à quoi est donc insoumise cette France qui se qualifie de la sorte ? A la décence ? A la dignité ? A l'intelligence ? A la nuance ?
Sa cheffe de groupe à l'Assemblée nationale vient une fois encore de s'illustrer par son insoumission au sens de la mesure. Alors que le président Macron s'apprêtait à commémorer le 80e anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv, Mathilde Panot publiait un tweet appelant à "Ne pas oublier ces crimes, aujourd'hui plus que jamais, avec un président de la République qui rend honneur à Pétain et 89 députés RN". Un mélange de bêtise crasse, d'agressivité et de mauvaise foi.
"Je ne fais aucun raccourci mais je n'occulte aucune page de l'Histoire, et le maréchal Pétain a été, pendant la Première Guerre mondiale, aussi, un grand soldat. C'est une réalité de notre pays », avait déclaré Emmanuel Macron en novembre 2018. C'est ce que Mathilde Panot lui reproche. Wikipedia définit Pétain de la sorte : "Chef militaire à l'action importante, il est généralement présenté comme le vainqueur de la bataille de Verdun et, avec Georges Clemenceau, comme l'artisan du redressement du moral des troupes après les mutineries de 1917. (...)  Auréolé d'un immense prestige au lendemain de la guerre, il est le chef de l'armée d'après-guerre." Ce qui ne l'a pas empêché de devenir ensuite, lors de la Seconde guerre mondiale, un infect personnage. Mais visiblement Mathilde Panot aime les situations faciles à comprendre, les films avec des bons et des méchants. Ainsi va la vie pour elle. Elle déteste Emmanuel Macron qui est un méchant et tout - même les moments où il conviendrait d'être particulièrement digne, elle n'a d'ailleurs pas fait allusion aux juifs (1) - est prétexte à l'attaquer. 
D'autres partenaires de LFI au sein de la Nupes sont dans le même état d'esprit. Ainsi, un élu communiste affirmait récemment que son rôle est de "s'opposer à Macron". C'est pour cela qu'il a été élu, dit-il. L'avenir de la France et des Français n'est pas un objectif pour lui. Son but : faire tomber le gouvernement et toutes les occasions sont bonnes à prendre.

Récemment, la Nupes a déposé une motion de censure contre le gouvernement, avant même le discours de la première ministre. "A un moment où les urgences s'accumulent (inflation, pouvoir d'achat, sanitaire, climatique), où les divisions s'accroissent (sociales, identitaires, politiques), la mascarade du débat de lundi a révélé une forme d'irresponsabilité des parlementaires de la Nupes, écrit Eric Decouty dans Franc-Tireur. En s'opposant par principe, selon une posture dictée par LFI bien avant le discours de politique générale d'Elisabeth Borne, cette gauche choisit délibérément la voie de l'obstruction et de l'affrontement." Le journaliste relève que, selon un récent sondage, les trois quarts des Français sont favorables à la recherche d'un compromis entre le pouvoir et les oppositions, mais la Nupes préfère jouer les schtroumpfs grognons. On peut reprocher au gouvernement de manquer du sens des priorités, mais il serait bon de l'avoir soi-même. LFI apparaît plutôt comme une bande d'ados qui font de l'opposition un principe et trouvent que tous les autres sont de gros nuls. 

(1) https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/rafle-du-vel-dhiv-ils-etaient-juifs-madame-mathilde-panot-juifs

jeudi 14 juillet 2022

Nos têtes immobiles

On s'était dit qu'on allait changer radicalement et le système et notre façon de vivre et de consommer. C'était il y a moins de deux et demi, au début du premier confinement (1). On s'était dit que cette occasion-là, il ne fallait surtout pas la laisser passer. On était nombreux à croire que le changement nécessaire s'amorçait enfin, qu'on allait sortir de ce fonctionnement suicidaire. On s'était dit : c'est maintenant ou jamais. Ce sera jamais.

Tous les responsables politiques n'ont aujourd'hui qu'un souci : améliorer le pouvoir d'achat. Qui dit pouvoir d'achat dit consommation. Qui dit consommation dit production. Qui dit production dit pollution. Apparemment, personne ou presque ne se soucie de l'impact de la consommation sur l'état de la planète. Les canicules se succèdent autant que les incendies, les inondations et les divers phénomènes qui n'ont plus grand-chose de naturel. Mais l'urgence est d'acheter. Bien sûr, il va de soi que chacun doit pouvoir vivre dans des conditions décentes, payer son logement, acheter des produits de première nécessité, s'habiller, bref, assurer ses besoins basiques. Mais pour autant on ne remet pas en question nos besoins de confort, comme s'ils étaient acquis et devaient à jamais être assouvis.
Les aéroports débordent de vacanciers et les autoroutes de voitures individuelles. C'est que nous avons tant "besoin de soleil" et de "lâcher prise", entend-on un peu partout, alors que le soleil partout nous écrase et qu'on implore la pluie. 
Au moment d'écrire ces lignes, je reçois une publicité d'un supermarché du bricolage : canicule annoncée ? Qu'importe ? : achetez un ventilateur, un climatiseur, une piscine. Autrement dit : pour lutter contre le réchauffement climatique, augmentons-le. L'homme est un triste sire, figé, incapable de changer ses habitudes et qui reportera toujours sur les autres - sur celles et ceux qui gouvernent surtout - la responsabilité de ce qui (lui) arrive.

Quel responsable politique oserait conditionner l'augmentation du pouvoir d'achat à l'obtention de produits neutres en carbone ? Alors qu'on sait - que tout le monde sait - qu'il n'y a pas d'autre issue. Lequel oserait affirmer qu'il ne faut pas augmenter le pouvoir d'achat mais le pouvoir d'agir pour réduire nos consommations ? Nous nous croyons de notre temps, alors que nous restons coincés dans le logiciel des golden sixties.
A partir de 2035, il sera interdit de vendre des voitures thermiques dans l'Union européenne. Ainsi en a décidé le Parlement européen. Très bien, se dit-on. Dès lors, les voitures électriques apparaissent comme la solution. L'est-elle vraiment ? Une telle décision implique un renouvellement total du parc automobile, le fonctionnement d'aciéries, d'usines de plastique et de peintures, la circulation de cargos à travers la planète, avec leur lot - immense - de pollution. La volonté de quitter les énergies fossiles devrait être l'occasion de changer notre rapport à la mobilité. Elle ne l'est pas. La notion même de voiture individuelle est insensée. L'immense majorité des voitures est très peu utilisée. Elles nécessitent des infrastructures énormes et très coûteuses, occupent beaucoup trop de place dans les villes et les bourgs et grèvent lourdement le budget des familles. Nous n'avons pas besoin de voitures électriques, mais de transports en commun nombreux et peu coûteux, d'une politique qui chasse les voitures des villes pour laisser toute la place aux modes de déplacement doux. 

L'heure est à l'intelligence, à l'innovation, à l'audace. Sortons de nos vieux schémas, de nos habitudes mortifères, de nos façons de penser et de rouler démodées. Certains s'y sont déjà mis, tel Midipile Mobility (2) et son petit  quadricycle à assistance électrique qui permet des transports en ville de lourdes charges dans de très petits volumes. Ou encore les triporteurs de l'association Skylett à Lorient (3) qui transportent en ville les personnes âgées. L'Ademe (l'Agence française de transition écologique) lance un appel à projet d'objet roulant (4). "Soyons ambitieux, en rupture. Créons une catégorie de véhicules sobres et efficaces, peu coûteux, interopérables au sein d'un écosystème local cohérent. Simples à assembler, utilisant des composants standards, recyclables, optimisés pour chaque usage, ils ouvriront des espaces de créativité aux urbanistes, aux maires, aux aménageurs pour faire évoluer l’espace public. Faisons ainsi émerger de nouvelles industries, de nouveaux métiers." 

Résumons-nous : il est urgent de devenir intelligent.

(2) https://midipile.eu/
(3) https://www.huffingtonpost.fr/entry/a-lorient-des-velos-triporteurs-pour-aider-gratuitement-les-personnes-agees_fr_62556face4b0be72bfeec942
(4) https://xd.ademe.fr/

A lire : Numéro spécial de Charlie Hebdo : "Voiture électrique - dernière arnaque avant l'apocalypse"

Post-scriptum : à lire aussi : 
https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/07/16/on-trottine-lentement-derriere-un-climat-qui-change-vite_6135018_3244.html

lundi 4 juillet 2022

Poutine et la triade d'Ouvarov

Si on a du mal à comprendre la logique et l'attitude d'un Vladimir Poutine et de son régime tsaro-soviéto-russe, on peut se référer au court texte (à peine 50 pages) d'André Markowicz "Et si l'Ukraine libérait la Russie ?" (1). Markowicz a traduit pour les éditions Actes Sud toutes les œuvres de fiction de Dostoïevski, le théâtre complet de Tchekhov ou encore des œuvres de Pouchkine ou Boulgakov.
Français "élevé dans la culture russe", il a passé les toute premières années de sa vie à Moscou où travaillait son père, journaliste communiste. En 1964 (André avait quatre ans), son père a décidé de rentrer en France "parce qu'il ne supportait plus la violence de la vie quotidienne, l'alcoolisme, la violence des rapports entre les citoyens de ce pays qu'il aurait rêvé de voir comme la patrie du socialisme, c'est-à-dire le paradis sur terre". Ce paradis s'est vite avéré invivable, même pour lui, un privilégié. Ce qui ne l'a pas empêché de revenir régulièrement à Leningrad avec sa famille. "J'ai vu l'URSS de l'intérieur", écrit son fils. Ce qu'il a vu, c'est que personne n'était dupe. "Chacun - du moins, les gens que nous voyions autour de nous - savait qu'il vivait dans le mensonge, que rien de ce qu'on lisait dans la presse ou de ce qu'on entendait à la radio n'était vrai." Et puis, il y eut la perestroïka et la catastrophe de Tchernobyl. Tout s'écroulait "dans l'horreur de l'incompétence et du mensonge". Et l'aspiration à la liberté et à la vérité se mêlait à la monstruosité du gâchis et à la honte.
Le régime soviétique ne fut jamais jugé. "Il n'y a pas eu de procès du stalinisme. parce que les assassins n'ont pas été vaincus. Les hommes de l'appareil soviétique se sont reconvertis en hommes d'affaires, en mafieux. Mais des mafieux qui prenaient le pouvoir réel. (...) Le KGB est resté le même, et les structures de l'Etat, finalement, n'ont pas bougé."
La démocratie, la Russie des temps nouveaux ne la connut pas vraiment, elle ne fut qu'une "espèce de bouffonnade pathétique" avec Elstine. 
En 1999, "l'alcoolique titubant était remplacé par quelqu'un qui, lui, ne buvait pas - du moins en public. Mais qui, pour arriver au pouvoir, ou se garder au pouvoir, n'allait pas hésiter à faire sauter des immeubles à Moscou, en accuser les Tchétchènes et provoquer une guerre impitoyable - une guerre qui, aujourd'hui, apparaît comme prémonitoire". Avec les mêmes méthodes : massacres systématiques de civils, destruction de toutes les infrastructures, ruine de la capitale, instauration d'un régime de terreur.

On aura reconnu en ce "quelqu'un" Vladimir Poutine qu'André Markowicz présente, en outre, comme un assoiffé "de fric". Il dénonce "la mainmise réelle de la mafia poutinienne sur l'ensemble de l'appareil d'Etat, et l'incroyable, l'indécente richesse des oligarques et de l'oligarque en chef, Poutine lui-même". Poutine qui a fait la jonction entre le KGB et la mafia "s'est installé au pouvoir par la mise en scène des attentats et le déclenchement de la guerre. C'est sous le signe de la guerre qu'il a toujours régné." De la deuxième guerre de Tchétchénie à celle d'Ukraine en passant par les interventions dans le Donbass ou en Géorgie et le soutien au régime sanguinaire de Damas. "D'un coup, dans une Russie en pleine décomposition, on entendait la voix d'un chef, un vrai chef, vulgaire et apparemment fort, et prêt à tout." Un chef qui élimine sans état d'âme quiconque se trouve sur son chemin, médias ou opposants politiques. 

Vladimir Poutine gouverne selon les règles du KGB et de la mafia, mais aussi selon un principe qui fut la doctrine officielle du tsarisme après 1830, appelée la triade d'Ouvarov: orthodoxie - autocratie - principe national, sauf que Poutine a inversé les deux premiers, mettant en avant l'autocratie, "verticalité absolue du pouvoir et refus, par conséquent, de toute forme de démocratie. Avec le culte du chef qui en découle". Au point qu'on a pu entendre le président de la Douma affirmer sans rire que la véritable richesse naturelle de la Russie n'est ni le gaz ni le pétrole mais Poutine.
Deuxième principe : l'orthodoxie. "Poutine se réclame explicitement de l'onction divine - avec l'aide de l'appareil de l'Eglise, aussi corrompue que tous les autres corps de l'Etat." (2)
Et enfin, le principe national ou l'identité, avec une "mythologisation d'une histoire russe recomposée et donnée pour seule légitime" (3), ce qui passe par une falsification de l'histoire réelle, la fermeture des archives des répressions staliniennes ou encore les persécutions quotidiennes de Memorial International (4). Le principe national implique aussi qu'il n'y a qu'une seule et unique nation slave, "la triade d'Ouvarov implique la nationalisme panslaviste".

"La guerre lancée par Poutine est une conséquence de la triade d'Ouvarov", affirme André Markowicz. Elle laisse la Russie face au miroir où se lit une triple monstruosité, une triple faillite." La faillite engendrée par l'idéologie panslaviste, la faillite de l'Eglise orthodoxe russe et la faillite engendrée par la violence endémique qui régit les rapports humains. Cette violence est le fait des "seigneurs de la guerre, de chefs de mafias" à qui Poutine a livré le pays. C'est aussi celle de l'armée, "une des armes essentielles du grand décervelage".
"La réalité fissure la propagande. Il faudra bien que la Russie se retrouve face à elle. Qu'elle se retrouve, d'une façon ou d'une autre, face à une défaite militaire due essentiellement à la corruption." Car, derrière cette "mythologisation" et cette glorification de la Russie se cache une réalité sordide avec une corruption généralisée à tous les étages du régime (même Choïgou, ministre de la Défense, a escroqué son propre ministère "pour quelque chose comme un milliard de dollars sur des contrats d'intendance") et une armée qui commet quotidiennement des crimes. 

"Le régime de Poutine est la honte de la Russie". Il "a fait de la Russie un pays non pas seulement craint, mais haï. Il a sali, au nom de la défense du peuple russe, l'image de la Russie et de sa culture". Il est indispensable, écrit encore André Markowicz, que les criminels soient jugés, que la Russie répare. 
"Dans cette guerre, comme dans tout le reste, conclut-il, les Russes doivent passer de Dostoïevski à Tchekhov : voir la réalité concrète, humaine, quotidienne de ce qui se passe. Rejeter le mensonge de l'épopée. Eh oui, donc, commencer à se voir , tels qu'ils sont. C'est alors, et alors seulement, que l'Ukraine - au prix de quelle catastrophe, de quelles tragédies - aura libéré la Russie."

(1) Seuil Libelle, avril 2022.
(2) (Re)lire sur ce blog : "Dieu de sang", 21.3.2022.
(3) (Re)lire sur ce blog : "Récents délires", 29.1.2022.
(4) (Re)lire sur ce blog : "Que se taisent les morts", 29.12.2022. 

mardi 28 juin 2022

Illégal toi-même

Boris Johnson et son équipe sont de grands enfants : ils jouent avec les "illégaux" à "Une, deux, trois, soleil". Si un demandeur d'asile "illégal" est surpris sur le sol britannique, hop!, il doit reculer de six mille kilomètres : envoyé au Rwanda. Pourquoi le Rwanda ? Parce que le gouvernement britannique a signé en avril dernier un accord avec ce pays pour y délocaliser les exilés arrivés "illégalement" au Royaume-Uni. C'est là, au Rwanda, que seront traitées, selon les critères rwandais, les demandes d'asile. Si elles sont acceptées, les réfugiés pourront vivre au Rwanda. Ce pays ne les intéresse nullement ? Ils n'y connaissent personne ? N'en parlent pas la langue ? Tant pis pour eux, ils n'avaient qu'à pas arriver illégalement en Grande-Bretagne.  Le premier avion devait décoller il y a une dizaine de jours, mais, en dernière minute, la Cour européenne des Droits de l'Homme l'en a empêché, estimant qu'existait "un risque réel de préjudice irréversible" pour les migrants concernés. 
Au départ, cet avion devait emmener 130 personnes (dont 18 Syriens  - qui ont sans doute osé fuir illégalement la guerre qui continue à sévir dans leur pays, 14 Iraniens et 9 Afghans), mais grâce aux recours individuels déposés par des ONG, seules 7 "indésirables" devaient finalement s'envoler pour le Rwanda. Coût de l'opération :  l'équivalent de 583.000 €. L'avion n'a donc pas décollé, mais la ministre britannique de l'Intérieur l'affirme : "on ne nous découragera pas !". 

Les ONG, les travaillistes, certains conservateurs sont vent debout contre cette politique d'éloignement forcé. L'Eglise anglicane aussi qui parle d'une "politique immorale" qui "couvre le Royaume-Uni de honte". Le Prince Charles est sorti de son devoir de réserve, se disant "consterné" et affirmant que "l'approche du gouvernement est épouvantable".
Mais rien n'arrêtera Boris Johnson, qui essaie de faire oublier sa calamiteuse gestion du Covid, ses réunions festives en plein confinement et la motion de censure à laquelle il vient d'échapper. Si la Cour européenne des Droits de l'Homme continue à lui mettre des bâtons dans les roues, il est prêt à la quitter. Histoire de pouvoir agir sans égard ni pour la légalité, ni pour la moralité.

Ava Roussel, "Délocalisation de réfugiés - L'obstination de Boris Johnson", Charlie Hebdo, 22.6.2022.

samedi 25 juin 2022

Ukraine : comment sortir de la guerre ?

La candidature de l'Ukraine à l'adhésion à l'Union européenne vient d'être acceptée par celle-ci. La procédure sera longue. L'UE exige des réformes sur sept points : réforme de la Cour constitutionnelle, poursuite de la réforme judiciaire, lutte contre la corruption, lutte contre le blanchiment d'argent, mise en œuvre de la loi anti-oligarchie, harmonisation de la législation audiovisuelle avec la législation européenne, modification de la législation sur les minorités nationales. "Nous devons être conscients, écrit Evropeïska Pravda, que nous ne pourrons entamer des négociations avant la fin de la phase active de la guerre, ce qui était connu. (...) La chose la plus importante, c'est que le processus est lancé." (1)

Quand et comment cette guerre pourra-t-elle prendre fin ? A Bruxelles, le Groupe du 24 février (constitué de chercheurs, journalistes, traducteurs, fonctionnaires nationaux et européens, militants des droits humains, citoyens engagés dans des coopérations avec l’Ukraine) constate que "ces derniers temps, les idées qu’il faudrait se résigner à une guerre longue et à des concessions territoriales de la part de l’Ukraine pour mettre fin au conflit circulent largement — provoquant des réactions indignées de la part des Ukrainiens, qui s’y opposent dans leur très large majorité". Le groupe salue la décision de Messieurs Macron, Draghi, Scholz et Iohannis de se rendre en Ukraine. "Comme ceux qui les y avaient précédés, ils ont pu constater de leurs yeux ce que vit l’Ukraine aujourd’hui."
Les membres du groupe affirment que "une occupation n’est pas qu’un fait géopolitique abstrait. C’est aussi et surtout une réalité humaine tragique. Nous avons tous en tête les meurtres, les tortures, les viols, détentions arbitraires, disparitions forcées, déportations et pillages infligés aux populations civiles dans les zones libérées de l’occupation russe (...). Des preuves ont déjà été collectées, des rapports sérieux publiés, et un travail titanesque est en cours pour continuer de vérifier, documenter, recenser ces crimes de façon aussi exhaustive que possible. Certaines informations sur les zones actuellement occupées depuis l’invasion du 24 février nous parviennent, comme l’existence de points de filtration, interrogatoires et disparitions."

Le Groupe du 24 février fait état des violences, des tortures, des privations de droit, des humiliations, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des restrictions à la liberté d’association, d’expression, de religion et de mouvement, des enrôlements sous contrainte, des confiscations de biens, des transferts forcés de personnes vers la Russie subis par les Ukrainiens, même les enfants. "Certaines pratiques à l'œuvre en Ukraine rappellent celles mises en œuvre lors des deux guerres de Tchétchénie menées par la Russie : bombardements massifs, opérations dites de « nettoyage », usage systématique de la torture dans les camps de filtration, exécutions extra-judiciaires. Elles ont été documentées de façon très précise dans de nombreux rapports d'organisations de défense des droits humains. (...) On assiste en Ukraine à la transposition d'un système bien rodé." Tout cela se produit "dans un contexte où le pouvoir russe nie l’existence de l’Ukraine en tant que Nation et tente de mettre en œuvre sa destruction."

Pourrait-on sortir de ce conflit grâce à des concessions territoriales, s'interroge le groupe ? "Par le biais de mensonges et de manipulations des faits, le pouvoir russe justifie l’agression de l’Ukraine en invoquant des arguments territoriaux, ethniques, linguistiques, historiques. La réalité est qu’il poursuit une politique d’agression dont il n’a pas fixé les limites, tandis que ni les discours ni les faits ne permettent de penser qu’il en fixera. Avoir laissé la Russie annexer la Crimée et amputer des états souverains (Ukraine, Géorgie, Moldavie) de territoires comme le Donbass, l’Ossétie du Sud ou la Transnistrie n’a en rien mis fin à sa politique agressive dans son voisinage. Au contraire, dans la vision du Kremlin, l’inaction de la communauté internationale vis-à-vis de chaque conquête territoriale est endossée comme un succès transitoire, un encouragement à préparer de nouvelles prédations. Dans ce contexte, toute concession territoriale offrirait à la Russie un tremplin pour la poursuite de la conquête de l’Ukraine. La Crimée a servi de base pour occuper Kherson et prendre Marioupol, et les « Républiques » auto-proclamées sont un avant-poste pour la prise du reste du Donbass."

Pour le groupe du 24 février, "seuls les Ukrainiens ont la légitimité pour décider de l’avenir de leur pays. Mais l’Union européenne et ses dirigeants seront inévitablement impliqués dans la définition des conditions de la paix, ne serait-ce que sur les questions des sanctions et des garanties de sécurité." Le groupe appelle dès lors les dirigeants européens "à toujours mesurer les conséquences humaines et sécuritaires de l’occupation russe dans les propositions qu’ils formulent et les décisions qu’ils prennent" et invite Emmanuel Macron, Mario Draghi, Olaf Scholz et Klaus Iohannis à tenir les promesses qu'ils ont formulées. "L’aveuglement et l’ambivalence des deux dernières décennies n’ont pas servi la paix. "

(1) "Tout reste à faire", Le Courrier international, 23.6.2022.
(2) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/06/22/pour-retrouver-la-paix-lukraine-devrait-elle-ceder-des-territoires-a-la-russie-ALHYS22FMNE4FK54OHEH4ECCJE/

vendredi 24 juin 2022

Développement du râle

C'est une réunion organisée dans le cadre de la définition du PLUi, le plan local d'urbanisme intercommunal qui doit créer des zonages (l'équivalent des plans de secteur en Belgique) et les règles d'urbanisme qui y seront appliquées (l'équivalent du Cwatup en Wallonie). Il s'agit à ce stade de nourrir le PADD, le Projet d'aménagement et de développement durable.
Elle réunit une trentaine de citoyens, pour la plupart retraités . On comprend vite que c'est une réunion de  conservateurs. Certains sont visiblement venus avec pour seule ambition une opposition ferme et totale à tout éventuel projet d'implantation d'éoliennes. D'autres déplorent que l'Etat français ait décidé de restreindre, puis d'interdire à l'horizon 2050 de nouvelles zones d'urbanisme. Un homme estime que les nouveaux venus ne pourront dès lors plus s'installer que dans "des cages à lapins", alors que, lui fait-on remarquer, les maisons abandonnées sont ici légion. Une participante déplore qu'on autorise les paysans à équiper les toitures de leurs stabulations de panneaux photovoltaïques qui lui gâchent la vue sur le paysage. La même laisse entendre que le réchauffement climatique serait un mythe. Une autre pense qu'il faudrait cesser, si on veut voir des citadins d'installer dans nos campagnes, d'exiger qu'ils équipent leur maison d'une micro-station d'épuration individuelle. Dès qu'on parle de normes européennes s'élève un ricanement. C'est une réunion de plaintifs qui veulent que rien ne change alors que tout change. 
C'est une réunion consacrée au développement durable avec des gens qui ne développent pas grand-chose de positif.

"Il est urgent de changer de modèle culturel. Ce qui ne veut pas dire un retour en arrière. Il ne s'agit pas de refuser la technologie, mais de l'adapter à un mode de vie qui n'est pas destructeur. (...)
Si l'on continue comme maintenant, ce sera sans nous. Je ne m'en fais trop pour l'avenir de la planète, mais pour celui de l'humanité, si. Quand le Giec dit qu'on a trois ans pour redresser la barre, il a raison. La situation est critique et l'humain éminemment fragile."
Gilles Clément, jardinier paysagiste, Télérama, 8.6.2022.

mardi 21 juin 2022

Quel bazar !

Arno aurait pu le dire : la France, c'est un sacré bazar !
Le président Macron se retrouve sans majorité. Il ne peut s'en prendre qu'à lui-même : croyant que l'histoire se répète inévitablement, il a parié que les électeurs accorderaient leur confiance à son parti puisqu'ils venaient de le réélire comme président. Il n'a pas compris que les temps changent, que l'opinion publique ne lui est pas aussi favorable qu'il le pensait et que les extrêmes sont à la mode. Absorbé par ses fonctions de président de l'Union européenne et de chef de guerre, il pensait qu'elles suffisaient à rendre indispensable ses troupes et il n'a pas fait campagne. Résultat : le voici coincé  entre extrême droite et extrême gauche.

Jamais, dans le plus fou de ses rêves, la fille à papa Le Pen n'avait imaginé avoir quatre-vingt-neuf députés, près de dix fois plus qu'en 2017. Elle a visiblement compris que son pire ennemi, c'est elle, que s'exposer dans des débats, c'est faire la démonstration de ses limites intellectuelles et de son incompétence. Dès lors, elle se contente de sourire, de serrer des mains, de se faire photographier aux côtés de ses aficionados et de promettre que demain, avec elle, on rasera gratis. Et voilà le parti des grognons, des rétifs au changement, des tenants de l'identité française sacré premier parti d'opposition.

"Alors, au lendemain de cette élection gueule de bois, que va donc donner l’arrivée massive du RN à l’Assemblée nationale ?, s'interroge Natacha Devanda dans Charlie Hebdo (1) Que vont faire ces nouveaux élus du peuple ? Sans doute, ce qu’ils savent faire de mieux. Éructer et imposer les thèmes politiques. Hier dans les médias, demain dans l’Hémicycle. C’est aussi pour le parti de Marine Le Pen, sacrément mal géré et complètement endetté, un souffle d’air et une arrivée massive de pognon sous forme de subventions publiques. Et encore des collaborateurs, des bureaux et des salles de réunion. Voilà pour l’aspect matériel. Pour le reste, c’est pire. C’est le pouvoir de nuisance qui va être décuplé par la force de nos règles constitutionnelles." (...) "Il y a plus sûrement un risque de voir l’extrême droite s’emparer d’un poste de vice-président de l’Assemblée nationale, ce qui semblait inimaginable jusqu’alors en France. Les commissions spéciales ou d’enquêtes vont aussi leur être ouvertes. Leur temps de parole, donc de bourrage de crânes sur leurs sujets de prédilection, va exploser et, une fois par mois, ils pourront carrément donner le « la » à l’Assemblée nationale en fixant les sujets à l’ordre du jour, qu’il s’agisse d’un débat ou d’une proposition de loi."

Merci qui ? Merci, Macron qui avait promis de réduire les extrêmes lors de son premier mandat et de renouveler la démocratie, mais a gouverné en monarque. Merci à la droite dont certains élus ont banalisé l'extrême droite en la trouvant parfaitement fréquentable. Merci à la gauche qui semble avoir définitivement abandonné les classes populaires pour se perdre dans des combats communautaristes et obscurantistes qui font le jeu de cette extrême droite. Merci, les médias qui ont eux aussi banalisé les idées de l'extrême droite quand ils ne se transforment pas carrément en porte-voix de cette dernière. Il serait bon pour l'avenir de la démocratie que chacun s'interroge sur le rôle qu'il a joué dans cette ascension pas aussi inattendue qu'on veut le croire. (2)

En attendant, comment Macron II pourra-t-il gouverner la France ? "Les Français ne sont d’accord entre eux que pour dire non à Emmanuel Macron, pas pour dire oui à une alternative. Alors comment on fait ?, demande l'éditorialiste de France Inter Thomas Legrand (3). Dans une démocratie parlementaire, ailleurs en Europe, au vu de ces résultats, les forces politiques qui pensent pouvoir partager l'essentiel se réuniraient pour former une majorité après de longues semaines de négociations." Oui, mais la France n'est pas un pays où l'on a l'habitude de négocier, le mot coalition y est inconnu. "Forgés par des décennies d'affrontement, de tout ou rien, nos partis confondent toujours deux mots étymologiquement proches, mais en fait si éloignés : compromis et compromission. Un compromis, de toute façon, ne peut procéder honnêtement que d'une assemblée élue à la proportionnelle dans laquelle chacun sait que ce qu'il pèse dans l'hémicycle correspond à son poids réel dans le pays. Notre système électoral montre ses limites."

Certains observateurs font remarquer que le résultat des élections de dimanche place enfin le parlement au centre. Les élus vont devoir sortir d'un jeu stérile qui opposait jusqu'à présent majorité toute-puissante et méprisante et opposition coincée dans le rejet systématique. Il va falloir construire ensemble, au cas par cas. Les députés en seront-ils capables ? Certains annoncent déjà qu'ils n'aideront en rien le gouvernement, n'attendant qu'une chose : le voir tomber et revenir à de nouvelles élections. Avec une abstention encore plus forte ? 

(1) https://charliehebdo.fr/2022/06/politique/rn-ne-rien-faire-rien-dire-mais-simplanter-bien-profond/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=QUOTIDIENNE_20062022_-_ABONNES&utm_medium=email
(2) Lire à ce propos la tribune de Dominique Sopo, président de SOS Racisme :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/06/20/politique-a-vouloir-surfer-sur-les-coleres-et-en-esperant-les-recuperer-sur-un-malentendu-on-contribue-a-banaliser-toutes-les-coleres_6131264_3232.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-lundi-20-juin-2022-1808509

Post-scriptum : https://www.huffingtonpost.fr/entry/macron-sans-majorite-a-lassemblee-peut-il-sinspirer-de-nos-voisins-europeens_fr_62b073ade4b06169ca9c1ffa

samedi 18 juin 2022

Dernière ligne droite (ou gauche ?)

Deuxième tour des élections législatives françaises demain. Le président Macron aura-t-il la majorité ? Devra-t-il composer avec d'autres formations politiques ? Il y a urgence à prendre des mesures radicales pour le climat. Pour cela, on ferait plutôt confiance à la Nupes, même si elle compte sur une relance de la consommation pour financer ses projets, ce qui paraît plutôt contradictoire avec une politique énergétique sobre. Pour une politique internationale apaisée et une progression de l'Union européenne, on compte plutôt sur Ensemble mené par Macron. Bref, une coalition entre le centre-droite et la gauche serait l'idéal. Mais, on l'a dit déjà, la France ne fonctionne que par opposition et clivage.
La preuve en cette semaine de second tour où les uns et les autres se sont traités de tous les maux. Nadia Pantel, dans le Süddeutsche Zeitung (1), constate que le parti présidentiel s'est refusé à appeler les électeurs à faire front contre l'extrême droite, alors que, rappelle-t-elle, de très nombreuses voix de gauche ont fait barrage à la Le Pen et permis à Macron d'être réélu. "Mélenchon est un populiste, écrit-elle, il est souvent agressif et ses opinions concernant l'Europe et la politique étrangère, qui reposent essentiellement sur la haine des Etats-Unis, semblent ne pas avoir été revues depuis les années 1980. Mais Mélenchon n'est pas l'héritier d'un parti fasciste comme Le Pen."
"L'homme est démago et méprisant, certes, lui répond en écho Dorian de Meeûs dans La Libre Belgique (2), mais particulièrement malin et tenace. Peu d'observateurs ont vu ce vieux renard de la politique tenir bon. Mélenchon élève le culot au rang d'art." Par exemple, en appelant les Français à l' "élire" premier ministre, ce qui est une "aberration constitutionnelle". Mais Macron lui a laissé un boulevard. De diverses manières. "L'interminable formation de son gouvernement a laissé un vide surexploité par un Jean-Luc Mélenchon déchaîné, dont le culte de la personnalité, la paranoïa et les provocations ont occupé tout l'espace." Mais Emmanuel Macron a aussi lui-même donné des armes à Mélenchon chantre d'une VIe république. Il avait promis une réforme du droit électoral, mais n'a rien fait, rappelle Nadia Pantel. "Il a préféré  expérimenter des formes de démocratie directe qui n'ont mené à rien. Comme la Convention citoyenne pour le climat. S'il avait vraiment fait preuve de courage ou simplement d'un peu de détermination à propos du climat, la Nupes serait moins forte aujourd'hui."

Ceci dit, aucune de ces deux formations politiques n'a pu triompher au premier tour. Le parti présidentiel a dégringolé par rapport à ses résultats de 2017, passant de 31,2% à 25,77. Et la gauche est restée stable avec un total de 26% en 2017, quand toutes ses composantes se présentaient isolément, et 25,66% aujourd'hui où elle s'est présentée unie. Par contre, le RN-ex-FN a progressé de 13,2% à 18,6. Pourcentage auquel il faut ajouter 4,2%, le score (même s'il est piètre) de Reconquête, le parti de Zemmour (dont la carrière politique aura sans doute été un feu de paille) (3). Bref, l'extrême droite est à près de 23% aux législatives, après avoir totalisé 32,15% au premier tour de l'élection présidentielle et 42% au second.
Autre constat inquiétant au premier tour : comme annoncé, la participation fut faible, voire calamiteuse. Moins de 50 % des Français ont été voter. Seuls 30% des moins de 35 ans se sont rendus dans les bureaux de vote.
Le système majoritaire des élections françaises laisse de côté les perdants. De ce fait, les assemblées d'élus reflètent très mal l'état de l'opinion. "Voilà pourquoi, écrit François Brousseau dans Le Devoir (4), cette grande et vieille démocratie, fondatrice de la nation moderne incarne si mal la distance qui s'est creusée au fil des ans entre le peuple et sa représentation politique." 

(1) Nadia Pantel, "Arrêtez de crier au loup, M. Macron !",  Süddeutsche Zeitung (Munich), 13.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.
(2) Dorian de Meeûs, "Quel culot M. Mélenchon !", La Libre Belgique, 12.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.
(3) Paul Ackermann, "L'extrême droite, l'autre vainqueur", Le Temps (Genève), 13.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.
(4) François Brousseau, "La France face à un malaise démocratique", Le Devoir (Montréal), 13.6.2022, in Le Courrier international, 16.6.2022.

vendredi 17 juin 2022

L'avis de l'expert

On ne conteste pas à Willy Schraen sa place dans l'émission Les Grandes gueules. Il est parfaitement outillé pour y prendre part. Mais quand même, les chasseurs se sentent-ils vraiment bien représentés par ce complotiste ? Voilà qu'il laisse entendre que la météo serait de mèche avec la NUPES et les écologistes. 
“Il faut reconnaître qu’il va faire chaud pendant trois jours”, a-t-il déclaré le 14 juin, mais il trouve “bizarre” que pendant l’entre-deux-tours, “on nous explique du matin jusqu’au soir depuis deux jours : ‘Attention l’écologie machin’.” Il en est convaincu : "il y a une vraie manipulation". Et là le président des "premiers écologistes de France" (les chasseurs donc) se montre très fin : ces alertes aux vagues de chaleur "finissent par desservir l'écologie". On voit par là qu'on a affaire à un expert.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/legislatives-sortie-de-willy-schraen-sur-la-canicule-et-la-nupes-passe-mal_fr_62a878bee4b0cf43c84e9f9c

jeudi 16 juin 2022

Passion triste

C'est une vraie question : mais pourquoi donc en France le président de la République, une fois élu, réélu dans ce cas-ci, doit-il remplacer son gouvernement pour une durée de quelques semaines en attendant les législatives ? En intimant l'ordre à ses néo-ministres de se faire élire ou réélire sous peine de devoir démissionner. Pourquoi n'attend-il pas le renouvellement de l'Assemblée nationale pour nommer ses ministres ? Ce système n'a aucun sens, non ? Ne serait-il pas plus cohérent d'organiser d'abord les législatives, puis la présidentielle ? Ne faudrait-il pas en finir avec ce régime présidentiel monarchique qui donne à la démocratie française une allure pyramidale et qui amène les Français à tout attendre de leur président et à le rendre responsable de tout ce qui dysfonctionne dans leur vie quotidienne ?
Le système à deux tours est peu démocratique, très peu par rapport au système proportionnel. Une seule opinion politique emporte la mise même si elle gagne d'un chouïa.
Il serait temps que la France sorte de la verticalité et de la dichotomie et entre dans une culture du compromis.

En 2014, Thomas Legrand, éditorialiste à France Inter, l'écrivait déjà (1) : les législatives à la suite de la présidentielle sont régies "par le fait majoritaire qui fige les forces politiques dans la bipolarité et dans l'opposition frontale, générale et systématique, entre elles".
François Hollande, de son côté, constatait que "dans d'autres pays, ils y vont fort pendant les campagnes, mais ils se disent Attention, on va peut-être être obligés de se retrouver après !" alors qu'en France vous combattez en vous disant toujours De toute façon, toi, je te trouverai toujours en face de moi, jamais avec moi... Et ça c'est à cause du mode de scrutin."
Thomas Legrand proposait alors de dé-hystériser l'élection présidentielle, de retirer au président la possibilité de nommer le Premier ministre et le gouvernement et de faire en sorte que l'exécutif procède du parlement et non plus du directement du président. En France, constatait-il, on préfère "l'affrontement au compromis, la bataille des hommes à celle des idées".
Aujourd'hui, il semble que le deuxième tour des législatives se résume à un choix entre Macron et Mélenchon, les idées - et même les candidats de terrain - semblent très secondaires, alors que les enjeux par rapport à l'Union européenne, aux autocraties, au populisme, au réchauffement climatique, à l'avenir de la planète sont cruciaux. Mais on se passionne pour un match de catch. 

(1) Thomas Legrand, "Arrêtons d'élire des présidents !", Stock, 2014.
(Re)lire sur ce blog "Monarchie française", 14.6.2020.