mercredi 2 avril 2025

Une voix étouffée

 Boualem Sansal a été condamné à cinq ans de prison. Honte à l'Algérie ! Et à tous ceux qui se taisent.


Au-dessus de l'entrée du Théâtre du Soleil


Et devant la mairie du 5e arrondissement à Paris.





lundi 31 mars 2025

Les dégâts de la Marine

La fille à papa a hérité du parti de son père. Elle l'a pris tel quel, tout en essayant de le dédiaboliser, d'en donner une image plus respectable, de laisser croire qu'il était moins raciste, moins antisémite, moins injurieux. Elle en a cependant gardé les pratiques, tout en sachant que certaines étaient illégales. Le FN-RN a toujours craché sur l'Union européenne tout en l'utilisant à son avantage même si c'était au mépris des règles. Lors du procès qui vient de s'achever pour détournement de fonds au Parlement européen, elle et les élus de son parti n'ont marqué aucun regret de n'avoir pas respecté ces règles.
Aujourd'hui, on les entend tempêter : l'inéligibilité décidée de Marine Le Pen et de huit eurodéputés de son parti serait une attaque contre la démocratie. Mais sur quoi repose une démocratie sinon sur des règles ? Elle vacille quand ses dirigeants les modifient à leur avantage. Comme Erdogan qui emprisonne ses opposants pour essayer de gagner des élections qu'il s'attend à perdre. Comme Ubu Trump qui envisage déjà deux mois après le début de son second mandat d'en faire un troisième, ce que lui interdit la Constitution américaine. Quand on entend Poutine et Orban venir au secours de la fille à papa, on n'arrive pas à croire que c'est la démocratie qui est en danger, mais plutôt l'autocratie. Savoir qu'il existe une justice et qu'elle fait respecter les lois est rassurant et fait précisément croire en la démocratie.
"Tête haute, mains propres", disaient-ils. Aujourd'hui, ils baissent la tête, les yeux sur leurs mains sales. 

samedi 29 mars 2025

Culture et barbaries

Le première image, immense, est celle de Poutine. En gros plan. Il annonce l'attaque de l'Ukraine. Il faut la dénazifier, affirme-t-il, la démilitariser. On entend une voix féminine qui hurle "Ta gueule !" et on voit une femme se jeter sur cette image projetée sur la toile de fond de scène, l'agiter, tenter de l'arracher. Le visage de Poutine se déforme, autant que sa voix. Et tous deux finissent par se figer. Poutine s'arrête dans un rictus qui lui laisse un air idiot. 
Voilà la première scène de "Ici sont les dragons - première époque - 1917, La victoire était entre nos mains", le dernier spectacle du Théâtre du Soleil (1).
On y passe des tranchées de la Première guerre mondiale au Palais d'Hiver de Petrograd, du front germano-russe dans l'ouest de l'Ukraine à la scène du théâtre à la Cartoucherie de Vincennes. C'est la naissance des totalitarismes que nous remémore ce spectacle vertigineux, glaçant et fascinant à la fois. Les totalitarismes d'hier qui annoncent - on le comprend vite - ceux d'aujourd'hui. 
« Pour pouvoir envisager qui est Vladimir Poutine, nous devions comprendre de quel ventre, encore fécond, il sortait », expliquait au Monde (2) Ariane Mnouchkine, directrice et metteuse en scène.
"Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil ont voulu remonter aux sources, comprendre les rouages de cet infernal système despotique, écrit Fabienne Pascaud dans Télérama (3). Pendant des semaines, des mois, ils ont entrepris un colossal travail de recherche, de lecture d’essais historiques, politiques, sociologiques, de biographies. Pour nous faire entendre et voir en langues russe, allemande, française, et en scènes hautes en couleur, passions, violences et même facéties, comment la guerre de 1914-1918, la révolution bolchevique de 1917 ont permis le marasme."
On y entend les inquiétudes de Churchill, les premières réflexions hallucinées du caporal Hitler, les certitudes sourdes de Lénine et des siens qui ont confisqué dès le début, à leur profit, la révolution et anéanti tout espoir de démocratie. "C'est nous qui décidons - je veux dire le parti."
« La vérité des faits a été trop trahie. Cette histoire est celle d’un mensonge de dimension planétaire dont nous subissons encore les conséquences », affirme Ariane Mnouchkine au Monde.

Les dragons pondent leurs œufs dans d'innombrables nids, mais plus nombreux encore sont les fous qui s'y précipitent pour les couver.
Extrait du spectacle "Ici sont les dragons", Théâtre du Soleil.

A quelques pas de la Cartoucherie de Vincennes, dans le 4e arrondissement de Paris, le Musée Picasso présente une exposition temporaire intitulée « L’art dégénéré : le procès de l’art moderne sous le nazisme". Elle revient sur l’exposition de propagande Entartete Kunst, organisée en 1937 à Munich, qui présentait plus de 700 œuvres d’une centaine d’artistes, représentants des différents courants de l’art moderne, d’Otto Dix à Ernst Ludwig Kirchner, de Vassily Kandinsky à Emil Nolde, de Paul Klee à Max Beckmann, de Vincent Van Gogh à Pablo Picasso, dans une mise en scène conçue pour provoquer le dégoût du visiteur. Ce fut le début d'une purge. Plus de 20 000 œuvres de 1400 artistes classés dégénérés aussi bien en France, qu’en Allemagne, sont ainsi retirées, vendues ou détruites. Le Musée Picasso présente une soixantaine de ces œuvres sauvées de la censure destructrice des nazis. "Sur les murs du musée Picasso, la réunion de ce petit noyau de tableaux et de sculptures présentés à Munich cause aussi un électrochoc, mais inversé, écrit Sophie Cachon dans Télérama (5). On y découvre, troublé, la puissance toujours aussi palpable de mouvements n’ayant en commun que l’impardonnable modernité honnie des partisans de Hitler." Et on pense aux artistes russes d'aujourd'hui qui ont fui leur pays, à la volonté de Poutine de disposer d'une industrie cinématographique qui raconte son Histoire. On pense à Trump qui fait la chasse aux politiques culturelles et aux artistes qui font selon lui de l'idéologie et veut prendre le contrôle d’institutions culturelles pour restaurer la « vérité dans l’histoire américaine » (6). Et on se dit que l'Histoire ne nous a rien appris et que ce sont ces gérontocrates qui sont atteints de dégénérescence. 

Ce temps m'en veut. Je ne fais pas son affaire. Je suis trop peu nationaliste, pas assez raciste. Le bruit m'effraie ; au lieu de jubiler quand rugit le "Heil", au lieu de lever le bras à la romaine, j'enfonce mon chapeau sur la tête.
Ernest Barlach, lettre à Reinhard Piper, 11 avril 1933, cité dans l'exposition "L’art dégénéré : le procès de l’art moderne sous le nazisme".

Le jeu était terminé. (…) On m’appelait « artiste dégénéré », « l’effroi du citoyen », « corrupteur de la jeunesse », « fleur de pénitencier ».
Oskar Kokoschka, Ma vie, 1971

(1) Jusqu'au 27 avril - 
https://theatre-du-soleil.fr/fr/notre-theatre/les-spectacles/ici-sont-les-dragons-2024-2470
(2) https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/11/27/avec-ici-sont-les-dragons-ariane-mnouchkine-sur-le-pied-de-guerre_6416612_3246.html
(3) https://www.telerama.fr/theatre-spectacles/ici-sont-les-dragons-ariane-mnouchkine-et-le-soleil-face-a-un-immense-defi-theatral_cri-7035799.php
(4) Jusqu'au 25 mai -
https://www.museepicassoparis.fr/fr/lart-degenere-le-proces-de-lart-moderne-sous-le-nazisme
(5) https://www.telerama.fr/arts-expositions/l-art-degenere-au-musee-picasso-une-exposition-historique-sur-ces-uvres-jugees-subversives-par-les-nazis_cri-7036917.php
(6) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/28/donald-trump-veut-prendre-le-controle-d-institutions-culturelles-pour-restaurer-la-verite-dans-l-histoire-americaine_6587248_3210.html



mardi 25 mars 2025

Autocrates pour l'éternité

Comment rester au pouvoir ?
Il y a la méthode Poutine : empoisonner ses opposants, organiser des accidents domestiques dont ils sont étrangement victimes ou les faire abattre par des hommes de main.
Il y a la méthode Netanyahou : continuer coûte que coûte la guerre pour éviter d'être traduit en justice et se débarrasser des magistrats gênants.
Il y a la méthode Erdogan : emprisonner par milliers ses opposants en les accusant de délits imaginaires.
Il y a la méthode Trump : supprimer les élections. Avant d'être réélu en novembre, il avait annoncé que cette élection serait la dernière. Un de ses sbires vient de le confirmer.
La suffisance dévore ces autocrates. Peu importent les morts, les droits humains, l'économie, l'environnement, seul compte leur pouvoir qu'ils rêvent éternel. Ils sont et seront empereurs d'un champ de ruines et de désespoir.
Les dictateurs sont comme les transhumanistes : ils rêvent d'immortalité. Nous, on ne rêve pas. On fait des cauchemars.

dimanche 23 mars 2025

Le courage

Alexander Skobov est de ceux qui forcent le respect et l'admiration. A l'âge de dix-neuf ans, il avait été arrêté pour avoir publié un magazine critique du gouvernement soviétique et avait été condamné à suivre un traitement psychiatrique dans un hôpital pénitentiaire pendant trois ans. Ce traitement ne l'a pas brisé. Ce « marxiste n’acceptant pas le régime soviétique » a une nouvelle fois, en 1982, été condamné pour « propagande antisoviétique » et contraint à un nouveau traitement psychiatrique. Il a alors passé cinq ans à l’hôpital, avant d’être libéré à l’été 1987. Ce traitement ne l'a pas brisé. Professeur d’histoire, il est resté actif politiquement et s’est opposé dès le début à Poutine qu'il qualifie de "nouvel Hitler". Vendredi, il a été condamné à seize ans de prison pour « apologie du terrorisme » et « participation aux activités d’une communauté terroriste ». La Russie, comme tous les régimes totalitaires, accuse ses opposants de ses propres crimes. 

Alexander Skobov s'est rangé, dès les premières invasions russes, du côté de l'Ukraine. "La Russie n’était attaquée par personne, elle n’était menacée par personne. C’est le régime nazi de Poutine qui a attaqué l’Ukraine. Uniquement au nom de la mégalomanie de ses dirigeants, et de leur soif inhumaine de domination sur tout ce qui les entoure. Ils affirment leur pouvoir en tuant des centaines de milliers de personnes. Ce sont des dégénérés, des rebuts de l’humanité, une racaille nazie. La culpabilité de la dictature nazie de Poutine dans la préparation, le déclenchement et la conduite d’une guerre d’agression est évidente et ne nécessite aucune preuve. De la même manière, notre droit à une résistance armée contre cet agresseur, que ce soit sur le champ de bataille ou de l’intérieur de son territoire, ne nécessite aucune justification. Mais il serait risible d’attendre une telle reconnaissance de la part d’un régime qui jette les gens en prison simplement parce qu’ils ont exprimé une condamnation morale de l’agression. Toutes les possibilités de protestation légale contre l’agression de la Russie de Poutine ont été anéanties."

Alexander Skobov savait qu'il retournerait en prison. Lors de son procès, il a dénoncé le rapprochement entre Moscou et Washington : « Depuis 1945, l’Europe construit un monde sur les principes du droit, de la justice, de la liberté et de l’humanisme. Aujourd’hui, ce monde est mis en pièces par deux scélérats des deux côtés : le Kremlin et Washington, où des personnes aux valeurs profascistes sont arrivées au pouvoir. Nous assistons à une tentative répugnante de conspiration purement impérialiste entre deux prédateurs, encore plus vile que les accords de Munich de 1938. » Alexander Skobov va être envoyé dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité. Il ne fera pas appel. "Je n’ai rien à débattre avec les marionnettes de la dictature sur la manière dont elles appliquent leurs lois, déclarait-il en janvier dernier. De toute façon, ces lois sont celles d’un État totalitaire, conçues pour réprimer la dissidence. Je ne reconnais pas ces lois et je ne m’y soumettrai pas. Que les armes parlent pour moi. Je ne ferai pas non plus appel contre les décisions ou actions des représentants du pouvoir nazi. Je ne cherche pas la clémence de mon adversaire armé."

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/21/russie-l-historien-alexander-skobov-condamne-a-seize-ans-de-prison_6584368_3210.html
https://desk-russie.eu/2025/01/27/je-nai-rien-a-debattre-avec-les-marionnettes-de-la-dictature.html

vendredi 21 mars 2025

La Mecque du mépris

Boualem Sansal est à présent menacé de dix ans de prison. C'est la peine réclamée contre lui par le tribunal correctionnel de Dar El Beida, près d’Alger. Il est poursuivi, rapporte Le Monde (1), en vertu de l’article 87 bis du code pénal, qui sanctionne « comme acte terroriste ou subversif tout acte visant la sûreté de l’Etat, l’intégrité du territoire, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions ». Selon son éditeur Gallimard, il fait l’objet de plusieurs chefs d’accusation, notamment « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, pratiques de nature à nuire à l’économie nationale et détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ». Pour dire les choses plus simplement, il a le grand tort d'être critique du pouvoir algérien. Son avocat attend toujours une réponse à ses demandes de visa.
De nombreux responsables politiques français, dont le Président, réclament, depuis quatre mois, la libération de Boualem Sansal. Une certaine gauche danse d'un pied sur l'autre à cause de sa vision particulière de la liberté d'expression.
Ce matin, le dessinateur et réalisateur Enki Bilal était l'invité de France Inter (2). il a lancé un appel à Jean-Luc Mélenchon pour qu’il soutienne Boualem Sansal. « Il y a une dizaine d'années, le leader de la France Insoumise m'avait dit tout le bien qu'il pensait de mon travail, ce qui m'avait fait très plaisir, et on a surtout évoqué la liberté de création, de penser, d'écrire, etc. Je voudrais, au nom de cette rencontre, qu'il envoie un tweet, qu'il fasse un message, comme tous les hommes politiques. Boualem Sansal risque dix ans de prison pour quelque chose de monstrueusement injuste."
L'homme connu pour sa logorrhée débridée risque cependant de rester muet. Une eurodéputée de son parti considère l'Algérie comme "La Mecque de la liberté". La France qui se dit insoumise l'est surtout à la décence et au respect des droits humains.

(1) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/03/20/boualem-sansal-devant-ses-juges-je-n-ai-rien-voulu-faire-contre-mon-pays-je-n-ai-fait-qu-exprimer-une-opinion_6583875_3212.html
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/15-de-plus/15-de-plus-du-vendredi-21-mars-2025-9334730


mercredi 19 mars 2025

Ubu s'en va-t-en guerre

« Nous mesurerons notre succès non seulement par les batailles que nous gagnerons, mais aussi par les guerres que nous empêcherons, et peut-être plus important encore, par les guerres que nous ne commencerons pas ». Voilà ce qu'avait affirmé Ubu Trump le 20 janvier dernier, lors de son investiture. Il ne veut pas de guerre, mais il en fait quand même. Les récents et scandaleux bombardements à Gaza  qui ont fait plus de 430 morts ont été opérés avec son accord. Les premiers responsables en sont le Premier ministre Netanyahou et son nouveau chef de guerre, mais le président américain a clairement marqué son accord à cet épisode sanglant.
Avant cela, il avait ordonné, rappelle Pierre Haski (1), "l’action militaire la plus importante de son deuxième mandat : des bombardements massifs des zones tenues par les rebelles Houthis au Yémen. Et à travers les Houthis, il menace explicitement leur parrain, l’Iran". Cette attaque, rapporte l'éditorialiste de France Inter, "a provoqué de gros dégâts dans le port d’Hodeida ou en détruisant une centrale électrique à Sanaa, la capitale, faisant plus de 50 morts, selon un bilan des Houthis. Mais il a accompagné ce bombardement d’une mise en garde sur son réseau social : « Chaque nouveau tir des Houthis sera désormais considéré comme ayant été tiré par les armes et le leadership de l’Iran. L’Iran sera responsable et en subira les conséquences, qui seront sévères »." Bref, il est prêt à entrer en guerre avec l'Iran s'il le faut.
On voit par là que le roi de toutes les Amériques doit abandonner son grand rêve : être couronné du Prix Nobel de la Paix. Souvent homme varie. Surtout lui.

lundi 17 mars 2025

Se mobiliser (continuer à)

En 1967 et 1968, la jeunesse était dans la rue. Elle se soulevait un peu partout dans le monde. Pour s'opposer à la guerre du Vietnam, mais aussi à un monde sclérosé, conservateur, enfermé dans la reproduction de vieilles valeurs, un monde qui avait fait de la consommation le but de la vie.
Il y a quelques années, les jeunes (et aussi de moins jeunes), un peu partout à travers la planète, se mobilisaient pour la sauvegarde du climat. Il y a cinq ans, la crise du Covid-19 nous laissait croire à un monde nouveau, plus sobre, plus raisonnable, respectueux du vivant. Mais le vieux monde est reparti de plus belle au mépris de l'avenir de la planète et de l'humanité. Et nous voilà en 2025 dans le pire encore, un monde qui se fait la guerre, qui s'arme, qui se déchire, où on assiste médusés à un combat entre deux vieux primates primates prêts à mettre la terre à feu et à sang pour s'imposer comme le mâle alpha avec le soutien de populations déboussolées qui pensent trouver en eux un guide. La guerre est à nos portes et le monde à deux doigts de sa perte. Nous nous scandalisons, nous nous indignons, mais que faisons-nous ? Nous assistons à la destruction du monde et des valeurs humanistes scotchés à nos écrans. Nous devrions manifester quotidiennement devant les ambassades russe et américaine, mais nous nous contentons de soupirer depuis nos canapés. Prisonniers de notre confort, nous refusons de remettre en question nos modes de vie dévastateurs, nous continuons à voyager, à consommer, à vivre comme hier alors que demain est plus que jamais menacé. 

L'ambiance est plombée et nous le sommes tout autant, peu réactifs. Les réseaux qu'on dit sociaux nous referment sur nous-mêmes, cultivent l'individualisme, montent les identités les unes contre les autres.
Sur France Inter, une journaliste a pris l'habitude de demander, à son invité, à la fin de son interview, de choisir entre liberté, égalité et fraternité. La plupart des personnalités choisissent la liberté. La liberté, c'est trop souvent celle de faire ce qu'on veut, au mépris des conséquences collectives de nos actes, celle de rejeter, d'insulter voire d'agresser qui n'est pas ou ne pense pas comme nous. Ce qui nous fait défaut actuellement, c'est la fraternité, la solidarité, le souci du bien collectif. Bien sûr, on voit un peu partout des gens, des jeunes notamment, continuer à se mobiliser pour la paix, pour la planète, pour le bien commun. Mais les mouvements sont épars, éclatés, discrets, trop discrets. Sommes-nous fatigués, désespérés ?

"Les jeunes font face à une situation inédite dans l’histoire de l’humanité, estime Nellly Pons, autrice de Le Grand épuisement (1). Si les générations précédentes ont connu des crises économiques ou sanitaires, la montée des guerres et des extrémismes, les jeunes d’aujourd’hui doivent, en plus, faire face à l’idée de finitude, c’est-à-dire celle de notre potentielle mort collective du fait de nos activités. Le fait d’avoir d’ores et déjà dépassé six des neuf limites planétaires, propulsant l’humanité hors de sa zone de sûreté, est quelque chose de totalement nouveau. Non seulement c’est d’une violence inouïe, mais en plus, les jeunes ne sont pas aux commandes. Ils n’occupent pas les postes stratégiques et décisionnels qui pourraient influer sur le cours des choses. Il y a de quoi se sentir totalement démuni."
A la suite d'Hartmut Rosa, philosophe et sociologue, Nelly Pons s'appuie sur le concept de résonance. "Il nous invite à réagir au monde avec empathie, à se laisser traverser par lui, à entrer en relation. C’est exactement ce qui nous manque aujourd’hui, en témoigne l’épidémie de solitude qui se répand dans les sociétés occidentalisées. La notion de résonance peut aussi être étendue à la relation que nous entretenons avec nos milieux de vie et les êtres qui les peuplent, aux vivants non-humains. Nous ne devrons notre salut qu’à notre capacité à comprendre notre interdépendance avec le monde vivant, en en respectant l’intégrité et en s’inspirant de ses dynamiques pour réorganiser nos sociétés humaines."

Résumons-nous : résonnons, résonnons !

 (1) Actes Sud, 2025, 
https://www.levif.be/societe/nelly-pons-autrice-ne-serions-nous-pas-en-train-de-faire-un-burnout-collectif/

jeudi 13 mars 2025

Sinistres comiques

Le tsar et sa clique de mafieux ont enfin une bonne idée : démilitariser l'Ukraine. C'est une des conditions que pose le dictateur russe. En contre-partie, il faudra alors, dans le même temps, ce n'est que logique, que la Russie en fasse autant. Sinon, le grand méchant loup avalera cette Ukraine sans défense. L'agressé se désarmerait tandis que l'agresseur conserverait sa force de destruction ? Ce ne serait que naïveté autodestructrice de l'accepter. Dans la foulée, il faudra que tous les autres pays suivent. Démilitarisons la planète. Et consacrons les énormes économies ainsi réalisées à la lutte contre le dérèglement climatique et donc à la sauvegarde de la biodiversité à laquelle appartient l'humanité. Sortons de la logique suicidaire dans laquelle nous entraînent les nuisibles.
Ce n'est - évidemment - pas ce qu'envisage le tueur en série Poutine : les petits ne peuvent attaquer, ni même se défendre. Ils doivent laisser les grands les agresser librement. Et il prévient : déployer des soldats de la paix en Ukraine serait une déclaration de guerre à la Russie. Qui peut croire une seule seconde que le régime russe aspire à la paix ? Poutine a décidément un humour particulier.

De l'autre côté, Ubu Trump, l'autre grand humoriste actuel, continue à vouloir englober le Canada dans les Etats-Unis. Tout comme le Groenland. Il semble réellement convaincu qu'une part importante du monde se rêve américaine. Il vomit le terme inclusion, mais veut l'appliquer aux autres Etats. Tous les Etats du monde devrait aujourd'hui annoncer qu'ils veulent annexer les Etats-Unis. Pas sûr que Trump soit capable de goûter l'ironie. 

Depuis la (non) rencontre entre le président Zelensky et son homologue américain flanqué de son roquet, qui ont tous deux reçu le premier de la plus ignominieuse des façons, la relation a évolué plus favorablement grâce à des représentants américains moins rustres (1). Et la balle est à présent dans la camp du tsar de toutes les Russies.
Avant cela, Claude Malhuret, sénateur français, avait tenu un discours vif et carré à la tribune du Sénat (2).
"L’Europe est à un tournant critique de son histoire. Le bouclier américain se dérobe, l’Ukraine risque d’être abandonnée, la Russie renforcée. Washington est devenu la cour de Néron. Un empereur incendiaire, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine chargé de l’épuration de la fonction publique. C’est un drame pour le monde libre, mais c’est d’abord un drame pour les États-Unis." Son message tourne en boucle notamment aux Etats-Unis où il a été vu par des millions de personnes qui étaient visiblement en attente d'un discours aussi clair et percutant.
"Jamais dans l’histoire un président des États-Unis n’a capitulé devant l’ennemi. Jamais aucun n’a soutenu un agresseur contre un allié. Jamais aucun n’a piétiné la Constitution américaine, pris autant de décrets illégaux, révoqué les juges qui pourraient l’en empêcher, limogé d’un coup l’état-major militaire, affaibli tous les contre-pouvoirs et pris le contrôle des réseaux sociaux. Ce n’est pas une dérive illibérale, c’est un début de confiscation de la démocratie. Rappelons-nous qu’il n’a fallu qu’un mois, trois semaines et deux jours pour mettre à bas la République de Weimar et sa constitution."
En un mois, constate-t-il, Trump a fait plus de dégâts qu’en quatre ans de sa présidence précédente. "Nous étions en guerre contre un dictateur, nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître." Nous devons faire face, clame Claude Malhuret. Parce que la défaite de l'Ukraine serait aussi celle de l'Europe. Il faut réarmer militairement et moralement celle-ci. "Le sort de l’Ukraine se joue dans les tranchées, mais il dépend aussi de ceux qui aux États-Unis, veulent défendre la démocratie, et ici de notre capacité à unir les Européens, à trouver les moyens de leur défense commune et à refaire de l’Europe la puissance qu’elle fut un jour dans l’Histoire et qu’elle hésite à redevenir. Nos parents ont vaincu le fascisme et le communisme au prix de tous les sacrifices. La tâche de notre génération est de vaincre les totalitarismes du 21e siècle."
On aimerait que tous les chefs d'Etat européens, des membres du Parti Républicains (s'ils ne sont pas tous transformés en valets agenouillés), que les Démocrates, les soi disants influenceurs qui défendraient la démocratie et le droit, aient une voix aussi forte. Que tous leurs discours couvrent le bruit et la fureur qui dominent. Et nous redonnent espoir.

mardi 11 mars 2025

Libérez Boualem Sansal

Depuis quasiment quatre mois, Boualem Sansal est emprisonné par le régime algérien. Régime dictatorial et aussi antisémite. "Selon des sources judiciaires algériennes, rapportait en février Le Courrier international (1), des hommes sont venus dans la chambre du romancier pour lui conseiller vivement de changer de conseil et de prendre « un autre avocat français non juif. » Pour essayer de l’en convaincre, ces émissaires particuliers ont expliqué que le remplaçant non juif de Me François Zimeray aurait une chance d’obtenir un visa afin de pouvoir le visiter." Dans la foulée, l'écrivain a entamé une grève de la faim. On cherche en vain de ses nouvelles depuis lors. Son avocat, qui n'a toujours pas pu le voir, vient d'affirmer qu'il n'en a plus aucune depuis deux semaines.
En février, de nombreux écrivains, francophones et étrangers, se sont rassemblés à Paris pour réclamer la libération de l'écrivain franco-algérien.
Le Monde (2) rapporte que pour Pascal Bruckner, l’embastillement de Sansal est le symptôme de la « peur profonde » qui anime ce régime. "Tout pouvoir qui emprisonne un écrivain est un pouvoir faible et, en général, il ne dure pas, a prévenu Sylvain Tesson, avant de cingler : « Le président Tebboune possède les clés d’une geôle, mais c’est tout le pouvoir qu’il possède. Dans l’histoire de l’humanité, personne ne citera jamais plus une seule phrase de lui, alors que l’œuvre de Boualem demeurera vivante. » S’adressant à son tour au dirigeant algérien afin de lui confier une « parole amicale », Daniel Pennac a lancé : « Pour l’amour de l’intelligence et de la douceur humaine, rendez sa liberté à Boualem… et, tant que vous y êtes, rendez-lui aussi l’Algérie »".
"Des écrivains ont stigmatisé les « idiots utiles, bien installés dans leur sofa parisien, qui pinaillent » (selon les mots de Sorj Chalandon), jusqu’à insinuer que, au fond, Sansal l’a bien cherché… « Aurait-il dû dire patati, et pas dire patata ? La vie intellectuelle est pleine de Purgon et de Diafoirus qui tâtent le pouls et la conscience de l’écrivain emprisonné », a déploré Philippe Lançon. « Nous sommes là pour toi, Boualem, a promis Paule Constant, nous sommes là pour toi sans l’ombre d’un “mais”. »"
Le 13 mars, c'est à Bruxelles qu'aura lieu un rassemblement de soutien à l'initiative des Universalistes. "Libérez Boualem Sansal, là, immédiatement, sans condition !!! Emprisonné depuis le 16 novembre 2024, l'immense romancier franco-algérien, est arbitrairement détenu, en Algérie, accusé de « complot contre la sûreté de l’État ». Condamné au silence et à l'isolement, il n'a pas pu s'exprimer depuis, tout comme ses avocats. Alors on spécule sur sa condition. D'autant plus que sa santé décline et qu'il est atteint d'un cancer. A nos yeux, cette situation est scandaleuse et il s'agit d'y mettre fin le plus rapidement possible.Venez faire entendre votre voix, le 13 mars prochain à 20h, au théâtre La Tricoterie, aux côtés de nombreux intellectuels, artistes et politiques qui prendront la parole pour exiger sa libération immédiate et inconditionnelle. Soutenons Boualem Sansal !"

(1) https://www.courrierinternational.com/article/justice-algerie-boualem-sansal-a-decide-d-entamer-une-greve-de-la-faim_228048
(2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/02/19/des-ecrivains-reunis-en-soutien-a-boualem-sansal-a-l-institut-du-monde-arabe-nous-sommes-la-pour-toi-sans-l-ombre-d-un-mais_6553357_3212.html