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lundi 3 mars 2025

Boycott USA

Serait-ce l'amorce d'un mouvement important ? Les appels au boycott des produits américains se multiplient dans le nord de l'Europe. Ailleurs aussi, on l'espère.
La compagnie pétrolière norvégienne Haltbakk Bunkers, opérateur numéro un dans les ports norvégiens, a annoncé qu'elle ne ravitaillera plus les navires de la marine américaine. Et ce suite à l'épisode scandaleux de vendredi, le « plus grand merdier jamais présenté en direct à la télévision par l’actuel président américain et son vice-président ».
"Dans son communiqué, explique Le Monde (1), conclu par le slogan « Slava Ukraini ! » (« Gloire à l’Ukraine ! »), Haltbakk Bunkers, dont le compte Facebook n’était plus accessible dimanche 2 mars, rend hommage à la retenue du président ukrainien, face au « spectacle télévisé de plantage de couteau dans le dos », organisé par l’administration américaine. « Cela nous a rendus malades », affirme l’entreprise, qui « encourage tous les Norvégiens et les Européens à suivre [son] exemple »."
Gunnar Gran, le président de Haltbakk Bunkers affirme que cette décision est « morale » :  sa compagnie a cessé de fournir les navires russes, dès le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Il est donc logique pour lui d'en faire autant vu l'attitude  des Etats-Unis vis-à-vis des Ukrainiens. Pour lui, plus un seul litre de fuel ne sera livré aux navires militaires américains "tant que Trump n’aura pas quitté le pouvoir".
Dans les pays nordiques, les appels au boycott des produits américains se succèdent. "Si l’impact de cette action est encore difficile à évaluer, les participants espèrent inspirer une mobilisation plus large, au niveau européen, capable de faire trembler les entreprises américaines." Certains annoncent avoir vendu leurs actions dans des compagnies américaines. L'un d'eux "espère faire plonger « la Bourse américaine dans le rouge pendant quelques jours", seul moyen visiblement de toucher Trump et son équipe de mafieux. Un peu partout en Europe, les ventes de Tesla s'effondrent. Tous ces milliardaires ne connaîtront jamais le sort que leur camarade Poutine réserve aux Ukrainiens, mais si l'économie américaine est ne serait-ce qu'un peu plus small que great again, les entreprises américaines pourraient demander des comptes aux Infâmes qui dominent aujourd'hui les Etats-Unis. Les consommateurs ont un pouvoir qu'ils n'exercent pas assez (2). 

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/03/les-appels-au-boycott-contre-les-produits-americains-s-etendent-en-europe-du-nord_6574506_3210.html
(2) (Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2025/02/lukraine-cest-nous.html

dimanche 29 décembre 2024

Refuser l'obscurité

Boycotter et censurer sont aussi à la mode que insulter et annuler. Triste époque, dirait-on au risque de passer pour un vieux con. On le serait plus encore si on disait O tempora, o mores. Disons-le sans crainte au point et à l'âge où nous en sommes.
Le problème de la censure est que chacun appelle à l'exercer contre le camp d'en face, tout en s'indignant que ceux du sien puissent en être victimes.

Heureusement, on se rend compte qu'on est loin d'être seul à soupirer.
Par exemple, en écoutant hier Christophe Bourseiller sur France Inter (1) qui rappelait l'importance de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, roman qui évoque un futur dystopique où le savoir est rejeté le savoir, la mémoire annihilée et les livres brûlés. Bourseiller y voit un livre prémonitoire repensant, notamment, à la campagne d'épuration littéraire qui, en 2019 au Canada, a vu la bibliothèque d'une trentaine d'écoles catholiques détruire près de cinq mille livres "dans un but de réconciliation avec les nations premières". Ont ainsi disparu des albums d'Astérix, de Tintin, de Lucky Luke et tant d'autres. L'initiatrice de la campagne a même organisé, toujours sous couvert de bienveillance, une cérémonie de "purification par la flamme".  Une trentaine de livres ont été brûlés dans un but "éducatif". On n'était alors pas loin du concept d'art dégénéré qui a amené les nazis à pratiquer des autodafés. Pas loin non plus des pratiques de l'Inquisition.

On se réjouit aussi en lisant que, sous l'impulsion notamment du sympathique et toujours militant Sam Touzani, artiste citoyen, 530 artistes belges, issus de toutes les disciplines, ont signé une carte blanche récemment publiée dans Le Soir, dans laquelle ils s'opposent aux boycotts culturels des institutions et des artistes israéliens. "Une vieille recette qui promet tout, en ne résolvant rien. Sous prétexte de solidarité, on réclame aujourd’hui que des ponts culturels soient détruits par le bulldozer du moralisme. Nous, citoyens libres et artistes, refusons de céder à ce mirage dangereux. Boycotter les institutions culturelles et les artistes israéliens pour défendre la cause palestinienne ? Un raccourci séduisant, certes, mais derrière la rhétorique enflammée, ce geste refuse d’affronter la complexité et choisit la facilité de l’exclusion."
Les signataires rappellent que ce boycott vise les institutions culturelles, prétendument au nom de la justice, institutions qui constituent autant d'espace de rencontre où peuvent se croiser et même s'affronter des voix multiples, y compris les plus critiques. "Boycotter ces espaces, c’est museler précisément ceux qui osent défier les dogmes, dénoncer les injustices et rêver d’un autre monde." Briser une boussole, éteindre la lumière n'a jamais aidé à mettre fin à une guerre ou à une injustice.
Et puis, la censure est une spirale sans fin. "Imaginons un instant appliquer la logique du boycott culturel à d’autres nations. Les artistes chinois ? Écartés, car Pékin n’incarne pas vraiment un modèle de libertés. Les Russes ? Boycottés, histoire de prolonger la guerre froide. Et que dire des Iraniens, des Afghans ou des Syriens ? Adieu la poésie persane, le cinéma iranien et la littérature afghane, car leurs gouvernements échouent au test démocratique. Le Maroc, la Tunisie, l’Algérie ? Pas exactement des phares de démocratie. Et que dire encore de l’extrême droite en Hongrie ou en Italie ? Jusqu’où pousser cette logique absurde, où chaque nation est tour à tour exclue pour les péchés de son gouvernement, confondant nations et individus, États et œuvres ?"
"Ce dont le monde a besoin, affirment encore les signataires, ce n’est pas de murs culturels, mais de ponts solides. La paix ne se construira jamais en fermant les portes, mais en les ouvrant, même aux idées qui nous dérangent. En dynamitant les ponts culturels, on ne fait pas pression sur les oppresseurs : on étouffe les opprimés. En croyant dénoncer l’injustice, on la perpétue."

De son côté, Sam Touzani ajoute ceci : "Quoi que vous pensiez du conflit au Proche-Orient, quel que soit votre degré d’implication ou d’indifférence, sachez ceci : boycotter des artistes israéliens n’est pas un acte de résistance, mais une erreur tragique. Boycotter des artistes, c’est étouffer les voix qui, souvent, portent elles-mêmes des messages de justice et d’ouverture. Des horreurs du pogrom du 7 octobre 2023 à la tragédie qui se joue à Gaza, les souffrances humaines nous rappellent une vérité essentielle : face à ces tensions, la meilleure posture est claire : empathie pour tous, aveuglement pour personne". (...) "Je défends depuis toujours la solution de "deux peuples, deux États", vivant côte à côte dans une paix juste et durable. Mais cette paix restera une chimère tant que les héritiers des assassins d’Itzak Rabin et d’Anouar El Sadate dicteront l’histoire de ce confetti, un territoire qui, sans être Israël, n’attirerait guère plus d’attention que le Soudan. Seul un leadership dépassant la haine, éclairé et ouvert aux artistes, pourra œuvrer à la paix."
Et il invite à agir, "non contre quelqu’un, mais pour quelque chose de plus grand. Signez, partagez cette pétition, et faites entendre une voix de résistance créative" :

Il y a des jours où on est content de ne pas être à la mode. Même peut-être d'être un vieux con. Mais heureux de l'être parmi tant d'autres.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/ce-monde-me-rend-fou/ce-monde-me-rend-fou-du-samedi-28-decembre-2024-1361015


jeudi 9 mai 2024

Dialoguer

Ils veulent la fin de la guerre, mais pas la paix. C'est ce qu'il faut comprendre de l'opposition de certains étudiants à une conférence, prévue en juin à l'ULB (l'Université Libre de Bruxelles), d'Elie Barnavi, historien, essayiste et ancien ambassadeur d’Israël en France, sur la situation entre Israël et la Palestine.
“Elie Barnavi est une voix équilibrée pour la paix. Nous sommes beaucoup à avoir cette voix en disant qu’il faut qu’il y ait deux Etats qui vivent en pays côte à côte”, a déclaré la députée bruxelloise Viviane Teitelbaum. “Nous avons en face de nous des gens qui ne veulent pas la paix, ni le dialogue, qui ne veulent pas jeter des ponts et qui veulent construire des murs.”. Même point de vue chez Henri Goldman, membre de l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) : ”En même temps que je suis aux côtés du principe de l’occupation de ces étudiants, je trouve que cette demande de boycott est une stupidité”. (1)
L'intellectuel israélien rejeté se présente comme "pro palestinien depuis toujours", convaincu que les Palestiniens ont les mêmes droits que lui et favorable à un Etat palestinien. "Je me bats pour ça, nous sommes nombreux en Israël à le faire. S’en prendre à moi et aux universités qui sont des lieux de débats, […] c’est tout simplement contre productif” (...) “Ce qui est extraordinaire dans ces lieux d’élites, […], c’est l’abyssale ignorance de ces jeunes. Comme ils ne veulent pas entendre ce que des gens comme moi ont à leur dire, ils se complaisent dans cette espèce d’ignorance”.

On a du mal à comprendre qu'une opposition aussi ferme au dialogue puisse venir d'étudiants en sciences politiques. Ou alors on craint le pire par rapport aux politiques qu'ils pourraient mener plus tard, s'ils devaient être d'une manière ou d'une autre, au pouvoir, sans dialogue, sans écoute, sans nuance, sans analyse. Visiblement, pour eux, le monde est facile à comprendre : il y a les pauvres victimes et les méchants oppresseurs. Il y a les bons Palestiniens et les affreux Israéliens (ou plus largement Juifs). Le 7 octobre 2023 est une date qui n'a pas existé pour eux dans l'histoire du monde.
La situation des Palestiniens est suffisamment dramatique pour qu'ils soient soutenus par semblables hargneux fermés au dialogue. Peut-on dans le même temps vouloir la fin de la guerre et refuser d'écouter les voix pacifistes ?

Dans Le Monde, ce jour (2), un collectif de dix professeurs de Sciences Po Paris dénonce la volonté de boycott des universités israéliennes. Ils rappellent que la mission d’une université dans une démocratie est d'être "un lieu de savoir où sont élaborées de nouvelles idées en réponse à des questions difficiles". Ils déplorent "la fermeture de la pensée, le radicalisme et les simplifications à outrance (qui) ont prospéré depuis plusieurs jours". "Nous appelons, écrivent-ils, au retour à une forme de civilité intellectuelle et républicaine qui repose sur le respect de la parole de ceux qui pensent différemment et sur l’acceptation des règles essentielles du pluralisme critique, en vue de créer des ponts au lieu de les détruire."
Ils s'opposent au boycott : "aux barricades, aux slogans outranciers et aux formules offensantes proposons un débat constructif avec toutes les parties prenantes. Faisons en sorte que Sciences Po offre un espace de dialogue entre Israéliens et Palestiniens, et plus largement entre les citoyens des différents pays de la région. Sans les universités israéliennes et leurs voisines, dans le contexte d’une véritable communauté globale du savoir, ce projet ne peut pas avoir lieu."

On se permet de conseiller aux étudiants (et à toute personne prête à entrer dans la complexité de l'histoire et de l'actualité de ce sac de nœuds qu'est le Moyen-Orient) de lire "Holocaustes" de Gilles Kepel, ouvrage sorti tout récemment aux éditions Plon.

(1) https://www.lalibre.be/belgique/societe/2024/05/08/blocage-des-etudiants-sur-le-campus-de-lulb-ce-qui-est-extraordinaire-cest-labyssale-ignorance-de-ces-jeunes-MBJVDXFKJVG3BOG6M54SMUHW2A/
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/09/sciences-po-l-accentuation-des-clivages-est-une-impasse-voyons-comment-construire-un-dialogue_6232366_3232.html

mardi 20 décembre 2022

Le silence des pantoufles à crampons

Vingt-quatre millions de Français ont regardé la finale de la Coupe du monde de football ce dimanche après-midi. Soit plus d'un Français sur trois. On comprend par là que l'appel au boycott ne fut pas un franc succès. Mais peut-on en vouloir aux braves fans de foot d'être restés scotchés devant leur écran ? Dans son (excellent, comme toujours) billet de ce lundi sur les ondes de France Inter (1) Sophia Aram relève cette question du politologue et chroniqueur Clément Viktorovitch : « Peut-on vraiment en vouloir aux Français d’avoir suivi une compétition qui les passionne et dont ils ne sont, au fond, pas responsables de l’attribution ? » A l'écouter, il n'est donc que normal de ne pas boycotter un événement dont on n'est pas responsable.
" D’aucuns, dit Sophia Aram, pourraient faire remarquer que s’il faut attendre que les personnes responsables d’un événement soient assez débiles pour boycotter l’événement qu’elles ont elles-mêmes décidé, on ne risque pas de boycotter grand-chose non plus ! Parce qu’à tout bien regarder, cet argument qui exonère le bon peuple de tout, vu qu’il n’est responsable de rien me paraît être un argument pour le moins fallacieux, voire scientifiquement abscons. En rhétorique, on appelle ça « prendre son auditoire pour des cons ». Ou, en tout cas, pour des individus incapables de se mobiliser ou d’avoir une conscience politique en dehors de ce dont ils seraient responsables, c’est-à-dire, pas grand-chose. Comment imaginer un instant sans pouffer qu’il n’y aurait aucune raison de boycotter les marques de fringues qui exploitent des Ouïghours, dès lors qu’on n’est pas responsables de la répression dont ils sont victimes. C’est quoi l’idée ? Que sous prétexte que c’est pas moi qui ai choisi de mettre de l’huile de palme dans le Nutella, il n’y aucune raison que j’arrête de soigner mes épisodes dépressifs en trempant mes Pépitos dedans ?"

Poursuivons dans cet esprit d'irresponsabilité. Si je suis Viktorovitch, pourquoi utiliserais-je moins l'avion ou la voiture ? Ce n'est pas moi qui ai décidé qu'ils fonctionnent avec des énergies polluantes.
Pourquoi refuserais-je de prendre des vols Ryanair ? Ce n'est pas moi qui ai décidé des conditions de travail de merde du personnel de Ryanair.
Pourquoi me priverais-je de viande argentine ou de soja transgénique brésilien ? Ce n'est pas moi qui ai décidé d'en importer et moins encore de saccager la forêt amazonienne pour nourrir le bétail.
Pourquoi paierais-je plus chère mon énergie ? Ce n'est pas moi qui ai décidé cette guerre  d'Ukraine avec laquelle je n'ai rien à voir. D'ailleurs, je ne connais personnellement aucun Russe, ni aucun Ukrainien.
Pourquoi devrais-je être solidaire ? Ce n'est pas moi qui ai décidé que l'homme est un animal social.
Pourquoi devrais-je être intelligent ? Ce n'est pas moi qui me suis éduqué.

Ce discours de dédouanement des gens qui veulent rester sourds et aveugles pour privilégier leur seul plaisir est celui de conservateurs pantouflards et lâches.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-19-decembre-2022-2874420

mardi 15 novembre 2022

C'est la fête

Le sport, on le sait, ne s'embarrasse pas de politique. Les droits humains, l'avenir de la planète, la sécurité au travail ne le concernent pas. Ses grands rendez-vous internationaux, tels que les jeux olympiques, sont l'occasion de rapprochement entre les peuples, pas entre un peuple et un gouvernement qui l'oppresse, pas entre les peuples et leur avenir. 
Ainsi en est-il de la Coupe du monde de football qui débutera le week-end prochain au Qatar, une monarchie absolue où la charia est la base du droit. Les rapports des organisations de défense des droits de l'Homme constatent que les chantiers de construction des stades et des bâtiments accueillant les équipes et leurs entourages ont provoqué de très nombreuses morts parmi les travailleurs étrangers recrutés pour l'occasion (1). Certains avancent le chiffre de 6.500. C'est dommage, mais c'est la fête !
Vu les températures extrêmement élevées que connaît ce pays, inadaptées à la pratique du sport en plein air, les stades sont climatisés, une aberration totale en ces temps de sobriété énergétique. Mais c'est la fête qui veut cela !
Les autorités qataries ont établi une longue liste d'interdictions à destination des étrangers qui viendront pour cette grande fête : les couples non mariés ne pourront partager une même chambre, l'homosexualité y est condamnée, pas question de filmer les logements des travailleurs immigrés, pas plus que les bâtiments officiels, les universités ou les habitants chez eux. Bref, on est prié de ne regarder que le terrain et rien d'autre. Après tout, c'est la fête du ballon !

Le choix en 2010 du Qatar - pays minuscule (un tiers de la superficie de la Belgique) de 2,5 millions d'habitants où le football ne semble pas émouvoir les foules - fut surprenant et est soupçonné de magouilles. "Le rôle de Nicolas Sarkozy, écrit Le Monde (2) est au cœur des soupçons de la justice française, dans le cadre de l’information judiciaire ouverte, en 2019, par le Parquet national financier pour « corruption active et passive », « blanchiment » et « recel » concernant l’attribution controversée (14 voix contre 8 pour les Etats-Unis) du Mondial 2022 au Qatar". (...) "De nombreux éléments du dossier pénal, véritable plongée dans une opération de lobbying d’Etat, dont Le Monde a pris connaissance, montrent que M. Sarkozy s’est personnellement impliqué pour favoriser la victoire dans les urnes du Qatar, un pays avec lequel il a tissé des liens étroits, tout en bénéficiant, à l’instar de son entourage, des largesses de l’émirat."

Bref, les raisons d'appeler au boycott de la Coupe du Monde ne manquent pas. Ces appels sont nombreux en Europe où de nombreuses communes ont annoncé qu'elles n'installeraient pas d'écran géant sur la place publique. (3)  Mais tout aussi - et sans doute bien plus - nombreux sont ceux pour qui ce boycott serait inutile. On les entend : ce choix fut une erreur dès le départ en 2010, il est trop tard à présent, une faible audience n'améliorera pas la situation des travailleurs, les stades sont construits et les laisser aux trois quarts vides ne changera rien à l'affaire. 
Peuvent-ils entendre le désespoir et la colère de familles indiennes qui sont extrêmement nombreuses à avoir perdu un des leurs au Qatar (4) ? Tous ces travailleurs, selon les autorités qataries, sont morts de mort naturelle. Travailler dans la poussière sous des températures atteignant les 50°C ne peut naturellement mener qu'à la mort. Heureusement, les footballeurs et leurs supporteurs vivront les matches dans des stades climatisés. C'est la fête !

Et elle a déjà commencé, la fête du foot au Qatar. On voit tous ces supporteurs heureux d'être là : des Français, des Argentins, des Brésiliens, des Espagnols, des Portugais, des Allemands, des Anglais. Etrangement, ils ont tous l'air d'être indiens (5). Ne nous posons pas de question : c'est la fête ! La fête de la honte, du ridicule, de l'argent, de l'indifférence, du cynisme.

Note : De nombreux groupes appelant au boycott et proposant parfois des activités alternatives les jours de matchs se sont constitués, tel Hérésie Qatar à Tournai. Voir ce groupe et les autres à l'adresse suivante : 

(1) "Renoncer à regarder le Mondial a-t-il un sens ?", Die Zeit, 30.10.2022, in Le Courrier international, 10.11.2022.
(2) https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/14/attribution-du-mondial-au-qatar-nicolas-sarkozy-michel-platini-et-le-rachat-du-psg-au-c-ur-de-l-enquete-de-la-justice-francaise_6149853_3224.html
(3) https://www.liberation.fr/sports/football/coupe-du-monde-en-belgique-des-communes-mettent-les-ecrans-geants-sur-la-touche-20220918_LFYNZP57QRDONFQGWYJBFF3OWY/
(4)  Mihir Vasavda, "Inde - Mon fils est revenu du Qatar dans une boîte", The Indian Express, 20.10.2022, in Le Courrier international, 10.11.2022.
(5) https://www.lalibre.be/sports/football/coupe-du-monde/2022/11/14/mondial-2022-le-qatar-soupconne-de-faire-defiler-de-faux-supporters-a-doha-4WTBCXEIGZACZHY4QDRPSQGHGI/

lundi 26 octobre 2020

Rira bien qui rira le dernier

Ainsi donc, dans de nombreux pays musulmans, au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite, en Jordanie, en Turquie, se multiplient les appels à boycotter les produits français pour protester contre la liberté qui existe en France de dessiner et publier des caricatures, notamment de leur Prophète (1). Parmi les produits visés, La Vache qui rit. Si elle s'appelait La Vache qui prie échapperait-elle au boycott? Kiri devrait-il se rebaptiser Kipri

Le rire a mauvaise presse en terre islamiste. Un ayatollah risque-t-il l'excommunication s'il est surpris en train de rire? Quelqu'un a-t-il déjà vu rire le sultan Erdogan? Dans les pays où l'islam règne en maître, risque-t-on la peine de mort si on s'esclaffe en public? A-t-on le droit de rire chez soi? Est-on élevé à ricaner plutôt qu'à rire? Parmi tous ces gens outrés, y a-t-il une seule personne qui ait vu une de ces caricatures dont ils se disent scandalisés?  Au procès des attentats de janvier 2015 - et donc des présumés complices des assassins de l'équipe de Charlie Hebdo - on a vu des accusés salafistes rire des caricatures. Agathe André, ancienne de Charlie, a créé l'association Dessinez Créez Liberté. Cette association d'éducation aux médias, au dessin de presse, à la caricature et à la liberté intervient dans les écoles, les prisons, les missions locales et divers organismes, pour donner des clés de compréhension du monde. "Quand nous allons dans les prisons, dit-elle, quand nous montrons les caricatures du Prophète, les détenus incarcérés - certains pour radicalisation - s'étonnent toujours et nous disent: Mais c'était juste ça, les caricatures? Oui, tout ça pour ça." Ainsi des gens s'indignent de ce qu'ils n'ont pas vu. Quand en 1988 l'ayatollah Khomeyni a lancé une fatwa contre Salman Rushdie, il n'avait évidemment jamais lu Les Versets sataniques. Il en avait juste entendu causer. L'ignorance mène au pire, la bêtise à la perte.

"Rire est le plus court chemin d'un homme à un autre", disait Wolinski. Mais les islamistes pensent qu'une balle va plus vite. Non seulement, ils se trompent, mais en plus ils n'ont pas compris qu'elle ne crée pas le même lien. Wolinski, comme Cabu, Charb, Honoré, Moustapha Ourrad, Tignous, Eva Cayat, Bernard Maris et tous les autres, est mort sous les balles de jeunes crétins incapables d'humour. Au-delà de la mort, ces dessinateurs continuent à nous faire rire. Les sombres islamistes qui les ont tués sont passés à côté du rire et de leur vie. Ils sont morts. Juste morts. Et certainement pas de rire.

A écouter, regarder ou lire: Sophia Aram à ce sujet ce matin:                         https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-26-octobre-2020

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2020/10/24/apres-les-propos-de-macron-sur-les-caricatures-de-mahomet-plusieurs-pays-du-moyen-orient-appellent-au-boycott-des-produits-francais_6057268_3210.html 

https://www.lalibre.be/international/europe/turquie-erdogan-appelle-au-boycott-des-produits-francais-5f96bc6b7b50a66bd812f24f

Post-scriptum: voir le dessin de Kroll dans Le Soir: https://plus.lesoir.be/334077/article/2020-10-27/le-kroll-du-jour-sur-lappel-au-boycott-des-produits-francais


lundi 22 juillet 2019

Le cynisme a un nom

Et voilà, c'est reparti pour un tour. Bayer-Monsanto ne peut s'avouer vaincu et s'est, une nouvelle fois, pourvu en cassation de la condamnation dont il a été l'objet par le tribunal dans le conflit qui l'oppose depuis douze ans à l'agriculteur charentais Paul François (1). Ce dernier avait été intoxiqué en 2004 par le pesticide Lasso, fabriqué et vendu par Monsanto, et a souffert depuis de très graves troubles neurologiques (2). Ce poison est, depuis 2007, interdit dans l'Union européenne et l'avait été déjà au Canada en 1985 et aux Etats-Unis en 1990. Ce qui n'empêche pas le champion allemand de la pharmacie de continuer à le commercialiser en Asie. "Par ce comportement, affirme l'association Phyto-Victimes, Bayer adopte la même  logique que Monsanto en sacrifiant la santé au nom d'un profit financier." (3)
Bayer-Monsanto tente de gagner du temps, une fois encore, méprisant les décisions de justice déjà prises et craignant visiblement d'autres procès que pourraient lui intenter tous ceux - et ils sont nombreux - qui ont naïvement utilisé des pesticides miracles qui les ont empoisonnés.
Que faire face à un tel cynisme sinon boycotter les produits de Bayer qui prétend nous soigner et cultive  le mépris pour la santé humaine ?
Que faire sinon réclamer plus que jamais l'interdiction totale des pesticides de synthèse? (4)

(1) https://www.liberation.fr/depeches/2019/07/21/affaire-de-l-agriculteur-paul-francois-monsanto-bayer-va-en-cassation_1741298
(2) (Re)lire sur ce blog "Nouveau coup de David Golitah", 12.4.2019
(3) https://www.phyto-victimes.fr/2019/07/cp-procedure-paul-francoismonsanto-bayer-poursuit-lacharnement-judiciaire-de-monsanto/
(4) https://nousvoulonsdescoquelicots.org