vendredi 22 août 2014

Barbarismes

A quoi servent les religions? A faire la guerre? A assujettir les autres? A les terroriser. A rendre fous leurs pratiquants? Apparemment, elles ont de multiples fonctions. Les djihadistes et notamment ces experts en barbarie que sont les militants de l'EIIL ne laissent passer aucune occasion de nous en donner des preuves. Ils ont même des imams pour les pousser, un peu plus encore, au crime. On les voit faire la prière. On s'interroge: qui prie-t-il et pourquoi? Que demandent-ils à leur dieu? De leur donner la force d'égorger des journalistes, de violer des femmes, de couper des mains?

En Belgique, les représentants de trois religions ont, enfin, condamné les violences commises "au nom de la foi"(1). 
Heureusement, face à la barbarie, il y a l'Occident chrétien, estime le parti de la famille Le Pen (2) qui a toujours eu une lecture obtuse de l'Histoire.
C'est cet Occident chrétien qui a produit l'Inquisition, les Croisades, la Saint-Barthélémy et tant d'épisodes si sympathiques de notre Histoire. Cet Occident auquel appartenaient les soldats nazis qui arboraient la devise "Gott mit uns" sur leurs ceinturons. Cette chrétienté dont les prélats, un peu partout dans le monde, se sont rendus coupables d'actes de pédophilie. Cet Occident chrétien qui célèbre des messes dans les arènes et bénit les toreros avant qu'ils mettent à mort des taureaux dans des mises en scène grotesques (3).
Les sympathisants du FN sont la preuve que l'Occident chrétien n'a rien à voir avec la barbarie. Sur la page Facebook d'un de ses maires, un militant du FN se dit "prêt pour une milisse" (sic) et un autre intervenant propose "une balle pour la racaille, la solution finale"(4). D'anciens militants du FN témoignent de propos tenus par d'autres: "Les communistes, une balle dans la tête... Les Juifs: tous dans le pré et le premier qui se lève, je canarde à vue!" (5).
On voit par là que l'Occident chrétien est aussi loin de la barbarie que le FN et l'EIIL le sont du fascisme.

Aucun souci pour elle, la religion marchera
Tant qu' se sentiront spirituels grâce à elle
Trop d'types sans personnalité
J'crois qu' personne a idée
L premier commandement était:
Aimez-vous les uns les autres
On est tous frères
Pourtant la religion est la cause des plus grands massacres sur Terre.
Dooz Kawa ("Dieu d'amour")

(1) www.lalibre.be/actu/belgique/les-representants-de-trois-religions-en-belgique-condamnent-la-violence-au-nom-de-la-foi-53f6142e35702004f7e0a4d8
(2) Libération, 19.08.2014.
(3) sur la tauromachi(sm)e, ses messes, ses aumôniers et ses encenseurs, lire Charlie Hebdo de cette semaine (20.08.2014): "Notre-Dame des cons" (Bernard Maris) et "Béziers, ville occupée" (Charb).
(4) www.liberation.fr/politiques/2014/07/30/un-condense-de-haine-sur-la-page-facebook-du-maire-fn-d-hayange_1072883
(5) Nadia et Thierry Portheault: "Revenus du Front", Grasset, 2014.

samedi 16 août 2014

La messe est dite

Béziers vaut bien une messe, pense son maire Robert Ménard qui en a fait célébrer une dans les arènes de la ville en ouverture de la Feria locale (1). Histoire de "redonner du sens à la fête", dit-il (2). Ou la messe comme manifestation politique pour affirmer l'identité française. Même si le petit père Ménard (élu avec le soutien du FN) oublie du même fait le caractère laïc de la république.
L'esprit du seigneur (du saigneur?) aidera ensuite les toreros à mettre à mort les taureaux. Les religions aiment le sang.
C'est le même Ménard qui voudrait que les écoliers de Béziers portent une blouse, comme dans le bon vieux temps (3).
Pétain n'est pas tout à fait mort. Il a un petit-fils.

(1) http://rue89.nouvelobs.com/2014/08/14/menard-acclame-a-messe-faut-arreter-baisser-pantalon-254214
(2) www.lexpress.fr/actualite/politique/feria-de-beziers-menard-impose-une-messe-le-front-de-gauche-s-insurge_1566032.html
(3) www.liberation.fr/politiques/2014/05/27/a-beziers-robert-menard-veut-offrir-des-blouses-aux-ecoliers_1028391

mercredi 13 août 2014

Temps grincheux

Le temps qu'il fait actuellement - cet automne avant l'heure - ne convient pas aux professionnels français du tourisme. Ils se plaignent auprès des météorologistes: ceux-ci annoncent trop d'alertes d'orage. Ces messages sont anxiogènes, disent-ils, ils sapent le moral des touristes. Ils incitent les vacanciers à rester chez eux ou à aller voir ailleurs qu'en France, là où ils sont plus sûrs de trouver du soleil. Il ne faudrait pas annoncer les orages, laisser la surprise à chacun. Elle n'en sera que plus belle.
Globalement, quand on voit le temps qu'il a fait, on constate que 80% des alertes étaient justifiées, se défend un météorologiste (1).
Il y a quelques semaines, la météo annonçait des orages violents dans la région où je vis. A l'autre bout du village, un camping a été dévasté par une mini-tornade, sans faire de victime heureusement. Le patron du camping - un professionnel du tourisme donc - s'est plaint: il a été pris par surprise, il a autre chose à faire que de suivre la météo. "On" aurait pu le prévenir, dit-il.
Résumons-nous: le métier de météorologiste est difficile. Le professionnel du tourisme aussi.

(1) Journal, France 3, 12 août 2014, 19h30.

lundi 11 août 2014

On nous cache tout, on nous dit rien

Observons l'homme dans son sommeil. Il dort mal. Ce sont les orages. Et la chaleur. Et puis aussi les questions existentielles qui l'assaillent. Qui est-il? Que peut-il faire? Qui a la maîtrise de son existence? Qui dirige le monde? Vers où va celui-ci? Autant de questions qui le tiennent éveillé. Pour s'endormir, il a besoin qu'on lui raconte des histoires.
Les religions en ont créées de jolies. Elles le rassurent.
S'il n'y croit pas ou plus, il n'en manque pas. Elles se bousculent sur Internet.

Les inondations catastrophiques qui ont touché la Serbie en mai dernier ont une explication: le système américain d'antennes Haarp (High Frequency Active Auroral Research Program), un programme scientifique et militaire sur les ondes à haute fréquence dans l'ionosphère, dont les activités scientifiques sont (ou plutôt étaient: le programme a été stoppé) gérées par l'Université d'Alaska. C'est Haarp qui, selon de nombreux Serbes, est responsable du dérèglement de leur climat. Hugo Chavez a imputé à Haarp la responsabilité du tremblement de terre qui a ravagé Haïti. Et, selon Ahmadinejad, Haarp serait à l'origine d'inondations au Pakistan et du manque de pluie en Iran. Un sénateur républicain affirme même que ce programme peut être utilisé pour provoquer "des perturbations mentales dans toute une région" (1). Apparemment, ils en sont tous la preuve. On se demande quand même pourquoi les Américains ont dépensé tant d'argent dans un tel programme pour manipuler nos esprits alors que les télés et le foot s'en chargent déjà parfaitement.

Les révolutions arabes, qu'on a regroupées sous l'appellation de "Printemps arabe", ont été fomentées par les Américains, c'est une évidence, clament des complotistes d'extrême gauche. Qui ne craignent pas de rejoindre ainsi dans leurs explications les dictateurs déchus ou contestés ni d'insulter tous ceux et celles qui ont donné leur vie ou leur santé pour tenter d'installer la démocratie dans leur pays. Une télé égyptienne a d'ailleurs trouvé la preuve de ce complot américain dans un épisode de la série Les Simpson diffusée en 2001 (2).

Quant à Michaël Jackson, dont la mort reste inacceptable pour nombre de ses fans, c'est clair: cet homme au corps si sain a été assassiné par les Illuminati dont il voulait dénoncer les agissements. Cette société secrète n'a pas été dissoute au XVIIIe siècle: elle vise l'établissement d'un nouvel ordre mondial et a provoqué la crise financière de 2008 et la guerre d'Afghanistan (3). Tout s'explique.

Des chercheurs américains ont étudié la diffusion des rumeurs et la manière dont des personnes adhèrent à de fausses idées. D'après eux, les théories du complot "semblent naître d'un processus au cours duquel une analyse satirique ordinaire ou un contenu manifestement factice finissent par être jugés crédibles. Ce processus semble apparaître parmi les groupes qui s'exposent délibérément à des sources d'actualités parallèles au courant majoritaire" (4).

On voit par là que l'homme a besoin d'explications rationnelles pour comprendre ce qui lui échappe. Et que faute d'en avoir il s'en invente d'irrationnelles. Il dort mieux. Ce qui est bien avec les théories du complot, c'est qu'il y a une explication à tout et qu'on n'est jamais responsable de rien. En fait, nous sommes tous des victimes des Américains. Et si ce n'est pas eux, ce sont les Juifs. Heureusement qu'ils sont là. Si on ne les avait pas, il faudrait les inventer.


(1) d'après le dossier "Les complots sont parmi nous", Le Courrier international, 10 juillet 2014:
"Serbie - la conspiration venue du ciel", Dusan Teleskovic, Politika (Belgrade) / "L'Alaska ne contrôlera plus l'atmosphère", Rebecca Boyle, Popular Mechanics (New York)
(2) "Une pluie de conspirations", Le Courrier international, 24 juillet 2014.
(3) "Hit parade des conspirationnistes", Le Courrier international, 10 juillet 2014.
(4) "Elle court, la rumeur", Technology Review (Cambridge, Massachussetts), in Le Courrier international, 10 juillet 2014

dimanche 10 août 2014

Tic ou Toc?

C'était le mot à la mode dans tous les bulletins d'information en France il y a quelques jours: retoqué. Le Conseil constitutionnel a repoussé l'article 1er du Pacte de responsabilité du Gouvernement. Mais les journalistes, toutes chaînes confondues, ne connaissent plus les verbes "repousser", "recaler, "rejeter" ou "refuser". Ils n'en connaissent plus qu'un seul: "retoquer". Un néologisme (il ne figure pas dans le Petit Robert édition 1993, mais bien dans le Larousse de 2010) qu'il convient d'utiliser sans doute pour être de son temps, quitte à le citer trois fois dans la même minute. Les synonymes sont-ils retoqués?

jeudi 7 août 2014

Un manque criant

De l'intelligence et du courage. On ne peut s'empêcher de se dire que c'est ce qu'il manque pour mettre - vraiment - fin à la guerre qu'Israël mène à Gaza. N'y a-t-il donc personne au sein du gouvernement israélien qui se rende compte que cette guerre ne fera que renforcer les islamistes du Hamas et susciter de nouvelles vocations de terroristes, qu'on fait des victimes des héros et des résistants, personne qui soit capable d'entrer dans une vision dialectique de la situation? Personne qui soit capable de prendre un tout petit peu du recul nécessaire pour comprendre que, quoi qu'il arrive, il faudra bien, un jour ou l'autre, trouver une solution concertée?
Près de deux mille morts côté palestinien et un coût de reconstruction de quatre à six milliards de dollars. Tout cela pour rien. Pour que rien ne change, sinon que la haine augmente.
"On est condamnés à vivre ensemble et je le dis en un sens positif", affirme le réalisateur israélien Amos Gitaï (1). Il faudra bien trouver des accords, même imparfaits, dit-il, citant une amie de sa mère, une ex-parachutiste durant la seconde guerre mondiale: "il y a trop d'héroïsme et pas assez de courage", disait-elle.
Le courage, on l'attend aussi de la communauté internationale: elle devrait imposer des Casques bleus à Gaza, estime Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques (1). Mais pour cela, ajoute-il, "il faut des hommes politiques qui aient du courage".
Et de l'intelligence, a-t-on envie d'ajouter. Celle qui manque cruellement à un membre du CDV qui a écrit que "si Hitler n'a pas déporté tous les Juifs, c'est pour nous montrer pourquoi il voulait les exterminer" et qui se justifie en affirmant qu'il s'agit d'une provocation pour susciter la défense des Palestiniens (2). Pense-t-il alors qu'il faudrait appeler à supprimer les musulmans pour défendre les populations massacrées et terrorisées par les fous furieux de l'Etat islamique de l'Irak et du Levant?
Le courage et l'intelligence, c'est sans doute des femmes qu'ils viendront. Dans son dernier film, "Ana Arabia", Amos Gitaï "rend un hommage vibrant aux femmes", écrit Pierre Murat (3), "qui, au nom de sentiments qui leur servaient d'idéal, et au-delà des rebuffades et des haines, croyaient à une entente possible. Et si, à l'avenir, un espoir renaissait, il serait entre leurs mains".
Le courage et l'intelligence, on les trouvent chez les Bâtisseuses de paix (4), en France, qui tentent de rapprocher les femmes arabes, les femmes juives, les femmes musulmanes, par le dialogue et la tolérance: "apprendre à accepter l'autre afin qu'il m'accepte également".
La biologie prépare-t-elle la femme à l'ouverture vers l'autre? Delphine Horveilleur, femme rabbin en France, le pense: "la compassion n'est pas une prérogative exclusive du sexe féminin... , dit-elle, même si, me semble-t-il, rien ne l'illustre mieux qu'un événement précis de la vie d'une femme: sa grossesse, à savoir ce moment où il lui est donné de faire en elle de la place pour un autre qu'elle. Cette possibilité biologique d'accueillir l'autre, transposée au politique, est une voie à explorer dans la résolution de conflits. Il revient aux hommes et aux femmes de l'explorer" (4).
"Faire de la place en soi pour l'autre, c'est cela dont on a besoin aujourd'hui pour penser la sortie du conflit", affirme Delphine Horveilleur.

(1) Arte Journal, 6 août 2014, 19h45.
(2) www.lesoir.be/618954/article/actualite/fil-info/fil-info-belgique/2014-08-07/un-membre-du-cdv-derape-propos-des-juifs
(3) Télérama, 6 août 2014.
(4) www.batisseusesdepaix.fr
(5) Télérama, 23 juillet 2014.

dimanche 20 juillet 2014

Folie aveugle

A la fois assassine et suicidaire. On ne sait comment traiter autrement l'attitude de l'Etat israélien vis-à-vis de la population de Gaza.
L'objectif de l'opération menée par l'armée israélienne est clair, même si des fous furieux qui ont tué trois adolescents israéliens lui en ont offert une occasion qu'on n'oserait qualifier d'idéale: "nous avons été mandatés à l'échelon politique pour frapper durement le Hamas", a affirmé le porte-parole de l'armée le 8 juillet (1).
"Depuis le début ou presque, le gouvernement israélien savait que les garçons étaient morts. Et s'il a prétendu qu'il restait un espoir c'était un prétexte pour démanteler les cellules opérationnelles du Hamas en Cisjordanie", écrit Jonathan J. Goldberg (1). Qui affirme que le gouvernement de Netanyahou a voulu, dès le début, faire du Hamas le responsable de ce crime alors qu'il savait pertinemment qu'il s'agissait "d'un dérapage d'un clan familial d'Hebron affilié au Hamas".
La violence a évolué ensuite en spirale, le nombre de morts, y compris des enfants, étant actuellement multiplié par cent du côté palestinien.
C'est la loi du Talion appliquée jusqu'à l'excès, dans une violence démesurée. La loi du Talion, c'est celle de l'homme qui régresse de plus de deux mille ans. Mais ici, ce n'est même pas œil pour œil, c'est yeux pour œil, écrit Charb: "pour un œil, les deux yeux, pour une dent, toute la mâchoire" (2).

Des amis me relataient récemment leur voyage en Palestine, leur écœurement face à l'humiliation que les Israéliens font subir quotidiennement aux Palestiniens. Allant jusqu'à établir une politique d'apartheid stigmatisant la population palestinienne, comme les nazis l'ont fait avec les Juifs.
"Quand il n'y a pas de progrès vers la paix, une escalade de la violence s'ensuit automatiquement. La décision de Netanyahou de ne pas s'orienter vers la partition du pays l'a mené au bord d'une implosion politique qui l'empêchera de relever le défi de toute sa carrière: l'Iran", écrit le journaliste israélien Ari Shavit (3).
Les œillères israéliennes mènent les deux populations dans le mur. "Israël ne veut pas d'un Etat palestinien viable, avec un territoire et des frontières clairement définis, écrit Youssef Bazzi (4). Mais Israël ne veut pas non plus être l'Etat de tous ses habitants (y compris les Palestiniens). Il n'est ni capable de se séparer des Palestiniens ni de les englober. Son problème, c'est l'existence même des Palestiniens. Le seul fait qu'ils existent rend impossible la réalisation de l'Etat juif." Le journaliste libanais constate l'aveuglement de l'Etat palestinien, "prisonnier d'un projet non viable", son absence de volonté de recherche de solution, sa course dans une impasse. "Les Israéliens sont engagés dans une fuite en avant et se laissent aller au délire qui consiste à refuser tout à la fois la solution de deux Etats (israélien et palestinien côte à côte) et la solution d'un seul Etat pour les Juifs et les Arabes. Leur seule perspective, c'est toujours plus d'occupation et de spoliations. Israël a décidé de vivre dans la guerre permanente. De ne pas s'accorder la paix ni de donner leurs droits aux Palestiniens. (4)"

Cette spirale imbécile de la violence déborde fatalement partout. Dans les deux camps, là-bas comme ici, des attiseurs de haine appellent à casser, sinon, à tuer des Arabes ou des Juifs (4). La confusion entre Juifs et Israéliens, entre Palestiniens, Arabes et Musulmans fait l'affaire des va-t-en-guerre et des extrémistes de tous bords.

Aujourd'hui, l'armée israélienne a tué 87 personnes à Gaza.

Résumons-nous: l'homme, s'il n'est pas désespéré, est désespérant.

(1) "Une guerre dont personne ne voulait", Forward (New-York), 10.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014. (note: Le Courrier International présente l'hebdomadaire Forward comme la "publication de référence de l'intelligentsia juive américaine".)
(2) "Le suicide d'Israël", Charlie Hebdo, 16 juillet 2014.
(3) "Tel-Aviv n'est plus une bulle", Ha'Aretz (Tel-Aviv), 10.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014.
(3) "Israël n'est pas un Etat normal", Al-Mustaqbal (Beyrouth), 13.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014.
(4) www.lesoir.be/6-52/article/actualite/belgique/2014-07-19/manifestation-pro-gaza-derape-bruxelles-photos

jeudi 10 juillet 2014

Coucou, roux, coucou

Le temps automnal que nous connaissons en ce début juillet ne doit pas nous amener à relâcher notre action dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il a des conséquences dramatiques. En voici une preuve de plus: d'après des généticiens écossais, d'ici quelques centaines d'années, si le réchauffement de la planète se poursuit, celle-ci pourrait bien ne plus compter aucun roux (1). Ce qui serait bien triste, la diversité humaine y perdrait des couleurs. Une, en tout cas. "Une belle tête, sous une perruque rousse, n'est autre chose que le Soleil au milieu de ses rayons; ou le Soleil lui-même n'est autre chose qu'un grand œil sous la perruque d'une rousse", écrivait Cyrano de Bergerac (2). 
On voit par là que pour le bien de la planète il faut à la fois lutter contre le réchauffement climatique et faire des enfants roux. 
Personnellement, ma conscience citoyenne m'a amené à agir des deux manières. 
"On reconnaît le rouquin aux cheveux du père et le requin aux dents de la mère", disait Pierre Desproges (2).

(1) http://www.lalibre.be/lifestyle/magazine/les-roux-une-espece-en-voie-de-disparition-53bbef4a357013fdc9c5edb1
(2) cité par Xavier Fauche in "Roux et rousses - un éclat très particulier", Gallimard Découvertes.

dimanche 6 juillet 2014

Boire et déboires

Le Français est chauvin, le Belge ne cesse de le dire. Lui ne l'est pas. Mais alors pas du tout, il en est convaincu. 
Quittant pour quelques jours la France, à la veille du match de foot opposant les Bleus à l'Allemagne, je n'y vois guère de drapeaux aux couleurs nationales arborés aux fenêtres. Arrivant en Belgique, à Tournai plus précisément, je n'y compte pas les centaines, les milliers de drapeaux affichés aux fenêtres et aux murs des maisons, accrochés aux voitures, à leurs rétroviseurs, les gens vêtus de rouge-jaune-noir. L'hystérie collective a gagné le pays. Les journaux ne parlent que de foot, que de cette équipe nationale qui enthousiasme le pays et ira, c'est sûr, jusqu'en finale. Si pas au-delà. Le monde a dû s'arrêter de tourner. La presse n'a plus ni espace ni temps pour aborder d'autres sujets. On voit par là que le Belge est un supporteur comme les autres, chauvin, nationaliste, sûr que son équipe est la meilleure.

Ce samedi à 18h, à l'heure de la rencontre opposant les équipes belge et argentine, je sors en ville. Elle n'est qu'une clameur.  Les supporteurs en retard se pressent vers la grand-place, où se donne la grand messe. Ailleurs, les rues sont vides, d'un calme inhabituel à cette heure. Derrière des fenêtres, on entend parfois les commentaires du journaliste de la RTBF, on devine des gens vêtus aux couleurs nationales. La police a mobilisé ses chevaux qui frappent le pavé de leurs sabots. Autour des poubelles s'entassent des canettes de Jupiler. Les rues sentent l'urine. Les homme savent pourquoi. Déjà, la rumeur de la foule s'est adoucie. La Belgique est menée au score. "A la chanson wallonne", à Saint-Piat, l'amertume a gagné les verres. Dans un café du quartier de Sainte Marguerite, Che Guevara ne parvient pas à motiver la petite dizaine de supporteurs qui regardent la télé d'un œil déçu: "hasta la victoria siempre", dit-il. On sait quel camp il soutient.
Aux terrasses des cafés, des supporteurs trop sensibles au stress, boivent une bière, loin des écrans. Au café "Le Paradis", on espère un miracle. Mais c'est Messi et non les Diables qui y fait la loi. La fête est finie. C'est trop injuste. On était pourtant les meilleurs. "Chuis trop zaraf", dit un jeune au bord des larmes. La pluie tombe drue, nettoyant les trottoirs et les coins de porte. Une écharpe aux couleurs belges dérive lentement sur l'Escaut.

samedi 28 juin 2014

Coïtus interruptus

Il faut se rendre à la raison, même si elle est cruelle, l'animateur radio est comme l'homme: mortel. Certains ne pouvaient y croire, sûrs qu'ils animeraient leur émission jusqu'à la (prochaine) nuit des temps. Et même au-delà. La nouvelle directrice de France Inter vient d'annoncer à Ivan Levaï, 77 ans, qu'elle n'avait plus besoin de ses services pour assurer la revue de presse du week-end. Le journaliste est outré, s'estime rangé "dans la catégorie des vieux cons caducs" (1). 
Daniel Mermet, 71 ans, est dans le même cas. L'homme, qui était devenu pour nombre de ses auditeurs le gourou du politiquement incorrect et de l'altermondialisme, avait aussi mué, insensiblement, en une caricature de lui-même. Il se dit aujourd'hui victime "d'une décision politique" (2). 
Si ces animateurs sont des victimes, c'est d'abord d'eux-mêmes, de ne pas avoir accepté le temps qui passe, de ne pas avoir envisagé leur retraite (et donc accepter de se mettre en retrait), de ne pas avoir organisé leur succession. A ne pas être capable d'entrevoir sa propre obsolescence, on devient effectivement un vieux con.
Nicolas Bedos se réjouit de la décision de son père, Guy, qui vient de mettre fin à sa carrière sur scène, en pleine forme à 80 ans: "quand on aime vraiment les gens, on a envie que ça finisse en beauté. Et moi, je fais partie de ceux qui ne disent pas: oh non, c'est dommage! Je fais partie de ceux qui l'ont encouragé, par amour, par grande estime, par admiration pour le chemin accompli" (3).
Ils sont trop nombreux ces personnages publics, qu'on a aimés et appréciés, mais qui ont la prétention d'affirmer que l'âge n'a pas prise sur eux et qui finissent pathétiquement, sur scène ou à l'antenne, n'étant plus admirés que de leurs seuls fan(atique)s pour ce qu'ils furent bien plus que pour ceux qu'ils sont. 

Je ne t'ai jamais dit
Mais nous sommes immortels
Immortels
As-tu pensé parfois
Que rien ne
Finirait?
Dominique A

(1) http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2014/06/24/vire-de-france-inter-ivan-levai-dit-avoir-ete-range-dans-la-categorie-des-vieux-cons-caducs_1049523
(2) http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/28/daniel-mermet-prive-dantenne-vrai-martyr-changement-necessaire-253291
(3) "Guy Bedos en toute liberté", France 3, 23 juin 2014.
Relire aussi sur ce blog: "Coucouroucoucou, Mouskourou", 11 mars 2014.