samedi 15 novembre 2014

Grands travaux inutiles

Sur quelle planète vivent les travailleurs et responsables d'entreprises françaises de travaux publics? Visiblement pas sur la Terre. Ou alors ils n'ont jamais entendu parler de réchauffement climatique, de perte de biodiversité, de gaspillage d'énergie et de terre. Hier, ils ont manifesté à Nantes pour soutenir le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes. Sans lui, ils n'auront plus de travail, pleurnichent-ils. Il leur est vital. "Et si les travaux publics s'arrêtaient?", demandent-ils sur un calicot. Leur porte-parole exhorte le premier ministre à ignorer "les Khmers verts et les djihadistes verts" (1). Un peu d'intelligence dans ce monde de brutes ferait du bien. Peuvent-ils comprendre que derrière leurs insultes (imbéciles) aux écologistes, c'est l'avenir de la planète et leurs propres enfants qu'ils injurient? Peut-on suggérer à ces personnes d'ôter leurs œillères, de réfléchir un peu, de lire le dernier rapport du GIEC et d'investir et de s'investir dans les travaux d'isolation des bâtiments et les énergies renouvelables plutôt que dans des activités d'un autre siècle, nuisibles à la planète? 

Note: qu'on en finisse avec cette insulte de Khmers, qu'ils soient verts ou de n'importe quelle couleur. Bien sûr, le régime des Khmers rouges fut atroce. Mais la civilisation khmère fut d'une très grande richesse. En faire une insulte, c'est faire preuve d'inculture.

(1) France 3, Journal, 14 novembre 2014, 19h30.

jeudi 13 novembre 2014

Ne pas confondre

La Cour de Justice européenne vient de donner raison à l'Etat allemand qui avait refusé d'accorder des allocations de chômage à une jeune Roumaine (1): elle vivait à Leipzig, sans avoir ni même chercher de travail. On les appellent "touristes sociaux", ces pauvres des pays les plus pauvres de l'Union européenne qui tentent de profiter des avantages offerts aux pauvres des pays moins pauvres.
La fille à papa Le Pen s'est empressée d'exprimer sa satisfaction. Elle ne supporte pas le "tourisme social". Elle préfère le tourisme politique. De loin en loin, elle se rend à Bruxelles et Strasbourg pour tenter de justifier les 12.000 euros mensuels qui lui sont alloués en sa qualité de députée européenne. Une fonction que l'héritière ne prend pas vraiment le temps d'assumer (2). On voit par là qu'il y a touristes et touristes.

A la question que lui pose Télérama (3), "quelle est votre plus grande peur?", le chanteur Miossec répond d'un mot: "Marine".

(1) www.courrierinternational.com/article/2014/11/12/la-cour-de-justice-europeenne-dit-non-au-tourisme-social
(2) lire sur ce blog "Chère Marine", 19 mai 2014.
(3) 12 novembre 2014.

jeudi 6 novembre 2014

Basse cour

Les agriculteurs français manifestaient hier un peu partout. Pour diverses raisons. Notamment pour exiger plus de consommation en France de produits français. Et aussi pour protester contre certaines règles auxquelles ils sont soumis, telles que la directive sur les nitrates. Visiblement, cette profession, une des plus subventionnées d'Europe (sans doute la première), ne veut pas comprendre qu'elle doit changer radicalement de manière d'agir et de stratégie et qu'est fini le temps où la terre n'était considérée que comme un matériau qu'on pouvait malmener comme l'entendait l'industrie agro-alimentaire. On ne demande pas mieux de consommer "national", et mieux encore local, mais alors des produits de qualité. Si manger français et manger McDo, c'est pareil: où est l'avantage?

Dans la Somme, près d'Abbeville, s'est construite la "ferme des Mille vaches", le genre de projet qu'on croyait appartenir au passé, mais qu'un industriel développe avec le soutien des autorités socialistes. A deux pas, à Doullens, autre projet - qui a lui aussi le soutien, y compris financier, des pouvoirs publics - tout aussi actuel et tout aussi dépassé: un élevage de 319.500 poules réparties dans trois bâtiments de 6.000 m2, soit neuf poules par mètre carré. "On ne peut pas mettre toutes les poules en plein air, explique le gérant, Pascal Lemaire. C'est la solution pour sortir de la crise et manger français le moins cher possible." (1)

Hier, certains agriculteurs, à Nantes, ont balancé des ragondins derrière les grilles d'une administration, les ont aspergés de peinture et frappés à coups de pied (2). 
On voit par là que le ragondin a toujours tort. L'agriculteur, lui, a toujours raison. Il a raison de protester contre l'excès de règles, même si elles ont été établies à cause des dommages que cause à l'environnement l'agriculture productiviste. Il a raison de s'opposer aux écotaxes et de démolir, pour bien se faire comprendre, du matériel public, même si ces taxes ont été décidées par l'ensemble des partis démocratiques. Et il a raison de soutenir la création du barrage de Sivens puisqu'il a été décidé démocratiquement. Cherchez la contradiction (voir note ci-dessous).
De nombreux agriculteurs et leur syndicat productivisto-capitaliste, la FNSEA, veulent que le projet de barrage de Sivens devienne réalité. Il faut de l'eau pour arroser le maïs, disent-ils. Est-ce à la nature et à l'environnement de s'adapter à l'agriculture ou l'inverse?

Il est temps que les agriculteurs remettent en question leurs pratiques. Tout le monde y gagnerait. Eux les premiers. L'agriculture intensive et les pesticides qui lui sont liés font de plus en plus de dégâts parmi la profession. De plus en plus d'agriculteurs sont atteints de la maladie de Parkinson, inscrite depuis mai 2012 au tableau des maladies professionnelles des paysans.
Olivier Colin, médecin au CHU de Poitiers, en témoigne: "Parkinson, qui touche environ 150.000 personnes en France, dont plus de la moitié diagnostiqués avant soixante ans, n'est donc pas une maladie de vieillesse. Elle est pour le moment la seule maladie clairement reliée à l'exposition aux pesticides, mais d'autres pourraient suivre." Notamment des lymphomes, cancers du système lymphatique.

Question: vaut-il mieux être poule, ragondin, agriculteur affilié à la FNSEA ou consommateur français ? On se le demande. Heureusement, de plus en plus d'agriculteurs, ceux de la Confédération paysanne notamment, ont décidé de ne plus être les dindons de cette mauvaise farce.

Note: Xavier Beulin, président de la FNSEA, a traité les opposants au barrage de Sivens de "djihadistes verts". Outre la bêtise de l'expression, Gérard Biard fait remarquer dans Charlie Hebdo (4) que "quand, il y a deux mois, des agriculteurs ont attaqué et incendié les bâtiments de la Mutuelle sociale agricole à Morlais, il n'a vu dans cette destruction délibérée des symboles de l'Etat qu'une simple manifestation d'exaspération, tandis que Thierry Merret, président de la FNSEA 29, a carrément tiré son chapeau aux auteurs du saccage.

(1) "250 000 taulards en pleine liberté", Fabrice Nicolino, Charlie Hebdo, 15 octobre 2014.
(2) www.leparisien.fr/societe/videos-manifestation-a-nantes-des-agriculteurs-filmes-maltraitant-des-ragondins-06-11-2014-4270645.php
(3)  "Trio gagnant - paysans, pesticides, parkinson", Fabrice Nicolino, Charlie Hebdo, 1er octobre 2014.
(4) "Dangers terroristes", 5 novembre 2014.

lundi 3 novembre 2014

Climat détestable

Il faut sauver la biodiversité, préserver l'environnement, lutter contre le dérèglement climatique. Presque tous les partis politiques, presque tous les gouvernements de la planète en sont convaincus depuis vingt ans. Au point que certains se demandent quel est encore le sens de l'existence de partis écologistes. Puisque le souci environnemental est aujourd'hui celui de tous les partis, quelles que soient leurs idéologies. Et de toute façon, les écolos sont des "djihadistes verts". Il y a quelques années encore, ils étaient traités de "khmers verts". Les temps changent. Le climat aussi. En 2013, les émissions de CO2 ont légèrement dépassé les 35 milliards de tonnes, soit presque un tiers de plus qu'il y a dix ans.
Le dernier rapport du GIEC est plus que jamais alarmiste (1). Il indique que, au rythme de nos consommations d'énergies fossiles, nous pourrions atteindre un réchauffement de l'ordre de 4 à 5° d'ici la fin du siècle. Ce qui serait totalement catastrophique. Le réchauffement que connaît la Terre n'a jamais été aussi important depuis 800.000 ans. Si nous voulons la sauver des pires scénarios, il faudrait diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70%. D'urgence.

"Nous serons incapables de relever le défi climatique tant que nous ne l'envisagerons pas comme une lutte bien plus large entre des visions du monde différentes, écrit Naomi Klein (2), comme un processus visant à reconstruire et réinventer l'idée même de collectivité, de communauté, de bien commun, de société civile et de civisme - idée mise à mal et abandonnée depuis des décennies. Si le défi climatique nous paraît si intimidant, c'est parce qu'il impose de passer outre à toute une série de règles - certaines inscrites dans les législations nationales et les accords commerciaux, et d'autres, non écrites mais tout aussi puissantes, qui font qu'aucun gouvernement ne restera au pouvoir s'il augmente les impôts, refuse de gros investissements, si néfastes soient-ils, ou prévoit de réduire progressivement les secteurs de l'économie qui nous mettent tous en danger."

On a ainsi vu, tout récemment, la ministre française de l'Ecologie, Ségolène Royal, décider de supprimer l'écotaxe annoncée. "Le bon sens a prévalu", ont dit certains. Qu'est-ce que le bon sens?, se demande-t-on. Juste une "absence de courage et de vision", a rétorqué Eva Joly. Est-ce le bon sens de ne pas faire payer les pollueurs? De ne pas réinjecter le produit de ces écotaxes dans des moyens de transport moins polluants? On pourrait l'admettre si, par ailleurs, les gouvernements développaient une vision large et audacieuse d'une nouvelle organisation de la société. On n'en voit nulle trace, même embryonnaire. Partout, on ne pleure que pour voir revenir une bonne vieille croissance, celle qui nous a menés où nous en sommes. En France, on pleure la mort de Christophe de Margerie, "un grand capitaine d'industrie français très lucide sur la situation de la planète" a dit de lui le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé (3). Ce capitaine dirigeait Total. "La plus grande entreprise française gagne ses milliards en déstabilisant le climat pour des milliers d'années", écrit Fabrice Nicolino. Et le climat, vraiment, c'est important, affirment les ministres Fabius et Royal: ils appellent à "une mobilisation universelle et immédiate" sur le changement climatique, "menace grave pour la biodiversité, la sécurité alimentaire et la santé" (1). Ils sont aussi convaincants que leurs homologues belges Elio Di Rupo, qui a découvert avec émotion le problème il y a quelques années en s'entretenant avec Nicolas Hulot, ou Joëlle Milquet qui affirmait, il y a tant d'années maintenant, qu'il faut "être radical pour le climat".
N'attendons rien non plus, au contraire, du nouveau commissaire européen  en charge de l'Energie et du Climat, Miguel Arias Canete. Il a été l'un des responsables d'Italcar Espana (ce qu'il a oublié d'indiquer dans sa déclaration d'intérêts lorsqu'il était député européen), lobbyiste pour les OGM et fondateur de Petrolifera Ducar et Petrolis Canarias. Mais qu'on se rassure: avant de devenir commissaire européen, il a transmis ses actions à ses beaux-frères (4). Il ne peut donc être soupçonné de conflits d'intérêts. On ne pouvait trouver meilleures mains européennes à qui confier l'avenir du climat.
Bref, on désespère de voir un ou une responsable politique oser un vrai projet, plutôt que pleurnicher et se gargariser de mots.

"Il pourrait être beaucoup moins efficace, poursuit Naomi Klein de se battre pour une taxe carbone minimale que, par exemple, de former une grande coalition pour revendiquer un revenu minimal garanti, non seulement parce qu'un revenu minimum permettra aux travailleurs de refuser des emplois liés aux énergies polluantes, mais aussi parce que le fait même de plaider pour une protection sociale universelle ouvre la voie à un vrai débat de fond sur les valeurs - sur ce que chacun de nous doit aux autres au nom de notre humanité commune, et sur ce qui, collectivement, nous paraît plus important que la croissance économique et les bénéfices des entreprises."
Naomi Klein plaide pour une autre vision du monde, "fondée sur l'interdépendance plutôt que sur l'hyperindividualisme, sur la réciprocité plutôt que sur la domination et sur la coopération plutôt que sur la hiérarchie".

Récemment, le maire Montpellier, épuisé par les inondations à répétition qu'a connues sa ville déclarait qu'on ne pouvait plus dire que le réchauffement climatique n'existe pas. Mais la grande majorité des politiques et des citoyens ont choisi la politique de l'autruche. Ni voir, ni savoir est leur nouvelle devise. Tant qu'on voudra toujours plus de voitures et de camions sur nos routes, plus d'avions dans le ciel, plus de produits phyto sur nos terres, aucune éolienne dans la vue, un kérosène non taxé, un baril de pétrole au plus bas, on prendra le risque de se faire déplumer plus que l'arrière-train. "Ce qui est aujourd'hui politiquement réaliste ne le sera sans doute plus quand nous aurons essuyé d'autres ouragans Katrina, d'autres cyclones Sandy, d'autres typhons Bopha", estime Sivan Kartha, chercheur pour l'Institut pour l'Environnement de Stockholm (5).
Naomi Klein encore: "nous gagnerons en affirmant que de tels calculs (de ceux qui estiment que la lute contre le réchauffement coûte trop cher) sont moralement monstrueux, puisqu'ils insinuent qu'il serait économiquement acceptable de laisser des pays entiers disparaître, des millions de gens mourir sur des terres desséchées et de priver les enfants d'aujourd'hui de leur droit à habiter un monde fourmillant des merveilles et des beautés de la création".

Des notes positives - quand même! - on pourra en trouver dans le documentaire que diffuse Arte ce mardi soir (6): dans "Sacrée Croissance!", Marie-Monique Robin rencontre des "lanceurs d'avenir". "Il y a des initiatives qui sont les germes de la société post-croissance, explique-t-elle, d'une réponse globale au grand désordre planétaire actuel. (...) J'ai choisi des initiatives suffisamment abouties pour qu'on voie la transformation des territoires et des gens." (7) On trouvera dans ce film "un stimulant réservoir d'idées et d'énergie pour inventer demain", écrit Télérama.

(1) http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/11/le-résumé-pour-décideurs-du-giec.html
(2) The Nation (New York), 16 septembre 2014, à partir de son dernier ouvrage "This Changes Everything: Capitalism vs. The Climate" in Le Courrier international, 2 octobre 2014.
(3) cité par Fabrice Nicolino, in "Derrière Margerie, les morts du pétrole", Charlie Hebdo, 29 octobre 2014.
(4) "Un commissaire européen qui sent le pétrole", Fabrice Nicolino, Charlie Hebdo, 8 octobre 2014. Miguel Arias Canete est le Zemmour espagnol: "il est compliqué de tenir un débat avec une femme, a-t-il déclaré, car montrer de la supériorité intellectuelle pourrait paraître sexiste". Vraiment, un grand monsieur que ce commissaire européen!
(5) cité par Naomi Klein - voir (1).
(6) Arte, mardi 4 novembre, 20h50. A revoir pendant les sept jours qui suivent sur Arte+7 (www.arte-tv.com).
(7) Télérama, 29 octobre 2014.

jeudi 30 octobre 2014

Nom de nom

Revenons un instant - un instant seulement - sur la fille à papa Le Pen. Elle voudrait changer le nom de son parti, histoire de montrer qu'il n'est plus celui de papa, incontinent verbal notoire. Le problème, c'est que, comme son nom l'indique, Marine Le Pen est la fille de son père. Et que, même si elle devait présider demain un parti appelé "Rassemblement brun marine" ou "Le Rance aux Rancis", elle s'appellerait toujours comme papa, et sa nièce, députée du même parti, porterait toujours le nom de son grand-père. Elle serait toujours associée avec celui de qui elle dit vouloir se distancier mais à qui elle ressemble tant et qui lui a tout appris et tout donné. Si l'héritière a honte du patrimoine qu'elle a reçu, elle peut toujours s'en défaire et confier à d'autres la gestion du parti. Mais celui-ci est quasiment familial. On voit par là qu'il est difficile d'avoir le beurre et l'argent du beurre. Même quand on a un appétit féroce.

Lire, dans Charlie Hebdo, cette semaine, la carte postale de Mathieu Madenian dans laquelle il propose aux  responsables politiques de changer de nom plutôt que le nom de leur parti. "Un début de discours du style Moi, Myriam Balaké N'Koulou, présidente du Front national, ça aurait de la gueule", estime-t-il.

lundi 27 octobre 2014

Tant d'émotions, si naturelles

L'automne est là. Les feuilles tombent, le moral de l'homme aussi. La France est morose. Elle a l'impression d'aller à vau l'eau ou même de régresser. Elle a tort. Les projets économiques novateurs n'y manquent pas. Trois exemples parmi d'autres.

En Indre, à deux pas de Châteauroux, aux portes du Parc naturel régional de la Brenne, se développe un projet qui place "l'environnement et la nature en pôle position" (1). Un jardin public? Une réserve naturelle? Un village de vacances écolo? Un Futuroscope axé sur la nature? Mieux que cela: le "Pôle des sports mécaniques du Centre". Le promoteur entend créer une piste asphaltée de trois kilomètres de long, ainsi qu'une piste pour les essais de constructeurs et des compétitions auto et moto, plus toutes les infrastructures nécessaires à ce type d'activité. Le tout sur 80 hectares, entre deux étangs. Sur l'une des pistes, les véhicules pourront atteindre la vitesse de 270 km/h. La nature? Elle sera préservée au maximum, assure le promoteur qui plantera, en plus de l'existant, des arbres, des arbustes et des haies. Même sur les parkings. Et, assure-t-il, "les bulldozers ne passeront pas quand ils veulent: ils laisseront les cistudes (2) et les tritons se reproduire". Les véhicules de course en feront-ils autant? Arrêtera-t-on les compétitions pour laisser les batraciens traverser la piste? Non, le promoteur a pensé à tout: "les véhicules qui seront utilisés sur les différentes pistes ne devront pas dépasser le seuil légal de 95 décibels, soit le bruit d'une tondeuse à gazon" (3). Et ça, c'est vraiment génial, parce que si vous avez cinq, dix, quinze tondeuses à gazon qui tournent à longueur de journée, les animaux resteront terrés là où ils sont à l'abri. Et la nature sera préservée. Les habitants? Ils vivent loin de là, paraît-il. En tout cas, à plusieurs centaines mètres. Et on érigera des merlons pour atténuer le bruit (4). L'environnement et la nature en pôle position, on vous dit.

A Gonesse, en région parisienne, se prépare "une expérience à 360°". Préparez vos mouchoirs, nous y serons, à tout moment, dans l'émotion: "show emotion, pop emotion, sun emotion, hype emotion, xtrm emotion, zen emotion". Tout cela à la fois. S'en remettra-t-on? Notre cœur tiendra-t-il le coup? On se le demande.
De quoi s'agit-il? Salle de spectacle? Cinéma? Centre de bien-être? Pratiques sportives? Tout cela à la fois et bien plus encore. On trouvera à Europacity (5) des boutiques de luxe, des jardins de cueillette, des manèges, des hôtels, des fast food et des restaurants bio, un parc des neiges, des magasins, des auberges de jeunesse, des salles de spectacle, un parc aquatique et tout ce qu'on n'ose même pas rêver. On pourra même, incroyable mais vrai, participer à des "pique-niques géants". Ce sera "le nouveau quartier des loisirs", il se construira(it) sur 80 ha de bonnes terres, dernier espace agricole aux portes de Paris. Les gens qui veulent dépenser leur argent auront là l'embarras du choix.  

Près d'Orléans vient de s'ouvrir un hôtel d'un type nouveau en France. Un hôtel qui fonctionne en auto-suffisance? Où on paie en fonction de ses revenus? Un hôtel en papier, en bambou, en plastique recyclé? Mieux que tout cela: un hôtel pour chiens et chats (6). Il n'y a aucune raison que ces gentilles petites bêtes ne puissent vivre ce que vivent leurs maîtres. Salle de jeu, piscine, chambre avec vue, ils bénéficient de toutes les commodités. Et leurs maîtres ne les abandonnent pas tout à fait, puisqu'ils peuvent en permanence les surveiller par web-cam. Et continuer ainsi à vivre tranquillement, le nez sur leur tablette, sans être dérangés par les sdf et les mendiants, pour voir combien Rex et Poussette sont heureux.

On voit par là qu'il faut garder le sourire et rester optimiste. Que la vie est belle et l'avenir radieux. Quels esprits chagrins oseraient encore parler de crise?

(1) La Nouvelle République, 23 octobre 2014. Voir le site des opposants: http://tourneix-adest.org
(2) les tortues typiques de la Brenne.
(3) en France, le niveau maximal d'exposition, soit celui à partir duquel une exposition prolongée peut endommager l'audition, est de 80 db.
(4) Des amis qui vivent à dix kilomètres de Pau m'assurent que, de chez eux, ils entendent le bruit de la course automobile qui se joue chaque année dans les rues de cette ville.
(5) www.europacity.com. Réécoutez l'émission "Comme un bruit qui court" (27.09.2014):
www.franceinter.fr/emission-comme-un-bruit-qui-court-la-carotte-ou-le-beton-encore-des-maquisards-bretons-et-un-voyage-
Le projet Europacity, mené par le groupe Auchan, ressemble furieusement, au "Projet de Centre européen des Sports de Glisse et de Nature", qui entendait se développer à Maubray (Belgique) et dont il fut souvent question dans ce blog. Voir www.c-i-a-o.eu/
(6) France 3 Centre, Journal, 24 octobre 2014, 19h.

vendredi 24 octobre 2014

Défonceuse de portes ouvertes

La fille à papa Le Pen a été se pavaner à Calais. Il faut le reconnaître: elle a l'art de le faire. La ville connaît, plus que jamais, un afflux de demandeurs d'asile qui rêvent de rejoindre la Grande-Bretagne. Leur abandon à eux-mêmes, leur désespoir, leur promiscuité, leur misère provoquent des bagarres entre eux. La fille à papa Le Pen les trouvent inacceptables. Elle parle des bagarres. Pas du désespoir, ni de la misère ou de l'abandon. Elle a la solution - on n'y avait pas pensé: que ces gens restent chez eux (1). Si on la suit, on comprend que les Syriens, par exemple, devraient rester dans leur pays, ils y sont si bien, sous la protection du fils à papa el-Assad, un homme respecté par le parti de la famille Le Pen. Entre fille et fils à papa, on se soutient. Remerciera-t-on jamais assez la fille à papa Le Pen d'avoir ainsi permis à tout un pays d'avancer vers une solution si sensée? Finalement, cette défonceuse de portes ouvertes n'a qu'un but dans la vie: les cadenasser.
On se permet une suggestion à cette grande âme: qu'elle suive une formation à l'Entraînement mental (2). Elle penserait alors à analyser les causes des problèmes avant d'avancer - d'emblée - des solutions. Mais elle doit savoir qu'elle entrerait alors dans la complexité des situations, dans la nuance. Elle ne tiendrait plus des propos de comptoir, elle ne serait plus alors la fille à papa Le Pen. Qui serait-elle?

Post-scriptum: des propos de comptoirs, il en fut question également dans l'excellent billet de François Morel de ce matin sur France Inter. 

(1) France Inter, Journal, 24 octobre 2014, 13h.
(2) http://www.entrainement-mental.info/

jeudi 23 octobre 2014

Pyrrhus de Eerste

Bart De Wever n'est pas content. Il n'apprécie pas les attaques pour racisme dont a fait l'objet le secrétaire d'Etat Théo Francken, membre de son parti, la NVA (1). Elles l'empêchent "de (se) concentrer sur les problèmes de ce siècle". On voit par là qu'on encombre les débats fédéraux de broutilles alors que le président de la NVA a de grandes ambitions. Quels sont ces problèmes auxquels il entend s'attaquer? On s'interroge.
Pas le racisme visiblement. Le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Théo Francken - qui pratique l'humour de comptoir (2) - peut cracher tant qu'il veut, faire "de l'ironie", son président ne voit dans les réactions que suscitent ses propos que "foutaises francophones". Il se pose en victime, comme un vulgaire parti d'extrême droite.
La nécessité de soutenir une politique culturelle forte ne fait pas non plus partie de ses priorités. Au contraire. "Chaque fois que la NVA est au pouvoir, que ce soit à Anvers ou au gouvernement flamand, le budget de la culture fut particulièrement visé", écrit Guy Duplat (3). C'est le cas maintenant des institutions publiques fédérales qui vont perdre de 15% à 30 % de leurs subsides.
Le grand problème de ce siècle, pour Bartje, est sans doute l'enfermement de la Flandre dans la Belgique. Il est temps qu'elle prenne son indépendance. Il devrait pourtant se méfier et mettre ailleurs ses priorités: selon certaines études (4), 6% du territoire belge, et plus précisément flamand, vont se retrouver sous le niveau de la mer à la fin du siècle. "Et si le rythme de l'élévation (du niveau de la mer) s'accentue, écrit la Libre Belgique, ce sont 660.000 personnes qui habiteraient dans des zones à risque" et pourraient être régulièrement victimes d'inondations. Soit un peu plus de 10% de la population flamande. Celui qui se voit déjà empereur de Flandre pourrait se faire appeler Pyrrhus Ier.

(1) www.lalibre.be/actu/politique-belge/bart-de-wever-puis-je-s-il-vous-plait-me-concentrer-sur-les-problemes-de-ce-siecle-544396b43570102e50906fac
(2) www.lalibre.be/actu/belgique/theo-francken-zut-meme-quand-on-a-bu-la-zwarte-piet-il-reste-noir-544376233570102e509056a4
(3) www.lalibre.be/culture/politique/la-culture-federale-frappee-de-plein-fouet-comme-jamais-5448a7e23570a5ad0edd049d
(4) www.lalibre.be/actu/planete/6-du-territoire-belge-sous-le-niveau-de-la-mer-a-la-fin-du-siecle-5434bf19357030e61044fdf1


lundi 20 octobre 2014

Art (et) brut(es)

Qu'est-ce que l'art? Rares sont ceux qui peuvent répondre clairement à la question. En revanche, ils sont nombreux ceux qui peuvent décréter ce qui n'est pas de l'art et s'attaquer aux œuvres et aux artistes. L'extrême droite s'en est fait une spécialité. Un œuvre plastique de l'artiste américain Paul Mc Carthy, installée à Paris à l'occasion de la Foire internationale d'art contemporain (Fiac), a été dégonflée. A force d'être gonflé, voilà ce qui arrive à l'art. L'auteur a été agressé physiquement. C'est que certains ont vu dans cette œuvre intitulée "Tree" un sextoy. Plus précisément un "plug anal". Ils étaient nombreux - et j'en étais - ceux qui ignoraient l'existence de ce type de jouet. Les personnes rétives à l'art, par contre, le connaissent. On voit qu'on a là affaire à des gens cultivés.
On ne peut, disent-ils, accepter sur la place publique ces érections qui choquent l'œil. Mais toute sculpture est érigée, répondent les spécialistes en art. Faudra-t-il demain abattre l'Obélisque de la Concorde, la Colonne Vendôme ou la Tour Eiffel pour plaire à ces talibans français?
On a évidement parfaitement le droit de ne pas aimer telle ou telle création considérée comme artistique et le dire. Autre chose est de s'y attaquer physiquement.
La France ne sort pas grandie - cela devient une habitude - de ce type d'incident. Mais la Belgique n'est pas en reste. En témoignent les nombreux commentaires d'internautes qui étalent leur haine de l'art, par exemple sur le forum de la Libre Belgique (1), et leurs opinions réactionnaires. Reconnaissons-leur, à eux aussi, une certaine culture. Celle du Café du Commerce.
Plutôt que de les lire, mieux vaut lire les commentaires de Libé (2) ou écouter ceux de Sophia Aram (3).

(1) www.lalibre.be/light/societe/paul-mccarthy-renonce-a-reinstaller-son-oeuvre-polemique-vandalisee-a-paris-5442475f35706c71768a2e73
(2) http://next.liberation.fr/arts/2014/10/19/place-vendome-paul-mccarthy-unplugged_1125220
(3) ce lundi 20 octobre, 8h55: http://www.franceinter.fr/depeche-direct-video-suivez-le-direct

A lire aussi: http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2014/10/19/bataille-plug-anal-prolongement-manif-tous-255575

vendredi 17 octobre 2014

Festival du rire

Contrairement à ce que j'affirmais dans mon billet précédent, il n'y a pas de différence entre Flamands et francophones. L'ensemble du nouveau gouvernement belge partage un même humour. Afficher dans ses priorités la tolérance zéro pour le racisme et nommer secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration un homme qui a des positions clairement racistes (1) témoigne d'un certain humour. Qui, allez savoir pourquoi, ne fait pas rire tout le monde. Théo Francken est "la valeur retirée" du gouvernement. Il fait perdre, d'emblée, toute crédibilité au gouvernement. La NVA l'a-t-elle fait nommer à ce poste pour écœurer les francophones et les convaincre que, décidément, il vaudrait mieux se séparer?
En attendant, la confiance au gouvernement a quand même été votée. Il ne manquait qu'une voix: celle de Bart De Wever. Il est en Chine en tant que bourgmestre d'Antwerpen (2). Quoi, cet homme cumule comme un de ces vulgaires socialistes wallons qu'il vomit? Quel humour!

(1)
www.lalibre.be/actu/politique-belge/quand-theo-francken-tenait-des-propos-brulants-sur-les-diasporas-marocaine-et-congolaise-543eb8ea3570102e508fa62f
www.lalibre.be/actu/politique-belge/nouvelle-archive-de-theo-francken-sur-les-petits-cons-de-marocains-5440f5e535706c717689fe88
(2) www.lesoir.be/683043/article/actualite/belgique/elections-2014/federales/2014-10-17/toute-majorite-vote-confiance-michel-sauf…-bart-wever