mardi 22 septembre 2020

SLA, Salut, les Amish

Il nous arrive parfois des choses étranges. Par exemple, se découvrir ce qu'on n'avait jamais pensé être. Ce qu'on n'avait pas imaginé une seule seconde. Etre amish, par exemple.                                                         Il a suffi d'une phrase du président Macron pour cela. Parlant de l'arrivée très contestée de la 5G, la cinquième génération de téléphonie mobile, il a estimé que c'est là le progrès et qu'on ne peut s'y opposer. A moins de vouloir vivre comme les Amish, estime-t-il. Voilà donc comment on se retrouve catalogué amish (1).                                                                                                                                                          Le président Macron se voit sans doute comme un symbole de la modernité. Mais qui est le plus ringard? Celui qui utilise ces vieux arguments (c'est ça ou la préhistoire, c'est le nucléaire ou la bougie) pour critiquer les arguments écolos tout en défendant une technologie inutile qui va provoquer une nouvelle catastrophe environnementale? Ou celui qui au nom de l'avenir de la planète appelle à s'opposer au progrès à tout prix?

(1) (Re)lire sur ce blog: "Restons stupides (et arriérés)", 29.12.2019 et "Ce vieux monde sourd, aveugle et cupide", 12.4.2020.


samedi 19 septembre 2020

Des questions

Suivre le procès des attentats de janvier 2015, c'est être renvoyé à une immense tristesse, à la perte de celle et ceux qui, à force de les lire, étaient devenus des proches et que d'obscur(antiste)s crétins surarmés ont froidement abattus comme dans un tir aux pipes. Et ce pour quelques dessins qu'ils n'avaient pas compris et auxquels, en agissant de la sorte, ils ont donné tout leur sens. (Oui, Mahomet doit vraiment se dire que c'est dur d'être aimé par des cons) C'est être renvoyé à la violence, à la bêtise, à la lâcheté, à l'incompréhensible.
Et c'est aussi à cela que sert un procès: tenter de comprendre au-delà des responsabilités de chacun. Comprendre pourquoi, comprendre comment, et sans doute accepter que des questions restent à jamais sans réponse. 
L'équipe de Charlie Hebdo a demandé à un de ses membres de suivre quotidiennement ce procès et de partager sur le site de Charlie ses réflexions (1). Yannick Haenel n'est pas journaliste, mais écrivain et il a intégré l'équipe après l'horreur du 7 janvier. Ce qui lui permet sans doute cette vision cathartique. Même si l'horreur nous dégoute et nous noie, ses propos nous permettent de surnager.

"Tout le procès tend vers ce point innommable, vers cette scène qui nous a été rappelée ce matin parce qu’elle est le cœur de la tragédie. Offre-t-elle à ceux qui en soutiennent la vision une quelconque vérité ? Je ne sais pas. Sans doute pas, mais elle dit que cette vérité existe et qu’elle peut être rejointe selon le cœur de chacun (par le deuil, la conscience de l’atrocité, l’adieu à ceux qui ont fini leur vie, par l’amour qui doit se substituer au crime). 
Ça a eu lieu, et rien ne doit l’effacer. Dire les noms, saluer les corps par l’endurance de notre regard : ici commence un nouveau silence. Ce silence est notre éthique, il est celui de nos battements de cœur.
"Permettez-moi de continuer encore un peu. Faire la vérité implique-t-il de soutenir l’horreur ? Les rescapés, les familles choisissent le plus souvent de ne pas regarder des images qui dégraderaient la mémoire de ceux qu’ils aiment. Alors disons ceci : dans ce tribunal, dans tout tribunal peut-être, nous qui souffrons moins qu’eux, nous regardons pour eux — à leur place. C’est pourquoi j’ai accepté d’être là et d’écrire ce compte rendu quotidien dont je sais qu’il sera chaque jour plus difficile parce qu’il m’entraîne vers un lieu si reculé en nous que l’humain semble s’y consumer. Mais ces flammes, je les vois aussi comme des lueurs. J’en ressens la justesse, j’en devine l’innocence, j’en attends la justice."  (4e jour)

Et ceci encore, parlant du tribunal et du procès qu'il mène:
"Mais il n’empêche : nulle part ailleurs, il n’existe, dans la société, un tel rassemblement de paroles, sauf dans la littérature (mais la littérature n’est pas la société, elle est une résistance à la société). Aujourd’hui, plus personne n’écoute personne. La contradiction n’est plus considérée comme un moment du dialogue, chacun ne parle que pour soi ou sa communauté d’intérêts ; et d’ailleurs, les gens ne se mélangent plus car ils ne supportent plus de rencontrer quelqu’un qui n’est pas d’accord avec eux. D’où aussi les problèmes de Charlie Hebdo : les problèmes que ce journal pose, les problèmes qu’il subit." (8e jour)

Et enfin, ceci, publié ce matin. Cette question sans doute sans réponse: pourquoi Coulibaly a-t-il assassiné la jeune policière Clarissa Jean-Philippe alors qu'elle s'occupait d'un accident sans gravité avec lequel il n'avait rien à voir?
"J’aimerais essayer de penser les crimes de Coulibaly parce que, justement, plus encore que ceux des Kouachi — ou du moins d’une manière différente —, ils ont à voir avec l’impensable. Il me semble qu’ils ne sont pas entièrement réductibles à l’idéologie islamiste, ou disons que s’ils s’y soumettent, celle-ci ne les définit pas intégralement : il reste une part — et certains soirs il me semble que c’est la pire —, qui relève d’une autre dimension. L’islamisme radical, balbutié chez ces gens-là comme une psalmodie criminelle dont on se demande en quoi elle a à voir avec Allah et Mahomet, est surtout un bon prétexte pour tuer. La part la plus noire du crime chez Coulibaly est purement gratuite, elle est sa jouissance même, la dimension démoniaque qui a pourri son âme, et qui le pousse à tuer quelqu’un pour rien. À assassiner telle ou telle personne, au hasard, dans la rue, le matin, le soir, peu importe. Nous autres qui passons nos vies à chercher, qui voulons comprendre, qui nous imaginons que même le mal a ses raisons, nous ne sommes sans doute pas à la hauteur d’un phénomène qui touche à la racine même de la malfaisance : sa terrible gratuité. Le mal peut bien se donner toutes les raisons du monde, au fond il n’en a pas : il est sans cause. Nous demandons pourquoi, mais il est possible qu’il n’y en pas de pourquoi, car c’est dans l’absence de sens — dans l’insensé — que gît réellement le mal." 

A suivre quotidiennement, textes de Yannick Haenel, dessins de François Boucq:
https://charliehebdo.fr/themes/proces-attentats/

mardi 15 septembre 2020

C'est la faute à la société

Le recteur de la Grande mosquée de Paris a appelé à respecter Charlie Hebdo (1). Mais d'autres responsables musulmans continuent leurs appels à la haine (2). Ainsi, l'Observatoire pour la lutte contre l'extrémisme d'Al-Azhar (considéré comme la plus haute instance de l'islam sunnite) affirme que la une de Charlie Hebdo du 2 septembre (qui republiait, dans le cadre du procès des présumés complices des assassins, les caricatures qui ont justifié un tel massacre) est un crime. Cet observatoire a donc d'étranges conceptions de ce qu'est l'extrémisme et des moyens de lutter pour le combattre: il ne condamne pas l'horrible crime des assassins qui prétendaient agir au nom du prophète, mais renverse les responsabilités et jette de l'huile sur le feu. Peut-être s'est-il donné pour rôle d'observer comment l'extrémisme progresse à partir de ses propres déclarations?                                                                                                                    Parlant de cette même une, le Ministre des Affaires étrangères du Pakistan (de la République islamique du Pakistan) estime que "cet acte de provocation délibérée qui offense des milliards de musulmans ne peut pas être justifié par l'exercice de la liberté de la presse ou de la liberté d'expression". On ne sait où il trouve "des milliards de musulmans". Sans doute compte-t-il tous ceux qui sont décédés depuis la naissance du prophète. Parce qu'actuellement il y en aurait 1,8 milliard dans le monde. Et visiblement nombreux sont, heureusement, ceux d'entre eux qui considèrent (sans oser le dire trop fort) que les assassins font plus de tort à l'islam que quelques dessins. Ce grand rigolo de ministre affirme encore que "ce genre de comportement (publier des caricatures) va à l'encontre des aspirations mondiales à une coexistence pacifique et à l'harmonie sociale et interreligieuse". Tous les démocrates pakistanais qui ont été exécutés pour blasphème ne sont plus là pour témoigner du rôle actif que joue quotidiennement le gouvernement pakistanais dans la coexistence pacifique et l'harmonie sociale et interreligieuse.                    La Turquie, autre modèle de démocratie, évoque, s'agissant de Charlie et pas de l'islamisme, une "mentalité malade". Le Ministre turc des Affaires étrangères accuse les démocraties acceptant de telles caricatures de favoriser la résurgence de "fascistes et de racistes en France et en Europe".                            Bref, l'auto-critique n'existe pas en terre d'islam et les victimes sont coupables.

Mais chez nous aussi, il ne reste pas bien vu de pointer du doigt les dérives fascistes islamistes. Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, relève un article du Monde publié deux jours avant l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015: "pourquoi il ne faut pas surévaluer les motivations religieuses des terroristes" (3). Il s'agit plutôt d'un "phénomène de bande" plutôt que de terrorisme islamiste, estime l'auteur de l'article. "La rhétorique est sans surprise, écrit Biard, et fait partie de la panoplie du parfait petit relativiste: affirmer qu'une idéologie criminelle n'est pas le produit d'un discours - ici, d'un discours fanatique religieux - mais d'éléments disparates, incontrôlables, qui auraient pu tout aussi bien produire autre chose." Et Gérard Biard de rappeler l'historique de toutes ces menaces et de tous ces attentats contre qui se montre un tant soit peu critique vis-à-vis de l'islam. Des Versets sataniques  de Salman Rushdie aux attentats et agressions à Madrid, Tunis, Berlin, Bruxelles, Paris ou New York, au Pakistan, en Algérie, au Mali, au Nigéria ou en Egypte. C'est au nom d'Allah qu'on tue et appelle à tuer. Les ignobles tueurs de Charlie Hebdo ont dit être venus venger leur prophète. Ils n'étaient pas des représentants de la firme Kalashnikov venus faire une démonstration commerciale. "L'article du Monde, conclut Gérard Biard, s'inscrit dans cette doxa, largement répandue, qui réfute en creux qu'un discours religieux puisse produire une doctrine mortifère et criminelle, et ne craint pas le ridicule en minimisant le rôle de l'islamisme dans le djihadisme."                                                                                                                                                      Et ne parlons pas de l'écœurant Jean-Luc MélenChe qui confond sciemment les magazines Valeurs actuelles et Marianne et Charlie Hebdo (4).                                                                                                   Aujourd'hui, Charlie Hebdo, journal fondamentalement antiraciste et laïc, est bien seul à mener ce combat essentiel pour la liberté de pensée.

(1) voir le billet précédent de ce blog.                                                                                                              (2) Inna Shevchenko, "Caricatures de Mahomet - #JeSuisCharia contre #JeSuisCharlie", Charlie Hebdo, 9.9.2020.                                                                                                                                                        (3) "Religion, poil au menton", Charlie Hebdo, 9.9.2020.                                                                              (4) https://www.marianne.net/debattons/billets/l-universalisme-seule-boussole-de-l-antiracisme-le-philosophe-henri-pena-ruiz?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1598871487#xtor=CS2-5

Note: désolé pour la mise en page. Je teste la nouvelle configuration de Blogger...

                                                                           

lundi 7 septembre 2020

Que vive Charlie Hebdo

Enfin ! Enfin, un haut représentant du culte musulman appelle ses fidèles à respecter Charlie Hebdo. Le recteur de la Grand mosquée de Paris, Hafiz Chems-eddine, souhaite « que Charlie Hebdo continue d’écrire, de dessiner, d’user de son art et surtout de vivre. Que le drame qui a frappé cette publication, des policiers et nos compatriotes juifs serve de leçon à la communauté nationale, mais aussi à ceux qui se réclament de l’islam, à ceux qui se disent amis des musulmans et qui ne condamnent pas clairement ces crimes terroristes : en quoi le meurtre de dessinateurs a fait avancer la cause des musulmans ? Et en quoi la destruction et la barbarie peuvent-elles servir la cause de l’islam ? », demande-t-il (1).

« Tout ça pour ça » a titré Charlie dans son numéro du 2 septembre, le jour où s’est ouvert le procès des présumés complices des assassins de son équipe. « Tout ça », c’est ce massacre. « Pour ça », ce sont des caricatures, comme il y en a eu tant d’autres. Celles-ci, pour la plupart, dénonçaient la prise en otage de l’islam par des obscurantistes prêts aux pires violences pour asseoir leur pouvoir.
« Si le crime est si difficile à nommer, écrit Riss, directeur de Charlie, c’est parce qu’il fut commis au nom d’une idéologie fasciste nourrie dans les entrailles d’une religion. Et rares sont ceux qui, cinq ans après, osent s’opposer aux exigences toujours plus pressantes des religions en général, et de certaines en particulier.
« Des procès, poursuit-il, il faudrait donc en faire non pas un, mais dix, vingt ou cent. Contre les coupables, mais ils sont morts. Contre leurs complices, et ils sont là. Mais  aussi contre la lâcheté, le cynisme, le pédantisme, l’inculture, la trahison, la couardise, le confort intellectuel, l’opportunisme, l’aveuglement, la suffisance, la superficialité, les calculs politiques, l’inconscience, la légèreté, le défaitisme, l’indécision, l’imprévoyance et mille autres travers qui, séparément, semblent anodins, mais qui, tous réunis, ont permis d’exterminer un journal. » (2)

Il y a tous ces charognards, tous ces immondes, tous ces hypocrites, toutes ces âmes  qui se pensent bien nées, « amies » des pauvres musulmans, prompts à traiter d’islamophobes qui se moque de l’islam. Se rendent-ils compte de leur racisme ? Ils laissent entendre que les musulmans ne peuvent entendre la critique et l’humour. Ils insultent les hommes et les femmes qui, dans les pays dominés par l’islam, tentent de vivre libres, de se dégager du poids d’une religion qui entend régir tous les aspects de la vie quotidienne.
Il faut respecter les religions, affirment-ils, la main sur le cœur. Pourquoi pourrait-on se moquer de tout, sauf de ces religions qui se moquent royalement de nous ? Qui inventent des histoires terrifiantes de dieux menaçants et vengeurs, qui multiplient les règles pour nous empêcher de jouir de la vie, qui se préoccupent du contenu de nos assiettes et de ce qui se passe sous nos draps.

Bien sûr, on se réjouit des propos du recteur de la Grand mosquée de Paris, espérant qu’ils seront entendus aussi de tous ceux qui se prosternent devant les déviances assassines d’une religion. Mais le chantier est immense pour lui. Charlie Hebdo a fait réaliser un sondage dont les résultats sont particulièrement inquiétants (3).
74% des 15 à 24 ans se déclarant musulmans font passer leurs convictions religieuses avant les valeurs de la République et 73% d’entre eux estiment que l’islam, leur seule vraie religion, est incompatible avec les valeurs de la société française. Seuls 62% d’entre eux condamnent totalement les frères Kouachi, les sombres assassins crétins de l’équipe de Charlie.
Comme l’écrit Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie, « l’Education nationale a aujourd’hui un problème autrement plus compliqué  et explosif à gérer qu’une bête distribution de masques et de gel hydroalcoolique ».

(1)         Le Figaro, 5.9.2020.
(2)         « Ceux que nous avons perdus », Charlie Hebdo, 2.9.2020.

(3)         « La liberté d’expression, c’est important, MAIS… », Charlie Hebdo, 2.9.2020.

lundi 31 août 2020

Ayatollahs et hommes des cavernes

Dans les prochaines semaines, les hommes des cavernes reprendront leur activité favorite: la chasse. Je me permets de les appeler de la sorte puisqu'ils nous traitent, nous, militants écologistes, d'ayatollahs.
Ces hommes préhistoriques sont de moins en moins appréciés par la population qui ne comprend pas qu'on puisse prendre plaisir à tuer des animaux. Eux défendent leur passion au nom de la tradition, même si elle est cruelle et totalement dépassée par nos modes de vie actuelle.
Les chasseurs français s'offusquent que le président Macron ait décidé d'interdire cette année la chasse à la glu. La pratique consiste à placer dans la nature de petites branches enduites de glu (des gluaux) sur lesquelles se posent grives et merles - mais bien d'autres oiseaux se laissent évidemment piéger - qui, une fois capturés de la sorte, seront mis en cage pour appâter d'autres espèces.
La technique, qui n'était plus pratiquée qu'en France, est interdite par la directive "Oiseaux" de l'Union européenne, qui date de 2009 (1). Les chasseurs sont lents. Ils font mine de la découvrir et affirment la main sur le cœur que la chasse à la glu ne nuit en rien à la biodiversité. Mais elle n'est que suspendue, comme si le tout-puissant président français se réservait le droit de la réautoriser.
Pendant ce temps, d'autres méthodes de chasse, tout aussi dépassées et inacceptables, restent admises. Les alouettes des champs, les pluviers dorés, les vanneaux huppés, les merles, les grives sont étranglés, écrasés ou mutilés. Des méthodes barbares.
En France, soixante-quatre espèces d'oiseaux sont chassables. Ce qui constitue un nombre énorme par rapport à la plupart des autres pays européens. D'autant que parmi ces soixante-quatre espèces, seules vingt sont en bon état de conservation. 
Alain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, souligne les contradictions d'un gouvernement français, très en retard sur son époque et sur la nécessité de protéger de toute urgence une biodiversité qui s'effondre à une vitesse effrayante: le gouvernement, dit-il, s'apprête à autoriser l'abattage de six mille tourterelles des bois alors que cette espèce a perdu 80% de ses populations en trente ans.
Mais les chasseurs français ne sont guère inquiets, ils savent qu'aucun président français, et surtout pas l'actuel, n'a jamais osé se mettre en travers de leurs fusils. Et le nouveau ministre de la Justice est de ceux qui traitent haut et fort d'ayatollahs les défenseurs de la nature, préférant se mettre du côté des (en)gluants.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/08/27/contre-l-avis-de-la-federation-nationale-des-chasseurs-l-elysee-decide-d-interdire-la-chasse-a-la-glu-cette-annee_6050106_823448.html
https://www.liberation.fr/terre/2020/08/27/chasse-a-la-glu-victoire-en-demi-teinte-pour-les-oiseaux_1797912
(1) Le Larousse, dans son édition 2010, précise que "la chasse aux gluaux est interdite"...

jeudi 27 août 2020

Collective, par définition

Il y a ceux qui doutent, ceux qui pensent qu'on en fait trop, ceux à qui on ne racontera pas d'histoire et qui adorent donc s'en inventer, ceux qui contestent, ceux qui tempêtent. Pour eux, le Covid-19 n'est jamais qu'une épidémie de plus, qui tue moins que beaucoup d'autres. Il est l'arbre qui cache la forêt de toutes les maladies qui au total tuent des millions de gens dans le monde dans l'indifférence quasi générale. Le Covid n'est pas arrivé tout seul, affirment-ils, il constitue une si belle occasion de mettre sous le joug les citoyens, de les contrôler, de brimer leur liberté. Celle de respirer, celle de se toucher, celle de voyager. 
C'est leur liberté individuelle que défendent les pourfendeurs du masque et des règles de sécurité sanitaire. Est-on libre sur un lit d'hôpital?, s'insurge un virologue. Libre sous un respirateur?

"L'épidémie nous encourage à nous considérer comme les membres d'une collectivité, écrit le physicien italien Paolo Giordano (1). Elle nous oblige à accomplir un effort d'imagination auquel nous ne sommes pas accoutumés: voir que nous sommes inextricablement reliés les uns aux autres et tenir compte de la présence d'autrui dans nos choix individuels. Dans la contagion, nous sommes un organisme unique. Dans la contagion, nous redevenons une communauté."
Ceux qui réfutent les règles se mettent hors jeu. Hors du jeu collectif. lls pensent pouvoir exister seuls. "Dans la contagion, écrit encore Paolo Giordano, l'absence de solidarité est avant tout un manque d'imagination."
Le physicien nous distingue en trois groupes: les Susceptibles: ceux que le virus pourrait encore contaminer, les Infectés: ceux qu'il a déjà contaminés, et les Rejetés: ceux qu'il ne peut plus contaminer. Cependant, précise-t-il, "nous ne sommes pas tous Susceptibles de la même façon, mais les Ultra-susceptibles ne le sont pas seulement du fait de leur âge ou de leur état de santé précédent. Des millions et des millions d'Ultra-susceptibles le sont du fait de leurs conditions sociales et économiques. Leur destin, même s'ils sont très éloignés de nous géographiquement, nous concerne de très près".
Quant à l'origine du virus, que les gros malins ont vite identifiée (suivez mon regard, nous disent-ils), Paolo Giordano nous invite à l'humilité. "Le monde est encore un lieu d'émerveillement sauvage. Nous croyons l'avoir entièrement exploré, mais il existe des univers microbiens dont nous ignorons tout, des interactions entre espèces qui ne nous effleurent même pas l'esprit.
Notre agressivité envers l'environnement favorise notre contact avec ces nouveaux agents pathogènes qui, il y a encore quelque temps, se tenaient bien tranquillement dans leurs niches naturelles.
La déforestation, ainsi qu'un urbanisme irrépressible, nous rapprochent d'habitats qui ne prévoyaient pas notre présence.
L'extinction accélérée de multiples espèces animales oblige les bactéries qui vivaient dans leurs intestins à s'installer ailleurs.
Les élevages intensifs créent des cultures involontaires où tout, littéralement, prolifère. (...)
Les virus comptent parmi les nombreux réfugiés de la destruction environnementale."
Bref, il y a urgence à changer radicalement notre mode de vie. Mais nombre d'entre nous préfèrent voir derrière le coronavirus la volonté de telle entreprise, de tel gouvernement ou de tel individu. Ou, en tout cas, de minimiser son impact, pour mieux se mettre la tête dans le sable et poursuivre notre business as usual.
Les enchaînements meurtriers de cause à effet, poursuit le physicien italien, sont légion et "requièrent une réflexion urgente de la part d'individus de plus en plus nombreux. Car nous risquons de trouver à leur terme une nouvelle pandémie, encore plus terrible que celle-ci. (...) La contagion est un symptôme. L'infection réside dans l'écologie".

(1) "Contagions", Paolo Giordano, Seuil, 2020 (64 p.).

mercredi 26 août 2020

Les toxicos du glyphosate

On pourrait l'appeler la fable des agriculteurs chimiques et jaloux - et même jalousement chimiques - et du paysan bio.
Un couple de maraîchers des Bouches-du-Rhône a trouvé ses serres tailladées et ses courgettes, tomates et autres poivrons pulvérisés (1). Une récolte réduite à néant.
Ce saccage n'est pas le premier, les auteurs semblent clairement identifiés et ont même reconnu une partie des faits précédents, mais la justice semble y rester totalement indifférente.
Cette fois cependant, l'agression a dérapé un peu plus: le paysan bio a été intoxiqué au glyphosate dont ses légumes avaient été arrosés. Six serres sur neuf en ont été aspergées et sont inexploitables pendant deux ans. Le maraîcher a dû être hospitalisé et souffre encore de séquelles.
La jalousie, le rejet de l'étranger et peut-être une haine irrationnelle du bio semblent avoir motivé les saccageurs imbéciles. 
Moralité: il y a urgence à interdire le glyphosate dont la nocivité vient d'être démontrée par ceux qui le défendent.

Le président Macron avait promis d'interdire le glyphosate. On attend impatiemment qu'il tienne cette promesse. Mais les agriculteurs chimiques sont comme des toxicos: ils crient haut et fort qu'ils ne peuvent s'en passer. Peut-être ne trouveront-ils plus d'excuses bientôt: un bio-ingénieur de Gembloux Agro Bio Tech (Université de Liège) annonce, pour bientôt, une alternative naturelle à base d'huiles essentielles (2).

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/08/14/un-agriculteur-intoxique-des-cultures-detruites-une-exploitation-bio-detruite-au-glyphosate-dans-les-bouches-du-rhone_6048990_3244.html
(2) https://www.lalibre.be/planete/environnement/une-alternative-naturelle-au-glyphosate-se-prepare-en-wallonie-5f3a86d2d8ad5862198caaa3

dimanche 16 août 2020

Un dictateur sans peuple

Dur métier que celui de dictateur. On se pose sans cesse des questions. Faut-il s'assumer complètement et exercer clairement le pouvoir seul ? Ou tenter de faire croire qu'on est démocrate et organiser des élections qu'on arrange à sa façon? Et dans ce cas, quel score s'attribuer pour avoir l'air crédible, sans sembler faible ni s'apparenter à un président nord-coréen? Alexander Loukachenko, l'autocrate biélorusse, dernier dictateur d'Europe, vient de se réélire pour un sixième mandat. Il s'est attribué un score de 80% des voix, ce qui ne trompe pas l'immense majorité du peuple biélorusse qui descend quotidiennement dans les rues - les femmes en tête - pour le pousser à quitter le pouvoir.
Une agence de presse russe affirme, à partir d'un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote, que le dictateur n'aurait en réalité recueilli que 2% des voix (1).
"Pour la première fois, le pouvoir biélorusse est confronté à la révolte non d'une minorité, mais de la majorité de la population. Dont Loukachenko a clairement perdu l'appui", écrit Youri Pantchenko dans Oukraïnska Pravda (2). 

Une autre caractéristique d'un dictateur, c'est que s'il est contesté c'est forcément par des forces étrangères. L'une ou l'autre puissance envoie des agents dans son pays et manipule des citoyens faibles pour déstabiliser son régime. Mais ce ne peut en aucun cas être son peuple qui, de sa propre initiative, cherche à lui nuire. Un dictateur ne peut être conspué par un peuple qu'il a toujours protégé et dont il ne veut évidemment que le bien.
Loukachenko est une brute aujourd'hui aux abois qui fait bastonner et torturer ses opposants qui manifestent pourtant pacifiquement. Les témoignages de brutalités commises par les forces de l'ordre se multiplient sur les réseaux sociaux (3). 

La Russie lui a promis "une aide sécuritaire". Poutine se frotte les mains. Un Loukachenko en difficulté, c'est une opportunité de maîtriser plus et mieux encore un vassal. "Il est fort probable que le résutat de l'élection ne soit pas reconnu au niveau international, écrit encore Oukraïnska Pravda. En particulier si Loukachenko s'entête à appliquer le scénario du pire. Ce qui pourait entraîner son retour à un isolement international. Or ce scénario est extrêmement profitable à la Russie. La victoire usurpée de Loukachenko, dont les détails ont choqué l'Occident, accroît la dépendance de Minsk vis-à-vis de Moscou."
On espère que le pays ne connaîtra pas un scénario à la syrienne, avec une aide russe à un pouvoir brutal, capable de se maintenir au pouvoir dans un bain de sang. Nombre de dictateurs préfèrent finir en fossoyeurs de leur propre pays plutôt que de quitter le pouvoir, diriger un cimetière plutôt qu'un pays libre. Et, au-delà de Loukachenko, on peut craindre que la Russie n'acceptera pas qu'un régime démocratique se mette en place dans ce pays frère. A la communauté internationale de se mobiliser. Vite.

(1) https://www.lalibre.be/international/europe/loukachenko-a-recu-2-des-votes-lors-du-scrutin-presidentiel-selon-une-agence-de-presse-russe-5f3913d27b50a677fbaebec3
(2) "Loukachenko, une victoire en trompe-l'œil", 10.8.2020, in Le Courrier international, 13.8.2020.
(3) https://www.liberation.fr/planete/2020/08/13/belarus-les-chaines-humaines-se-multiplient-contre-la-repression_1796738

samedi 15 août 2020

Madame s'appelle Monsieur

Quel sens y a-t-il à donner à une femme, une fois qu'elle est mariée, le nom de son mari? Ainsi procèdent, aujourd'hui encore, quantité d'organismes français. Le plus souvent d'autorité. Vous êtes mariée? Donc, vous êtes désormais appelée du nom de votre mari. Cette pratique d'un autre âge a d'autant moins de sens depuis que le mariage homosexuel existe. On imagine mal que soit attribué à un marié ou une mariée le nom de sa ou son partenaire du même sexe. Lequel alors? Celui ou celle considéré-e comme chef? Cette notion de chef de ménage disparaît, mais l'administration reste très conservatrice.
Les annonces nécrologiques en Belgique ou en France sont libellées de manière totalement différentes. Une femme belge meurt avec son nom, une femme française avec celui de son mari (1).
Curieusement, on n'entend pas sur cette question du nom les néo-féministes françaises plus soucieuses de nous imposer une illisible écriture dite inclusive. Pouvoir garder son nom d'origine me semble pourtant plus fondamental en termes d'identité.

(1) (Re)lire sur ce blog:
http://moeursethumeurs.blogspot.com/2015/04/madame-monsieur.html

mercredi 12 août 2020

Bêtises et vaccins

La semaine dernière, Antonio Fischetti, journaliste scientifique de Charlie Hebdo, déplorait que la vaccination soit une "victime collatérale du coronavirus". 
"L'absence de vaccination est une maladie mortelle", constatait-il, rappelant que l'OMS la classe parmi les dix principales menaces pour la santé humaine. La seule rougeole est responsable de 150.000 morts chaque année dans le monde. Combien en provoquent la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la rubéole, la polio, la tuberculose? 
De nombreuses campagnes de vaccination ont été annulées parce que les personnes concernées étaient confinées, parce que des médecins rencontraient des difficultés de transport ou parce que des patients craignaient d'être contaminés par le coronavirus. Selon l'OMS, à cause de la pandémie de Covid-19, "au moins trente campagnes de vaccination contre la rougeole ont été ou risquent d'être annulées, ce qui pourrait entraîner de nouvelles flambées en 2020 et au-delà".
A ces difficultés, s'ajoutent les rumeurs et théories complotistes de ceux qui veulent se convaincre que le remède sera toujours pire que le mal. Ceux qui pensent que les vaccins transmettent d'autres maladies ou pensent qu'ils vont servir de cobayes. L'obscurantisme se nourrit des pandémies. 
Au Sénégal, rapporte Antonio Fischetti, les réseaux sociaux se sont enflammés suite à une rumeur qui prétendait que sept enfants y étaient morts après avoir reçu "le vaccin de Bill Gates". L'informaticien est même soupçonné par un économiste ivoirien de vouloir "dépeupler l'Afrique pour sauver les Européens". Une autre rumeur affirme que le véritable but d'un vaccin serait d'implanter une puce électronique dans le corps des gens. 
Pour les islamistes pakistanais, la vaccination serait un outil de domination du grand Satan occidental. D'ailleurs, affirment-ils, les vaccins contiennent du porc, entraînent l'infertilité et tuent des enfants. C'est pourquoi ces sauveurs de l'humanité que sont les islamistes tuent du personnel soignant.
"Le pire, regrette Antonio Fischetti, c'est que les rumeurs contre les vaccins sont plus contagieuses que les maladies elles-mêmes".

Pour déplorer ces assassinats, ces dérives et ces bêtises, Antoine (sic) Fischetti se fait traiter de con par un lecteur de Charlie (1) qui le déclare "chef des journaleux asservis aux lobbies". La vie est simple; défendre la vaccination, c'est soutenir l'industrie pharmaceutique. Les tenants de ce type d'analyse sommaire et simpliste ressemblent à ceux qui minimisent l'impact mortifère de l'islamisme. Seul compte leur point de vue chétif, jamais celui des victimes. Ils ne sont qu'ego boursouflés. que mépris, que morgue. Ils sont plus forts que tous les virus. "Je ne me ferai pas vacciner", clame l'ex-lecteur. L'absence d'intelligence peut aussi être une maladie mortelle. 

(1) "On a reçu ça", Charlie Hebdo, 12.8.2020.