dimanche 21 novembre 2021

Cause toujours

La COP26 est un échec. Les promesses faites par les chefs d'Etat n'engagent que leurs successeurs. Les limites fixées dans le temps pour se passer d'énergies fossiles sont suffisamment lointaines pour qu'elles ne gênent leur réélection. En attendant, la forêt amazonienne peut continuer à brûler, le charbon être extrait, les avions et les bateaux les plus polluants à circuler. Des représentants de peuples et d'îles menacés de disparition ont eu beau exprimer leur inquiétude, leurs cris ne peuvent rien face au bruit du rouleau compresseur de la croissance. Ils seront sacrifiés sur l'autel de celle-ci. "Triste spectacle que l'humanité qui s'est déjà faite à l'idée qu'il lui faudra se séparer d'une partie d'elle-même", écrit Riss (1). Le directeur de Charlie Hebdo fait un parallèle avec les choix qu'ont dû faire les soignants parmi les malades du Covid ou ceux qu'ont dû faire les sauveteurs parmi les victimes du Bataclan entre ceux qui avaient une chance de s'en sortir et ceux qui n'en avaient pas ou peu. "Cette COP26 ressemble à un poste de secours où sont triés ceux qui seront sauvés et ceux qui ne le seront pas. Les tribus qui survivront et celles qui disparaîtront. Et la nôtre semble avoir été choisie: la tribu des pays riches, bien nourrie, bien grasse, bien au chaud dans ses maisons, calée devant un écran de télé alimenté par l'énergie nucléaire. Les autres devront se débrouiller seules." On pense à celles et ceux qui au début de la pandémie ne voulaient rien changer à leurs habitudes, ni masque, ni distance physique, ni vaccin, arguant du fait que seuls les vieux mouraient de ce virus et qu'il faut bien mourir de quelque chose. Le même égoïsme pour ne rien changer à son confort personnel.
"Notre société moderne est construite sur l'idée du bien-être, de la facilité et du plaisir. les privations, les restrictions, les renoncements sont vécus non seulement comme des contrariétés personnelles, mais comme un échec civilisationnel." Dans le non-débat actuel sur la problématique énergétique, rares sont ceux qui évoquent la nécessité de diminuer nos consommations d'énergie et donc la production. Nous en voulons toujours plus, pour faire rouler les véhicules électriques, alimenter tous nos appareils branchés sur la 5G, rester connectés partout et tout le temps, produire toujours plus pour pouvoir consommer toujours plus, parce que nous avons été éduqués comme cela, en consommateurs voraces, en boulimiques insatiables. "Cette crise climatique nous déstabilise, écrit encore Riss, car elle met à l'épreuve la solidité de nos valeurs. Sommes-nous les créatures sophistiquées et raffinées que nous pensons être, ou au contraire de banals mammifères qui, pour sauver leur peau, n'hésiteront pas à dévorer leurs congénères ? Le choix sera non seulement difficile à faire, il sera encore plus terrible à assumer. En jouissant d'une vie qui devrait tout au sacrifice de celle des autres."

(1) Riss, "Morituri", Charlie Hebdo, 10.11.2021.

lundi 15 novembre 2021

Le MélenChe, un festival à lui tout seul

On ne l'arrête plus, le MélenChe. Depuis qu'il se voit en sauveur et en champion de la gauche (malgré un piètre score dans les sondages), il distribue les bons et les mauvais points autour de lui. Yannick Jadot, candidat écologiste, vient d'en recevoir de bons: "je suis très satisfait de lui parce qu’il a élargi le champ de nos idées, sur la planification écologique, sur le protectionnisme… Il avance bien” (1). Le maître est content, mais trouve cependant que cet élève peut mieux faire.
Il a mis au coin François Hollande. "Au secours, le zombie Hollande est de retour, s'écrie Mélenchon. Plus méchant que jamais, il mord tout ce qui bouge. Changez de trottoir quand il passe." (2) Comme l'écrit Charlie Hebdo, il change de trottoir quand il voit Hollande, mais traverse la rue pour bavarder avec Zemmour. 

Jean-Luc Mélenchon reste convaincu que son heure arrive: celle du grand soir. "Il y a une classe moyenne qui hésite. Elle se lève zemmourienne, puis elle déjeune jadotiste et se couche mélenchoniste", dit-il (3). Le problème, c'est que quand on se couche, en général, c'est pour dormir. Et il n'est pas sûr qu'on fasse de beaux rêves en s'endormant mélenchoniste. D'autant que l'avenir qu'il se voit a de quoi inquiéter: "si je suis élu, je me considèrerai comme un chef d'Etat latino-américain" (4). On ne sait s'il se voit en Lula, en Bolsonaro, en Maduro, en Castro ou en Peron. Ou alors en Ortega, cet ex-rebelle marxiste devenu sombre dictateur.
Et on craint effectivement que ce soit dans cette catégorie des autocrates qu'il se classe quand on lit ses déclarations sur Taïwan: " Les Chinois n'ont pas l'intention d'envahir Taïwan, mais si Taïwan se déclare indépendante, alors, il est possible, à juste titre, que la Chine trouve qu'une ligne rouge a été franchie, donc il faut trouver le moyen qu'il ne se passe rien" (5) On voit par là que le MélenChe est déjà en train de justifier l'injustifiable. Comme l'écrit Guillaume Erner, "Taïwan n'a pas à se déclarer indépendante: l'île l'est de facto. Elle a une armée, une monnaie, accorde des visas. la seule chose qui la distingue d'un pays souverain, c'est le refus chinois. A priori, entre une dictature implacable et une démocratie, le choix devrait être rapide...". Mélenchon visiblement a fait le sien. Un ami qui connaît bien Taïwan me disait qu'il y a quelques années le MélenChe avait comparé la présidente taïwanaise, élue au suffrage universel, à Marine Le Pen: elle refuse la mainmise de la Chine, donc elle est anti-communiste, donc elle est d'extrême droite. Quand les analyses politiques sont aussi simplistes, elles vous mènent au goulag.

A (re)lire sur ce blog: notamment "Merci, Jean-Luc", 20.10.2018.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/presidentielle-jean-luc-melenchon-tres-satisfait-de-yannick-jadot-enfin-presque_fr_618e2c30e4b0a96e518c4ad8
(2) Twitter, 20.10.2021, cité par Charlie Hebdo, 27.10.2021.
(3) L'Obs, 14.10.2021, cité par Charlie Hebdo, 20.10.2021.
(4) Libération, 21.10, cité par Charlie Hebdo, 27.10.2021.
(5) Guillaume Erner, "Mélenchon le mandarin", Charlie Hebdo, 27.10.2021.

vendredi 12 novembre 2021

L'élégance du sanglier

Mais quelle surprise ! Que lui est-il arrivé ? Voilà que le patron des chasseurs français n'est qu'un chasseur. Il aimait présenter les chasseurs comme les premiers et les meilleurs des écologistes. "La chasse durable que nous pratiquons a une fonction dans une approche écologique moderne de nos territoires", écrit-il dans une luxueuse plaquette intitulée "La chasse, cœur de biodiversité". La Fédération nationale des chasseurs qu'il préside entend "agir encore et toujours pour la biodiversité", se vantant de "sauvegarder et exiger que les biocorridors soient respectés", de "ramasser annuellement des déchets dans la nature", d' "entretenir des passages à faune", de "suivre et étudier les espèces migratrices" ou encore de "réguler les espèces invasives exogènes". Et voilà que, sans crier gare, il nous dit: "j'en ai rien à foutre de réguler". Quelle déception ! On lui faisait tellement confiance à cet homme délicat. Invité, sur RMC, à réagir à des images montrant des daims parqués dans un enclos pour y être tranquillement tirés, Willy Schraen a affirmé qu'il n'a pas à jouer “les petites mains de la régulation” de la biodiversité. “Moi mon métier c’est pas chasseur, j’en ai rien à fout' de réguler”, a-t-il déclaré. Son truc, c'est “du plaisir dans l’acte de chasse”. 
Voilà donc que les chasseurs prennent plaisir à chasser. Qui s'attendait à une déclaration aussi bouleversante ? "T'as rien compris à la chasse ! J'vais t'expliquer ce que t'as pas compris. Toi, tu penses qu'on est là pour réguler ?, demande-t-il à son interlocutrice (1). Mais t'as pas compris ?  T'as pas compris que nous c'est une passion ? T'as pas compris qu'on prend du plaisir dans l'acte d'chasse. T'as compris ça ? Tu crois qu'on va dev'nir, nous, les p'tites mains de la régulation ? Moi, mon métier, c'est pas chasser. J'en ai rien à fout' de réguler ! Je vais à la chasse parce que c'est une transition extraordinaire dans ma passion et j'y prends du plaisir." Bientôt, il nous dira qu'il n'en a "rien à fout'" des accidents de chasse - dont certains mortels - qui se sont multipliés depuis le début, récent, de la saison.

Sur la couverture de la plaquette de la Fédération nationale des Chasseurs, on découvre qu'il s'agit d'une "association agréée au titre de la protection de l'environnement" dont elle n'a rien à fout'.  Y est reproduite cette phrase de Rudyard Kipling: "N'admettez rien a priori si vous le pouvez le vérifier". Je l'avoue : je n'avais pas admis que les chasseurs étaient les rois des écolos. Ce brave Willy, qui tutoie si sympathiquement ses détracteurs, vient de m'aider à le vérifier.

(Re)lire sur ce blog: "Chasse punitive", 25.9.2021; "L'âge de chasse", 22.9.2019; "La saison des Tartarin", 13.9.2018; "La fable du loup et du rap", 17.2.2015.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/chasse-willy-schraen-nen-a-rien-a-foutre-de-reguler-avec-la-chasse-et-provoque-un-tolle_fr_618bebfee4b06de3eb7e05cf

mardi 9 novembre 2021

L'Europe du sexisme

"La liberté, c'est l'esclavage" proclame un des slogans du régime totalitaire de 1984, le terrifiant roman de George Orwell. Aujourd'hui, c'est le Conseil de l'Europe (1) qui affirme que la liberté, c'est la soumission. Des affiches présentent des jeunes femmes souriantes dont la moitié de la tête est voilée et l'autre pas. "Beauty is in diversity as freeedom is in hijab", nous dit-on, ajoutant que le monde serait sacrément ennuyeux si tout le monde se ressemblait et nous invitant à célébrer la diversité et à respecter le hijab. Oui, à respecter le hijab. Avec tout le mépris qu'on peut imaginer derrière ce slogan pour toutes les femmes qui, dans des pays islamiques, sont sommées de porter ce voile sous peine de prison, de violence ou même de mort. Pour elles, le hijab est l'exact contraire de la liberté. Vêtement politique (le dira-t-on jamais assez ?), il marque la soumission de la femme aux lois du Coran et à l'homme. Il indique une société patriarcale dans laquelle la femme doit tenir son rang qui ne sera jamais le premier. Il y a une bonne quinzaine d'années, j'avais reçu de l'imam de Ronse/Renaix un fascicule (que j'aurais dû conserver) de promotion du voile. Ce dernier était présenté comme un moyen de protéger, même contre son gré, cette perle qu'est la femme.
Le Conseil de l'Europe explique que ces visuels diffusés par tweets ont été réalisés par les participants d’un atelier "contre les discours de haine anti-musulmans" qui s’est tenu en ligne fin septembre, qu'ils ont fait "usage de leur liberté d’exprimer leur identité et leurs points de vue ", mais que leurs affiches ne représentent pas la position du Conseil de l’Europe ou de sa Secrétaire Générale". C'est pourquoi elles ont été retirées suite aux réactions indignées qu'elles ont suscitées principalement en France. 

"La campagne ne serait donc que le fruit de membres lambda de la société civile désireux de s’engager pour les droits humains ?, se demande l'hebdomadaire Marianne (2). Pas vraiment. Comme l’annonce d’ailleurs très ouvertement le site du Conseil de l’Europe, l’atelier en question a été organisé en collaboration avec le Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (Femyso) », une association bien connue pour son lobbying pro-voile. « Le Femyso est la branche jeune d’une organisation réputée proche des Frères musulmans, l’Union des Organisations Islamiques en Europe (UOIE), qui représente le courant fondamentaliste de l’islam en Europe et dont l’objectif est de former une élite musulmane européenne », explique à Marianne Florence Bergeaud Blackler, anthropologue au CNRS et spécialiste des mouvements islamistes. D'autres participantes à l'atelier sont membres de l’European Forum of Muslim Women (EFMW), une émanation féminine de l’UOIE. Bref, des organisations fondamentalistes islamiques se sont bel et bien glissées dans les petits papiers du Conseil de l'Europe en parvenant ici à mener, sous couvert de lutte anti-raciste, une campagne sexiste.  

Naëm Bestandji, essayiste, auteur de Le linceul du féminisme, Caresser l'islamisme dans le sens du voile (Seramis) estime (3) que cette campagne cherche à "assigner toutes les musulmanes à la frange extrémiste de l'islam par la promotion de son étendard sexiste et patriarcal. L’objectif est l’avancée de cette idéologie totalitaire aux antipodes des valeurs défendues par les diverses instances européennes. Comment est-ce possible ? Depuis plusieurs décennies, les Frères musulmans considèrent l’Europe comme un territoire à conquérir. Cela passe d’abord par la réislamisation des musulmans et l’adaptation des pays européens aux demandes islamistes." L'essayiste considère qu'avec le voile, "outil politique de prédilection de l’islamisme," et la rhétorique d’inversion "les islamistes se présentent en défenseurs des droits humains, de la laïcité et de la liberté des femmes et en combattants de la lutte contre le racisme. Comme pour toutes les idéologies totalitaires, la jeunesse est une cible fondamentale." Et un de leurs outils est dès lors le Forum des organisations européennes de jeunes et d'étudiants musulmans (Femyso). "La jeunesse a toujours été une cible privilégiée de l’islamisme politique. Sa vision s’inscrit dans le temps long. Cette idéologie veut influer sur les futurs citoyens pour que, à moyen et long terme, l’islamisme soit mieux accepté. Obsédés sexuels et nostalgiques d’un patriarcat multimillénaire, le sexisme du voile est leur outil politique de prédilection." 

Les islamistes sont doués pour les tours de passe-passe. Ils sont parvenus à tétaniser une bonne partie de cette gauche qui se veut bien pensante et ne craint qu'une chose: passer pour raciste en étant critique par rapport à une injonction de l'islamisme. Résultat: en pensant lutter contre ce qu'elle appelle islamophobie, elle nourrit le sexisme et le machisme. "La femme est considérée comme un objet sexuel tentateur qui doit être caché sous un voile pour ne pas exciter la libido masculine, écrit encore Naëm Bestandji. Il n’existe aucun discours équivalent pour les hommes. Cette campagne s’enfonce dans l’abject lorsqu’elle partage un dessin animé de dix secondes qui met en scène des petites filles voilées avec le slogan unis dans la diversité. Le sexisme, le patriarcat et, ici, la sexualisation des fillettes sont présentés comme des formes de diversités à promouvoir… Le hijab est prescrit par les islamistes afin de cacher la femme pour des raisons sexuelles. Voiler une fillette est la considérer comme désirable (tout en la préparant au sort d'objet sexuel adulte qui l'attend). Cette campagne véhicule les idées les plus rétrogrades de l'islamisme. Elle banalise la pédophilie par la sexualisation des fillettes tentatrices."

Conclusion de l'essayiste: "nos sociétés, certaines plus que d’autres, ont mis des siècles à s’émanciper du poids patriarcal de l’Église catholique. Mais il semble que le patriarcat est comme la nature : il aurait horreur du vide. Ce que nous espérions être une histoire révolue est sur le point d’être remplacé par le patriarcat de l’intégrisme musulman. Le patriarcat a encore de beaux jours devant lui, grâce au soutien d’institutions européennes comme le Conseil de l’Europe, avec les deniers du contribuable, et pour la plus grande joie des islamistes."

(1) qui n'a rien à voir avec l'Union européenne.
(2) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/derriere-la-campagne-pro-voile-du-conseil-de-leurope-la-galaxie-des-freres-musulmans
(3) https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/pub-pro-voile-du-conseil-de-leurope-une-strategie-victimaire-centrale-pour-lislamisme

jeudi 4 novembre 2021

Jeu de dupes

La COP26  est en cours. On va voir ce qu'on va voir. L'avenir de l'humanité est en jeu et les chefs d'Etats et de gouvernements le disent haut et fort: ils sont pleinement conscients de leur responsabilité historique. A l'exception des présidents chinois, russe, turc et brésilien qui ont visiblement d'autres priorités que l'avenir de leur peuple et de la planète. 
"Nous devons montrer que nous avons la maturité et la sagesse pour agir. Il est temps pour l'humanité de grandir, la COP26 est un tournant pour l'humanité", a déclaré à Glasgow le premier ministre britannique Boris Johnson, ratant aussitôt ce virage en prenant un jet privé pour regagner Londres et participer à un dîner avec ses anciens collègues journalistes du Daily Telegraph (1). 

Quelques jours avant l'ouverture de la grand-messe consacrée au climat s'en tenait une autre: le Sommet mondial sur l'avenir du tourisme. La Covid-19 a sérieusement ralenti l'activité de ce secteur en pleine explosion et les professionnels du tourisme n'attendent qu'une chose: faire voler, rouler et naviguer comme hier avions, autocars et paquebots de croisière. L'industrie touristique se souhaite un avenir "plus durable, plus inclusif et plus résilient" (2). A l'image sans doute de celle de Thaïlande qui pour remplacer les touristes perdus veut maintenant "attirer davantage les voyageurs d'affaires et les voyageurs haut de gamme", en encourageant le tourisme médical (sic), celui du bien-être ou encore le golf, autant de secteurs si inclusifs. "La France en manque de visiteurs chinois", s'inquiète en titre le journal de France 3 (3). Leur absence pour cause de pandémie génère un manque à gagner de 3 milliards d'euros par an. Le directeur du château de Chantilly est très inquiet. Il les attend impatiemment.
Le tourisme spatial devrait aussi se développer grâce à Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Il a l'intention d'installer une station privée dans l'espace avec un hôtel et des bureaux pour "developper l'activité économique et ouvrir de nouveaux marchés dans l'espace" (4).

A la COP26, quarante-six pays ont annoncé qu'ils abandonneraient le charbon d'ici 2040 et qu'ils n'accorderaient plus de soutien économique aux centrales à charbon. Mais uniquement pour les centrales à l'étranger et ce à partir de 2030. Ce qui laisse largement du temps pour brûler des millions de tonnes de charbon et subventionner ces centrales. La Chine et l'Inde, grands consommateurs de charbon, n'ont rien signé. D'après une étude du FMI, les grands producteurs mondiaux de gaz, de pétrole et et de charbon, reçoivent 11 (oui, onze) millions de dollars par minute (oui, par minute) dans 191 pays, soit rien de moins que 5100 milliards d'euros par an. Ces subventions représentent aujourd'hui 6,8% du PIB mondial. En 2025, 7,4%. Le secteur ne tremble pas. Mais se prépare néanmoins à une transition. Qui n'a rien d'écologique. "L'industrie des combustibles fossiles perd de l'argent sur ses marchés traditionnels de production d'électricité et transport. Elle construit donc de nouvelles usines de plastiques à un rythme stupéfiant afin de pouvoir liquider ses produits pétrochimiques sous forme de plastiques. Cette action annule d'autres efforts mondiaux pour ralentir le changement climatique." C'est une ancienne responsable de l'Agence américaine de protection de l'environnement qui l'écrit (5). Résultat: d'ici 2030, l'industrie américaine des plastiques émettra davantage de gaz à effet de serre que la totalité des centrales électriques au charbon.

Et cette décision encore au rayon des bonnes nouvelles: les dirigeants de plus de cent pays, représentant plus de 85% des forêts du monde, se sont engagés à la COP26 à mettre fin à la déforestation d'ici à 2030. Sachant que chaque minute l'équivalent d'une vingtaine de terrains de football sont "déforestés", calculez combien d'hectares de forêt il restera en 2030. Vous avez huit ans.

Autre nouvelle: le nombre d'immatriculations de voitures neuves est en lourde chute, à cause d'une pénurie de semi-conducteurs. C'est une mauvais nouvelle, nous dit-on.

Mais après tout, ce qui est important, ce sont tous ces petits gestes que nous pouvons, nous citoyens lambda, poser au quotidien pour sauver la planète: couper le robinet en se lavant les dents, prendre plus souvent son vélo, couper l'éclairage en quittant une pièce... On ne veut pas être défaitiste. Mais quand même. Après nous, les mouches. S'il en reste.

(1) https://www.lalibre.be/international/europe/2021/11/04/hypocrisie-choquant-un-choix-de-boris-johnson-provoque-la-polemique-en-pleine-cop26-NXLHTZMHQFHW7PM7SXXKBC74LQ/
(2) "Tourisme - Une pandémie, et ça repart !", Charlie Hebdo, 3.11.2021.
(3) 4.11.2021, 19h30.
(4) "Délire des hauteurs", Charlie Hebdo, 3.11.2021.
(5) "Au cul, la COP26 !", Charlie Hebdo, 3.11.2021.

dimanche 31 octobre 2021

Ce besoin des autres

Qui peut l'ignorer? L'élection présidentielle se profile en France, elle aura lieu dans moins de six mois. Les candidats se bousculent au portillon. On s'étonne d'en voir autant souhaiter monter sur la plus haute marche du podium qui, en France, est aussi celle de l'échafaud. Aussitôt élu, le président est vilipendé, ceux qui ne l'ont pas élu n'ayant qu'un objectif: le guillotiner.
Dans les (d)ébats actuels, le thème imposé par l'extrême droite, la lutte contre l'immigration, prend presque toute la place, contaminant la droite et une partie du centre. Telle une flaque d'hydrocarbures en mer, il pollue son environnement et semble inarrêtable. La lutte contre le réchauffement climatique devrait être la priorité absolue, mais la majorité des candidats l'ignore ou la fait passer loin derrière le pouvoir d'achat, la sécurité et l'immigration. Nous sommes envahis, nous ne sommes plus chez nous, clament les Zemmour, les Le Pen et autres nationalistes obsédés par la fermeture des frontières.

Les chiffres leur donnent pourtant tort: l'immigration dans les pays de l'OCDE a atteint en 2020 le plus bas niveau enregistré depuis 2003. Une baisse d'au moins 30% (1). La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansonn, estime qu'un aspect positif de la pandémie de coronavirus est d'avoir rendu "évident que nous avons besoin des migrants" sur le marché du travail. Et s'il y a une urgence, ce n'est pas de lutter contre l'arrivée de migrants, mais contre le travail irrégulier. "Par ailleurs, souligne Olivier Pirot dans La Nouvelle République (2), les immigrés ne coûtent globalement rien à la société. Leur impact selon les pays et les années oscille entre -1% et +1% du PIB. Et sur la période 2006-2018, il est même le plus souvent positif." Le journaliste souligne aussi que, "contrairement à certaines idées reçues et discours politiques, la majorité des immigrés dans ces pays (de l'OCDE) sont des femmes". Et que "la pandémie a montré aussi, directement dans les territoires, le besoin essentiel de certains secteurs de faire appel à de la main d'œuvre saisonnière et étrangère". 
L'OCDE insiste: "mieux intégrer les immigrés peut contribuer à renforcer les gains budgétaires. Par exemple, le simple fait de combler l'écart d'emploi entre les personnes d'âge actif issues de l'immigration et celles nées dans le pays, de même âge et de même niveau d'études, pourrait accroître la contribution budgétaire nette totale des immigrés de plus d'un tiers de point de PIB dans un pays sur trois". Mais l'extrême droite préfèrera toujours les slogans simplistes aux chiffres, la haine à la raison. 

(1) "En 2020, les flux migratoires ont brutalement chuté", La Nouvelle République, 29.10.2021.
(2) "Autre jour", La Nouvelle République, 29.10.2021.

(Re)lire sur ce blog "Le pain des Français", 16.10.2021.

vendredi 29 octobre 2021

C'est comment qu'on freine?

L'Homme est un animal curieux. Il apprend lentement et n'aime guère modifier ses habitudes. Il aime vivre comme il a vécu, même si son mode de vie s'apparente à une fuite en avant. 
Depuis quelques décennies, on lui dit que les prix de l'énergie sont ridicules par rapport à leur coût réel. On lui dit que les énergies fossiles vont coûter de plus en plus cher à tous points de vue, économique comme écologique. Mais l'Homme est un animal sourd. Il n'aime pas entendre ce qui le dérange. Aussi s'étonne-t-il aujourd'hui devant la flambée des prix de l'énergie. Elle est aussi inattendue qu'inacceptable, s'indigne-t-il. L'Homme adore s'indigner.

Dans une séquence d'un journal télévisé consacrée à cette hausse des prix, une femme explique que, pour faire face à l'augmentation des tarifs du gaz, les membres de sa famille se voient obligés de diminuer la température ambiante demandée, de porter un pull plutôt que de vivre en t-shirt, de ne chauffer la salle de bains qu'au moment de son utilisation et de ne plus chauffer les chambres. Bref, cette famille découvre le b.a-ba de l'utilisation rationnelle de l'énergie. Dans le même temps, le Ministre français de l'Economie se réjouit de voir la croissance repartir à la hausse et remercie ses compatriotes de consommer autant. Et tant pis si cette croissance s'apparente à un suicide programmé. Le gouvernement et une large partie de la classe politique et économique entendent relancer le programme nucléaire pour répondre à la forte hausse attendue de la consommation d'énergie. Il s'agit de répondre à la demande. Produire toujours plus pour pouvoir consommer toujours plus. Ou consommer toujours plus pour justifier une production sans cesse croissante. Tous les appels au changement radical de mode de vie lancés lors du premier confinement n'ont pas été entendus. L'Homme est un animal sourd et têtu. 

La Ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, affirme cependant la nécessité de "baisser de 40% notre consommation d’énergie”. L'association négaWatt invite à la sobriété et propose dans un récent rapport (1) “d’augmenter le prix de l’aérien, d’interdire progressivement l’ensemble des vols intérieurs lorsqu'une alternative ferroviaire existe, de mettre fin aux ventes de véhicules diesels et essences au plus tard en 2035” ou encore de “réduire la vitesse maximale autorisée sur autoroute à 110 km/h”. La limitation de vitesses ne plaît pas en France. “C’est une mesure qui semble impopulaire et semble être une atteinte aux libertés, mais il faut la voir autrement”, répond Yves Marignac, chef du Pôle énergies nucléaire et fossiles et l’un des auteurs de négaWatt 2022. “Ce qui est encore plus impopulaire que la réduction de vitesse, c’est la pollution, la circulation accrue, les embouteillages, et les accidents mortels”. Pour négaWatt, écrit le HuffPost, limiter la vitesse permet à la fois de réduire la pollution  - qui provoque chaque année 50.000 décès prématurés en France - et de diminuer les dangers de la conduite. Reste que pour inciter à un changement de mode de locomotion, les pouvoirs publics devraient développer d'urgence une nouvelle politique de transport en commun et soutenir l'usage du vélo qui n'est pratiqué, dans trop de campagnes, que le dimanche. Et pour mener ces politiques, taxer beaucoup plus les producteurs d'énergie. A l'heure où on nous annonce que la hausse des prix de l'énergie se poursuivra au moins jusqu'au printemps 2022, le groupe Total a vu ses bénéfices multipliés par vingt-trois. L'Homme, cet animal aveugle, peut-il considérer qu'il s'agit là d'une bonne nouvelle?

A lire: le numéro spécial du Courrier international consacré au climat. "L'avenir nous appartient - Comment lutter contre le dérèglement climatique, de façon individuelle et collective, 28.10.2021. 

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/reduire-la-vitesse-sur-autoroute-a-110kmh-et-mettre-fin-aux-voyages-a-lautre-bout-du-monde-comment-faire-accepter-la-sobriete-energetique_fr_6177f9b0e4b066de4f67c36d


samedi 16 octobre 2021

Le pain des Français

En janvier dernier, un boulanger de Besançon a entamé une grève de la faim pour éviter l'expulsion de son apprenti. Impossible de trouver un apprenti pour sa "Huche à pain", jusqu'à ce qu'il rencontre Laye Fodé Traoré, un jeune guinéen, qui n'avait que deux envies: apprendre et trouver du travail. A l'âge de 18 ans, ce dernier a reçu un ordre de quitter le territoire français. Son patron a fini - en mettant sa vie en jeu - par obtenir gain de cause. Depuis, le jeune homme a obtenu son CAP de boulangerie et suit à présent une formation en carrosserie, domaine qui était son premier choix. Stéphane Ravacley, son patron, constate qu'aucun problème n'a été constaté avec tous ces jeunes venus d'ailleurs, qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'aucune plainte. Le jeune guinéen boulanger à Besançon a connu une belle réussite scolaire. "Ils sont doués et ont toute leur place dans nos entreprises", constate son patron (1). 

Dans l'Ain, un couple de boulangers a formé un autre jeune guinéen. "Il est motivé, il a toutes les qualités requises." Les deux boulangers auraient voulu l'engager comme apprenti, ce qui s'est avéré impossible. Jusqu'à ses 18 ans, Yaya était protégé par son statut de mineur non accompagné. Mais au-delà, il n'avait plus ni statut, ni papier. Pendant trois ans, ils ont effectué toutes les démarches possibles auprès de la préfecture pour qu'il obtienne ses papiers. En vain. Ici encore, une grève de la faim a débloqué la situation.

Pour soutenir tous ces patrons qui galèrent pour pouvoir engager un apprenti venu d'ailleurs, Stéphane Ravacley a créé un collectif national, Patrons solidaires (2). Ils sont nombreux ces jeunes dont l'envie de travailler est contrariée par leur absence de papiers:  Madama, Karim, Noureldien, Amara, Aboubakar, Ousmane, Mohamed, Amadou. Ils ont envie d'être boulanger, menuisier, électricien, boucher et ont un emploi ou un contrat d'apprentissage à portée de main, mais l'Etat, aveugle et sourd, veut les expulser.

On voit par là que l'extrême droite et son chantre à la mode, Zemmour l'épouvantail, sont totalement déconnectés de l'économie réelle. Ils sont les premiers à déplorer la disparition des petits commerces et des artisans dans les campagnes, sans vouloir voir que ce sont de jeunes migrants qui les sauveront. Zemmour incarne le douanier (qui n'est pas un imbécile, puisqu'il est douanier) stupide et raciste du sketch de Fernand Raynaud: "J'aime pas les étrangers qui viennent manger le pain des Français" (3). Il chasse l'étranger et se retrouve sans pain. L'étranger était boulanger.

mercredi 6 octobre 2021

Vieux jeunes

Quand il apparaît à la télévision, on change de chaîne et par réflexe on ouvre la fenêtre. On sent comme une odeur de pieds, de beurre rance, d'égout. On n'arrive pas à comprendre comment Zemmour peut  rencontrer autant de succès, comment il peut rendre fou à ce point. Il abêtit. Et il vieillit prématurément aussi, notamment de jeunes maires. On a vu hier dans un JT français l'un d'entre eux mener campagne pour que le candidat le plus gris et le plus désespérant qu'on puisse imaginer recueille les signatures nécessaires à sa candidature à la présidence de la République française. Comment un cauchemar peut-il faire rêver ? La Nouvelle République - Indre nous apprend que le maire du petit village de Saint-Gilles s'enthousiasme pour Zemmour le haineux, au point de prendre l'initiative de créer un comité de soutien à la candidature du non encore candidat pétainiste. Ce maire a 21 ans. Il espère accueillir chez lui celui qu'il voit comme un sauveur. Dans quel état psychologique faut-il être pour soutenir un tel individu pleurnicheur et agressif - et déjà condamné par la justice pour incitation à la haine raciale - dont le seul programme se résume à fermer les frontières ? Ces jeunes sont plus vieux que des octogénaires qui militent pour la solidarité, l'accueil, le renouveau. Ces vieillards avant l'heure voient l'avenir dans un rétroviseur. Parfois, le système démocratique inquiète.

Post-scriptum: pour savoir pourquoi il ne faut plus dire Eric Zemmour mais Olive Avertisseur-Sonore, écoutez François Morel: https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-du-vendredi-08-octobre-2021

(Re)lire sur ce blog: "Croquemitaine", 8.12.2014; "Sourires amers", 5.9.21; "Le temps des brutes", 13.10.16.

lundi 4 octobre 2021

A.u. la fo.u.lle !

Voilà que l'on apprend (1) qu'un projet de décret en Communauté française de Belgique rebaptisée Fédération Wallonie-Bruxelles entend imposer l'usage de l'écriture inclusive tant à l'écrit qu'à l'oral. Depuis quand le politique se mêle-t-il de fixer les règles du langage ? Dans quel type de régime est-on alors ? Cette imposition nous donnerait un langage et une écriture moches, illisibles, inécoutables, impraticables, mais si politiquement correct.e.s qu'on se croirait dans 1984. La novlangue est l'expression d'une doctrine totalitaire. Y aura-t-il une police de la langue? Ce projet fait froid dans le dos.

(Re)lire sur ce blog: "Quotidien de la femme",  8.3.2018

(1) https://focus.levif.be/culture/livres-bd/decret-sur-l-ecriture-inclusive-mais-que-font-les-flic-quette-x-s/article-column-1475541.html