vendredi 8 septembre 2017

Une maladie de l'avenir

Récemment (1), j'évoquais ici les propos répugnants et répulsifs, diffusés sur son blog, d'un prêcheur islamiste, français d'origine algérienne, qui vomit les femmes qu'il considère comme des sous-êtres. Etant entendu que lui a tout compris et est, du haut de sa supériorité de mâle, l'intelligence incarnée. On en rirait si ces positions n'étaient de plus en plus partagées.
L'écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, vient de publier "Sexe et mensonges", un livre sur la vie sexuelle au Maroc qui repose sur des témoignages de femmes. 
Parlant de cet ouvrage, l'écrivain algérien Kamel Daoud estime qu'une de ses révélations est "le démantèlement d'une vieille croyance positiviste: le patriarcat, le machisme, la femme comme être minoré, ne sont pas le reliquat d'une culture qui s'imbrique mal dans l'universel et endosse mal la mécanique de la modernité, mais une construction du présent. Ce n'est pas une maladie du passé qui persiste, mais une maladie de l'avenir qui s'installe. Ce qui s'y joue n'est pas le poids de traditions rigides que l'on peine à décarcasser, mais un néoconservatisme qui a pris de la force, de la place, des leviers de pouvoir et même les armes. Les régimes autoritaires cultivent le deal avec des bigots qui ont imposé les termes du débat sur la sexualité: elle est menace, invasion, déstabilisation, trahison... De quoi souder les rangs contre la femme, au nom de Dieu, de la Femme vertueuse, de la Culture, de la Différence." (2)
En écho, Leïla Slimani en appelle "à la raison des Lumières et à l'horizon de l'universalité. Oui, on est des musulmans, on a notre culture, mais il faut arrêter de considérer que tous nos droits sont culturels. On peut aussi revendiquer des droits parce qu'ils sont universels et que, avant d'être marocains, musulmans ou femmes, on est des êtres humains. Sans être les otages de notre culture. Notre culture, c'est quelque chose de mouvant. On peut la faire changer. Et tout ne va pas s'écrouler." (3)
Kamel Daoud encore, avec ces propos qui se passent de commentaire: "nous sommes malheureusement, coincés entre le You Porn et le You pray, refusant la vie, rêvant de la mort comme orgasme, de l'au-delà comme seule compensation. Erigeant la spécificité culturelle là où nous avons peur d'aller vers l'autre, de le toucher, l'aimer, le désirer. Parce que castrés dans leur présence au monde, nos hommes se vengent par l'excision juridique, sociale et physique des femmes".

(1) "La fabrique d'islamophobie", 30 août 2017
(2) "Entre You Porn et You Pray", L'Obs, 31 août 2017.
(3) "Les femmes, le sexe et l'islam", L'Obs, 31 août 2017.

mercredi 6 septembre 2017

Sur la mauvaise pente

Il y a de nombreuses années, le Chat (de Philippe Geluck), toujours prêt à partager ses connaissances scientifiques, répondait à cette question complexe: "comment savoir si l'on est dans une montée ou dans une descente?". C'est facile, expliquait-il, il suffit de se munir d'un ballon et de le lâcher. S'il part vers le haut, c'est qu'on est dans une montée, vers le bas, dans une descente. 
La même expérience peut s'opérer avec un vélo. Si le vélo avance seul sans que le cycliste ne donne le moindre coup de pédale, c'est que le vélo est dans une descente.
Ce phénomène incroyable semble ignoré de nombre de complotistes qui visiblement (1) n'y ont pas pensé, tant ils sont persuadés avoir découvert la preuve que le vélo de Froome est truqué.
Bien sûr, on peut avoir des doutes autant sur le dopage électrique de nombre de vélos de course que sur le dopage chimique des cyclistes professionnels qui les montent. Autre chose est de diffuser urbi et orbi des conclusions aussi hâtives que stupides à partir d'un vélo et d'un cycliste qui avancent pendant cinq secondes.
On voit par là qu'il peut être utile de quitter de temps à autre son écran pour faire de la marche ou du vélo et ainsi découvrir que le monde est moins plat que notre encéphalogramme. 

Faites notre test (niveau débutants):
sur quelle(s) photo(s) le vélo est-il dans une descente?







(1)

dimanche 3 septembre 2017

Rire de mourir

Charlie Hebdo devrait supprimer ses unes et commencer immédiatement par la page 2. Ses unes font trop souvent polémique. Récemment (1), c'est un dessin dénonçant la violence d'un certain islam qui choquait les culs bénis. Voilà que la une de mercredi dernier scandalise, nous dit-on, des élus et des journalistes américains. Elle est drôle, pourtant, cette une dont le dessin de Riss représente des drapeaux nazis à moitié immergés sous une pluie battante et des mains tendues qui sortent de l'eau. On y lit "Dieu existe! Il a noyé tous les néonazis du Texas!". Shocking pour de bonnes âmes américaines (2). L'une d'elles trouve cette une "méprisable" mais reconnaît que les dessinateurs de Charlie ont quand même "la bénédiction de Dieu pour la publier." Un autre affirme qu'il n'est plus Charlie. Un autre encore estime que par peur de l'islam Charlie s'attaque aux victimes de tempêtes. "Les terroristes musulmans ont gagné", affirme cet homme qui visiblement ne lit jamais Charlie Hebdo.
Ces braves Américains devraient, au contraire, se réjouir de voir que - enfin - Charlie Hebdo croit en l'existence de Dieu. Mais non, ils s'offusquent d'un dessin qui se moque non pas des victimes de l'ouragan mais des néonazis qui récemment se sont tristement illustrés à Charlottesville et à qui l'élection d'Ubu Trump semble avoir donné une vraie fierté et une arrogance insupportable.
Au-delà de l'incompréhension de tel ou tel dessin, se posent des questions: la caricature peut-elle être limitée? Doit-elle, peut-elle être, sans perdre son sens, politiquement correcte?  Les néonazis ou les islamistes le sont-ils, eux, politiquement corrects? Et enfin ne peut-on rire de la mort, elle qui se rit de nous chaque jour?
L'humour nous fait rire tant qu'il ne nous touche pas personnellement. Le répertoire des Misters des Voix picardes, dont j'ai fait partie, ne comportait que des chansons "tristes et affligeantes". Nous chantions - à notre façon - la maladie, la mort, les accidents de la route, les violences familiales, les échecs, la dépression, le handicap et tant d'autres aspects noirs de la vie. Les spectateurs nous disaient avoir beaucoup ri, sauf, nous disait l'un, de cette chanson sur la maladie, lui qui venait d'en connaître une "longue et pénible"; sauf, nous disait une autre, de cette chanson sur le chômage, elle qui venait de le vivre trop longtemps; sauf, nous disait un troisième, de cette chanson sur la mort, lui qui l'avait trop souvent côtoyée. Mais toutes les autres les avaient fait beaucoup rire.
Si l'humour ne sert qu'à rire des autres et pas de soi a-t-il tout son sens? 
Ceci dit, imaginer ces red necks texans, si fiers de la couleur de leur peau et se moquant de ceux qui n'ont pas la même, les imaginant donc, ces producteurs de pétrole victimes du dérèglement climatique, le cul (et le reste) dans l'eau me fait rire. Allez savoir pourquoi.

(1) sur ce blog, "Padam padam", 23 août 2017.
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/01/les-americains-choques-par-la-une-de-charlie-hebdo-sur-les-sinistres-dharvey_a_23193204/?utm_hp_ref=fr-homepage

mercredi 30 août 2017

La fabrique d'islamophobie

On reçoit d'un ami (qui nous veut du bien) une invitation à jeter un œil averti sur le blog d'un certain Issa Hamad. On y lit son billet intitulé "La femme diplômée et ses cornes diaboliques" (1). Dès les premières lignes, on pense à un gag, à une provocation qui va rapidement se dévoiler comme telle. Mais non, il faut se rendre à l'évidence (à défaut de se rendre à la raison): c'est très sérieusement que cet " auteur musulman maghrébin engagé" écrit que les filles "n'ont pas l'intelligence de comprendre quoi que ce soit", que "leur raison d'être" est de "devenir des épouses soumises et des mères aimantes", que "la jeune femme diplômée n'est qu'une petite idiote prétentieuse" et un fatras de bêtises du même tonneau. On se dit que ce texte doit dater du bas Moyen-Age, mais non, il est daté du 7 juillet de cette année. Nous sommes donc bien dans d'obscures années.
Un autre de ses billets s'intitule "La femme est un grand vide". Et il s'explique: "un vide sidéral qui ne désire cependant qu'à être rempli, être comblé. Ça tombe bien, l'homme est un remplisseur dans l'âme. Seulement voilà: le vide féminin engloutit toujours ce dont on le remplit." Ce qui est étonnant avec cet "auteur", c'est qu'il dénonce du haut de sa grandeur et de sa suffisance masculines la prétention féminine. A-t-il une mère, ce grand penseur, des sœurs, une compagne, des filles? N'a-t-il donc que mépris pour elles? Les considère-t-il comme stupides? A-t-il déjà discuté avec une femme, quelle qu'elle soit? A-t-il ne serait-ce que quelques notions de biologie? Croit-il, pour comparer "la femme" à "un grand vide", que seuls l'homme et ses petits spermatozoïdes créent la vie?
Algérien d'origine, habitant en région parisienne, Issa Hamad se donne des allures de Christ. Il s'est fait photographier en contre-plongée, les cheveux au vent. Visiblement assez jeune, il ne supporte pas "la modernité" (2) et est fier de se présenter comme un autodidacte sur les plans religieux et intellectuel. Apparemment, il n'a pas encore lu Charles Darwin, Simone de Beauvoir ou Mohammed Iqbal. Il doit évidemment détester Abdennour Bidar qu'il doit classer comme beaucoup d'autres intellectuels contemporains parmi les traîtres. On pense à celui-ci cependant quand il dit que "beaucoup de nos concitoyens de culture musulmane cherchent à élaborer un rapport libre à leur religion  - et non pas à être sempiternellement encadrés par des clercs, même éclairés. Ils en ont assez des prêchi-prêcha! Ils cherchent une relation intelligente, instruite, contemporaine, à leur foi et à la civilisation islamique mais ils ne trouvent presque rien... ou plutôt si hélas! Ils trouvent sur internet des textes de prêcheurs qui se font passer pour des penseurs." (3)

Ce n'est guère une surprise, Issa le prêcheur croit non seulement en son dieu mais aussi qu'existe un "Système mondialiste" qui oppresse le "musulman maghrébin éveillé de France" et qui promeut le métissage (que lui abhorre). Il a écrit un livre, "à la radicalité assumée", pour sauvegarder l'identité des musulmans de France.
Au-delà des bêtises d'un autre âge qu'il exprime sur son blog (il faut le reconnaître, avec un certain talent), l'homme s'avère dangereux, appelant clairement à la violence. Dans un billet intitulé "CHIRK, le crime impardonnable" (4), il affirme que "si le Prophète était avec nous en ce moment, ce sont ces nouvelles idoles (il cite notamment la République, BNP Paribas et le FC Barcelone) qu'il détruirait sans ménagement. Il bombarderait Wall Street et la City, les stades, les parlements, et toutes sortes de tours de Babel modernes, symboles de l'orgueil et des sacrilèges de notre temps. Il raserait tout ce qui usurperait la moindre parcelle de l'autorité divine. Il n'est plus avec nous. C'est donc à nous de le faire!".
Y aura-t-il quelqu'un pour faire taire ce fou de Dieu qui prétend prendre la place du Prophète? (Et d'ailleurs n'est-ce pas blasphémer que vouloir prendre cette place?) Au nom de la liberté d'expression a-t-on le droit de mépriser publiquement à ce point les femmes et, pire encore, d'appeler aux attentats? Combien sont-ils sur internet à distiller leur fiel, à répandre leurs "analyses" perverses, à appeler à la violence contre la société, à vomir leur haine des femmes, de la modernité, de l'Occident, du monde, de tous ceux qui ne pensent pas comme eux? Que font-ils de positif de leur vie? Qu'ont-ils reçu de la société? Que lui rendent-ils? De quoi vivent-ils? On aimerait avoir des réponses à tant de questions. Et à celle-ci aussi: savent-ils qu'ils sont, ces sinistres prophètes, les premiers fabricants de l'islamophobie?

Lorsque sans parti pris
On établit le bilan d' l'humanité d'aujourd'hui
I d'vient limpide comme un clair de lune 

et lumineux comme un clerc de notaire
Qu' c'est pas d' sitôt qu'les hommes s'ront frères
Et qu' malheureusement au contraire
Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et d' ses affluents

C'est triste et déprimant !
Y a de la haine partout
Y a d' l
a haine tout autour de nous
Surtout partout où
Tout se passe par en d'ssous
De mémoire de grincheux
Jamais dans les yeux
On n' vit tant d'regards haineux

Ah y en a-t-y, y en a-t-y
De cette haine qui
Saoule les esprits qui
Perdent le sens d'la fraterni-
-té et ainsi
Çui d' l'altruisme aussi

(extrait de "Tyrolienne haineuse", Pierre Dac)

(1) http://www.issahamad.net/la-femme-diplomee-et-ses-cornes/#comment-132
(2) l'usage d'un blog, c'est moderne, non?
(3) "Plaidoyer pour la fraternité", Abdennour Bidar, Albin Michel, 2015.
(4) 11 juillet 2017.



dimanche 27 août 2017

De bruit et de fureur

Rien ne semble pouvoir déstabiliser Ubu Trump. Plus il accumule et profère de bêtises, plus il est sûr d'avoir raison, même si c'est contre le reste de l'humanité. Il semble d'ailleurs que plus on le contredit ou on le critique, plus il se sent renforcé dans son jugement. Qui est forcément le meilleur. Même si ce jugement est l'exact contraire de celui qu'il énonçait la veille. Mais peu lui chaut à lui qui n'a pas plus de mémoire qu'un poisson rouge et a moins de culture qu'un mollusque nouveau né.
Le chantre du repli américain joue à celui qui a le plus gros zizi avec Kim Jong-Un et avec Nicolas Maduro et se dit prêt à mettre la planète (ou en tout cas une bonne partie) à feu et à sang pour démontrer qu'il peut faire mal dans les cours de récré. Certains y voient une nouvelle version de la "stratégie du fou" qu'appliquait Richard Nixon pour faire croire qu'il était prêt à tout - et surtout au pire - pour mettre fin à la guerre du Vietnam. Mais, comme le craignent d'autres, est-on certain avec Trump qu'il s'agit d'une stratégie et pas juste de l'état d'un esprit insuffisamment équilibré?
L'homme qui n'a pas peur de regarder le soleil dans les yeux peut tout. "Il peut susciter le chaos et exister dans l'œil de son propre cyclone", écrit le romancier américain Jérôme Charyn (1). Les vacances ne sont pas pour lui. Il faut qu'il soit dans le regard de chaque observateur. Ses sept premiers mois d'exercice du pouvoir n'ont été qu'un numéro de claquettes ponctué par un cri primal. Il ne peut pas survivre hors du halo de sa propre fureur."
Le joueur de golf à qui il arrive aussi d'être président de son pays a laissé entendre qu'il ne faisait aucune différence entre racistes et anti-racistes. Pressé par ceux qui essaient (assez vainement) de le conseiller, il a fait marche arrière avant de revenir à des propos associant anti-racisme et violence, estimant aussi que "il y a des gens très bien des deux côtés", donc également du côté des racistes et des suprémacistes. Bref, il en revient à ses fondamentaux. Michael D'Antonio, son biographe, affirme (2) que Trump "a un point de vue raciste sur le monde. Au fil des ans, il a manifesté du ressentiment à l'encontre de tous les groupes à l'exception des hommes blancs". Lui et son fils, écrit Le Courrier international (3), affirment que la famille Trump croit "en l'existence d'une gradation distinguant des populations supérieures et inférieures". Une croyance qu'on pensait révolue depuis un siècle. Mais la marque Trump semble décidément être celle de la pensée (?) obsolète et abjecte. Ce blanc fier de l'être n'est en fait qu'un pâle type. Mais peut-être faut-il éviter de le lui dire? Il en tirerait un peu de fierté.

Père Ubu. - Alors, voilà. Je tâcherai de lui marcher sur les pieds, il regimbera, alors je lui dirai: MERDRE, et à ce signal vous vous jetterez sur lui.
Mère Ubu. - Oui, et dès qu'il sera mort tu prendras son sceptre et sa couronne.
(Alfred Jarry, Ubu Roi)

(1) "Le Donald Show", Charlie Hebdo, 23 août 2017.
(2) dans The Boston Globe, cité par le Courrier international, 24 août 2017.
(3) "Le racisme est dans l'ADN de Trump", le Courrier international, 24 août 2017.

mercredi 23 août 2017

Padam padam (air - trop - connu)

Une fois encore, les culs bénis sont choqués. Sans doute ou peut-être (on l'espère en tout cas) déplorent-ils les morts et les blessés des attentats islamistes qu'a connus l'Espagne ces derniers jours, mais ils sont surtout révoltés par la une de Charlie Hebdo ce jour. Un dessin de Juin (1) y montre deux personnes mortes, couchées sur la route,  tandis qu'une camionnette s'éloigne. Au-dessus d'eux, cette phrase: "Islam, religion de paix... éternelle". Les culs bénis trouvent que Charlie Hebdo fait preuve, "une fois de plus", d'islamophobie (2), un terme inventé pour interdire toute critique de l'islam. On n'aurait donc pas le droit de dénoncer et de condamner le rôle de l'islam dans cette folie furieuse qui transforme tant de jeunes en assassins?
Dans son édito dans le Charlie de ce jour (3), Riss constate que "les débats et les interrogations sur le rôle de la religion, et plus particulièrement de l'islam, dans ces attentats ont complètement disparu".
Les culs bénis dénonce les amalgames entre terrorisme et islam. Mais qui fait ces amalgames, sinon ces terroristes qui tuent (le plus souvent sans même savoir précisément pourquoi) au nom de l'islam? Qui fait ces amalgames, sinon des imams qui prêchent la haine plutôt que la paix (l'un d'eux est considéré comme le cerveau du réseau des djihadistes qui ont tué en Espagne)? Combien de mosquées ont dû être fermées dans nos pays parce qu'elles étaient des nids de djihadisme? D'où vient la violence? D'un dessin? De Charlie Hebdo? Que les culs bénis réfléchissent un peu, s'ils en sont capables. Cette violence vient d'un dévoiement inacceptable d'une religion qui, oui, se présente comme les autres comme une religion de paix, mais est devenue, pour certains de ses "fidèles", arme de guerre.
"Pour épargner aux musulmans modérés l'affront de relier leur foi à la violence djihadiste, écrit encore Riss, on a méthodiquement dissocié islam et islamisme. Pourtant, l'islamisme fait partie de l'islam. Lorsqu'on critique l'Inquisition et ses crimes, on ne détache pas cette mouvance fanatique du reste de l'église catholique." Mais les culs bénis, quand on les a frappés sur la joue droite, n'aiment rien tant que tendre la joue gauche aux terroristes qui croient servir Allah et Mahomet en massacrant aveuglément.
Dans la Nouvelle République (4), Ouzah Bouregaya, musulman de Châteauroux, en appelle à une réaction des siens: "ce que j'aimerais voir, c'est un soulèvement de notre communauté afin de dénoncer cette violence qui ne correspond pas du tout aux préceptes de l'islam". Il déplore que des dizaines de milliers de personnes soient capables de descendre dans les rues pour un match de football opposant France et Algérie, mais que ces attentats "ne suscitent pas cette même ferveur".
Mais les culs bénis se scandalisent des appels lancés aux musulmans à protester contre la prise en otage de leur religion par des névrosés de tous âges. 

(1) https://charliehebdo.fr
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/08/22/charlie-hebdo-taxe-dislamophobie-avec-sa-une-sur-les-attentats-en-espagne_a_23157786/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) "Les autruches en vacances", Charlie Hebdon, 23 août 2017.
(4) "Attentats: j'aimerais voir un soulèvement", La Nouvelle République - Indre, 22.8.2017.
A (re)lire sur ce blog:
- "Padam, Padam, Algam", 25 mars 2016;
- "Répugnante manifestation et saine colère", 28 mars 2016.

Post-scriptum: sur le même sujet:
https://www.marianne.net/politique/les-anti-charlie-hebdo-lancent-leur-charge-de-rentree

mercredi 9 août 2017

Jean Neymar *

Ainsi donc le club du Qatar-Saint-Germain a acquis pour la coquette somme de 222 millions d'euros un jeune joueur brésilien. L'indécence du milieu du foot n'a jamais eu de limites et semble même chercher à repousser celles-ci en permanence. La presse s'est associée à l'hystérie, multipliant les articles sur le prodige, le Huffington Post allant juqu'à lui consacrer, il y a quelques jours, les cinq premiers billets de sa page d'accueil. La Tour Eiffel a été illuminée spécialement pour célébrer l'arrivée du gamin à Paris. Mais après tout, quand on débourse une telle somme, il aurait mesquin de  ne pas le faire. Le jour de son arrivée en France sera-t-il désormais férié?
Payer des ponts non pas d'or mais de diamants pour s'offrir des joueurs - aussi talentueux soient-ils - a quelque chose de profondément vulgaire et insultant. Bien sûr pour tous ceux qui meurent de faim ou qui dorment dans la rue, mais aussi pour tous ces gagne-petit qui paieront bien chère leur place pour aller voir jouer ces nababs en culottes courtes.
Fidèle à lui-même, Charlie Hebdo a publié sur sa page Facebook un dessin de Juin qui annonce "le joueur le plus cher pour les ultras les plus cons". Le dessin représente un supporteur du PSG qui confirme: "Dans la vie tout se mérite". Dans son numéro papier de ce jour, Charlie Hebdo publie un "florilège" de commentaires reçus à propos de ce dessin. Aucun d'eux ne mérite d'être une fois encore diffusé, mais tous confirment, dans leur assauts de grossièreté, la justesse du dessin. CQFD.

* Bon... je suppose que d'autres ont dû faire avant moi ce jeu de mots (facile, je le concède). Mais comme je ne l'ai pas encore lu ailleurs, je me permets...

mardi 8 août 2017

Etre ou haïr?

On peut donc être (au moins virtuellement) envoyé en prison pour avoir aidé des personnes en détresse: Cédric Herrou vient d'être condamné, par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, à quatre mois de prison avec sursis (1). Sa faute: avoir convoyé, hébergé et soigné des candidats réfugiés (2). Ceux qui les laissent sur le bord de la route, en détournant les yeux, ne devraient-ils pas être condamnés pour non assistance à personnes en danger? On se le demande donc: qu'est-on censé être quand on est un être humain? Comment peut-on, comment doit-on exprimer sa solidarité avec celles et ceux qui fuient la guerre et la misère?
Pendant ce temps, de sombres individus ont affrété un bateau pour renvoyer vers les côtes africaines ceux qui pour sauver leur peau tentent de gagner l'Europe (3). Ces identitaires sont jeunes, nous dit-on, mais si vieux dans leur tête qu'ils craignent de ne plus savoir qui ils sont, si des demandeurs d'asile s'installent chez eux. Les pêcheurs tunisiens dénoncent leur racisme et sont décidés à bloquer leurs ports pour empêcher d'accoster le bateau de la haine (4). Il s'appelle C-Star, mais son étoile est morte. Cédric Herrou, lui, s'est rangé du côté de la vie.

(1) http://www.lesoir.be/108307/article/2017-08-08/france-peine-alourdie-en-appel-pour-cedric-herrou-coupable-daide-aux-migrants
(2) (Re)lire sur ce blog "Dans le mur", 10 février 2017, et "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.

mercredi 12 juillet 2017

Le temps ne fait rien à l'affaire (ni aux affaires)

Le torchon brûle, en Wallonie, entre le Ps et son allié CDH. Ce dernier a décidé de lâcher le tout-puissant parti, estimant que trop is décidément te veel. Que le niveau de gangrène atteint par le Ps le rend infréquentable. Le Ministre-Président wallon, Paul Magnette, s'indigne, il dénonce de la part de Benoît Lutgen, président du CDH, "un niveau d'irresponsabilité jamais atteint" (1). Mais ne dit rien de l'irresponsabilité de son parti qui n'a jamais été capable de modifier fondamentalement ses pratiques et de retrouver une éthique qui lui fait défaut depuis des décennies maintenant.
Le Washington Post estime que pour comprendre la Belgique et ses scandales il suffit de regarder l'Afrique. Le journal américain se centre sur Bruxelles, mais son analyse pourrait être étendue à la Wallonie. "Les bourgmestres sont (...) appelés barons, à cause du pouvoir qu'ils exercent dans leur fief. Et comme énormément de gens profitent du système de clientèle, ils dépendent de ces grands hommes dans leur accès aux logements, aux jobs et autres ressources. Et donc, le baron sera réélu. En d'autres mots, les barons bruxellois sont la version bruxelloise des grands hommes  africains."
J'avais écrit quasiment la même chose il y a un peu plus de dix ans dans un billet qui avait été publié en pages "Opinions" de la Libre Belgique (3).
Quand donc le Ps va-t-il enfin sortir sa tête du sable et se regarder en face? Il est vrai que le vieux parti risque fort d'être choqué par sa propre image. "Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis toujours le plus beau!"

(1) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/magnette-fustige-le-niveau-d-irresponsabilite-politique-jamais-atteint-par-benoit-lutgen-5965c41acd70d65d24b6e0c9
(2) http://www.lalibre.be/actu/belgique/comment-comprendre-la-politique-belge-et-ses-scandales-regardez-l-afrique-explique-le-washington-post-59648422cd70d65d24b1e8ad
(3) A retrouver sur ce blog, en date du 27 novembre 2006, "Ps: comment en finir?"


vendredi 7 juillet 2017

Gaspillage olympique

Paris est candidate à l'organisation des jeux olympiques de je ne sais quelle année. Seule en lice avec Los Angeles. Quel intérêt auraient ces deux villes à accueillir les Jeux? Pas à se faire connaître, c'est fait depuis longtemps. Alors? A faire vivre leurs hôtels et leurs commerces? Mais à quel prix? "Les cités ne se battent plus pour installer des équipements dispendieux qui serviront uniquement à bloquer la ville pendant quinze jours, puis moisiront au soleil pour les archéologues du futur. Reste un mystère: pourquoi s'acharne-t-on?", s'interroge Guillaume Erner (1). 
Dans quasiment toutes les villes olympiques, effectivement, les infrastructures sportives restent sous-utilisées ensuite; certaines ne servent même plus du tout. Les J.O. participent à la société du jetable, de l'inutile, de l'obsolescence programmée. Si le gaspillage était une discipline olympique, la ville organisatrice gagnerait la médaille d'or.
Une idée: revenir aux sources des Jeux et organiser tous les quatre ans les J.O. en Grèce. Les infrastructures auraient une réelle utilité et seraient rentabilisées dans le temps et l'économie grecque - qui en a bien besoin - en bénéficierait. Mais il est vrai que le sport n'est pas, n'est jamais affaire d'argent...

(1) "Plus personne ne veut des JO, sauf nous", Charlie Hebdo, 28 juin 2017.