jeudi 18 octobre 2018

Grands désespérés

Le climat change et les catastrophes se succèdent et se succèderont. Mais qui s'en soucie?
Pas les élus et les chefs d'entreprise de Saint-Etienne chez qui l'annonce de l'abandon de la construction d'un tronçon d'autoroute entre leur ville et Lyon suscite un "grand désespoir". Ces élus et ces chefs d'entreprise nous désespèrent. Ils sont "furax", nous dit la journaliste de France Inter (1), d'apprendre que cette voie de 47 km ne se fera pas. Jugé peu compatible "avec la tragédie écologique", ce projet d'A45 a été enterré par la Ministre des Transports. Aussi délicat qu'un Mélenchon face à des policiers qui le perquisitionnent, un cadre du Medef a déclaré: "qu'ils aillent se faire foutre". C'est précisément ce qui nous arrive et nous arrivera à tous: se faire foutre par le dérèglement climatique entretenu par le Medef et tous ses correspondants et leurs soutiens à travers le monde. "Une erreur historique", disent les pro-A45, sans penser une seconde que c'est l'inverse, la création de l'autoroute, qui serait aujourd'hui une erreur historique.
A Limoges s'est créé un "Comité de salut climatique", référence au Comité de salut public, premier organe du gouvernement révolutionnaire mis en place en 1793 par la Convention pour faire face aux dangers qui menaçaient alors la République. Lors d'une récente conférence, ce Comité rappelait qu'il faut s'attendre en Limousin, comme ailleurs, à une rareté de l'eau, à la sècheresse, à des canicules fréquentes, à un impact majeur sur la faune et la flore. "Quand ça va devenir difficile chez nous, c'est que ce sera carrément invivable ailleurs", selon Jean-Jacques Rabache, le directeur de Limousin Nature Environnement. Jean-Louis Pagès qui anime ce Comité estime que "à force de dire qu'il y a des solutions, on finit par oublier qu'il y a des problèmes à régler. La léthargie collective doit cesser". Il est urgent d'agir, renchérit Nicolas Thierry, vice-président de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge de la biodiversité: "le citoyen a principalement deux cartes entre les mains: la première, c'est sa carte de crédit pour faire des choix éclairés en tant que consommateur. L'autre, c'est sa carte d'électeur." 
Mais ils sont nombreux en politique et plus encore dans les milieux économiques ceux qui pensent vivre encore dans les années '60, ceux qui croient encore que les voitures et les autoroutes sont facteurs d'un développement dont ils ne veulent pas voir la fin, ceux qui n'ont fait que multiplier les "erreurs historiques". Au risque de voir l'histoire s'arrêter. 
Disons-le tranquillement: qu'ils aillent se faire foutre.

(1) Journal de 8h, ce 18 octobre 2018.
(2) "La fin d'un monde et l'espoir d'un autre", Le Populaire du Centre, 17.10.2018.



mercredi 17 octobre 2018

La chute des papillons

Le week-end dernier, anormalement estival, fut très vert. Les écologistes ont connu un succès important lors d'élections en Belgique, au Luxembourg et en Bavière. Les jeunes, en Belgique en tout cas, furent nombreux à soutenir les Verts. C'est qu'ils sont, plus que les autres, concernés par la dérive insensée et incontrôlée de la planète Terre. Du bout des lèvres, des candidats d'autres partis commencent à reconnaître l'urgence écologique. On peut espérer que l'entrée des écolos dans des majorités communales empêchera les projets négatifs pour l'environnement et, bien plus, s'appuiera sur un tout autre type de développement, en renversant la vapeur (cette vapeur qui est à l'origine du désastre actuel - et futur).

A Tournai, on annonçait, pour ces élections communales, un combat de coqs entre le Ministre-Président de la Communauté française et la Ministre fédérale de l'Energie. Qui allait vaincre l'autre?  De combat, il n'y eut pas. A vouloir être au four et au moulin, ils ont été battus par eux-mêmes. On ne peut être en même temps bourgmestre ou échevin et ministre. Tous deux se sont affaissés dès leur entrée dans le gallodrome, y laissant de nombreuses plumes, quantité de voix et une bonne part de leur superbe. 

"Tournai, rien d'autre", affichait durant la campagne Marie-Christine Marghem, ministre fédérale empêtrée dans le dossier nucléaire. Ce slogan fut un cadeau à l'opposition écologiste au niveau fédéral qui y trouva une explication à son incapacité à maîtriser ses dossiers nationaux. Mais aussi un message contradictoire à ses électeurs tournaisiens qu'elle avait laissés tomber en abandonnant, après deux ans, son échevinat tournaisien, pour lui préférer une fonction ministérielle.
Même explication à la chute de Rudy Demotte. Quelle prétention faut-il avoir pour, alors qu'on est ministre, venir s'installer dans une ville, proclamant urbi et orbi (urbi surtout) qu'on entend en être le bourgmestre, et ensuite, une fois élu, se déclarer empêché d'exercer la fonction parce qu'on reste ministre durant toute la législature? Croyait-il que les Tournaisiens allaient le réélire à une fonction qu'il voulait mordicus mais qu'il a négligée une fois élu?
A vouloir être partout, Marghem et Demotte n'étaient nulle part. Les coqs n'étaient que papillons.
La démocratie est parfois rassurante. Les électeurs ne sont pas aussi couillons que semblent le croire certains candidats, du haut de la certitude qu'ils ont de leur caractère indispensable. Le cumul de mandats a parfois fasciné. Est-ce encore le cas? Ici du moins, on peut en douter.
En attendant, c'est celui qui se fait appeler "Polo" qui a triomphé et passe d'échevin délégué à la fonction maïorale (le titre qu'avait voulu lui imposer Demotte) à bourgmestre en titre, en fonction et non-empêché. L'homme est qualifié de populiste, de shérif, de brut de décoffrage; il n'a, loin s'en faut, aucun talent de rhéteur (ce qui participe, dit-il, de sa popularité); n'est ni un analyste fin, ni un visionnaire, ni un grand démocrate, mais les Tournaisiens devront s'en accommoder pour six ans. 
Que va devenir Rudy Demotte? On peut parier qu'on lui trouvera un poste de président dans une instance internationale (ou régionale?). Le Ps a toujours su trouver des lots de consolation pour ses braves officiers. 
Une réflexion encore sur le Ps: son siège national est situé boulevard de l'Empereur à Bruxelles. Et voilà qu'on découvre que son QG tournaisien est un café nommé L'Impératrice. C'est le côté napoléonien des socialistes. 

Enfin, un mot sur les intoxiqués de la politique. Raymond Langendries, évincé du maïorat à Tubize en 2012, rêvait de prendre sa revanche. A 75 ans. Raté pour cette fois. En 2024, peut-être? A Marche-en-Famenne, par contre, André Bouchat (79 ans) est confortablement réélu bourgmestre. Il occupe la fonction depuis 1986. Claude Eerdekens (70 ans) fait mieux encore: il vient d'être réélu à Andenne dont il est bourgmestre depuis 1972. En Belgique, à 65 ans au plus tard, on est poussé vers la sortie pour faire place aux jeunes et ce n'est que normal. Pourquoi la régle ne s'applique-t-elle pas en politique?

(Re)lire sur ce blog,
- "En nu onze hit-parade met Rrrrrrrudy", 10 octobre 2018;
- "Pêcheurs empêchés", 13 octobre 2018;
- "Le petit déjeuner des gens de terrain", 17 octobre 2018.

mardi 16 octobre 2018

Pluie du matin n'arrête pas le progrès

Pluies torrentielles dans l'Aude. Il est tombé en quelques heures l'équivalent de quatre mois de pluie. Résultat: des maisons détruites ou inondées, des routes et des ponts emportés et surtout onze morts. Le premier ministre est venu faire part à la population locale de sa compassion. Bien sûr, cette présence et cette attitude font partie de son rôle, mais l'empathie ne changera rien: cette catastrophe-ci n'est qu'un épisode parmi beaucoup d'autres à venir dans un contexte climatique totalement perturbé. Les météorologistes sont pointés du doigt pour leur incapacité à prévoir ces pluies dont le degré de violence, disent-ils, est imprévisible. Les climatologues et le Giec, eux, annoncent depuis longtemps la multiplication d'orages très violents, de typhons, d'inondations, de périodes de sècheresse, de fonte des glaciers, de montée du niveau des mers. Mais les politiques pas plus que les citoyens n'entendent changer de cap et d'habitudes.
Le même jour, on apprend que pendant le congé de début novembre, les Belges seront 20% de plus à prendre l'avion "pour changer d'air". Ce faisant, ils changeront l'air aussi. Mais qui s'en soucie, sinon ceux qui ont maintenant les pieds dans l'eau?
On apprend aussi que "les milieux économiques" du Limousin font pression sur les autorités politiques pour que soit construite une autoroute entre Limoges et Poitiers. Les milieux économiques devraient mettre le nez dehors et regarder ce qui se passe autour d'eux. La voiture n'est pas la solution. Elle est le problème. Mais qui oserait remettre en question cette déesse?

samedi 13 octobre 2018

Y a-t-il un traducteur dans la salle?

"OSEZ, RISQUEZ... GAGNEZ
Clovis est bien né à Tournai!
... Alors pourquoi pas Julien Sorel!?
... Alors pourquoi pas Vous!?
La chartreuse reste à Parme;
Alors, mettons Tournai en pole
... Parce que
Vous le valez bien!
Alors quoi de 9 à tournai?"
Voilà, tel quel, à la virgule près, le tract électoral de Jean-Louis Claux.
Cet ancien élu libéral s'est fâché avec le MR. Dès le lendemain, Rudy Ier, bourgmestre empêché en titre, le récupérait sur sa liste dite socialiste.
Etait-ce vraiment une bonne idée?
Au dos de ce folder, on peut notamment lire:
"Avant tout, la force d'une équipe soudée: Vincent, François, Paulo et les autres...
A vos gardes, tournaisien(ne)s!"
Ou encore "Qu'est-ce qui nous fais croire, qu'il nous faut abandonner l'espoir, au pays de Jaurès."
Et aussi "Et chante à pleine voix, n'aie pas peur de les rendre sourds, ils le sont déjà depuis longtemps".
On voit pas là que la politique est parfois dangereuse pour la santé mentale.

jeudi 11 octobre 2018

Jusqu'au bout

Le GIEC vient de publier son nouveau rapport: le réchauffement climatique va atteindre 1,5°C en 2030. Au-delà, les risques sont nombreux - on les connaît déjà, mais ils seront pires encore: canicules, extinctions d'espèces, déstabilisation des calottes polaires, montée des océans, etc. Si on en reste aux accords de Paris de 2015, la hausse des températures atteindra allègrement les 3°C à la fin du siècle. Et ce sera une vraie catastrophe. On ne donne pas cher de la survie de quantité d'espèces, dont l'humaine. Il faut dès lors, dit le Giec, engager des transformations "rapides et sans précédent".

Que fait l'homme par rapport à ces menaces? Il garde son sang froid. Il reste mobile. 
Il prend l'avion et le prendra de plus en plus, avec l'aide notamment de Ryanair qui envisage l'ouverture de nombreuses lignes nouvelles. A Bruxelles, par exemple, il en annonce six et une augmentation du nombre de vols sur d'autres lignes déjà ouvertes.
L'homme part aussi en croisière sur les mers et les grands fleuves sur des paquebots qui transportent 3 ou 4.000 voyageurs et émettent autant de particules fines qu'un million de voitures.
L'homme va aussi tranquillement au salon de l'auto à Paris où il rêve de s'acheter un SUV. Il n'en a pas besoin, mais ce type de véhicule lui donne une allure d'aventurier urbain. "En 2009, écrit Fabrice Nicolino (1), les SUV ne représentaient que 6% des ventes de voitures neuves en France. On en est à un tiers. (...) Au plan mondial, cela donne 5 millions de SUV vendus chaque année en 2000, 20 en 2015, et 42 d'ici à une douzaine d'années." Comment s'étonner que les émissions de CO2 des voitures neuves repartent à la hausse depuis 2016? Ces monstres de la route prennent tellement de place que les rues des villes sont trop étroites pour les accueillir. Aux Etats-Unis, on détruit des parkings pour en construire de plus larges. En Suisse, on envisage d'élargir d'un demi-mètre au moins les voiries pour permettre la circulation des SUV. 
On voit par là que l'homme a le sens des priorités. Un sens particulier.



(1) "Salon de la bagnole, Trucage et enfumage", Charlie Hebdo, 26.9.2018.





dimanche 7 octobre 2018

La peste soit des pesticides

La campagne "Nous voulons des coquelicots" (1) a pris corps ce vendredi soir un peu partout en France. Des citoyens se sont réunis pour dire non aux pesticides. Ici, pour cette première, nous étions onze à nous retrouver sur la place du village pour envisager ce que nous pouvons faire pour arriver à nous débarrasser de ces poisons qui nous menacent tous.

Dans "Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture" (2), le journaliste Fabrice Nicolino, à l'origine de cette campagne, s'adresse à Raymond, un paysan imaginaire, victime comme tant d'autres de la machine agro-industrielle qui a broyé les agriculteurs, asséché les sols, pompé les nappes phréatiques, vidé les campagnes, empoisonné les terres, l'eau et l'air. Il parle du "grand projet de maîtrise totale (de la Terre, cette rebelle à mater) par l'industrie humaine". Dans ce grand projet, les pesticides sont un outil parmi d'autres. Aux conséquences incalculées et incalculables.

Les paysans eux-mêmes sont les premières victimes de ces poisons dont ils ont abusé pour leurs champs. Cas parmi tant d'autres: Yannick Chenet est mort d'une leucémie en 2011, reconnue maladie professionnelle sept ans auparavant. Après sa mort, Caroline Chenet-Lis, sa veuve, s'est rendu compte qu'il avait utilisé 300 pesticides différents pendant sa carrière. Il avait 46 ans. "Personne ne se posait la question autour de nous. Et les coopératives et les marchands qui nous livraient à la ferme ont bien sûr complètement oublié de nous dire que leurs produits étaient dangereux." Ses confrères sont nombreux à être dans le déni: "Yannick était un homme en colère. Cela ne l'a pas empêché de très vite chercher à convaincre les agriculteurs qui autour de nous utilisaient des pesticides sans se protéger suffisamment. Il s'est alors heurté au refus de certains de reconnaître que ces produits étaient la cause de son cancer et en a été blessé." (3) Mais il a rencontré d'autres agriculteurs, eux aussi gravement malades. Ensemble, ils ont créé l'association Phyto-Victimes (4).
Et puis, il y a les autres, tous les autres, les familles, les voisins, les enfants des écoles, tous ceux qui respirent cet air empoisonné par ce qui est nous cyniquement présenté comme indispensable à notre nourriture. Ce qui nourrit nous tue.
Le nombre d'enfants nés sans mains ou sans bras dans l'Ain, en Bretagne et en Loire-Atlantique interpelle. Des "malformations congénitales graves" qui ne sont probablement pas dues au hasard, selon l'Agence Santé publique France. Toutes ces naissances ont eu lieu en milieu rural, là où on pourrait naïvement penser que notre santé ne peut qu'être préservée. L'enquête menée par l'Agence n'a identifié aucune cause et a été stoppée. L'épidémiologiste Emmanuelle Amar évoque, elle, "l'hypothèse, plausible à son sens, d'une exposition des mères à des pesticides ou des produits phytosanitaires, les sept cas recensés dans le département (de l'Ain) correspondant à des mères vivant dans un rayon de 17 kilomètres d'une zone agricole avec des champs de maïs ou de tournesols". (5)

Il y a urgence à en finir avec ce monde-là, avec cette industrialisation de la terre, de l'air, de l'eau, de la nature. Urgence à aider les agriculteurs à sortir du piège dans lequel ils se sont laissés enfermer par l'agro-industrie et son bras armé qu'est la FNSEA, le seul syndicat (à ma connaissance) à envoyer consciemment ses affiliés au cimetière.
L'agro-industrie, du haut de sa prétention, affirme être la seule à être capable de nourrir la planète. Elle parvient juste à la tuer. 
Alors qu'une solution existe - et existait bien avant l'agro-industrie: l'agroécologie. "Les preuves scientifiques actuelles, affirme Olivier De Schutter, qui fut rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l'alimentation (6), démontrent que les méthodes agroécologiques sont plus efficaces que le recours au engrais chimiques pour stimuler la production alimentaire dans les régions difficiles où se concentre la faim." L'agroécologie peut doubler la production alimentaire mondiale en dix ans. "A ce jour, les projets agroécologiques menés dans 57 pays en développement ont entraîné une augmentation de rendement moyenne de 80 % pour les récoltes, avec un gain moyen de 116 % pour tous les projets menés en Afrique." 
Fabrice Nicolino cite le rapport d'un colloque de la FAO en 2007 sur le thème "Agriculture biologique et sécurité alimentaire". Il en ressort, écrit-il, que cette agriculture est bonne pour la sécurité alimentaire, l'eau, les sols, la biodiversité. "Une conversion planétaire à l'agriculture biologique, dit le rapport, sans défrichement de zones sauvages à des fins agricoles et sans utilisation d'engrais azotés, déboucherait sur une offre de produits agricoles de l'ordre de 2 640 à 4 380 kilocalories par personne et par jour." Largement de quoi nourrir la planète et même au-delà, en conclut Nicolino. Alors, qu'est-ce qu'on attend?

En attendant, précisément, on peut signer l'appel "Nous voulons des coquelicots" sur https://nousvoulonsdescoquelicots.org
Nous sommes à ce jour 264 000 à l'avoir fait. Si chacun d'entre nous convainc cinq de ses connaissances d'en faire autant, qui elles-mêmes en feront autant, l'objectif de 5 millions de signatures sera vite atteint. Ce faisant, nous rendrons chacun conscient et responsable de ses actes et nous changerons tous nos pratiques. Parce qu'il y a urgence. Parce que notre vie et celles de nos enfants nous appartiennent.

(1) Lire sur ce blog "Nous voulons des coquelicots", 15.9.2018, et voir le site https://nousvoulonsdescoquelicots.org
(2) éditions Les Echappés, 2015.
(3) https://reporterre.net/Danger-des-pesticides-la-veuve-d
(4) www.phyto-victimes.fr
(5) http://www.francesoir.fr/societe-environnement/bebes-sans-bras-la-piste-des-pesticides-est-elle-credible
https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/le-mystere-des-enfants-sans-main-1538631911
(6) cité par Fabrice Nicolino dans (2).

P.S.: https://www.huffingtonpost.fr/2018/10/08/bebes-nes-sans-mains-yannick-jadot-accuse-les-pesticides-et-denonce-la-complaisance-des-autorites_a_23553991/?utm_hp_ref=fr-homepage
P.S.2: dans des vins du Bordelais, on a retrouvé jusqu'à 15 molécules différentes de pesticides par bouteille. La viticulture, qui représente 3% des terres cultivées en France, consomme 20 % des pesticides utilisés dans le pays (France 3, Journal, 8.10.2018, 19h30).

(Re)lire sur ce blog:
- "Ma terre dolorosa", 13.2.2018;
- "Perseverare diabolicum", 2.3.2016;
- "Adieu, veaux, vaches, cochons", 21.9.2015.





lundi 17 septembre 2018

Humeurs estivales

Tordons le cou à un canard: nous ne sommes pas dans l'été indien. Nous sommes en été. Pour quelques jours encore. Le 21 septembre, nous serons en automne. Et donc, très logiquement, actuellement c'est toujours l'été. Tout simplement.
L'été indien est aussi appelé été de la Saint-Martin (fêté le 11 novembre). Il s'agit donc du retour de journées estivales au cœur de l'automne, alors qu'on a déjà connu les premières gelées. Dans six semaines on pourrait donc connaître l'été indien. Patience donc. 
En attendant, on serait content d'avoir de la pluie et on aimerait beaucoup que les présentatrices et présentateurs météo cessent de nous annoncer des journées chaudes et ensoleillées comme de "belles journées". A force de se répéter depuis des mois, ce ne sont plus de belles journées pour les agriculteurs, les éleveurs, les pépiniéristes, les jardiniers. On veut de la pluie. Ce sera alors une belle journée.

Il n'y aura pas de nouveau billet sur ce blog avant le 5 octobre.

samedi 15 septembre 2018

Nous voulons des coquelicots

Qu'on en veuille ou non, ils sont partout, les pesticides: dans l'air, dans le sol, dans l'eau, dans nos cheveux, dans nos organismes. Sûrement aussi dans les légumes bio que nous mangeons.
Quinze membres de l'équipe de Charlie Hebdo ont accepté de faire analyser quelques-uns de leurs cheveux. Et le résultat est des plus inquiétants: on y retrouve, selon les personnes, entre 34 et 50 pesticides distincts, sur les 150 recherchés. La moyenne est de 40. Certains proviennent même du DDT pourtant interdit depuis 1972. Les concentrations varient de 27 pg/mg à 1572. 
"Ces pesticides, explique le journaliste Fabrice Nicolino (1), à l'origine de l'étude et de l'action qui en suit, sont d'origines diverses: agricole pour beaucoup, mais aussi employés en médecine vétérinaire (fipronil) ou dans des bombes insecticides ménagères (perméthrine). (...) Parmi les molécules retrouvées au moins une fois, plus de 30 sont suspectées d'être cancérogènes, et plus de 40 d'être des perturbateurs endocriniens."
Les autorités de contrôle se veulent rassurantes: un pesticide ne doit pas dépasser dans l'eau la norme de 0,1 microgramme/litre. "Mais, fait remarquer Fabrice Nicolino, personne - personne - ne prend en compte les effets combinés des pesticides entre eux. Or la combinaison, l'explosion, la rencontre, l'affinité sont au cœur de la grande aventure de la chimie." Interrogé sur les risques de ces cocktails, un responsable de l'Anses, agence publique délivrant les autorisations de mise sur le marché des pesticides, reconnaît qu'on n'en sait strictement rien: "on en saura peut-être plus dans une ou deux générations". On ne peut même plus dire: "après nous les mouches". Les insectes sont décimés.
Et chaque jour, des agriculteurs, des ouvriers d'usines de fabrication de pesticides tombent malades, certains en meurent. Et ils ne sont pas les seuls. "Le vrai coût des pesticides, écrit Jacques Littauer, outre les atteintes parfois irréversibles à l'environnement, ce sont les maladies provoquées: Parkinson, cancer de la prostate, mais aussi plus généralement le développement de l'enfant durant la période prénatale ainsi que la petite enfance, rien que ça." Ce qui fait que ce secteur, le troisième secteur industriel en France - dont la consommation explose - a un rendement économique négatif: les pesticides coûtent plus cher qu'ils ne rapportent. "On arrive donc, constate Littauer, à ce résultat renversant: on utilise au nom des rendements accrus, de l'efficacité, des produits qui nous tuent et qui, au final, se révèlent inefficaces."

Pour tenter de sortir de cette spirale effrayante (+ 12% de consommation en deux ans en France malgré le plan Ecophyto), Fabrice Nicolino et une série de militants lancent un mouvement, "Nous voulons des coquelicots" (https://nousvoulonsdescoquelicots.org), qui s'appuie sur un appel à signer et sur des rendez-vous réguliers. "L'objectif, cinglé, est de réunir au moins 5 millions de soutiens en deux ans d'une mobilisation intense."

NOUS VOULONS DES COQUELICOTS

Appel des 100 pour l’interdiction de tous les pesticides*

Les pesticides sont des poisons qui détruisent tout ce qui est vivant. Ils sont dans l’eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l’estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveau-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises. Les pesticides sont une tragédie pour la santé. Ils provoquent des cancers, des maladies de Parkinson, des troubles psychomoteurs chez les enfants, des infertilités, des malformations à la naissance. L’exposition aux pesticides est sous-estimée par un système devenu fou, qui a choisi la fuite en avant. Quand un pesticide est interdit, dix autres prennent sa place. Il y en a des milliers.
Nous ne reconnaissons plus notre pays. La nature y est défigurée. Le tiers des oiseaux ont disparu en quinze ans; la moitié des papillons en vingt ans; les abeilles et les pollinisateurs meurent par milliards; les grenouilles et les sauterelles semblent comme évanouies ; les fleurs sauvages deviennent rares. Ce monde qui s’efface est le nôtre et chaque couleur qui succombe, chaque lumière qui s’éteint est une douleur définitive. Rendez-nous nos coquelicots ! Rendez-nous la beauté du monde !
Non, nous ne voulons plus. À aucun prix. Nous exigeons protection. 
Nous exigeons de nos gouvernants l’interdiction de tous les pesticides* en France. Assez de discours, des actes.
*de synthèse

Le premier vendredi de chaque mois, durant deux ans, les signataires de l'appel se réuniront sur la place de leur ville ou de leur village, arborant un coquelicot à leur boutonnière en tentant de rallier autour d'eux de plus en plus de citoyens et en organisant des actions et des évènements "façon téléthon antipesticides". 
Premier rendez-vous: vendredi 5 octobre à 18h30. A chacun d'inviter voisins, amis, famille, connaissances, passants... Parce que nous ne voulons pas crever la gueule ouverte.

Rendez-nous la lumière
Rendez-nous la beauté
Le monde était si beau 
Et nous l'avons gâché
Dominique A

(1) Charlie Hebdo, 12.9.2018
http://fabrice-nicolino.com

A lire: le numéro de Charlie Hebdo de cette semaine, spécial pesticides - n° 1364, 12.9.2018
et l'interview de Fabrice Nicolino dans Télérama: https://www.telerama.fr/monde/nous-voulons-des-coquelicots-contre-les-pesticides,-fabrice-nicolino-lance-une-mobilisation,n5807287.php
A écouter: l'émission de France Inter "Affaires sensibles" du 13.9.2018 sur le combat d'un agriculteur contre les pesticides: https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles

jeudi 13 septembre 2018

La saison des Tartarin

Face à cet été caniculaire qui n'en finit pas, au manque de pluie, aux incendies, aux typhons, à la montée du niveau des mers, à la perte de biodiversité, tout le monde est d'accord: nous devons modifier radicalement notre mode de vie et nos productions. Tout le monde sauf les pays pétroliers et les raffineurs, sauf les fabricants de véhicules à moteur et ceux qui les conduisent, sauf les agriculteurs, sauf les fabricants de béton, de plastique et de pesticides, sauf les compagnies d'aviation et les touristes. 
Et les chasseurs aussi. L'état de la biodiversité ne les inquiéte pas. De nombreuses espèces disparaissent, mais ils veulent continuer à les chasser.

De toute façon, ils alimentent chaque année avec des animaux d'élevage les populations des espèces qu'ils aiment chasser: le syndicat national français des gibiers de chasse propose chaque année aux chasseurs 15 millions de faisans, 5 millions de perdrix, 1 million de canards colverts, 100.000 lapins, 40.000 lièvres. En conseillant bien aux chasseurs, avant de lâcher à portée de leurs fusils ces animaux de compagnie, de "réguler" les prédateurs: renards et rapaces (1).
Ce qui amène Christian Ledoux, président de l'Association de gestion et de régulation des prédateurs de l'Indre (eh oui, ça existe) à  expliquer que son rôle est de "contenir les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, en les piégeant." En fait, ces chasseurs ne chassent pas, ils régulent. C'est-à-dire qu'ils tuent les animaux qui s'attaquent à leur cher gibier.
"Dans le département de l'Indre, écrit la Nouvelle République, c'est le renard qui figure en tête de liste, pour les dégâts qu'il occasionne au sein des populations de gibiers et chez les particuliers. (2)" Mais le pire prédateur, celui qui occasionne le plus de dégâts à la nature, n'est-il pas le chasseur? Celui qui n'a aucun aucun prédateur au-dessus de lui?
Certains d'entre eux aiment se présenter comme les plus grands amoureux de la nature que cette terre ait connus. Ils la respectent plus que n'importe qui. Même si "bon an, mal an, chasseurs, braconniers et amateurs de ball-trap tirent autour de 200 millions de cartouches et abandonnent dans l'environnement près de 8000 tonnes de plomb et autres métaux" (2). Au point que l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail recommande de ne pas dépasser trois repas par an avec de la viande sauvage. Au risque de souffrir de saturnisme?
En France, 64 espèces sont chassables, alors que la moyenne européenne est de 14 à 24. Et sur ces 64 espèces, 20 ont été placées sur liste rouge par l'Union européenne de conservation de la nature. Au total, chaque année, les chasseurs français tuent plus de 30 millions d'animaux sauvages, ce qui n'est visiblement pas encore assez pour eux. Ils ont tous les droits. Même celui de chasser des espèces protègées. Plus qu'un droit, c'est leur devoir de gestionnaire.  "La gestion adaptative, c'est celle qui nous permet de pouvoir chasser toutes les espèces, mêmes celles qui sont protégées, comme le cormoran par exemple. A force d'être protégées, elles finissent par être en surpopulation!" (2).
Le chasseur français a toujours été protégé par les différents gouvernements français, quelles que soient leurs idéologies. Il convient donc de le chasser - c'est même un devoir - avant qu'il ne finisse par être en surpopulation. La prudence nous le conseille.

Post-scriptum: Il y a un excès de sangliers en Indre, ce qui a des conséquences fâcheuses sur les cultures. Aussi, le président de la fédération de chasse de l'Indre avait-il, au printemps dernier, annoncé l'interdiction du nourrissage des sangliers au maïs. "La décision a provoqué la colère des chasseurs de sangliers, vents debout contre cette mesure." (4) Aujourd'hui, la peste porcine africaine est une vraie menace. Et l'excès de sangliers inquiète. Un chasseur voit-il plus loin que le bout de son fusil?

A (re)lire sur ce blog:
- "La fable du loup et du rap", 17..2015.
- "La vache", 19.12.2013.
- "Un beau dimanche à la campagne", 20.1.2013.

(1) Jacky Bonnemains: Chasse - Le lobby qui a flingué Hulot, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(2) "On doit chasser certaines espèces protégées", La Nouvelle République - Indre, 10.9.2018.
(3) Jacky Bonnemains: Du plomb dans le sel, Charlie Hebdo, 5.9.2018.
(4) "Sangliers: l'urgence", La Nouvelle République - Indre, 16.9.2018.