vendredi 10 janvier 2020

C'est tout le monde

Il y a, dans ce film d'une petite heure qui ressemble à une vie, des souvenirs, des gens, connus ou non, qui se racontent, qui parlent de leur enfance, de leurs parents, de leur travail, d'amour, de chansons, de films. 
Il y a Jean Rochefort, Jean qui rit et Jean qui marche. Les dernières images de lui.
Il y a de la vie. Des gens qui se dévoilent, leurs mots et des chansons, des musiques, des silences aussi. Il y a des images, en mouvement ou non. Et des noirs aussi. Du temps dans des carnets, du temps retenu, du temps en suspension. 
Il y a de la nostalgie, de la tendresse, de la douceur, des envies, restées en l'état ou devenues réalités. Il y a nos vies en noir et blanc et en couleurs.
Il y a un enfant qui dort, des voitures qui roulent la nuit, quelques arbres, des plages, des pièces pas si vides qu'elles en ont l'air, des gens qui se jettent à l'eau.
Il y a tout cela dans Je ne sais pas si c'est tout le monde, le film de Vincent Delerm, des impressions, une mosaïque de sentiments, beaucoup de poésie. 
Et, oui, c'est tout le monde. C'est ce qu'on se dit.
C'est comme si on feuilletait les albums photos de famille des voisins et qu'on y trouvait des images qui résonnent en nous.
Alors, on a envie d'envoyer un message à chacun des gens qu'on aime, pour leur dire: regarde ce film, j'y suis, et toi aussi. Je t'ai reconnu. Me reconnaîtras-tu?

Je ne sais pas si c'est tout le monde à voir ici:
https://www.arte.tv/fr/videos/093673-000-A/je-ne-sais-pas-si-c-est-tout-le-monde/
On peut prolonger le plaisir du film en écoutant le dernier album de Vincent Delerm Panorama.

jeudi 9 janvier 2020

Ceux qui voient plus loin

Il y a les hommes du passé (voir billet précédent). Et il y a ceux qui voient plus loin. Ils voient à travers les arbres.
D'après une étude publiée par la revue Science, si 900 millions d'hectares de terres étaient replantés à travers le monde, les deux tiers des émissions de CO2 d'origine humaine seraient captés. Ce qui ne nous dispense évidemment pas de changer radicalement de mode de vie.
Au Pérou, le président Martin Vizcarra vient de lancer une campagne de plantation d'un million d'arbres autour du site archéologique du Machu Picchi, menacé par les glissements de terrain provoqués par les fortes pluies de l'hiver. 
(https://www.lalibre.be/international/amerique/perou-le-president-lance-une-campagne-de-reforestation-du-machu-picchu-5e17ab789978e272f9b99494)
Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, annonce l'ambition de son gouvernement de planter, d'ici dix ans, "2 milliards d'arbres pour purifier l'air et rendre les communautés plus écologiques". Reste à trouver la place dans un pays déjà très boisé!
Le président indonésien, Joko Widodo, a lancé en 2014 un programme de forêts sociales: il veut restituer aux peuples coutumiers 12,7 millions d'hectares de terres qui leur ont été volés par les propriétaires de grandes plantations. Les communautés s'engagent à les reboiser et à y développer des cultures selon les principes de l'agroforesterie.
Au Sahel se développe la grande muraille verte: un projet de plantation de millions d'arbres du Sénégal jusqu'à Djibouti. Objectifs: stopper la progression du désert et changer la vie des habitants en leur permettant de pratiquer l'agriculture, d'avoir à manger et de connaître moins de conflits. Si le projet se réalise, dans dix ans, 250 millions de tonnes de dioxyde de carbone devraient avoir été absorbés.
"Un arbre peut être un chose très puissante", affirme Papp Sarr, responsable tchadien de la grande muraille verte.

(Le Courrier international, 19.12.2019 - dossier "Ce que les arbres ont à nous dire")










mercredi 8 janvier 2020

Les hommes du passé

En 2019, la France a connu quinze catastrophes, qu'on ne peut plus qualifier de naturelles, dont le coût est estimé à un milliard d'euros. (1) 
Si on est intelligent, on se dit qu'il y a urgence à changer de mode de vie. Mais nous avons sans doute cessé d'être intelligent. Et notre système démocratique basé sur les élections ne nous y aide pas. Les élus, de quelque bord qu'ils soient, souhaitent avant tout garder leur poste. Et sont, dès lors, très frileux quand il s'agit de prendre des décisions qui risquent de les rendre impopulaires.

L'Australie est en feu depuis août dernier. Déjà, une surface équivalente à celle de la Belgique a été ravagée par les flammes. Et le pire est à venir, selon des experts. Les morts sont nombreux chez les humains et innombrables chez les animaux. Le pays a connu des précipitations et des températures records (49,8°C le 19 décembre), engendrées, selon les spécialistes, par le dérèglement climatique qui est aussi la cause de vents violents.
Entre le 1er août et le 16 décembre 2019, "les feux de brousse qui ravagent l'Australie ont libéré 270 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, ce qui représente un peu moins de 10% des émissions globales du pays sur la même période". (2) 
Toute personne sensée se dirait qu'il faut prendre des mesures radicales et rapides pour diminuer les causes du réchauffement climatique. Fermer les mines de charbon notamment, l'Australie produisant un tiers des exportations mondiales de ce minerai. Cette hypothése est vue par le premier ministre comme "irresponsable" et "nuisible à l'économie". Le feu aussi est irresponsable et nuisible à l'économie. Mais le premier ministre a promis de "maintenir le cap d'une gestion responsable en abordant de manière responsable les changements du climat et en veillant de manière responsable à ce que nous puissions faire croître notre économie" (3). Des propos - tenus au retour de ses vacances à Hawaï - qu'on ne saurait qualifier autrement que d'irresponsables.

L'Australie n'est pas, loin s'en faut hélas, le seul pays touché par les incendies. "2019 fut le théâtre d'une activité exceptionnelle, tant en termes d'intensité des feux de forêts que d'émissions, avance le CAMS (service de surveillance de l'atmosphère du programme européen Copernicus). Entre le 1er janvier et le 30 novembre, environ 6.735 millions de tonnes de CO2 ont été relâchées dans l'atmosphère. Outre l'Australie, d'importants incendies ont touché l'Amazonie, l'Indonésie, mais également la Syrie, faisant peser des inquiétudes sur la sécurité alimentaire de ce pays déjà fragilisé. Et au mois de juin, les feux de forêts du Cercle polaire arctique ont également été sans précédent en termes d'emplacement, d'ampleur et de durée." (2)

Pendant que la Terre part en fumée, des parents d'élèves s'indignent que leurs enfants, lors d'un spectacle de Noël, puissent porter un message écologique. Ils produisent du pétrole et n'envisagent pas une seconde qu'on puisse ne pas en consommer. Suite à la représentation du spectacle Santa goes green par ses élèves, la directrice de cette école du Saskatchewan a présenté ses excuses aux parents: il ne faut y voir "aucun message hostile à l'industrie pétrolière ou gazière", importante dans cette région. Les industries devenues traditionnelles sont sacrées. Les habitants du Saskatchewan y croient plus qu'au réchauffement climatique. En 2016, 56% d'entre eux seulement croyaient que ce dernier  puisse être une réalité (4).

De l'autre côté du Canada, l'industrie du sapin de Noël se porte bien. Dubaï en achète en quantités industrielles. Ils y arrivent par bateau en conteneurs réfrigérés. Ils se vendent bien à New York aussi: jusqu'à 1.000 dollars pièce, alors qu'ils ne coûtent que 150 dollars à Montréal ou à Québec.
La province de Québec est un des principaux producteurs mondiaux de sapins de Noël: en 2018, 3,9 millions de sapins ont été exportés, pour un montant de 43 millions de dollars (5). Faire voyager à travers la planète des arbres en frigos, voilà une pratique qui donne envie d'en finir avec Noël. 

Dans l'Union européenne, selon sa Commission, le transport routier de marchandises devrait croître de 60 % d'ici 2050 (6). Où fera-t-on rouler tous ces véhicules qui augmenteront considérablement un niveau de pollution que l'Europe s'est engagée à juguler?

"L'avenir appartient à Greta Thunberg et à sa génération. Ces types actuellement au pouvoir aux Etats-Unis, en Angleterre, au Brésil, ne sont que des losers, des représentants d'un monde et d'un système en bout de course. Ils vivent dans le passé, croyant qu'ils peuvent arrêter la marche du temps. Il existe un décalage de plus en plus grand entre nos leaders et le peuple, surtout les jeunes. Ça ne peut plus durer." Neil Young (7).

(1) Journal de 13h, France Inter, 27.12.2019.
(2) "2019, une année exceptionnelle pour les feux de forêt", Le Soir, 20.12.2019.
(3) "Pour le Premier ministre australien, le charbon à tout prix", Le Soir, 24.12.2019.
(4) https://www.huffingtonpost.fr/entry/un-pere-noel-ecolo-lors-dun-concert-provoque-un-tolle-dans-une-ville-petroliere-canadienne_fr_5e029d15e4b0843d36020b01?utm_hp_ref=fr-homepage
(5) Ludovic Hirtzmann, "Les profits délirants des vendeurs de sapins québécois", Le Soir, 24.12.2019.
(6) Elodie Lamer, "L'accord sur le dumping social crée la polémique", Le Soir, 24.12.2019.
(7) Hugo Cassavetti, "L'Indompté", Télérama, 6.11.2019.

samedi 4 janvier 2020

Je système, moi non plus

Le Système, si honni, n'a pas beaucoup de souci à se faire. Le Système, qu'est-ce? Un magma indéfini, auquel - à notre corps défendant (parfois, mais pas toujours) - nous participons tous. Et allègrement.
La période des fêtes se termine. L'argent a bien circulé, les commerces ont bien vendu, les voitures ont bien roulé (il est vrai qu'il était assez difficile de circuler en train en France).
Le Système a de beaux jours devant lui. Il ne manque pas de soutiens.

Il vit grâce à ceux qui se persuadent qu'ils ont besoin de leur voiture pour le moindre déplacement;
ceux qui délaissent les petits commerces et préfèrent acheter dans les supermarchés et via Internet; ceux qui font le lit d'Amazon;
ceux qui achètent de la viande d'Argentine, des asperges du Pérou, des tomates et des fraises en plein hiver;
ceux qui prennent des vacances au minimum deux ou trois fois par an et, grâce aux vols low cost,  le plus loin possible;
ceux qui partent chaque hiver à l'autre bout de la terre pour trouver du soleil et de la chaleur parce que, vous comprenez, sans soleil ils dépriment;
ceux qui ont oublié qu'ils savent rouler à vélo;
ceux qui n'utilisent que Google et tous ses dérivés;
ceux qui savent que leur banque est nuisible à la planète mais trouvent que c'est compliqué d'en  changer;
ceux qui passent la moitié de leur vie sur leur smartphone et se jettent sur le dernier modèle de téléphone mobile et le dernier jeu video à la mode;
ceux qui réélisent des professionnels de la politique qui ont cessé de compter leurs mandats, parce qu'on sait qu'on peut compter sur eux pour un passe-droit ou une lettre de recommandation;
ceux qui font le choix d'un Trump, d'un Poutine, d'un Bolsonaro, d'une Le Pen, parce qu'ils les croient anti-système alors que personne n'en a profité et ne les incarnent plus qu'eux.

Le Système sait que si nous sommes nombreux à pester contre lui, nous le sommes beaucoup moins à  changer nos habitudes.
Qu'un responsable politique ait le courage de s'attaquer à la voiture, à son usage et à son coût et il sera aussitôt couvert de goudron et de plumes.
Le monde court à grande vitesse dans le mur du dérèglement climatique et on a vu circuler ces derniers jours une pétition appelant à s'opposer à l'augmentation du prix du carburant à la pompe.
Le lobby automobile n'a pas à dépenser d'argent pour se défendre. Nous le soutenons tous. Même s'il faudrait interdire la publicité pour les bagnoles. On l'a interdite pour le tabac, vu sa dangerosité pour la santé. On l'a limitée pour l'alcool. Pourquoi pas pour les voitures, nuisibles pour la planète? Parce que les voitures continuent à nous faire rêver. Comme l'ensemble de ce Système que nous maudissons.

dimanche 29 décembre 2019

Restons stupides (et arriérés)

On n'arrête décidément pas le progrès. Voilà la 5G qui s'amène. C'est qu'elle nous sera bien utile pour visionner n'importe où sur la planète tant de vidéos qui nous sont indispensables et pour connecter nos maisons, nos voitures, nos frigos, nos brosses à dents, nos autoroutes et jusqu'aux couches de nos bébés. Bref, grâce à la cinquième génération, nous allons enfin devenir intelligents. Il était temps.
Tous les objets de la vie quotidienne seront équipés de puces électroniques et d'antennes qui les connecteront ainsi, sans fil, à Internet.
"Ce que la plupart des gens ignorent, écrivait il y a deux ans un regroupement de scientifiques (1), c'est que cette nouvelle réalité entraînera aussi un changement environnemental sans précédent à l'échelle planétaire. Il est impossible d'imaginer la densité prévue des émetteurs de radiofréquence. Outre les millions de stations de base terrestres 5G qui seront installées et les 20.000 nouveaux satellites qui seront lancés dans l'espace, 200 milliards d'objets émetteurs, selon nos estimations, feront partie de l'internet des objets d'ici 2020, et un billion d'objets quelques années plus tard."
Des chiffres qui pourraient nous faire perdre la tête (rappelons qu'un billion est un million de millions), mais cette connection permanente et universelle nous évitera de tomber en panne de dentifrice et de couches culottes. Eviter le manque est à ce prix.
"Si les plans de l'industrie des télécommunications pour la 5G se concrétisent, disent encore les scientifiques, pas un être humain, pas un oiseau, pas un insecte et pas un brin d'herbe sur terre, quel que soit le lieu de la planète où il se trouve, ne pourra se soustraire à une exposition, 24 heures sur 24 et 365 jours par an, à des niveaux de rayonnement de radiofréquence qui sont des dizaines voire des centaines de fois supérieurs à ceux que l'on connaît aujourd'hui. Toutes les issues de secours seront barrées. Ces plans pour la 5G risquent d'avoir des effets graves et irréversibles sur les êtres humains et de causer des dommages permanents à tous les écosystèmes terrestres."
A commencer par l'écosystème humain: infertilité, déficiences cognitives, lésions de l'ADN, cancers, troubles neurologiques, stress oxydant, obésité et diabète sont quelques-uns des effets secondaires que pourrait générer la 5G. Mais mieux vaut être intelligent et malade que bête et en bonne santé.
Le convoi de soixante satellites lancés dans l'espace par Elon Musk et photographiés la nuit de Noël  notamment au-dessus des Pays-Bas n'est qu'un train miniature à côté des milliers de satellites que la 5G enverra dans l'espace pour nous rendre plus malins.
La Terre et ses mers débordent de nos déchets. L'espace a l'immense avantage de n'avoir aucune limite. Comme la prétention et la bêtise humaines.

(1) https://static1.squarespace.com/static/5b8dbc1b7c9327d89d9428a4/t/5dbf713cc7aa2f31f1f0dcc0/1572827456350/Appel_international_demandant_l%27arrêt_du_déploiement_de_la_5G_+sur_Terre_et_dans_l%27espace.pdf

A lire: Fabrice Nicolino, "La 5G en plein dans la tronche", Charlie Hebdo, 11.12.2019.

lundi 23 décembre 2019

Ubu éructe

Le Donald vocifère. Il élargit son répertoire d'insultes. On essaie de se débarrasser de lui alors qu'il a été élu et qu'il est le meilleur président qu'aient connu les Etats-Unis. Il n'en doute pas: c'est parce qu'il dérange et fait peur, alors les méchants se liguent contre lui.
Qu'il fasse peur et dérange, qui peut le nier? Les Républicains eux-mêmes étaient catastrophés au lendemain de son élection. Ils savaient qu'ils avaient là affaire à un président aussi néophyte en politique qu'incontrôlable, aussi capricieux que suffisant, aussi inculte qu'affairiste.
Aujourd'hui, malgré les lourdes charges qui pèsent contre lui - avoir négocié un soutien militaire à l'Ukraine contre une enquête sur le fils d'un de ses adversaires politiques - malgré les bourdes et quantité d'erreurs stratégiques qu'il a accumulées, malgré son incapacité à écouter et surtout à comprendre les experts, son parti a décidé de le soutenir. Malgré tout. Malgré tout ce fatras. Malgré toute cette bêtise. Malgré cet irrespect de règles fondamentales. Les Républicains ne peuvent imaginer lâcher un homme qui leur fait pourtant honte.
Le Donald est le troisième président dans l'histoire des Etats-Unis à être envoyé devant le Sénat par la Chambre des représentants dans le cadre d'une procédure d'empeachment. Il a été reconnu coupable par la Chambre des représentants d'abus de pouvoir et d'entrave au bon fonctionnement du Congrès. Pour ses partisans, peu importe ce qu'il a pu faire: ils refusent tout débat et toute réflexion. "Ils ont décidé d'absoudre le Président avant même de le juger, au seul motif qu'il est accusé par les Démocrates", écrit Philippe Paquet (1). Et tant pis s'ils s'asseyent ainsi lourdement sur leur mission constitutionnelle. "Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a donné toute la mesure de cette démission en déclarant qu'il n'entendait absolument pas être impartial dans la conduite du procès de Donald Trump." 

Les Démocrates savent que leur procédure d'impeachment n'a quasiment aucune chance d'aboutir, elle sera repoussée par le Sénat dominé par les Républicains. Mais avaient-ils le choix? Soit ils fermaient les yeux, soit ils entamaient une action qu'ils sav(ai)ent perdue. "La première option était sans doute la plus confortable, écrit Le Monde (2). Elle permettait de faire l'économie d'une bataille perdue d'avance et de s'épargner l'animosité d'un président qui ne tolère aucun contre-pouvoir. Ce choix du cynisme qui règne en maître à la Maison Blanche revenait à valider le théorème de la Ve Avenue, celui avancé par Donald Trump lui-même, selon lequel il pourrait tirer sur des passants arpentant la célèbre artère new-yorkaise sans perdre un seul électeur".
Restait la seconde option, celle qu'ils ont choisie: "sanctionner à la Chambre des représentants un comportement proscrit par la Constitution et (...) rester ainsi fidèle au serment prêté par tout élu de respecter et de protéger la pierre angulaire de la démocratie américaine".

Les Républicains le laissent entendre clairement: tant pis si l'homme de toutes les outrances est  considéré comme incontrôlable et imprévisible,  tant pis s'il a lâché ses alliés kurdes sans crier gare, abandonné le Moyen-Orient à la Russie de Poutine, quitté l'Accord de Paris. Ce qui compte, c'est de garder le pouvoir. Et tant pis s'il faut pour cela se mettre la tête dans le sable. Tant pis s'il est alors difficile de garder la tête haute.

(1) "La démission des élus républicains", La Libre Belgique, 20.12.2019.
(2)
https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/12/19/juger-trump-ou-le-refus-du-cynisme_6023473_3232.html

vendredi 20 décembre 2019

Sortons nos boules Quies

Il semble qu'à Tournai ce samedi la RTBF, dans le cadre de son opération si gentille et si caritative Viva for life, ait programmé un chanteur qui se fait appeler Black M. On se rappellera utilement que ce garçon a des textes inécoutables et insupportables. En deux mots: à vomir.
(Re) lire sur ce blog: "J'irai danser sur vos tombes", 16.5.2016 - http://moeursethumeurs.blogspot.com/2016/05/jirai-danser-sur-vos-tombes.htm

mercredi 18 décembre 2019

La mendiante

Il y a longtemps qu'il n'en avait plus été question ici. On n'en entendait plus parler. Mais elle était tapie dans l'ombre. La fille à papa Le Pen fait à nouveau parler d'elle. Elle vient mendier auprès des adhérents du RN-FN. Elle laisse entendre que son parti est exsangue parce que l'Etat lui réclame onze millions d'euros (1). La somme réclamée par l'avocat de l'Etat est bien celle-là, mais la présidente du parti d'extrême droite oublie de dire que le jugement ne sera rendu qu'en avril prochain et que le procureur général n'a requis, lui, que 500.000 euros d'amende contre son parti  pour avoir surfacturé des kits de campagne à ses candidats. L'appel est alarmant et dénonce une "volonté de tuer" son cher parti.
Il faut reconnaître que la Le Pen est la reine du culot: elle, ses vieux copains et son parti se sont visiblement fait beaucoup d'argent sur le dos des candidats et la voilà qui tend la main à ses militants, leur demandant 75 ou 100 € pour l'aider à financer la campagne des municipales.
L'héritière est une pauvre petite fille riche qui sait qu'elle peut tout dire, que ses soutiens sont des gogos qui la suivront jusqu'au bout du mensonge qu'elle a dans son ADN. Elle a un modèle qui la rassure: Donald Trump n'a jamais été aussi populaire. Aujourd'hui mis en accusation pour irrespect des règles de base de la fonction présidentielle et menacé d'une très hypothétique et assez improbable destitution, il n'a jamais autant plu à ses troupes.
De la difficulté de s'attaquer aux populistes...

(1) https://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-drole-d-appel-aux-dons-de-marine-le-pen-a-ses-militants_2111369.html

dimanche 15 décembre 2019

La grande forme d'Anastasie

"Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît", faisait dire Michel Audiard au personnage incarné par Lino Ventura dans "Les Tontons flingueurs". Hier, une cinquantaine de cons a tout osé à Toulouse. A osé s'en prendre de manière très agressive à une crèche vivante, aux personnes, des enfants notamment, qui y figuraient. Ils se sont présentés, en hurlant, comme "anti-capitalistes" et en criant "stop aux fachos" (1). Les cons, ça ne sait pas que ça peut être soi-même facho. Apparemment, être anti-capitaliste, c'est aussi, pour eux en tout cas, être anti-intelligence, anti-respect, anti-tolérance, anti-nuance. Devant les menaces des fachos qui sont anti (ou l'inverse, on s'y perd), les récitals de chœurs ont été annulés et la ferme solidaire, qui fait de la réinsertion socio-professionnelle, est repartie avec ses moutons qu'elle avait prêtés pour l'occasion. En quoi cette crèche était-elle capitaliste et fasciste? On ne le sait. Mais les cons, ça n'a pas à donner d'explications.

Dans le même temps, d'autres cons, supporters de foot ceux-ci, s'en prenaient virulemment à la Ministre des Sports Roxana Maracineanu, venue assister tranquillement, et à titre privé, à un match de troisième division (2). Le milieu du foot n'a jamais été le plus raffiné qui soit. Mais l'extrême aggressivité et la vulgarité adressées à la Ministre indiquent combien on a là affaire à des cons sans limites. Ils lui ont hurlé: "Prends ta voiture et va-t-en!", "T'as rien à faire là" et de pires trivialités encore. La Ministre a été forcée de fuir sous les jets de bière tandis que les cons scandaient "Tout le monde déteste la ministre". C'est un signe qui ne trompe pas sur leur identité: les cons, ça pense que tout le monde pense comme eux. 

Les cons, ça ose déchirer des livres et interdire une conférence. Il y a un mois, c'est François Hollande et une librairie indépendante qui en ont fait les frais (3). Les cons étaient cette fois étudiants, quelques centaines, venus interdire à l'ancien président de la République de s'exprimer à la faculté de droit de Lille. Ils réagissaient au suicide récent d'un étudiant de Lyon qui témoignait ainsi de sa précarité. "Hollande assassin!", hurlaient-ils. On ne sait quel rôle ils lui attribuent dans ce drame, mais ils ont détruit tous ses livres. L'Inquisition et les nazis en faisaient autant. Les cons, ça ne connaît pas l'Histoire.

Les cons aujourd'hui, ça empêche toutes celles et tous ceux qui ne pensent pas comme eux de s'exprimer. Les cons, ça empêche (c'était en octobre) la philosophe Sylviane Agacinski de prendre la parole - à l'université de Bordeaux cette fois - parce qu'elle n'a pas les mêmes positions qu'eux sur la PMA et la GPA (4). Les cons, ça empêche aussi des représentations de pièces de théâtre. Par exemple celle des "Suppliantes" d'Eschyle à la Sorbonne (c'était en avril), parce qu'ils y voient ce qu'ils ont envie d'y voir sans comprendre le message (5). Les cons, ça n'aime pas réfléchir.

Toujours à la Sorbonne (c'était en novembre), les cons, ça fait annuler un séminaire sur la déradicalisation auquel participait la Grande Mosquée de Paris, sous prétexte qu'il favorisait l'islamophobie (6). Les cons, c'est incapable de comprendre que l'islamophobie est favorisée par la radicalisation.

"Ce néofascisme où l'on fait l'autodafé des livres vient, non de l'extrême droite, mais de l'extrême gauche et elle a pour théâtre, ce n'est pas tout à fait un hasard, le lieu même où naquirent la disputatio médiévale comme l'esprit critique et l'anti-racisme: l'université. C'est pour l'esprit un scandale qui n'a pas de précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, à l'exception de Mai 68. La confusion de la science et du militantisme politique n'est pas seulement un crime contre les droits de l'homme, c'est un recul de la civilisation." C'est Jacques Julliard qui s'exprime ici (7).
Il fait référence à la moraline de Nietzsche, "cette substance toxique" qui consiste à se servir de la morale pour abattre l'adversaire. "La moraline est fille du populisme, c'est-à-dire du refus des règles de la démocratie formelle, et des règles de la pensée tout court."
C'est au nom d'un prétendu progressisme que s'expriment ainsi certains de ces fanatiques. "Ce progressisme-là résonne comme un bruit de bottes", constate Gérard Biard (6). 

On a le droit de ne pas croire en quelque dieu que ce soit, de considérer que la Bible et les Evangiles, le Coran ou la Torah ne sont que de belles ou moins belles histoires. On a le droit de blasphémer comme d'être scandalisé par les critiques de la religion. On a le droit de ne pas être d'accord avec les positions ou les projets du gouvernement ou de telle ou telle personnalité. On a le droit et même le devoir de défendre les plus défavorisés, de s'opposer au racisme, à l'homophobie et au sexisme. Mais tout cela n'autorise pas à hurler, à censurer, à pratiquer la terreur intellectuelle, à tout oser, à exprimer une telle connerie agressive. On a surtout le devoir d'être (plus) intelligent. Mais on prend alors le risque d'être moins con. Autant le savoir.

(1) https://www.ladepeche.fr/2019/12/14/toulouse-la-creche-vivante-interrompue-par-les-manifestants,8604828.php
(2) https://www.huffingtonpost.fr/entry/roxana-maracineanu-noel-le-graet-supporters_fr_5df4e940e4b03aed50eee947?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) https://www.marianne.net/societe/livres-francois-hollande-universite-lille-2-librairie-meura
(4) https://www.liberation.fr/checknews/2019/10/27/pma-pourquoi-la-conference-de-sylviane-agacinski-a-t-elle-ete-annulee-a-l-universite-de-bordeaux_1759987
(5) https://www.lepoint.fr/culture/eschyle-censure-a-la-sorbonne-27-03-2019-2304080_3.php
(6) Gérard Biard, "Le progressisme en rangers", Charlie Hebdo, 27.11.2019.
(6) https://www.lefigaro.fr/vox/societe/jacques-julliard-contre-la-guerre-civile-20191201
A lire aussi: "Cette haine qui monte", Serge Raffy:
https://www.nouvelobs.com/chroniques/20191113.OBS21033/france-ecoute-cette-haine-qui-monte.html