lundi 4 décembre 2023

Eternels parias sans homme d'Etat

Réflexions intéressantes d'un lecteur (Christian E.) de Charlie Hebdo (édition du 15.11) sur l'abandon des Palestiniens par leurs voisins.  
On dénonce, remarque-t-il, l'occupation que subissent les Palestiniens depuis soixante-quinze ans. Or, jusqu'en 1967, Israël n'occupait ni Gaza ni la Cisjordanie, ces territoires avaient été annexés après la guerre de 1948 par l'Egypte et la Jordanie. Ces derniers avaient promis aux Palestiniens de les leur rendre une fois qu'ils auraient rejeté les Juifs à la mer. "En définitive, depuis soixante-quinze ans, tout le monde se fout des Palestiniens, et les pays arabes les premiers. Parce que, après avoir abandonné leurs prérogatives sur les territoires occupés, la création d'un Etat palestinien laïque, et peut-être socialiste, était vraiment la dernière chose dont avaient besoin les monarchies rétrogrades et les dictatures militaires de la région. Un très mauvais exemple pour leurs peuples. Les Palestiniens, on les aime opprimés, misérables, mais on ne lèvera pas le petit doigt pour les aider et, au besoin, on les enfoncera un peu plus."

Aujourd'hui, on a du mal à prendre au sérieux les larmes de crocodiles que versent les dirigeants des pays arabes sur le sort des Gazaouis.
Deux semaines auparavant, dans le même Charlie Hebdo, Philippe Lançon écrivait (1) : "Les Pals étaient et restent les cocus de l'Histoire : les dépossédés, les perdants. Refaits aussi bien par Israël et les pays occidentaux que par les pays arabes, dotés de régimes criminels et pourris qui les soutenaient comme la corde le pendu". (...) "Des confrères disaient alors (en 1990-1991) en riant que rien ne ressemblait plus à un Juif qu'un Palestinien : le sentiment d'être chez soi nulle part, la culture en diaspora, l'humour, le débat, la critique et l'autocritique, les intellectuels et artistes qui vont avec ; bref, un air minoritaire de liberté comprimée." Philippe Lançon évoque le poète palestinien Mahmoud Darwich - qui fut membre de l'OLP et s'inquiétait de "la violence folle et islamisée qui montait". "En sortant du coma, écrivit Darwich en 2007, nous nous sommes rendu compte qu'un drapeau unicolore (celui du Hamas) avait chassé le drapeau à quatre couleurs (celui de la Palestine)". Réflexion de Philippe Lançon : "Quatre couleurs valent mieux qu'une, qu'il s'agisse d'une existence, d'une œuvre ou d'une nation. (...) "Et nous voilà quinze ans après, dans un monde aux drapeaux unicolores. La couleur qui finit par s'imposer à toutes est généralement celle du sang."

Ce qui fait aujourd'hui défaut aux deux camps, c'est un homme ou une femme d'Etat. Dans Charlie toujours (2), Riss rappelle que Sadat et Rabin ont été capables de quitter leurs positions guerrières pour envisager la paix. On sait ce que ça a leur coûté : la vie. Mais ils ont osé briser leur image de dur pour sortir de l'ornière, ils ont été capables de mettre de côté leur parcours personnel pour servir l'intérêt commun. Qui aujourd'hui a cette capacité ou cette ambition ? "Ce qui est nouveau, c'est qu'aujourd'hui on ne voit pas de figure ayant la stature d'un homme d'Etat, capable de prendre des décisions courageuses, de les imposer à son propre camp, afin de mettre un terme à ce conflit sanglant. Netanyahou est un misérable politicard magouilleur et menteur qui n'a pas hésité à tenter de trafiquer la Constitution de son pays pour échapper à la prison. Mahmoud Abbas n'a de chef de l'Autorité palestinienne que le nom, discrédité par la corruption et les compromissions. Pas l'ombre d'un homme d'Etat à l'horizon, pour deux peuples qui revendiquent pourtant d'être un Etat ou d'en avoir un." Ceux qui mènent le jeu sont les extrémistes. "Que nous reste-t-il sur les bras ? Des milices islamistes comme le Hamas, ou des colons juifs suprémacistes dans les territoires occupés, qui ont pour point commun d'être hors de contrôle". Personne n'est en mesure de les arrêter. D'autant qu'ils sont au pouvoir des deux côtés. L'extrême droite israélienne est représentée - et très active - dans le gouvernement de Netanyahou. Et le Hamas, qui tenait d'une main de fer la bande de Gaza et est à l'origine de cette guerre-ci, semble redevenir un mouvement héroïque aux yeux d'une partie de la population palestinienne. "Ce conflit est depuis longtemps pris en otage par des extrémistes que nul ne semble capable de mettre hors d'état de nuire. Un conflit qui ressemble de moins en moins à une guerre entre un Etat et une Autorité, mais de plus en plus à une guérilla entre factions, entre milices, dirigées par des chefs de guerre qui n'obéissent plus à quiconque." 

Jean-Pierre Filiu, professeur des Universités à Sciences Po, évoque une hypothèse "par défaut" (3) : "il s’agirait de la libération de Marwan Barghouti, détenu depuis 2002 en Israël où il est condamné à cinq peines de prison à perpétuité pour terrorisme". En 2011, quand il avait accepté de libérer 1.027 prisonniers palestiniens en échange d'un militaire franco-israélien détenu par le Hamas, Netanyahou avait refusé que Barghouti en soit. Par contre, il avait autorisé la libération de Yahya Sinouar, l’actuel chef du Hamas à Gaza, très impliqué dans les massacres du 7 octobre. Selon Jean-Pierre Filiu, "Barghouti est aujourd’hui la personnalité la plus populaire dans l’opinion palestinienne, où ce sexagénaire incarne, face à l’octogénaire Abbas, une nouvelle génération du Fatah et de l’Organisation de libération de la Palestine". Il rappelle que Barghouti, élu député du Fatah à Ramallah en 1996, s’était mobilisé contre les abus au sein de l’Autorité palestinienne et qu'en 2002, pendant la deuxième Intifada, il avait rappelé son engagement en faveur de la « coexistence pacifique » entre Israël et la Palestine, et avait condamné les attentats contre les civils en Israël. En 2006, il avait, depuis sa cellule, contribué à l’élaboration du « document des prisonniers » sur l’établissement d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, document qu'avaient endossé le Hamas et le Djihad islamique. "La popularité de Barghouti, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, représente sans doute le seul barrage à la montée en puissance du Hamas, sur fond d’escalade sans fin de la violence. Sa libération et sa promotion susciteraient à l’évidence de très fortes oppositions en Israël comme au sein de l’AP. Cette hypothèse mérite néanmoins d’être étudiée, ne serait-ce que pour ne pas céder à la fatalité de la guerre et de la mort."

Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur israélien à Paris, est convaincu que la négociation autour d'un État palestinien reste la solution la plus appropriée, mais qu'il faudra qu'elle soit imposée de l'extérieur.  "C'est la seule possibilité de sortir par le haut de cette tragédie. La "beauté" de cette nouvelle situation si j'ose dire, c'est qu'on a moins besoin des interlocuteurs locaux : je plaide depuis des années pour une solution imposée. Peu importe qui négociera pour les deux parties, il faudra qu'ils le fassent parce que ça aura été imposé par la coalition internationale".

(1) Philippe Lançon, "Le supplice des Pals", Charlie Hebdo, 1.11.2023.
(2) Riss, "Cherche homme d'Etat et plus si affinités", Charlie Hebdo, 22.11.2023.
(3) https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2023/11/12/le-jour-d-apres-a-gaza_6199614_6116995.html

dimanche 3 décembre 2023

Inconfortable

Sortir de sa zone de confort, voilà une expression à la mode depuis quelques années. Elle est même souvent injonction. Il faut sortir de sa zone de confort. Pourquoi ? Allez savoir, pour changer ses habitudes, pour faire des choses qu'on n'a jamais faites, pour suivre l'air du temps.

Une enseignante française retraitée avait décidé, dit-elle, de sortir de sa zone de confort en embarquant pour trois ans de croisière sur un monstre des mers. C'est la compagnie turque Miray Cruises qui proposait à ses clients d'embarquer ainsi autour du globe pour  210.000 kilomètres de traversée, 382 escales, près de 140 pays visités, le tout pour 36.000 euros par an. Elle laissait même entendre que les voyageurs pourraient poursuivre l'aventure ad vitam æternam. Comme les autres croisiéristes, l'ex-enseignante a vendu sa maison et tout laissé derrière elle pour aller attendre le bateau dans le port d'Istanbul. Elle attendra longtemps. L'agence de voyage a annulé en dernière minute cette croisière de luxe, faute.. de bateau. Et voilà les croisiéristes sans domicile. Totalement sortis de leur zone de confort. On voit par là qu'il faut se méfier de l'air du temps. Surtout quand il souffle à rebrousse-poil de la raison qui nous encourage plutôt à faire des économies d'énergie tout en restant dans notre zone de confort.

vendredi 1 décembre 2023

Le parti du patriarcat

Les Verts, belges comme français, sont plus verts que jamais. Au vert de la nature ils ont ajouté celui de l'islam. Depuis longtemps (1), on les voyait soutenir les revendications des musulmans les plus conquérants, les plus radicaux. A Anderlecht, en région bruxelloise, ils veulent autoriser le port du voile dans l'administration, au nom de la lutte contre les discriminations (2). Y a-t-il vêtement plus discriminant que ce voile qui est signe de soumission des femmes ? Qu'ils en parlent avec les femmes iraniennes, afghanes, saoudiennes, pakistanaises, avec toutes ces femmes qui sont contraintes de se voiler dès qu'elles sont en public. Et qui risquent la prison, le viol, la torture, la mort, si elles ne se soumettent pas. Le voile est la marque de l'impureté et de la soumission féminines. Qui prétend le contraire (se) ment. Lisez, relisez les témoignages, les livres, les cris et les écrits de toutes ces femmes qui ont fui - si elles l'ont pu - ces pays dominés par l'islam où elles étaient ou sont encore empêchées de vivre : Abnousse Shalmani, Djemila Benhabib, Chadortt Djavann, Naëm Bestandji, Taslima Nasreen, Narges Mohammadi, Nasrin Sotoudeh et tant d'autres, mais aussi des hommes tels que Omar Youssef Souleiman. (3). Défendre le voile, c'est cracher à la mémoire de Mahsa Amini, jeune iranienne assassinée pour un voile mal ajusté. Défendre le voile, c'est obéir aux Frères musulmans dont l'objectif est d'imposer l'islam et ses lois (leurs lois) rigoristes partout où vivent des musulmans. 

Avec de telles positions, Ecolo se range du côté de l'obscurantisme et soutient le patriarcat le plus réactionnaire. Le féminisme fondateur d'Ecolo est piétiné au profit de positions misogynes pour des raisons de clientélisme. Ecolo a perdu la raison (sauf celle-là). La France prétendument insoumise est dans le même cas, soumise aux électeurs qu'elle drague et qu'importe le sort des femmes.
"L’obsession communautariste d’Ecolo détruit méthodiquement notre modèle universaliste de société et crée une autoroute à l’extrême droite et aux islamistes. Il est temps d’arrêter cette folie qui disloque et antagonise les populations de notre pays", vient d'écrire le député Les Engagés Georges Dallemagne. 

J'ai été parlementaire Ecolo il y a vingt ans. Je l'ai été fièrement. Aujourd'hui, je ne voterai pas pour ce parti rétrograde qu'est devenu Ecolo.
Rallumez la lumière !

(1) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/05/fache-tres.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/06/le-voile-en-face.html
(2) https://www.lalibre.be/belgique/2023/11/30/a-anderlecht-alors-que-la-commune-se-dechire-sur-le-port-du-voile-ecolo-propose-un-ultime-compromis-on-na-pas-envie-de-faire-peter-la-majorite-YM2EHXJT3BE7NJYYVSHRCTQMQY/
(3) https://moeursethumeurs.blogspot.com/2018/07/djemila-benhabib.htm
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2022/01/le-soft-power-de-lislamisme.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2021/11/leurope-du-sexisme.html
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2022/05/talibans-et-bonnes-ames.html

lundi 27 novembre 2023

Les assassins d'Allah

C'est devenu un cri de criminels. Ils tuent en criant Allahou Akbar. Allah est le plus grand, disent-ils, en tirant, en poignardant, en violant. C'est le cas de la plupart des auteurs d'attentats dans nos pays (et dans d'autres sûrement), comme ce fut le cas des terroristes du Hamas lors du pogrom du 7 octobre.
Il y a quelques jours, le député belge Georges Dallemagne a visionné, avec quelques confrères, le film de 43 minutes sur ce massacre. "Barbarie des actes, écrit-il, chasse aux hommes, aux femmes, aux enfants abattus et déchiquetés par les grenades dans leurs caches, jouissance des assaillants, jeu et décapitation de cadavres. Comme médecin humanitaire, j'ai été témoin dans ma vie de crimes épouvantables : Cambodge, Rwanda, Congo, Arménie, Srebrenica, Ukraine... Ce qui frappe ici, c'est l'excitation morbide, le plaisir de tuer, la profanation des cadavres et ce cri permanent des assaillants, même lors de la décapitation au couteau de cadavres : Allahou Akbar ! Document essentiel pour comprendre la gravité de ce crime contre l'humanité."

Leur dieu n'est pas le plus grand, il est petit, rendu minable par ces fous furieux qui disent tuer en son nom. Mieux vaut ne pas croire que croire en un dieu qui vous ordonne de massacrer ceux qui ne pensent pas comme vous. Leur dieu est mort. Ils l'ont tué.
Mais ils crient son nom dans les rues de nos villes, de leurs villes qu'ils rêvent de soumettre un jour à la charia. La guerre provoquée par le Hamas est pain bénit pour les islamistes. Ils défilent dans les rues d'Allemagne ou du Danemark, mais aussi de France, de Belgique ou de Grande-Bretagne, en poussant leur cri de guerre.
Ils étaient trois mille à Essen, en Allemagne, le 3 novembre, hommes et femmes soigneusement séparés affichant clairement leur slogan : "Eine Ummah, Eine Einheit, Ein Losung : Khilafah" (une Umma (1), une unité, une solution : le califat). Les femmes, portant tchador ou niqab, levaient l'index vers le ciel, le signe de ralliement des djihadistes de l'Etat islamique. Leurs drapeaux noirs ou blancs, portant des inscriptions en arabe, rappelaient ceux du même Etat. Derrière tous ces signes, un groupe : Hizb Ut-Tahrir, une organisation qui juge l'islam incompatible avec la démocratie - mais qui profite bien sûr du système démocratique pour se faire largement entendre - et qui entend appliquer la charia comme base et norme de l'action de l'Etat au sein d'un califat. 
"Outre-Rhin, écrit Charlie Hebdo (2), Seyran Ates, avocate et imame allemande, a vu la frange islamiste radicale grossir d'année en année, jusqu'à se sentir autorisée à descendre dans la rue. Cette frange était déjà présente, et s'est particulièrement développée depuis le 11 septembre. Les islamistes contrôlent déjà de nombreuses rues et quartiers dans le pays, explique-t-elle."

Le même 3 novembre, l'appel au Djihad résonnait dans les rues de Copenhague. "Il y a des gens au Danemark qui n'adhèrent pas à nos valeurs", constatait inquiète la première Ministre Mette Frederiksen. Les manifestants étaient, eux aussi, réunis par Hizb Ut-Tahrir. En France, en Belgique, en Grande-Bretagne et ailleurs, des "Allah Akbar" ponctuent régulièrement les manifestations appelant à la fin de la guerre entre Israël et le Hamas. 

Deux enseignants français, Samuel Paty il y a trois ans et Dominique Bernard en octobre dernier, ont été tués au nom d'Allah.
"Nous voulons dire (...) à tous les terroristes qui se réclament de l’islam, que le meurtre, quelles que soient les circonstances, est injustifiable, écrivaient récemment huit universitaires, chercheurs et intellectuels musulmans (3). La vie, toute vie, est sacrée. Rien ne donne le droit d’ôter la vie, de briser des familles. (...) 
Au meurtrier barbare qui prétend parler au nom de notre religion, nous rétorquons ce que dit le Coran sur la valeur de la vie : « N’attentez pas à la vie de votre semblable, que Dieu a rendue sacrée… » (Coran, 17.33). Et encore : « Quiconque tue un être humain non convaincu de meurtre… est considéré comme le meurtrier de l’humanité tout entière. Quiconque sauve la vie d’un seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de l’humanité tout entière ! » (Coran, 5.32). (...) 
A tous les terroristes qui se réclament de l’islam, nous voulons aussi dire que même la guerre, le désespoir et l’injustice ne justifient pas le massacre de civils. Peu importe la nationalité, la religion, le sexe, l’âge du civil. Un civil est un civil, et cela s’applique aussi au conflit israélo-palestinien. Dans le Coran, la violence guerrière n’est permise que contre des attaquants en arme directement menaçants, donc uniquement en cas de « légitime défense » (Coran, 2.190 ; 4.75 ; 8.19 ; 9.12-13). Tuer des gens en dehors de ce cas précis relève du meurtre (Coran, 5.32). (...)
Nous voulons enfin dire aux terroristes que Dieu se suffit à lui-même (Coran, 14.8, 57.24). Ce n’est pas à l’être humain de prendre la place de Dieu et de s’autoproclamer justicier divin. Dieu est le seul capable de juger, car nul n’est son égal (Coran, 3.128 ; 22.69 ; 45.14)."

Moustapha Barry est demandeur d'asile, hébergé à Buzançais dans l'Indre. Il a fui la Guinée en 2022 "pour échapper à la chape de plomb religieuse que faisait peser sa communauté sur sa famille". Il dénonce l’idéologie religieuse, l’intégrisme et le terrorisme (4). « L’intégrisme religieux se manifeste par une interprétation étroite et dogmatique de la foi, dans laquelle la diversité d’opinions est souvent rejetée au profit d’une seule vérité absolue. Cette idéologie extrémiste peut mener à des actes de violence, à la suppression des droits individuels et à la répression des voix dissidentes, ce qui a des conséquences dévastatrices sur la liberté et le bien-être des citoyens.  (...) Ma religion, c’est l’humanité. L’objectif de toute religion, c’est le vivre ensemble et pas la pensée unique. La religion relève de la sphère privée et ne peut pas s’imposer à tous comme on ne peut pas venger quiconque au nom de Dieu. »

Ces voix-là semblent peu - voire pas du tout - écoutées par une part importante de la gauche, terrorisée, elle, à l'idée d'être traitée d'islamophobe parce qu'elle critiquerait des musulmans, même pour leur violence. Elle préfère en faire par principe des victimes et fermer les yeux sur leurs horreurs, au mépris de toutes celles et tous ceux qui en sont les véritables victimes, à commencer par les musulmans eux-mêmes et surtout les musulmanes. Mélenchon a défilé, il y a plusieurs années, dans une manifestation contre l'islamophobie où résonnaient les cris Allah Akbar. Il a marché ainsi sur le cadavre de celui qu'il présentait comme son ami : Charb, directeur de Charlie Hebdo, massacré au nom du Prophète. Il a marché sur celui de Marx qui affirmait que la religion est l'opium du peuple.
Le jour où la gauche acceptera d'ouvrir - enfin ! - les yeux, de défendre à nouveau le libre arbitre et la laïcité et de dénoncer toute violence, peut-être enfin nos sociétés pourront-elles se préserver de ce mal qui progresse de moins en moins sournoisement, de plus en plus ouvertement. Et se préserver de l'extrême droite que le silence et la lâcheté de cette gauche non laïque font prospérer.

Post-scriptum à écouter : le billet de Sophia Aram du 4 décembre :

(1) "L'oumma, ou uma, est la communauté des musulmans, indépendamment de leur nationalité, de leurs liens sanguins et des pouvoirs politiques qui les gouvernent. Le terme est synonyme de umma islamiyya, « la nation islamique »." (Wikipedia)
(2) Jean-Loup Adénor et Yovan Simovic, "Conflit israélo-palestinien - Allemagne, Danemark, France... la flambée islamiste", Charlie Hebdo, 15.11.2023.
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/10/22/le-coran-ne-donne-aucun-blanc-seing-pour-la-violence_6195978_3232.html
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/dans-l-indre-ce-demandeur-d-asile-de-buzancais-combat-l-endoctrinement-religieux?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=21&pageId=57da5ce5459a4552008b469a

jeudi 23 novembre 2023

Le temps des aboyeurs

C'est un rouleau compresseur. L'extrême droite est en marche, elle progresse à grandes enjambées un peu partout à travers la planète. Voilà que l'Argentine sera présidée par un bûcheron qui s'aidera de sa tronçonneuse pour faire son travail de sape de l'Etat. Et voici que les Pays-Bas choisissent prioritairement Geert Wilders et son parti trompeusement appelé "de la liberté" pour les diriger (1).
On entend ceux qui minimisent, qui rappellent que Trump et Bolsonaro n'ont fait qu'un mandat, puis ont été battus, qui estiment qu'il faut cesser de vouloir à tout prix empêcher l'extrême droite d'accéder au pouvoir, qu'on en fait ainsi une victime et que, si elle devait diriger leur pays ou leur région, elle montrerait rapidement son incompétence. C'est oublier, ou minimiser, les dégâts qu'elle peut faire.
En Argentine, on a entendu ce fou furieux de surexcité de Millei (cet homme est inqualifiable) annoncer qu'il compte supprimer les ministères de l'éducation, de l'environnement, de la culture, qu'il interdira l'avortement, qu'il privatisera tout ce qui peut l'être, qu’il abrogera la loi encadrant les loyers.  
En Italie, la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a certes été obligée de mettre de l'eau dans son vin dans son rapport à l'Union européenne, notamment pour ce qui concerne l'accueil des migrants qu'elle avait promis d'interdire totalement, mais elle inquiète particulièrement dans le domaine culturel. Elle vient de nommer à la tête de la Biennale de Venise et de la Mostra l'ex-journaliste d'extrême-droite Pietrangelo Buttafuoco. Et depuis un an, des membres de Fratelli d'Italia, le parti de Meloni, ont été nommés à la direction de la RAI et du Musée international des Arts du XXIe siècle, le Maxxi. Voilà qui ressemble à une mise au pas (2).
Un peu partout dans le monde, le racisme et l'antisémitisme augmentent de plus en plus, considérés comme une opinion comme une autre. Il en va de même du sexisme ou de l'homophobie. L'accession au pouvoir de l'extrême droite va plus encore libérer les aboyeurs, voire les agresseurs qui se sentent légitimés dans leur expression une fois que leur parti est au pouvoir. Après tout, une des bases de ces partis d'extrême droite est le rejet de l'autre. Mais il arrive toujours que l'on soit un autre...

(1) Lui reste à former une majorité, ce qui n'est heureusement pas acquis.
(2) Franc-Tireur, 15.11.2023.

dimanche 19 novembre 2023

Un gouvernement contre son peuple

La guerre entre Israël et le Hamas a tendance à nous faire oublier les autres conflits, ceux qui opposent un pays à un autre, une population à une autre ou un gouvernement à son peuple. 
La dictature iranienne - qui aide militairement, financièrement, politiquement le Hamas - fait partie de ces criminels qui se réjouissent que l'attention internationale se détourne d'eux. Les démocrates iraniens qui subissent la charia ont besoin d'être soutenus et se trouvent trop souvent ignorés par ceux qui craignent de se faire traiter d'islamophobes s'ils s'opposaient aux théocrates brutaux.
Un remarquable ouvrage illustré, initié et coordonné par Marjane Satrapi, participe à ce soutien : "Femme - Vie - Liberté" (1) retrace les évènements récents de la révolte qui secoue l'Iran, décrit les manifestations, l'enfer de la prison d'Evin, les exécutions de jeunes qui aspiraient uniquement à vivre libres, l'empoisonnement des écolières, la jeunesse dorée du régime qui vit à l'écart des  règles infernales du régime, l'exercice de la censure, les interdictions faites aux femmes, etc.
Les auteurs et autrices sont pour la plupart d'origine iranienne et les dessinateurs et dessinatrices sont iraniens, français ou espagnols.

L'ouvrage se termine par un échange entre Abbas Malekzadeh Milani, Jean-Pierre Perrin, Farid Vahid, Marjane Satrapi et Joann Sfar (et est illustré par ce dernier). Ensemble, ils imaginent l'avenir de l'Iran. Il sera forcément libre. A les entendre parler du régime des barbus, on pense à l'attitude du Hamas. Tant le régime chiite que les dirigeants du Hamas n'ont que mépris pour le peuple qu'ils sont censés représenter et protéger.

Le professeur Abbas Malekzadeh Milani est un historien irano-américain, il a enseigné à l'Université de Téhéran, puis a été prisonnier politique, interdit d'exercer après la révolution iranienne et a quitté l'Iran en 1989 : "Khomeini n'était pas révolutionnaire, au contraire ! Khomeini, c'était la contre-révolution. Pour une révolution, il faut une citoyenneté, des humains qui prennent en main leur futur et en sont capables. La révolution islamique, ce fut l'inverse."
"Ou bien ce fut une révolution qui visait à islamiser le monde et qui se fichait que cela désintègre l'Iran", ajoute Jean-Pierre Perrin, correspondant de guerre, spécialiste du monde arabe. 

A.M.M.  encore : "Les pays de l'ouest ont voulu trop longtemps croire les mensonges de ce régime. Ils ne sont ni anti-impérialistes, ni anti-sionistes. Ce sont des racistes et anti-juifs. Cette dissimulation marche encore aujourd'hui sur une frange des opinions publique occidentales. Cela explique le manque d'adhésion de certains au mouvement Femme-Vie-Liberté. On leur a fait croire que s'ils défendaient la liberté ils étaient islamophobes. Khomeini disait : je peux mentir sur tout si c'est au nom de Dieu."

Farid Vahid, politologue iranien, qui vit aujourd'hui à Paris : "Quatre décennies de fanatisme et de religion obligatoire ont paradoxalement sécularisé la société  iranienne, qui rejette aujourd'hui massivement le religieux. Les mollahs ont juste réussi à faire naître une passion pour la laïcité."

Marjane Satrapi, dessinatrice et réalisatrice : "Les intellectuels que tu entends tous les jours à la moindre connerie, au sujet de l'Iran, c'est le monde du silence. Le commandant Cousteau. C'est choquant. Ils aiment les Iraniens avec un âne sur une colline. Et leurs femmes avec un voile. C'est une folie ! Persepolis (2) est interdit dans plusieurs écoles américaines pour cause d'islamophobie ! Il a fallu que l'imam de Philadelphie vienne dire qu'il adorait mon livre et que je me battais contre le fanatisme et pas contre la spiritualité pour que les dames blondes et athées acceptent d'ouvrir l'album !"

En Iran, la population se bat pour sa liberté et surtout pour une amélioration de la situation socio-économique du pays.  Un Iranien a posté une vidéo de son frigo vide et on l'entend dire : “C’est mon réfrigérateur, et j’ai trois enfants. Le régime de la République islamique dépense notre argent pour Gaza et le Liban.”
Le 7 novembre, l’ancien chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, s’est exprimé lors d’une conférence à Téhéran sur le thème de la guerre qui oppose Israël au Hamas. “Le peuple en a assez de subir les conséquences de la politique iranienne” sur la question palestinienne, dont le régime se fait le parangon, a notamment déclaré l’ancien ministre appartenant au camp des modérés. Il a ajouté que la population avait “raison” de penser que l’Iran ne devait pas “faire la guerre” pour les Palestiniens.
"Ces propos illustrent une véritable tendance au sein de la société iranienne, dont une grande partie n’hésite plus à exprimer son mécontentement à l’égard de la politique de la République islamique vis-à-vis de la Palestine", écrit Le Courrier international (3). En soutenant coûte que coûte le Hamas et le Hezbollah libanais, les dirigeants chiites confirment que les priorités pour eux sont l'islamisation du monde et la destruction d'Israël. Et certains pas le bien de leur population. 

(1) "Femme - Vie - Liberté", divers auteurs, sous la direction de Marjane Satrapi, L'Iconoclaste, 2023.
(2) Bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi, publiée par L'Association, en quatre volumes de 2000 à 2003.
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-teheran-en-iran-la-population-desapprouve-le-soutien-du-regime-au-hamas


jeudi 16 novembre 2023

Insupportable censure bienveillante

Il ne faut choquer personne. Ainsi le veut (ou le rêve) l'époque. Les inclusifs veulent - exigent parfois - qu'aucune personne ne puisse être heurtée par un nom de rue, d'école ou de bibliothèque, qu'aucune statue ne rappelle de sinistres actes ou une période noire. Du passé faisons table rase.
Voilà qu'on apprend qu'en Allemagne, une crèche portant le nom d'Anne Frank devrait être débaptisée et adopter, au nom de l'inclusion, un nom "plus ouvert". On se pince. C'est ce que propose la directrice de cette crèche de Tangerhütte, petite commune proche de Magdebourg. Le maire la soutient dans son projet de "ne pas choquer les enfants et les parents issus de l'immigration" (1). En quoi pourraient-ils être choqués ? Que dit le nom, mondialement connu, d'Anne Frank  ? Il rappelle le sort d'une jeune fille juive allemande dont la famille s'était installée aux Pays-Bas pour fuir le nazisme. Réfugiée avec celle-ci pendant deux ans dans un minuscule appartement secret à Amsterdam, elle a tenu un journal de cette vie cachée, avant d'être arrêtée, envoyée à Auschwitz, puis à Bergen-Belsen où elle mourra à l'âge de seize ans.
Qui peut être choqué par le nom d'Anne Frank, sinon des antisémites ou des nostalgiques du nazisme ? Faudrait-il effacer le nom de Nelson Mandela qui doit déranger les nostalgiques de l'apartheid ?
On hésite à qualifier une telle démarche qui n'a absolument rien d'ouverte : stupide ? lâche ? infecte ? Un peu de tout cela. Une espèce de fausse bienveillance abjecte.
Dans un documentaire sur Simon and Garfunkel, récemment diffusé sur Arte, Paul Simon expliquait qu'un de leurs amis avait mis en images leur chanson "Sound of silence". On y voyait notamment des images de la guerre du Vietnam. Ce ne sont pas elles qui ont choqué le producteur qui s'opposait à la diffusion de ce qu'on n'appelait pas encore un clip, mais une image d'enfants blancs et noirs ensemble à l'école. Elle allait choquer les Américains du sud, farouches partisans de la ségrégation.
Demain, pour ne choquer personne, il faudra cacher les églises, les synagogues, les mosquées Leur visibilité risque d'exclure les croyants d'une autre religion. 

(1) "Cancel Jewish Culture", Franc-Tireur, 15.11.2023.

mardi 14 novembre 2023

Femmes de paix

Un jour ou l'autre - mais quand ? - la paix s'imposera entre Israéliens et Palestiniens. Ou plutôt grâce aux Palestiniens et aux Israéliens. Et peut-être plus précisément grâce aux Israéliennes et aux Palestiniennes.
Le mouvement pacifiste et féministe israélien Women Wage for Peace (WWP), créé il y a une dizaine d'années, est allié à son équivalent palestinien Women of the Sun, créé plus récemment. Le premier rassemble quelque quarante-cinq mille adhérentes, le second deux mille (1).
Quelques jours avant le 7 octobre, les deux mouvements lançaient ensemble un nouvel appel à un accord entre les deux peuples.
En 2022, les femmes des deux communautés avaient adressé aux dirigeants palestiniens et israéliens "L'appel des mères" : "Nous, femmes palestiniennes et israéliennes de tous horizons, sommes unies dans le désir humain d'un avenir de paix, de liberté, d'égalité, de droits et de sécurité pour nos enfants et les générations futures. (...) Nous appelons nos dirigeants à faire preuve de courage et de vision pour provoquer ce changement historique auquel nous aspirons tous."
"Ce n'était pas simple de rédiger un appel acceptable par les deux parties, leurs sociétés et leurs dirigeants, constate Pascale Chen, militante de WWP. Les Palestiniennes de WOS ont surtout une légitimité à s'exprimer en tant que mères. Elles (...) sont courageuses, c'est bien plus difficile pour elles, qui subissent un patriarcat puissant. Notre mouvement peut, lui, tenir des propos plus politiques, plus féministes." 

Pascale Chen déplore que parmi les otages du Hamas figurent deux membres de WWP : Vivian Silver, 74 ans, et Ditza Heyman, 84 ans. On vient d'apprendre que Vivian Silver, qui fut l'une des fondatrices de WWP,  a en fait été tuée lors du massacre du 7 octobre. "Originaire de Winnipeg, au Manitoba, Vivian Silver s’était installée en Israël il y a une cinquantaine d’années, rappelle Le Devoir (2). Au fil du temps, elle s’est impliquée dans de nombreux groupes communautaires, notamment afin d’offrir du soutien aux résidents de la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007. « Une autre personne éprise de paix, qui a consacré sa vie à rapprocher les Israéliens et les Palestiniens, a été massacrée par l’ennemi des Israéliens et des Palestiniens, et par l’ennemi de la paix », a écrit sur Facebook l’écrivain et militant israélien Hen Mazzig, qui a décrit Vivian Silver comme l’une des militantes « les plus connues pour la paix avec les Palestiniens »."
"Nous ne faisons pas l'amalgame, affirme encore Pascale Chen. C'est bien le Hamas qui est l'auteur de cette attaque terroriste, non le peuple palestinien, qui connaît une réelle tragédie lui aussi... et en premier lieu, ce sont les femmes et les enfants qui en paient le prix. Il va falloir à présent reconstruire ce qui a été détruit. (...) Et les femmes, israéliennes comme palestiniennes, ont un rôle essentiel à jouer, parce que les hommes, qui nous gouvernent depuis tant d'années, n'ont pas fait leurs preuves. Il est temps de penser différemment."
Les guerriers s'enorgueillissent de voir leurs enfants transformés en martyrs quand les femmes n'en peuvent plus de voir leurs enfants mourir à cause de la haine entretenue par ceux qui y trouvent leur intérêt.

Dans une résolution d'octobre 2000, l'ONU soulignait que 80% des victimes des conflits modernes sont des femmes et des enfants et réaffirmait "le rôle important que les femmes jouent dans la prévention et le règlement des conflits et dans la consolidation de la paix". Et l'ONU insistait pour "qu'elles participent sur un pied d'égalité à tous les efforts visant à maintenir et à promouvoir la paix et la sécurité". 
Les deux mouvements pacifistes s'appuient sur l'exemple nord-irlandais : "un conflit tout aussi dévastateur que le conflit israélo-palestinien, très sanglant, empli de haine, d'actes terroristes, de destructions et de deuils. Et qui semblait sans fin ! Il a pourtant cessé avec le Good Friday Agreement, l'accord du Vendredi saint du 10 Avril 1998. Et les femmes des deux camps n'y ont pas été étrangères : pendant des années, elles ont continué à dialoguer entre elles, en catimini, pour leurs jeunes, pour leur sécurité, œuvrant au rapprochement des communautés. Ce travail souterrain a contribué à ce que les sociétés civiles finissent par adhérer aux initiatives de paix des politiques, lorsqu'ils s'y sont décidés. Les femmes ont formé un parti intercommunautaire, la Nothern Ireland Women's Coalition. Et si les Irlandaises y sont arrivées, pourquoi pas nous ?"

Et puis ces mots (3) de l'écrivaine libanaise Dominique Eddé. Engagée auprès de réfugiés palestiniens depuis 1971, elle a ensuite pris ses distances avec le mouvements de la résistance, puis a rencontré des militants israéliens "en lutte contre la politique de leur pays, contre la répression, l'oppression, l'apartheid".
"La religion a perdu Dieu de vue, dit-elle ; la plupart des régimes arabes qui tiennent tête aux intégristes sont des monstres habillés autrement ; l'actuel régime israélien est un régime barbare ; la défaite est totale ; les sociétés sont divisées, Israël inclus, le nord et le sud fracturés. Les enfants de Gaza nous demandent, nous supplient d'arrêter le massacre, de libérer les enfants israéliens, et notre reste d'humanité nous supplie de libérer tous les otages israéliens, de reconnaître l'injustice faite aux Palestiniens, de leur donner une patrie, de rendre Jérusalem aux trois monothéismes, d'en faire une capitale ouverte, neutre, cosmopolite, de protéger l'avenir de son passé mortifère, de l'ancrer dans son passé de vie commune, de rester humain, de comprendre avant d'avoir raison et de vouloir vraiment la paix."

(1) "Les femmes israéliennes et palestiniennes ont un rôle essentiel à jouer", propos recueillis par Lorraine Rossignol, Télérama, 25.10.2023.
(2) https://www.ledevoir.com/societe/801887/guerre-israel-hamas-activiste-canado-israelienne-vivian-silver-ete-tuee-pendant-attaques-hamas
(3) https://www.arte.tv/fr/videos/117555-000-A/proche-orient-penser-l-apres/

dimanche 12 novembre 2023

Le bal des hypocrites

La guerre entre le Hamas et Israël est l'occasion pour les pires régimes de la planète de se faire passer pour des colombes. On avait déjà bien ri en entendant Poutine et Erdogan (1). Le président russe réclame la paix, se propose comme médiateur et appelle à épargner les civils. Et le sultan turc considère que "le Hamas n’est pas un groupe terroriste, c’est un groupe de libérateurs qui protègent leur terre ». Quand on sait tout ce que ces hommes ont de sang sur les mains et comment ils traitent ceux qui tentent de se libérer de leur emprise, on sait que penser de leur compassion pour le sort des Palestiniens.

Hier, les dirigeants arabes et musulmans se sont réunis à Riyad en un sommet extraordinaire conjoint de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique. C'est le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman (MBS) qui présidait la rencontre. Comme l'écrit Le Monde (2), il "a endossé son rôle de leader du monde arabo-musulman en conviant ses alliés – le roi Abdallah II de Jordanie, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, ou encore le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi – et ses rivaux – le président iranien Ebrahim Raïssi, le président turc Recep Tayyip Erdogan, et l’émir du Qatar, cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani – à se mobiliser pour Gaza". Tous condamnent  "l’agression israélienne contre la bande de Gaza, les crimes de guerre et les massacres barbares et inhumains perpétrés par le gouvernement d’occupation". "Ils appellent, écrit encore Le Monde, à un cessez-le-feu immédiat, à la levée du siège de Gaza et à un accès sans entrave de l’aide humanitaire. Tous rejettent le déplacement forcé des Palestiniens de l’enclave vers l’Egypte ou de Cisjordanie vers la Jordanie et réclament l’arrêt des exportations d’armes vers l’Etat hébreu. Ils appellent à une relance du processus de paix pour permettre l’établissement d’un Etat palestinien, aux côtés d’Israël."

Passons sur les déclarations du président iranien qui écrase brutalement chez lui les femmes, toute personne un peu critique et son peuple en général. "Nous baisons les mains du Hamas", a déclaré le dictateur qui doit ainsi ressembler à un vampire, avec du sang plein les lèvres
Les gentilles déclarations de MBS semblent, elles, accueillies avec estime. Il a dit toute la tristesse qu'il éprouvait pour ses "frères palestiniens" et a dénoncé la "guerre barbare" que leur mène Israël. Le monde entier a vite oublié le meurtre, en 2018, du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat d'Arabie saoudite en Turquie. Tout indique que c'était sur ordre de MBS. Oubliée aussi la répression brutale des voix dissidentes et l’emprisonnement des militants des droits de l'homme en Arabie saoudite. Plus récemment, les crimes commis par les gardes-frontières saoudiens ont été quasiment ignorés : de mars 2022 à juin 2023, ils ont tué un à un, à bout portant ou à l'arme explosive, des centaines - voire plus - de demandeurs d'asile éthiopiens, dont des enfants. Ces migrants espéraient pouvoir être accueillis si pas comme des frères, au moins comme des êtres humains dans la dix-huitième plus grande économie du monde. Mais l'Etat saoudien les a abattus froidement. Télérama (3) rappelait récemment que ce régime considère les femmes comme inférieures aux hommes, les couples adultères, les athées, les homosexuels et les toxicomanes passibles de la peine de mort. MBS, dans son opération de séduction, fait venir chez lui quantité d'artistes qu'il rémunère grassement. Ainsi, Jean Nouvel, appelé à construire un centre touristique, Isabelle Adjani, invitée à un festival de cinéma, ou encore Maïwenn qui a obtenu de ce même festival une aide pour la production de son dernier film. Versent-ils, eux aussi, des larmes de crocodile sur le sort de leurs frères et sœurs palestiniens ?

(2)  https://www.lemonde.fr/international/article/2023/11/12/les-etats-arabes-et-musulmans-a-l-unisson-pour-demander-un-cessez-le-feu-a-gaza_6199580_3210.html
(3) Yasmine Youssi, "Un encombrant soutien", Télérama, 30.8.2023.

samedi 11 novembre 2023

Jean-Pierre Verheggen

Il y avait du Rabelais en lui, du Jarry, du Rimbaud, du Queneau, du Norge, du Tardieu. Mais surtout du Verheggen, dans sa manière unique de bousculer la langue française, de la réinventer constamment. Il appelait cela langagement
Jean-Pierre Verheggen est mort le 8 novembre.

Le mort de la fin ?

Je ne sais pas, moi. Gné-gné-gné.
Peut-être bien. Gné-gné-gné.
Heu. Laissez-moi réfléchir. Gné-gné-gné.
Accordez-moi une minute. Gné-gné-gné.
Je ne peux pas décider en deux temps, trois mouvements. Gné-gné-gné.
Je vous dirai quoi demain. Gné-gné-gné.
Donnez-moi le temps de me retourner. Gné-gné-gné.
Ça ne se fait pas comme ça. Gné-gné-gné.
Faut voir. Gné-gné-gné.
Vous me prenez au mot. Gné-gné-gné.
Attendez encore un peu. Gné-gné-gné.
Vous allez vite en besogne. Gné-gné-gné.
Ce n'est pas si simple. Gné-gné-gné.
Qu'est-ce que vous croyez. Gné-gné-gné.
Je ne suis pas à pièce. Gné-gné-gné.
Il faut que je souffle un peu. Gné-gné-gné.
Hé. Gné-gné-gné.
Laissez venir. Gné-gné-gné.

Non ! Il faut te décéder tout de suite, Verheggen !

Jean-Pierre Verheggen, extrait de "Le degré zorro de l'écriture", 1978.