mardi 19 septembre 2023

Le cul-de-sac du nationalisme

Les nationalistes n'aiment pas l'Union européenne. Sauf quand ils ont besoin d'elle. C'est-à-dire très souvent.
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, s'est fait élire sur un programme anti-migrants et anti-Union européenne. Avec elle, femme de poigne, l'Italie n'accueillerait plus de migrants. C'est raté. Ces derniers jours, ils sont arrivés par milliers, de Tunisie, sur l'île de Lampedusa. Meloni appelle l'UE au secours et demande que les différents pays qui la composent se répartissent les migrants. 
Le gouvernement italien a, en juin dernier, marqué son accord à un nouveau pacte qui devrait permettre de mieux répartir les réfugiés au sein de l'Union européenne. Le pays qui est en première ligne par rapport aux arrivées serait stupide de ne pas compter sur la solidarité européenne. Le nationalisme montre vite ses limites. "Les États membres devraient accueillir un certain nombre de demandeurs arrivés dans un pays de l’UE soumis à une pression migratoire. Ou à défaut d’apporter une contribution financière équivalente à 20 000 euros par réfugié non relocalisé", rappelle le HuffPost (1). Mais deux pays rejettent cet accord : la Hongrie et la Pologne. A leur tête, des nationalistes comme l'est Giorgia Meloni. Ses amis osnt-ils toujours ses amis ? On voit par là qu'il est impossible de s'entendre entre nationalistes. Par définition, chacun ne voit que son intérêt et s'enferme derrière ses frontières. Soudain, les nationalistes ne reconnaissent plus leurs alliés.
En France, le parti de la fille à papa avait vivement applaudi la victoire de Fratelli d'Italia aux élections italiennes il y a un an. Aujourd'hui, on sent la Le Pen gênée, elle prend ses distances avec sa chère amie qui vient de démontrer que les discours fermes de l'extrême droite ne sont que des mots face à une réalité qui impose des solutions solidaires. Mais la solidarité est une valeur étrangère à l'extrême droite.
Reconnaître qu'on a besoin des autres est une forme d'intelligence. Le nier est de la prétention imbécile. Le Pen, Zemmour et leurs cliques respectives continuent à soutenir qu'avec eux ça n'arriverait pas,  qu'il n'y a qu'à... Yaka fermer les frontières, yaka empêcher les migrants d'entrer, yaka les expulser. 
Le problème est nettement plus complexe que les déclarations à l'emporte-pièce du matamore Zemmour qui annonce qu'avec lui pas un seul migrant de Lampedusa n'entrerait en France.
"Soyons clairs, disait hier l'éditorialiste Pierre Haski  sur France Inter, personne n’a la solution miracle, surtout pas ceux qui font des déclarations martiales. Giorgia Meloni en fait la cruelle expérience. Elle était en Tunisie récemment pour signer un accord sous-traitant, de fait, la gestion des flux migratoires à un pays de départ. Mais tous les départs de ces derniers jours viennent de Tunisie. Entre instrumentalisation politique, volontarisme creux et fausses bonnes solutions, la question migratoire est depuis des décennies un sujet explosif récurrent. Au moins, l’Europe se doit-elle d’être fidèle aux « valeurs » qu’elle proclame dans ses discours. En se rappelant que, contrairement à une idée reçue, la majorité des réfugiés ne sont pas en Europe, mais en Afrique, au Moyen Orient ou en Asie."

P.S. : Le Ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin (qui envoie régulièrement des messages vers la droite), annonce que la France n'accueillera pas de migrants venant de Lampedusa, mais seulement les demandeurs d'asile (comme l'y obligent les règles internationales). Comment peut-il douter qu'ils ne soient pas tous demandeurs d'asile ?

(1) https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/la-crise-des-migrants-a-lampedusa-donne-des-maux-de-tete-a-zemmour-le-pen-et-l-extreme-droite-francaise_223277.html

vendredi 15 septembre 2023

Ces religions si sympathiques

 


Dans le chœur de la basilique du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial en Bourgogne, cette phrase à propos de ce Sacré-Cœur : 
"S'il est donné aux filles de la Visitation de le faire connaître, aimer et le distribuer aux autres
il est réservé aux pères de la compagnie d'en faire voir et connaître l'utilité et la valeur afin qu'on en profite en le recevant avec le respect et la reconnaissance dus à un si grand bienfait"

On comprend que les religieuses peuvent faire connaître et aimer le Sacré-Cœur, mais que seuls leurs confrères sont capables d'en connaître et d'en faire comprendre l'utilité et la valeur. Sans doute les femmes ne sont-elles pas assez douées pour appréhender ces grands mystères.

Sur le fronton de cette chapelle en Wallonie, cette phrase :
"Arrête ici pêcheur Vois les tourments cruels dont un Dieu va payer tes plaisirs criminels"
On doit donc comprendre que nos plaisirs sont, par nature sûrement, criminels et que nous devons absolument les éviter pour que Dieu ne soit pas, par notre faute, cruellement tourmenté.
Donc, vivons sans plaisir.

On admettra que ces phrases sont datées, mais elles restent affichées, signe sans doute que pour la religion catholique elles restent d'actualité.


lundi 28 août 2023

Des nouvelles de la France profonde

Dans le cadre de ce festival de cinéma en plein air et itinérant, dans le centre de la France, chaque soir les spectateurs ont l'occasion, avant la projection, de manger et de boire un verre grâce à des producteurs locaux, au restaurateur du coin, à un foodtruck et/ou à une association.
Ce soir-là, dans ce village-là, c'est l'association de balltrap qui s'était proposée pour tenir le bar, en profiter pour se faire connaître et se faire quelques sous. Mais deux semaines avant l'évènement, le président de l'association s'est inquiété : quel était donc ce foodtruck aux côtés duquel il allait servir à boire ? Quand il a appris que le foodtruck proposait exclusivement des plats végétariens, il a protesté : "Mes bénévoles m'ont dit qu'ils ne viendraient pas s'il n'y a pas de viande". Eclat de rire de l'organisateur qui croit à une plaisanterie. Mais l'homme est très sérieux, il ne peut envisager le moindre repas sans viande. D'ailleurs, il est éleveur et dit défendre sa profession. Quand on lui rétorque que la jeune femme qui propose des plats végétariens défend la sienne et que tous les spécialistes de la santé nous invitent à diminuer nos consommations de viande, il reste sourd. Il est hors de question qu'il vienne. Il refuse même de saisir la perche qui lui est tendue : faire un barbecue pour proposer de la viande à qui, comme lui, en a un besoin irrépressible. Ce sera le foodtruck ou lui. L'association de balltrappeurs (ces chasseurs qui doivent garder la main l'été) n'a donc pas servi à boire aux quelque deux cent cinquante spectateurs présents ce soir-là, qui ont pu apprécier la finesse de la cuisine végétarienne. Elle fut remplacée au pied levé par une autre association à l'esprit plus ouvert.
Si on suivait le raisonnement du viandard, un garagiste pourrait s'opposer au nom de la défense de sa profession à l'organisation d'une randonnée à vélo dans sa commune, un viticulteur à l'ouverture d'un bar sans alcool, des automobilistes à un piétonnier, un commerce de vêtements à un camping naturiste.

L'homme de Néandertal, chasseur carnivore, a, un moment, menacé de dérouler un calicot sur le site de la projection et de convoquer la presse. Qu'aurait-il dit ? Je n'aime pas les légumes ? Vive la viande ? Non au grand remplacement végétarien ? On aurait tant aimé le savoir. On aurait ri encore. 



lundi 24 juillet 2023

Fatigue

Je n'ai plus envie d'écrire. 
Des circonstances familiales, fin du mois dernier et début de celui-ci, ne m'en ont pas laissé le temps. Mais, depuis, je n'arrive pas à m'y remettre. 
Une immense lassitude, un grand découragement. Les incendies se propagent un peu partout du fait de la sècheresse provoquée par le réchauffement climatique. L'eau vient à manquer, les rivières sont à sec, la nature est en grande souffrance. Et l'homme aussi par ricochet. Il faudrait prendre des mesures radicales pour modifier du tout au tout nos modes de vie. Il faudrait. Mais personne n'en a envie. Ni les gouvernements, ni les citoyens. Notre confort ne peut être remis en question. Un confort étrange. Nous voilà écrasés par le soleil et nous prenons l'avion à la recherche d'un soleil plus brûlant encore. Qu'est-ce qui pousse tous ces touristes à aller prendre leurs vacances en Grèce d'où ils appellent au secours, cernés par des incendies ?
Récemment, on pouvait lire que les feux de forêt en Alberta n'empêchent pas les habitants de continuer à défendre bec et ongles l'exploitation pétrolière qui a fait la fortune de leur province et est génératrice d'emplois. 
Tous les gouvernements, tous les partis politiques devraient avoir pour priorité absolue la lutte contre le réchauffement climatique, mais ils se contentent de mesurettes, craignant de se mettre à dos leurs électeurs. On cherche en vain des responsables politiques.
Pendant ce temps, Poutine le barbare continue sa guerre sans issue, avec son lot de morts, de blessés, d'atrocités en tous genres, de destructions, de pollution.
Pendant ce temps, les nationalistes et les populistes s'imposent un peu partout. Des maires sont menacés de mort, des écoles détruites, des bibliothèques saccagées pour prétendument venger la mort d'un jeune. Les réseaux (a)sociaux deviennent des vecteurs de haine et de bêtise. Les complotistes pullulent, répandant sur Internet leurs navrantes analyses de comptoir (ou de clavier) qui méprisent la science ou la considèrent juste comme une opinion parmi d'autres. 
Pendant ce temps, les islamistes brûlent une ambassade parce que des pages d'un exemplaire d'un Coran ont été brûlées, sans s'indigner le moins du monde des violences extrêmes provoquées par les leurs.
Pendant ce temps, les  violences inter-ethniques se poursuivent un peu partout, les réfugiés sont rejetés à la mer, les pays construisent des murs pour mieux fermer leurs frontières. 
Le monde court à sa perte et chacun regarde son nombril, défend son intérêt, son confort, son mode de vie.
Combien de fois n'ai-je pas écrit sur tous ces sujets ? Mais à quoi sert-il d'écrire encore ?

Récemment, le jeune cinéaste québécois Xavier Dolan annonçait qu'il ne tournerait plus de films. "Je ne comprends pas à quoi ça sert de s'efforcer de raconter des histoires pendant que le monde s'écroule autour de nous. L'art est inutile, et se consacrer au cinéma, une perte de temps. (...) Je vais construire une maison où je me réfugierai avec mes amis, et je vais regarder le monde brûler." 
Xavier Dolan a la moitié de mon âge. Il a ou devrait avoir toute la vie devant lui, mais combien de temps l'humanité tiendra-t-elle encore ?
Je vais consacrer mon temps à soigner, autant que je le peux, mes arbres, mes oiseaux, mes insectes, mes hérissons. Et j'en publierai des photos sur mon autre blog, Aux Petits Plaisirs https://michelguilbert.blogspot.com/

(Peut-être reprendrais-je ce blog à l'automne. Peut-être avant, peut-être pas. En attendant, il y a deux hebdomadaires dans lesquels je me retrouve, dont je partage les points de vue : Charlie Hebdo et Franc-Tireur.)

J’entre en une humeur noire, en un chagrin profond, 
quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font.
Molière, Le Misanthrope.

vendredi 7 juillet 2023

Cette gauche devenue idiote

Nous sommes tous islamophobes. C'est ce qu'on peut comprendre des déclarations de l'assistante parlementaire d'un député insoumis. Les restaurateurs qui proposent à leur carte de la viande de cochon sont islamophobes, estime-t-elle (1). Si on suit sa logique, on peut considérer que les viticulteurs et les brasseurs le sont aussi. Que toute femme qui se promène la tête nue est également islamophobe, de même que tout homme qui se rase le menton. Si on mange et boit durant le ramadan, on l'est également. De même si on ne va pas à la mosquée le vendredi. Bref, cette femme voudrait obliger l'ensemble de la société française à respecter les règles et les interdits de l'Islam.
Pendant ce temps, l'établissement LGBT Happy Café à Brest a fermé ses portes, son gérant craignant les appels au meurtre et à la destruction du café qui se multiplient sur les réseaux (anti)sociaux venant d'islamistes qui veulent que "on brule les PD". Exemple parmi trop d'autres : "Exploser l'Happy café faut respecter notre religion Allah Akbar" (2).
Cette assistante parlementaire et tant d'élus de cette gauche si gentille avec ces braves musulmans persécutés n'ont toujours pas compris qu'on ne peut soutenir tous les communautarismes. 
Le conseil municipal d'Hamtramck, localité du Michigan, vient d'interdire de hisser le drapeau arc-en-ciel, symbole LGBT, sur les bâtiments publics. Hamtramck est la première ville américaine dont le conseil municipal est composé intégralement de musulmans. (3)
"Voilà, écrit Jean-Loup Adénor dans Charlie Hebdo, la gauche libérale découvre que les religieux qu'elle protège bec et ongles contre la critique estampillée islamophobe n'ont aucune intention de lui renvoyer l'ascenseur. Et défend ses conceptions puritaines."
A accuser les critiques des dérives de l'islam d'islamophobie on fait le lit des homophobes, des phallocrates, de tous ceux qui ne veulent voir qu'une seule tête, de préférence barbue.
Cette gauche perdue est devenue rétroprogressiste. "Le rétroprogressisme, c'est ça : la défense d'un agglomérat de causes contradictoires qui finiront par se desservir les unes les autres, voire à favoriser les plus réactionnaires."
Pendant ce temps, les interdictions ou les refus d'accueillir le spectacle d'adaptation du livre de Charb Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu de racistes se suivent et se ressemblent. Toujours aussi lâches. "Pour éviter qu'on se fâche avec eux", explique un maire. Avec les islamistes ? A l'université Paris Cité, des syndicats étudiants, Solidaires en tête, ont réclamé l'annulation de la pièce. Solidaires avec qui ? Avec les islamistes?
Pendant ce temps, l'extrême droite sourit dans l'ombre.

(1) "Pol Pot de l'assiette", Franc-Tireur, 28.6.2023.
(2) Franc-Tireur, 5.7.2023.
(3) Jean-Loup Adénor, "Rétroprogressisme - En arrière toute !", Charlie Hebdo, 28.6.2023.
(4) Martin Lon, "Escrocs de l'islamophobie - Charb trop vivant pour eux", Charlie Hebdo, 28.6.2023.


vendredi 23 juin 2023

Centrale beauté

L'argument principal des opposants aux éoliennes, c'est qu'elles gâchent les paysages. Les anti-éoliennes sont souvent, explicitement ou dans les faits, pro-nucléaires. On les comprend : les centrales nucléaires se fondent dans le paysage.





jeudi 22 juin 2023

Vélophobie

Le vélo, c'est pour les touristes. Et encore, ceux qui roulent sur les axes prévus pour eux. Ailleurs, ils ne sont pas toujours les bienvenus.
Vous quittez Mer, petite commune du Loir-et-Cher (41) au nord de la Loire, avec l'intention de franchir celle-ci pour vous rendre à deux pas de là, à Muides-sur-Loire, sur la rive droite. Mais la route qui mène au pont et qui fait à peine plus de deux kilomètres, est interdite aux vélos. S'il ne veut pas se mettre en contravention et moins encore risquer sa vie, le cycliste n'a qu'à redescendre vers Suèvres pour trouver le parcours de La Loire à vélo, itinéraire touristique, pour accéder au pont franchissant la Loire qui dispose, lui, d'une piste cyclable. Le détour : 10 kilomètres.
Les habitants de Mer qui veulent se rendre à Muides (et inversement) n'ont donc pas d'autre choix que la voiture. Faut-il comprendre que ces deux communes sont restées coincées dans la culture des années '60, celle du tout à la bagnole ? On le craint. En attendant, on ne mettra plus les pieds ou moins encore les roues ni à Mer ni à Muides tant que ces communes ne seront pas entrées dans le XXIe siècle.

mardi 13 juin 2023

La vie béate

Il est temps que la presse cesse de parler de ce qui va mal. Dans les Pyrénées-Orientales, nous dit Le Monde (1), "le secteur du tourisme accuse les médias de faire baisser les réservations des estivants, en rendant compte de la sécheresse. Elle est pourtant bien réelle, et le préfet a réuni, le 6 juin, élus locaux et acteurs économiques pour commencer à envisager des solutions de long terme". Laissons venir les touristes comme si tout était normal. Ils découvriront toujours assez vite les limitations d'eau et auront la chance de recevoir des bouteilles d'eau en plastique pour cuisiner ou se rafraîchir.
Cessons de parler des méfaits du tabac sur la santé. Les buralistes ont le droit de gagner leur vie en détruisant celles des autres. De toute façon, il faut bien mourir de quelque chose.
Arrêtons d'inviter les consommateurs à acheter de manière responsable et respectueuse des droits de l'homme. S'ils achètent des produits plus chers, ils n'auront plus les moyens d'aller en vacances dans les Pyrénées-Orientales.
Sans doute faudrait-il aussi ne plus parler de la guerre d'Ukraine. Tous ces reportages y ont fait baisser drastiquement les investissements.
Cessons de regarder autour de nous, gardons la tête dans le sable. Mais craignons les coups de soleil sur les fesses.

(1) https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/06/08/chaleur-et-secheresse-sont-de-retour-sur-une-partie-de-la-france_6176663_3244.html


mardi 6 juin 2023

Indomptable

Il est de ces hommes qui ne plient pas. Malgré les menaces de goulag, il continue à dénoncer haut et fort la dérive fasciste du régime de Poutine. Fin avril 2022, au pied du Kremlin, il brandissait une pancarte qui disait : « URSS 1945 : le pays vainqueur du fascisme. Russie 2022 : le pays du fascisme victorieux ». (1) Peu avant, il avait déjà affiché la phrase suivante : « Notre refus de savoir la vérité et notre silence font de nous les complices de crimes ». Oleg Orlov, l'un des fondateurs de Memorial, sera alors arrêté, pour la cinquième fois en un peu plus d'un an. Après-demain, il sera jugé, soupçonné à la fois de "réhabilitation du nazisme" et de discrédit de l'armée russe pour avoir désigné la Russie comme un Etat fasciste. Donc, si on comprend bien, pour soutenir le fascisme et pour le dénoncer. Le régime poutinien est aussi orwellien. Les contradictions font partie de son ADN. Elles existent et n'existent pas.

"La Russie peut-elle aujourd’hui être considérée comme un Etat fasciste ?, se demande Jonathan Littell (2). Pour ma part, la réponse ne fait pas de doute." L'écrivain s'appuie, comme le fait Orlov dans un texte qu'a notamment publié Mediapart, sur la définition du fascisme élaborée en 1995, sur demande du président Eltsine, par la très officielle Académie des sciences de Russie : « Le fascisme est une idéologie et une pratique qui affirment la supériorité et l’exclusivité d’une nation ou d’une race particulière et qui visent à inciter à l’intolérance ethnique, à justifier la discrimination à l’encontre des membres d’autres peuples, à nier la démocratie, à établir le culte du leader national, à utiliser la violence et la terreur pour supprimer les opposants politiques et toute forme de dissidence, à justifier la guerre comme moyen de résoudre les conflits interétatiques. »
"Difficile, en lisant cette définition, estime Jonathan Littell, de ne pas l’appliquer à Poutine, qui nie jusqu’à l’existence même de l’Ukraine ou de gens se considérant comme Ukrainiens, qui a lancé une atroce guerre d’agression au nom d’une idéologie impériale et ethnique, qui a détruit avec méthode la démocratie péniblement établie dans son pays dans les années 1990 et qui emprisonne aujourd’hui les moindres de ses opposants, y compris des adolescents ayant « liké » un post antiguerre ou des parents d’enfants ayant montré à l’école un dessin en faveur de la paix."

Après-demain, Oleg Orlov sera selon toute vraisemblance condamné et rejoindra en prison d'autres opposants qui, comme lui, ont refusé de quitter leur pays. "Des hommes comme Orlov et les autres, profondément imbus d’un amour de leur pays indissociable du sens de la justice, se battent pour ce que ce pays devrait être, et non pas pour ce qu’il est. Ils reconnaissent que c’est à eux, les Russes, et à personne d’autre, de transformer leur pays, de le nettoyer du virus fasciste pour en faire un pays libre et démocratique. Et, dans une logique parfaitement russe, ils pensent – à tort ou à raison – que ce combat ne peut pas être mené en désertant, et que si certains doivent être emprisonnés, ou même mourir, c’est le prix à payer pour la liberté de tous. Et aussi pour prouver au reste du monde que les crimes commis en Ukraine, comme en Tchétchénie, en Syrie et ailleurs, ne le sont pas par « les Russes » mais par « des Russes » précis, le régime fasciste qui a capté le pouvoir et les richesses du pays et les millions de ceux qui le suivent, par haine de l’autre, par avidité, par bêtise, par paresse, par peur.
Aller en prison, pour un homme comme Orlov, c’est aller là où il doit être : le seul endroit, dans son pays enfermé, où peut se trouver un homme libre." 
Ces opposants comme Orlov, conclut Jonathan Littell, le régime de Poutine, "un régime de mafieux enivrés de gloriole impériale",  "peut les emprisonner ou les tuer, mais il ne peut pas les faire taire".

(1) ou autre traduction : L’URSS de 1945, un pays qui a vaincu le fascisme. La Russie de 2022, un pays vaincu par le fascisme. 
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/06/06/jonathan-littell-des-hommes-comme-oleg-orlov-se-battent-pour-ce-que-la-russie-devrait-etre_6176335_3232.html
Portrait d'Oleg Orlov : https://www.la-croix.com/Monde/Oleg-Orlov-pacifiste-russe-indomptable-2022-07-14-1201224878

Post-scriptum :

Perpétuer la mémoire historique
des victimes des répressions
en URSS et la transmettre
aux générations futures, 
pour défendre les droits humains 
dans les régimes autoritaires.
UNE OPINION N’EST PAS UN CRIME !
SOUTENEZ OLEG ORLOV !

Aujourd'hui, jeudi 8 juin à 14h30 (heure de Moscou) commencent les audiences du procès contre Oleg Orlov pour « discrédit répété de l'armée (russe) ».

Le coprésident du Centre « Mémorial » est poursuivi pour avoir condamné la guerre en Ukraine.

Il risque trois ans de prison. Oleg Orlov est âgé de 70 ans.

Depuis 1990, il travaille pour Memorial dans des zones de conflits armés, au péril de sa vie. Pendant les guerres en Tchétchénie, il a lutté contre les « camps de filtration » et a enquêté sur les meurtres de civils.

En juin 1995, en tant que membre du groupe Kovalev, il s'est volontairement échangé contre 1 500 otages à Boudionnovsk.

Orlov a documenté les violations des droits de l'homme en Géorgie à la suite de l'agression russe et en 2014-2016 dans la zone de conflit dans l'est de l'Ukraine. 

En 2022, Memorial a été l'un des lauréats du prix Nobel de la paix.

Aujourd'hui, Memorial, qui s'est battu pour la paix pendant de nombreuses années, est persécuté, à travers lui, pour ses opinions anti-guerre.

Signez la pétition de soutien à Oleg Orlov !

Mémorial-France

SIGNEZ LA PETITION
À LIRE ET À VOIR SUR CE SUJET
OLEG ORLOV EN 2:19 MINUTES SUR NOTRE CHAÎNE YOUTUBE
UNE VIDEO À VOIR ET A PARTAGER SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

dimanche 4 juin 2023

Barbares

Bizutage en France, baptême en Belgique, le nom change, mais les pratiques barbares sont les mêmes. D'un autre âge, elles se poursuivent, donnant l'occasion à des jeunes d'asseoir le pouvoir qu'ils se donnent et d'exercer leur agressivité et leur mépris, leur violence parfois, sur les nouveaux étudiants.
Le verdict d'un procès en appel en Belgique fait scandale, il laisse penser à une (in)justice de classe.
Dix-huit étudiants de l’Université catholique de Leuven étaient poursuivis pour avoir fait subir en 2018 à Sanda Dia, un étudiant belgo-mauritanien, un véritable calvaire qui a entraîné sa mort. Ils n'ont été condamnés qu'à des travaux d’intérêt général.
Durant trois jours, le bleu fut forcé d’ingérer des quantités d'alcool et quatre litres d’huile de poisson, à haute teneur en sel, de la bouillie pour chien et une souris malaxée, fut arrosé d'urine et plongé dans un trou d'eau glacée. Ses tortionnaires (y a-t-il un mot plus adéquat ?) l'ont empêché de dessoûler en le privant d’eau. L'un d'entre eux, alors que le jeune homme était inconscient, a jugé « pas utile » de l’envoyer à l’hôpital, tandis qu'un autre le filmait plutôt que de l’aider et qu'un troisième envoyait un message estimant que : « Il est bon pour la poubelle ».
Sanda Dia est  décédé d’hypothermie – la température de son organisme avait chuté à 28,7 degrés – et d’un œdème cérébral. 

Cette bande organisée a un nom : le cercle Reuzegom, réputé depuis longtemps pour sa violence et qui voulait des baptêmes « fous et brutaux ». Le fait que Sanda soit noir n'est sans doute pas étranger aux tortures inhumaines dont il a été victime. Mais "la question inévitable du racisme de Reuzegom a été survolée, constate Le Monde, alors même que certains de ses membres ne cachaient pas leurs convictions – l’un d’eux traitait Sanda de « nègre », un autre disait d’Hitler qu’il était « [leur] bon ami allemand »."

Le procureur réclamait des peines de dix-huit à cinquante mois de prison, mais la cour n'a condamné les prévenus qu'à des travaux d’intérêt général (de deux cents à trois cents heures) et à une amende de 400 euros. Leur condamnation ne sera pas inscrite dans leur casier judiciaire et leur identité n'a pas été révélée. C'est qu'il s'agit de « ne pas hypothéquer l’avenir » des jeunes gens concernés, 
Celui qu'on appelait « l’enfant du dimanche », "parce qu’il était joyeux, rayonnant et ouvert aux autres", n'a, lui, plus d'avenir. Pour avoir croisé une meute de chacals dorés. Une espèce protégée.

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/05/31/en-belgique-la-clemence-de-la-justice-apres-un-bizutage-fatal-suscite-l-amertume_6175492_3210.html