lundi 19 novembre 2012

Not in our name

La Grèce a à nouveau besoin de l'Union européenne pour se sauver financièrement. On n'y est pas opposé. Mais quels Grecs est-on prêt à aider? Certainement pas ceux de l'Aube dorée, ces néonazis qui se revendiquent comme tels, qui font la chasse aux immigrés, aux antifascistes et aux anarchistes et les tabassent. Ce sont ensuite les Deltades qui poursuivent le travail: des flics à moto qui savent rouler en tandem. L'un conduit, l'autre matraque. Ces policiers, nostalgiques du régime des Colonels, emmènent au poste les opposants. Là, c'est la fête: brûlures à l'aide de cigarettes ou de Taser, crachats, coups, insultes, menaces sexuelles sur les filles. Les journalistes ou les bloggeurs qui diffusent des photos prouvant la complicité entre néonazis et flics sont suspendus et/ou poursuivis devant les tribunaux. La censure s'étend dans le pays. Et aucun militant de cette Aube bien plus brune que dorée n'a jamais été arrêté (1).
On nous dit que la Grèce s'impatiente ces jours-ci des tergiversations de l'Union européenne et du FMI à l'aider à se sauver financièrement via un prêt de plus de 31 milliards d'euros. Le pays a besoin d'argent. On veut bien le croire. Mais il a surtout besoin de retrouver cette démocratie qu'il a fait naître. L'Union européenne serait bien inspirée de le lui rappeler.

(1) lire "Torture au fond des commissariats", Angélique Kourounis, Charlie Hebdo, 7 novembre 2012.

dimanche 18 novembre 2012

De bruit, de fureur et de musique

Benjamin Netanyahou nous envoie un message de désespoir. Le Hamas aussi. En se faisant la guerre, les deux camps radicaux font tout leur possible pour anéantir tout espoir de paix (1). S'il en était encore.
Daniel Barenboïm ne se lasse pas de nous envoyer des messages d'espoir. A l'occasion de ses septante ans, Arte diffusait ce jeudi soir un concert du pianiste. Puis, un documentaire sur le chef d'orchestre qui dérange (2). Il n'entre pas dans une case. Possédant un double passeport israélien et palestinien, il est l'objet de soupçons. Que font ensemble des musiciens arabes et juifs? Que veut ce chef qui les dirige? On lui interdit l'entrée ici. Puis là. Les frontières, il sait combien il est difficile de les franchir. Avec le West-Eastern Divan Orchestra, il dirige des musiciens israéliens, jordaniens, palestiniens, syriens, turcs. Il se bat contre les organisations, les pouvoirs "qui se permettent de décider ce que les gens ont le droit ou non de faire".
La musique ne fera jamais taire le bruit des missiles, mais elle peut - parfois - faire entendre des notes d'espoir.


(1) lire http://blogs.rue89.com/jean-pierre-filiu/2012/11/16/israel-et-le-hamas-en-guerre-contre-letat-palestinien-228936
(2) "Les voies de la musique", Paul Smaczny, 2012, diffusé sur Arte le 15 novembre 2012.

mercredi 14 novembre 2012

Le plus court chemin entre le CDV et la NVA

Où est la droite? A-t-elle disparu? A-t-elle peur de son ombre? Bart De Wever serait sur le point de créer une majorité à Antwerpen. Elle serait composée de la NVA, du VLD et du CDV. La presse parle d'une "majorité de centre droite". On se demande où elle place le centre. La NVA est très très à droite, le VLD bien à droite et le CDV oscille, selon les membres qui le composent, entre droite et centre droite. Le tout donnerait donc une majorité de centre droite. Et si on appelait un chat un chat et la droite la droite? Quel intérêt la presse trouve-t-elle à édulcorer les positions? On a du mal à la suivre. On se retrouve en perte d'équilibre. 

lundi 12 novembre 2012

Le bal des hypocrites

Ca y est, le Collège communal de Tournai est formé. Rudy Demotte l'a présenté à la presse. Rudy Demotte? N'est-il pas bourgmestre empêché? Certes, mais il est quand même bourgmestre en titre, une fonction qui n'existe pas (1), mais à laquelle il tient beaucoup (2). Il n'y aura d'ailleurs pas, à Tournai, de bourgmestre faisant fonction. Il n'aime pas non plus cette appellation. Il y aura un "échevin délégué à la fonction de bourgmestre". On est prié de ne pas rire. Il n'y a d'ailleurs pas de quoi. L'interdiction de cumul entre la fonction de ministre et celle de bourgmestre est totalement pervertie par le Coq wallon picard. Il signale également qu'il présidera les débats en conseil communal et qu'il occupera le bureau de bourgmestre (3). Les choses sont claires: il a été élu bourgmestre, il le sera envers et contre l'esprit de la loi. Celui qui apparaissait, voici quinze ans, aux yeux de plusieurs militants socialistes, comme un rénovateur, apportant la démocratie au sein du Ps, n'est finalement qu'un conservateur de plus. Il devrait se méfier, le pouvoir rend fou. Il pourrait être atteint. 
A Thuin, c'est d'échevin empêché qu'il s'agira, Mais "c'est à une autre hauteur qu'il y a de quoi s'énerver, écrit la Libre (4): sur l'hypocrisie voulant que des ministres se présentent aux communales sans intention de quitter leur gouvernement, puis qu'ils restent les vrais patrons dans leur commune en laissant penser l'inverse... Une situation qui prend un relief particulier dans le cas thudinien où le ministre en question, Paul Furlan (PS), a en charge la tutelle des communes wallonnes!"

Pendant ce temps-là, la collègue de Demotte et Furlan, Fadila Laanan, Ministre de la Culture, désigne au poste de président du CSA, son chef de cabinet adjoint (5). Un conseil comme le CSA a pour fonction de rendre des avis en toute indépendance par rapport à l'Exécutif. "Le CSA est l'autorité administrative indépendante chargée de la régulation du secteur audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles."(6) On se sent pleinement rassuré quant au respect de cette indépendance! 
On l'est tout autant par rapport à la CRAT, autre instance indépendante, chargée, elle, de rendre des avis dans le domaine de l'aménagement du territoire: elle a pour vice-présidente une membre du Cabinet Demotte, en l'occurrence Josiane Pimpurniaux, qui est aussi en charge - quelle coïncidence! - des questions d'aménagement du territoire dans ce même cabinet (7). O tempora, ô mores!

Tout petit déjà, c'est fou comme tout me foutait le dégoût.
Alain Souchon

(1) (re)lire "Pêcheurs empêchés" sur ce blog, 13 octobre 2012.
(2) (re)lire "Le petit déjeuner des gens de terrain" sur ce blog, 17 octobre 2012.
(3) L'Avenir, 12 novembre 2012.
(4) LLB, 12 novembre 2012.
(5) LLB, 9 novembre 2012.
(6) www.csa.be
(7) http://demotte.wallonie.be/equipe

dimanche 11 novembre 2012

I'm a neandertal man *

Il est des promeneurs qu'il faudrait éviter de rencontrer. Des promeneurs déplaisants et visiblement guère heureux qui cherchent à croiser votre regard pour aussitôt le trouver mauvais ou provocateur. Il ne leur en faut pas plus pour qu'ils cherchent et le plus souvent provoquent la bagarre. Ils ne vous saluent pas, ils vous frappent. Les nuits de week-ends, la place Saint-Pierre à Tournai semble (de l'avis de certains noctambules) fréquentée par nombre de ces promeneurs qui visiblement ne s'y baladent que dans ce seul projet. Les comprenne qui pourra. L'Homme de Néandertal devait être plus civilisé qu'eux.
Si vous ne pouvez croiser leur regard, ces promeneurs sont tout aussi agressifs. Ainsi, ce jeune aveugle qui, circulant tout récemment le long d'une chaussée tournaisienne, a entendu de l'autre côté de la rue qu'on s'adressait à lui de la sorte": "Hé, mongol, t'as vu comment tu marches! Une vraie démarche de mongol". Comment expliquer tant d'agressivité et de bêtise? On reste confondu par la capacité de régression de la race humaine.
Dans sa série "La vie secrète des jeunes", publiée dans Charlie Hebdo, Riad Sattouf dessine des scènes qu'il a observées dans des lieux publics (le plus souvent parisiens): rues, transports en commun, cafés, etc. On y retrouve, parfois, des scènes tendres ou drôles, le plus souvent des situations navrantes de bêtise. On voit par là qu'il faut investir, plus que jamais, dans l'éducation et la culture.


* titre d'un morceau du groupe Hotlegs, en 1970. Musique et paroles étaient assez primaires, mais elles invitaient à faire l'amour (même s'il était néandertalien) plutôt que la guerre.

samedi 10 novembre 2012

Arroseur arrosé

La Ville d'Antwerpen a-t-elle encore un avenir? A-t-elle du sens? Est-elle gouvernable? On se pose ces questions. Bart De Wever y a triomphé aux dernières élections communales, mais n'y a cependant pas obtenu la majorité absolue. Le voilà contraint de composer une majorité. Ce qui prend du temps. Dans son cas, beaucoup de temps. Voilà un an ou deux, des difficultés d'Elio Di Rupo à former une majorité au niveau fédéral, le même De Wever concluait qu'elles étaient la preuve que ce pays était ingouvernable et n'avait ni sens, ni avenir. On voit par là qu'il ne faut jamais tirer de conclusions ni trop hâtives, ni trop simplistes.
Economiquement, ces derniers jours, la Flandre connaît choc sur choc. La situation est dramatique pour des milliers de travailleurs flamands qui se retrouvent sur le carreau. La suffisance de Bart de Wever et de la NVA à l'égard de la Wallonie et de ses chômeurs, cette prétention à croire en une Flandre inoxydable nous amèneraient - presque - à ricaner. Voilà que le lion qui s'est pris pour un coq s'enroue.

mercredi 7 novembre 2012

Je ne suis pas celui que vous croyez

Le projet de loi permettant à des couples homosexuels de se marier fait des vagues en France. La droite n'en veut pas. L'Eglise non plus. Le cardinal-archevêque de Paris, Leurseigneur André Vingt-Trois estime qu'on ne peut imposer ce mode de vie (1). On a du mal à le suivre: s'est-il un jour senti obligé de se marier du fait de l'existence du mariage hétéro? Il a bien résisté. En quoi et à qui serait imposé le mariage homo? Autre argument fort des évêques: la parité homme-femme est aujourd'hui imposée quasiment partout. Elle doit donc l'être aussi dans le couple. Un argument amusant de la part d'un milieu exclusivement réservé aux hommes et qui interdit tout mariage à ses membres.
Il ne faut cependant voir dans ces fines analyses aucun signe d'homophobie. Les évêques et cardinaux français s'en défendent. Le Canard Enchaîné (2) rappelle qu'en 1986 était publiée une "Lettre aux évêques de l'Eglise catholique sur la pastorale à l'égard des personnes homosexuelles". Elle était signée d'un certain Joseph Ratzinger, plus connu, depuis, sous le nom de Benoît XVI. On peut y lire que l'inclinaison homosexuelle est "une tendance vers un comportement intrinsèquement mauvais au point de vue moral". Ou encore que le passage à l'acte est "une menace sérieuse pour la vie et le bien-être d'un grand nombre de personnes". Que leurs agissements sont "intrinsèquement désordonnés et ne peuvent en aucun cas être approuvés". Bref, si on lit bien Joseph Ratzinger, les homosexuels ne peuvent "revendiquer un droit quelconque". On voit par là que - intrinsèquement - la position de l'Eglise n'est en rien homophobe.
Serge Dassault assume mieux. Le sénateur UMP de 87 ans s'inquiète: la décadence est à nos portes, il en est convaincu (3). "On veut un pays d'homos?, demande-t-il. Dans dix ans, y a plus personne. Plus de renouvellement de la population. C'est stupide." On ne peut mieux dire, en effet. On ne trouve pas d'autres mots que "stupide". Lui aussi semble vouloir croire que désormais seule cette forme de mariage sera autorisée. Et même imposée. Et le marchand d'armes nous invite à regarder la situation de la Grèce: "c'est une des raisons de sa décadence, affirme-t-il. C'est la décadence totale".
Il est suivi par de nombreux maires de droite qui ont d'ores et déjà annoncé qu'il était hors de question qu'ils célèbrent un jour un mariage homosexuel. A l'inverse, une maire de gauche, dans le département du Nord, a renoncé à célébrer, avant même que la loi ne soit discutée, le mariage de deux jeunes femmes. Elle a reçu trop de menaces (4).
On voit par là que le pays des Droits de l'Homme est d'abord celui de la tradition. Pendant ce temps-là, deux nouveaux Etats américains, le Maine et le Maryland, ont décidé par référendum de légaliser le mariage homo. Ils sont maintenant neuf Etats US sur cinquante à avoir avancé dans ce sens. Les Etats-Unis viennent d'échapper de peu à un président ultra conservateur. La France est dans le même cas. C'est Guy Mollet, dit-on, qui affirmait que "la France a la droite la plus bête du monde". Mais pas homophobe, rassurons-nous. Mitt Romney, priez pour elle.

(1) entendu sur France Inter.
(2) 31 octobre 2012.
(3) http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20121107_00228629
(4) JT de France 3 Nord Pas de Calais, 7 novembre 2012, 19h.

mardi 6 novembre 2012

Tous comptes faits

L'époque est au chiffre. Devient bourgmestre qui fait le meilleur score sur la liste principale de la majorité. La vox populi a toujours raison. Elle a raison de sacrer les faiseurs de voix. Allez savoir pourquoi, les faiseurs de voix de la vox populi sont souvent des populistes. Peu importe s'ils ne sont pas des leaders, s'ils n'ont pas de compétences ou en manquent furieusement (ou même tranquillement), s'ils ne sont pas de bons gestionnaires. Ils sont gentils, voire sympathiques, "ils ne sont pas contraires", comme on dit chez nous. 
Aujourd'hui, la même logique gagne les échevins. Les candidats qui ont réalisé les plus gros scores le deviennent quasi automatiquement. Et tant pis s'ils n'ont même pas été conseillers communaux auparavant, s'ils manquent tranquillement d'expérience, s'ils sont incapables de développer un point de vue ou de terminer une phrase. Le chiffre a raison. 
Si on appliquait la même logique au niveau des gouvernements, elle aurait voulu que soit ministre Marc Wilmots. Il fait, nous dit-on, un bon entraîneur des Diables rouges. En tous cas, ceux-ci font du chiffre ces derniers temps. C'est ce qu'on leur demande, nous dit-on. Il fit aussi, c'était en 1999, 90.000 voix en se présentant au Sénat. Ou il s'ennuya tranquillement et où on n'eut guère l'occasion de l'entendre.
Si on appliquait la même logique aux écrivains, Guillaume Musso et Marc Lévy, bons vendeurs, seraient membres de l'Académie française. Les concepteurs de tablettes électroniques seraient prix Nobel d'économie.

Pendant que votaient les Belges et que se formaient les collèges communaux, deux Américains auront dépensé, à eux seuls, six milliards de dollars pour leur campagne présidentielle. Un seul des deux aura eu raison de le faire (de son point de vue). On voit par là que le chiffre n'a pas toujours raison. 
Pendant ce temps-là, un prédécesseur de Marc Wilmots reçoit trois millions d'euros pour rupture de contrat. Son équipe ne faisait pas de chiffre, lui en fait. On voit par là que la logique du chiffre est difficile à comprendre. 


dimanche 4 novembre 2012

Rastaquouères

Ils sont nombreux aux Etats-Unis, apprend-on (1), à ne pas supporter qu'un étranger siège à la Maison Blanche. On se demande ce qu'est un étranger pour ces gens qui nous sont très étrangers. Un étranger est, visiblement, qui n'est pas blanc. Etre, en plus (si l'on peut dire), bas de plafond peut aider à n'être pas étranger. On pourrait penser, si on entrait dans leur logique, que qui n'est pas Amérindien aux Etats-Unis est étranger. Un des porte-parole de ces mouvements d'extrême-droite hostiles au président Obama nous est présenté comme un intellectuel. Ce qui nous amène à nous demander ce qu'est un intellectuel. Il affirme que "les gènes qui contribuent à l'intelligence sont d'un nombre supérieur dans certaines races, inférieur dans d'autres". On voit par là qu'on a affaire à un grand scientifique. Veut-il prouver par là qu'il appartient à "d'autres"? On ne peut croire qu'il appartienne à "certaines". Ce sont là les idées du Ku Klux Klan, affirme un analyste. Un KKK qui compte aujourd'hui, en 2012, plus de 300.00 adhérents. "Les négros, les juifs, les homos ont, chaque jour, plus de pouvoir", éructe un brave blanc. Ce qui doit signifier qu'ils en avaient moins auparavant et que ce devait déjà être trop. On compte actuellement plus de 1300 mouvements d'extrême droite aux Etats-Unis. 
Pendant ce temps, des nationalisto-facistes manifestent en Russie. 
Tout ceci prouve que la race des crétins n'est pas en voie d'extinction. Cette race est très étrangère à l'humaine. 

(1) JT de la RTBF, 4 novembre 2012, 20h.