dimanche 22 septembre 2019

L'âge de chasse

Les animaux qui ont échappé à la sécheresse et à l’incendie, qui vient de ravager ici plus de quatre cents hectares de prés et de bois, sont depuis aujourd’hui menacés par les chasseurs. La chasse est ouverte et les chasseurs ont tant piaffé depuis des mois qu’il ne viendrait à l’idée d’aucun d’entre eux de laisser la nature tranquille quelques temps. L’homme est ainsi fait qu’il ne peut laisser ni répit ni repos aux bêtes sauvages. C’est plus fort que lui. Le goût du sang dans l’odeur de cendre fait frémir ses narines.
Certains hommes se sont institués « piégeurs » : ils détruisent les animaux qu’ils considèrent comme « nuisibles ». C’est très satisfaits d’eux-mêmes que « les piégeurs  de l’Indre » déclarent avoir tué 1200 des 5000 renards pris par la fédération de chasse du département. Ils ont aussi tué 4300 ragondins, 290 fouines et 480 martres. Ils chassent, en outre, les rats musqués, les corbeaux freux et les corneilles noires. « Nous sommes là pour réguler, pas pour détruire », affirment-ils la main sur le cœur. Réguler est plus politiquement correct que tuer. Mais l’association est, elle,  victime d’une régulation naturelle : ses membres vieillissent et meurent. « On perd des membres, et nous ne sommes plus aussi nombreux que les autres années, explique le secrétaire de l’association. Mais on a du mal à se renouveler et nous sommes rattrapés par l’âge. »  (1) L’âge court plus vite qu’eux. L’âge est un piège dont ils ne se relèveront pas. Les renards se frottent les pattes. Le grand âge des piégeurs leur redonne de l’espoir.


(1) « Les piégeurs de l’Indre maintiennent leur résultat », Nouvelle République Indre, 18.9.2019.

mardi 10 septembre 2019

Les pesticides à la porte

Le gouvernement français a entendu la demande d'une bonne partie de la population: il la consulte.
Tous les citoyens peuvent réagir sur sa proposition d'imposer une distance entre l'épandage de pesticides et les habitations (1). Et le gouvernement est audacieux: selon les cultures, il propose des distances de cinq à dix mètres. Oui, de 5 à 10 mètres.  Et on pourrait même descendre à trois mètres dans certains cas. "Fake news?", s'est demandé Daniel Cueff, le maire de Langouët qui, lui, a imposé une distance de 150 mètres.
Mais ces distances minimes sont définies "scien-ti-fi-quement", a affirmé très sérieusement Brune Poirson, Secrétaire d'Etat auprès de la Ministre de la Transition écologique et solidaire. Aussi scientifique sans doute que le constat de l'arrêt du nuage de Tchernobyl au niveau du Rhin, pile-poil à la frontière française.
Comment expliquer scientifiquement les traces de pesticides qu'on trouve partout, dans l'eau, dans les sols et sous-sols, dans l'air, dans nos organismes, mêmes dans ceux des urbains, sinon parce qu'ils se propagent allègrement en fonction des vents et des courants ?
Le gouvernement affirme que ses propositions reposent sur une étude menée par l'ANSES, l'Agence nationale de Sécurité sanitaire de l'alimentation. Une étude basée sur des données des années '80. Donc totalement dépassées. L'agence elle-même appelle à de nouvelles études.
"Nous n'avons aucune confiance en elle", peste l'association Nous voulons des coquelicots à propos de l'ANSES. "L'affaire des SDHI - une nouvelle classe de fongicides toxiques pour la santé - montre qu'elle a partie liée avec l'industrie des pesticides. Car, malgré les alertes lancées par des scientifiques indépendants, elle laisse ce redoutable poison être épandu dans toute la France. Cette agence, celle-là même qui donne les autorisations de mise sur le marché (AMM) de ces poisons, peut-elle sérieusement nous protéger contre ses propres décisions?"
Le gouvernement tente de se donner bonne conscience en imposant des distances d'épandage, mais elles sont tellement minimes qu'elles ne changeront rien à l'impact des pesticides sur la santé des habitants.
C'est l'interdiction pure et simple des pesticides qui devrait s'imposer. Peut-on croire à la quasi innocuité de produits qui obligent les agriculteurs à se travestir en travailleurs du nucléaire? 
De plus en plus de collectivités agissent pour préserver la santé des leurs. Les maires sont de plus en plus nombreux à prendre des mesures contraignantes. Le département du Val de Marne, las d'attendre une décision du gouvernement, a interdit le glyphosate. A Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, dans le Loiret, le maire, à la suite d'une concertation entre un producteur de fruits et les parents des élèves de l'école du village, a interdit les épandages à moins de cent mètres de l'école et une charte de bonne conduite a été signée (3).
C'est sûr, l'interdiction des pesticides demande un peu de courage que n'ont pas des gouvernements très en retard sur l'opinion publique qui, très majoritairement, réclame l'interdiction de ces produits qui tuent la vie et ne font vivre que l'industrie chimique. A l'heure où meurt la biodieversité, il y a des priorités qui obligent à sortir la tête du sable.

(1) http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=forum&id_article=2032#mon_ancre
(2) https://nousvoulonsdescoquelicots.org/2019/09/08/5-ou-10-metres-des-habitations-vous-vous-foutez-de-nous/
(3) France 3 Centre - Val de Loire, Journal, 19h, 10.9.2019.


mercredi 4 septembre 2019

Ombres et Lumières

C'était l'invité inattendu des "Rencontres inattendues" de Tournai (1). Inattendu, parce que ces rencontres avec des philosophes et des musiciens semblent axées vers les Lumières. Et Edwy Plenel - c'est l'inattendu en question - se place plutôt du côté de l'obscurantisme. 
Il a cependant, nous dit No Télé, "séduit les Tournaisiens" (2) Je n'ai pas participé à ces rencontres,  je ne sais quels propos il y a tenus, mais ce personnage trouble ne m'a jamais séduit. Au contraire. Il a une vision très particulière de la liberté d'expression.
Lire ce que j'ai écrit à son sujet sur ce blog:
- "Gourouphilie", 14.11.2017
- "Non!", 18.11.2027
Ou encore: "Mediapart - Tariq Ramadan fan-club", Gérard Biard, Charlie Hebdo, 28.8.2019.

(1) https://lesinattendues.be
(2) https://www.notele.be/it9-media66859-festival-les-inattendues-edwy-plenel-fondateur-de-mediapart-a-seduit-les-tournaisiens.html
A lire aussi: http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/15/31003-20171115ARTFIG00185-les-islamistes-ne-sont-pas-les-musulmans-et-edwy-plenel-n-est-pas-leur-prophete.php

mardi 3 septembre 2019

La démocratie sous le tapis

La démocratie, c'est lourd, c'est contraignant, c'est complexe, c'est long. Et puis, c'est fait de débats et surtout ça vous oblige à écouter des gens qui ne sont pas d'accord avec vous. Boris Johnson, premier ministre britannique, a constaté ce que tout le monde savait depuis longtemps: qu'il n'aurait pas de majorité au parlement pour faire passer son Brexit en mode no deal. Il a donc trouvé la solution qu'il était seul à pouvoir imaginer: empêcher le parlement de se réunir. Pas de parlement, pas de débat. Il suffisait d'y penser. Il l'a mis en congé pendant six semaines.
Boris Johnson nous montre le vrai visage du populisme: grande gueule et lâcheté. Avec lui, grâce à lui, avait-il dit en roulant des mécaniques, le Brexit serait une réalité le 31 octobre, accord ou pas. Visiblement, il n'en est pas sûr du tout. Sinon, il ne fuierait pas le débat.
Le bouledogue jaune n'a pas tenu compte de l'expérience que vient de connaître Salvini et compte, comme lui, passer en force. Mais  son attitude à la fois grotesque, scandaleuse et provocatrice pourrait le mener, lui aussi, à une chute brutale.
Ces mauvais clowns égarés en politique sont dangereux pour la démocratie. Mais quand ils se prennent les pieds dans le tapis qu'ils ont eux-mêmes jeté sous leurs pieds, ils parviennent à nous faire rire. Même si c'est jaune.
Aujourd'hui, l'enfant capricieux qui joue à être premier ministre menace d'exclure du Parti conservateur les députés anti-no deal. Faire taire et exclure, voilà visiblement tout ce qu'il sait faire. 

vendredi 30 août 2019

Scène vue

Elle marche les yeux baissés, poussant son landau dans les rues de cette petite station balnéaire du bord de l’Atlantique, un dimanche après-midi de fin août. Elle est couverte des pieds à la tête de ce voile noir qui ne laisse visible que le visage.
Devant elle, marche son mari, vêtu d’un t-shirt et d’un short. Il a un grand sourire. Il regarde les jeunes femmes court, parfois très court-vêtues.

jeudi 29 août 2019

Une envie de silence

Sidoine Appolinaire, Lyonnais d’origine, fut, au Ve siècle, chef du Sénat, préfet de Rome, évêque d’Auvergne. Et poète aussi. « Le plus grand drame pour moi, disait-il, ce serait d’être entourés d’hommes complètement étrangers à l’étude des Lettres ». C’est pourtant ce qui lui arriva quand l’Auvergne tomba aux mains des Wisigoths qui l’exilèrent à Bordeaux.
Etranger au monde dans lequel il se retrouva plongé, il décida de se taire et inventa pour l’affirmer un verbe : taciturire : avoir envie de se taire. Sidoine Appolinaire créa aussi un autre mot: scripturire : avoir envie d’écrire.
C’est Laurent Nunez qui raconte l’histoire et de cet homme et de ces mots dans son remarquable ouvrage Il nous faudrait des mots nouveaux (1).

Aujourd’hui, nous ne vivons pas au milieu des Wisigoths, mais des Philistins, de personnages grossiers, étrangers aux arts et aux lettres, bouffis de leur prétention. Ils débordent de partout et doivent faire connaître urbi et orbi la haine qu’ils vouent à ceux qui ne leur ressemblent pas. Pour beaucoup, Twitter n’est ni parler, ni écrire. C’est jacasser, jargonner, cracher, vomir, éructer, provoquer. C’est remplir de vent un néant. Et nous nous laissons aspirés dans ces bavardages vides, dans ces propos venteux, souvent tempétueux, qui semblent diffusés sans même avoir été pensés.
On aimerait tant que les Trump, les Bolsonaro, les Salvini, les Johnson, tous ces hommes méprisants (et donc méprisables) commencent à réfléchir, puis à agir pour le bien commun, plutôt que de passer leur temps à s’auto-encenser et à agresser les autres.
On aimerait tant que les médias cessent de se faire l’écho de ces fatras de bêtises proférés quotidiennement par des (ir)responsables politiques, par des gens de télé qui jouent les paons, par tous ces mâles buzzeurs.
Si tout le temps qu’ils gaspillent à tweeter, ils le passaient à planter des arbres, le monde s’en trouverait plus apaisé. S’ils apprenaient à se taire.


(1) Les éditions du Cerf, 2018.

samedi 24 août 2019

Ordurocratie

Néron regarde son pays brûler et ne comprend pas qu'on s'en inquiète. Se soucier de l'Amazonie qui meurt sous les flammes est, selon lui, une attitude "colonialiste". Jair Bolsonaro est aujourd"hui, avec le Trump et beaucoup d'autres, l'une des multiples incarnations du diable. Le monde était déjà en triste état et voilà qu'il jette de l'huile sur le feu, faisant tout ce qui est son pouvoir pour accélérer sa fin.
Qui nous délivrera des nuisibles qui aujourd'hui dirigent le monde? Ces présidents incultes, grossiers, arrogants et méprisants, ces philistins brutaux, ces cuistres cyniques qui ne connaissent pas le doute, convaincus qu'ils sont seuls à avoir raison.
Il faut cesser de les présenter comme climatosceptiques. Ils sont climatocides. Les assasins de la Terre. Leur disparition dans les poubelles de l'histoire serait la meilleure chose qui puisse arriver à l'humanité. On ne les recyclera pas.

jeudi 22 août 2019

Ça sent l'automne

L'Union européenne ne fait plus rêver, nous dit-on. Ce qui est faux. Ils sont au moins trois en Belgique qu'elle fait frémir. Kris Peeters, Didier Reynders et Laurette Onkelinx lorgnent sur le poste de commissaire européen.
Les francophones ont plus de chances de voir un ou une des leurs occuper la fonction. C'est leur tour.
Didier Reynders a une première fois été élu député en 1992. Depuis, il a sans cesse été réélu. Vingt-sept ans donc qu'il est député. Et il est ministre depuis 1999. Vingt ans donc. 
Laurette Onkelinx a été élue députée fédérale en 1987, puis a, elle aussi, été ministre non stop, assumant divers portefeuilles à différents niveaux de pouvoir, de 1992 à 2014. Pendant vingt-deux ans donc. Depuis, elle est redevenue "simple" députée. Elle avait annoncé qu'elle se retirait de la "vie politique active". Mais voilà qu'elle se verrait bien commissaire européenne. C'est vrai: pourquoi s'arrêter en si bon chemin, alors que voici trente-deux ans qu'elle multiplie les mandats?

La volonté d'une part de plus en plus importante des électeurs de voir un renouvellement de la représentation politique est superbement ignorée par celles et ceux qui sont en place et n'envisagent aucunement de la céder. Vingt-sept ans et trente-deux ans de mandats, c'est au moins quinze et vingt de trop. Le problème, c'est que s'ils sont en poste depuis si longtemps c'est qu'ils sont constamment réélus. Peut-être par des électeurs qui eux-mêmes souhaitent un renouvellement mais continuent à voter pour les mêmes vieilles têtes pour être fidèles à leur parti.
Il est temps de limiter strictement les mandats, non seulement en nombre mais aussi en durée. Deux mandats rémunérés dans une vie, c'est bien assez. Cette limitation permettrait à plus de citoyens d'exercer des mandats politiques et d'en finir avec la notion de classe politique.

Reste à espérer que le mandat belge de commissaire européen - comme tout autre d'ailleurs - sera confié à quelqu'un de plus jeune et pas à un abonné à Cumul+. Quelqu'un qui aurait des idées fortes pour revaloriser et (re)populariser l'idée européenne, et l'armer pour lutter contre le dérèglement climatique et les nationalismes. Et pas à de vieilles barbes, même féminines, sans autre projet que de jouer à la guéguerre entre partis dépassés et de flatter leurs ego.

https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/qui-sera-le-prochain-commissaire-europeen-belge-ecolo-veut-un-debat-a-la-chambre-5d5ebd03f20d5a1dbdfb6f54

dimanche 18 août 2019

Soutenir Daniel Cueff

La planète se meurt. Les scientifiques hurlent à sa mort. Mais, on l'a trop dit ici, l'immense majorité des élus restent de marbre.
Il en est un, parmi quelques autres, qui prend ses responsabilités, mais se fait aussitôt taper sur les doigts par ses autorités. Daniel Cueff est maire de Langouët en Bretagne. En 1999 déjà, il avait interdit l'usage des pesticides sur la voie publique. Depuis, il a décidé que la cantine de l'école du village ne servirait que des produits bio. Aujourd'hui, il interdit l'épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations. "Cet arrêté, dit-il, ce n'était pas possible de ne pas le prendre, dans la mesure où l'Etat retarde sans cesse l'interdiction des pesticides de synthèse". Des analyses ont constaté dans l'urine des Langoëtiens des taux de glyphosate de quatre à trente fois supérieurs aux normes admises dans l'eau de distribution.
Mais ces arguments ne comptent pas pour la préfète d'Ille-et-Vilaine qui a cassé l'arrêté municipal. L'opiniâtreté du maire l'amène devant le tribunal administratif de Rennes où il est convoqué jeudi prochain, 22 août. Il est possible de lui témoigner sa solidarité sur le site de "Agir pour l'environnement" (1).

Les pesticides nous submergent. Ils sont partout. Dans l'air, dans l'eau, dans nos organismes. 
Un rapport de l'agence de l'eau Loire - Bretagne de 2018 révèle qu'on a trouvé, dans les eaux du bassin versant de la Goulaine (un affluent de la Loire, non loin de Nantes),  deux cent cinq pesticides différents (oui, 205). Trente-neuf d'entre eux atteignent individuellement le niveau à partir duquel une eau ne peut être utilisée pour être potabilisée. La norme maximale est de 2 microgrammes par litre pour un pesticide et de 5 si on additionne tous les pesticides concentrés dans l'eau. Certains pesticides atteignent les 32 microgrammes par litre. L'un d'entre eux, la carbendazime, est interdit en Europe depuis quasiment dix ans. Les risques pour la santé humaine de tous ces pesticides sont dénoncés par le même rapport: l'un est "susceptible de provoquer le cancer", un autre de "nuire au fœtus", un troisième présente "un risque d'effets graves pour les organes à la suite d'expositions répétées ou d'une exposition prolongée".
La majorité de ces pesticides viennent de la viticulture intensive et du maraîchage, en particulier de la culture du muguet et de la mâche, grandes spécialités de Loire-Atlantique. La main d'œuvre est de plus en plus recrutée à l'étranger, en Roumanie notamment. Le maraîchage intensif exporte les effets de ses pesticides.
Et les riverains de l'agriculture chimique prendront, eux aussi, leur part de pollution, parce que l'économie, même dans ses pires folies, a toujours raison.

(Re)lire sur ce blog:
"Le cynisme a un nom", 22.7.2019;
"Histoires romantiques", 13.6.2019;
"Nouveau coup de David à Goliath", 12.4.2019;

(2) Fabrice Nicolino, "Au beau pays de la mâche et du muguet", Charlie Hebdo, 17.7.2019.

mardi 13 août 2019

Culot du bulldozer

Les populistes ont décidément tous les culots. Matteo Salvini, Ministre italien de l'Intérieur, a déposé une motion de censure contre le gouvernement dont il est dans les faits le numéro uno. On n'entend et ne voit que lui. Vu de l'extérieur, le gouvernement italien se résume à lui. 
Une motion de défiance vise à faire tomber un gouvernement, parce qu'on le juge mauvais. Quel message envoie donc aux électeurs l'une des plus grandes gueules de la politique européenne? Que ce gouvernement, mis en place il y a moins de quinze mois, et dont il est le fer de lance est tellement catastrophique qu'il vaut mieux organiser de nouvelles élections? 
En fait, l'homme qui pense comme un bulldozer sait que les sondages sont en ce moment très favorables à son parti d'extrême droite, la Liga. Il veut donc un retour aux urnes, invoquant le principe démocratique. Qui refuserait d'aller voter?, tempête-t-il. Qui peut s'opposer à ce grand moment de la démocratie que constituent les élections? 
Que serait une démocratie où les gouvernements tomberaient les uns après les autres parce que chacun de ses constituants, tour à tour, penserait pouvoir en être le plus fort? Salvini affiche en fait tout le mépris qu'il a pour le système électoral et pour les citoyens
En attendant, il fait ce qu'il fait de mieux: jouer les bouffons. Il s'exhibe en maillot sur les plages, se fait photographier par le bon peuple qui l'aime tant et sort son chapelet pour tenter de séduire les catholiques. Du moins, ceux qui n'aiment pas les autres. Parce que ceux qui écoutent le pape ont entendu celui-ci, en juin dernier, dénoncer "des discours qui ressemblent à ceux d'Hitler en 1934" et "des pensées qui font peur". Il n'a pas cité Salvini et la Liga, mais tout le monde les a reconnus.
Aujourd'hui, une majorité de sénateurs a rejeté la motion de censure de Salvini. Toute décision sur l'avenir du gouvernement est reportée d'une semaine au moins. Le bulldozer, convaincu que rien ni personne n'est capable de lui résister, a été freiné dans son élan. La démocratie italienne n'est pas encore sous sa botte.