mardi 10 novembre 2015

Ceux qui n'aiment pas les autres

Ils n'aiment pas les autres et n'hésitent pas à le faire savoir. Parfois ils se montrent, parfois ils se cachent.
Le week-end dernier, des tags sur la façade de la Banque Alimentaire du Cher à Bourges annonçaient: "on ferme!" et les serrures du bâtiment ont été rendues inutilisables. Le président de la Banque Alimentaire dénonce l'expression de la bêtise de ce groupe qui s'est formé sur Facebook, s'opposant à l'accueil et l'aide aux réfugiés. Il rappelle que son association soutient tous ceux qui sont dans le besoin, réfugiés comme locaux (1).
A Mouscron, en Belgique, 200 personnes (beaucoup moins qu'espérés par les organisateurs, paraît-il) ont manifesté contre l'arrivée dans leur ville de six cents candidats réfugiés (2). "On est chez nous", disent-ils. Combien de leurs parents et grands-parents ont été accueillis en France en 1940 quand ils fuyaient l'arrivée des nazis? Combien ont dû se réfugier ailleurs parce qu'ils n'étaient plus en sécurité chez eux?
A Blois, le Front Neandertal dénonce la transformation de la ville en "succursale de la jungle de Calais". Cause de sa crainte : l'arrivée de trente-huit (oui, 38 dans une ville de 46.000 habitants) candidats réfugiés venus de Calais. Les finances locales ne le supporteront pas, affirme le représentant du parti d'extrême droite. Alors que les coûts sont pris en charge par l'Etat, rappelle un responsable municipal.
Qu'est-ce qui s'exprime chez tous ces gens? La peur, la frilosité, la méconnaissance, la haine, la bêtise, l'égoïsme? Un cocktail de tout cela, probablement.
On ne peut s'empêcher de penser que l'énergie ainsi dépensée par tous ces tristes sires à s'opposer aux autres pourrait être positivement utilisée. Ils pourraient s'investir dans la Banque Alimentaire. Par exemple.

(1) France 3 Centre, Journal, 9 novembre 2015, 19h.
(2) http://www.lavenir.net/cnt/DMF20151107_00731600
(3) France 3 Centre, Journal, 3 novembre 2015, 19h.

lundi 9 novembre 2015

Une solution, malgré tout

Vingt ans déjà que Yitzhak Rabin a été assassiné. Vingt ans que s'éloigne de plus en plus tout espoir de paix entre Palestiniens et Israéliens. Que reste-t-il comme chance de voir un jour se créer un Etat palestinien? Comment ne pas comprendre les gestes autant assassins que suicidaires, qui se multiplient ces dernières semaines, de jeunes Palestiniens à qui Israël ne laisse entrevoir pour avenir que des murs? Toujours plus de murs et d'humiliation. L'écrivain israélien Avraham Yehoshua, quasi octogénaire, se dit "triste, déprimé, peut-être plus que jamais" (1). La solution des deux Etats, il a cessé d'y croire, à cause de la progression incessante des colonies palestiniennes. "Imposible d'évacuer les cinq cent mille colons de  Cisjordanie, ce serait la guerre civile. Par la colonisation, Israël a détruit la solution à deux Etats. Mélanger deux populations totalement différentes ne pouvait qu'aboutir à une catastrophe. C'était une terrible erreur." 
Il a beau avoir toujours défendu, depuis 1967, l'existence de deux Etats, il se dit aujourd'hui convaincu que la seule solution réside dans la création d'un Etat binational.  "La solution idéale était bien sûr de créer deux Etats, mais dois-je m'accrocher à quelque chose qui ne va pas se réaliser? Pourquoi ne pas agir étape par étape, avec des cantons, des régions, un peu comme en Suisse, peut-être arriver à deux Etats mais en passant par un Etat binational?" Cette idée, qu'il a défendue dans une tribune (publiée récemment dans Libération et prochainement dans Haaretz), est partagée en Israël, dit-il, "par des gens de la gauche, de la droite libérale, elle dépasse les partis, et c'est pour cela qu'elle pourrait aboutir. Bien sûr, elle comporte des dangers. Mais toutes les solutions en comportent".
Il en appelle aussi aux Européens: "vous avez une responsabilté historique et morale envers les Juifs et les Palestiniens. Car il y a eu la Shoah en Europe, et les Palestiniens ont payé le prix de la création de l'Etat d'Israël. Vous avez le devoir et le pouvoir d'imposer une solution".
Avraham Yehoshua déplore "la montée de la religion" qui "aggrave le conflit territorial", mais  continue à croire qu'une solution doit s'imposer. "Un Etat binational, vu comme une étape vers deux Etats, permettrait de sortir de cette impasse. On donnerait aux Palestiniens un espoir, on en finirait avec cet apartheid qui ne dit pas son nom, avec ce discours sur le processus de paix qui n'est qu'un discours puisqu'on ne fait rien pour la paix. On en finirait avec le simulacre." Et peut-être alors Yitzhak Rabin ne sera-t-il pas mort pour rien.

(1) "En Israël, un Etat d'urgence?", Télérama, 21 octobre 2015.

dimanche 8 novembre 2015

Humour toujours

Le Kremlin n'a pas apprécié deux dessins du dernier numéro de Charlie Hebdo qui font référence au crash d'un avion russe. Ils ont été qualifiés à Moscou de "blasphématoires". Ils n'ont, dit-on au Kremlin, "rien à voir ni avec la démocratie, ni avec la liberté d'expression" (1). Et on a affaire là à des spécialistes: s'il est bien un gouvernement qui sait ce que représentent ces deux notions, c'est bien celui de Russie. Les citoyens et les médias russes peuvent en témoigner, tout autant que les Tchétchènes, les Ukrainiens et les opposants à Bachar El Assad. Pour ne citer qu'eux.
Mais qu'est-ce qu'un blasphème? Je ne sais comment le définit le dictionnaire russe de référence, mais voici ce qu'en dit le Petit Larousse: " parole, discours qui insulte violemment la divinité, la religion et, par ext., qqn ou qqch de respectable". Que ne respectent pas les dessins de Charlie Hebdo? La mort? La mort est-elle respectable?  Nous respecte-t-elle, elle? Elle ne cesse de se moquer de nous. Ce serait lui laisser tous les droits que ne pas en rire. Les autorités russes sont-elles respectables? Ne peut-on s'en moquer? Elles ne cessent de le faire de la démocratie et des droits de l'homme.
Le rire est le propre de l'homme, dit-on. Mais pas de Vladimir Poutine pour qui le rire doit être un signe de faiblesse. Un homme fort ne rit jamais. Il en est la preuve.
Que voit-on par là? Que Charlie Hebdo est lu au Kremlin et qu'il y a humour et humour. Celui du Kremlin nous échappe.

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/crash-en-egypte-deux-dessins-de-charlie-hebdo-blasphematoires-selon-moscou-563cd7ec3570bccfaed87f3b

mercredi 4 novembre 2015

Humour de droite et d'extrême droite

En fait, on ne l'avait pas compris, mais ce sont vraiment des marrants, les gens du Front national. Ils ne font pas confiance en la justice de leur pays, mais parfois oui. Elle est soumise aux ordres du gouvernement, disent-ils. D'ailleurs, leur présidente a refusé récemment de se rendre à une convocation d'un juge (1) qui s'intéresse de (trop) près aux comptes de son drôle de micro-parti, Jeanne, qui lui sert visiblement uniquement à faire de l'argent. Elle considère que la justice française n'est pas juste, que les juges ne sont pas impartiaux. Et voilà que deux cadres du même parti, dont un député européen, aident deux pilotes d'avion à s'évader de la République de Saint-Domingue où ils avaient été condamnés pour avoir transporté sept cents kilos de cocaïne (2). Ils trouvent que ces deux malheureux seront bien mieux jugés en France qu'à Saint-Domingue. Vraiment des marrants, on vous dit. Un pêcheur du Pas de Calais vient d'être arrêté pour avoir plusieurs fois convoyé des candidats réfugiés vers la Grande-Bretagne. On nous dit qu'il n'est "pas très fut-fut" (3). Et eux, le sont-ils aussi? C'est une affaire totalement privée, qui n'a rien à voir avec le F.N., déclare Florian Philippot  (3) (qu'on a connu plus bravache). Ne seraient-ils quand même pas "peu fut-fut et très fach-fach", ce député europen et cet assistant parlementaire? Il faut dire que les pilotes, nous disent ceux qui les ont aidés à s'évader, ne savaient pas qu'ils transportaient de la drogue dans leurs soutes. Pas comme ces racailles des banlieues qui dealent, en toute conscience, dix grammes de shit et qui méritent la prison à vie. Au moins. Mais qui n'y sont pas envoyés parce que la justice est laxiste. Ils sont trop drôles au F.N. Qu'est-ce qu'on va rire quand ce parti de rigolos sera au pouvoir!

En attendant, on continue à rire avec l'ex-président de la République. On l'avait entendu récemment tenir des propos totalement incompréhensibles où il était question de renverser la table dans une voiture dont on n'avait pas choisi le chauffeur (4) et voilà que parlant de la politique pénale concernant les adolescents il parle du film "Ben Hur" qui du temps de sa folle jeunesse restait à l'affiche trois, voire quatre ans (5). Ce qui démontre, dit-il, que les temps changent. Oui, le temps est un salaud, chantait Renaud. Mais, Sarkozy le reconnaît dans ce discours, il est vieux. Alors, sénilité? Ou consommation excessive de produits qui perturbent la réflexion? Carambar? Hamburger? Coca? A moins que tous ces discours soient codés. Comme ses conversations téléphoniques sont sans cesse écoutées, malin comme il est, il a choisi de délivrer ses messages de manière totalement publique. En fait, ces phrases absconses ne s'adressent pas aux militants de l'ex-UMP, mais, allez savoir, à Vladimir Poutine, à Angela Merkel, au Pape, à un chauffeur Uber ou à un loueur de dvd. Il est vraiment très fort.

Pendant ce temps-là, l'adversaire socialiste dans le Pas de Calais de la fille à papa enregistre une chanson dans le cadre de sa campagne (6). Ca ne vole pas bien haut, mais quand même... Quand le ciel est si bas et sombre, ça fait du bien. Continuons à rire.

La vie politique française a toujours fasciné les Belges. On comprend pourquoi.

(1) (re)lire sur ce blog: "Au-dessus des lois", 14 octobre 2015.
(2) http://www.liberation.fr/france/2015/11/03/air-cocaine-deux-membres-du-fn-en-premiere-ligne_1410829
(3) France Inter, Journal, 4 novembre 2015, 13h.
(4) (re)lire sur ce blog "Message codé", 16 octobre 2015.
(5) http://www.huffingtonpost.fr/2015/11/03/-sarkozy-cinema-republicains-_n_8459996.html?utm_hp_ref=france
(6)  http://www.liberation.fr/video/2015/11/04/frederic-cuvillier-publie-une-chanson-contre-marine-le-pen_1411070

samedi 31 octobre 2015

Expressions primaires

A  Saint-Martin-le-Beau, il s'en passe de pas très belles: une élue de la majorité dite Républicaine de cette commune d'Indre-et-Loir s'est exprimée de manière bien peu conforme aux valeurs de la République. Elle a comparé la Ministre de la Justice à un singe. En août dernier déjà, elle avait relayé des propos anti-musulmans de la deuxième adjointe de la maire, avec une déclaration des plus claires et particulièrement inquiétante: "les musulmans nous gênent! il faut les exterminer!!" (1).
Voilà qui restera sans doute éternellement un mystère de la psychologie humaine: l'ignorance et l'incapacité de certaines personnes. Ignorance de nos origines communes: nous venons tous du rift africain et il n'y a pas de différence génétique au sein de la race humaine (par contre, cette élue nous démontre, à son corps défendant sans doute, que nous n'avons pas tous le même bagage intellectuel). Incapacité de comprendre que cette attitude raciste témoigne d'une grande bêtise et que le primate n'est pas celui que le raciste croit. Ben oui, on ne sait comment le dire plus clairement: c'est celui qui le dit qui l'est. L'élue ne fait que singer les discours imbéciles de l'extrême droite. En tout cas, la commune de Saint-Martin-le-Beau ne pourra que gagner à perdre une élue aussi peu sensée. 
La conclusion du billet d'hier se répète: si l'un de vos enfants souhaite devenir psychologue, ne l'en dissuadez surtout pas: il aura du travail toute sa vie.

(1) France 3 Centre, journal régional, 30 octobre 2015, 19h.

vendredi 30 octobre 2015

Pour vivre heureuses vivons cachées

La loi française interdisant le port du voile intégral dans l'espace public a cinq ans. A cette occasion, France Inter s'est interrogé sur la situation (1). Visiblement, le port du niqab ou de la burqa a augmenté depuis lors. Un millier de femmes ont subi des contrôles qui, de l'avis de la police, sont difficiles à effectuer.
Une jeune fille de dix-sept ans témoigne: "je me sens mieux quand on me voit pas". Peut-être devrait-elle consulter un psychologue. Une autre parle de sa tante qui se promène entièrement voilée: elle ne supporte pas le regard des gens qui, "à force, sont endoctrinés", dit-elle. C'est le monde à l'envers: en se cachant des autres, elle fait tout pour être remarquée, mais voudrait ne pas l'être. Peut-être devrait-elle songer à ôter son voile pour passer inaperçue.
Une sociologue, qui a réalisé un documentaire sur les femmes entièrement voilées, témoigne: quasiment toutes sont soit issues de familles d'origine musulmane qui ne leur ont pas donné d'éducation religieuse, soit, pour l'autre moitié, converties à l'islam. En s'habillant de la sorte, elles veulent être reconnues comme hyper religieuses. Elles sont en recherche identitaire: "une semaine après leur conversion, elles portent le voile intégral". Comme elles veulent marquer "un désir de rupture par rapport à la société", elles ont adopté le voile intégral depuis qu'il est interdit. Bref, conclut la journaliste Claire Servajean, "ce qu'on peut dire, c'est que c'est donc une loi contreproductive". Un avis assez abrupt et carré. Elle oublie de rappeler que ce voile n'a rien de religieux. "Le voile intégral n'est pas islamique, explique la designer Leyla Belkaïd, le porter n'est donc pas un retour aux sources, contrairement à ce que pensent les gens. Faire de la burqa un élément d'identité et un symbole de l'islam est très récent. C'est une invention contemporaine." (2)
En s'habillant de la sorte, elles font le jeu des islamistes qui détestent les femmes (sauf maman, bien sûr) et veulent les cacher.
En fait, porter la burqa, c'est comme s'exprimer anonymement sur Internet: je te vois, je sais qui tu es, mais tu ne me vois pas et ne peux savoir qui je suis et, surtout, ne me regarde pas, tu me stigmatiserais. On n'est pas dans la communication, on ne peut savoir qui est la personne cachée en face de nous. On touche là à une forme de pathologie. Certaines jeunes femmes sont anorexiques, d'autres se voilent entièrement.
Pourquoi faudrait-il accepter le voile intégral dans l'espace public? Imagine-t-on demain tous les passants masqués dans les rues, les places publiques, les transports en commun, les travailleurs cachés derrière un voile à l'atelier, au bureau ou sur les chantiers, les étudiants déguisés à l'école? Comment peut-on se reconnaître quand on est caché? Quelle existence a-t-on? On voit par là que la profession de psychologue a de beaux jours devant elle.

(1) http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1168351 (en fin de journal)
(2) http://www.lexpress.fr/actualite/societe/la-burqa-est-une-invention-contemporaine_842841.html
A (re) lire sur ce blog:
- "De l'utilité de la burqa", 24 octobre 2011;
-  "Women in black", 21 mars 2011;
- "Burqa pas, après tout?", 13 août 2010;
- "Vin, voile et burqa", 22 juin 2009.
Et aussi:
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/10/12/au-canada-on-vote-masque-pour-denoncer-le-port-du-niqab/

lundi 26 octobre 2015

Des paroles, mais pas d'actes

Rien ne fonctionne mieux que les slogans en politiques. L'extrême droite en particulier, le sait, elle  qui réduit toute problématique à une déclaration à l'emporte-pièce. Mais le réel, dans sa complexité et les nuances qu'il implique, lui fait peur. C'est sans doute ce qui explique le défilement de la fille à papa devant l'émission "Des paroles et des actes" de France 2 jeudi dernier (1). Les paroles, elle maîtrise et sait que les plus courtes sont les meilleures; les actes, c'est tout autre chose. Devant les réactions outrées des autres partis qui trouvent que les médias lui accordent beaucoup trop de place et un appel du CSA à ouvrir plus largement les invitations en période pré-électorale, la production de l'émission avait décidé, en dernière minute, d'inviter sur le plateau de "Des paroles et des actes" les futurs adversaires de l'héritière aux élections régionales dans le Nord - Pas de Calais - Picardie. Elle a refusé de débattre avec eux et de participer à l'émission. Elle sait qu'elle sera, dans tous les cas, gagnante: participer à l'émission, c'est augmenter sa notoriété et la légitimité de son discours; ne pas y participer, c'est se positionner dans son rôle préféré: celui de victime, rejetée par le Système. Même si aucune autre personnalité politique n'a été autant qu'elle invitée dans cette émision: cinq fois. C'est que les médias ne peuvent se passer d'elle: tout comme son père, elle fait de l'audience.
Curieuse attitude néanmoins que ce refus pour quelqu'un qui dit ne craindre personne. Mais peut-être craint-elle chez ses adversaires une connaissance de terrain qu'elle n'a pas. "Marine Le Pen a réalisé que... le réel pouvait lui être très défavorable", écrit Jean-Philippe Moinet (2), "que la confrontation avec ses adversaires directs, de terrain en Nord - Pas de Calais - Picardie, pouvait jeter une lumière très crue sur ses approximations, ses généralités habituelles, et donc son infériorité. (...) C'est un signe. De faiblesse." Sans doute aurait-elle préféré qu'on la laisse sereinement déverser ses slogans, répéter son refus de ceux qu'elle appelle "clandestins", cracher son mépris pour tous les autres partis. Depuis quand choisit-on ses adversaires en politique? Depuis quand les élections, le jeu politique se passeraient-ils de débat d'idées, de projets, de points de vue, de confrontations? Son attitude est symptomatique d'un parti arrogant qui entend fixer lui-même ses propres règles (on se souvient du refus tout récent de la présidente du F.N. de se rendre à une convocation de la Justice), d'un parti qui fonctionne sur le culte du chef et qui ne cesse de dénoncer un système dont il profite bien et compte bien profiter au maximum. Témoin, cette candidature de l'héritière, présidente du parti et députée européenne qui entend bien devenir présidente de Région. Pour cumuler comme un vulgaire représentant de tous ces autres partis qu'elle désigne à la vindicte populaire.
"Beaucoup disaient Marine Le Pen bien plus modérée que son père"", écrit Jean-Philippe Moinet. "A voir... Son marketing de la xénophobie a surtout eu tendance, ces dernières années, à endormir ou à tétaniser ses adversaires." Il est urgent que ceux-ci se réveillent et fassent entendre d'autres voix. Fortes.

Cessez de rire, charmante Elvire
Les loups regardent vers Paris.
Albert Vidalie, "Les loups sont entrés dans Paris"

Post-scriptum: on peut ne pas être d'accord avec tout ce que dit Mourad Boudjellal, on le rejoint quand il affirme que seuls les charcutiers ont intérêt à voter Le Pen. Qui d'autre tirerait un bénéfice de voir une Région tomber entre les mains d'un parti de charlatans?
http://www.liberation.fr/france/2015/10/27/boudjellal-les-seuls-qui-ont-interet-a-voter-le-pen-ce-sont-les-charcutiers_1409096

(1) http://www.huffingtonpost.fr/jeanphilippe-moinet/marine-le-pen-dpda-complotisme_b_8366628.html?utm_hp_ref=france
(2) http://www.lalibre.be/culture/medias-tele/marine-le-pen-refuse-de-se-rendre-sur-france-2-elle-se-pose-en-victime-5629cf023570b0f19f9b48b7

dimanche 25 octobre 2015

Poison subventionné

Certains d'entre eux aiment se présenter comme les premiers écologistes. Mais un prophète affirmait que les premiers seraient les derniers. En ce qui concerne la majeure partie des agriculteurs, il semble avoir eu raison. On sait (1) combien la terre et les animaux sont devenus, pour trop d'entre eux, des matières traitées comme si elles étaient déjà mortes. Les méfaits de l'agriculture intensive ne paraissent pas les préoccuper et leur fuite en avant se poursuit. Ferme des 1000 vaches, ferme des 1400 veaux, ferme des 1000 truies ne sont que quelques exemples des délires industriels dans lesquels continue à s'engouffrer une agro-industrie qui a visiblement perdu tout sens commun et veut ignorer superbement les dégâts qu'elle engendre.
Parmi les lois qui régissent l'agriculture, il en est une qui impose aux éleveurs de déclarer tous les "flux d'azote produits, importés ou exportés" sur les exploitations agricoles. Les dépassements de flux peuvent entraîner des sanctions. Mais voilà que les quatre chambres d'agriculture bretonnes, établissements publics financés par l'impôt et gérés par le tout-puissant syndicat agricole FNSEA, appellent leurs adhérents à ne pas respecter cette règle. "Nous ne pouvons accepter ces mesures qui auraient pour impact économique une baisse d'environ 3% de l'excédent brut d'exploitation pour une ferme moyenne", affirment les chambres d'agriculture qui demandent à leurs membres de "ne pas remplir la déclaration de flux d'azote 2014-2015".
"Or, rappelle Fabrice Nicolino qui dénonce cette attitude (2), l'azote est à l'origine des nitrates. Or les nitrates polluent massivement les eaux douces avant de provoquer dans les estuaires et les plages de somptueuses bouillies vertes qu'il faut évacuer avant qu'elles se changent en hydrogène sulfuré, gaz mortel. Question mille fois posée: d'où vient ce foutu azote? Réponse itou: pour l'essentiel, de la merde des animaux prisonniers, comme les porcs, et des engrais azotés qu'on balance pour faire pousser le maïs industriel. Quand elle n'est pas contaminée, l'eau ne contient des nitrates que la trace: disons 0,1 mg par litre d'eau. Grâce à l'agriculture industrielle, elle compte maintenant en Bretagne 0,35 mg en moyenne avec des pointes à 200. Dès qu'une eau - celle des rivières ou des nappes - atteint 100 mg par litre, on n'a même plus le droit de la traiter pour en faire une eau potable."
La devise de la FNSEA doit être "après nous les mouches (s'il en reste)". Que nous reste-t-il à faire, face à une attitude aussi méprisante pour l'environnement, pour les voisins, pour les touristes, pour la société? Eviter les produits agricoles bretons qui ne soient pas certifiés bio? Ne plus se rendre en vacances en Bretagne?
Qui tue l'environnement? Qui tue la Bretagne? Qui tue l'agriculture? Sinon la FNSEA, premier syndicat agricole de France qui, depuis des décennies, entraîne ses adhérents dans une agro-industrie mortifère qui les pousse à s'endetter jusqu'au cou et à polluer sans sourciller. Elle donne raison au titre de l'ouvrage récent de Fabrice Nicolino dans lequel il s'attaque à "ce vaste merdier qu'est devenue l'agriculture".
Qui a encore envie de défendre cette industrie scandaleuse? Et quel gouvernement, quels politiques oseront, enfin, supprimer toute subvention à cette activité d'empoisonneurs?

(1) (re)lire sur ce blog:
- "Adieux veaux, vaches, cochons", 21 septembre 2015;
- "Les usines de l'agriculture", 3 mars 2015.
(2) "Les nitrates et les marées vertes, ils s'en cognent", Charlie Hebdo, 21 octobre 2015.
Le blog de Fabrice Nicolino: http://fabrice-nicolino.com

jeudi 22 octobre 2015

Démocratie de l'esthétique

La démocratie est une chose trop sérieuse pour la confier au peuple. Surtout quand elle se veut directe. La Ville de Tournai l'a bien compris, invitant ses habitants à participer dimanche à une consultation populaire qui ne leur demande pas de réfléchir à l'avenir de leur commune et moins encore au type de société qu'ils veulent. Mais à se positionner sur une option de modification du Pont des Trous: pierre ou résille. Comme si, dans une famille, les parents n'associaient pas leur enfant à une décision quant à son avenir et son choix d'études, mais lui laissaient choisir la couleur des murs de sa chambre d'étudiant. Les journalistes font remarquer que le Collège communal tournaisien et le ministre wallon en charge du dossier ont déjà opté pour la résille. Ils rappellent que le résultat de la consultation populaire organisée ce dimanche n'aura pas de caractère contraignant, que c'est le Collège communal tournaisien qui se prononcera ensuite, et enfin que c'est le fonctionnaire délégué de la Région wallonne qui rendra l'avis ultime. Précisons que le terme délégué indique qu'il est le représentant de son ministre. Qui, lui, a donc déjà pris sa décision.
Le choix des Tournaisiens sera donc simple: indiquer à quoi ils souhaitent que ressemble (en pierre ou en résille métallique transparente) le Pont des Trous, ouvrage du XIIIe siècle, qu'il faut impérativement élargir. La liaison fluviale Seine - Nord Europe est à ce prix. Le pont, ancien ouvrage militaire défensif, vu l'étroitesse de son arche centrale, constitue déjà un goulot d'étranglement sur l'Escaut pour les péniches actuelles et empêchera de passer les énormes embarcations de 4.400 tonnes qui s'annoncent. Donc, il faut élargir. C'est ainsi, c'est ce qui a été décidé par la Région wallonne qui a la tutelle sur les voies navigables. Bien sûr, l'argument écologique, le transfert du transport de marchandises de la route vers la voie d'eau, la diminution de la production de CO2 sont importants. Mais déjà aujourd'hui, le Pont des Trous laisse passer (de justesse, il est vrai) des barges qui annoncent fièrement qu'elles remplacent quelque 38 camions. Demain, il faudra pouvoir accueillir des doubles barges bien plus grandes qui remplaceront jusqu'à 180 camions (1) et transporteront des centaines de conteneurs empilés sur plusieurs étages. Un tel gigantisme est-il indispensable? Où s'arrêtera-t-il? Est-ce aux villes de s'y adapter ou le contraire? Personne (ou si peu de citoyens) ne semble se poser ces questions, tout le monde (ou presque) se soumet aux implacables lois économiques (parfois cachées derrière des arguments écologiques).
Le débat qui anime aujourd'hui Tournai est juste esthétique (avec un choix très restreint), en aucun cas politique.  Le patrimoine, les habitants d'une ville doivent s'adapter au progrès lié au développement économique. Les carriers du Tournaisis feront plus aisément voyager leurs pierres et leur ciment jusque dans le Bassin parisien, voilà qui est primordial. Curieusement, ce développement économique qui n'a pas de prix en a un quand il s'agit de trouver une solution. Celle d'un contournement, petit ou grand, a d'emblée été écartée en raison de son coût. Le petit contournement, sur la rive droite, aurait pu être l'occasion de redessiner totalement le quartier et d'intégrer le pont au Jardin de la Reine voisin. Aux termes du débat organisé tout récemment par No Télé (2), des citoyens ont déploré que la Ville ait raté là une opportunité d'être audacieuse et créative, elle aurait pu organiser un concours d'architectes à ce sujet, histoire, comme le disait l'un d'entre eux, de "donner du sens à ce projet". Résumons-nous: la démocratie est affaire de spécialistes et n'est là pour donner du sens.

(1) http://www.vnf.fr/sne/article.php3?id_article=86&id_rubrique=5&lang=fr
(2) http://www.notele.be/list151-pont-des-trous-media38684-debat-public-sur-l-avenir-du-pont-des-trous.html
A écouter: l'édito de Xavier Simon sur No Télé:
http://www.notele.be/list147-l-edito-media38373-edito--consultation-ou-mascarade.html

Juste pour le plaisir, deux positions - comment dire?  amusantes? ridicules? pathétiques? - relevées dans le débat de No Télé:
- Marie-Christine Marghem, 1ère échevine empêchée et par ailleurs ministre, a été favorable à une option et se bat pour une autre avec l'énergie d'une girouette qui comprend dans quel sens tourne le vent.
- Rudy Demotte, bourgmestre empêché et par ailleurs ministre (absent cette fois du plateau de No Télé pour cause de déplacement) n'a pu s'empêcher (on ne peut être empêché de tout) de rappeler qu'il est le seul bourgmestre légitime: "bourgmestre élu des Tournaisiens, c'est-à-dire celui que les Tournaisiens ont choisi, je dois leur donner la parole sur cette question sensible". C'est lui aussi qui a affirmé, défendant l'option résille: "il faut du courage en politique". Chacun met son courage où il peut.

mercredi 21 octobre 2015

L'énergie des campagnes

A écouter l'émission, on sourit autant que les intervenants. Le plaisir qu'ils ont à parler de leur expérience, de leur association, de leur réussite - même si c'est au prix de nombreuses difficultés - est communicatif. On se réjouit avec eux. D'autant plus qu'on sait qu'ils font tache d'huile. L'émission "Carnets de campagne" (1), qui donne la parole à des acteurs dynamiques qui œuvrent dans l'économie sociale, l'insertion, la mise en liens, le développement durable, qui sont créatifs, qui n'attendent pas tout des pouvoirs publics, qui participent d'un mouvement positif, est un repère salutaire dans cette France morose. Une respiration heureuse au milieu des pleurnichards.
On est à mille lieues des grognons, des bougons, des aigris, des agressifs qui expriment à longueur de journée leur rancœur, leur déception, leur négativisme sur Internet. On est loin de ces  stériles querelles de (pseudo) intellos qui s'écharpent en se regardant le nombril et semblent prendre toute la place dans les (pseudo) débats en France.
On voit par là qu'il vaut mieux se bouger le cul que rester assis dessus.

(1) sur France Inter, du lundi au vendredi, de 12h30 à 12h45.