(1) Fabien Toulmé, "L'Odyssée d'Hakim", éditions Delcourt / Encrages, 2020 (3 tomes).
(2) (Re)lire sur ce blog: "A la mémoire de Zsuzsanna", 10.10.2016.
(3) David van Reybrouck, "Odes", éd. Actes Sud, 2021, Ode à la fraternité, p. 36.
(4) "Vox Pop", Arte, 21.11.2021.
(5) France Inter, Journal de 13h, 26.11.2021.
(6) France Inter, 26.11.2021, 8h15
vendredi 26 novembre 2021
Ce vieil idéal oublié
mardi 23 novembre 2021
Lapin chasseur
J'ai beau faire tous les efforts que je peux (il est vrai que je me fatigue vite), je n'ai pas la moindre once, ni même le moindre gramme de compassion pour ce chasseur qui, le week-end dernier, a été grièvement blessé par une ourse qui défendait ses petits alors que lui chassait le sanglier. Il était, nous dit-on, à 1200 mètres d'altitude, dans le « noyau central », où l’on dénombrerait la présence d’une quarantaine d’ours, sur les 70 à 80 présents sur l’ensemble du massif pyrénéen (1). L'ourse a été tuée. Défendre ses oursons lui a coûté la vie. Récemment, le président des chasseurs, l'inénarrable Willy Schraen, interpellé par rapport aux accidents de chasse dont sont victimes des non chasseurs, nous expliquait tranquillement que le risque zéro n'existe pas, comme s'il fallait de ne pas s'en offusquer et que ce genre d'accident était simplement normal. Eh bien donc, cette fois, on ne s'offusque pas. Après tout, qui peut être assez prétentieux ou stupide (les deux adjectifs sont souvent synonymes) pour aller chasser dans le jardin des ours ? Et pourquoi, se demande-t-on, la victime serait-elle toujours du même côté du fusil ? Pourquoi les animaux devraient-ils être par nature chassés ? Ne sont-ils pas, eux aussi, chasseurs ? Voilà que les chasseurs qui affirment être les meilleurs connaisseurs de la nature sont surpris par celle-ci. Ce qui vient d'arriver est donc simplement normal. Et rassurant. La chasse peut aussi se pratiquer dans l'autre sens. Cette réciprocité (rare), c'est la loi de ce qu'ils appellent sport.
Ce sont ces mêmes chasseurs qui se proposent aujourd'hui de jouer les flics de la nature. Schraen vient d'évoquer une idée lumineuse : certains chasseurs pourraient être des “policiers de proximité” à même de “dresser des procès-verbaux et de constater des flagrants délits”. Ceci pour lutter contre “une délinquance rurale et environnementale” qui serait, selon lui, en pleine augmentation (2). Parmi ces actes de délinquance, il y a une “hécatombe” d’oiseaux rapaces, victimes de tirs pendant la saison de chasse. C'est ce que dénonce la Ligue de protection des oiseaux (3) qui appelle les fédérations de chasseurs à préserver ces espèces protégées. Début novembre, un épervier d’Europe a été “la cible d’un tir au fusil dans l’Hérault” et en est resté paralysé, puis deux faucons crécerelles ont été retrouvés dans le même état dans le Vaucluse. "En région PACA en octobre, explique le HuffPost, deux autres éperviers et deux autres faucons crécerelles avaient été découverts morts. En septembre, c’était un aigle royal en Ardèche, une buse variable dans le Gard, un circaète Jean-Le-Blanc, etc.”, énumère l’association. Ces victimes ne constituent que la partie visible de l’iceberg tant la probabilité de retrouver les animaux tués est très faible. Au cours des trois dernières années, les centres de soins qu’elle gère ont pris en charge 109 rapaces plombés, dont 87% entre début septembre et fin février, soit entre les dates d’ouverture et de fermeture générales de la chasse en France." Avant de jouer aux flics, les chasseurs feraient bien de chasser de leurs rangs les inconscients, les incompétents, les délinquants et les barbares. Il y a du travail.
Ils feraient bien, avant de jouer au shérif, d'apprendre qu'existent des règles et qu'on ne fait pas ce qu'on veut où on veut. Interviewé ce midi sur France Inter (4), Willy Schraen considère que les chasseurs ont le droit de chasser comme ils l'entendent puisqu'ils chassent chez eux. Ce qui est doublement faux. Très souvent, ils chassent dans des espaces publics ou dans des espaces privés sur lesquels ils n'ont d'autre droit que celui de passage (qu'ils s'octroient). Et Willy-Calimero semble oublier que même chez soi on ne fait pas ce qu'on veut. Qui peut prétendre construire une maison sans permis sous prétexte que le terrain lui appartient ? Qui pense pouvoir polluer sans vergogne son environnement sous prétexte que c'est le sien ? Qui pense pouvoir maltraiter des animaux sous prétexte qu'ils sont sa propriété ? Vivre en société implique des règles. Encore un petit effort, Willy, pour entrer dans le XXIe siècle.
ce matin est arrivée
une chose que personne
n'aurait pu imaginer
au bois de morte fontaine
où vont à morte saison
tous les chasseurs de la plaine
c'est une révolution, car,
ce matin un lapin
a tué un chasseur
c'était un lapin qui
c'était un lapin qui
ce matin un lapin
a tué un chasseur
c'était un lapin qui
avait un fusil
ils crièrent à l'injustice
ils crièrent à l'assassin
comme si c'était justice
quand ils tuaient le lapin
et puis devant la mitraille
venue de tous les fourrés
abandonnant la bataille
les chasseurs se sont sauvés, car,
ce matin un lapin
a tué un chasseur
dimanche 21 novembre 2021
Cause toujours
(1) Riss, "Morituri", Charlie Hebdo, 10.11.2021.
lundi 15 novembre 2021
Le MélenChe, un festival à lui tout seul
(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/presidentielle-jean-luc-melenchon-tres-satisfait-de-yannick-jadot-enfin-presque_fr_618e2c30e4b0a96e518c4ad8
(2) Twitter, 20.10.2021, cité par Charlie Hebdo, 27.10.2021.
(3) L'Obs, 14.10.2021, cité par Charlie Hebdo, 20.10.2021.
(4) Libération, 21.10, cité par Charlie Hebdo, 27.10.2021.
(5) Guillaume Erner, "Mélenchon le mandarin", Charlie Hebdo, 27.10.2021.
vendredi 12 novembre 2021
L'élégance du sanglier
Sur la couverture de la plaquette de la Fédération nationale des Chasseurs, on découvre qu'il s'agit d'une "association agréée au titre de la protection de l'environnement" dont elle n'a rien à fout'. Y est reproduite cette phrase de Rudyard Kipling: "N'admettez rien a priori si vous le pouvez le vérifier". Je l'avoue : je n'avais pas admis que les chasseurs étaient les rois des écolos. Ce brave Willy, qui tutoie si sympathiquement ses détracteurs, vient de m'aider à le vérifier.
(Re)lire sur ce blog: "Chasse punitive", 25.9.2021; "L'âge de chasse", 22.9.2019; "La saison des Tartarin", 13.9.2018; "La fable du loup et du rap", 17.2.2015.
mardi 9 novembre 2021
L'Europe du sexisme
"La campagne ne serait donc que le fruit de membres lambda de la société civile désireux de s’engager pour les droits humains ?, se demande l'hebdomadaire Marianne (2). Pas vraiment. Comme l’annonce d’ailleurs très ouvertement le site du Conseil de l’Europe, l’atelier en question a été organisé en collaboration avec le Forum of European Muslim Youth and Student Organisations (Femyso) », une association bien connue pour son lobbying pro-voile. « Le Femyso est la branche jeune d’une organisation réputée proche des Frères musulmans, l’Union des Organisations Islamiques en Europe (UOIE), qui représente le courant fondamentaliste de l’islam en Europe et dont l’objectif est de former une élite musulmane européenne », explique à Marianne Florence Bergeaud Blackler, anthropologue au CNRS et spécialiste des mouvements islamistes. D'autres participantes à l'atelier sont membres de l’European Forum of Muslim Women (EFMW), une émanation féminine de l’UOIE. Bref, des organisations fondamentalistes islamiques se sont bel et bien glissées dans les petits papiers du Conseil de l'Europe en parvenant ici à mener, sous couvert de lutte anti-raciste, une campagne sexiste.
Naëm Bestandji, essayiste, auteur de Le linceul du féminisme, Caresser l'islamisme dans le sens du voile (Seramis) estime (3) que cette campagne cherche à "assigner toutes les musulmanes à la frange extrémiste de l'islam par la promotion de son étendard sexiste et patriarcal. L’objectif est l’avancée de cette idéologie totalitaire aux antipodes des valeurs défendues par les diverses instances européennes. Comment est-ce possible ? Depuis plusieurs décennies, les Frères musulmans considèrent l’Europe comme un territoire à conquérir. Cela passe d’abord par la réislamisation des musulmans et l’adaptation des pays européens aux demandes islamistes." L'essayiste considère qu'avec le voile, "outil politique de prédilection de l’islamisme," et la rhétorique d’inversion "les islamistes se présentent en défenseurs des droits humains, de la laïcité et de la liberté des femmes et en combattants de la lutte contre le racisme. Comme pour toutes les idéologies totalitaires, la jeunesse est une cible fondamentale." Et un de leurs outils est dès lors le Forum des organisations européennes de jeunes et d'étudiants musulmans (Femyso). "La jeunesse a toujours été une cible privilégiée de l’islamisme politique. Sa vision s’inscrit dans le temps long. Cette idéologie veut influer sur les futurs citoyens pour que, à moyen et long terme, l’islamisme soit mieux accepté. Obsédés sexuels et nostalgiques d’un patriarcat multimillénaire, le sexisme du voile est leur outil politique de prédilection."
Les islamistes sont doués pour les tours de passe-passe. Ils sont parvenus à tétaniser une bonne partie de cette gauche qui se veut bien pensante et ne craint qu'une chose: passer pour raciste en étant critique par rapport à une injonction de l'islamisme. Résultat: en pensant lutter contre ce qu'elle appelle islamophobie, elle nourrit le sexisme et le machisme. "La femme est considérée comme un objet sexuel tentateur qui doit être caché sous un voile pour ne pas exciter la libido masculine, écrit encore Naëm Bestandji. Il n’existe aucun discours équivalent pour les hommes. Cette campagne s’enfonce dans l’abject lorsqu’elle partage un dessin animé de dix secondes qui met en scène des petites filles voilées avec le slogan unis dans la diversité. Le sexisme, le patriarcat et, ici, la sexualisation des fillettes sont présentés comme des formes de diversités à promouvoir… Le hijab est prescrit par les islamistes afin de cacher la femme pour des raisons sexuelles. Voiler une fillette est la considérer comme désirable (tout en la préparant au sort d'objet sexuel adulte qui l'attend). Cette campagne véhicule les idées les plus rétrogrades de l'islamisme. Elle banalise la pédophilie par la sexualisation des fillettes tentatrices."
Conclusion de l'essayiste: "nos sociétés, certaines plus que d’autres, ont mis des siècles à s’émanciper du poids patriarcal de l’Église catholique. Mais il semble que le patriarcat est comme la nature : il aurait horreur du vide. Ce que nous espérions être une histoire révolue est sur le point d’être remplacé par le patriarcat de l’intégrisme musulman. Le patriarcat a encore de beaux jours devant lui, grâce au soutien d’institutions européennes comme le Conseil de l’Europe, avec les deniers du contribuable, et pour la plus grande joie des islamistes."
(1) qui n'a rien à voir avec l'Union européenne.
(2) https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/derriere-la-campagne-pro-voile-du-conseil-de-leurope-la-galaxie-des-freres-musulmans
(3) https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/pub-pro-voile-du-conseil-de-leurope-une-strategie-victimaire-centrale-pour-lislamisme
jeudi 4 novembre 2021
Jeu de dupes
La COP26 est en cours. On va voir ce qu'on va voir. L'avenir de l'humanité est en jeu et les chefs d'Etats et de gouvernements le disent haut et fort: ils sont pleinement conscients de leur responsabilité historique. A l'exception des présidents chinois, russe, turc et brésilien qui ont visiblement d'autres priorités que l'avenir de leur peuple et de la planète.
"Nous devons montrer que nous avons la maturité et la sagesse pour agir. Il est temps pour l'humanité de grandir, la COP26 est un tournant pour l'humanité", a déclaré à Glasgow le premier ministre britannique Boris Johnson, ratant aussitôt ce virage en prenant un jet privé pour regagner Londres et participer à un dîner avec ses anciens collègues journalistes du Daily Telegraph (1).
A la COP26, quarante-six pays ont annoncé qu'ils abandonneraient le charbon d'ici 2040 et qu'ils n'accorderaient plus de soutien économique aux centrales à charbon. Mais uniquement pour les centrales à l'étranger et ce à partir de 2030. Ce qui laisse largement du temps pour brûler des millions de tonnes de charbon et subventionner ces centrales. La Chine et l'Inde, grands consommateurs de charbon, n'ont rien signé. D'après une étude du FMI, les grands producteurs mondiaux de gaz, de pétrole et et de charbon, reçoivent 11 (oui, onze) millions de dollars par minute (oui, par minute) dans 191 pays, soit rien de moins que 5100 milliards d'euros par an. Ces subventions représentent aujourd'hui 6,8% du PIB mondial. En 2025, 7,4%. Le secteur ne tremble pas. Mais se prépare néanmoins à une transition. Qui n'a rien d'écologique. "L'industrie des combustibles fossiles perd de l'argent sur ses marchés traditionnels de production d'électricité et transport. Elle construit donc de nouvelles usines de plastiques à un rythme stupéfiant afin de pouvoir liquider ses produits pétrochimiques sous forme de plastiques. Cette action annule d'autres efforts mondiaux pour ralentir le changement climatique." C'est une ancienne responsable de l'Agence américaine de protection de l'environnement qui l'écrit (5). Résultat: d'ici 2030, l'industrie américaine des plastiques émettra davantage de gaz à effet de serre que la totalité des centrales électriques au charbon.
Et cette décision encore au rayon des bonnes nouvelles: les dirigeants de plus de cent pays, représentant plus de 85% des forêts du monde, se sont engagés à la COP26 à mettre fin à la déforestation d'ici à 2030. Sachant que chaque minute l'équivalent d'une vingtaine de terrains de football sont "déforestés", calculez combien d'hectares de forêt il restera en 2030. Vous avez huit ans.
Autre nouvelle: le nombre d'immatriculations de voitures neuves est en lourde chute, à cause d'une pénurie de semi-conducteurs. C'est une mauvais nouvelle, nous dit-on.
Mais après tout, ce qui est important, ce sont tous ces petits gestes que nous pouvons, nous citoyens lambda, poser au quotidien pour sauver la planète: couper le robinet en se lavant les dents, prendre plus souvent son vélo, couper l'éclairage en quittant une pièce... On ne veut pas être défaitiste. Mais quand même. Après nous, les mouches. S'il en reste.
(1) https://www.lalibre.be/international/europe/2021/11/04/hypocrisie-choquant-un-choix-de-boris-johnson-provoque-la-polemique-en-pleine-cop26-NXLHTZMHQFHW7PM7SXXKBC74LQ/
(2) "Tourisme - Une pandémie, et ça repart !", Charlie Hebdo, 3.11.2021.
(3) 4.11.2021, 19h30.
(4) "Délire des hauteurs", Charlie Hebdo, 3.11.2021.
(5) "Au cul, la COP26 !", Charlie Hebdo, 3.11.2021.
dimanche 31 octobre 2021
Ce besoin des autres
(1) "En 2020, les flux migratoires ont brutalement chuté", La Nouvelle République, 29.10.2021.
(2) "Autre jour", La Nouvelle République, 29.10.2021.
(Re)lire sur ce blog "Le pain des Français", 16.10.2021.
vendredi 29 octobre 2021
C'est comment qu'on freine?
Dans une séquence d'un journal télévisé consacrée à cette hausse des prix, une femme explique que, pour faire face à l'augmentation des tarifs du gaz, les membres de sa famille se voient obligés de diminuer la température ambiante demandée, de porter un pull plutôt que de vivre en t-shirt, de ne chauffer la salle de bains qu'au moment de son utilisation et de ne plus chauffer les chambres. Bref, cette famille découvre le b.a-ba de l'utilisation rationnelle de l'énergie. Dans le même temps, le Ministre français de l'Economie se réjouit de voir la croissance repartir à la hausse et remercie ses compatriotes de consommer autant. Et tant pis si cette croissance s'apparente à un suicide programmé. Le gouvernement et une large partie de la classe politique et économique entendent relancer le programme nucléaire pour répondre à la forte hausse attendue de la consommation d'énergie. Il s'agit de répondre à la demande. Produire toujours plus pour pouvoir consommer toujours plus. Ou consommer toujours plus pour justifier une production sans cesse croissante. Tous les appels au changement radical de mode de vie lancés lors du premier confinement n'ont pas été entendus. L'Homme est un animal sourd et têtu.
La Ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, affirme cependant la nécessité de "baisser de 40% notre consommation d’énergie”. L'association négaWatt invite à la sobriété et propose dans un récent rapport (1) “d’augmenter le prix de l’aérien, d’interdire progressivement l’ensemble des vols intérieurs lorsqu'une alternative ferroviaire existe, de mettre fin aux ventes de véhicules diesels et essences au plus tard en 2035” ou encore de “réduire la vitesse maximale autorisée sur autoroute à 110 km/h”. La limitation de vitesses ne plaît pas en France. “C’est une mesure qui semble impopulaire et semble être une atteinte aux libertés, mais il faut la voir autrement”, répond Yves Marignac, chef du Pôle énergies nucléaire et fossiles et l’un des auteurs de négaWatt 2022. “Ce qui est encore plus impopulaire que la réduction de vitesse, c’est la pollution, la circulation accrue, les embouteillages, et les accidents mortels”. Pour négaWatt, écrit le HuffPost, limiter la vitesse permet à la fois de réduire la pollution - qui provoque chaque année 50.000 décès prématurés en France - et de diminuer les dangers de la conduite. Reste que pour inciter à un changement de mode de locomotion, les pouvoirs publics devraient développer d'urgence une nouvelle politique de transport en commun et soutenir l'usage du vélo qui n'est pratiqué, dans trop de campagnes, que le dimanche. Et pour mener ces politiques, taxer beaucoup plus les producteurs d'énergie. A l'heure où on nous annonce que la hausse des prix de l'énergie se poursuivra au moins jusqu'au printemps 2022, le groupe Total a vu ses bénéfices multipliés par vingt-trois. L'Homme, cet animal aveugle, peut-il considérer qu'il s'agit là d'une bonne nouvelle?
A lire: le numéro spécial du Courrier international consacré au climat. "L'avenir nous appartient - Comment lutter contre le dérèglement climatique, de façon individuelle et collective, 28.10.2021.
samedi 16 octobre 2021
Le pain des Français
En janvier dernier, un boulanger de Besançon a entamé une grève de la faim pour éviter l'expulsion de son apprenti. Impossible de trouver un apprenti pour sa "Huche à pain", jusqu'à ce qu'il rencontre Laye Fodé Traoré, un jeune guinéen, qui n'avait que deux envies: apprendre et trouver du travail. A l'âge de 18 ans, ce dernier a reçu un ordre de quitter le territoire français. Son patron a fini - en mettant sa vie en jeu - par obtenir gain de cause. Depuis, le jeune homme a obtenu son CAP de boulangerie et suit à présent une formation en carrosserie, domaine qui était son premier choix. Stéphane Ravacley, son patron, constate qu'aucun problème n'a été constaté avec tous ces jeunes venus d'ailleurs, qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'aucune plainte. Le jeune guinéen boulanger à Besançon a connu une belle réussite scolaire. "Ils sont doués et ont toute leur place dans nos entreprises", constate son patron (1).
Dans l'Ain, un couple de boulangers a formé un autre jeune guinéen. "Il est motivé, il a toutes les qualités requises." Les deux boulangers auraient voulu l'engager comme apprenti, ce qui s'est avéré impossible. Jusqu'à ses 18 ans, Yaya était protégé par son statut de mineur non accompagné. Mais au-delà, il n'avait plus ni statut, ni papier. Pendant trois ans, ils ont effectué toutes les démarches possibles auprès de la préfecture pour qu'il obtienne ses papiers. En vain. Ici encore, une grève de la faim a débloqué la situation.
Pour soutenir tous ces patrons qui galèrent pour pouvoir engager un apprenti venu d'ailleurs, Stéphane Ravacley a créé un collectif national, Patrons solidaires (2). Ils sont nombreux ces jeunes dont l'envie de travailler est contrariée par leur absence de papiers: Madama, Karim, Noureldien, Amara, Aboubakar, Ousmane, Mohamed, Amadou. Ils ont envie d'être boulanger, menuisier, électricien, boucher et ont un emploi ou un contrat d'apprentissage à portée de main, mais l'Etat, aveugle et sourd, veut les expulser.
On voit par là que l'extrême droite et son chantre à la mode, Zemmour l'épouvantail, sont totalement déconnectés de l'économie réelle. Ils sont les premiers à déplorer la disparition des petits commerces et des artisans dans les campagnes, sans vouloir voir que ce sont de jeunes migrants qui les sauveront. Zemmour incarne le douanier (qui n'est pas un imbécile, puisqu'il est douanier) stupide et raciste du sketch de Fernand Raynaud: "J'aime pas les étrangers qui viennent manger le pain des Français" (3). Il chasse l'étranger et se retrouve sans pain. L'étranger était boulanger.