(1) "Cancel Jewish Culture", Franc-Tireur, 15.11.2023.
jeudi 16 novembre 2023
Insupportable censure bienveillante
mardi 14 novembre 2023
Femmes de paix
(1) "Les femmes israéliennes et palestiniennes ont un rôle essentiel à jouer", propos recueillis par Lorraine Rossignol, Télérama, 25.10.2023.
(2) https://www.ledevoir.com/societe/801887/guerre-israel-hamas-activiste-canado-israelienne-vivian-silver-ete-tuee-pendant-attaques-hamas
(3) https://www.arte.tv/fr/videos/117555-000-A/proche-orient-penser-l-apres/
dimanche 12 novembre 2023
Le bal des hypocrites
La guerre entre le Hamas et Israël est l'occasion pour les pires régimes de la planète de se faire passer pour des colombes. On avait déjà bien ri en entendant Poutine et Erdogan (1). Le président russe réclame la paix, se propose comme médiateur et appelle à épargner les civils. Et le sultan turc considère que "le Hamas n’est pas un groupe terroriste, c’est un groupe de libérateurs qui protègent leur terre ». Quand on sait tout ce que ces hommes ont de sang sur les mains et comment ils traitent ceux qui tentent de se libérer de leur emprise, on sait que penser de leur compassion pour le sort des Palestiniens.
Hier, les dirigeants arabes et musulmans se sont réunis à Riyad en un sommet extraordinaire conjoint de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique. C'est le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman (MBS) qui présidait la rencontre. Comme l'écrit Le Monde (2), il "a endossé son rôle de leader du monde arabo-musulman en conviant ses alliés – le roi Abdallah II de Jordanie, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, ou encore le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi – et ses rivaux – le président iranien Ebrahim Raïssi, le président turc Recep Tayyip Erdogan, et l’émir du Qatar, cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani – à se mobiliser pour Gaza". Tous condamnent "l’agression israélienne contre la bande de Gaza, les crimes de guerre et les massacres barbares et inhumains perpétrés par le gouvernement d’occupation". "Ils appellent, écrit encore Le Monde, à un cessez-le-feu immédiat, à la levée du siège de Gaza et à un accès sans entrave de l’aide humanitaire. Tous rejettent le déplacement forcé des Palestiniens de l’enclave vers l’Egypte ou de Cisjordanie vers la Jordanie et réclament l’arrêt des exportations d’armes vers l’Etat hébreu. Ils appellent à une relance du processus de paix pour permettre l’établissement d’un Etat palestinien, aux côtés d’Israël."
(3) Yasmine Youssi, "Un encombrant soutien", Télérama, 30.8.2023.
samedi 11 novembre 2023
Jean-Pierre Verheggen
Il y avait du Rabelais en lui, du Jarry, du Rimbaud, du Queneau, du Norge, du Tardieu. Mais surtout du Verheggen, dans sa manière unique de bousculer la langue française, de la réinventer constamment. Il appelait cela langagement.
Jean-Pierre Verheggen est mort le 8 novembre.
Le mort de la fin ?
Je ne sais pas, moi. Gné-gné-gné.
Peut-être bien. Gné-gné-gné.
Heu. Laissez-moi réfléchir. Gné-gné-gné.
Accordez-moi une minute. Gné-gné-gné.
Je ne peux pas décider en deux temps, trois mouvements. Gné-gné-gné.
Je vous dirai quoi demain. Gné-gné-gné.
Donnez-moi le temps de me retourner. Gné-gné-gné.
Ça ne se fait pas comme ça. Gné-gné-gné.
Faut voir. Gné-gné-gné.
Vous me prenez au mot. Gné-gné-gné.
Attendez encore un peu. Gné-gné-gné.
Vous allez vite en besogne. Gné-gné-gné.
Ce n'est pas si simple. Gné-gné-gné.
Qu'est-ce que vous croyez. Gné-gné-gné.
Je ne suis pas à pièce. Gné-gné-gné.
Il faut que je souffle un peu. Gné-gné-gné.
Hé. Gné-gné-gné.
Laissez venir. Gné-gné-gné.
Non ! Il faut te décéder tout de suite, Verheggen !
Jean-Pierre Verheggen, extrait de "Le degré zorro de l'écriture", 1978.
vendredi 10 novembre 2023
Cette odeur nauséabonde
Entre 1979 et 2021, au moins 48.035 attentats islamistes ont été commis dans le monde, tuant au minimum 210.138 personnes et en blessant beaucoup plus (4). Tous ces crimes ont été commis au nom du Prophète et peu de gens les ont reprochés aux musulmans, quoi qu'affirment ceux qui hurlent à l'islamophobie à la moindre critique. Ici, c'est aux Juifs un peu partout sur la planète que s'en prennent avec virulence les militants propalestiniens, leur reprochant la guerre que mène l'armée israélienne aux terroristes auteurs d'un pogrom qui a tué 1.400 personnes (pas toutes juives d'ailleurs).
Plus jamais ça ? Avec tous ces bas du front, on n'est guère optimiste...
(1) Tanya Gold, "Le silence assourdissant de mes amis progressistes", The New Stateman, 18.10.2023, in Le Courrier international, 9.11.2023.
(2) Divers auteurs, "Ce qu'on vit en ce moment marque un tournant", Der Spiegel, 28.10.2023, in Le Courrier international, 9.11.2023.
(3) Charlie Hebdo, 5 pages de dossier, 8.11.2023.
(4) Source : Fondapol (cité par Florence Bergeaud-Blackler in "Le frérisme et ses réseaux - L'enquête", éd. Odile Jacob, 2023.
(5) https://www.nouvelobs.com/edito/20231108.OBS80586/edito-l-antisemitisme-nous-concerne-tous.html
- https://www.slate.fr/story/255909/blog-sagalovitsch-deux-poids-mesures-un-seul-coupable-juif-encore-toujours-antisemitisme
- https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/11/09/le-rejet-de-l-antisemitisme-n-est-pas-negociable_6199144_3232.html
- https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/11/08/jonas-pardo-antidote-a-l-antisemitisme-au-sein-de-la-gauche_6199014_4500055.html
- https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/11/09/jean-szlamowicz-et-pierre-andre-taguieff-israel-est-une-nation-agressee-depuis-son-origine-par-des-pays-qui-veulent-sa-destruction-et-l-annihilation-de-la-souverainete-juive_6199213_3232.html
mercredi 8 novembre 2023
Une guerre sans fin ?
(1) Zvi Barel, "En finir avec le Hamas à Gaza, et après ?", Ha'Aretz, 17.10.2023, in Le Courrier international, 2.11.2023.
(2) https://www.courrierinternational.com/video/video-ils-croyaient-en-la-paix-le-hamas-leur-a-ote-leur-empathie-des-rescapes-israeliens-temoignent
(3) https://www.courrierinternational.com/article/polemique-les-femmes-de-gaza-ne-sont-pas-des-uterus-au-service-de-la-resistance
lundi 6 novembre 2023
En deux mots
La paix ne viendra pas le jour où la balance sera équilibrée, mais le jour où un dialogue aura été établi.
dimanche 5 novembre 2023
Si proches, si loin
"Je suis en manque d'un dialogue humain sensé, empathique, au milieu de cette déferlante de haine et de rage, dit Delphine Horvilleur. Je suis en réalité très blessée de trouver si difficilement des interlocuteurs. J'avoue, j'attendais les paroles d'intellectuels musulmans avec qui je dialogue habituellement. Il y en a quelques-unes, si essentielles, mais si rares. (...) J'ai l'impression que le monde est en train d'être détruit par un mélange de haine et de rage et que moi, je voudrais construire une arche." (...)
K.D. : "Malheureusement, ça ne m'étonne pas, j'ai toujours connu ce on et ce off dans le discours des intellectuels du Sud. Mais ce qui me frappe, c'est qu'en Algérie ou en Egypte, et dans bien d'autres pays, nous connaissons les méthodes des islamistes, et leur but. (...) On le sait que le but des islamistes n'a jamais été de fonder un Etat palestinien ; le but des islamistes, c'est de précipiter la fin du monde, ils veulent un messianisme qui a abouti, c'est une vision judéophobe dont la finalité est la disparition du peuple juif. Et le Palestinien, dans cette mythologie, est un destin des plus tragiques. Il lui est dit que la fin du monde adviendra le jour où tous les Juifs seront tués et le Palestinien libéré. Mais quelle arnaque ! On lui promet en même temps un pays et la mort (...).
Delphine Horveilleur a lu la lettre des artistes français qui déplorent les morts des deux côtés, mais pour aussitôt en renvoyer la responsabilité à l'occupation israélienne. "Mais est-ce aussi à leurs yeux l'origine de la violence au Bataclan, en Algérie ? Le mot islamisme n'apparaît nulle part, l'idéologie de l'assassin est effacée. Et je ne suis pas en train de dédouaner Israël de la problématique de l'occupation, mais ce renvoi dos-à-dos m'est intolérable." (...)
K.D. : "Je suis pour un Etat palestinien et je crois que l'existence d'un tel Etat est nécessaire non seulement pour les Palestiniens mais aussi pour ma propre liberté dans mon propre pays, parce que ce problème hypothèque tous nos projets de démocratisation. Mais je ne peux pas adhérer à un projet d'extermination qui refuse l'humanité à chacun. S'il s'agit d'une cause de colonisation et de décolonisation, là je suis solidaire. S'il s'agit d'une cause raciale, arabe, ou confessionnelle, musulmane, je ne peux pas l'être. Ce ne serait pas rendre justice à cette cause et à la volonté de ce peuple d'avoir une terre et une histoire. Ce 7 octobre est une véritable défaite, parce que ce qu'il disait, c'est on veut la terre pour les Palestiniens avec la noyade pour les Israéliens." (...)
jeudi 2 novembre 2023
Jour des morts
Ce pogrom organisé, répugnant, scandaleux, écœurant, à mille lieues de toute notion d'humanité - les mots manquent - fait penser à l'horreur de la Saint-Barthélémy, au génocide des Tutsis par les Hutus, au massacre d'Oradour-sur-Glane, à celui de Katyn, à tant d'autres. Il aurait dû révulser et révolter la terre entière. Mais il fut célébré par des manifestations de joie en trop d'endroits par le monde. Après tout, Israël l'avait bien cherché, a-t-on trop entendu. Massacrer des innocents semble donc normal s'ils sont juifs.
Dans une lettre ouverte "à tous les humanistes et féministes pour qu’ils ne se taisent plus", publiée récemment dans L'Obs (3), un collectif d'une trentaine de personnalités, essentiellement féminines, appellent "à dénoncer sans réserve les massacres de civils, de personnes âgées et d’enfants commis le 7 octobre, lors de l’attaque du Hamas, et à prendre en compte spécifiquement les violences sexuelles dont les femmes ont été victimes". Elles rappellent les atrocités vécues par tant de femmes et d'enfants, elles rappellent "que la défense des droits des femmes et des enfants est une des valeurs fondamentales de nos sociétés. Que selon le droit international, ils doivent à tout prix rester en dehors des conflits, et que le viol comme arme de guerre est considéré comme un crime contre l’humanité, crime de guerre et instrument de génocide dans les articles 6, 7 et 8 du statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale." Et pourtant, constatent-elles, "trop peu de voix s’élèvent pour dénoncer avec force ce qui s’apparente bien à un pogrom et un « gynocide ». Certains silences sont assourdissants et la justification de ces atrocités par la politique du gouvernement israélien, insupportable. Nous déclarons qu’un viol est un viol. Qu’un violeur, qu’un assassin d’enfant, quelle que soit son origine, sa religion, la cause qu’il défend ne doit jamais être qualifié de combattant de la liberté ou de militant, mais doit être condamné sans équivoque et jugé. La défense du droit des femmes et des enfants n’a pas de frontière, ni d’appartenance. Et la condamnation des actes ignominieux doit être unanime, en Israël, comme en Ukraine, en RDC ou ailleurs. Ce que vivent les femmes et les enfants de Gaza est insoutenable. Mais nous refusons de mettre dos à dos ces tragédies ou de les justifier l’une par l’autre. Seule la dénonciation de ces drames, sans les comparer, pourrait permettre un jour d’aller vers cette paix que nous souhaitons tous. Les droits des femmes et des enfants devront être au cœur des discussions futures, pour assurer un avenir à l’ensemble des populations de la région." Sans condamnation, c'est notre humanité qui est en danger, disent-elles.
(3) https://www.nouvelobs.com/opinions/20231029.OBS80176/lettre-ouverte-a-tous-les-humanistes-et-feministes-pour-qu-ils-ne-se-taisent-plus.html
4) https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/10/15/delphine-horvilleur-face-aux-meurtres-du-hamas-certains-silences-m-ont-terrassee_6194559_6038514.html
dimanche 29 octobre 2023
Besoin d'humanité
L'inhumanité avance. Elle vient de démontrer qu'elle est toujours capable de se surpasser. Le pogrom mené par les terroristes du Hamas en Israël et tous les morts civils dans la bande de Gaza résultant de la riposte israélienne ; la guerre d'Ukraine menée avec un cynisme total par le tueur en série Poutine ; la guerre oubliée du Yemen ; les guerres civiles au Soudan et en Libye ; la guerre que mène l’Azerbaïdjan aux Arméniens ; les infâmes régimes théocratiques d'Iran et d’Afghanistan ; l’islamisme et la terreur assassine qu’il sème autour de lui ; le refoulement des migrants en Méditerranée ; le Sahel aux mains des djihadistes ; la répression qui pèse sur les Ouïghours, les Kurdes, les Yézidis, les Tibétains et tant de minorités ; les murs dressés un peu partout ; le réchauffement climatique et les menaces qu’il fait peser sur la biodiversité et sur la survie des populations, notamment humaines ; tout cela (et le reste, on en passe, on en oublie) nous ferait désespérer de l'humanité.
Face à un contexte mondial aussi lourd et inquiétant, comment ne pas comprendre que tant de personnes, pour survivre - simplement survivre - cherchent à se réfugier dans des pays qu’elles pensent sûrs et démocratiques, où elles pourront trouver asile, être accueillies dignement, se reconstruire ? Mais certains ne peuvent l’admettre et s’opposent, fermés à la notion d’humanité, aux projets de structures d’accueil de demandeurs d’asile. Ce fut encore le cas ce samedi à Bélâbre (1). En défilant dans ses rues, des gens qui n’aiment pas les autres, qui les rejettent par peur, par haine ou simplement par égoïsme, ont participé à l’augmentation de l’inquiétude, à l’avancée de l’inhumanité.
« Je ressens aussi le besoin de dialoguer pour réaffirmer quelque chose de banal qui est l’humanité, face à cette déferlante d’inhumanité qui s’est infiltrée en chacun, dans chaque camp, dans chaque famille. » Kamel Daoud, écrivain algérien, à propos du massacre d’Israéliens par le Hamas et de ses conséquences catastrophiques (L’Obs, 26.10.2023).