vendredi 17 janvier 2025

Enfin ?

C'est peut-être un long cauchemar qui se termine, estime (1) l'historien israélien Elie Barnavi qui exprime aussi son angoisse : l'annonce d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas se concrétisera-t-elle ? Dans l'ensemble, c'est quand même le soulagement qui domine. Mais Netanyahou, dit-il, présente cet accord de cessez-le-feu comme provisoire. Il semble s'aligner sur les positions de ses partenaires d'extrême droite qui veulent que la guerre recommence ensuite.
"Pour Netanyahou, analyse Pierre Haski (2), la situation est ambigüe. D’un côté, il a remporté des succès tactiques importants : il a éliminé Yahia Sinwar, le chef du Hamas ; il a fait payer un prix très élevé aux Palestiniens de Gaza pour le 7 octobre ; et il a en partie détruit le potentiel militaire du groupe islamiste palestinien. Mais il n’a pas atteint l’objectif annoncé initialement d’éradiquer le Hamas : ses membres ont refait surface dès hier (mercredi) soir dans les scènes de liesse qui ont accompagné l’annonce du cessez-le-feu ; survivre était devenu le principal objectif du Hamas." De nombreux observateurs constatent que le projet d'élimination totale du Hamas ne pourra jamais être atteint : plus ses combattants sont tués, plus nombreux sont ceux qui rejoignent les rangs du mouvement terroriste.
Par ailleurs, Netanyahou a cédé sous pression de Trump mais doit gérer ses alliés d’extrême droite qui rêvaient d’une recolonisation de la bande de Gaza.
"Si l’accord est bien mis en œuvre dans toutes ses phases, et c’est un grand « si »…, estime encore Pierre Haski, la phase militaire cèdera donc la place à une phase politique. Avec un grand vide, car rien n’est encore acquis, rien n’est même pensé. C’était la grande faiblesse de Netanyahou depuis le début : il n’avait pas de plan pour le « jour d’après » (...). Ce jour approche, et la nature a horreur du vide. Qui va contrôler Gaza, son administration, sa reconstruction, sa sécurité ?"
Elie Barnavi voit l'Arabie saoudite, le Qatar et l'Egypte gérer la bande Gaza avec l'aide de l'Autorité palestinienne, même si elle est très affaiblie.
En tout cas, "un cessez-le-feu sans perspective politique dans la foulée est la garantie de répétition des horreurs que vient de vivre cette région, affirme encore Pierre Haski. L’absence de solution politique n’efface pas les problèmes, elle les aggrave, c’est la leçon de décennies d’histoire au Proche-Orient trop longtemps ignorée."
On veut croire qu'une paix est possible, enfin possible, mais on repense à ce qu'écrivait le journaliste israélien Amir Tibon dans "Les Portes de Gaza" (3) : "Il n'y a plus de leaders dans ce pays aujourd'hui - ni du côté israélien, ni du côté palestinien. Ils sont remplacés par des psychopathes et des hommes égocentriques : certains d'entre eux rêvent d'une guerre sans fin et de l'anéantissement de l'autre camp, quel qu'en soit le prix ; d'autres sont trop faibles et incapables de s'opposer à ceux qui nous ont tous entraînés dans ce cauchemar. Ils ne se soucient pas le moins du monde de créer un avenir meilleur pour les générations à venir, et encore moins d'assurer la paix, aujourd'hui pour mes filles et leurs amis, ou pour les innombrables enfants qui souffrent des horreurs de cette guerre dans les nouveaux camps de réfugiés de Gaza."

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/grille-programmes?date=16-01-2025
(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-jeudi-16-janvier-2025-6907017
(3) Christian Bourgois éditeur, 2024.

mercredi 8 janvier 2025

Eût pu mieux faire

Un vieux réactionnaire, raciste, antisémite, négationniste, provocateur est mort dans son lit. On attendait fin plus courageuse de sa part. 
(Il est vrai qu'il n'aurait pas pu mourir d'une crise cardiaque. Il faut un cœur pour cela.)

mardi 7 janvier 2025

Besoin de Charlie

"Dix ans après qu’on a décimé sa rédaction, Charlie Hebdo est toujours là, hilarant, insolent, invincible. Comme un pied de nez à tous les prophètes et aux cons qui les adorent", écrit Raphaël Enthoven dans son dernier éditorial dans Franc-Tireur.
Voilà dix ans que deux sombres crétins ont cru "venger le prophète" en massacrant à la kalashnikov une équipe de dessinateurs armés de leurs seuls crayons. 
Charlie Hebdo, ses lecteurs et la société en général y ont perdu quelques personnes à l'intelligence vive et à l'humour mordant : Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Oncle Bernard et d'autres encore sacrifiés par une bêtise ultra-violente nourrie par une lecture guerrière du Coran.
Ils continuent à nous manquer. Personne ne les remplacera. Mais Charlie Hebdo vit toujours et son équipe - un dessin dans le numéro de la semaine dernière en témoigne - s'est rajeunie et élargie. Les violents censeurs ont perdu. Même dans l'opinion publique : elle est plus favorable aujourd'hui qu'hier à la liberté de caricaturer. Un sondage en témoigne dans le numéro spécial qui sort aujourd'hui, tiré à 300.000 exemplaires. 


"Le 7 janvier continue de m’habiter sans arrêt, témoigne la dessinatrice Coco, prise en otage par les terroristes (1). Ce qui est aussi difficile à accepter, dix ans après, c’est le sentiment d’impuissance. Ces gars ont été lâches de s’attaquer à des dessinateurs et à une femme comme moi de 1,61 mètre et de 50 kilos. Il y avait une disproportion en tout. Leur haine, notre pacifisme. Leurs armes, leur monstruosité, et nous qui étions là, avec nos plumes, nos stylos, nos crayons, à défendre des idées, à rire. En voulant tuer Charlie, ils ont pensé imposer leur loi de fanatiques, alors que nous prônions la liberté, de penser et de dessiner. Un vrai choc de civilisations."
C'est pour son combat pour la liberté de penser, pour la laïcité, pour l'universalisme et contre les culs-bénits de tous poils qu'il faut continuer à être Charlie.
"François Cavanna avait défini Charlie Hebdo comme le journal de la raison contre tous les dogmes, religieux, politiques…, rappelle Gérard Biard, rédacteur en chef (2). Charlie est un journal athée, laïque, républicain dans la conception française du terme et un journal de la raison. On s’attaque aux dogmes, et donc, évidemment, au dogme religieux. D’abord parce qu’au XXIe siècle, l’idée de Dieu est communément admise comme une idée au-dessus de toutes les autres. Cela signifie que les croyants ont plus de valeur que les autres citoyens. Concevoir une démocratie comme cela n’est pas possible. Il y a aussi le constat qu’il est impossible de construire une démocratie en basant les lois sur la parole divine. Car le principe fondateur de la démocratie est que toutes les lois peuvent être discutées, contestées, y compris dans la rue. La loi de Dieu, elle, est écrite une fois pour toutes. C’est un outil de contrôle totalitaire de la société."
Défendre Charlie, c'est aussi défendre la démocratie.

France Inter consacre à Charlie Hebdo une journée spéciale aujourd'hui.

(1) https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/01/05/coco-dessinatrice-l-attentat-contre-charlie-hebdo-continue-de-m-habiter-sans-arret_6482089_3246.html
(2) https://www.levif.be/international/europe/france/charlie-hebdo-attentat-contre-charlie-dix-ans-apres-lesprit-charlie-est-toujours-vivant/

mercredi 1 janvier 2025

Rétrospective 2025

2025 aura été l'année la plus chaude jamais enregistrée. Le nombre de vols en avions n'aura jamais autant progressé, de même que les ventes de voitures, de climatiseurs et de téléphones mobiles. Le secteur du tourisme aura connu une ascension fulgurante. Des villes comme Barcelone, Venise ou Prague n'auront plus d'habitants permanents, les seuls à les fréquenter étant les touristes. A l'opposé, les campagnes non instagrammables seront de plus en plus dépeuplées. 
Les pays producteurs de pétrole et de gaz auront vu leur P.I.B. décoller grâce aux besoins en énergies fossiles qui ne cessent d'augmenter.
Les superficies déforestées n'auront jamais été aussi importantes, de même que les ouragans, les incendies et les inondations. Les agriculteurs européens auront repris leurs pratiques d'élevage aux hormones et d'arrosage intensif de pesticides, seuls moyens selon eux de lutter à armes égales contre les importations de viande et de céréales venues de tous les coins de la planète. 

Le gang de milliardaires qui a mis la main sur les Etats-Unis, grâce à ceux qui se sentent abandonnés par le système, aura concrétisé son grand projet de Monopoly mondial (1). Après le Groenland, le canal de Panama et la Canada achetés cette année, il envisage ensuite l'achat de tous les pays où est implantée une base militaire américaine : l'Allemagne, l'Arabie saoudite, Bahreïn, la Belgique, le Burkina Faso, le Cameroun, Cuba, Djibouti, les Émirats arabes unis, l'Équateur, l'Espagne, le Gabon, le Ghana, la Grèce, l'Islande, l'Italie, le Japon, le Kenya, le Kirghizistan, le Kosovo, la Libye, le Mali, l'Ouganda, les Pays-Bas, les Philippines, le Portugal, le Qatar, le Royaume-Uni, le Sénégal, la Somalie, le Tchad et la Turquie. Les pays qui refuseraient cette offre seront "fired". Ubu Trump a promis à ses fans énamourés un petit pas de danse à chaque conclusion de contrat.

Plus un bâtiment ne tiendra debout dans la bande de Gaza et tous les otages israéliens auront été tués par le Hamas. L'Ukraine n'existera plus, la Géorgie et la Moldavie non plus. Ces pays auront à présent été intégrés à l'URPPPE, l'Union des Républiques Populaires Poutiniennes pour l'Eternité.  

L'ONU aura supprimé, par respect de la diversité culturelle, la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Elle aura été remplacée par des déclarations locales des droits de l'individu quels que soient son âge, son sexe, son genre, sa couleur de peau, sa race, ses origines et sa religion. Elle se résume en une phrase : "chacun.e a tous les droits et merde aux autres".

La Belgique ne désespère pas d'avoir un gouvernement fédéral d'ici quelques semaines. Elle l'attend depuis 570 jours. La France aura connu quatre gouvernements cette année, aucun n'ayant la majorité à l'Assemblée nationale, faute de volonté de dialogue entre les partis. Chacun aura été censuré à son tour : celui de Christine Boutin, celui de Gérard Larcher, celui de François Hollande et en toute fin d'année celui de Sandrine Rousseau dit gouvernement en non-mixité (composé exclusivement de femmes décoloniales). Une tentative inédite vient de voir le jour : un gouvernement avec deux premiers ministres : Jordan Bardella et Mathilde Panot. Si l'un des deux est désavoué, restera toujours l'autre, pronostiquent-ils. A suivre.

Mon conseil : cultivez votre jardin et vivement 2026 !

(1) https://www.lefigaro.fr/international/une-necessite-absolue-donald-trump-reitere-son-souhait-de-prendre-le-controle-du-groenland-20241223
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_bases_militaires_des_%C3%89tats-Unis_dans_le_monde

dimanche 29 décembre 2024

Refuser l'obscurité

Boycotter et censurer sont aussi à la mode que insulter et annuler. Triste époque, dirait-on au risque de passer pour un vieux con. On le serait plus encore si on disait O tempora, o mores. Disons-le sans crainte au point et à l'âge où nous en sommes.
Le problème de la censure est que chacun appelle à l'exercer contre le camp d'en face, tout en s'indignant que ceux du sien puissent en être victimes.

Heureusement, on se rend compte qu'on est loin d'être seul à soupirer.
Par exemple, en écoutant hier Christophe Bourseiller sur France Inter (1) qui rappelait l'importance de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, roman qui évoque un futur dystopique où le savoir est rejeté le savoir, la mémoire annihilée et les livres brûlés. Bourseiller y voit un livre prémonitoire repensant, notamment, à la campagne d'épuration littéraire qui, en 2019 au Canada, a vu la bibliothèque d'une trentaine d'écoles catholiques détruire près de cinq mille livres "dans un but de réconciliation avec les nations premières". Ont ainsi disparu des albums d'Astérix, de Tintin, de Lucky Luke et tant d'autres. L'initiatrice de la campagne a même organisé, toujours sous couvert de bienveillance, une cérémonie de "purification par la flamme".  Une trentaine de livres ont été brûlés dans un but "éducatif". On n'était alors pas loin du concept d'art dégénéré qui a amené les nazis à pratiquer des autodafés. Pas loin non plus des pratiques de l'Inquisition.

On se réjouit aussi en lisant que, sous l'impulsion notamment du sympathique et toujours militant Sam Touzani, artiste citoyen, 530 artistes belges, issus de toutes les disciplines, ont signé une carte blanche récemment publiée dans Le Soir, dans laquelle ils s'opposent aux boycotts culturels des institutions et des artistes israéliens. "Une vieille recette qui promet tout, en ne résolvant rien. Sous prétexte de solidarité, on réclame aujourd’hui que des ponts culturels soient détruits par le bulldozer du moralisme. Nous, citoyens libres et artistes, refusons de céder à ce mirage dangereux. Boycotter les institutions culturelles et les artistes israéliens pour défendre la cause palestinienne ? Un raccourci séduisant, certes, mais derrière la rhétorique enflammée, ce geste refuse d’affronter la complexité et choisit la facilité de l’exclusion."
Les signataires rappellent que ce boycott vise les institutions culturelles, prétendument au nom de la justice, institutions qui constituent autant d'espace de rencontre où peuvent se croiser et même s'affronter des voix multiples, y compris les plus critiques. "Boycotter ces espaces, c’est museler précisément ceux qui osent défier les dogmes, dénoncer les injustices et rêver d’un autre monde." Briser une boussole, éteindre la lumière n'a jamais aidé à mettre fin à une guerre ou à une injustice.
Et puis, la censure est une spirale sans fin. "Imaginons un instant appliquer la logique du boycott culturel à d’autres nations. Les artistes chinois ? Écartés, car Pékin n’incarne pas vraiment un modèle de libertés. Les Russes ? Boycottés, histoire de prolonger la guerre froide. Et que dire des Iraniens, des Afghans ou des Syriens ? Adieu la poésie persane, le cinéma iranien et la littérature afghane, car leurs gouvernements échouent au test démocratique. Le Maroc, la Tunisie, l’Algérie ? Pas exactement des phares de démocratie. Et que dire encore de l’extrême droite en Hongrie ou en Italie ? Jusqu’où pousser cette logique absurde, où chaque nation est tour à tour exclue pour les péchés de son gouvernement, confondant nations et individus, États et œuvres ?"
"Ce dont le monde a besoin, affirment encore les signataires, ce n’est pas de murs culturels, mais de ponts solides. La paix ne se construira jamais en fermant les portes, mais en les ouvrant, même aux idées qui nous dérangent. En dynamitant les ponts culturels, on ne fait pas pression sur les oppresseurs : on étouffe les opprimés. En croyant dénoncer l’injustice, on la perpétue."

De son côté, Sam Touzani ajoute ceci : "Quoi que vous pensiez du conflit au Proche-Orient, quel que soit votre degré d’implication ou d’indifférence, sachez ceci : boycotter des artistes israéliens n’est pas un acte de résistance, mais une erreur tragique. Boycotter des artistes, c’est étouffer les voix qui, souvent, portent elles-mêmes des messages de justice et d’ouverture. Des horreurs du pogrom du 7 octobre 2023 à la tragédie qui se joue à Gaza, les souffrances humaines nous rappellent une vérité essentielle : face à ces tensions, la meilleure posture est claire : empathie pour tous, aveuglement pour personne". (...) "Je défends depuis toujours la solution de "deux peuples, deux États", vivant côte à côte dans une paix juste et durable. Mais cette paix restera une chimère tant que les héritiers des assassins d’Itzak Rabin et d’Anouar El Sadate dicteront l’histoire de ce confetti, un territoire qui, sans être Israël, n’attirerait guère plus d’attention que le Soudan. Seul un leadership dépassant la haine, éclairé et ouvert aux artistes, pourra œuvrer à la paix."
Et il invite à agir, "non contre quelqu’un, mais pour quelque chose de plus grand. Signez, partagez cette pétition, et faites entendre une voix de résistance créative" :

Il y a des jours où on est content de ne pas être à la mode. Même peut-être d'être un vieux con. Mais heureux de l'être parmi tant d'autres.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/ce-monde-me-rend-fou/ce-monde-me-rend-fou-du-samedi-28-decembre-2024-1361015


mardi 24 décembre 2024

L'enfant et l'inhumanité

On pense à ces braves gens qui se sont opposés à l'ouverture à Bélâbre d'un centre d'accueil de demandeurs d'asile. Aujourd'hui, ils triomphent alors que le projet est enterré (1). On a gagné, se réjouissent-ils. Que gagne-t-on en fermant des portes ?
Combien parmi eux iront à la messe de Noël se prosterner devant la représentation d'un enfant né dans une étable parce que ses parents ont été chassés de partout et que d'autres braves gens les ont repoussés parce qu'ils sont étrangers ? (2)
Depuis deux mille ans (et plus sans doute), c'est toujours la même histoire : celle qui oppose des gens qui ne veulent pas d'histoire à d'autres qui ont une histoire douloureuse.

On pense à ce manuscrit de Shakespeare, rédigé dans les années 1590, un monologue qui parle de la condition des réfugiés qui affluaient à Londres suite aux guerres de religion qui déchiraient l’Europe. Dans la pièce dont il est tiré (écrite par plusieurs mains), Thomas More, alors sheriff de Londres, répond à une foule qui se déchaîne contre les étrangers (un fait historique survenu le 1er mai 1517).

“Imaginez le spectacle de ces malheureux étrangers / Leurs bébés sur le dos, avec leur misérable baluchon / Marchant péniblement vers les portes et les côtes pour être déportés / Imaginez que vous trôniez, vous, monarques de vos caprices, / L’autorité de l’Etat rendue muette par vos vociférations, / Drapés dans votre bonne conscience ; / Qu’auriez-vous obtenu ? […] / Vous auriez montré que l’ordre pouvait être bafoué et, selon cette logique, / Pas un de vous ne devrait atteindre un grand âge / Car d’autres voyous, au gré de leurs caprices, Avec les mêmes mains, avec les mêmes raisons et au nom du même droit, / Vous attaqueront comme des requins et les hommes, comme des poissons voraces, / Se dévoreront entre eux. Si vous alliez en France ou en Flandres, dans une province allemande, en Espagne ou au Portugal, vous seriez les étrangers, seriez-vous contents / De trouver un peuple de tempérament aussi barbare / Qu’explosant en atroce violence / Ne vous donnerait pas d’abri / Vous mettrait le couteau à la gorge / Vous méprisera comme des chiens / et comme si Dieu ne vous avait pas aussi créés / Et comme si vous n’aviez pas le droit de demander de l’aide  / Que penseriez vous d’être ainsi traités ? / Ceci est le cas de l’étranger / Et ça, votre colossale inhumanité.”

(1) (Re)lire sur ce blog : 
https://moeursethumeurs.blogspot.com/2024/12/entre-soi.html
(2) (Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2023/04/le-chaos-dans-leurs-tetes.html

dimanche 22 décembre 2024

Le temps des rustres

Les grossiers personnages ont le vent en poupe. On le voit avec le succès des extrêmes, à droite comme à gauche. On le voit avec le retour au pouvoir d'un Trump aux Etats-Unis, l'accession d'un Millei en Argentine. On le voit avec Orban, avec Erdogan, avec Salvini, avec tant d'autres.
On le voit aussi avec le nouveau président géorgien, connu pour ses propos obscènes (1). Il n'est  pas élu au suffrage universel direct, mais par un collège d’électeurs, contrôlé par le parti au pouvoir, Rêve géorgien. L'actuelle présidente, pro-européenne, Salomé Zourabichvili, annonce qu'elle ne quittera pas sa fonction tant qu'il n'y aura pas de nouvelles élections législatives. Elle estime, comme l'opposition, que le scrutin du 26 octobre dernier, dont les résultats ont octroyé un quatrième mandat à Rêve géorgien, a été "truqué" avec l’aide de la Russie. Le très probable futur président, Mikheïl Kavelashvili, est un ancien footballeur dont la candidature en 2015 à la présidence de la Fédération de football avait été refusée parce qu’il n’avait pas suffisamment de diplômes. Il ne parle aucune langue étrangère. Il n'est pas assez bon pour être président de la fédération de foot mais assez pour présider le pays. Ses discours devant le Parlement sont souvent pleins d’obscénités et alignés sur les idéologies d’extrême droite, affirment ses opposants. Certains affirment que ceux qui l'ont nommé à ce poste l'ont fait par provocation, si contents de nommer président un rustre. Comme un bras d'honneur à la démocratie et à la civilité .

Vladimir Poutine est d'un autre style de rustre, entre ado provocateur et vieux dément. Il y a quelques jours, lors de sa conférence de presse annuelle - qui consiste toujours pour lui en une interminable logorrhée - il a proposé aux Occidentaux "une sorte de duel technologique du XXIe siècle". Roulant des mécaniques, le Rambo russe a déclaré : "Que l’on se mette d’accord sur une cible, par exemple à Kiev, qu’ils y concentrent toutes leurs forces de défense aérienne et antimissile, et nous frapperons là avec l’Orechnik (le nouveau missile russe de moyenne portée qu'il présente comme inarrêtable). Menons une telle expérience, un tel duel technologique et voyons ce qui se passe. C’est intéressant. Je pense que cela sera utile à la fois pour nous et pour les Américains." Le voilà dans une cour de récréation : "tu ne pourras pas m'attraper-er !". 
"Les gens meurent, et il trouve ça intéressant. Quel con", a réagi Volodymyr Zelensky. Son chef de cabinet, Andriy Iermak, avait, lui, traité Vladimir Poutine de "vieux crétin ayant perdu la boule". 
Poutine a toujours ressemblé à un serpent froid et imperturbable, le voilà en gorille se frappant la poitrine pour intimider ses adversaires. Le voilà en tsar des rustres.

Je ne suis qu'un serpent
Et de murs en murs
De prairie en prairie
Je perpétue mes hécatombes
D'ailleurs je mange les œufs de colombe
Bertrand Belin, Oiseau.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/14/georgie-le-parlement-largement-considere-comme-illegitime-elit-comme-president-du-pays-le-prorusse-mikheil-kavelashvili_6447488_3211.html
(2) https://www.courrierinternational.com/article/guerre-en-ukraine-un-fou-furieux-vladimir-poutine-propose-un-duel-de-missiles-a-kiev_225936


vendredi 20 décembre 2024

Entre-soi

Il fut souvent question ici du projet d'un Centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) à Bélâbre, village du sud-ouest de l'Indre. Porté par la commune, le projet était vivement combattu par une partie de la population locale soutenue par l'extrême droite (RN et Reconquête), tandis qu'une autre partie défendait le projet au nom de la devise de la République française et en particulier de la fraternité.
Le Préfet de l'Indre vient d'enterrer définitivement le projet. "La société Viltaïs, qui avait répondu à l’appel du projet de l’État, rencontre de grosses difficultés financières. C’est la cause première de l’abandon du projet", explique dans la Nouvelle République (1) le maire Laurent Laroche.
Du côté des anti, on triomphe. "On a gagné", se rengorgent-ils. Parmi eux, les patrons de la supérette du village qui, à la NR, "se disent « fiers » de « cette victoire qui est la nôtre, au sein de l’Union bélâbraise ». Ils balaient d’un revers de la manche « l’excuse invoquée d’un manque de moyens de l’association Viltaïs pour justifier l’abandon du projet. La réalité, c’est qu’on s’est battu pour que ce projet qu’on a voulu nous imposer, ne voit pas le jour. Et on a gagné. Peu de communes ont réussi ce qu’on a fait », soulignent Frédéric et Patricia Fassiaux qui digèrent difficilement de s’être vus « catalogués d’extrémistes de droite » et de « racistes »." 
Leur fille, elle, s'affiche moins hypocritement : elle campe solidement à l'extrême droite. Elle qui avait pris la tête de ce combat des grognons, entend mener une liste du Rassemblement national aux prochaines élections municipales. 
Les patrons de la supérette ne sont pas racistes puisqu'ils ont une pensée émue pour les Mahorais. Et plus encore "« Nous ne sommes pas dans le rejet des autres. Au contraire, on est prêts à aider tout le monde : c’est d’ailleurs ce qu’on fait pour Mayotte », indique Patricia Fassiaux en montrant le chariot contenant la collecte alimentaire organisée au profit des sinistrés mahorais." (1).
Allez, encore un petit effort de charité bien chrétienne pour les pauvres et demain ils seront prêts à accueillir à Bélâbre des réfugiés mahorais. Après tout, Mayotte, c'est la France.

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/a-belabre-les-visions-de-laurent-laroche-et-de-ludivine-fassiaux-s-opposent-toujours-apres-l-abandon-du-projet-de-cada

mardi 17 décembre 2024

Jammerlijk

Pauvre homme ! On le plaint amèrement. Alors que son train était à Vilvoorde, ce voyageur de la NMBS (la SNCB en néerlandais) a été salué par un Goeiemorgen ! Bonjour ! prononcé par l'accompagnateur du train. La convivialité ne colle pas toujours avec les règles belges. Et les règles linguistiques belges veulent, depuis une loi du 18 juillet 1966, que les annonces dans les trains soient toujours faites dans la langue de la région où se trouve le train. Or Vilvoorde se trouve en Région flamande. Le voyageur a donc déposé plainte. (1) Ce bonjour francophone a profondément heurté ce pauvre homme. Peut-être sa journée en a-t-elle été totalement perturbée. 
Se plaint-il quand en gare de Lille, ville d'un pays où la seule langue officielle est le français, les informations à destination des voyageurs flamands sont faites en néerlandais ? (2)

Me revient un billet écrit il y a bien longtemps (3) :
"Dans le train Mouscron - Bruxelles, lors de ses (seuls) arrêts à Herseaux, Tournai, Leuze et Ath, les annonces aux voyageurs se font en français. Mais dès l'entrée en terre bruxelloise (et sans que le train ne se soit arrêté depuis Ath), le chef de train devient bilingue. Au cas, peut-être, où de clandestins néerlandophones auraient investi le train lors de son passage en gare de Hal (où il ne s'arrête pas). Que faut-il en conclure ? Que le voyageur flamand qui aurait embarqué en gare francophone n'a qu'à comprendre le français ? Et qu'il n'a droit à sa langue natale que quand celle-ci correspond avec le sol ? Que c'est la loi du sol qui prime? Il faut surtout en conclure que le ridicule n'a jamais empêché les trains de rouler et que la Belgique est un pays qui pratique d'étranges rites, vides de sens. C'était ma rubrique Avec la SNCB, gagnez un voyage en absurdie." 

(3) https://moeursethumeurs.blogspot.com/1996/05/petite-chronique-periscopique.html

samedi 14 décembre 2024

Tous fascistes

La députée écologiste Sandrine Rousseau a un avis cinglant sur tout et tout le monde et ne se prive jamais de le donner. Même quand on ne lui demande pas. Grande prêtresse de la morale (la sienne), elle flingue qui ne pense pas comme elle. En fonction de ses critères, prioritairement féministes et décoloniaux. Récemment (1), elle s'en est pris à Boualem Sansal, l'écrivain emprisonné par le gouvernement algérien pour avoir le grand tort d'être un esprit libre. Elle commence par contester son emprisonnement, avant d'ajouter un mais. "Je voudrais aussi poser que les propos et les positions tenus (par Boualem Sansal) sont des propos relevant de l’extrême droite" et aussi "d’une forme de suprémacisme". "Le suprémacisme, c’est quand même l’idée qu’il y a des civilisations qui sont supérieures aux autres. C’est précisément ce qui va nous emmener dans le chaos." On ne sait en quoi des propos qu'a pu tenir Sansal sont d'extrême droite et suprémacistes, mais on comprend que Sandrine Rousseau estime qu'un écrivain algérien doit s'exprimer selon les critères qui sont les siens à elle et doit respecter son gouvernement même s'il s'agit d'une dictature. Un point de vue de colonisateur totalement opposé à ce qu'elle défend : c'est elle, française, qui dicte à un écrivain franco-algérien comment il doit se comporter. S'en rend-elle compte ? A-t-elle lu le moindre roman de Sansal ? A-t-elle compris que les critiques de l'islamisme qu'on peut y lire sont très féministes ? Mais Rousseau défend le port du voile - ce vêtement qui empêche les femmes d'exister - au nom du respect de l'identité. Elle apparaît finalement comme une coloniale anti-féministe qui s'ignore. En accusant Boualem Sansal de manière aussi clash, Sandrine Rousseau soutient la dictature algérienne. Rousseau, fasciste !

A l'Université Libre de Bruxelles, l'université de la libre pensée créée pour combattre « l'intolérance et les préjugés » en répandant la philosophie des Lumières, des cercles étudiants se sont récemment opposés à une soirée-débat avec Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur, et Louis Sarkozy, fils de. "Pas de fachos sur notre campus", clamaient les opposants à la soirée. On n'est pas sûr que l'un et l'autre aient eu grand-chose d'intéressant à dire, mais on est sûr qu'ils sont tous deux très à droite. Sont-ils pour autant fachos ? Ces étudiants n'acceptent-ils de débattre qu'avec ceux qui pensent comme eux ? Sont-ils incapables d'opposer des arguments ? Etudiants, fascistes !

Pour beaucoup de militantes et de militants intersectionnels, le système patriarcal est blanc, forcément et exclusivement blanc. Ils refusent de voir qu'il n'est pire patriarcat aujourd'hui que les religions sous leur forme intégriste et en particulier la religion musulmane qui dans ses dérives politiques force les femmes à se voiler la tête quand ce n'est pas le corps entier. Soutenir le port du voile ou de la burqa est une attitude très sexiste et même raciste qui témoigne d'un profond mépris pour les femmes afghanes, iraniennes, pakistanaises et autres. Ce sont les mêmes souvent qui soutiennent, ou au moins ferment les yeux sur leurs dérives, l'extrême droite islamiste et les régimes les plus violents de la planète sous prétexte qu'ils sont les ennemis des Etats-Unis. Intersectionnels, fascistes !

C'est la mode aujourd'hui : traiter qui ne pense pas comme vous de fasciste ou le classer à l'extrême droite. Une réaction fainéante qui ne vous oblige pas à l'analyse ni à la nuance et qui fait perdre aux mots leur sens. Nous voilà donc tous fascistes puisque nous nous retrouvons toujours, inévitablement, face à des gens avec qui nous sommes en désaccord.
Chez moi, j'ai supprimé tous les miroirs. Je crains d'y croiser le visage d'un fasciste. 

(1) https://www.lefigaro.fr/culture/pour-sandrine-rousseau-boualem-sansal-n-est-pas-un-ange-20241211