lundi 30 avril 2012

Authentiquement simplets

"Le 1er mai est une fête authentiquement libérale", affirme Charles Michel, président du M.R. (1). On peut réécrire l'Histoire, on n'y changera rien. Si les travailleurs fêtent le travail le 1er mai, c'est en souvenir de la réussite du combat des syndicats américains qui, le 1er mai 1886, obtenaient, de haute lutte, la journée de huit heures pour 200.000 travailleurs. D'autres travailleurs ont continué à se battre pour bénéficier des mêmes droits. Le 3 mai 1886, la police tuait trois manifestants à Chicago.
Cinq ans plus tard, le 1er mai 1891, lors d'une manifestation à Fourmies, dans le Nord de la France, l'armée tirait à bout portant sur la foule. Bilan: dix morts, dont huit avaient moins de vingt-et-un ans.
On voit par là que Charles Michel, quand il veut récupérer la Fête du Travail, confond 1er avril et 1er mai et perd une occasion de se taire. On serait libéral, on se ferait discret.
Nicolas Sarkozy est dans le même état d'esprit. Son premier mai sera la fête "du vrai travail". "Le vrai travailleur, c'est celui qui a construit toute sa vie sans rien demander à personne", explique Sarkozy. Sarkozy exhorte aussi ses supporteurs: "aidez-moi, j'ai besoin de vous". On voit par là que Nicolas Sarkozy ne répond à sa définition et n'est pas un vrai travailleur. Juste un "assisté".

(1) Le Soir, 30 avril 2012

jeudi 26 avril 2012

La gangrène s'étend

La France sent mauvais. Un policier est mis en examen pour "homicide volontaire".  Ses collègues manifestent. Le président-candidat-président les soutient avec la virulence qu'on lui connaît. Il demande au parquet de faire appel. Il est pour la "présomption de légitime défense" des policiers. Le président, qui a vécu, vit et vivra dans des quartiers difficiles (c'est ce qu'on croit comprendre de son discours) (1) estime que les habitants de ces quartiers doivent pouvoir vivre en paix. Il suscite l'enthousiasme chez ses supporteurs qui eux aussi, sûrement, vivent la même situation, à Neuilly ou dans le XVIe, par exemple. Et puis l'homme abattu était un récidiviste, en liberté conditionnelle. Bref, un criminel. Où est le problème? Le Ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, soutient et la police et son président. Même s'il comprend que la magistrature (qui rappelle qu'on ne peut confondre mise en examen et condamnation) s'offusque de ses réactions, il trouve qu'elle a tort. On ne touche pas à la police.
Un des grands principes d'une démocratie est la séparation des pouvoirs. L'exécutif n'a pas à intervenir dans les décisions du judiciaire. Entre ces deux tours des élections, la France de Sarkozy semble être un peu moins démocratique.
Le Sarkozy court derrière La Le Pen. Il l'estime d'ailleurs compatible avec la république. Les vrais vainqueurs du premier tour sont bien les Le Pen, fille et père. L'une sourit, arrondit les angles, s'offusque des propos outranciers de son père: oui, le parti est bien dédiabolisé, entendez normalisé; l'autre rassure la vieille garde facho par ses propos à l'humour plus que douteux et aux références honteuses: oui, le parti reste bien celui du diable.
Marine Le Pen sait que la séduction paye. Son résultat au premier tour n'est guère surprenant. Dans le spectacle-animation "Elise et nous", qui met en scène trois candidats aux élections - dont une représentante du Bloc national, les scores de cette dernière (le public vote en fin de débat) ont énormément progressé depuis que la comédienne joue plus à la Marine: texte inchangé, mais dits plus doucement et avec le sourire. Elle a bondi de 10 à 25%.
Marine Le Pen peut aussi remercier Nicolas Sarkozy qui lui a ouvert une voie royale. En supprimant la police de proximité, remplacée par une police de répression (2), il n'a fait qu'empirer le problème de la sécurité. En supprimant des milliers de postes dans l'éducation, il témoigne de son mépris pour la jeunesse et l'avenir. Moins les électeurs sont instruits, et donc capables de critique, d'analyse et de distance, plus ils vote(ro)nt pour le Front national. En mettant en avant le moindre fait d'insécurité, en courant prendre dans ses bras les victimes, en pointant du doigt les Roms et les sans-papiers, Nicolas Sarkozy a ouvert un boulevard à l'extrême droite. "(Le succès du FN) se résume pour moi en une phrase, explique Manuel Abramowicz (3): c'est l'échec de la copie et la victoire de l'original."
La transformation du FN n'est que leurre. On a ravalé la façade, repeinte en blonde. Mais dès qu'on pousse la porte du F Haine, l'odeur reste la même: mélange d'odeur d'égout et de renfermé. Le programme sent le rance, la nostalgie, le patriotisme anti-dreyfusard est devenu anti-musulman. Les mensonges et les déformations sont devenus des habitudes. Marine Le Pen stigmatise "l'invasion migratoire", "en chiffrant à 6 millions le nombre de titres de séjour accordés à des immigrés en vingt ans, alors que l'INSEE l'évalue autour de 2 millions, sans même tenir compte des immigrés retournés dans leur pays d'origine". (4) Quand Marine Le Pen proclamait haut et fort que la France devait quitter la zone euro pour revenir à ce bon vieux franc (un point de son programme disparu de ses tracts depuis que des commerçants et les PME lui ont fait comprendre que ce projet était ridicule et dangereux), elle estimait que cette sortie de l'euro ne conduirait qu'à une dépréciation nationale de 9,7%, "alors que les économistes les plus favorables à l'abandon de la monnaie européenne évoquent, eux, une dévaluation de 20 à 30% et que les économistes libéraux de l'Institut Montaigne pronostiquent une baise de 50%". (4) Mieux valait donc parler de la viande halal, en manipulant, une fois encore, les chiffres.
Le FN a beau se teindre en blonde, "il reste autoritariste, dirigiste, pour le contrôle sur les libertés, avec juste un zeste de modernité", estime Manuel Abramowicz (3).
En attendant, ce parti de braves patriotes sème ses métastases à droite. "Le patriotisme est l'ultime refuge des canailles", estimait l'écrivain anglais Samuel Johnson (5). C'était au XVIIIe siècle. Celui des Lumières.

(1) Journal parlé, 13h, France Inter, 26 avril 2012
(2) lire sur ce blog "Le regard qui tue", 27 mars 2012
(3) LLB, 24 avril 2012
(4) Marianne, 14 avril 2012
(5) cité par John Irving dans son (excellent) dernier roman: "Dernière nuit à Twister River", (Seuil 2011)

vendredi 20 avril 2012

Retour(s) de campagne 2

"Je parle au cortex, pas aux tripes", déclare Eva Joly (1) qui a bien compris que le choix, aux élections présidentielles surtout, est émotionnel. On demande aux candidats du rêve et de la vibration, pas du rationnel. Eva Joly, aussi respectable, rigoureuse et intéressante soit-elle, ne dégage pas de good vibrations.
"Je me méfie instinctivement des gens qui se donnent pour mission de me faire rêver", écrit Jacques Julliard (2). "Je trouve proprement ineptes les appels permanents à l'irrationnel, sous prétexte que, sans lui, on s'ennuie. Imbéciles, mais c'est vous qui obligez les candidats à promettre sans arrêt, à mentir toujours plus de crainte de vous décevoir", ajoute l'éditorialiste qui soutient François Hollande.

La problématique de l'environnement et donc l'avenir de la planète n'auront pas été au coeur des débats durant cette campagne. Sans doute ne font-ils pas rêver. Mais entre PS et UMP, quelles différences dans ce domaine? C'est toujours la voie d'un développement dépassé qui est privilégiée. "L'environnement, ça commence à bien faire", avait déclaré l'énervé président. Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes, chef de groupe PS à l'Assemblée nationale, cité parmi les possibles premiers ministres, défend bec et ongles, son projet d'aéroport du Grand Ouest. Il est prévu depuis 1964, il n'y a aucune raison de ne pas le concrétiser enfin sur près de 1500 hectares (dont 800 de béton). Au mépris de toutes les règles et de tous les problèmes environnementaux et énergétiques actuels. Dans une tribune du Monde, il parlait des opposants comme de "partisans de l'immobilisme" et d'un "modèle social basé sur le refus de toute forme de progrès et le repli sur soi!" (3).
Des militants du Ps belge se sont rendus en car au meeting de François Hollande ce mardi à Lille. Ils chantent l'Internationale. Elle n'avait pas mérité cela. C'est faux, très faux (4). On regrette le temps où les socialistes chantaient "Le chiffon rouge" de Michel Fugain. Cette gentille chanson convenaient mieux au projet révolutionnaire socialiste.

Le journaliste américain Philip Gourevitch ne s'étonne pas que très (très) peu d'Américains sachent que des élections présidentielles se préparent en France, moins encore que personne là-bas ne connaisse le nom de François Hollande. "Cela prouve qu'ils se font finalement une idée très juste de l'élection, écrit-il. Parce qu'au fond il n'y a qu'un candidat dans cette campagne, et c'est le président sortant. Si Hollande l'emporte, ce ne sera pas parce qu'il est désiré, mais parce que Sarkozy est devenu indésirable. (...) Sarkozy est lui-même son unique adversaire." (6)

Marine Le Pen qualifie certains de ses adversaires d' "affreux soixante-huitards attardés" (5). Venant d'une répugnante extrémiste retardée, le compliment vaut son pesant de bêtises.
Le mot de la fin à Caroline Fourest et Fiammetta Venner, à l'adresse de celles et ceux qui seraient tentés de voter pour la candidate du FN. "Ceux qui souhaitent se défouler peuvent faire du sport. Ceux qui veulent envoyer un message n'ont qu'à militer dans des associations. Voter Front national relève de la facilité. Ce geste aggrave la situation au lieu de résoudre les problèmes. Ceux qui choisissent quand même de voter FN ont une pointe d'infantilisme dans le cœur. Il  faut être un grand enfant pour croire que l'on peut tout avoir: la sécurité d'un Etat fort et payer moins d'impôt, l'immigration zéro et la retraite à 60 ans. En bon parti démagogique, le FN leur promet. Il  faut avoir le courge de leur dire qu'il leur ment. Et qu'ils doivent choisir: vouloir la retraite à 70 ans (sans immigration) ou la retraite plus tôt mais accepter l'immigration. Si nous avons besoin de l'immigration, il faut bien l'intégrer. Mais comment convaincre les nouveaux citoyens de se sentir pleinement citoyens si le FN monte? La xénophobie défait l'intégration, donc la cohésion." (7)

(1) JT de France 2, 19 avril 2012
(2) Marianne, 7 avril 2012
(3) Tribune publiée dans Le Monde du 15 février 2011, citée dans Télérama, 28 mars 2012
(4) JT RTBF, 18 avril 2012
(5) Journal parlé de 13h, France Inter, 20 avril 2012
(6) Télérama, 18 avril 2012
(7) C. Fourest et F. Venner: "Marine Le Pen - biographie", Grasset 2012

voir aussi www.youtube.com/watch?v=BnYmV8WoTFg

mardi 17 avril 2012

Retour(s) de campagne 1

Installons-nous dans la campagne française. Asseyons-nous et observons ce qui s'y passe. Un coucou joue les réveille-matin; il a dû s'installer dans le nid des autres. Un vieux renard se plante devant nous, il nous regarde droit dans les yeux. Puis, brusquement, il fait demi-tour. Un héron nous survole; il pousse des cris. Une grenouille avance à petits sauts; elle semble se croire aussi grosse que le boeuf du pré voisin. Un chevreuil franchit une clôture, insaisissable. Un rapace nous survole; il trace de grands cercles, guettant ses proies. Les moutons sont nombreux; ils paissent tranquillement.

Mais où est cette campagne électorale française, hors des médias audiovisuels? Se promenant dans le centre de la France, entre Creuse et Vienne, on voit des panneaux vides d'affiche. Parfois l'une ou l'autre de Mélenchon. Aucune autre. Sinon une affiche du candidat Sarkozy aveuglé par deux autocollants du Front de Gauche. Sur le marché d'un petit bourg, cinq ou six militants qui soutiennent François Hollande devisent entre eux, se soucient peu des passants. Une militante des Verts parvient à surmonter son pessimisme et, seule, distribue le programme d'Eva Joly. La France profonde est loin de l'Elysée.

La mère Le Pen (qui est aussi la fille) est à la traîne dans les sondages. C’est de leur faute. Un sondeur ne donnant de bons sondages est un mauvais sondeur. Pour chaque pourcentage supplémentaire qu’elle obtiendra (elle en est convaincue), elle demande que les directeurs des instituts de sondage lui versent un mois de leur salaire. Elle reversera ces sommes à des organisations de bienfaisance. Madame a ses pauvres et ses œuvres. Elle ne s’estime pas reconnue à sa juste valeur. Mais peut-on être aimée quand on n’est pas aimable ? Pendant ce temps, quatre militants du FN, dont le secrétaire départemental du FN de la Haute-Vienne, ont été arrêtés pour avoir menacé les consommateurs d’un bar à Limoges. Armés d’une batte de base-ball, d’une matraque et d’un couteau, ils ont insulté les personnes présentes, les ont traités de « sales communistes » et de « petits-bourgeois ». Ils ont une excuse : ils sortaient d’une réunion du Front National (1). Marine Le Pen n’a pas de chance, elle est mal entourée. Elle oscille entre Calimera et Cruella.

Nicolas Sarkozy sera un autre président, un président différent. Il l’affirme la main sur le cœur. « C’est comme dire à sa femme, Je te promets, je vais changer, écrit Sandrine Blanchard dans Le Monde. Sous-entendu : Je ne serai plus le même. Laisse-moi une deuxième chance. J’ai vieilli, je ne cache pas mes cheveux blancs, je me suis apaisé, je te comprends mieux. » (2) Et s’il fut un président bling-bling, ce n’est pas de sa faute, mais celle de son ex-femme, Cécilia, c’est elle qui a organisé la soirée au Fouquet’s, elle qu’il a essayé de reconquérir sur le yacht de Bolloré. Donc, Nicolas Sarkozy a changé. C’est finalement ce qu’il fait de mieux, changer d’avis. « Les élections sont comme une thérapie pour lui, ça lui donne l’occasion de se transformer. Il devrait annoncer dans son prochain meeting : Cette fois-ci, pour changer, je ne changerai pas. », écrit Mathieu Lindon dans Libération (3), « D‘habitude les candidats disent Voilà ce que je ferai, lui en est réduit à dire Voilà ce que je ne ferai plus. Tout le monde veut être l’anti-Sarkozy, même Nicolas Sarkozy. Il va finir par lâcher : On n’en serait pas là si j’avais été président ces dernières années. »
Il a changé, mais continue à gesticuler, "ivre de lui-même" (5). « L’énergie dont il fait preuve dans la dernière ligne droite ressemble à bien des égards à de l’agitation », écrit Paul Quinio (4) "La France est à la recherche de quelqu'un qui mette le pays en mouvement et pas seulement lui-même", écrit Der Spiegel (5).
A dix-huit jours du premier tour, il présente enfin son programme. Si tant est qu'il en ait un. Un jour, il est européen. Le lendemain, il est eurosceptique. Un jour, il soutient les grandes fortunes; le lendemain, il veut les taxer. Il est "le président qui veut être roi", mais qui n'est que "un homme sans vraie conviction politique" (5).

A suivre.

(1) Libération, 4 avril 2012
(2) Le Monde, 12 avril 2012
(3) Libération, 7 avril 2012
(4) Libération, 10 avril 2012
(5) "De president die koning wil zijn", repris dans Knack, 21 mars 2012

lundi 16 avril 2012

Une page de publiphobie

Vacances en France. On se désintoxique de la télé et on écoute plus quotidiennement encore que d'habitude France Inter. On ne s'étendra pas ici sur la qualité - indéniable - des programmes de la chaîne généraliste publique, mais quand on retrouve sa petite sœur belge, la Première, ce qui saute à l'oreille c'est que cette dernière ressemble à une vulgaire chaîne commerciale. Ses programmes sont truffés de pubs aussi agressives qu'intrusives. Les pubs s'installent n'importe où, coupent en morceaux les émissions. Sans respect pour les présentateurs, leurs invités, leurs auditeurs.
Un exemple ce lundi: dans le Forum de Midi, Fabienne Vande Meerssche se penche sur les problèmes de la STIB. Pour ce faire, elle reçoit différents invités et dialogue avec les auditeurs. Mais, régulièrement, elle se voit forcée de leur proposer de "se retrouver après ceci". "Ceci" étant une page de pub. Ces pubs qui nous prennent pour des cons trouvent difficilement leur place dans des émissions qui parient sur notre intelligence. Avec France Inter, on écoute vraiment la différence. On prolonge alors ses vacances.

samedi 31 mars 2012

Monsieur 10 %

Il aurait aimé qu'on l'appelle Monsieur 5%. Mais il faut bien l'appeler Monsieur 10 %. Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président de la République, avait promis - c'était en 2007, dans l'émission "A vous de juger" (1) - qu'à la fin de son quinquennat le chômage serait passé sous la barre des 5%. Et s'il y en a 10%?, lui demande Arlette Chabot. "Alors, c'est qu'y a un problème", répond-il. Et s'il n'arrive pas à ces 5%? "Alors, c'est un échec, j'ai échoué. Et c'est aux Français d'en tirer les conséquences", dit-il. Le chômage est aujourd'hui en France à 10%. "La démocratie, faut qu'elle vive", dit-il encore. Elle vit, elle vit, et elle vivra.

(1)http://www.youtube.com/watch?v=ZcgQvZZeBVU&feature=player_embedded

vendredi 30 mars 2012

Atomiser le gaspillage

L'idée de François Hollande de réduire la part de l'énergie nucléaire est "folle", selon le candidat président Sarkozy. La France est le pays le plus nucléarisé qui soit. Au cœur de la récente vague de froid, le 7 février très exactement, le record de consommation électrique y a été dépassé. La France a ainsi dû acheter de l'électricité à l'étranger. Le nucléaire ne serait donc pas la panacée? Et s'il était la cause de ce gaspillage? L'électricité d'origine nucléaire entraîne une culture de la consommation effrénée. Quantité de maisons en France sont équipées du chauffage électrique, plutôt que d'un chauffage ayant recours aux énergies renouvelables. Des études l'ont indiqué: plus la part du nucléaire est importante, plus on est dans une habitude de gaspillage. "Notre modèle énergétique est fondé sur une production censée augmenter indéfiniment pour satisfaire une consommation en croissance permanente, explique Thierry Salomon, un des promoteurs en France du concept de négaWatt (1). On a construit cinquante-huit réacteurs en s'assurant que la consommation serait au rendez-vous, quitte à la stimuler par les moyens les plus absurdes, comme la promotion du chauffage électrique dans des logements mal isolés, ce qui fait de nous une exception en Europe!"
La révolution énergétique n'est pas pour demain en France où le lobby nucléaire entretient la confusion entre électricité et énergie. Le nucléaire n'y représente pas 80% de l'énergie mais 80% de l'électricité et seulement 20% de l'énergie totale consommée.
Mais le nucléaire, c'est l'autonomie énergétique, clament ses thuriféraires qui semblent (?) oublier que la totalité du minerai brut d'uranium est importé du Kazakhstan, du Canada et du Niger qui ne nous semblent être ni des DOM ni des TOM.

En Belgique, une étude (2) estime que la diminution de notre consommation d'énergie permettrait la fermeture d'un, voire de deux des trois plus anciens réacteurs nucléaires (Doel 1 et 2). L'objectif d'une diminution de 4 TWh (5% de la consommation électrique) ou même de 6 TWh est raisonnable, selon Greenpeace et le Bond Beter Leefmilieu. Il faudrait pour cela que tous les nouveaux bâtiments publics respectent les normes de construction passive et que soient améliorées les performances en matière d'efficacité énergétique.
Pour diminuer les consommations, Thierry Salomon pointe deux approches: "l'investissement dans l'efficacité des appareils électriques, qui permet une baisse de la consommation à service rendu égal, mais aussi une politique de sobriété, qui consiste à traquer les gaspillages - et qui a l'avantage d'être gratuite! En combinant les deux, dit-il, on diminue de 45% notre consommation d'énergie" (1).

"Est-ce qu'on a besoin d'autant d'électricité?, se demande Hideo Furukawa, l'un des plus importants auteurs contemporains japonais (3). L'été dernier, à Tokyo, avec l'arrêt d'un certain nombre de réacteurs, il y a eu des consignes pour économiser l'énergie. Résultat: la consommation a diminué de 15% . Et tout le monde a vécu normalement."

Pendant ce temps-là, le président Sarko, celui qui marche sur l'eau, ne jure que par le nucléaire.
C'est le nucléaire ou la bougie, dit-il, tel un millénaro-catastrophiste. Les Japonais ont les deux en même temps. Mais il n'est de pire sourd que celui qui veut se faire réélire contre le cours de l'histoire.

(1) "Révolution énergétique, c'est pour aujourd'hui ou pour demain?", Télérama, 1er février 2012.
(2) réalisée par Climact à la demande de Greenpeace et du Bond Beter Leefmilieu (voir LLB, 28 février 2012).
(3) Charlie Hebdo, 21 mars 2012

mardi 27 mars 2012

Le regard qui tue

Le rictus et le regard de Nicolas Sarkozy sont ceux d'un tueur. On ne sait à qui d'autre les associer. Cette image date de l'époque où l'hyperkinétique président était ministre de l'Intérieur. On l'a vue (ou revue) ce mardi soir dans un documentaire diffusé sur Arte: "Bunker Cities".
Nicolas Sarkozy respire la suffisance, provoque les policiers, toise longuement du regard certains d'entre eux. Face aux caméras, il les nargue, visiblement il est venu pour les humilier. Il leur explique que leur rôle n'est pas social, qu'il sont là pour l'investigation et l'action. C'est à ce moment-là qu'il a annoncé la fin de la police de proximité et supprimé des milliers d'emplois. Résultat: la délinquance qui a chuté dans les quartiers réputés difficiles est remontée en flèche. Quel est son but?, se demande-t-on. Sans doute ouvrir la voie à une police privée, suggère un ancien responsable de la police, écœuré, qui estime que "il y aura alors une police pour les riches et une pour les pauvres".
C'est le même Sarkozy qui, depuis, a supprimé des postes par milliers dans l'éducation et se plaint d'une montée de la violence, d'un irrespect des règles. C'est toujours le même, candidat à sa succession, qui sort de son chapeau, quelques heures après la mort de Mohammed Merah, une batterie de mesures qui laisse pantois, le même qui envoie à ses compatriotes de l'étranger (même ceux qui tentent de se désabonner de ses courriers qu'ils n'ont jamais demandés) un message dans lequel il défend son "projet d'une France forte dans une Europe forte, de la production et de l'emploi" (1). On voit par là que la cohérence n'est pas la première de ses qualités. Si tant est qu'il en eût.

(1) on notera que ce projet est pour le moins flou rien que d'un point de vue syntaxique.

lundi 26 mars 2012

Les cycles du temps

Il faut toujours fêter ses quarante ans, ne serait-ce que pour prouver qu'on est toujours vivant. Le Taal Aktie Komitee (T.A.K.) l'a compris. Alors qu'on pouvait croire que la N.V.A. l'avait achevé, quelques dizaines de ses militants ont manifesté ce dimanche. On ne sait plus ni où ni pourquoi, mais là n'est pas l'important. Il s'agissait surtout de rappeler que le groupe sévit toujours depuis quarante ans. On devrait plutôt parler de groupuscule, au vu du petit nombre de manifestants. Mais peut-être tire-t-on des conclusions hâtives de ce faible nombre. Sans doute d'autres militants du T.A.K. étaient-ils mobilisés pour agiter des bannières flamandes le long du parcours de la course cycliste Gand-Wevelgem. Le T.A.K. préfère mettre son énergie au service de l'industrie de la pharmacie plutôt que pour la fin de la Belgique et l'indépendance de la Flandre. O tempora, ô mores! Ce qui en français signifie: tout fout le camp et les quadragénaires s'empâtent.

dimanche 25 mars 2012

L'art de savoir se taire

Le meurtrier de Toulouse - Montauban était un con. Bien sûr, on peut ajouter d'autres qualificatifs. Un con barbare, un con fou furieux, un con violent, un con salaud, un con lâche, un con narcissique. Mais c'était avant tout un con. Prétendant venger des musulmans, il a pris le risque de retourner contre eux la haine d'autres cons, faisant ainsi le jeu de l'extrême droite, exacerbant la haine contre les musulmans qui, eux, condamnent fermement et unanimement son attitude, ses propos et ses actes. "Tuer une seule personne, c'est tuer toute l'humanité", disait avec raison un représentant de la communauté musulmane (1).
Au début de l'enquête, Marine Le Pen, nous dit la presse, s'est tue, craignant qu'il s'agisse d'un militant d'extrême droite. Elle s'est laissée aller ensuite, pensant que le tueur n'en était pas. Ce en quoi elle se trompait. Al Qaida (dont il se revendiquait) et le Front National sont les deux facettes d'une extrême droite qui prône le rejet de l'autre, juste parce qu'il est autre. Quelle différence y a-t-il entre Anders Brevnik et Mohammed Merah? Des jeunes partis en vrille dans une idéologie violente qui leur fait croire qu'ils peuvent être des héros en abattant ceux qui ne pensent pas, ne sont pas comme eux. Les autres. Le problème, c'est qu'on est toujours l'autre de quelqu'un. On ne sait alors où s'arrêter. On est toujours un étranger. Tous ceux qui ont un jour bâti leur programme politique sur le rejet de l'autre ferait bien aujourd'hui de ne rien dire.
Ce qui nous ramène, aussi, à l'omniprésent et omniparlant président français qui trouve qu'il y a trop d'étrangers en France. Qui sont les étrangers les plus présents en France? Une étude du Gouvernement français nous indique que ce sont les Portugais. En 2007, ils étaient 491.000 en France. Si Sarkozy les mettait dehors, il y aurait ainsi 491.000 étrangers en moins. C'est peut-être une solution. Mais on ne sait à quoi. Peut-être préfèrerait-il expulser les 475.000 Algériens? Ou les 452.000 Marocains? Ou les Irakiens et les Afghans qui ont fui la guerre? N'y eut-il pas, à une époque, trop de Hongrois en France? En Belgique, les étrangers les plus nombreux sont les Italiens, puis les Français. Si notre premier ministre était pris d'une lubie xénophobe, les éjecterait-il? Pierre Desproges avait raison: il y a trop d'étrangers dans le monde.
Pendant ce temps, aux Etats-Unis un vigile abat un adolescent noir et reste impuni. La même logique de l'autre.
Ce début de printemps a des allures estivales. Allez savoir pourquoi il fait si froid.

(1) JT de 20h, France 2, 21 mars 2012
(2) www.immigration.gouv.fr/spip.php?page=dossiers_det_res&numrubrique=232&numarticle=2475