mardi 17 mai 2022

Manque d'eau

Les nappes phréatiques sont basses, très basses. Le déficit hydrique est important.
Il fait chaud. On arrose les cultures. Comme ici, en Vienne, avec cet arrosoir qui doit faire deux cents mètres de long et projette de l'eau sur la route autant que sur les champs. Nous sommes invités à économiser l'eau et l'agriculture à changer de pratiques.
Depuis le 12 mai 2022, la Vienne, comme quatorze autres départements, est en alerte sécheresse et concerné par un arrêté préfectoral limitant certains usages de l'eau.
Le message semble mal passé.


 Photo prise le 16 mai vers 19h30 à proximité de la route entre Le Dorat (87) et Le Blanc (36)

lundi 16 mai 2022

Universelle inertie

Dans ces campagnes du centre de la France, il semble parfois - trop souvent - qu'un des maîtres-mots soit : ne changeons rien. On a toujours fait comme ça, alors pourquoi faire autrement ? Les gens ont leurs habitudes, ne les bousculons pas.
Créer un groupe de réflexion sur l'énergie réunissant élus et citoyens ? Vous n'y pensez pas, ça ne s'est jamais fait et puis les élus ont été élus, contrairement aux citoyens. Chacun doit tenir son rang. Ouvrir un tiers lieu ? Mais pour quoi faire ? Qu'est-ce que ça changera ? Un collègue est végétarien ? Veut-il mettre au chômage tous nos éleveurs ? Moi, il me faut de la viande à tous les repas.

La lecture, ces derniers jours, de deux livres totalement différents m'amène à relever deux passages qui résonnent. Où l'on voit qu'ailleurs aussi l'inertie alourdit le quotidien et plombe les enthousiasmes.

En montagne tout d'abord, et plus précisément dans les Alpes italiennes, en Vallée d'Aoste, dans le roman "La félicité du loup" (1) :
"C'était toujours pâtes, viande, pommes de terre, fromage ; il suffisait de remplacer la viande par l'omelette pour que, des tables, s'élèvent des protestations. C'était ça, le genre de choses qui pesaient à Babette. Le fait que tout ce qu'on pouvait inventer pour apporter un changement là-haut se heurtait à de l'indifférence, quand ce n'était pas de l'hostilité, au point de décourager toute nouvelle tentative. Il en allait ainsi des pots de fleurs sur la terrasse comme des légumes au menu ouvrier, alors un atelier de théâtre..."

En Slovaquie ensuite. Dans un texte intitulé "Tournesols en sous-sol, Bratislava" (2), l'écrivain slovaque Michal Hvorecky parle du rabbin , écrivain et juge Hatam Sofer (1762-1839). "Son credo était : tout ce qui est nouveau est contraire à la Torah. Sofer refusait toute innovation, aussi minime fût-elle." Des milliers de juifs orthodoxes, de partout dans le monde, viennent chaque année se prosterner devant son tombeau en Slovaquie. "Dans son refus de toute nouveauté, je reconnais un précédent aux crises européennes actuelles, l'effort désespéré de sauver une communauté menacée, la peur de la modernité et l'aveu de sa propre faiblesse. Je trouve que l'expérience du rabbin est une métaphore de l'abîme spirituel de l'homme contemporain, de son égarement dans un monde connecté de plus en plus complexe."

La résistance au changement, aussi minime fût-il, pour se protéger d'un monde vu comme incompréhensible, voire inquiétant. L'usage excessif du frein pour se protéger d'un monde qui s'accélère trop. Et au bout du compte, la stagnation ou même le recul.

Bons plans pour ne pas se laisser plomber par les inertes :
- écouter "Carnets de campagne - Le journal des solutions", du lundi au vendredi de 12h30 à 12h45 sur France Inter ;
- lire le trimestriel Village - le plein d'énergie positive.

(1) Paolo Cognetti, "La félicité du loup", Stock, 2021.
(2) "Le Grand tour", ouvrage collectif sous la direction d'Olivier Guez, Grasset, 2022 - vingt-sept écrivains, un par Etat-membre de l'UE, a écrit un texte sur un lieu évocateur de la culture et de l'histoire du continent.

dimanche 15 mai 2022

Vieilles pratiques et faux espoirs

La France insoumise veut révolutionner la pratique de la politique. Très bien. Quand elle sera au pouvoir seulement ? Parce que, pour le moment, elle pratique plutôt la politique de papa avec des attitudes clientélistes et des  parachutages de candidats sans lien avec la circonscription dans laquelle ils se présentent. D'où la grogne compréhensible  (1) de certains candidats évincés dans le cadre de la répartition des candidatures (mal) négociée par EELV, le PS et le PCF avec LFI. *

Le gourou de LFI a abandonné au beau milieu de son mandat, en 2017, son siège de député européen. Il voulait alors devenir président de la République ou, à défaut, député. Il est vrai que l'Union européenne ne le passionnait guère. Lors de son mandat précédent, en 2013, Jean-Luc Mélenchon avait été classé (par le site VoteWatch.com) au 727e rang des parlementaires européens sur 751, derrière Jean-Marie Le Pen (716e) et juste devant Marine Le Pen (734e). Comme lors de son passage au Sénat, il n'y a rédigé aucun rapport. Pour les législatives de juin 2022, il vient de désigner son dauphin : Manuel Bompard, son bras droit, se présentera dans la circonscription du MélenChe à Marseille. Il est actuellement député européen depuis 2019. Son mandat court donc jusqu'en 2024. Mais il le laissera tomber puisqu'il a visiblement mieux à faire lui aussi. Ses électeurs apprécieront ce mépris pour la fonction pour laquelle ils l'ont élu pour cinq ans. 

Jean-Luc Mélenchon est une incarnation de ce qu'on appelle la classe politique, si souvent décriée par LFI. Il a exercé quasiment tous les mandats depuis 1985, d'adjoint au maire à ministre en passant par directeur de cabinet d'un maire, président de conseil général, député français, sénateur et député européen. Toute sa carrière, il aura vécu de la politique. Récemment, une candidate LFI expliquait (1) combien des candidatures insoumises pouvaient bousculer tous ces candidats de terrain qui sont là depuis trop longtemps, selon elle. "Les électeurs veulent un renouvellement des visages, ils en ont assez du paysage politique sclérosé, on n’a pas besoin d’avoir quelqu’un du sérail », affirme cette candidate du parti vertical créé pour servir un homme politique qui multiplie les mandats depuis trente-sept ans et se voit déjà premier ministre à défaut d'avoir pu être président de la République, deux fonctions qui manquent à son palmarès.

A celles et ceux qui s'étonnent de voir l'hebdomadaire qu'il dirige être aussi critique vis-à-vis de LFI,  Riss explique dans Charlie Hebdo (2) que l'équipe de Charlie ne peut oublier. "Lors de l'enterrement de Charb (directeur de Charlie, assassiné par des islamistes le 7 janvier 2015), le leader actuel de LFI avait prononcé un discours que les témoins présents jugèrent à la hauteur des évènements qui venaient de nous frapper. Avant d'être assassiné avec ses copains par des terroristes islamistes, Charb venait d'achever son opuscule Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes, qui dénonçait ceux qui jetaient de l'huile sur le feu, en excitant le ressentiment des musulmans après la publication des caricatures de Mahomet." Riss rappelle qu'il n'aura fallu que quatre ans pour que Mélenchon vire de bord et défile dans une manifestation contre l'islamophobie à deux pas de barbus qui criaient Allahou akbar. "Ce jour-là, Charb venait d'être enterré une seconde fois, enseveli par des considérations politiciennes et électoralistes contre lesquelles rien ne pouvait faire le poids. L'appât du gain électoraliste était visiblement trop grand. Aux naïfs que nous avions été, la réalité nous rappelait qu'en politique la mort d'un homme, ça ne vaut rien." Mélenchon a marché sur le cadavre de son camarade Charb. "Mais passons sur ce détail", dit Riss.

Des détails insignifiants, Riss en relève d'autres. Les injures de membres de LFI contre Charlie. Le rejet par LFI de la loi sur le séparatisme ("le communautarisme est plus rentable que la lutte pour la laïcité et contre le séparatisme", écrit Riss). L'absence du terme islamisme dans le programme de La France insoumise, alors que cette France a payé un tribut très cher à cette idéologie mortifère et totalitaire ("il faut dire que le totalitarisme ne semble pas être la préoccupation majeure de cette formation politique qui réclame une VIe République plus démocratique, mais qui n'a jamais rien dit de vraiment hostile à l'égard de la Chine ou de la Russie, pour ne citer que ces deux grandes démocraties participatives. Mais passons sur ces détails").  
"Durant les négociations entre les différentes formations de gauche, l'amnésie a été marchandée contre quelques sièges à l'Assemblée."
Allez savoir pourquoi, on n'a pas le sentiment que les pratiques seraient renouvelées avec l'arrivée au pouvoir de cette gauche-là. Au contraire.

(1) https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/article/2022/05/13/en-dordogne-la-dissidence-a-gauche-fleurit-sur-l-humiliation_6125903_6104324.html
(2) "En politique, que vaut la mort d'un homme ?", Charlie Hebdo, 11.5.2022.

samedi 14 mai 2022

Nullissime stratège

On ne l'imaginait pas, mais on le découvre : Sergueï Lavrov a le sens de l'humour. Un humour noir, il est vrai. Le sinistre (1) russe des Affaires étrangères accuse l'Union européenne de s'être transformée en acteur "agressif et belliqueux" (2), aligné sur l'OTAN. La preuve : elle entrouvre la porte à l'Ukraine, ce qui est évidemment incompréhensible pour Lavrov, ministre d'un pays qui n'a que de paisibles intentions vis-à-vis de cette même Ukraine qu'il envahit pour son bien. Où va-t-on si on ne peut plus agresser tranquillement ? Dans quel monde vit-on ?
La Russie est aujourd'hui l'arroseur arrosé, l'agresseur qui se sent agressé sans même être attaqué. Poutine affirmait mener cette opération spéciale parce que l'OTAN se serait montrée trop pressante aux frontières de la Russie. Et voilà que sa guerre qui ne veut pas dire son nom a pour résultat de pousser la Finlande et la Suède à envisager, pour assurer leur sécurité, de demander leur adhésion à l'OTAN vis-à-vis de laquelle elles étaient toujours resté distantes. Macron affirmait, il n'y a pas si longtemps, que l'OTAN était en état de mort cérébrale et voilà que Poutine la rebooste.
Le président russe obtient l'exact contraire de ce qu'il disait rechercher (3). C'est ce qu'on appelle un mauvais stratège. On en a vu plus d'un tomber après une aussi grossière erreur.

(1) pour reprendre l'expression du regretté Sol, humoriste québécois.
(2) https://www.lalibre.be/international/europe/2022/05/13/la-russie-accuse-lue-detre-devenue-agressive-et-belliqueuse-3UFYBRAA7FEZDI74MC53H6E6PM/
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/14/guerre-en-ukraine-vladimir-poutine-renforce-l-otan_6126101_3232.html

jeudi 12 mai 2022

Changer de cap

Hier encore, je me désolais. Aujourd'hui, je me réjouis. En écoutant ces récents diplômés d'AgroParisTech qui appellent à déserter le monde économique pour lequel ils ont été (dé)formés. Ils nous donnent de l'espoir.
« Nous sommes plusieurs à ne pas vouloir faire mine d’être fiers d’obtenir ce diplôme, à l’issue d’une formation qui nous pousse à participer aux ravages écologiques et sociaux en cours. Nous ne considérons pas ces ravages comme des ‘enjeux’ ou des ‘défis’ à relever », ont-ils déclaré au cours d'une cérémonie de remise des diplômes le 30 avril dernier.

Sur le site de Charlie Hebdo (1), Jacques Littauer rappelle que "AgroParisTech, fondée en 2007, est l’héritière de trois établissements prestigieux : l’institut national agronomique Paris-Grignon ; les « eaux et forêts » ; et l’École nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA). Mais il fallait un nom anglais moche. Le vrai est « institut national des sciences et industries du vivant et de l’environnement ». Or, justement, le vivant est la préoccupation de ces jeunes diplômés, qui estiment que « l’agro-industrie mène une guerre au vivant et à la paysannerie ». Et, après 3 ou 4 ans d’études sur le sujet, ils savent de quoi ils parlent."
Le groupe d'anciens étudiants, écrit La Libre (2), a dénoncé les débouchés classiques de leur cursus, dans l'industrie alimentaire, les semences OGM et l'agriculture intensive. "À nos yeux, ces jobs sont destructeurs et les choisir, c'est nuire en servant les intérêts de quelques-uns", estiment-ils. "Si notre cursus à AgroParisTech nous a mis en avant ces débouchés, on ne nous a jamais parlé des diplômé.es qui considèrent que ces métiers font davantage partie des problèmes que des solutions et qui ont fait le choix de déserter".
"Ils estiment, écrit Jacques Littauer, que les start-up et l’innovation ne sauveront qu’une seule chose – le capitalisme – et pas eux, ni la Terre, ni les animaux, ni nous. Croissance verte ? Transition écologique ? Économie verte ? Développement durable ? Très peu pour eux, qui estiment que pour être durable, notre société devrait se débarrasser de « l’ordre social dominant ». Destinés à devenir les « cadres » de notre société, et des sociétés commerciales, ces jeunes gens refusent de faire semblant." (...) "Loin de prétendre avoir toutes les solutions, ils reconnaissent « douter ». Mais ils veulent tendre la main aux anciens diplômés, qui négocient avec leur conscience, ou détournent le regard sur ce que fait leur entreprise." (...)
"Si vous voulez faire briller vos yeux, vous pouvez regarder la vidéo (2) de ces jeunes gens honnêtes, courageux, et chaleureusement applaudis. Sept minutes d’espoir dans un monde de brutes."

(1) "AgroParisTech : l’agriculture « verte » se fera sans eux",  mis en ligne le 11.5.2022 sur le site de Charlie Hebdo.
(2) https://www.lalibre.be/planete/environnement/2022/05/11/des-jeunes-diplomes-lancent-un-appel-a-deserter-le-secteur-agro-industriel-vous-pouvez-bifurquer-maintenant-AJSBCP77QVB6LIVZW2LJARTUGQ/

mercredi 11 mai 2022

Lever le pied

Il fait chaud, trop chaud pour la saison. Et beaucoup trop sec. Les nappes phréatiques sont insuffisamment rechargées. A ce jour, quinze départements français ont déjà franchi le seuil de vigilance. Ici, nous sommes en phase de vigilance et tous invités à économiser l'eau. Les agriculteurs sont très inquiets. Les récoltes s'annoncent déjà faibles. Les chenilles n'ont jamais été aussi nombreuses et dévorent les feuilles des fruitiers.
Ailleurs dans le monde, dans de nombreux pays d'Afrique notamment, la situation est totalement catastrophique. On ne se souvient pas y avoir vu tomber la pluie. Les récoltes sont réduites à néant. En Asie, les canicules risquent de tuer des millions de personnes, le seuil maximal de chaleur humide que l'homme peut supporter y est largement dépassé. " “Mourir de chaud” n’est plus seulement une expression en Inde et au Pakistan., écrit le HuffPost. Les deux pays de l’Asie du Sud subissent des vagues de chaleur sans précédent depuis deux mois. Les températures y sont infernales et atteignent un pic ce mercredi 11 à plus de 50°C. La chaleur, combinée à des niveaux élevés d’humidité, dépasse déjà le seuil limite de survie des personnes se trouvant à l’extérieur pendant une période prolongée"
La Sibérie est en feu, mais le président russe préfère, pour des raisons que lui seul comprend, faire la guerre à l'Ukraine, participant plus encore au réchauffement climatique et augmentant les risques de pénurie alimentaire.

Des mesures drastiques doivent être prises d'urgence pour, si pas inverser la tendance, au moins ralentir nos consommations d'énergie fossiles et donc notre production de CO2. Mais qui le veut vraiment ? Ni les gouvernements, ni la majorité des citoyens. Et pourtant... Si nous suivions les recommandations du GIEC et de l’AIE (l’Agence Internationale de l’Energie), "nous pourrions, à l’échelle européenne, réduire notre consommation de pétrole de 2.7 millions de barils par jour, ce qui équivaut à notre importation russe". C'est Bernard Keppenne, Chief Economist CBC Banque (qu'on imagine pas, a priori comme un écolo intégriste) qui le dit (1).
Nous pourrions, par exemple, dès demain, abaisser les limites de vitesse d’au moins 10 km/h sur les autoroutes. "Pourquoi donc ne pas imposer sur les autoroutes dans toute l’Europe une vitesse limitée à 110 km/h pour les voitures et à 90 km/h pour les camions, sans exception ? Et mettre en place, un maillage de radars pour éviter le moindre écart. Un système d’amendes progressives pourrait être imposé et les montants ainsi récoltés pourraient approvisionner un fonds d’aide aux plus précarisés et les plus touchés par la hausse des prix de l’énergie." Le gouvernement français avait, il y a quelques années, imposé une vitesse maximale sur les routes de 80 km/h. Mais devant la levée de boucliers du lobby automobile ardemment soutenu par les Gilets jaunes il avait battu en retraite et laissé la main aux départements qui, nombreux, ont courageusement décidé de rétablir la limite à 90 km/h. Des automobiles vivant en milieu rural affirmaient qu'ils n'avaient "pas le temps de rouler moins vite". Demain, auront-ils le temps de lutter contre les incendies qui menaceront leurs maisons ? Faire passer la limitation de vitesse sur autoroute de 130 à 100 km/h revient à diminuer de 15% nos consommations de carburant et dès lors notre pollution (et nos dépenses). Les Américains et les Canadiens qui circulent dans des espaces autrement plus vastes que les nôtres n'ont pas l'air particulièrement malheureux d'être limités à 100 km/h.

Selon l’AIE, "l’instauration d’un jour de télétravail par semaine permettrait de réduire la consommation de pétrole d’environ 170.000 barils par jour. À court terme, l’instauration de trois jours de télétravail par semaine permettrait de la réduire d’environ 500.000 b/j".
Autre mesure proposée : sortir la voiture des centres urbains. Si les voitures ne circulaient pas dans les grandes villes européennes les dimanches, ce sont 380.000 b/j qui seraient économisés à court terme. Ce qui ferait le plus grand bien aux inertes que nous sommes devenus en nous poussant à marcher et à rouler à vélo. Et à prendre des transports en commun qui doivent être rendus plus abordables.

Autres mesures à encourager :  le covoiturage et le choix du train à grande vitesse ou des trains de nuit plutôt que de l’avion chaque fois que c'est possible. "Selon l’AIE, ces mesures appliquées dans l’ensemble des pays avancés permettraient en quatre mois de réduire la consommation de pétrole de 2.7 millions b/j, ce qui représente ce que l’Europe importe comme pétrole de Russie. Et si ces mesures ne sont pas justes limitées à quatre mois, mais définitivement imposées, tout en étant évidemment accompagnées des mesures que le GIEC demande de prendre urgemment dans tous les autres secteurs, elles permettront d’accompagner la transition énergétique. Il s’agit en plus de mesures facilement adaptables pour nos sociétés et que les consommateurs peuvent intégrer dans leur quotidien sans que cela soit perçu comme brutal et ingérable. Cela demande juste à nos gouvernements d’adopter ces nouvelles normes de façon concertée. L’Europe a montré avec la guerre en Ukraine qu’elle est capable d’adopter une position commune et le défi climatique ne pourra se résoudre que tous ensemble."

On le sait, les gouvernements sont très réticents à prendre des mesures qui pourraient fâcher leur électorat Sauf si les citoyens agissent en citoyens responsables plutôt qu'en enfants gâtés qui veulent que soient prises des mesures de lutte contre le réchauffement climatique qui ne modifient en rien leurs habitudes assassines pour la planète et ses habitants. 

(1) https://www.lalibre.be/debats/opinions/2022/05/10/il-netait-pas-utopique-de-reduire-facilement-notre-consommation-de-petrole-de-27-millions-barilsjour-DQ3QFE6GMFCLTI6AU22LGTOJ44/ 

mardi 10 mai 2022

Talibans et bonnes âmes

De bonnes âmes occidentales voulaient se (et nous) persuader qu'ils avaient changé. Que les talibans nouveaux étaient arrivés, que ceux de 2021 n'étaient pas ceux de 1996. Mais les talibans restent ancrés dans un passé qui n'a sans doute jamais existé, dans une époque où l'homme avait tellement peur de la femme qu'il l'obligeait à se cacher pour qu'elle disparaisse de sa vue, une époque où l'homme se voyait comme un animal soumis à ses pulsions sexuelles. En 2022, ils se voient toujours de même : de pauvres êtres qui ne peuvent se maîtriser. Aussi, les talibans, après avoir interdit aux Afghanes de prendre l’avion sans parent masculin et fermé les collèges et lycées aux filles, viennent-ils d'obliger ces mêmes femmes à porter un voile intégral dans l’espace public, de préférence la burqa. "Car c’est traditionnel et respectueux". Respectueux de qui ou de quoi ? Certainement pas des femmes réduites à l'état de fantômes.
« Les femmes qui ne sont ni trop jeunes ni trop vieilles devraient voiler leur visage, à l’exception de leurs yeux, selon les recommandations de la charia, afin d’éviter toute provocation quand elles rencontrent un homme » qui n’est pas un proche membre de leur famille, précise le décret qu'ils ont adopté. Et si elles n’ont pas d’importante tâche à effectuer à l’extérieur, il est « mieux pour elles de rester à la maison ». C'est la patriarcat le plus abject érigé en loi.
« L’islam n’a jamais recommandé le tchadri, a réagi une militante des droits des femmes restée en Afghanistan, sous le couvert de l’anonymat. Les talibans, au lieu d’être progressistes, retournent en arrière. Ils se comportent comme lors de leur premier régime, ce sont les mêmes qu’il y a vingt ans. » (1)

Pendant ce temps dans nos pays, les mêmes bonnes âmes occidentales défendent le port du voile et s'attaquent violemment à qui ose le critiquer et même à celles qui se plaignent  d'être injuriées.
Il y a quelques jours, lors d'une réunion organisée par le Café laïque à Bruxelles, une habitante de Molenbeek, Nathalie, a témoigné de son vécu : pour aller au marché, elle - qui n'est pas musulmane - se voilait. Elle profitait ainsi de meilleurs prix, mais surtout elle évitait de se faire insulter, voire de se faire cracher dessus. Elle a témoigné de cette expérience sur Internet. Mal lui en a pris, puisqu'elle a été licenciée par son employeur pour faute grave : propos racistes. Et son syndicat l'a radiée, refusant de défendre "une raciste". Il faut donc taire le sexisme et les insultes. Les subir en silence. Et laisser une religion imposer sa loi scandaleuse dans la rue.

Il en va de même ailleurs. A Grigny, en région parisienne, par exemple. "Nous ne sommes que du bétail, dénonce Naïma : on nous demande en mariage quand nous passons entre les étals des marchés – lorsque nous sommes célibataires sans enfants et considérées comme vierges bien sûr. Aujourd’hui, ils mettent le voile aux petites-filles même lorsqu’elles sont encore bébé, pour les « habituer », « leur apprendre la pudeur ». Leur vie est déjà tracée du berceau jusqu’au cercueil : elles devront se taire, être soumises, et toujours dépendre d’un homme comme au bled." (...)
"Quand vous n’êtes pas voilée et que vous marchez sans mahram (tuteur de la femme en islam) dans la rue, vous êtes « la reine des putes ». Les femmes voilées essayent d’ailleurs de ramener les autres dans le « droit chemin », un chemin de silence et de souffrance.
Ne pas porter le voile, c’est se faire injurier pour un oui ou pour un non. Que l’on travaille, que l’on fasse des études, peu importe : si vous n’êtes pas voilée, vous n’êtes pas une femme bien. De ce fait, les hommes s’autorisent à vous faire des propositions indécentes et vous agressent sexuellement. Si vous n’êtes pas voilée, vous méritez d’être violée et de recevoir des coups. C’est cela la charia.
À Grigny, c’est le KGB islamique qui fait la loi. Même lorsque je fais mes courses, ils surveillent ce que j’achète : si c’est du vin ou du porc. Et si je n’achète que de la viande halal, ils se permettent encore de me reprendre sur mon « absence de pudeur » : « Maintenant, habille-toi correctement ! » Ils vont même jusqu’à surveiller ce qu’il y a dans le fond de nos culottes, c’est-à-dire si nous avons des amants, si nous sommes mariées, avec qui et pourquoi."
Naïma dénonce la "police religieuse" qui surveille les achats des musulmanes, ce qu'elles mangent, ce qu'elles boivent. Et, bien pire encore, les viols, la prostitution, les mariages forcés. 
"Ma mère a quitté le bled pour que je puisse échapper à l’islamisme, en France. Mais c’est l’enfer pour une femme de vivre à Grigny. Impossible d’avoir des activités normales et des plaisirs simples comme s’installer à la terrasse d’un café, ou porter une robe, sans être considérée comme une traînée, avec toutes les conséquences que cela implique. Je ne cède pas, même si c’est très dur car je suis isolée. Mais je ne survivrai pas encore longtemps dans cette jungle islamiste et communiste."

Qu'est-ce qui justifie, chez les bonne âmes occidentales, ce mélange de racisme et de sexisme, qui les amène à se ranger du côté des mâles en rut, à participer à l'asservissement et au mépris des femmes ? Que diront-elles quand les talibans de chez nous iront plus loin encore et imposeront la burqa et l'excision ? Pourquoi, selon elles, les hommes sont-ils libres d'aller et venir comme ils l'entendent, de s'habiller comme ils veulent et même de se promener torse nu quand les femmes doivent se voiler la tête si pas l'entièreté du corps ?
"Au fond, dit Sophia Aram (3), il n’y a que deux hypothèses, soit ils sont totalement obsédés, soit comme tous les fondamentalistes, ils n’ont qu’une seule vraie passion, qu’un seul objectif dans la vie : pourrir la vie des femmes. A moins que ce soit les deux !!!
Rien que cette semaine si tu cherches le point commun entre les talibans, les évangélistes texans et les juges catholiques de la cour suprême - en dehors de leur goût immodéré pour les armes automatiques et la croyance en l'existence d'un ami imaginaire : c'est qu'ils ne perdront jamais une occasion de pourrir la vie des femmes.
Convaincus comme le disait Saint Paul que “Dieu est le chef de l'homme et que l'homme est le chef de la femme“, ils sauteront sur chaque occasion de rappeler que le corps des femmes leur appartient."

Les bonnes âmes occidentales ont beau se croire de gauche, elles ont choisi leur camp : celui des talibans, des évangélistes texans et des juges catholiques de la cour suprême. Et elles font le lit de l'extrême droite.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/07/en-afghanistan-les-talibans-ordonnent-aux-femmes-de-porter-la-burqa-en-public_6125140_3210.html
(2) Publié dans la Tribune 28.1.2022.
(3) https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-09-mai-2022

samedi 7 mai 2022

Une gauche suicidaire

On ne peut pas dire que la gauche française a perdu la tête. Au contraire. Elle l'a trouvée. C'est celle du Chon, version française du Che. Sur la page d'accueil du site de la France insoumise figure sept photos de Jean-Luc Mélenchon et aucune de qui que ce soit d'autre (1). Au championnat français de la prétention et de l'arrogance, on se bouscule sur la première marche du podium. Le MélenChe à lui seul incarne l'Union populaire. Il est le Peuple, le Sauveur, le Rédempteur. Ne serait-ce pas du populisme ? La France insoumise, parti créé à son service, fonctionne de manière verticale. Comment un parti comme EELV, parti établi sur une base horizontale, peut-il s'associer à LFI ? 

Je devrais me réjouir de l'union de la gauche - des gauches - pour les législatives françaises, mais je n'y arrive pas. Voir les Verts, le PS et le PCF se ranger aussi rapidement sous la bannière du Grand timonier Mélenchon ne laisse rien augurer de bon. Cette union ressemble plutôt à un contrat faustien, où les trois "petits" partis (le PS au niveau régional, départemental et municipal est pourtant nettement plus puissant que LFI qui ne représente rien) ont vendu leur âme au diable par intérêt électoral.
Les question internationales - sur lesquelles ces partis ont des positions parfois diamétralement opposées - ont été mises sous le tapis ou laissées dans le flou.

Mélenchon n'aime pas l'Union européenne. Ces décisions ne lui conviennent pas. Il faut dire qu'elles sont issues de longues négociations et de compromis, ce qui ne plaît pas à cet homme de rupture et de conflit. Il aurait pu participer à l'amélioration des textes quand il était député européen, mais il avait visiblement mieux à faire puisqu'il a brillé par son absence au Parlement européen et a quitté sa fonction à mi-mandat pour briguer le poste de président de la République française. On appréciera le respect qu'il a pour ses électeurs.
Les Insoumis et leurs désormais affidés annoncent qu'ils prendront à la carte les directives de l'Union européenne. Le menu ne leur plaît pas. Si on les suit, on comprend qu'ils appliqueraient uniquement les règles quand elles leur conviennent. Si tout le monde agissait de même, plus aucune institution, aucune entreprise, aucune association, aucun club ne serait gérable.  Chacun n'appliquerait que les règles qui lui plaisent. Des maires de droite auraient alors, par exemple, le droit de refuser de célébrer un mariage homosexuel, de ne pas créer d'aire d'accueil des gens du voyage, de ne pas se conformer au nombre prescrit de logements sociaux dans leur commune. Chacun pourrait ainsi agir selon ses valeurs, sa sensibilité, ses objectifs électoraux. Une attitude très... libérale.
Les Insoumis, on l'entend bien, n'aiment pas l'UE, responsable de tant de maux. Comment expliquent-ils que tant de pays frappent à sa porte ? Pleure pas la bouche pleine, a-t-on envie de leur dire.

Jean-Luc Tito Mélenchon se présente comme non aligné par rapport à la guerre d'Ukraine, refusant qu'une aide militaire soit apportée à ce pays pour se défendre, quand le PS et EELV sont pour. La France insoumise dit vouloir privilégier la diplomatie. Qui ne le voudrait pas ? Mais elle ne fonctionne pas avec un autocrate brutal et menteur comme Poutine et peut-on laisser les Ukrainiens se faire massacrer ? Mélenchon, s'il voit dans la rue un homme au sol tabassé par quatre autres, ne va pas appeler les secours, il va se contenter de les inviter à s'expliquer et, devant le refus des agresseurs, il passera son chemin. Cet homme est l'incarnation de la responsabilité et du courage. Un véritable humaniste !

LFI est-il un parti démocratique ? On a le droit d'en douter quand on lit qu'une de ses élues, Clémentine Autain, estime que "si ça ne se passe pas comme prévu, il faudra aller chercher la victoire dans la rue" (2). On ne peut que comprendre Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre socialiste, quand il claque la porte de son parti passé sous les fourches caudines de cette France aussi insoumise à l'OTAN.
« L’indépendance de la nation n’a jamais signifié, écrit-il, la rupture de ses alliances militaires ni l’accommodement avec des régimes autoritaires ou des dictatures, sur notre continent ou sur d’autres » (...) « la réorientation des politiques de l’Union ne saurait se traduire par la destruction du projet européen qui permettrait à d’autres de décider, à notre place, de notre destin » (3). 

"Je souhaite bonne chance à ce qu'il reste de socialistes et de Verts dans leurs aventure législatives avec les Insoumis, écrit Philippe Lançon. Il est difficile de s'entendre avec Merluchon et la plupart de ses amis, lorsqu'on n'est pas d'accord à 101% avec eux, lorsqu'on ne rit pas exclusivement des mêmes cibles qu'eux. Bref, lorsqu'on n'est pas prêt à se soumettre à eux. Insoumis ne rime pas avec compromis." (4)
Cette gauche, à se trouver une tête, l'a perdue.

Post-scriptum : à lire :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/08/olivier-costa-on-peut-s-etonner-de-voir-le-ps-et-les-ecologistes-s-aligner-sur-un-programme-eurosceptique_6125219_3232.html
Et aussi : https://www.huffingtonpost.fr/entry/laccord-eelv-lfi-qui-cree-la-nupes-est-une-escroquerie-pour-ces-personnalites-ecolos_fr_62778ed5e4b00fbab62f63a0

(1) consultée le 6 mai 2022 à 7h25.
(2) Télématin, 27.4.2022.
(3) https://www.lemonde.fr/elections-legislatives-2022/article/2022/05/04/bernard-cazeneuve-annonce-qu-il-quitte-le-parti-socialiste-a-la-suite-de-l-accord-passe-avec-la-france-insoumise_6124779_6104324.html
(4) "Proust et Charlie", Charlie Hebdo, 4.5.2022.
A lire: https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/05/04/legislatives-2022-a-gauche-des-divergences-programmatiques-releguees-a-l-arriere-plan-des-negociations_6124703_823448.html
https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/06/le-profil-culturel-de-jean-luc-melenchon-indigne-certains-au-ps-et-inquiete-nombre-de-responsables-du-secteur-artistique_6124948_3232.html
(Re)lire sur ce blog "A mes amies et amis mélenchonistes", 27.3.2022.

mercredi 27 avril 2022

Et maintenant ?

Le (la) pire a été évité(e), mais la France est divisée en deux. Villes d'un côté, campagnes de l'autre, ouverture contre fermeture, dynamique contre conservatisme. Mais ces dichotomies sont trop caricaturales. Il y a, heureusement, des villages dynamiques, Carnet de campagne, émission de France Inter, en apporte la preuve chaque jour. L'Etat providence a joué son rôle plus que jamais pendant la pandémie, mais le sentiment d'abandon s'est répandu en milieu rural. Il est de bon ton d'y râler, d'y affirmer que le gouvernement n'a rien fait. Les gens espèrent du changement avec la fille à papa, mais les idées nouvelles sont régulièrement rejetées parce que "on a toujours fait comme ça". L'émotion, l'irrationnel, la grogne se sont glissées dans les urnes. On vote plus contre que pour.
Il faut écouter cette France-là, nous dit-on. Mais quel message envoie-t-elle ? Qu'elle ne sera jamais satisfaite ? Qu'elle voudrait en revenir au bon vieux temps ? Hier soir, dans le Journal de France 3, deux jeunes femmes expliquaient avoir voté Le Pen pour leur retraite. Un homme parce qu'il reproche à Macron le prix des carburants. Dans La Nouvelle République, on lit que dans un village indrien tel chef d'entreprise a voté Le Pen parce qu'on accueille des Ukrainiens alors que les Français sont abandonnés. La patronne du bar-restaurant le soutient, affirmant qu'elle n'est pas raciste, mais "patriote". 
Ici, 53 % des électeurs ont choisi Le Pen. Quelle explication dans un village de moins de 500 habitants qui regrettent le temps où il y en avait 2000, mais ont peur des étrangers et du changement. Ici, les quelques étrangers sont anglais et le conservatisme pèse lourdement sur la vie locale.

L'entreprise de dédiabolisation de l'Héritière a fonctionné. Comme le dit l'humoriste Naïm, Gargamel s'est transformé en schtroumpfette qui fait des photos avec les gens dans la rue et publie des photos de ses chats. Qu'elle n'ait pas de projet sérieusement étayé, qu'elle change de position constamment, qu'elle apparaisse mal armée dans le débat d'entre deux tours importe peu. "C'est faux", cette phrase qu'elle a répétée comme un mantra durant le débat semble être devenue son slogan. Elle a pris des leçons chez Trump : nier systématiquement ce qui vous met en difficulté. Mais effectivement tout sonne faux chez elle, son sourire autant que ses propositions et ses positions. Qu'importe ?, puisqu'elle va améliorer le pouvoir d'achat de tous les Français.

Un constat à partir des résultats du premier tour : les quatre premiers (Macron, Le Pen, Mélenchon, Zemmour) sont, chacun à sa manière, des bêtes de scène et des personnalités fortes qui ont créé (ou transformé) un parti pour les soutenir, au service de leur ascension. Comme le dit le politiste Rémi Lefebvre (1), ce n'est plus le parti qui fabrique le candidat, c'est le candidat qui fabrique son parti personnel. Dans le même temps, les candidats choisis par les partis politiques n'ont obtenu que des scores ridicules. L'heure est aux vedettes et aux forts-en-gueule sûrs d'être des sauveurs, pas aux projets collectifs. Le système français est conçu pour élire un roi. Ou, vu sa structure pyramidale, un pharaon.
La démocratie vacille, ici comme ailleurs. Comment la repenser, la redynamiser, la faire évoluer ? Le chantier semble gigantesque.

(1) "L'ère du seul en scène", Télérama, 20.4.2022.

lundi 25 avril 2022

Les mots qui tuent

C'est un texte (1) qu'on peut croire sorti d'un esprit dément et sans doute est-ce le cas. Le problème, c'est qu'il semble que ce soit sur lui que s'appuie Vladimir Poutine pour justifier sa guerre qui ne veut pas dire son nom. L’écrivain et philosophe Timofeï Sergueïtsev est l’un des principaux idéologues de la « dénazification » de l’Ukraine et l'auteur de ce Mein Kampf russe, une logorrhée hallucinée dont on a envie de rire tant ce texte est délirant, mais dont on ne peut que frémir tant on sait à quelle barbarie il a mené et mènera encore.

Extraits :
" La dénazification est nécessaire lorsqu'une partie importante du peuple - très probablement sa majorité - est maîtrisée et entraînée par le régime nazi dans sa politique. C'est-à-dire lorsque l'hypothèse « le peuple est bon - le gouvernement est mauvais » ne fonctionne pas. La reconnaissance de ce fait est la base de la politique de dénazification, de toutes ses activités, et le fait lui-même constitue son objet. L'Ukraine se trouve dans une telle situation."
" La dénazification est un ensemble de mesures à l'égard de la masse nazie de la population, qui ne peut techniquement pas être directement poursuivie au nom des crimes de guerre. Les nazis qui ont pris les armes doivent être détruits autant que possible sur le champ de bataille. Il ne faut pas faire de distinction significative entre les forces armées ukrainiennes et les forces dites de sécurité nationale, ainsi que les milices de défense territoriale qui ont rejoint ces deux types de formations militaires. Tous sont également engagés dans une cruauté scandaleuse contre les civils, également responsables du génocide du peuple russe, et ils ne respectent pas les lois et coutumes de la guerre. Les criminels de guerre et les nazis actifs doivent être punis de manière exemplaire. Il faut procéder à un nettoyage total. "
"  En plus des hauts gradés, une partie importante des masses populaires qui sont des nazis passifs, des collaborateurs du nazisme, sont également coupables. Ils ont soutenu le gouvernement nazi et se sont montrés indulgents à son égard. Une punition juste pour cette partie de la population n'est possible qu'en supportant les charges inévitables d'une guerre juste contre le système nazi, menée aussi discrètement que possible contre des civils. La dénazification ultérieure de cette masse de la population consiste en une rééducation, qui est réalisée par une répression idéologique (suppression) des attitudes nazies et une censure sévère : non seulement dans la sphère politique, mais nécessairement aussi dans la sphère de la culture et de l'éducation. "
" L'État dénazifiant - la Russie - ne peut pas procéder à une approche libérale de la dénazification. L'idéologie du dénazificateur ne peut être contestée par le coupable en cours de dénazification. (…) La durée de la dénazification ne peut en aucun cas être inférieure à une génération, celle qui va naître, grandir et mûrir dans les conditions de la dénazification. La nazification de l'Ukraine dure depuis plus de 30 ans."
" L'Occident collectif est lui-même le concepteur, la source et le sponsor du nazisme ukrainien, tandis que les cadres occidentaux de Bandera et leur "mémoire historique" ne sont qu'un des outils de la nazification de l'Ukraine. L'ukronazisme n'est pas moins une menace pour la paix et la Russie que le nazisme allemand ne l’était avec Hitler. "

Arrêtons-nous là, tant est grande la nausée que suscite ce long texte qu'on pourrait croire écrit dans les pires heures du stalinisme. Un texte obsessionnel qui cite le mot nazi et dénazification à chaque ligne et justifie l'horreur en partant d'un postulat : l'Ukraine dans son ensemble est nazie, donc les pires actions pour la dénazifier sont d'emblée totalement justifiées. Il suffit de décider que tous les Ukrainiens sont des nazis, responsables du génocide du peuple russe, et la Russie a tous les droits et ne pourra être poursuivie pour crimes de guerre.
Derrière les aspirations à l'indépendance et à une voie européenne se cache, selon l'auteur de ce texte fou, un projet nazi. " L'ukronazisme n'est pas moins une menace pour la paix et la Russie que le nazisme allemand ne l’était avec Hitler. "

"On comprend mieux, écrit la rédaction des Humanités, media alter-actif, en lisant cette tribune « autorisée » - et cela fait froid dans le dos - ce que Poutine veut dire lorsqu’il affirme qu’il n’acceptera de « négocier » qu’une fois acceptées toutes ses conditions. Ce n’est donc pas une négociation mais une reddition. (...) La tribune de Timofeï Sergueïtsev exprime pour la première fois, d’une façon on ne peut plus claire, que la guerre menée par Poutine ne s’attaque pas seulement à l’Ukraine, mais à l’ensemble des valeurs européennes et occidentales. Dans la vision de Sergueïtsev, l’Europe et l’Occident sont responsables d’un effondrement civilisationnel, contre lequel la Russie doit faire rempart. La guerre en Ukraine, loin de n’être qu’une guerre territoriale, est donc, pour l’un des idéologues les plus proches de Poutine, une guerre de civilisation. CQFD. Suprême paradoxe : ce texte qui prétend combattre le nazisme peut être lu comme le Mein Kampf de Vladimir Poutine."

Les valeurs de "l'Europe historique", selon ce texte, ont été abandonnées par l'Occident et ne peuvent plus être protégées et préservées que par la Russie. Donc les valeurs occidentales sont nazies et doivent être combattues et "la Russie suivra sa propre voie, sans se soucier du sort de l'Occident, en s'appuyant sur une autre partie de son héritage : le leadership dans le processus de décolonisation mondiale." On est dans le roman 1984 de George Orwell : pour décoloniser, il faut coloniser. Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage. Mais qui est l'enragé ?