C'était le mot à la mode dans tous les bulletins d'information en France il y a quelques jours: retoqué. Le Conseil constitutionnel a repoussé l'article 1er du Pacte de responsabilité du Gouvernement. Mais les journalistes, toutes chaînes confondues, ne connaissent plus les verbes "repousser", "recaler, "rejeter" ou "refuser". Ils n'en connaissent plus qu'un seul: "retoquer". Un néologisme (il ne figure pas dans le Petit Robert édition 1993, mais bien dans le Larousse de 2010) qu'il convient d'utiliser sans doute pour être de son temps, quitte à le citer trois fois dans la même minute. Les synonymes sont-ils retoqués?
dimanche 10 août 2014
jeudi 7 août 2014
Un manque criant
De l'intelligence et du courage. On ne peut s'empêcher de se dire que c'est ce qu'il manque pour mettre - vraiment - fin à la guerre qu'Israël mène à Gaza. N'y a-t-il donc personne au sein du gouvernement israélien qui se rende compte que cette guerre ne fera que renforcer les islamistes du Hamas et susciter de nouvelles vocations de terroristes, qu'on fait des victimes des héros et des résistants, personne qui soit capable d'entrer dans une vision dialectique de la situation? Personne qui soit capable de prendre un tout petit peu du recul nécessaire pour comprendre que, quoi qu'il arrive, il faudra bien, un jour ou l'autre, trouver une solution concertée?
Près de deux mille morts côté palestinien et un coût de reconstruction de quatre à six milliards de dollars. Tout cela pour rien. Pour que rien ne change, sinon que la haine augmente.
"On est condamnés à vivre ensemble et je le dis en un sens positif", affirme le réalisateur israélien Amos Gitaï (1). Il faudra bien trouver des accords, même imparfaits, dit-il, citant une amie de sa mère, une ex-parachutiste durant la seconde guerre mondiale: "il y a trop d'héroïsme et pas assez de courage", disait-elle.
Le courage, on l'attend aussi de la communauté internationale: elle devrait imposer des Casques bleus à Gaza, estime Jean-Paul Chagnollaud, professeur de sciences politiques (1). Mais pour cela, ajoute-il, "il faut des hommes politiques qui aient du courage".
Et de l'intelligence, a-t-on envie d'ajouter. Celle qui manque cruellement à un membre du CDV qui a écrit que "si Hitler n'a pas déporté tous les Juifs, c'est pour nous montrer pourquoi il voulait les exterminer" et qui se justifie en affirmant qu'il s'agit d'une provocation pour susciter la défense des Palestiniens (2). Pense-t-il alors qu'il faudrait appeler à supprimer les musulmans pour défendre les populations massacrées et terrorisées par les fous furieux de l'Etat islamique de l'Irak et du Levant?
Le courage et l'intelligence, c'est sans doute des femmes qu'ils viendront. Dans son dernier film, "Ana Arabia", Amos Gitaï "rend un hommage vibrant aux femmes", écrit Pierre Murat (3), "qui, au nom de sentiments qui leur servaient d'idéal, et au-delà des rebuffades et des haines, croyaient à une entente possible. Et si, à l'avenir, un espoir renaissait, il serait entre leurs mains".
Le courage et l'intelligence, on les trouvent chez les Bâtisseuses de paix (4), en France, qui tentent de rapprocher les femmes arabes, les femmes juives, les femmes musulmanes, par le dialogue et la tolérance: "apprendre à accepter l'autre afin qu'il m'accepte également".
La biologie prépare-t-elle la femme à l'ouverture vers l'autre? Delphine Horveilleur, femme rabbin en France, le pense: "la compassion n'est pas une prérogative exclusive du sexe féminin... , dit-elle, même si, me semble-t-il, rien ne l'illustre mieux qu'un événement précis de la vie d'une femme: sa grossesse, à savoir ce moment où il lui est donné de faire en elle de la place pour un autre qu'elle. Cette possibilité biologique d'accueillir l'autre, transposée au politique, est une voie à explorer dans la résolution de conflits. Il revient aux hommes et aux femmes de l'explorer" (4).
"Faire de la place en soi pour l'autre, c'est cela dont on a besoin aujourd'hui pour penser la sortie du conflit", affirme Delphine Horveilleur.
(1) Arte Journal, 6 août 2014, 19h45.
(2) www.lesoir.be/618954/article/actualite/fil-info/fil-info-belgique/2014-08-07/un-membre-du-cdv-derape-propos-des-juifs
(3) Télérama, 6 août 2014.
(4) www.batisseusesdepaix.fr
(5) Télérama, 23 juillet 2014.
dimanche 20 juillet 2014
Folie aveugle
A la fois assassine et suicidaire. On ne sait comment traiter autrement l'attitude de l'Etat israélien vis-à-vis de la population de Gaza.
L'objectif de l'opération menée par l'armée israélienne est clair, même si des fous furieux qui ont tué trois adolescents israéliens lui en ont offert une occasion qu'on n'oserait qualifier d'idéale: "nous avons été mandatés à l'échelon politique pour frapper durement le Hamas", a affirmé le porte-parole de l'armée le 8 juillet (1).
"Depuis le début ou presque, le gouvernement israélien savait que les garçons étaient morts. Et s'il a prétendu qu'il restait un espoir c'était un prétexte pour démanteler les cellules opérationnelles du Hamas en Cisjordanie", écrit Jonathan J. Goldberg (1). Qui affirme que le gouvernement de Netanyahou a voulu, dès le début, faire du Hamas le responsable de ce crime alors qu'il savait pertinemment qu'il s'agissait "d'un dérapage d'un clan familial d'Hebron affilié au Hamas".
La violence a évolué ensuite en spirale, le nombre de morts, y compris des enfants, étant actuellement multiplié par cent du côté palestinien.
C'est la loi du Talion appliquée jusqu'à l'excès, dans une violence démesurée. La loi du Talion, c'est celle de l'homme qui régresse de plus de deux mille ans. Mais ici, ce n'est même pas œil pour œil, c'est yeux pour œil, écrit Charb: "pour un œil, les deux yeux, pour une dent, toute la mâchoire" (2).
Des amis me relataient récemment leur voyage en Palestine, leur écœurement face à l'humiliation que les Israéliens font subir quotidiennement aux Palestiniens. Allant jusqu'à établir une politique d'apartheid stigmatisant la population palestinienne, comme les nazis l'ont fait avec les Juifs.
"Quand il n'y a pas de progrès vers la paix, une escalade de la violence s'ensuit automatiquement. La décision de Netanyahou de ne pas s'orienter vers la partition du pays l'a mené au bord d'une implosion politique qui l'empêchera de relever le défi de toute sa carrière: l'Iran", écrit le journaliste israélien Ari Shavit (3).
Les œillères israéliennes mènent les deux populations dans le mur. "Israël ne veut pas d'un Etat palestinien viable, avec un territoire et des frontières clairement définis, écrit Youssef Bazzi (4). Mais Israël ne veut pas non plus être l'Etat de tous ses habitants (y compris les Palestiniens). Il n'est ni capable de se séparer des Palestiniens ni de les englober. Son problème, c'est l'existence même des Palestiniens. Le seul fait qu'ils existent rend impossible la réalisation de l'Etat juif." Le journaliste libanais constate l'aveuglement de l'Etat palestinien, "prisonnier d'un projet non viable", son absence de volonté de recherche de solution, sa course dans une impasse. "Les Israéliens sont engagés dans une fuite en avant et se laissent aller au délire qui consiste à refuser tout à la fois la solution de deux Etats (israélien et palestinien côte à côte) et la solution d'un seul Etat pour les Juifs et les Arabes. Leur seule perspective, c'est toujours plus d'occupation et de spoliations. Israël a décidé de vivre dans la guerre permanente. De ne pas s'accorder la paix ni de donner leurs droits aux Palestiniens. (4)"
Cette spirale imbécile de la violence déborde fatalement partout. Dans les deux camps, là-bas comme ici, des attiseurs de haine appellent à casser, sinon, à tuer des Arabes ou des Juifs (4). La confusion entre Juifs et Israéliens, entre Palestiniens, Arabes et Musulmans fait l'affaire des va-t-en-guerre et des extrémistes de tous bords.
Aujourd'hui, l'armée israélienne a tué 87 personnes à Gaza.
Résumons-nous: l'homme, s'il n'est pas désespéré, est désespérant.
(1) "Une guerre dont personne ne voulait", Forward (New-York), 10.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014. (note: Le Courrier International présente l'hebdomadaire Forward comme la "publication de référence de l'intelligentsia juive américaine".)
(2) "Le suicide d'Israël", Charlie Hebdo, 16 juillet 2014.
(3) "Tel-Aviv n'est plus une bulle", Ha'Aretz (Tel-Aviv), 10.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014.
(3) "Israël n'est pas un Etat normal", Al-Mustaqbal (Beyrouth), 13.07.2014, in Le Courrier International, 17.07.2014.
(4) www.lesoir.be/6-52/article/actualite/belgique/2014-07-19/manifestation-pro-gaza-derape-bruxelles-photos
jeudi 10 juillet 2014
Coucou, roux, coucou
Le temps automnal que nous connaissons en ce début juillet ne doit pas nous amener à relâcher notre action dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il a des conséquences dramatiques. En voici une preuve de plus: d'après des généticiens écossais, d'ici quelques centaines d'années, si le réchauffement de la planète se poursuit, celle-ci pourrait bien ne plus compter aucun roux (1). Ce qui serait bien triste, la diversité humaine y perdrait des couleurs. Une, en tout cas. "Une belle tête, sous une perruque rousse, n'est autre chose que le Soleil au milieu de ses rayons; ou le Soleil lui-même n'est autre chose qu'un grand œil sous la perruque d'une rousse", écrivait Cyrano de Bergerac (2).
On voit par là que pour le bien de la planète il faut à la fois lutter contre le réchauffement climatique et faire des enfants roux.
Personnellement, ma conscience citoyenne m'a amené à agir des deux manières.
"On reconnaît le rouquin aux cheveux du père et le requin aux dents de la mère", disait Pierre Desproges (2).
(1) http://www.lalibre.be/lifestyle/magazine/les-roux-une-espece-en-voie-de-disparition-53bbef4a357013fdc9c5edb1
(2) cité par Xavier Fauche in "Roux et rousses - un éclat très particulier", Gallimard Découvertes.
dimanche 6 juillet 2014
Boire et déboires
Le Français est chauvin, le Belge ne cesse de le dire. Lui ne l'est pas. Mais alors pas du tout, il en est convaincu.
Quittant pour quelques jours la France, à la veille du match de foot opposant les Bleus à l'Allemagne, je n'y vois guère de drapeaux aux couleurs nationales arborés aux fenêtres. Arrivant en Belgique, à Tournai plus précisément, je n'y compte pas les centaines, les milliers de drapeaux affichés aux fenêtres et aux murs des maisons, accrochés aux voitures, à leurs rétroviseurs, les gens vêtus de rouge-jaune-noir. L'hystérie collective a gagné le pays. Les journaux ne parlent que de foot, que de cette équipe nationale qui enthousiasme le pays et ira, c'est sûr, jusqu'en finale. Si pas au-delà. Le monde a dû s'arrêter de tourner. La presse n'a plus ni espace ni temps pour aborder d'autres sujets. On voit par là que le Belge est un supporteur comme les autres, chauvin, nationaliste, sûr que son équipe est la meilleure.
Ce samedi à 18h, à l'heure de la rencontre opposant les équipes belge et argentine, je sors en ville. Elle n'est qu'une clameur. Les supporteurs en retard se pressent vers la grand-place, où se donne la grand messe. Ailleurs, les rues sont vides, d'un calme inhabituel à cette heure. Derrière des fenêtres, on entend parfois les commentaires du journaliste de la RTBF, on devine des gens vêtus aux couleurs nationales. La police a mobilisé ses chevaux qui frappent le pavé de leurs sabots. Autour des poubelles s'entassent des canettes de Jupiler. Les rues sentent l'urine. Les homme savent pourquoi. Déjà, la rumeur de la foule s'est adoucie. La Belgique est menée au score. "A la chanson wallonne", à Saint-Piat, l'amertume a gagné les verres. Dans un café du quartier de Sainte Marguerite, Che Guevara ne parvient pas à motiver la petite dizaine de supporteurs qui regardent la télé d'un œil déçu: "hasta la victoria siempre", dit-il. On sait quel camp il soutient.
Aux terrasses des cafés, des supporteurs trop sensibles au stress, boivent une bière, loin des écrans. Au café "Le Paradis", on espère un miracle. Mais c'est Messi et non les Diables qui y fait la loi. La fête est finie. C'est trop injuste. On était pourtant les meilleurs. "Chuis trop zaraf", dit un jeune au bord des larmes. La pluie tombe drue, nettoyant les trottoirs et les coins de porte. Une écharpe aux couleurs belges dérive lentement sur l'Escaut.
samedi 28 juin 2014
Coïtus interruptus
Il faut se rendre à la raison, même si elle est cruelle, l'animateur radio est comme l'homme: mortel. Certains ne pouvaient y croire, sûrs qu'ils animeraient leur émission jusqu'à la (prochaine) nuit des temps. Et même au-delà. La nouvelle directrice de France Inter vient d'annoncer à Ivan Levaï, 77 ans, qu'elle n'avait plus besoin de ses services pour assurer la revue de presse du week-end. Le journaliste est outré, s'estime rangé "dans la catégorie des vieux cons caducs" (1).
Daniel Mermet, 71 ans, est dans le même cas. L'homme, qui était devenu pour nombre de ses auditeurs le gourou du politiquement incorrect et de l'altermondialisme, avait aussi mué, insensiblement, en une caricature de lui-même. Il se dit aujourd'hui victime "d'une décision politique" (2).
Si ces animateurs sont des victimes, c'est d'abord d'eux-mêmes, de ne pas avoir accepté le temps qui passe, de ne pas avoir envisagé leur retraite (et donc accepter de se mettre en retrait), de ne pas avoir organisé leur succession. A ne pas être capable d'entrevoir sa propre obsolescence, on devient effectivement un vieux con.
Nicolas Bedos se réjouit de la décision de son père, Guy, qui vient de mettre fin à sa carrière sur scène, en pleine forme à 80 ans: "quand on aime vraiment les gens, on a envie que ça finisse en beauté. Et moi, je fais partie de ceux qui ne disent pas: oh non, c'est dommage! Je fais partie de ceux qui l'ont encouragé, par amour, par grande estime, par admiration pour le chemin accompli" (3).
Ils sont trop nombreux ces personnages publics, qu'on a aimés et appréciés, mais qui ont la prétention d'affirmer que l'âge n'a pas prise sur eux et qui finissent pathétiquement, sur scène ou à l'antenne, n'étant plus admirés que de leurs seuls fan(atique)s pour ce qu'ils furent bien plus que pour ceux qu'ils sont.
Je ne t'ai jamais dit
Mais nous sommes immortels
Immortels
As-tu pensé parfois
Que rien ne
Finirait?
Dominique A
(1) http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2014/06/24/vire-de-france-inter-ivan-levai-dit-avoir-ete-range-dans-la-categorie-des-vieux-cons-caducs_1049523
(2) http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/28/daniel-mermet-prive-dantenne-vrai-martyr-changement-necessaire-253291
(3) "Guy Bedos en toute liberté", France 3, 23 juin 2014.
Relire aussi sur ce blog: "Coucouroucoucou, Mouskourou", 11 mars 2014.
mercredi 25 juin 2014
Les belles histoires de Marraine Lapine
Voici l'histoire de Marraine Lapine. Elle n'a pas eu de chance dans la vie. Elle a un papa bouledogue (oui, la nature est parfois bizarre) qui est méchant. Il n'aime pas les autres, tous ceux qui ne sont pas bouledogues ou lapins. Il aboie tellement fort que beaucoup de gens évitent de s'approcher de lui.
Mais Marraine Lapine n'est pas comme son papa. Elle est très gentille. D'ailleurs, elle a tout plein de filleuls qui l'aiment beaucoup.
Elle aurait voulu s'associer avec d'autres familles d'autres pays pour être un tas de chouettes copains et gagner tous ensemble de l'argent. Mais elle n'a pas voulu faire équipe avec des loups. Elle a essayé de discuter avec eux, mais elle s'est rendu compte qu'ils avaient de grandes dents. Plus grandes que les siennes à Marraine Lapine. Alors, elle a dit : tant pis, on ne fera pas une chouette grande famille. C'est parce qu'elle a le sens du sacrifice. Elle a fait sa B.A., sa bonne action. C'est bien la preuve que Marraine Lapine est gentille et que ceux qui disent le contraire sont des menteurs.
Lire:
http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/25/groupe-parlement-europeen-marine-pen-a-fait-sacrifice-253187
www.lesoir.be/580496/article/actualite/belgique/elections-2014/europeennes/2014-06-24/marine-pen-echoue-former-un-groupe-au-parlement-europeen
http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/24/pari-rate-marine-pen-les-nationalistes-saiment-les-uns-les-autres-253153
lundi 23 juin 2014
Sacré nom de dieu
Une société ne peut vivre sans règles. Elles sont indispensables à son organisation. Sans elles, ce serait la porte ouverte à la violence. Les sympathiques militants de l'Etat islamique en Irak et au Levant l'ont bien compris. C'est pourquoi ils ont édicté une charte (1) qui devrait être un modèle pour tous les fascistes de la planète. Elle prévoit, pour celles et ceux qui s'opposent à la volonté de Dieu, "l'exécution, la crucifixion, l'amputation des bras ou (et) des jambes, ou l'exil". Elle n'autorise les femmes à sortir de chez elles que si c'est vraiment indispensable et uniquement si elles sont accompagnées d'un homme (légitime) et entièrement couvertes. Elle interdit l'usage de l'alcool, du tabac et des drogues. Et les habitants de Mossoul et tous ceux qui seront soumis à cette loi ne peuvent protester, puisque toute manifestation publique est interdite.
Résumons-nous: Dieu est amour.
Je bois du vin, et l'on me dit, à droite et à gauche:
"Ne bois pas de vin, c'est l'ennemi de la religion!"
Quand j'ai su que le vin était l'ennemi de la religion,
J'ai dit: "Par Allah! Laissez-moi boire son sang, c'est un acte de piété."
Ne suis pas la Sunnat, laisse ses préceptes;
Ne refuse à personne le morceau que tu possèdes;
Ne calomnie pas, n'afflige pas un seul cœur;
Je te garantis le monde à venir... Apporte du vin.
Omar Khayyâm, Quatrains (Mille et Une Nuits)
(1) www.liberation.fr/monde/2014/06/23/les-16-commandements-de-l-etat-islamique-en-irak-et-au-levant_1048158
mardi 17 juin 2014
Les chiens sont lâchés
Est-ce l'œuf ou la poule? Le succès du FN aux élections européennes a-t-il libéré les hommes qui se comportent en chiens? Ou est-ce parce que l'époque est à la haine de l'autre, à l'exclusion et à l'expression violente que la fille à papa Le Pen triomphe? Les deux causes se renforcent.
En tout cas, les agressions homophobes se multiplient, tout comme celles contre les Juifs ou les Roms.
Dernière en date: le lynchage d'un adolescent rom par une douzaine de personnes qui le soupçonnaient d'être l'auteur d'un cambriolage (1). L'adolescent est dans un état critique. Cette brutale attitude de cow boys qui se prennent pour des justiciers inquiète.
Imaginons le pire: le parti de la famille Le Pen est au pouvoir. A chaque fois, ce sera la victime de l'agression qui sera forcément coupable. Elle "avait qu'à pas" être là ou faire ce qu'elle a fait, provoquer en montrant sa différence, être ce qu'elle est, tout simplement. Brusquement, la violence dénoncée par ailleurs devient légitime. L'époque sent mauvais.
La théorie du "grand remplacement" fait son chemin, nous dit-on. Des peuples (entendez les Arabes) se sont donné pour objectif de remplacer le peuple français. L'expression fait florès à l'extrême droite, y compris chez les Le Pen (2). Même si les chiffres disent l'inverse. "L'an dernier, le solde migratoire de la France, c'est-à-dire la différence entre les entrées et les sorties, était selon l'INSEE de quarante mille personnes (ce qui n'est rien). Parler d'invasion est délirant", estime le démographe Hervé Le Bras (3). Ce qui n'empêche pas la fille à papa Le Pen de parler d'une "immigration considérable" (2). Le nombre d'immigrés (dont des Européens) qui s'installent en France, parfois provisoirement, est de 0,4% de la population française, alors que la moyenne de l'OCDE est de 0,6% (2).
Pendant ce temps, papa et fifille Le Pen se disputent par lettre (4). Ou font semblant. Le vieux qui a dû céder sa place ne s'en remet pas et reproche à la présidente qui est aussi sa fille de ne pas assumer l'héritage. Tu es aussi raciste que moi, lui dit-il, tu aimes aussi fréquenter les nazis (5). L'héritière d'un père condamné neuf fois par la Justice pour négationnisme ou racisme voudrait donner d'elle une image proprette. Mais papa se fait un malin plaisir de rappeler qu'on n'échappe pas à son destin et qu'on ne peut cracher dans la soupe surtout qu'on est née avec une petite cuillère en argent dans la bouche.
(1) http://www.liberation.fr/societe/2014/06/17/quand-les-riverains-s-en-prennent-aux-roms_1043446
www.liberation.fr/societe/2014/06/16/un-jeune-rom-dans-le-coma-apres-avoir-ete-lynche_1042828
(2)
http://rue89.nouvelobs.com/2014/06/11/grand-remplacement-lidee-raciste-propage-252747
(3) Télérama, 4 juin 2014.
(4) www.huffingtonpost.fr/2014/06/13/perles-lettre-ouverte-jean-marie-le-pen-marine_n_5491096.html?utm_hp_ref=france
(5) Marine Le Pen a participé, début 2012 à Vienne, à un bal organisé par des néo-nazis. Elle a déclaré ne pas voir "où est le problème". (Re)lire sur ce blog: "Difficultés de la filiation" (27 février 2012) et "Vieilles marmites" (16 janvier 2012).
Passage
Apprenant le décès de quelqu'un que j'ai connu en politique, je me suis rendu aux Portes d'Enfer. J'y ai vu passer son âme.
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