lundi 10 juin 2024

Gueule de bois

Nous voilà triplement atterrés. Par le résultat à l'élection européenne d'hier en France de l'extrême droite et de la droite extrême  qui totalisent ensemble 40,21% (1), par la décision insensée du président Macron de dissoudre l'Assemblée nationale et par l'effondrement, dans de nombreux pays européens, des partis qui portent le combat écologique.

Ce pays conservateur  qu'est la France croit-il vraiment à la dédiabolisation du FN devenu RN ? Les visages et les discours se sont lissés et les promesses de jours heureux se sont additionnées sans qu'on sache comment le monde tournerait mieux avec cette extrême droite nationaliste et xénophobe, qui regarde l'avenir dans un rétroviseur. Les programmes sont pauvres et les arguments faibles, mais "on a besoin de changement", disent les électeurs du RN qui choisissent donc le parti qui ne changera rien. Avec le RN au pouvoir, l'environnement, les droits de l'homme, les valeurs d'accueil, d'ouverture, de fraternité, la solidarité avec l'Ukraine valseraient à la poubelle. Et son programme économique, de l'avis de tous les experts, n'a aucune crédibilité. En attendant, le FN-RN fait la course en tête. Et de loin. Le parti de la famille Le Pen, des fainéants (ses élus européens travaillent très peu), des philistins et des incompétents triomphe, avec l'aide de certains médias fascinés par Jordan Bardella, le jeune loup aux dents longues et aux idées courtes.

Le diable est à la porte et le président la lui ouvre. Emmanuel Macron obéit à Bardella qui l'avait appelé à dissoudre l'Assemblée nationale au vu de son score. Macron, "kamikaze de la dissolution" (2), tente un "pari fou", "un coup de poker", pour se redonner une majorité (un peu) plus claire, au risque d'offrir le gouvernement au parti d'extrême droite. Une explication circule : Macron essaierait de démontrer, en l'amenant au pouvoir, l'incompétence, notoire mais non démontrée, du FN-RN. Et les électeurs rejetteraient ainsi la fille à papa Le Pen en 2027. "On n'a pas encore essayé l'extrême droite", disent nombre d'électeurs. Les Hongrois l'essaient depuis quatorze ans. Orban est premier ministre de Hongrie depuis 2010. On ne se débarrasse pas facilement de l'extrême droite. Une extrême droite que le dérèglement climatique laisse indifférent. Elle préfère, courageusement, fermer les yeux. Ce qu'apprécient ses électeurs que le simple prononcé du mot écologie hérisse.

L'écologie, et donc l'avenir de l'humanité, est la grande perdante (même s'il y a d'heureux îlots de résistance et même de victoire - tel le Danemark) du scrutin européen. Quand elle n'est pas criminalisée (3), elle est traitée de punitive. Alors que ce sont nos modes de production et de consommation qui sont punitifs. En témoignent la hausse constante des températures, les sécheresses et les incendies qui y sont liés, la hausse du niveau des mers, l'augmentation du nombre de tempêtes, des précipitations et des inondations, avec leur lot de drames. Mais les électeurs préfèrent s'en lamenter sans devoir s'en soucier. 

Le monde meurt de l'absence de femmes et d'hommes politiques à la hauteur des enjeux actuels : dérèglement climatique, guerres, migrations, surpopulation. Qui fait encore de la politique aujourd'hui ? La plupart des élus (il est quelques heureuses exceptions) font de la politicaille, pas de la politique. Ils cherchent le pouvoir, pensent à leur avenir, pas à l'avenir commun, à celui de l'humanité, de la planète. Allons-nous hériter des pires ?
Après "Ma vie en pays grognon" (4), vais-je écrire "Ma vie en pays haineux" ? Allons-nous passer d'une peste sanitaire à une peste politique ?


dimanche 9 juin 2024

Pestilence

Un mélange de rance et de renfermé, c'est l'odeur que dégage la France ce soir d'élection européenne. 
Si on en croit les estimations à 20h, près de quatre électeurs français sur dix ont voté pour l'extrême droite. 

jeudi 6 juin 2024

Protéger la famille des gendres nuisibles

"L'Europe, ça suffit !", crie le slogan de campagne d'un triste sire. Comment peut-on vouloir en finir avec l'Union européenne ? Quelle méconnaissance de l'histoire faut-il avoir ? Quelle prétention nationaliste faut-il avoir pour penser qu'on peut exister seul ? De quelle bêtise faut-il être pétri pour appeler à une fermeture des frontières ? L'Union européenne, c'est la liberté de penser, de s'exprimer, de circuler, de s'installer où l'on veut, et certains qui bénéficient de tous ces indispensables avantages voudraient y mettre fin ? Aucune autre entité politique au monde n'offre une telle liberté.
Les membres du groupe musical allemand Sparkling constatent (1) que "en Europe, il est très simple de passer d'un pays à l'autre, à tel point qu'il semble ne plus exister de véritables frontières : c'est ce qui en fait toute la beauté et c'est une grande chance." Depuis que la Grande-Bretagne a quitté l'UE, le groupe hésite à aller y jouer, tant l'administration s'est compliquée.
Le camionneur tchèque Damian Kysely se réjouit de la disparition des frontières : "voilà plus de trente ans que j'exerce ce métier, et j'ai vu la différence avec l'entrée en vigueur de l'espace Schengen. Avant, on gardait dans son camion un dossier rempli des papiers qu'il fallait présenter à la frontière, et l'on pouvait jusqu'à une journée et demie à la douane. Maintenant, on ne s'arrête même plus". 
Katrin Spak est allemande. Elle a vécu à Budapest dans le cadre d'un Erasmus et travaille comme bénévole dans une association humanitaire espagnole. "Ayant grandi avec l'Europe, je n'ai même pas l'impression qu'il existe de véritables frontières. (...) Vivre sur ce continent, où l'on a pas à se préoccuper de sa sécurité et de sa subsistance au quotidien, c'est un véritable privilège."
L'Irlandaise Emer Mac Diarmada, chargée de la promotion du tourisme irlandais dans les pays scandinaves, estime que "grâce à son adhésion à l'UE, le processus de paix a beaucoup avancé en Irlande et le pays s'est considérablement transformé". Elle se félicite que l'Union facilite la libre circulation en son sein.
L'écrivain espagnol Javier Cercas le répète : "seule l'Europe unie peut préserver la paix, la prospérité et la démocratie - démocratie que le national-populisme, réactionnaire et en progression partout dans le monde, veut détruire en prétendant la protéger. C'était d'ailleurs aussi le discours de ceux qui ont pris d'assaut le Capitole, à Washington, en 2021".

Dimanche 9 juin, c'est pour cette Union qu'il faut voter, en barrant la route aux sinistres corbeaux, même s'ils sont déguisés en gendre idéal. Il est des gendres idéaux tellement pervers et nuisibles qu'ils détruisent leur famille. 

(1) Tous les témoignages cités ici sont extraits de l'excellent hors-série de Zadig, publié en partenariat avec Arte, intitulé "Rêver l'Europe" (2024). 


Message d'Avaaz :

dimanche 2 juin 2024

RN comme Rance National

Que s'est-il passé ? Il y a vingt ans, la jeunesse disait haut et fort qu'elle "emmerde le Front national" et voilà qu'une part importante de la jeunesse actuelle se laisse séduire par le Rassemblement national, frère jumeau du même Front bas.
Le jeune loup et la mère grand s'affichent côte à côte, tout sourire, sur toutes les places de France et s'apprêtent à faire un carton à l'élection européenne dimanche prochain. Lors de débats, l'un et l'autre ont fait et font la démonstration de leurs grandes limites intellectuelles, mais peu importe pour leurs électeurs leur absence totale d'idées novatrices et audacieuses, leurs revirements, leur bêtise et leurs contradictions. Les sourires, les tapes dans le dos, les flatteries, les phrases creuses et les selfies font office de programme.

Jordan Bardella, tête de liste, évite tant qu'il peut de participer à des débats collectifs, préférant y envoyer certains de ses colistiers, bien conscient de sa faiblesse argumentaire. Le récent débat entre lui et le premier ministre Gabriel Attal a vite tourné à l'avantage de ce dernier qui n'a eu aucun mal à démontrer que le jeune leader d'extrême droite ne maîtrise aucun dossier. Bardella est capable, sur un même sujet, de dire blanc un jour et noir le lendemain, sans sembler se rendre compte de ses contradictions. A moins qu'il s'en moque, convaincu que ce ne sont pas ses idées faisandées qui lui permettront de l'emporter.
Le FN-RN se présente comme anti-système, mais ne fait que conforter le vieux système. Au Parlement européen, ses élus ont systématiquement rejeté les textes qui tentent de sauver le climat et d'améliorer la biodiversité. Et dans le domaine économique, ils défendent les intérêts des plus grands groupes capitalistes. "Selon l'enquête publiée par jevotelobby, des élus du Rassemblement National ont voté à répétition pour défendre les intérêts de grandes multinationales. Super-profits de Total, emballages jetables de McDo, voitures de luxe… loin de son image “antisystème”, l’extrême droite protège les intérêts des puissants et bloque les changements indispensables sur l’urgence climatique."  (1) Deux exemples parmi beaucoup d'autres : le RN a voté l’amendement McDo contre l’interdiction des emballages jetables à usage unique et a rejeté l’amendement Ferrari, accordant ainsi un privilège aux voitures de luxe non françaises sur la réduction des émissions de CO2. 

Un sondage réalisé pour Arte (2) dans l'ensemble de l'Union européenne fait apparaître les priorités des électeurs européens : la santé (41 %), la guerre (38 %), puis à égalité l'environnement et le pouvoir d’achat. L'immigration vient en cinquième position. Le FN-RN prétend défendre, avec des arguments de repli économique suicidaire, le pouvoir d'achat et met en avant la lutte contre l'immigration tout en rejetant systématiquement toute tentative de protection de l'environnement. Sur sa liste figure Thierry Mariani, un élu européen cul et chemise avec le régime de Poutine pour qui il affiche toute son admiration. Le FN-RN est ainsi un parti totalement à côté des enjeux actuels mais qui doit son succès à ses analyses tronquées, au repli identitaire et à la résistance au changement. 

Un texte de loi sur les salaires minimaux dans l'UE a été rejeté par les élus RN (3). Et ils se sont abstenus sur la directive sur la transparence salariale qui permet de lutter contre les écarts de rémunération entre hommes et femmes. Ce sont ces mêmes élus qui osent prétendre être les seuls à défendre le peuple.

"Sur tous les sujets qui font l’actualité, écrit Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde (4), la guerre en Ukraine, la menace russe, le RN a de quoi inquiéter tant sa défense autoproclamée de la souveraineté française s’accorde mal avec la complaisance manifestée par ses dirigeants à l’égard de Vladimir Poutine. En matière économique, les incohérences de son projet sautent aux yeux car si elle a renoncé à torpiller la monnaie unique, Marine Le Pen n’a pas pour autant validé ses règles de fonctionnement. La politique budgétaire qu’elle défend – une accumulation de dépenses et de baisses d’impôts à vocation électoraliste – l’expose à de sérieuses déconvenues."
Du FN au RN, c'est toujours le même vieux parti réac. Cécile Prieur, directrice de la rédaction du Nouvel Obs (5): "Derrière l’image normalisée de ses 88 députés et de son candidat aux européennes, c’est bien un repli hors d’âge que nous vend le parti lepéniste, un Frexit à bas bruit qui découlerait du détricotage méthodique des traités européens qu’il prône. Quant à la préférence nationale, cette idéologie rance, xénophobe et raciste, elle est toujours la pierre angulaire du programme frontiste, brandie sans rire comme la réponse à tous les maux sociaux. Plus c’est gros, plus ça passe : il n’est qu’à voir l’expression de plus en plus décomplexée du racisme, à la table des éditorialistes comme sur les réseaux sociaux, pour comprendre à quel point sont désormais grandes ouvertes les vannes identitaires."

Dimanche prochain, les jeunes électeurs (et les moins jeunes) diront s'ils préfèrent un avenir certes plein d'incertitudes mais vivable et séduisant à un passé moisi et malodorant.

(1) https://secure.avaaz.org/campaign/fr/jordan_bardella_doit_sexpliquer_loc/?baluBfb&v=158274&cl=21400540821&_checksum=93b8fca16515295a4aed277f616d3610bbc13ffa19a7e06dca29cf6b49d897cb
(2) Arte, Journal, 6.5.2024.
(3) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/05/16/europeennes-2024-comment-ont-vote-les-eurodeputes-francais-sur-les-textes-concernant-l-emploi-et-la-protection-sociale_6233542_4355770.html
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/14/l-extreme-droite-n-est-pas-devenue-moins-radicale-qu-a-l-epoque-de-jean-marie-le-pen-mais-elle-est-plus-difficile-a-combattre_6233034_3232.html
(5) https://www.nouvelobs.com/politique/20240516.OBS88442/derriere-le-storytelling-bardella-le-vrai-visage-de-l-extreme-droite.html


mercredi 22 mai 2024

Une voix inquiète

A vingt ans, il a quitté un camp de jeunesse du régime pétainiste pour rejoindre le maquis. Il a pris les armes pour défendre la liberté de son pays et se battre contre le nazisme. Après le débarquement, il s'est engagé dans l'armée. Une fois la paix retrouvée, comme tant d'autres, il s'était dit "plus jamais ça !". Plus jamais de nazisme, de fascisme, de guerre, de rejet de l'autre. Et il y a d'autant plus cru qu'il a vu l'Union européenne se construire pas à pas, il a vu les ennemis d'hier non seulement dialoguer, mais mieux : collaborer, partager et échanger pour avancer ensemble.
Aujourd'hui, ce Berrichon a cent ans et est inquiet pour l'avenir. Inquiet de la montée qui semble irrésistible de l'ultra droite, comme il l'appelle. Il pense qu'elle devrait être exclue pour ses positions excluantes.
Il se désole de voir certaines de ses connaissances manifester contre un projet de centre d'accueil pour réfugiés dans un village voisin. Qu'ont donc fait ces gens qui ont fui la violence et la misère pour mériter tant de rejet et de haine ?, demande-t-il. Il est fâché de voir le maire menacé. 
Il dit qu'il faudrait expliquer aux jeunes le danger qui les menace si l'ultra droite arrive au pouvoir, qu'il faudrait que tout le monde vienne aux commémorations de l'armistice pour se souvenir du prix de la paix,  qu'il faudrait rappeler à chacun tous les bienfaits de l'Europe. Mais il ne veut pas prendre la parole, convaincu que ce qu'il peut dire ne changera pas les opinions de gens aux idées arrêtées. Il pense qu'on le traitera de vieux con, lui, ce vieux sage. *
A l'heure où le parti des Le Pen est donné largement en tête et séduit notamment de très nombreux jeunes par son discours simpliste et excluant, une voix comme la sienne doit pourtant être entendue. 

Tout comme celle de  l'écrivain Laurent Gaudé.
Ma génération a longtemps pensé que cette Europe était acquise, qu'elle serait le cadre fixe de nos vies, et elle découvre avec stupéfaction qu'elle pourrait bien être la génération qui l'enterrera ou, en tout cas, celle qui verra les premiers signes de sa fin. Ceux qui, comme moi, croient en cette aventure, seront coupables, s'ils ont laissé la place à la parole du contre. Il ne s'agit pas de nier les frustrations, les colères, les insatisfactions. J'en ai - et de nombreuses. Mais je fais la différence entre des colères que l'on peut transformer en combats politiques et la négation par principe de ce grand mouvement de fond qui, depuis plus de cinquante ans, bâtit un pays plus grand que nos vingt-sept nations. (...)
Les siècles qui nous précèdent sont des ogres qui ont avalé le courage et le génie par vies entières.
Et nous sommes là,
Nous, 
Avec ces mots qui nous ont été légués : "Nation", "Egalité", Liberté",
Que nous contemplons avec fatigue.
Depuis si longtemps nous sommes citoyens de l'ennui.
Jeunesse !
Jeunesse !
Il nous faut ton sursaut. 
Laurent Gaudé, "Nous, l'Europe - banquet des peuples" (Actes Sud, 2019)

Le dimanche 9 juin, faisons mentir les sondages, faisons barrage à l’extrême droite, votons pour un parti démocratique pro-européen. 

Sur le même sujet, (re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/05/ma-plus-grande-patrie.html

(* Tout ceci est véridique)


lundi 20 mai 2024

Perdu dans le brouillard céleste

Dieu existe, il faut bien le constater. Il s'est manifesté encore en ce dimanche de Pentecôte. Il est descendu sur la tête de certains de ses apôtres. Pas sous forme de feu directement cette fois, mais de brouillard. Et, perdu, l'hélicoptère qui transportait le président iranien Ebrahim Raïssi s'est écrasé sur la montagne, dans un feu d'enfer. Avec lui ont disparu le Ministre des Affaires étrangères et d'autres dignitaires du régime islamique.
Dieu manque de délicatesse dans ses manifestations, mais s'il a fait l'homme à son image on n'est guère surpris. "Ce descendant du Prophète, écrit Le Monde (1), a démontré sa loyauté sans faille envers le noyau dur de la République islamique d’Iran, dont le Guide suprême, les gardiens de la révolution (l’armée idéologique du pays) et les appareils sécuritaires du pays, en jouant un rôle important dans presque tous les dossiers de violation des droits humains depuis la révolution en 1979." Juge religieux, il a condamné à mort des milliers de prisonniers politiques. Il a été placé sur la liste noire des dirigeants iraniens sanctionnés par les Etats-Unis pour « complicité de graves violations des droits humains ». Le Monde rappelle aussi que, face aux manifestations qui ont suivi la mort, en septembre 2022, de Mahsa Amini, celui qu'on surnomme le Boucher de Téhéran avait appelé à une « confrontation ferme » face aux manifestants. "Pendant cette vague de contestation, au moins cinq cents civils ont été tués en lien avec les manifestations. Des dizaines de milliers d’Iraniens ont été arrêtés. Au moins huit ont été pendus." Il a réinstauré la police des mœurs qui fait la chasse, dans les rues iraniennes, aux femmes qui ont l'impudence de sortir sans voile.
Samedi dernier encore, sept personnes, dont deux femmes, ont été pendues. L'Iran est un des pays qui exécute le plus dans le monde, avec la Chine et l'Arabie saoudite. L'ONG Iran Human Rights a déjà comptabilisé 223 exécutions cette année, dont au moins 50 au cours du seul mois de mai (2).

Ce régime haïssable qui hait les femmes et la liberté de pensée et d'expression vient de perdre un de ses fidèles serviteurs, mais pas sa tête. Le vrai pouvoir est entre les mains du vieil ayatollah Khamenei, de ses proches et des Gardiens de la révolution. "Aussi, écrit Le Monde, les équilibres internes de Téhéran ne devraient pas être bouleversés. La diplomatie de la République islamique d’Iran, notamment son soutien militaire et stratégique à ses alliés dans la région, dont le président syrien, Bachar Al-Assad, le Hezbollah libanais, les houthistes au Yémen et les milices chiites en Irak, ne devrait pas non plus évoluer." Dieu a encore du boulot.

Post-scriptum : On est étonné mais heureux d'apprendre que le président chinois, Xi Jinping, a fait savoir qu'il partage la douleur du peuple iranien. Il semble enfin comprendre ce que signifie vivre sous une dictature.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/05/20/ebrahim-raissi-le-president-iranien-qui-etait-pressenti-pour-succeder-au-guide-supreme-est-mort_6234317_3210.html
(2) https://www.lalibre.be/international/moyen-orient/2024/05/18/iran-deux-femmes-pendues-les-executions-sintensifient-dans-la-machine-a-tuer-de-la-republique-islamique-qui-vise-a-semer-la-peur-KTABLWNZ65ATTC5MSZLDSN7EKA/

samedi 18 mai 2024

Quelqu'un de bien

Les antivax, les complotistes, les populistes d'extrême droite comme d'extrême gauche, les gilets jaunes, les islamistes, les communautaristes, les antisémites, ils en prennent tous pour le grade qu'ils n'ont pas. Ceux qui ont abandonné la raison, qui ont transformé leurs croyances en vérités absolues et indiscutables ; ceux qui aiment se faire du mal, remontant loin en arrière le fil de ses messages sur tel réseau dit social pour trouver une phrase qui les dérange et leur permette de l'injurier (et même de la menacer de mort) ; les Le Pen, les Bardella, les Zemmour, les Mélenchon, les élus qui se disent insoumis, tous ceux-là doivent avoir les oreilles qui sifflent chaque fois que Sophia Aram joue son dernier spectacle " "Le Monde d'après". (1)

Et puis, il y a les autres, qui, à la voir et l'écouter, passent une soirée à rire et à vibrer à l'unisson avec elle. C'était encore le cas hier soir au Centre Culturel Yves Furet à La Souterraine où nous étions quelques centaines à nous réjouir d'entendre cette voix qui nous parle et nous porte. L'ovation qui a ponctué son énergique prestation en témoigne.

"Pour mon 5e spectacle, écrit-elle, j’ai choisi de m’amuser avec la dinguerie d’une époque réussissant l’exploit de ressusciter les timbrés que l’on croyait oubliés et d’en inventer de nouveaux qui n’ont rien à envier aux premiers. Je dédie donc ce spectacle aux antivax découvrant l’innocuité d’un faux pass-vaccinal face à un vrai virus, aux petites bourgeoises le cul bien moulé dans leurs leggings venant expier leurs vacances à Courchevel en faisant la promotion d'un islam rigoriste qu'elles n'auront ni à subir ni à combattre, aux antisémites décomplexés par la grâce d’un candidat réussissant l’exploit d’être juif et pétainiste, aux gilets jaunes venus vomir leur bière sur la tombe du soldat inconnu, aux complotistes, aux populistes et aux décérébrés qui les excusent autant qu’ils les utilisent. Aux poutinolâtres qui après avoir crié tous les samedis à la dictature dans notre pays, admirent la poigne d’un autocrate sans foi ni loi… "

Il faut l'écouter jouant sa tante Fatiha et la ronde des assiettes qui ne reviennent jamais vides : un plat de nourriture offert aux voisins revient empli d'autres mets de choix, d'origines diverses. Depuis que les barbes ont poussé et que les voiles couvrent les têtes féminines, les échanges ont cessé dans l'immeuble. C'est qu'il ne faudrait pas risquer de manger un plat qui ne soit pas halal.
Il faut l'écouter jouant, avec une voix aux insupportables accents stridents, Lorraine, une jeune fille désolée d'être blanche, hétéro et cisgenre,  pleine de bienveillance pour les pauvres racisés qui sont si gentils mais ne sont hélas que de pauvres victimes de notre racisme systèmique.

Sophia Aram, qui est née et a grandi à Trappes, en région parisienne, dans une famille nombreuse d'origine marocaine, affirme avoir toujours été de gauche. Mais un jour, c'est le choc : elle apprend qu'elle est classée par une certaine gauche comme humoriste de droite. Elle a toujours été de gauche, mais c'est la gauche qui ne l'est plus, tombée dans une analyse tellement simpliste qu'elle fait de toute personne qui n'appartient pas à l'élite une victime, loin de toute vision de libre arbitre et d'autonomie de l'individu. Et qui sont tous ces gens bien nés qui viennent lui faire la leçon, lui dire qu'elle ne peut savoir ce que c'est que d'avoir vécu dans une cité ?

Je suis quelqu'un de bien, nous dit-elle : féministe, sociale-démocrate, athée, écologiste, végétarienne et surtout, surtout, universaliste. C'est là son grand crime : croire que tous les humains puissent avoir les mêmes droits et doivent respecter les mêmes règles. Apparemment, une valeur de droite désormais pour une gauche perdue corps et biens dans un naufrage (im)moral, une gauche qui n'a plus aucun sens de l'humour. Aucun sens.
Rire avec cette femme qui depuis ses débuts fustige les teubés fait du bien.

Son spectacle "Le Monde d'après" a reçu récemment le Molière de l'humour (2). Et ça aussi, ça fait du bien.

(1) https://www.fnacspectacles.com/artist/sophia-aram/sophia-aram-le-monde-dapres-tournee-3408563/
(2) https://www.youtube.com/watch?v=_350IG3xrSg

jeudi 16 mai 2024

Soumission

Les religions se portent bien. Les partis de différents bords font ce qu'ils peuvent pour les aider à exercer leur pouvoir sur leurs ouailles. La religion est l'opium du peuple et tant mieux si elle nous rapporte des voix, se disent-ils. 

La France insoumise ne l'est pas totalement. On l'a écrit déjà : elle est soumise aux analyses simplistes et sans nuance, mais aussi à l'islamisme. Qui se permet de critiquer la religion musulmane se trouve aussitôt traité d'islamophobe. La religion est sacrée pour les populistes.
En Belgique, Ecolo s'est déclaré favorable au port du voile même dans l'administration, sauf exception. Ce parti né notamment du féminisme a trucidé sa mère. 
En Grande-Bretagne, les élections locales du 2 mai ont vu la victoire de nombreux candidats islamistes, certains sous l'étiquette des Verts. L'ancien député écossais George Galloway avait été chassé du Labour pour être devenu chroniqueur sur la chaîne iranienne PressTV et pour s'être positionné sur la ligne du Hamas. Il vient d'être réélu sur la liste islamo-gauchiste du Workers Party of Britain. (1)
Aux Etats-Unis, Dieu soutient mordicus Donald Ubu Trump. L'Eglise évangélique a fait de ce fieffé menteur-violeur-manipulateur-tricheur-mécréant-total son héros.
En Russie, le régime s'est acoquiné avec l'Eglise orthodoxe qui qualifie de sainte la guerre menée à  l'Ukraine.

Mais bons (ou mauvais) dieux !  Quel mépris ont tous ces partis et leurs élus pour ceux et surtout celles qui encaissent les coups des fous de Dieu ! En Malaisie, un tribunal islamique a condamné une mère célibataire à six coups de canne et à une amende équivalant à 800 euros. Elle est coupable de "proximité rapprochée" avec un homme qui n'était pas son mari. Une vague "verte" a submergé le pays aux élections régionales d'août 2023 et, depuis, la charia est d'application dans certaines régions du pays. (1)
La République islamique d'Iran, soutien actif du Hamas, continue à dévorer ses enfants dans une indifférence quasi générale. Le 24 avril, les autorités judiciaires ont condamné à mort Toomaj Salehi. Ce rappeur, militant du mouvement Femme, vie, liberté, dénonce le totalitarisme du régime et sa corruption. "Pour ses prises de position, écrit un collectif d’artistes et de militants des droits humains (2), Toomaj Salehi a été arrêté le 30 octobre 2022 et sévèrement torturé dès les premiers jours de sa détention avant d’être placé à l’isolement durant plusieurs mois. Libéré sous caution le 19 novembre 2023, il publie immédiatement une vidéo pour dénoncer les tortures physiques et psychiques dont il a été victime. Avec un courage inouï, il accuse la corruption de la justice, qui l’a condamné à six ans et trois mois de prison pour « corruption sur terre ». Toomaj est de nouveau violemment arrêté le 30 novembre 2023 et condamné, le 24 avril, à la peine de mort pour les mêmes faits qui lui étaient reprochés un an plus tôt. A ses côtés, d’autres opposants sont sous le coup d’une condamnation à mort pour avoir pris part aux manifestations nationales en soutien au mouvement Femme, vie, liberté."

Dans son récit "Le Couteau", dans lequel il revient sur la tentative d'assassinat dont il a été victime de la part d'un islamiste, Salman Rushdie rappelle ce qu'il a écrit après les assassinats de Charlie Hebdo : "La religion, forme médiévale de l'irrationalité, associée à l'arsenal moderne devient une menace réelle pour nos libertés. Le totalitarisme religieux a provoqué une mutation mortelle au cœur de l'islam et nous en voyons les tragiques conséquences aujourd'hui à Paris." Salman Rushdie constate, par ailleurs, qu'en Inde, son pays d'origine, "le sectarisme religieux et l'autoritarisme politique vont de pair, la violence augmente et la démocratie se meurt". 

Qu'on se rassure, de bonnes âmes prient pour nous. Le 19 mai, la chaîne d'extrême-droite CNews diffusera la messe de la Pentecôte en direct du pèlerinage traditionnaliste de Chartres. On s'attend à un record du nombre de pèlerins. Ils pourraient être 20.000. (1)

Aux élections européennes, ne votons que pour des partis et des candidats qui défendent clairement la laïcité, renvoient les religions à la maison et soutiennent le libre arbitre, l'autonomie de l'individu et la décolonisation des esprits et des corps.

(1) Fous de Dieu en folie, Charlie Hebdo, 15.5.2024.
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/30/monsieur-macron-nous-vous-demandons-d-agir-par-tous-les-moyens-politiques-et-diplomatiques-pour-faire-lever-la-peine-de-mort-du-rappeur-toomaj-salehi-prononcee-par-la-republique-islamique-d-iran_6230804_3232.html


dimanche 12 mai 2024

Cette guerre qui s'avance

Depuis quelques jours, les troupes de Poutine intensifient leurs bombardements sur Kharkiv et sa région où plus de quatre mille personnes ont dû être évacuées. Cette nouvelle pression russe n'est pas une surprise pour ceux qui suivent la situation. Et contredit ceux qui estiment qu'il suffirait de laisser à la Russie les régions déjà conquises pour qu'elle mette fin à cette guerre. Ubu Trump, par exemple, toujours aussi prétentieux et méprisant, qui affirme que, s'il était président, il mettrait fin à la guerre en vingt-quatre heures en faisant pression sur le gouvernement ukrainien pour qu’il fasse définitivement une croix sur les territoires actuellement occupés par la Russie. Etrange moyen de mettre fin à une guerre : accepter les victoires de l'agresseur-voleur.

Le projet russe est terrifiant et s'apparente, si on écoute certains de ses zélateurs les plus monstrueux, à un projet de génocide.
Il y a un peu plus d'un mois, le traducteur et poète André Markowicz exprimait son impression que le discours poutinien se radicalise. "Maintenant, c’est par dizaines que l’on trouve des déclarations selon lesquelles, l’Ukraine, il faut la détruire complètement, totalement, qu’il n’y a aucune place pour une Ukraine  quelconque, pour le nom même de l’Ukraine, même à l’intérieur de la Fédération de Russie, (...).  Chez Soloviov (note : propagandiste en chef de Poutine), on entend de plus en plus souvent des appels à raser toutes les villes, parce qu’il n’y a rien à garder, culturellement parlant, dans ces villes (même Kiev, berceau de l’orthodoxie russe), et surtout pas les gens. Les gens, explique le député Lougovoï, en particulier les habitants de Kharkov, il faut qu’ils soient anéantis, que la ville soit frappée par une « catastrophe de masse » telle qu’il n’en reste rien, ou en tout cas que personne n’y ait plus aucun moyen d’y vivre, et qu’ils partent, les habitants, « à pied ou en voiture » (...), « avec leurs baluchons » , – ces gens qui y habitent en ce moment, qu’ils partent à l’Ouest, ceux qu’on n’aura pas tués, et qu’on ne les revoie plus. Les 800.000 habitants de Kharkov aujourd’hui (...). En gros, personne (en dehors, donc, de quelques rares voix) n’a dit que ces paroles étaient un appel au génocide. Parce que, le génocide, il est aujourd’hui considéré comme nécessaire et sain, – et, finalement, ce qui est nouveau, c’est le caractère massif de ces déclarations, pas les déclarations elles-mêmes, qui ne font que poursuivre la ligne de Timoféï Serguéïevtsev énoncée il y a exactement deux ans, fin mars - début avril 2022."
Et puis, il y a eu cette déclaration solennelle de l’Église orthodoxe russe, qualifiant de « guerre sainte » ce qu'on ne pouvait appeler jusqu'alors que Opération militaire spéciale. "Ça, c’est nouveau à double titre, dit André Markowicz : d’abord, parce que, dès lors, c’est officiel, cette « opération militaire » qui, si vous la qualifiez de « guerre » en Russie, peut vous valoir jusqu’à dix ans de prison, est bien devenue une guerre – puisqu’elle est « sainte ». Ça n’a l’air de rien, mais c’est fondamental, parce que ça signifie que, pour l’État russe et la hiérarchie de l’Église orthodoxe de Moscou, c’est l’essence même de la nation qui est aujourd’hui engagée dans une guerre, et que, donc, cette guerre ne peut se régler que par une victoire totale sur les forces du mal." L’Église orthodoxe russe est très claire : « Après l’achèvement de l’opération militaire spéciale, tout le territoire de l’Ukraine contemporaine doit appartenir à la zone d’influence exclusive de la Russie. La possibilité de l’existence sur ce territoire d’un régime politique russophobe, ennemi de la Russie, doit être totalement exclue ».
L'Eglise russe en revient à des positions qu'on croyait appartenir définitivement au Moyen-Age : la Russie mène cette guerre sainte contre l’Antéchrist, contre les « assauts du globalisme et contre l’Occident tombé dans le satanisme ».  Et les prêtres orthodoxes ont l'obligation "de prier tous les jours pour la victoire des forces russes".
"Ça veut dire, estime André Markowicz, que, peu à peu, mais d’une façon très claire, Poutine a mobilisé la société tout entière, – tout le pays, et que cette guerre contre l’Ukraine est devenue une guerre existentielle." Jusqu'à l'intérieur de la Russie, explique encore André Markowicz, où des personnes  sont agressées, victimes de ratonnades, simplement à cause de leur physique asiatique ou caucasien. Dès lors, "les immigrés, par centaines aujourd’hui (mais le mouvement va s’amplifier) rentrent chez eux, du jour au lendemain (...)".

La guerre est qualifiée de sainte mais donc aussi d'existentielle, "non pas parce qu’elle est existentielle pour le pays, mais pour lui (le régime poutinien). Ce que dit Poutine (ou plutôt ce qu’il ne dit pas mais ce qu’il montre) c’est que, maintenant qu’il a les mains libres grâce à Trump (qui gouverne déjà, quoi qu’on puisse dire), il n’y aura pas de quartier, – il veut conquérir l’Ukraine tout entière et, réellement, concrètement, en remplacer les habitants. Les Ukrainiens qui ne comprennent pas qu’ils sont russes ou doivent vivre « l’influence exclusive de la Russie » seront détruits, « totalement », soit ils iront « à l’Ouest » – de nouveaux millions de réfugiés, donc, – libre à l’Europe sataniste de les accueillir ou pas."

André Markowicz est inquiet : "combien il y en a, de voix en France, de la gauche à la droite, pour dire que « non, la France ne fera jamais la guerre à la Russie »... Et combien ne comprennent pas que ce n’est pas la France qui fera ou ne fera pas la guerre à la Russie, mais la Russie qui fera, ou ne fera pas (mais qui fera) la guerre, – et plutôt non, disons-le autrement : qui la fait déjà, la guerre, sauf que nous, dans la vie quotidienne, on ne s’en rend pas compte. Et combien, en France, ne comprennent pas que, ce qui va arriver, c’est ça. Que nous sommes, aujourd’hui, entrés dans une période dont un dirigeant polonais (est-ce Donald Tusk lui-même ?) a dit que c’était une « avant-guerre ».
C’est la guerre qui s’avance. Pas une « opération militaire spéciale » Non, une guerre, d’annihilation. Et nous regardons ailleurs."

Oui, le monde n'a les yeux tournés que vers Gaza. Les jeunes (et moins jeunes) indignés ont raison réclamer la fin de la guerre à Gaza et de défendre le peuple palestinien. Mais qui se soucie de cette guerre à nos portes, qui menace la démocratie en Ukraine et chez nous ? Qui s'inquiète du sort des Ukrainiens ? Et pendant ce temps, Biden, coincé entre Israël et Gaza, perd des points (ce qui signifie que Trump en gagne), pendant ce temps, l'extreme droite européenne, qui trouve beaucoup de charme au régime poutinien, progresse partout. Le vacarme de cette guerre fait de moins en moins de bruit chez nous.
Il fait froid dans le monde.

jeudi 9 mai 2024

Dialoguer

Ils veulent la fin de la guerre, mais pas la paix. C'est ce qu'il faut comprendre de l'opposition de certains étudiants à une conférence, prévue en juin à l'ULB (l'Université Libre de Bruxelles), d'Elie Barnavi, historien, essayiste et ancien ambassadeur d’Israël en France, sur la situation entre Israël et la Palestine.
“Elie Barnavi est une voix équilibrée pour la paix. Nous sommes beaucoup à avoir cette voix en disant qu’il faut qu’il y ait deux Etats qui vivent en pays côte à côte”, a déclaré la députée bruxelloise Viviane Teitelbaum. “Nous avons en face de nous des gens qui ne veulent pas la paix, ni le dialogue, qui ne veulent pas jeter des ponts et qui veulent construire des murs.”. Même point de vue chez Henri Goldman, membre de l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) : ”En même temps que je suis aux côtés du principe de l’occupation de ces étudiants, je trouve que cette demande de boycott est une stupidité”. (1)
L'intellectuel israélien rejeté se présente comme "pro palestinien depuis toujours", convaincu que les Palestiniens ont les mêmes droits que lui et favorable à un Etat palestinien. "Je me bats pour ça, nous sommes nombreux en Israël à le faire. S’en prendre à moi et aux universités qui sont des lieux de débats, […] c’est tout simplement contre productif” (...) “Ce qui est extraordinaire dans ces lieux d’élites, […], c’est l’abyssale ignorance de ces jeunes. Comme ils ne veulent pas entendre ce que des gens comme moi ont à leur dire, ils se complaisent dans cette espèce d’ignorance”.

On a du mal à comprendre qu'une opposition aussi ferme au dialogue puisse venir d'étudiants en sciences politiques. Ou alors on craint le pire par rapport aux politiques qu'ils pourraient mener plus tard, s'ils devaient être d'une manière ou d'une autre, au pouvoir, sans dialogue, sans écoute, sans nuance, sans analyse. Visiblement, pour eux, le monde est facile à comprendre : il y a les pauvres victimes et les méchants oppresseurs. Il y a les bons Palestiniens et les affreux Israéliens (ou plus largement Juifs). Le 7 octobre 2023 est une date qui n'a pas existé pour eux dans l'histoire du monde.
La situation des Palestiniens est suffisamment dramatique pour qu'ils soient soutenus par semblables hargneux fermés au dialogue. Peut-on dans le même temps vouloir la fin de la guerre et refuser d'écouter les voix pacifistes ?

Dans Le Monde, ce jour (2), un collectif de dix professeurs de Sciences Po Paris dénonce la volonté de boycott des universités israéliennes. Ils rappellent que la mission d’une université dans une démocratie est d'être "un lieu de savoir où sont élaborées de nouvelles idées en réponse à des questions difficiles". Ils déplorent "la fermeture de la pensée, le radicalisme et les simplifications à outrance (qui) ont prospéré depuis plusieurs jours". "Nous appelons, écrivent-ils, au retour à une forme de civilité intellectuelle et républicaine qui repose sur le respect de la parole de ceux qui pensent différemment et sur l’acceptation des règles essentielles du pluralisme critique, en vue de créer des ponts au lieu de les détruire."
Ils s'opposent au boycott : "aux barricades, aux slogans outranciers et aux formules offensantes proposons un débat constructif avec toutes les parties prenantes. Faisons en sorte que Sciences Po offre un espace de dialogue entre Israéliens et Palestiniens, et plus largement entre les citoyens des différents pays de la région. Sans les universités israéliennes et leurs voisines, dans le contexte d’une véritable communauté globale du savoir, ce projet ne peut pas avoir lieu."

On se permet de conseiller aux étudiants (et à toute personne prête à entrer dans la complexité de l'histoire et de l'actualité de ce sac de nœuds qu'est le Moyen-Orient) de lire "Holocaustes" de Gilles Kepel, ouvrage sorti tout récemment aux éditions Plon.

(1) https://www.lalibre.be/belgique/societe/2024/05/08/blocage-des-etudiants-sur-le-campus-de-lulb-ce-qui-est-extraordinaire-cest-labyssale-ignorance-de-ces-jeunes-MBJVDXFKJVG3BOG6M54SMUHW2A/
(2) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/09/sciences-po-l-accentuation-des-clivages-est-une-impasse-voyons-comment-construire-un-dialogue_6232366_3232.html