samedi 14 décembre 2024

Tous fascistes

La députée écologiste Sandrine Rousseau a un avis cinglant sur tout et tout le monde et ne se prive jamais de le donner. Même quand on ne lui demande pas. Grande prêtresse de la morale (la sienne), elle flingue qui ne pense pas comme elle. En fonction de ses critères, prioritairement féministes et décoloniaux. Récemment (1), elle s'en est pris à Boualem Sansal, l'écrivain emprisonné par le gouvernement algérien pour avoir le grand tort d'être un esprit libre. Elle commence par contester son emprisonnement, avant d'ajouter un mais. "Je voudrais aussi poser que les propos et les positions tenus (par Boualem Sansal) sont des propos relevant de l’extrême droite" et aussi "d’une forme de suprémacisme". "Le suprémacisme, c’est quand même l’idée qu’il y a des civilisations qui sont supérieures aux autres. C’est précisément ce qui va nous emmener dans le chaos." On ne sait en quoi des propos qu'a pu tenir Sansal sont d'extrême droite et suprémacistes, mais on comprend que Sandrine Rousseau estime qu'un écrivain algérien doit s'exprimer selon les critères qui sont les siens à elle et doit respecter son gouvernement même s'il s'agit d'une dictature. Un point de vue de colonisateur totalement opposé à ce qu'elle défend : c'est elle, française, qui dicte à un écrivain franco-algérien comment il doit se comporter. S'en rend-elle compte ? A-t-elle lu le moindre roman de Sansal ? A-t-elle compris que les critiques de l'islamisme qu'on peut y lire sont très féministes ? Mais Rousseau défend le port du voile - ce vêtement qui empêche les femmes d'exister - au nom du respect de l'identité. Elle apparaît finalement comme une coloniale anti-féministe qui s'ignore. En accusant Boualem Sansal de manière aussi clash, Sandrine Rousseau soutient la dictature algérienne. Rousseau, fasciste !

A l'Université Libre de Bruxelles, l'université de la libre pensée créée pour combattre « l'intolérance et les préjugés » en répandant la philosophie des Lumières, des cercles étudiants se sont récemment opposés à une soirée-débat avec Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur, et Louis Sarkozy, fils de. "Pas de fachos sur notre campus", clamaient les opposants à la soirée. On n'est pas sûr que l'un et l'autre aient eu grand-chose d'intéressant à dire, mais on est sûr qu'ils sont tous deux très à droite. Sont-ils pour autant fachos ? Ces étudiants n'acceptent-ils de débattre qu'avec ceux qui pensent comme eux ? Sont-ils incapables d'opposer des arguments ? Etudiants, fascistes !

Pour beaucoup de militantes et de militants intersectionnels, le système patriarcal est blanc, forcément et exclusivement blanc. Ils refusent de voir qu'il n'est pire patriarcat aujourd'hui que les religions sous leur forme intégriste et en particulier la religion musulmane qui dans ses dérives politiques force les femmes à se voiler la tête quand ce n'est pas le corps entier. Soutenir le port du voile ou de la burqa est une attitude très sexiste et même raciste qui témoigne d'un profond mépris pour les femmes afghanes, iraniennes, pakistanaises et autres. Ce sont les mêmes souvent qui soutiennent, ou au moins ferment les yeux sur leurs dérives, l'extrême droite islamiste et les régimes les plus violents de la planète sous prétexte qu'ils sont les ennemis des Etats-Unis. Intersectionnels, fascistes !

C'est la mode aujourd'hui : traiter qui ne pense pas comme vous de fasciste ou le classer à l'extrême droite. Une réaction fainéante qui ne vous oblige pas à l'analyse ni à la nuance et qui fait perdre aux mots leur sens. Nous voilà donc tous fascistes puisque nous nous retrouvons toujours, inévitablement, face à des gens avec qui nous sommes en désaccord.
Chez moi, j'ai supprimé tous les miroirs. Je crains d'y croiser le visage d'un fasciste. 

(1) https://www.lefigaro.fr/culture/pour-sandrine-rousseau-boualem-sansal-n-est-pas-un-ange-20241211

mardi 10 décembre 2024

Les tortionnaires et leurs amis

Depuis longtemps, on savait. On savait que le régime des Assad était celui de l'horreur. Mais aujourd'hui l'ouverture des prisons nous fait découvrir à quel point le sadisme et la violence qu'ils pratiquaient étaient  d'une barbarie rarement atteinte, d'une inhumanité totale. 
Même des adolescents en étaient victimes. Dans la Syrie d'Assad, on se retrouvait en prison pour avoir dessiné un graffiti ou pour avoir déploré la situation des militaires. Et cette prison était le pire des enfers. Tabassages, tortures, mort, c'est ce qui attendait les détenus. "A coups de barre de fer et de câble électrique, les bourreaux du régime s’attardaient à briser corps et âme jusqu’à ce que mort s’ensuive", écrivent les envoyés spéciaux du Monde (1). Des prisonniers voués à disparaître étaient jetés dans des cellules d'un mètre sur un mètre. Des dizaines de milliers de prisonniers ont ainsi été tués par le régime. "Dans un rapport publié en 2022, l’Association des détenus et disparus de (la prison) Saydnaya estimait à 30 000 le nombre de prisonniers torturés à mort ou exécutés entre 2011 et 2018, au plus fort de la répression et de l’anéantissement des régions qui échappaient au contrôle du régime. Les corps n’ont jamais été restitués aux familles." Et pour cause : le régime les faisait disparaitre. "Dans l’aile ouest de Saydnaya, les corps des détenus, tués sous la torture, étaient placés dans du sel avant d’être envoyés vers un hôpital militaire. Hamed se souvient, lui, de corps dissous par des produits chimiques. La privation de nourriture, d’eau et de soins médicaux était généralisée."
La répression de la population depuis le soulèvement de 2011 aurait fait au moins 500.000 morts. Certains pensent que le chiffre d'un million ne serait pas exagéré.

Depuis longtemps, on savait. Mais certains ne voulaient pas savoir. A l'extrême droite comme à l'extrême gauche, on apprécie les extrémistes violents.
"Depuis son arrivée à la tête du parti cofondé par son père, écrit Le Monde (2), Marine Le Pen a toujours regardé les révolutions arabes avec scepticisme, disant préférer « une dictature laïque à une dictature islamiste ». Elle a toujours été entourée de conseillers qui, comme son père, faisaient les yeux doux au régime Assad. Tels le député européen Thierry Mariani, le conseiller régional Andréa Kotarac, actuel membre du cabinet Le Pen, l'ancien député européen Aymeric Chauprade ou encore son ami Frédéric Chatillon, "prestataire du RN, largement enrichi par l’argent du régime syrien dont il assura la propagande politique durant la révolution, et la communication touristique avant cela. Proche de dignitaires baasistes, Frédéric Chatillon voyageait fréquemment en Syrie cependant qu’il jouait un rôle-clé dans les campagnes de Marine Le Pen".
"Jordan Bardella, président du RN, a considéré la chute de Bachar Al-Assad comme « une catastrophe géopolitique », en raison du « risque migratoire » qu’elle ferait courir à l’Europe, écrit encore Le Monde. Aucun des deux leaders d’extrême droite ne s’est jamais attardé ni sur les souffrances infligées par Bachar Al-Assad à son peuple, ni sur le rôle que son régime a joué dans l’exil de millions de Syriens."

Mélenchon, lui, a, selon Le Monde, "toujours sous-entendu que le soulèvement syrien était téléguidé par les Etats-Unis et le Qatar, et que cette guerre était d’abord une affaire de « pipelines » et de « gazoducs ». (...) Le 29 novembre, il moquait, lors d’une conférence devant un public conquis, des « rebelles habillés de pied en cap dans des camions tout neufs », « des bazookas, des fusils et des Toyota flambant neufs » achetés « à la boutique du coin ». Insinuant l’intervention d’un agent étranger. Lequel ? Selon M. Mélenchon, « un sénateur américain » aurait « vendu la mèche », disant : « Al-Qaida a toujours été notre agent d’intervention. »"
Comme Marine Le Pen, Mélenchon avait "mis en doute les attaques chimiques menées par l’armée syrienne en avril 2018 dans la Ghouta orientale, une banlieue de Damas, selon des révélations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme. « Si [le gouvernement français] a ces preuves, qu’il les montre ! », avait-il asséné. " Aujourd'hui, le gourou de LFI hurle qu'il a toujours  "défendu la révolution citoyenne de 2011 contre la dictature de Bachar Al-Assad" et dit s'inquiéter de l'arrivée au pouvoir d'islamistes. Comme le fait remarquer un opposant syrien, il est moins inquiet "quand il s’agit du Hamas ou du Hezbollah, qui a mené des crimes d’ampleur en Syrie". 
L'antiaméricanisme primaire de Mélenchon tourne au mépris de la population syrienne, voire au racisme. Il préfère soutenir des dictateurs parce que, selon lui, ils font partie du camp des ennemis des Etats-Unis plutôt que de dénoncer la barbarie avec laquelle ils traitent leur population. 
Le FN-RN et LFI sont aussi écœurants et inaudibles l'un que l'autre. Qu'ils se taisent.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/10/syrie-a-la-prison-de-saydnaya-l-espoir-brise-des-familles-de-disparus_6439197_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/12/09/marine-le-pen-et-jean-luc-melenchon-rattrapes-par-leur-soutien-passe-a-bachar-al-assad_6438963_823448.html
A lire aussi sur le régime Assad et ses soutiens internationaux :
https://www.courrierinternational.com/article/recit-la-syrie-d-assad-ou-le-royaume-de-la-peur-et-du-silence_225445?at_medium=email&at_campaign=alerte_courrier&at_creation=article_lire_la_suite


lundi 9 décembre 2024

A qui le tour ?

Chaque matin, en ouvrant son ordinateur pour découvrir les nouvelles de la nuit, on espère apprendre la mort d'un tyran ou la chute d'un dictateur. Hier, la journée de dimanche a bien commencé : on apprenait que le Boucher de Damas a été forcé de fuir son pays, un pays qu'il mis à feu et à sang, dont il a tué 500.000 à un million de ses habitants et fait fuir des millions d'autres. Il s'est réfugié à Moscou. Il a démissionné, a déclaré le Kremlin dans cette novlangue (de pute) dont il est coutumier.
On pense aux amis syriens, à leur joie d'apprendre que s'en est fini de cette famille de dictateurs qui a fait régner la terreur sur son peuple pendant plus de cinquante ans. Reste à espérer que les libérateurs - présentés comme des islamistes assagis en radicaux - joueront ce rôle jusqu'au bout et que la Syrie connaîtra enfin la démocratie.
La fin d'Assad, estiment de nombreux commentateurs, est aussi celle de "l'axe de résistance iranien" et un échec pour Poutine, l'homme qui n'a jamais d'état d'âme, qui avait mis son armée au service du Boucher. Comme d'autres, on se met à rêver dans ce monde désespérant. Et si les mollahs iraniens subissaient le même sort ? Si, en quelques jours, le peuple se soulevait et l'armée, fatiguée d'être un instrument de répression, rendait les armes ou les retournait contre ses maîtres ? Si les mollahs et les ayatollahs couraient se réfugier à Moscou ? Et s'il arrivait la même chose en Russie, si les militaires épuisés et sacrifiés dans une guerre insensée signifiaient au tueur en série du Kremlin qu'il a perdu le pouvoir ? On les imagine alors tous se marcher les uns sur les autres pour entrer dans un avion. On les voit déjà réfugiés sur une petite île de l'Océan Arctique où monte chaque jour un peu plus le niveau de la mer à cause du dérèglement climatique.
Même si on sait que demain les nouvelles ne seront pas aussi réjouissantes, on sourit, on espère.

samedi 7 décembre 2024

Le bazar

Quel bazar, la France ! La politique et aucun de ses représentants ne sortent grandis de cette chute (prévisible) du gouvernement Barnier.
Le premier responsable en est le monarque Macron (1). C'est Emmanuel I qui a pris, après les élections européennes de juin, cette décision incompréhensible de dissoudre l'Assemblée nationale. C'est lui qui a fait fi ensuite de l'arrivée en tête du Nouveau Front Populaire aux législatives et a choisi de nommer un premier ministre issu du parti de droite réduit à peu de chose.
La responsabilité en incombe aussi à Michel Barnier qui n'a gouverné qu'à droite et a cédé aux revendications du FN-RN, avant de voir celui-ci s'amuser d'être le maître du jeu. La fille à papa Le Pen craint de devenir inéligible, suite au procès qu'a intenté à son parti et à elle-même le Parlement européen. Il était temps pour elle de détourner l'attention de ses fraudes et, qui sait ?, de bénéficier de l'immunité présidentielle en cas d'élection anticipée. La gauche, elle, ne semble pas gênée d'avoir fait tomber le gouvernement avec l'aide d'une extrême droite contre laquelle elle prétend lutter de toutes ses forces. Auparavant, cette même gauche n'avait pas été capable - elle ne semble même pas en voir eu l'idée - de prendre la main, qu'elle avait pourtant, en négociant avec le centre pour former une majorité et présider un gouvernement de coalition. LFI, elle, n'a plus aujourd'hui qu'un programme réduit à celui des Gilets jaunes : "Macron, démission !" (qu'on peut traduire par "Mélenchon, président !"). Jean-Iznogoud Mélenchon trépigne, il croit toujours son heure venue et rêve toutes les nuits qu'il sera bientôt calife à la place du calife. Tellement imbu de lui-même, il n'a plus conscience qu'il est devenu, avec sa politique du bruit et de la fureur, un repoussoir. En cas de duel entre lui et un candidat du FN-RN (Le Pen ou Bardella), tout indique qu'il serait vraisemblablement nettement battu, mais il croit tellement, soutenu par des courtisans qui l'idolâtrent, en son destin de rédempteur. Et de toute façon, pour lui et ses adeptes, le chaos semble être devenu un objectif en soi.

Dans Marianne (2), Natacha Polony se fâche sur "les irresponsables et les boutiquiers" : "Y a-t-il aujourd’hui dans le personnel politique plus de dix individus dont les citoyens français puissent se dire qu’ils défendent l’intérêt général plutôt que leur carrière ou leur boutique ? Y a-t-il plus de dix représentants qui sachent analyser la nature des difficultés que rencontre le pays et considèrent qu’ils pourraient s’extraire des logiques de parti pour tenter de répondre à l’urgence ?"
Il est temps que les représentants des partis démocratiques se mettent autour de la table et négocient un accord de gouvernement, à l'image de ce qui se pratique dans tout Etat démocratique. Le compromis est inhérent à la démocratie, n'en déplaise à LFI qui n'admettra jamais qu'il n'a pas la majorité et continue à hurler qu'il n'appliquera que son programme, rien que son programme et tout son programme.

"Les élections législatives n’ont rien clarifié, sauf une chose, constatent trois élus de Place publique (3) : une majorité de Français refuse encore de donner les manettes à l’extrême droite. Il n’y eut, au fond, qu’un vainqueur incontestable le 7 juillet : le front républicain, dont le seul but était de barrer la route au Rassemblement national." Raphaël Glucksmann, Aurore Lalucq et Aurélien Rousseau estiment que "le moment est venu de se montrer fidèle au sursaut républicain du deuxième tour des élections législatives, ce qui suppose le dialogue et la confrontation des idées entre partis n’ayant ni le même projet ni les mêmes visions. Face à l’absence de majorité absolue, c’est le chemin que nous avions proposé dès le soir du 7 juillet. Et c’est plus que jamais le seul à pouvoir nous sortir de l’ornière." Ils appellent les groupes parlementaires concernés à "prendre la main et (...) voir s’ils peuvent dégager une plateforme minimale, attendue aujourd’hui par une majorité de Français, sur le pouvoir d’achat, les retraites, la réduction du déficit, la réindustrialisation du pays, la transition écologique ou la réforme du mode de scrutin comme de l’architecture institutionnelle".

C'est là en effet une priorité que devrait se donner le nouveau gouvernement et le président : changer les règles constitutionnelles aujourd'hui inadaptées à la situation politique, sortir de cette présidence monarchique de la Ve République, quitter le système majoritaire à deux tours et adopter le suffrage proportionnel. "En France, le système majoritaire à deux tours, que ce soit pour l’élection du président, pour celle des députés, ou celle des élus locaux, génère une culture à l’antithèse de celle du compromis parlementaire", analyse Paul Magnette, président du Parti socialiste belge (4). Pour lui, les prérequis d’un bon fonctionnement d’une démocratie parlementaire reposent sur "une faible personnification du pouvoir, des partis importants qui reposent sur un travail collectif, une culture de la négociation, la recherche de majorités qui dépassent les blocs politiques…". 
"Il y a différents systèmes de coalition en Europe, rappelle Paul Magnette qui est aussi politiste. Le système à l’allemande, avec souvent de grandes coalitions : hier les sociaux-démocrates se retrouvaient avec les libéraux et les Verts, demain les conservateurs avec les Verts… C’est un peu la même chose en Belgique ou aux Pays Bas. Et puis vous avez d’autres systèmes de coalition avec une forte structure majoritaire, des blocs de droite ou des blocs de gauche : c’est le cas aujourd’hui en Italie ou en Espagne. Enfin, vous avez, comme dans les pays nordiques, des systèmes dans lesquels les coalitions ne sont pas forcément majoritaires. Elles sont formées à l’intérieur du bloc de gauche ou du bloc de droite. Quand le bloc de gauche n’a pas de majorité, il ne forme pas de gouvernement avec la droite. Mais il doit, pour faire adopter des lois, et évidemment le budget, chercher des majorités en dépassant son propre espace politique. Et cela fonctionne."

La situation semble enfin évoluer, sans qu'on sache évidemment à ce stade si un gouvernement de coalition pourrait voir le jour. Hier, écrit Le Monde (5), Olivier Faure, le premier secrétaire du PS "s’est dit prêt à discuter avec les macronistes, et même la droite, sur la base « de concessions réciproques ». Il s’est dit aussi prêt à faire « des compromis sur tous les sujets », y compris sur l’abrogation de la réforme des retraites, hautement symbolique pour la gauche. Le patron du PS a ainsi évoqué « un gel » de la réforme, et non plus une abrogation immédiate, avec la nécessité d’organiser « une conférence de financement ». Jean-Donald Mélenchon est furieux, ce qui ne le change guère.
Ce qui fait largement défaut à la France dans le chaos actuel, ce sont des hommes ou des femmes d'Etat. Peut-être en a-t-on une sous la main ? Depuis juillet, S'EGOlène la Royale ne cesse de clamer qu'elle est disponible pour être première ministre. "On est assez peu nombreux finalement dans le paysage politique à avoir l'expérience, à n'être rejeté par aucun des groupes politiques. (...) Si à un moment c'est une possibilité, oui, bien sûr." (6) Enfin, quelqu'un de responsable sans la moindre ambition personnelle. Juste se mettre au service de son pays. Admirable.

https://www.courrierinternational.com/article/vu-d-allemagne-chute-du-gouvernement-incorrigibles-francais-a-toujours-montrer-les-autres-du-doigt_225338
(2) https://www.marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/natacha-polony-irresponsables-et-boutiquiers-reste-t-il-a-lassemblee-quelques-defenseurs-de-linteret-general?at_medium=Email_marketing&at_campaign=NL_La_Quotidienne&at_format=jours_ouvres&_ope=eyJndWlkIjoiMWRhMjc0MDM2MDEzNTMyNzJkNjYxMmIyOWM2M2NiMDAifQ%3D%3D
(3) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/12/05/raphael-glucksmann-aurore-lalucq-et-aurelien-rousseau-apres-la-censure-du-gouvernement-barnier-les-forces-politiques-du-front-republicain-doivent-se-reunir-pour-definir-les-convergences-possibles_6431253_3232.html
(4) https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/12/05/paul-magnette-la-regle-du-jeu-politique-francaise-rend-tres-difficile-la-democratie-parlementaire_6430776_3232.html
(5) https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/12/06/le-parti-socialiste-recu-a-l-elysee-se-met-en-rupture-avec-la-france-insoumise_6434139_823448.html
(6) BFMTV, 26.11.2024, cité par Charlie Hebdo, 4.12.224.


mercredi 4 décembre 2024

Les écologistes anti-écolos

Depuis longtemps, certains agriculteurs ne cessent de clamer qu'ils sont les seuls et vrais champions de l'écologie. Ils la pratiquent quotidiennement. C'est une priorité pour eux. Comment comprendre alors qu'ils s'attaquent aujourd'hui aux sièges d'associations naturalistes ? 
Le message est clair : « Foutez-nous la paix ! », disent des militants de la Coordination rurale qui ont déversé des pneus et du fumier sur les locaux de l’association Manche Nature à Coutances. Ils ont également répandu de la terre et du fumier devant l’Office français de la biodiversité, dans la même ville, rapporte Le Monde (1) avant de déposer une tête de sanglier et des peaux de renards. Retour à des pratiques moyenâgeuses. 
A Gap, dans les Hautes-Alpes, des manifestants ont muré les locaux de la Société alpine de protection de la nature, alors que des salariés et des bénévoles étaient à l’intérieur.
A Châteauroux, dans l'Indre, des militants de la FNSEA ont déversé de la paille devant les locaux de l’association Indre Nature. Quand les salariés se sont réfugiés à l’étage, des agriculteurs montés dans les nacelles des tracteurs ont tambouriné contre les volets et ont tenté de les soulever.
En quoi des associations environnementales sont-elles responsables du malaise du milieu agricole ? La FNSEA qui durant des décennies a poussé ses membres à toujours surinvestir, à s'agrandir toujours plus, à se vendre pieds et poings liés à l'agro-industrie, à se rendre malades et à tuer la nature en consommant des quantités de pesticides, a d'immenses responsabilités dans la crise actuelle. Mais elle les reporte sur ceux qui font ce qu'ils peuvent pour essayer de sauver une situation qui se dégrade à toute vitesse, notamment du fait de l'agriculture intensive.

Certains agriculteurs s'en sont même pris à l'INRAE, l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, un établissement public à caractère scientifique et technologique qui mène des recherches notamment pour aider les agriculteurs à mieux s'adapter au dérèglement climatique. Pourquoi s'y attaquer ? Pas sûr que les agriculteurs eux-mêmes le sachent, mais ils ont visiblement besoin de boucs émissaires.

Dans leur ligne de mire, notamment le Mercosur, ce traité d'échanges économiques avec des pays d'Amérique du Sud. Les viticulteurs le voient d'un bon œil, pas les éleveurs qui redoutent, et on les comprend, de voir vendue sur le sol européen de la viande produite dans des conditions peu contraignantes. Le Mercosur n'est pas (encore) adopté, mais pourquoi alors ces agriculteurs se prennent-ils maintenant pour des douaniers en arrêtant et en contrôlant le contenu de camions qui circulent sur les routes françaises ?

Les autorités les laissent faire, compréhensives ou (surtout) effrayées à l'idée de se les mettre à dos. La Confédération paysanne, qui rassemble des agriculteurs et des éleveurs qui prennent clairement leur part dans la sauvegarde de l'environnement, mène des actions plus policées et plus conviviales (2). Si ses membres faisaient un dixième de ce que font les militants de la Coordination rurale ou de la FNSEA, les maires, les gendarmes et la justice agiraient immédiatement et les traiteraient d'éco-terroristes. Mais les agro-terroristes ont tous les droits.

(1) https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/11/28/des-associations-ecologistes-denoncent-des-violences-d-agriculteurs-a-travers-la-france_6417501_3234.html
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/chateauroux-la-confederation-paysanne-de-l-indre-offre-des-produits-locaux-et-demande-des-aides-directes
(Re)lire sur ce blog : https://moeursethumeurs.blogspot.com/2019/07/pas-maintenant.html

mardi 26 novembre 2024

Le service de la vie

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été arrêté, il y a plusieurs jours, à son arrivée à l'aéroport d'Alger. Les motifs de son arrestation sont flous et clairs à la fois. Certaines de ses déclarations relatives au territoire algérien ont dérangé le pouvoir, de même que des positions du président Macron ou encore que le Prix Goncourt attribué à Kamel Daoud. Boualem Sansal a surtout le grand tort d'être un esprit libre. On sait ce que l'islamisme a fait vivre à l'Algérie dans les années '90. Sansal n'a jamais craint de dénoncer, dans ses romans et dans ses interviews, la terreur ultra-violente qu'ont fait régner les barbus et qui semble avoir figé à jamais l'Algérie. On peut craindre pour son sort quand on pense, comme Sophia Aram le faisait hier (1), "à l’écrivain Rachid Mimouni, mort en exil au milieu de la décennie noire, au chanteur Lounès Matoub, assassiné en 1998 sur la route de Tizi Ouzou, à l’écrivain Tahar Djaout et tous ceux qui sont morts d’avoir eu le courage de parler, d’écrire ou de chanter la détresse des Algériens pris entre un régime militaire, autoritaire et corrompu et des islamistes ayant massacré près de 200 000 personnes pendant la décennie noire". Sophia Aram salue "un homme qui a le courage de dire, dans un pays dont le pouvoir pactise avec l’islamisme, que "si la religion fait peut-être aimer Dieu, rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité ".

De nombreux écrivains - Annie Ernaux, J.M.G. Le Clézio, Orhan Pamuk, Wole Soyinka, Salman Rushdie, Peter Sloterdijk, Andreï Kourkov, Roberto Saviano, Giuliano da Empoli, Alaa el Aswany, Erri De Luca, Johan Sfarr et bien d'autres - réclament la libération immédiate de Boualem Sansal (2).
"Désormais, (en Algérie) tout est possible, écrit son ami Kamel Daoud, à l'origine de l'appel : la perpétuité pour un texto, la prison pour un soupir d'agacement. Sansal ressemble à un vieux prophète biblique, souriant. Il provoque les passions et les amitiés autant que la détestation des soumis et des jaloux. Il est libre et amusé par la vie. Il écrit des livres sur les orages et les lumières abstraites de notre époque, et il s'amuse de la haine des autres. Sansal écrit, il ne tue pas et n'emprisonne personne. Son innocence face à la dictature lui fit oublier la réalité de la Terreur en Algérie depuis quelques années. Il a négligé de regarder la meute qui l'attendait, il est retourné visiter son pays ce samedi-là. Il l'a payé cher."

"Boualem Sansal est emprisonné pour ses opinions, rien d’autre, affirme l'avocat Richard Malka (3). Il n’a agressé, tué, ou blessé personne. Mais ses idées dérangent un pouvoir totalitaire. C’est le propre des régimes les plus abjects. Il ne devrait pas y avoir de débat : nous devrions être unanimes dans notre soutien à Boualem Sansal, en particulier dans le monde de la culture. On doit tous être Boualem Sansal."
Mais ce n'est pas le cas. "Certains pseudo-intellectuels, dans un mépris insupportable, disent qu’il faut le défendre… mais ajoutent un oui, mais. Ce mais est misérable et odieux. Boualem Sansal est victime d’un régime obscurantiste et corrompu jusqu’à la moelle, qui n’hésite pas à emprisonner un écrivain sans motif, sans procès, sans durée. La mobilisation n’est pas à la hauteur. C’est une atteinte grave, non seulement à la liberté d’expression, mais aussi au plus élémentaire droit de l’homme : ne pas être emprisonné par le fait d’un autocrate ou le bon vouloir d’un tyran."

Si ces "pseudo-intellectuels" éprouvent quelques difficultés à défendre Boualem Sansal, c'est qu'ils estiment qu'il penche vers l'extrême droite. Ils disent la même chose de Kamel Daoud. En fait, ce que ces tartuffes reprochent aux deux écrivains, c'est que leur dénonciation des dangers et des ravages de l'islamisme est applaudie par l'extrême droite. Alors que ce sont eux, ces braves gens confits de bons sentiments qui, en se taisant, en fermant les yeux sur ce qu'ils ne veulent pas voir, laissent toute la place à l'extrême droite. C'est leur silence qui laisse tant de place au bruit et qui permet aux dictateurs d'enfermer ses intellectuels à la voix libre. Incapables, par peur de passer pour islamophobes, de dénoncer le totalitarisme islamiste et celui d'un pouvoir algérien racrapoté sur lui-même, ces braves gens n'ont que mépris pour ce que vit la population algérienne. Selon Kamel Daoud, "le régime d'un côté et les islamistes de l'autre ont réussi à mettre en place un tribunal itinérant de l'identité pure et de l'hypernationalisme". C'est Daoud aussi qui affirme que tous les écrivains algériens francophones sont coincés entre les islamistes "qui estiment que le seul roman à lire est celui écrit par Allah" et le régime "qui s'oppose à toute concurrence avec le récit national ".
Ceux qui font la fine bouche face à l'arrestation de Boualem Sansal sont tranquillement assis chez eux quand lui a pris le risque de retourner chez lui. "Résister a du sens si je reste là-bas Si je viens ici (en France), ce n'est plus le mot qu’il faut utiliser, ce serait parler, papoter. La résistance se fait là où il y a la vraie guerre."

Allez, ouste, les dictateurs, les usurpateurs, les mafieux, les crapulards, l'avenir appartient aux gens de bien. Tiens, je crois que c'est ça la bonne définition de cet objet non identifié qu'est l'humanité, que je cherche depuis des années : l'humanité, ce sont ces gens de bien qui, vaille que vaille, assurent le service de la vie. (Boualem Sansal, "Vivre - Le compte à rebours", Gallimard, nrf, 2024)

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-du-lundi-25-novembre-2024-7974755
(2) https://www.lepoint.fr/societe/des-prix-nobel-de-litterature-se-mobilisent-pour-boualem-sansal-23-11-2024-2576089_23.ph
(3) https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/richard-malka-le-oui-mais-au-sujet-de-l-arrestation-de-boualem-sansal-est-odieux?
https://www.marianne.net/societe/medias/sur-le-plateau-de-c-politique-boualem-sansal-et-kamel-daoud-executes-par-de-petits-procureurs-mediatiques?



samedi 23 novembre 2024

Besoin de bras

Les entreprises italiennes réclament davantage de travailleurs étrangers. 450.000 permis de travail ont été  accordés à des travailleurs extra-communautaires en trois ans par le gouvernement Meloni, mais le patronat estime qu'il en faudrait le double, surtout dans le secteur des services à la personne dans une Italie à la population vieillissante (1).
En Espagne, le gouvernement, de gauche lui, a annoncé tout récemment (2) l’adoption d’une réforme qui devrait faciliter la régularisation de dizaines de milliers d’immigrés illégaux supplémentaires par an au cours des trois prochaines années. Il estime que jusqu’à 300.000 immigrés pourraient être régularisés chaque année au cours des trois prochaines années. "Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, divers organismes nationaux et internationaux (…) estiment que l’Espagne a besoin d’environ 250.000 à 300.000 travailleurs étrangers par an pour maintenir son niveau de vie", a expliqué la ministre de l’inclusion et des migrations Elma Saiz. Comme le premier ministre Pedro Sanchez, elle affirme que "l’Espagne doit choisir entre être un pays ouvert et prospère ou être un pays fermé et pauvre. Et nous avons choisi la première option". Même les partis de droite soutiennent cette décision du gouvernement qui n'est combattue que par le parti d'extrême droite Vox.

Un peu partout, les partis d'extrême droite vivent essentiellement de leur opposition aux immigrés. Giorgia Meloni, toute d'extrême droite qu'elle soit, a dû changer son fusil d'épaule face aux réalités socio-économiques. S'ils ne veulent pas apparaître totalement déconnectés de ces réalités, les autres partis d'extrême droite feraient bien de changer de discours. Au risque, évidemment, de n'avoir plus de programme.

(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/19/en-espagne-une-reforme-va-faciliter-la-regularisation-de-dizaines-de-milliers-de-migrants-supplementaires-par-an_6403388_3210.html

mercredi 20 novembre 2024

L'énergie des campagnes

"Le plein d'énergies positives", c'est le sous-titre du trimestriel Village Magazine (1). Créé dans l'Orne en 1993, il exprime la vitalité du monde rural, il brasse des idées, il se fait l'écho des initiatives positives, il témoigne des actions les plus diverses qui font bouger nos campagnes - où vit un tiers de la population française - dans tous les domaines : agriculture, social, économie, artisanat, culture, citoyenneté, tourisme, environnement, aménagement du territoire, etc.

Aujourd'hui le trimestriel est menacé (2). Son équipe n'a plus les moyens d’imprimer le dernier numéro de l’année. Il est prêt, devait être envoyé à l'imprimeur hier, mais l'argent fait défaut. "De manière urgente, nous avons besoin de vous pour imprimer le numéro d’hiver, complètement finalisé, avec des reportages dans le Puy-de-Dôme, l’Aude, les Deux-Sèvres, le Bas-Rhin, le Calvados, le Lot, le Tarn, le Finistère, la Haute-Garonne… ainsi qu’un dossier sur les gardiens de la biodiversité, des articles sur la débrouille rurale, un village auvergnat en transition, les racines comestibles, des portraits et des initiatives toujours aussi inspirantes… (3) Depuis 32 ans, toute l’équipe de Village se bat au quotidien pour faire vivre, de manière totalement indépendante, un magazine positif consacré à la ruralité, vendu en maison de la presse et par abonnement partout en France. (...) Mais, à l’heure actuelle, avec l’augmentation des coûts de fabrication, la fermeture de nombreux points de vente entraînant une érosion des ventes, Village se trouve à nouveau dans une situation économique très compliquée. Son avenir immédiat est tout simplement menacé."

L'équipe lance donc un appel pour que le magazine Village ne disparaisse pas : abonnez-vous, abonnez vos amis, vos enfants, vos parents (à la version papier ou en ligne) (4).
D'expérience, la lecture de Village Magazine est génératrice d'énergie et d'optimisme, elle permet de sortir de la morosité et du défaitisme, elle donne envie d'être actif, de faire bouger, un peu plus encore, nos villages.

(2) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-du-mardi-19-novembre-2024-5337935
(3) Et aussi un article sur le festival Ciné de campagne en Marche occitane - Val d'Anglin !
(4) Abonnement annuel : papier (4 n° + 1 hors-série) : 38,50 € / numérique : 22 €.


dimanche 17 novembre 2024

Jusqu'auboutistes

C'est une guerre à laquelle on ne voit pas d'issue. Un peu moins encore depuis le 5 novembre dernier, quand Benjamin Nétanyahou a limogé son ministre de la Défense. Qui peut encore freiner le premier ministre israélien dans cette guerre qui oppose son pays aux islamistes du Hamas, du Hezbollah et d'Iran ?
Yoav Gallant explique avoir été limogé à cause de son opposition à l'exemption du service militaire pour une partie des ultraorthodoxes, à cause de ses positions en faveur d'un accord pour le retour des otages et sur la fin des combats contre le Hezbollah et à cause de sa volonté de voir créer une commission d'enquête sur le 7 octobre.
Gallant était le représentant de l'opposition au sein du gouvernement et du cabinet de sécurité nationale. Ce limogeage est "irresponsable, clivant et dangereux pour Israël", estime le directeur de la rédaction du Times of Israël. Un de ses confrères journalistes considère que Nétanyahou "a placé sa survie politique au-dessus des intérêts fondamentaux de l'Etat". Certains analystes craignent une purge à grande échelle qui lui permettra de perpétuer et étendre son contrôle sur le pays. D'autres responsables sécuritaires et judiciaires seraient désormais dans la ligne de mire du premier ministre qui est "engagé dans une fuite constante de ses responsabilités pour la calamité du 7 octobre" et dans une "marche effrénée vers le pouvoir absolu", écrit le journal de droite Israël Hayom. 
Nétanyahou se sentirait plus légitime encore dans cette marche depuis l'élection de Trump. "Nétanyahou et Trump ont en commun l'isolationnisme ultranationaliste et le mépris des règles, des lois et des institutions, estime le quotidien de gauche Ha'Aretz. A leurs yeux, les contrepouvoirs ne les concernent pas, ils doivent pouvoir gouverner sans entraves." (1)
Comment le futur président américain agira-t-il, lui qui se targue de pouvoir régler des guerres en un claquement de doigt ? On connaît sa fascination pour les hommes forts.  "Donald Trump a dit à de multiples reprises vouloir avant toute chose « la paix » au Moyen-Orient, écrit Le Monde (2). Mais le républicain entend par là une paix des forts, avec Israël au centre du jeu, et le droit international relégué aux oubliettes." Trump n'a que mépris pour ceux qui poussent Israël à un cessez-le-feu à Gaza et au Liban. "Déjà, la perspective de son arrivée au pouvoir constitue une victoire sur d’autres fronts, à commencer par la promesse d’une accélération de la colonisation en Cisjordanie. "(...) "L’idée de recoloniser Gaza pourrait même trouver grâce aux yeux de Donald Trump. Il a évoqué, lors d’un discours prononcé le jour de la commémoration du 7-Octobre, le fait qu’après sa reconstruction l’enclave « pourrait être encore mieux que Monaco ». Comprendre : projets immobiliers mirobolants, yachts, front de mer. Certainement pas : reconstitution d’une ville palestinienne. Un langage plus qu’apprécié en Israël." Une véritable paix, durable, n'est pas pour demain ni à Gaza, ni en Cisjordanie, ni en Israël. Pas plus qu'en Ukraine.
La paix n'est pas une histoire d'hommes forts.

(1) "Nétanyahou, seul maître à bord", Le Courrier international, 14.11.2024.
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/08/israel-la-victoire-de-donald-trump-une-promesse-de-carte-blanche-pour-benyamin-netanyahou_6383214_3210.html

vendredi 15 novembre 2024

Profondes campagnes

Les clichés sur la campagne sont légions. Entretenus parfois par les gens du cru, parfois par des journalistes des villes qui regardent de loin ces pauvres gens qu'ils déplorent de voir abandonnés de tous.
Premier cliché : celui du désert. Tout le monde abandonne les campagnes. En 2017, selon l'INSEE, les territoires ruraux réunissaient 88% des communes françaises et 33% de la population. Il y a du monde dans le désert.
Dans le dernier numéro de Village Magazine (1), trimestriel qui sillonne les campagnes et fait "le plein d'énergies positives", Bernard Farinelli s'attaque à ces clichés.
"La révolte des paysans, éternelle jacquerie, affecte d'une façon uniforme tous les secteurs. Maraîchers, éleveurs, céréaliers, vignerons, bio, conventionnels, en montagne ou en plaine, au nord ou au sud, tous souffriraient des mêmes maux... imprécis, pluriels... La fermière qui vend au marché ses fromages de chèvre serait pénalisée par les traités de libre-échange ! Tant pis pour l'approximation, la campagne souffre de son agriculture." 
La volonté de régulation de la chasse ne serait que celle de bobos urbains qui ne supportent pas les traditions rurales. "Les chasseurs sont des ruraux auxquels on suspend des brins de liberté acquis à la Révolution. Non, la moitié d'entre eux habitent des villes de plus de 20 000 habitants."
Les moyens technologiques ont bouleversé l'espace et le temps. Les TGV, les autoroutes, Internet la fibre ont permis à nombre de professions de s'installer loin des villes. Les coins perdus ne le sont pas pour tout le monde. Et on trouve du travail à la campagne : la Lozère, département le moins peuplé, dispose de cinq mille offres d'emploi non pourvues, constate Bernard Farinelli.
Les habitants des campagnes seraient fermés à la nouveauté et incapables d'accueillir les nouveaux venus. Cette campagne, "à qui on reproche d'accueillir des alternatifs de tout poil !" Alors, oui, il y a des coins où l'on restera à jamais un étranger, même si c'est simplement parce qu'on vient de l'autre bout du département. C'est dans ces mêmes coins parfois que le natif devient petit-à-petit l'étranger à force de se cantonner derrière ses rideaux en regardant son monde changer par l'énergie qu'y insufflent ces nouveaux venus.

Vu de Paris ou des grandes métropoles, la campagne française (comme si elle était uniforme - on en parle comme on parle de la province) est peuplée de victimes d'un système politique centralisateur, comme si les élus et les habitants ne pouvaient que subir. Alors oui, trop de services publics disparaissent, trop de commerces ferment, trop d'élus restent rétifs à la participation citoyenne, trop de ruraux vivent dans l'attente d'ils ne savent pas trop quoi, un deus ex-machina qui les sauvera d'une déprime qu'ils se plaisent à entretenir, trop d'habitants sont prompts à accuser leur maire d'être responsable de la fermeture d'un commerce local dans lequel ils n'ont jamais mis les pieds parce que c'est tellement plus simple de faire toutes ses courses au supermarché à vingt kilomètres de chez soi. Mais il en est beaucoup d'autres qui prennent en main leur avenir et celui de leurs enfants (même si c'est parfois sous l'œil goguenard ou critique de leurs voisins qui semblent se complaire dans le défaitisme). Beaucoup qui prennent plaisir à vivre à la campagne, à la faire vivre, qui créent de nouvelles activités dans les domaines les plus variés : économique, artisanal, social, culturel, touristique, artistique, sportif, etc.
A lire Village Magazine, à écouter Carnets de campagne (2), on découvre des campagnes vivantes, actives, énergiques, inventives, qui donnent envie d'y vivre. Loin des clichés.

(1) N° 161, automne 2024 - villagemagazine.fr
(2) Sur France Inter, du lundi au vendredi, de 12h3à à 12h45 -