jeudi 22 août 2019

Ça sent l'automne

L'Union européenne ne fait plus rêver, nous dit-on. Ce qui est faux. Ils sont au moins trois en Belgique qu'elle fait frémir. Kris Peeters, Didier Reynders et Laurette Onkelinx lorgnent sur le poste de commissaire européen.
Les francophones ont plus de chances de voir un ou une des leurs occuper la fonction. C'est leur tour.
Didier Reynders a une première fois été élu député en 1992. Depuis, il a sans cesse été réélu. Vingt-sept ans donc qu'il est député. Et il est ministre depuis 1999. Vingt ans donc. 
Laurette Onkelinx a été élue députée fédérale en 1987, puis a, elle aussi, été ministre non stop, assumant divers portefeuilles à différents niveaux de pouvoir, de 1992 à 2014. Pendant vingt-deux ans donc. Depuis, elle est redevenue "simple" députée. Elle avait annoncé qu'elle se retirait de la "vie politique active". Mais voilà qu'elle se verrait bien commissaire européenne. C'est vrai: pourquoi s'arrêter en si bon chemin, alors que voici trente-deux ans qu'elle multiplie les mandats?

La volonté d'une part de plus en plus importante des électeurs de voir un renouvellement de la représentation politique est superbement ignorée par celles et ceux qui sont en place et n'envisagent aucunement de la céder. Vingt-sept ans et trente-deux ans de mandats, c'est au moins quinze et vingt de trop. Le problème, c'est que s'ils sont en poste depuis si longtemps c'est qu'ils sont constamment réélus. Peut-être par des électeurs qui eux-mêmes souhaitent un renouvellement mais continuent à voter pour les mêmes vieilles têtes pour être fidèles à leur parti.
Il est temps de limiter strictement les mandats, non seulement en nombre mais aussi en durée. Deux mandats rémunérés dans une vie, c'est bien assez. Cette limitation permettrait à plus de citoyens d'exercer des mandats politiques et d'en finir avec la notion de classe politique.

Reste à espérer que le mandat belge de commissaire européen - comme tout autre d'ailleurs - sera confié à quelqu'un de plus jeune et pas à un abonné à Cumul+. Quelqu'un qui aurait des idées fortes pour revaloriser et (re)populariser l'idée européenne, et l'armer pour lutter contre le dérèglement climatique et les nationalismes. Et pas à de vieilles barbes, même féminines, sans autre projet que de jouer à la guéguerre entre partis dépassés et de flatter leurs ego.

https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/qui-sera-le-prochain-commissaire-europeen-belge-ecolo-veut-un-debat-a-la-chambre-5d5ebd03f20d5a1dbdfb6f54

dimanche 18 août 2019

Soutenir Daniel Cueff

La planète se meurt. Les scientifiques hurlent à sa mort. Mais, on l'a trop dit ici, l'immense majorité des élus restent de marbre.
Il en est un, parmi quelques autres, qui prend ses responsabilités, mais se fait aussitôt taper sur les doigts par ses autorités. Daniel Cueff est maire de Langouët en Bretagne. En 1999 déjà, il avait interdit l'usage des pesticides sur la voie publique. Depuis, il a décidé que la cantine de l'école du village ne servirait que des produits bio. Aujourd'hui, il interdit l'épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations. "Cet arrêté, dit-il, ce n'était pas possible de ne pas le prendre, dans la mesure où l'Etat retarde sans cesse l'interdiction des pesticides de synthèse". Des analyses ont constaté dans l'urine des Langoëtiens des taux de glyphosate de quatre à trente fois supérieurs aux normes admises dans l'eau de distribution.
Mais ces arguments ne comptent pas pour la préfète d'Ille-et-Vilaine qui a cassé l'arrêté municipal. L'opiniâtreté du maire l'amène devant le tribunal administratif de Rennes où il est convoqué jeudi prochain, 22 août. Il est possible de lui témoigner sa solidarité sur le site de "Agir pour l'environnement" (1).

Les pesticides nous submergent. Ils sont partout. Dans l'air, dans l'eau, dans nos organismes. 
Un rapport de l'agence de l'eau Loire - Bretagne de 2018 révèle qu'on a trouvé, dans les eaux du bassin versant de la Goulaine (un affluent de la Loire, non loin de Nantes),  deux cent cinq pesticides différents (oui, 205). Trente-neuf d'entre eux atteignent individuellement le niveau à partir duquel une eau ne peut être utilisée pour être potabilisée. La norme maximale est de 2 microgrammes par litre pour un pesticide et de 5 si on additionne tous les pesticides concentrés dans l'eau. Certains pesticides atteignent les 32 microgrammes par litre. L'un d'entre eux, la carbendazime, est interdit en Europe depuis quasiment dix ans. Les risques pour la santé humaine de tous ces pesticides sont dénoncés par le même rapport: l'un est "susceptible de provoquer le cancer", un autre de "nuire au fœtus", un troisième présente "un risque d'effets graves pour les organes à la suite d'expositions répétées ou d'une exposition prolongée".
La majorité de ces pesticides viennent de la viticulture intensive et du maraîchage, en particulier de la culture du muguet et de la mâche, grandes spécialités de Loire-Atlantique. La main d'œuvre est de plus en plus recrutée à l'étranger, en Roumanie notamment. Le maraîchage intensif exporte les effets de ses pesticides.
Et les riverains de l'agriculture chimique prendront, eux aussi, leur part de pollution, parce que l'économie, même dans ses pires folies, a toujours raison.

(Re)lire sur ce blog:
"Le cynisme a un nom", 22.7.2019;
"Histoires romantiques", 13.6.2019;
"Nouveau coup de David à Goliath", 12.4.2019;

(2) Fabrice Nicolino, "Au beau pays de la mâche et du muguet", Charlie Hebdo, 17.7.2019.

mardi 13 août 2019

Culot du bulldozer

Les populistes ont décidément tous les culots. Matteo Salvini, Ministre italien de l'Intérieur, a déposé une motion de censure contre le gouvernement dont il est dans les faits le numéro uno. On n'entend et ne voit que lui. Vu de l'extérieur, le gouvernement italien se résume à lui. 
Une motion de défiance vise à faire tomber un gouvernement, parce qu'on le juge mauvais. Quel message envoie donc aux électeurs l'une des plus grandes gueules de la politique européenne? Que ce gouvernement, mis en place il y a moins de quinze mois, et dont il est le fer de lance est tellement catastrophique qu'il vaut mieux organiser de nouvelles élections? 
En fait, l'homme qui pense comme un bulldozer sait que les sondages sont en ce moment très favorables à son parti d'extrême droite, la Liga. Il veut donc un retour aux urnes, invoquant le principe démocratique. Qui refuserait d'aller voter?, tempête-t-il. Qui peut s'opposer à ce grand moment de la démocratie que constituent les élections? 
Que serait une démocratie où les gouvernements tomberaient les uns après les autres parce que chacun de ses constituants, tour à tour, penserait pouvoir en être le plus fort? Salvini affiche en fait tout le mépris qu'il a pour le système électoral et pour les citoyens
En attendant, il fait ce qu'il fait de mieux: jouer les bouffons. Il s'exhibe en maillot sur les plages, se fait photographier par le bon peuple qui l'aime tant et sort son chapelet pour tenter de séduire les catholiques. Du moins, ceux qui n'aiment pas les autres. Parce que ceux qui écoutent le pape ont entendu celui-ci, en juin dernier, dénoncer "des discours qui ressemblent à ceux d'Hitler en 1934" et "des pensées qui font peur". Il n'a pas cité Salvini et la Liga, mais tout le monde les a reconnus.
Aujourd'hui, une majorité de sénateurs a rejeté la motion de censure de Salvini. Toute décision sur l'avenir du gouvernement est reportée d'une semaine au moins. Le bulldozer, convaincu que rien ni personne n'est capable de lui résister, a été freiné dans son élan. La démocratie italienne n'est pas encore sous sa botte.


vendredi 9 août 2019

La porte des trous

La déconstruction des arches centrales du Pont des trous à Tournai fait du bruit. Des Tournaisiens en ont pleuré. La presse en parle abondamment, souvent sans maîtriser le dossier. Même le Guardian à Londres s'en inquiète. Les réseaux prétendument sociaux - c'est devenu leur spécialité - permettent à Monsieur et Madame Toutlemonde de tempêter.
Ces arches datent de 1947 et non du XIIIe siècle comme les tours qu'elles reliaient. Elles avaient été démolies durant la seconde guerre mondiale par l'armée anglaise. Leur démolition est justifiée, qu'on l'accepte ou non (1), par l'étroitesse du passage pour les bateaux.
Faut-il les reconstruire à l'identique ou d'une manière résolument contemporaine? C'est la bataille tournaisienne d'Hernani. Défenseurs du faux vieux et partisans du vrai neuf s'étripent.
Et voilà qu'un architecte tournaisien sort son œuf de Colomb. Jacques Desablens propose, au vu de l'état actuel du chantier, de quasiment tout laisser en l'état. "Le massacre a assez duré, écrit-il. Le passage pour les péniches est dégagé, le SPW (service public de Wallonie) est content et son ministre aussi... gardons la dernière arche sans rien reconstruire. On garde la travée côté beffroi, témoignant de la reconstruction de 1948 et on ne fait pas du faux vieux. On  reste aussi dans l'expression de la ruine, pittoresque et un tant soit peu romantique, sans lisses de guidage. Et cela ne coûte quasi rien...". (2)
Ce pont a toujours mal porté son nom, il n'a jamais permis de passer d'une rive à l'autre, mais bien de fermer le passage sur l'Escaut. Il n'était en rien un pont mais une porte militaire. "On pourrait garder les traces de la reconstruction, propose encore l'architecte, et le fait qu'une partie subsiste permet à l'imaginaire de reconstituer la courtine. En plus, cela n'est pas moche, ça ouvre la perspective; c'est une porte ouverte, dans laquelle on montre sa situation quand elle défendait...".
Voilà une excellente idée, une évidence à laquelle personne n'avait pensé.
Mais les pouvoirs publics seront-ils assez rapides et assez intelligents pour stopper le chantier?
Après tout, le ministre avait pris peu de temps pour jeter à la poubelle le projet issu d'une concertaion populaire.

(1) (Re)lire sur ce blog
« Démocratie de l’esthétique », 22.10.2015 
http://moeursethumeurs.blogspot.com/2015/10/democratie-de-lesthetique.html
et « De la complexité des arches », 9.4.2019 


lundi 5 août 2019

La déesse Croissance

"Pendant qu'on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s'engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l'homme est en train, à force d'exploitation technologique incontrôlée, de rendre la planète inhabitable, non seulement pour lui mais pour toutes les formes de vie supérieures qui s'étaient jusqu'alors accommodées de sa présence. Le paradis concentrationnaire qui s'esquisse et que promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l'œuf. La seule vraie question qui se pose n'est pas de savoir s'il sera supportable une fois né mais si, oui ou non, son avortement provoquera notre mort." Ces lignes, visionnaires, ont été écrites en 1969 par Pierre Fournier (1) dans Charlie Hebdo. L'année suivante, le club de Rome publiait son rapport "Halte à la croissance", appelant à freiner d'urgence cette société du toujours plus, de la surproduction et de la surconsommation. Voilà donc cinquante ans que l'on sait, cinquante ans que des prophètes inspirés nous invitent à changer radicalement de mode de vie sous peine de mort.
Et depuis, la grande majorité des politiques, la plupart des journalistes, la quasi totalité des économistes ne jurent que par la croissance et nous prédisent des jours sombres dès qu'elle diminue.
L'homme est un animal sourd.
Juillet 2019 est le mois le plus chaud jamais mesuré sur la planète Terre (2). Mais qui s'en soucie vraiment? Ugly Trump fait la seule chose qu'il sait faire: vociférer en accusant les autres de tous les maux. Les élus belges peinent à construire des gouvernements, leurs ego comptant plus que l'avenir de la planète. Bart De Wever espère devenir un jour président de la République flamande, se trompant totalement de combat. A la fin du siècle, demain donc, un tiers de sa Flandre pourrait être sous eau.
En France, on n'entend guère d'appels à changer rapidement les priorités politiques. L'écologie devrait guider tous les gouvernements de la planète. Elle n'est toujours vue que comme un boulet qu'on voudrait oublier mais qu'on est bien obligé de traîner derrière soi.
"Ça ne marchera jamais beaucoup l'écologie, écrivait Cabu en 2005 (1), parce que ce n'est pas une idéologie de la facilité. Tout ce qui marche, c'est quand on flatte les gens dans le sens du poil, quand on leur dit Vous êtes les plus grands, les plus beaux, la source de tous vos malheurs, c'est l'Arabe du coin. (...) Les idées écologistes dérangent tout le monde, puisque ça contrarie tous les privilèges, tous les plans, toutes les théories capitalistes, etc. C'est un retour à la frugalité, ça ne plaît pas aux chefs d'entreprise, au monde de la production."
On ne serait pas surpris que juillet 2020 soit le mois le plus chaud jamais mesuré sur la planète Terre. L'année aussi où nous serons plus nombreux encore à nous précipiter dans les bouchons pour partir en vacances. 

(1) cité par Jean-Luc Porquet dans  son remarquable ouvrage "Cabu, une vie de dessinateur", Gallimard, 2018.
(2) https://www.lesoir.be/240396/article/2019-08-05/climat-juillet-2019-mois-le-plus-chaud-jamais-mesure-dans-le-monde

mercredi 24 juillet 2019

Il n'est de pire sourd...

La France suffoque et eux s'offusquent. Pas du manque de volonté politique de s'attaquer aux causes du dérèglement climatique. Non. Ils s'offusquent de l'invitation à l'Assemblée nationale d'une jeune fille qui vient tirer la sonnette d'alarme. Ils ne veulent pas de Greta Thunberg, que l'un d'entre eux a qualifiée de "Prix Nobel de la peur".
Guillaume Larrivé et Julien Aubert, jeunes députés de droite, ont appelé à boycotter la rencontre avec la jeune Suédoise organisée par 156 de leurs collègues. "Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n'avons pas de besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifiques et de courage politique", a déclaré le premier (1). On attend depuis longtemps un peu de courage politique en la matière de la part du parti Les Républicains. Que l'on sache, ce n'est ni sous Chirac, ni sous Sarkozy qu'on en ait plus vu que maintenant. On ne voit que le soleil qui poudroie et l'herbe qui brûloit.
Quant à la croyance dans le caractère salvateur du progrès scientifique, qui nous a donné le pétrole, les avions, les paquebots, les centrales nucléaires, on voit où elle nous a menés. Mais pour ces jeunes loups aux œillères étroites il est évidemment hors de question de remettre en question nos modes de vie qui dégradent à grande vitesse notre planète.
Les scientifiques se sont exprimés par milliers sur le réchauffement climatique, en pointant les causes et en évoquant les solutions. Et quand une jeune fille de seize ans se fait leur relais, appelle les politiques à les écouter, elle se retrouve face à d'affligeants élus qui ne veulent rien entendre, ni l'urgence à agir, ni ceux qui s'inquiètent pour l'avenir de leur planète.
L'astrophysicien Aurélien Barrau trouve leur attitude "scandaleuse et même indigne". "On sait depuis quarante ans, rappelle-t-il, que nous sommes dans une situation critique. Tous ceux qui s'y intéressent le savent. 15.000 scientifiques ont alerté sur la gravité de la situation. Rien n'a été fait. Les experts internationaux alertent. Rien n'a été fait. Et là, ils s'indignent du fait qu'une jeune femme vienne précisément relayer ce message?! Soyons clair: la Science est du côté de Greta."
Greta Thunberg n'est pas dupe de ce qu'elle vit: "nous sommes devenus les méchants qui devons dire aux gens des choses pas faciles, parce que personne ne veut le faire ou n'ose." 
"Personne n'aime le messager porteur de mauvaises nouvelles", écrivait Sophocle.

Dans le même temps, l'Assemblée nationale approuvait la ratification du CETA, traité de libre-échange entre l'U.E. et le Canada, avec ce qu'il entraînera de trafics de marchandises et de produits agricoles de part et d'autre de l'Atlantique, avec leur lot de pollutions diverses.
Preuve qu'il faudra encore beaucoup de Greta Thunberg avant que des décisions courageuses et radicales soient enfin prises. Malgré les tristes censeurs et les lamentables autruches.

(1) https://www.huffingtonpost.fr/entry/aurelien-barrau-reagit-face-aux-deputes-anti-greta-thunberg_fr_5d36df96e4b004b6adb5a0d1?utm_hp_ref=fr-homepage

lundi 22 juillet 2019

Le cynisme a un nom

Et voilà, c'est reparti pour un tour. Bayer-Monsanto ne peut s'avouer vaincu et s'est, une nouvelle fois, pourvu en cassation de la condamnation dont il a été l'objet par le tribunal dans le conflit qui l'oppose depuis douze ans à l'agriculteur charentais Paul François (1). Ce dernier avait été intoxiqué en 2004 par le pesticide Lasso, fabriqué et vendu par Monsanto, et a souffert depuis de très graves troubles neurologiques (2). Ce poison est, depuis 2007, interdit dans l'Union européenne et l'avait été déjà au Canada en 1985 et aux Etats-Unis en 1990. Ce qui n'empêche pas le champion allemand de la pharmacie de continuer à le commercialiser en Asie. "Par ce comportement, affirme l'association Phyto-Victimes, Bayer adopte la même  logique que Monsanto en sacrifiant la santé au nom d'un profit financier." (3)
Bayer-Monsanto tente de gagner du temps, une fois encore, méprisant les décisions de justice déjà prises et craignant visiblement d'autres procès que pourraient lui intenter tous ceux - et ils sont nombreux - qui ont naïvement utilisé des pesticides miracles qui les ont empoisonnés.
Que faire face à un tel cynisme sinon boycotter les produits de Bayer qui prétend nous soigner et cultive  le mépris pour la santé humaine ?
Que faire sinon réclamer plus que jamais l'interdiction totale des pesticides de synthèse? (4)

(1) https://www.liberation.fr/depeches/2019/07/21/affaire-de-l-agriculteur-paul-francois-monsanto-bayer-va-en-cassation_1741298
(2) (Re)lire sur ce blog "Nouveau coup de David Golitah", 12.4.2019
(3) https://www.phyto-victimes.fr/2019/07/cp-procedure-paul-francoismonsanto-bayer-poursuit-lacharnement-judiciaire-de-monsanto/
(4) https://nousvoulonsdescoquelicots.org

jeudi 18 juillet 2019

Mes propositions à la nouvelle ministre de la transiton énergétique

Bon, maintenant ça suffit, on arrête les conneries. On voit où elles nous ont menés. 21°C à 800 km du Pôle Nord. Chez nous, des épisodes de canicule et de sécheresse de plus en plus importants et fréquents. Ailleurs, des ouragans, des pluies diluviennes. Un manque d'eau qui tue. Population, animaux et arbres. Ça suffit.
Voilà ce qu'on va faire. 
D'abord, on interdit la création de toute nouvelle route ou autoroute (même un tronçon, c'est non!), de tout nouvel aéroport (même une extension), de tout nouveau port. Il y en a plus qu'assez.
On investit massivement dans les transports en commun, on rouvre des lignes de chemin de fer et de bus et on augmente fortement le prix du litre de carburant.
Les nouvelles voitures mises sur le marché ne pourront être qu'électriques et devront obligatoirement être partagées. On diminue les vitesses sur routes et autoroutes (Les Etatsuniens et les Canadiens sont limités à 100 km/h sur autoroute et ne sont pas jaunes de rage).
On taxe enfin - et solidement - le kérosène et les billets d'avion et on fixe un quota de kilomètres par personne. Chacun dans sa vie a le droit de parcourir, par exemple, 10000 km en avion. Pas plus. Le reste, on le fera à la voile. Ou à la rame.
On favorise par tous les moyens (fisc, infrastructures) l'usage du vélo, de la voile, du cuistax, du kayak, etc.
On taxe énormément, mais alors énormément, tout produit alimentaire qui voyage sur plus de, disons, 100 km. Plus il vient de loin, plus il est taxé. C'est compliqué? Non, c'est complexe. Mais on a inventé la roue, l'arbre à came, l'extasy, l'ordinateur, la carte routière qui parle et les baskets qui clignotent. Alors, ça ne doit pas être bien difficile. Ce n'est qu'une question de volonté.
On enterre les accords de type CETA qui favorisent la circulation de marchandises à travers la planète.
On ferme toutes les mines de charbon et on fixe une limite (basse, bien sûr) annuelle à la production de pétrole. Démerdez-vous.
Puisque la plupart des gens ne veulent pas voir une éolienne dans leur environnement, chaque famille recevra un générateur à pédales pour produire l'électricité qui lui est nécessaire. C'est bénéfique pour la santé et pour l'équilibre de la sécurité sociale. 
Chacun n'a le droit d'acheter un téléphone mobile que tous les vingt ans.
On interdit de transformer en zone constructible des zones agricoles, vertes, forestières, etc. Donc, plus aucune nouvelle zone constructible. Il y a des maisons à vendre et des sites à réaffecter un peu partout. Et la construction de maisons quatre façades est désormais interdite.
Plus question de gagner de nouveaux pâturages pour le bétail sur des zones forestières.
On fixe un quota d'eau par personne, pas bien cher. Mais au-delà la facture sera très salée. Et tant pis pour les piscines individuelles.
On interdit totalement les pesticides.
On réduit drastiquement le nombre des espèces chassables pour préserver la biodiversité.
Et une dernière chose encore: on arrête le homard aussi.
Voilà, on commence par là, y a du boulot. Et on fait le point dans un an. Si vous voulez d'autres idées, n'hésitez pas à me contacter.
Un truc encore: qu'on ne vienne pas me dire que c'est fasciste de réduire la liberté individuelle, que chacun a le droit de vivre comme il l'entend. On l'a fait, on l'a trop fait, vivre comme on l'entend. On est libre de quoi aujourd'hui? De mourir la gueule ouverte? 

mercredi 17 juillet 2019

Je rugis

Je n'ai jamais eu aucune sympathie pour François de Rugy. Quand je dis jamais, ça ne veut pas dire depuis longtemps. Je n'avais jamais entendu parler de lui avant qu'il ne soit, suite à l'élection de Macron,  désigné président de l'Assemblée nationale, avant d'être nommé ministre de la Transition écologique. Les gens qui changent de camp (il a quitté les Verts pour rejoindre La République en Marche) m'apparaissent comme des opportunistes, que je soupçonne de poursuivre des ambitions bien plus personnelles que collectives. Je suis loin d'être le seul à le voir comme un mollasson de l'écologie qui a(vait) bien compris où était son avenir, mais ne changera le système qu'à la marge.
Pour autant, je ne peux participer à la chasse aux sorcières dont il est aujourd'hui victime.

Nous n'avons publié que des faits objectifs, déclarait ce mercredi matin sur France Inter un journaliste  de Mediapart. Sans doute. Mais chacun est porteur de mille, cinq mille ou cinq cents mille faits objectifs. Et on nous cite ici quelques "faits objectifs" parmi tant d'autres. La succession de leur révélation démontre une volonté d'acharnement. D'autant qu'ils ne sont pas analysés. On nous dit que, président de l'Assemblée, il organisait de fastueux dîners avec "ses potes". Et on lit le témoignage d'un journaliste qui en était et se souvient qu'il n'y connaissait personne et s'y est ennuyé. Un autre témoin a trouvé cette rencontre "intéressante". On reproche aux politiques de ne pas consulter et quand ils le font, on leur reproche de ne pas consulter les bonnes personnes et on déplore les conditions de la rencontre. Chacun va-t-il mettre son nez désormais dans l'agenda et les assiettes de chaque ministre?  Faut-il désormais pour ne pas heurter le peuple que, comme l'écrit Riss dans Charlie Hebdo (1), les ministres ne mangent que du hachis parmentier, arrosé d'une bouteille de Sprite avec un choco BN pour dessert? "Quand les idées manquent, il reste le moralisme, dit-il encore. Dans tous les domaines, qu'il s'agisse de politique ou de mœurs, l'offensive généralisée de la morale ne présage rien de bon. (...) L'exigence de pureté, quand on l'applique à la politique, ne rend pas la démocratie plus juste, mais elle la métamorphose en une sorte d'Inquisition à l'affût du premier bûcher à allumer pour livrer à la colère de la foule le premier pécheur."

Et le peuple dans son ensemble se scandalise. Le peuple n'aime rien tant que se scandaliser et hurler avec les loups.
Effectivement, ces images de repas fastueux sont catastrophiques en termes d'images des gouvernants. Mais veut-on que demain les invités d'un ministre ou d'un élu x ou y soient reçus avec ces œufs brouillés qui plaisaient tant au président Giscard d'Estaing?
Voilà qui me ramène au projet auquel je crois: en finir avec la classe politique. Que les mandats soient extrêmement limités dans le temps, ce qui permettra à beaucoup plus de citoyens d'exercer une fonction politique. Que chacun à son tour puisse devenir ministre, parlementaire, conseiller régional, maire. Et qu'il assume alors son mandat en toute transparence face aux kalashnikovs médiatiques.
Mais que les médias en fassent autant: que les rédacteurs en chef, les chefs d'éditions, les journalistes disent avec qui ils mangent, ce qu'ils mangent et qui a payé l'addition. 

Il y a vingt ans, j'étais élu au Parlement wallon. Je n'y ai effectué qu'un seul mandat. Ainsi en ont décidé les électeurs. J'ai mal vécu alors l'échec cuisant et que je continue à trouver injuste d'Ecolo aux élections régionales de 2004. Mais j'ai surtout mal vécu le "bulletin" que Le Soir  a publié juste avant les élections, distribuant aux parlementaires des points sous forme d'étoiles. Je n'en ai obtenu qu'une seule. Comme un vulgaire parlementaire touriste. J'en ai été profondément et longtemps blessé, moi qui durant cinq ans avais travaillé sur tant de dossiers divers de cinquante à septante-cinq heures par semaine, motivé, convaincu que par ce mandat je pouvais participer à une évolution positive de la société. Le journaliste qui s'était institué juge se basait sur des "faits objectifs": le nombre de questions écrites et orales posées, d'interpellations, de propositions de décret. Et ce exclusivement au Parlement wallon. Alors que tout député wallon siège également au Parlement de la Communauté française. Et que, les deux dernières années de mon mandat, je siègeais également au Sénat comme sénateur de communauté. Nous n'étions d'ailleurs plus que deux sénateurs, Isabelle Durant et moi, en 2003-2004. C'est dire si le travail au Sénat était devenu pour moi proritaire. Mais tout ce travail-là, dans ces autres institutions (tout autant que le travail, non quantifiable, d'auditions, de négociations, de contacts au sein et à l'extérieur du Parlement wallon), était superbement ignoré par le journaliste, si sûr de ses "faits objectifs", de ses calculs d'épiciers.
C'était il y a quinze ans.  Aujourd'hui, je garde une amertume de ce que j'ai considéré comme un "flingage", mais je n'ai plus aucun regret. Pour rien au monde, je ne voudrais à nouveau siéger comme parlementaire. Aujourd'hui plus qu'hier, nous sommes dans le temps des hyènes, des inquisiteurs, des Tartuffe.

Post-scriptum:  ce mercredi soir, selon le Journal de France 3, le parquet financier n'ouvrira aucune enquête au vu des informations actuelles. Donc, en l'état, rien d'illégal ne lui est reproché. Juste une question de morale donc. "N'oubliez jamais, disait Léo Ferré, que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres."

(1) "Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour le homard", Charlie Hebdo, 17.7.2019.

lundi 15 juillet 2019

La fleur au fusil

Les algues vertes prolifèrent en Bretagne plus que jamais et l'usine qui les traitait vient de fermer ses portes. En cause: des odeurs pestitentielles et des risques exrêmement graves pour la santé des travailleurs et des riverains (1). Le H2S, le gaz qui émane de ces algues, peut s'avérer mortel. Un jeune ostréiculteur de la baie de Morlaix en serait mort samedi dernier. Les causes de ces algues vertes sont multiples: agricultures et élevage intensifs, surpêche et réchauffement climatique.
Les sapins des Vosges sont en train de mourir de soif. 
Un peu partout, des sources se tarissent. Des étangs et des lacs se vident. Les rivières s'assèchent. Les poissons meurent, tout comme de nombreuses espèces qui perdent là leur environnement indispensable.

Pendant ce temps, la justice autorise la création d'une zone d'aménagement sur des terres agricoles au nord de Paris pour la création d'Europa City (2), "nouveau quartier de loisirs", ses pistes de ski, ses boutiques de luxe, ses jardins de cueillette, ses manèges, ses hôtels, ses fast food, ses restaurants bio, ses magasins innombrables, ses auberges de jeunesse, ses salles de spectacle, son parc aquatique. Le temps ne passe pas, nous restons coincés dans les années '60. Tout reste possible. Même les plus stupides et mortifères des projets.
Pendant ce temps, le gouvernement, si soucieux de préserver la biodiversité, envisage de relever les quotas de chasse de deux oiseaux: la tourterelle des bois, classée comme "vulnérable", et le coulis cendré, classé comme "presque menacé" (3).
Pendant ce temps, les Français achètent toujours plus de voitures. Le parc automobile français n'a jamais été aussi important: il compte aujourd'hui 34 millions de véhicules particuliers, 7 de plus qu'il y a vingt ans. 86% des ménages en sont équipés (4). Et il y a toujours plus de bouchons sur les routes des vacances. Toujours plus de vols d'avions aussi vers des destinations de rêve. Toujours plus de projets qui transforment la planète en cauchemar.

Post-scriptum: https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/16/contre-la-pollution-de-l-air-l-anses-recommande-surtout-la-reduction-du-trafic-automobile_5489775_3244.html

(1) https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/lantic-usine-traitement-algues-vertes-fermee-urgence-1695500.html
(2) https://www.la-croix.com/Economie/Europacity-justice-valide-appel-creation-zone-amenagement-2019-07-11-1301034813
(3) https://www.liberation.fr/planete/2019/07/14/deux-especes-d-oiseaux-menacees-peut-etre-bientot-chassees_1739608
(4) https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/07/02/jamais-les-francais-n-ont-possede-autant-de-voitures_5484295_3234.html