mardi 7 avril 2026

Les désespérants

Les attaques contre les maires noirs nouvellement élus sont intolérables, totalement inacceptables. Stupidité et méchanceté s'additionnent pour exprimer le racisme. Et toutes les institutions et tous les citoyens se doivent de réagir et de lutter contre ce rejet agressif de l'autre qui s'exprime à nouveau ouvertement et visiblement sans honte .
Mais LFI reprend dans la figure le boomerang qu'il a lui-même lancé : le mouvement insoumis entend donner toute sa (toute la) place à ce qu'il appelle la Nouvelle France, la France de ceux qu'il sied à présent de désigner comme racisés, au détriment de l'autre, la vieille France, la blanche, la rurale, la réac (1). Mélenchon assume la formule du grand remplacement chère à l'extrême droite. Celle-ci craint que les blancs chrétiens soient remplacés par les noirs et arabes musulmans et celui-là affirme que c'est ainsi que la situation doit évoluer. En outre, pour défendre sa grande cause, celle de la Palestine, il souffle violemment, et lui aussi sans honte, sur les braises de l'antisémitisme. LFI a  allumé l'incendie dont il se plaint d'être victime. Il clive la société et tempête quand les siens sont victimes de clivage. 
La France n'est pas divisée entre blancs et noirs, entre bons et méchants. Une telle analyse relève du simplisme, voire de la stupidité. Et le MélenChe n'est pas stupide. Juste cynique, calculateur et électoraliste. Il joue un jeu dangereux. Il a choisi les banlieues. La Vieille France, il l'abandonne. Au RN.

De son côté, à quelques jours des élections en Hongrie, la fille à papa Le Pen est allée soutenir son camarade Orban, soutien indéfectible de Poutine et cheval de Troie du Kremlin dans l'Union européenne. Le vice-président américain a fait de même. La Le Pen a choisi son camp. Soutenir Orban, c'est soutenir ces joyeux va-t-en-guerre de Poutine et Trump. Et les nouveaux maires RN affichent leur priorité : retirer le drapeau européen des façades de leurs mairies (ce qui ne les empêchera évidemment pas d'aller chercher des subventions auprès de l'UE). Anti-UE et pro-Trump et Poutine, voilà le grand parti nationaliste français. Qu'on s'en souvienne.

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/01/la-nouvelle-france-une-expression-banale-transformee-en-grenade-degoupillee_6675827_3232.html

jeudi 2 avril 2026

Lumière et obscurité

Lee Miller a eu une vie hors normes. De mannequin, elle est devenue photographe de presse, puis reporter de guerre. Elle a voulu rendre compte de la violence de la seconde mondiale, de la peur, de la souffrance, des drames, des atrocités qu'elle a engendrés. Alors que le front était interdit aux femmes, elle s'y est imposée. Elle a témoigné de l'horreur. Elle fut parmi les premiers photographes qui révélèrent les camps de concentration. Ses images de ces hommes et de ces femmes à peine vivants, hagards et décharnés, de ces monceaux de cadavres ont secoué le monde. Le film qui retrace sa vie (1) indique à la fois sa volonté de témoigner de l'indicible et les traumatismes qu'ils ont suscités en elle. Vous regardez ce film et ce personnage, intensément incarné par Kate Winslett, et vous pensez à ces négationnistes, à tous ceux qui arrivent à penser que tout cela est faux et qui osent le proclamer. Vous pensez à ceux qui y croient mais s'en réjouissent, regrettent que Hitler n'ait pas fini le travail comme ils disent. 
Et puis, vous voyez et entendez Lili Keller-Rosenberg (2), qui a aujourd'hui 93 ans et qui témoigne de ce qu'elle a vécu dans les camps de concentration. Juive, elle vivait à Roubaix avec ses parents et ses deux jeunes frères. Elle avait 11 ans en 1943 quand toute la famille fut déportée. Le père à Buchenwald d'où il ne revint jamais, les autres à Ravensbruck, puis à Bergen-Belsen. Libérée avec sa mère et ses frères, en 1945, elle en est revenue, comme beaucoup, mutique d'abord, vivant avec ses cauchemars et sa peur des chiens et du noir. "Il reste des traumatismes, mais on peut vivre." C'est quand elle a entendu le négationniste Faurisson qu'elle s'est dit ""Il me faut réagir, je ne pouvais laisser dire de tels mensonges". Alors, depuis cinquante ans, elle a rencontré des milliers de collégiens et de lycéens pour raconter ce qu'elle a vécu, toujours debout avec son rouge à lèvres et bien coiffée. Sa mère le lui a enseigné : toujours garder sa dignité. "Ils sont tellement à l'écoute. Je suis utile. Contre la haine. C'est la haine à notre époque encore qui amène les guerres, l'antisémitisme, le racisme. Nous sommes tous faits de la même façon." Elle dit encore que la diversité est une richesse. Elle s'est engagée à témoigner jusqu'à ses cent ans.
Vous l'écoutez cette dame toute simple, directe, souriante, lumineuse même et en même temps vous voyez ressurgir, un peu partout comme un phénomène naturel, l'antisémitisme, notamment alimenté par des gens qui défendant, à raison, les Palestiniens estiment qu'il est dès lors normal de fustiger les Juifs, de rêver de leur disparition, de semer la haine pour défendre un peuple.
Et puis vous voyez le racisme s'exprimer comme naturellement contre les maires noirs fraichement élus en France.
Et alors que vous venez de voir le biopic de Lee Miller, d'écouter  Lili Keller-Rosenberg, vous apprenez que le parlement israélien fait régresser toute sa société en réinstaurant la peine de mort, pour les terroristes, palestiniens, forcément palestiniens, pas pour les colons malgré leur grande violence (3).
Et le même jour encore, à l'occasion de la commémoration du massacre de Boutcha en Ukraine, vous revoyez des images qui datent de quatre ans (4) mais que Lee Miller aurait pu photographier il y a quatre-vingt ans.
Alors, vous vous dites que les hyènes doivent être plus humaines que certains hommes, qu'il est des hommes sans mémoire ni compassion qui ne vivent que de la haine. Et vous ne comprenez ni pourquoi, ni ce qui les fait vivre. Si c'est cela vivre. 

(1) Le film "Lee Miller", par Ellen Kuras, 2023.
Exposition des photos de Lee Miller du 10 avril au 2 août, au Musée d'Art moderne de Paris.
(2) https://www.arte.tv/fr/videos/125544-156-A/28-minutes/
La vie de Lili Keller-Rosenberg a été racontée en BD  : "Lili toujours debout jusqu'au bout" (éd. Glénat), scénario d'elle-même et dessins de Boris Golzio.
(3) Arte, Journal, 31.3.2026.
(4) https://www.france24.com/fr/europe/20260331-en-ukraine-des-responsables-europ%C3%A9ens-comm%C3%A9morent-le-massacre-de-boutcha

lundi 30 mars 2026

Voie sans issue

Comment le Père Ubu va-t-il se sortir de cette guerre qu'il a voulue - entraîné, estiment certains, par son compère Netanyahou - et dont il ne sait comment se dépêtrer ? 
Il a quatre scénarios qu'envisage Le Courrier international (1). Ils sont tous mauvais.
Il y a le dialogue. C'est ce que Trump dit avoir entamé sans qu'on sache avec qui. Mais on sait que ni lui ni ses sbires ne savent ce qu'est une négociation. Ils entendent imposer leurs conditions et refusent celles de l'adversaire.
Il y a le retrait. C'est l'option "la plus trumpienne", selon The Economist. Pour (tenter de) sauver les élections de novembre, le va-t-en-guerre pourrait affirmer péremptoirement (comme il sait si bien le faire) que ses objectifs sont atteints. Comme il est resté flou sur ceux-ci depuis le début de ce conflit, il pourrait "faire passer une campagne sans issue pour une victoire décisive". Mais un arrêt immédiat de la guerre sans avoir mis en échec le régime iranien "consacrerait une victoire stratégique majeure pour Téhéran", écrit L'Orient-Le Jour.
Il y a le maintien du cap. Tant que le détroit d'Ormuz ne sera pas libéré, les Etats-Unis et Israël pourraient poursuivre leurs frappes. C'est apparemment l'option soutenue par Nétanyahou et certains à Washington.
Enfin, il y a l'escalade. Trump pourrait faire frapper les centrales électriques iraniennes et lancer des opérations commandos notamment sur l'île de Kharg. Mais qui dit escalade dit... escalade en face. Bien malin qui peut parier sur l'issue d'une fuite en avant.
Finalement, il est possible que "aucune de ces options ne permette de mettre fin à la guerre", pense The Economist. Tant que le détroit d'Ormuz restera fermé, Trump aura perdu. Faut-il le rouvrir par la force ou laisser la situation économique mondiale se dégrader plus encore par sa faute ? Voilà le dilemme qu'il n'avait pas prévu de devoir trancher, analyse The Daily Telegraph.

Même si les Etats-Unis et Israël trouvaient une issue à ce conflit, ils ne parviendront pas à mettre fin à la mainmise sur l'Iran des Gardiens de la révolution, constate Dawn Mena (2). "Les stratèges de Tel-Aviv et Washington sont en train de comprendre qu'ils se sont engagés, de fait, dans une guerre contre une milice dotée d'un Etat". 
Selon le site d'information arabe basé à Washington, "les Gardiens de la révolution se préparent depuis près de cinquante ans à une guerre d’usure contre un ennemi technologiquement supérieur, et ils ont complètement intégré l’état d’esprit, la mentalité et l’organisation propres à un mouvement d’insurrection. Avec les pasdarans, Israël et les États-Unis sont aujourd’hui en guerre contre la plus grande milice du monde – un réseau de réseaux pensé pour résister indéfiniment à une guerre d’usure."
Les Gardiens de la révolution forment "un État parallèle, qui fonctionne comme le réseau le plus important au sein d’un système en étoile. Autrement dit, le système combine la forme circulaire de l’organisation centralisée, chargée de transmettre l’intention stratégique, à la structure en maillage, très résiliente, qui permet aux noyaux régionaux d’agir de façon autonome". Ils ont mis en place une structure horizontale avec des cellules régionales qui disposent d'une grande liberté d'action et d'initiative, sans supervision d'un commandement central. Et les entreprises liées aux Gardiens de la révolution contrôlent la moitié de l'économie iranienne. Ils "peuvent puiser dans la manne pétrolière nationale pour financer leurs opérations de déstabilisation".
"Outre ses quelque 200 000 hommes en uniforme, le corps des Gardiens de la révolution a aussi pénétré la société civile, avec un million d’hommes et de femmes intégrés dans ce réseau paramilitaire qu’est le Bassidj sa branche chargée de la sécurité intérieure. Les Gardiens de la révolution sont un État dans l’État, avec les bassidjis comme relais répressifs disséminés dans une société iranienne hostile et en colère."
Selon Dawn Mena, même si Israël et les États-Unis poursuivaient leurs attaques pendant des mois et parvenaient à décapiter l’État iranien, "le réseau ne ferait probablement que se morceler – dans le meilleur des cas – en unités de taille plus modeste continuant à opérer dans l’ombre. Solidement ancrées dans des réseaux transnationaux, ces dernières survivraient même aux bouleversements sociopolitiques du pays – si tant est que les Iraniens descendaient à nouveau dans les rues et parvenaient à faire chuter la République islamique. Un tel scénario déboucherait hélas sur une interminable et sanglante guerre civile, à laquelle participeraient ces formations réduites, jusqu’à se rassembler officiellement dans une nouvelle structure émergente."

Bref, les Etats-Unis et Israël sont loin d'en avoir fini avec cette guerre sans doute, mais aussi et surtout avec les Gardiens de la révolution. La population iranienne aussi. Hélas. Mais Israël et les Etats-Unis se soucient-ils de celle-ci ?

(1) "Pour Donald Trump, quatre (mauvais) scénarios, Le Courrier international, 26.3.2026.
(2) Andreas Krieg, "Les pasdarans, une milice dotée d'un Etat", Dawn Mena, 18.3.2026, in Le Courrier international, 26.3.2026.
(Dawn Mena : Democracy for the Arab World Now, Middle East et North Africa, promeut les doits humains)

vendredi 27 mars 2026

Gens de rien

Il est bien loin le temps où les états majors militaires osaient parler de frappes chirurgicales. Comme si une frappe n'était pas par essence violente et comme si la chirurgie pouvait être destructrice.
On voit dans quel état est la bande de Gaza. Les frappes de l'armée israélienne qui visaient les combattants du Hamas ont tué des dizaines de milliers de civils et le territoire est détruit dans sa majeure partie.
La guerre que mènent Israël et les Etats-Unis au régime dictatorial iranien a de sanglantes retombées sur une population iranienne à présent prise en tenailles entre ce régime répressif et les bombes et missiles qui visent la fin de ce dernier (bien que les motivations de cette guerre restent floues).
Le Liban se retrouve entraîné dans cette guerre, une de plus, à cause du Hezbollah et des réactions tout aussi destructrices de l'armée israélienne. Comme toujours, comme ailleurs, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd.

Et pendant qu'Israël mène cette guerre, les colons en profitent pour s'attaquer à des villages de Cisjordanie : agression d'habitants, incendies d'habitations et de voitures, jets de pierres.
"Depuis le début de la guerre avec l’Iran, rapporte Le Monde (1), les colons les plus extrémistes, qui bénéficient d’une impunité de fait depuis des mois, ont multiplié les assauts, tuant six Palestiniens en trois semaines. Cette dégradation a conduit des anciens généraux israéliens à rendre publique, le 16 mars, une lettre ouverte adressée à la hiérarchie militaire afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « pogroms » et de « terrorisme juif »." Dimanche dernier, indique encore Le Monde, le ministre israélien des finances, chargé des colonies, "a déclaré viser « l’effondrement » de l’Autorité palestinienne et l’annexion complète de la Cisjordanie. Le candidat de gauche, Yaïr Golan, a dénoncé le soutien du gouvernement au « terrorisme juif » alors que l’armée opère sur deux fronts, en Iran et au Liban."
"La guerre lancée par l’Etat hébreu avec les Etats-Unis contre l’Iran a déplacé l’attention médiatique et politique, constatent les Palestiniens (2). « La bande de Gaza et la Cisjordanie sont en quelque sorte reléguées au second plan parce que tous les regards sont tournés vers un problème régional plus grand », souligne la ministre, en poste depuis 2025. « Dans le même temps, nous assistons à une recrudescence sans précédent des actes terroristes perpétrés par les colons illégaux sur l’ensemble du territoire palestinien », s’alarme-t-elle, en dénonçant le rôle joué par des membres influents du gouvernement israélien dans la défense du mouvement de colonisation."

Dans la guerre sans merci que mène le boucher de Moscou à l'Ukraine, les pertes côté russe (morts et blessés) seraient de 40 000 par mois (3). Et combien de morts en Ukraine ?
Mais toutes ces morts, tous ces drames, ces gens mutilés, ces familles endeuillées, ces villages et ces villes détruites, rien de tout cela n'a d'importance face à la volonté de conquête et de pouvoir de ces extrémistes. Les gens n'existent pas.

Chacun défend ses intérêts, et dans le calcul froid des pertes et des profits, le sang humain n’a aucune importance. (...)
J'ai en moi une question : quand le monde décidera-t-il que la vie d’un enfant à Gaza, à Téhéran ou au Koweït a plus de valeur que tous les détroits et tous les gisements pétroliers ?
Taleb Alrefai, écrivain koweïtien (4)

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/23/en-cisjordanie-une-serie-d-attaques-coordonnees-commises-par-des-colons-juifs-contre-des-villages-palestiniens_6673876_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/26/l-autorite-palestinienne-alerte-sur-le-terrorisme-des-colons_6674405_3210.html
(3) https://www.marianne.net/societe/defense/dronification-comment-l-ukraine-a-inflige-6-000-pertes-a-la-russie-en-quatre-jours
(4) https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/03/20/pour-l-ecrivain-libanais-charif-majdalani-le-liban-se-trouve-bel-et-bien-entraine-a-son-corps-defendant-dans-de-nouvelles-calamites_6672741_3260.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

mardi 24 mars 2026

Drôle de bazar

La démocratie est un drôle de bazar.
Vous vous démenez pendant des années, vous ne comptez ni votre temps ni votre énergie, et hop, vous vous faites éjecter sans parfois comprendre pourquoi et vous voilà remplacé par quelqu'un sorti de nulle part ou par un ancien maire qui avait dû jeter l'éponge il y a des années parce qu'il n'avait plus d'équipe mais qui veut absolument être remaire et se fait réélire malgré son teint et ses idées grises. Allez comprendre. La vie politique est souvent cruelle.
Et puis vous voyez ce maire que son grand âge - 85 ans - a mené depuis cinq mois à l'hôpital d'où il a mené sa campagne pour un neuvième mandat et qui a été réélu (1). Bien qu'il fasse l’objet d’une enquête préliminaire, suite à des plaintes déposées à son encontre par deux anciens collaborateurs pour "agression sexuelle, harcèlement moral et sexuel" (2).
Et vous voyez aussi cet autre calife, 83 ans, maire depuis quarante-neuf ans durant lesquels - tout le monde s'accorde à le dire - il a métamorphosé sa ville, mais qui s'est cru indispensable et voulait absolument, lui aussi, effectuer un neuvième mandat. Il a mal vécu sa défaite et lui et ses supporteurs ont hué son successeur. Beau bilan mais triste fin (3).
Vous gagnez et vous vous faites huer par les supporteurs d'en face. Vous perdez, vous vous faites aussi huer. La vie politique est souvent cruelle.
Et puis vous voyez d'heureuses surprises. Comme la victoire de Demba Traoré au Blanc-Mesnil en région parisienne. Non encarté, à la tête d'une coalition de gauche, il a remporté l'élection après les douze ans de règne d’une droite proche du parti de Zemmour. Demba Traoré, rapporte Le Monde (4), "est ancien capitaine de l’équipe de football et acteur associatif de la ville, jusqu’alors manageur spécialiste de lutte contre le blanchiment chez BNP Paribas. Il a été propulsé, en deux petits mois, chef de file d’une liste citoyenne de centre gauche, sans parti, a supplanté l’opposition communiste au premier tour, puis s’est imposé comme le leader de la coalition avant de remporter l’élection avec 51,49 % des voix".
Et puis vous constatez que la participation "n’a atteint, indique Le Monde, que 57,82 % au second tour des municipales. Elle recule de plus de 4 points par rapport à 2014. Jamais les Français n’avaient autant boudé une élection de ce type, hors crise sanitaire". 42,18% des électeurs n'ont pas été voter. Autant d'électeurs qui auraient pu changer le résultat (5).
Enfin, vous lisez (6) que ce même 22 mars "l’Assemblée populaire suprême de la RPDC [République populaire démocratique de Corée] a réélu le camarade Kim Jong-un président des affaires d’Etat de la République populaire démocratique de Corée lors de la première session, première activité d’Etat de sa 15e législature". L’agence officielle nord-coréenne KCNA précise que la décision d’élire Kim Jong-un au "poste suprême" de l’Etat nord-coréen reflète "la volonté et le désir unanimes de tout le peuple coréen". Les 687 députés de la nouvelle assemblée législative avaient été élus le 15 mars, avec un taux de participation de 99,9 %.
Alors, vous vous dites que, oui, la démocratie est un drôle de bazar, mais qu'elle reste quand même préférable à tous les autres systèmes. 

(2) https://www.ladepeche.fr/2026/02/06/municipales-2026-malade-et-accuse-dagressions-sexuelles-andre-santini-85-ans-brigue-un-8e-mandat-a-issy-les-moulineaux-13211445.php
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/issoudun/adule-pour-son-bilan-a-issoudun-mais-critique-pour-son-entetement-la-fin-de-regne-douce-amere-du-maire-andre-laignel-1774287071
(4) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/23/au-blanc-mesnil-la-victoire-surprise-de-demba-traore-face-a-l-extreme-droite-de-thierry-meignen_6673956_823448.html
(5) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/une-abstention-qui-laisse-un-gout-amer-ces-centaines-d-electeurs-qui-auraient-pu-changer-le-resultat-au-blanc-1774268586?utm_source=newsletter-quotidienne36&utm_medium=email&utm_campaign=mailing-2026-03-23&m_i=tQdusxOgwnUWK49blzoV7bxZjkypAh84ET8n2HRasCAT0q1Q_TeNEb6kiuKmL%2BPhAO7aZkeBr4p7sHCkD6f1T_WDyf77LCJ7g0&M_BT=10218566641
(6) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/23/kim-jong-un-reelu-a-la-tete-de-la-coree-du-nord-par-l-assemblee-populaire_6673835_3210.html?search-type=classic&ise_click_rank=1



vendredi 20 mars 2026

L'homme du chaos

On le savait, mais on en a maintenant la démonstration éclatante : les locataires de la Maison blanche sont une bande d'amateurs, d'incompétents, de bas du front. Pas le moindre stratège dans cette équipe, juste des mecs, des vrais, tellement sûrs d'eux-mêmes qu'ils se lancent tête baissée dans des guerres hasardeuses sans réflexion.
Piotr Smolar, correspondant du Monde à Washington, rappelle (1) que "le 13 mai 2025, lors de sa tournée dans le Golfe, le président américain, Donald Trump, prononçait un discours à Riyad dans lequel il promettait « un futur dans lequel le Moyen-Orient est défini par le commerce, et non le chaos »". Il a généré le chaos.
Visiblement le Père Ubu, en lançant sa guerre avec son compère Netanyahou, n'avait pas imaginé que l'armée iranienne résisterait autant et si longtemps, il n'avait pas pensé que le détroit d'Ormuz pourrait être bloqué par l'Iran, il n'avait pas envisagé que les pays du Golfe seraient attaqués, que les prix du pétrole et du gaz partiraient à la hausse faisant grimper l'inflation, que l'économie mondiale déraillerait, que des milliers de travailleurs par le monde seraient en difficulté, faute de carburant, d'engrais ou de plastique. Cet homme ne pense pas. Il fanfaronne. 
Le seul à tirer parti de cette guerre, c'est le tueur en série du Kremlin qui peut recommencer à vendre son pétrole et donc à financer sa guerre à lui, contre l'Ukraine. Pour le président du Conseil européen, Antonio Costa, « jusqu’à présent, il n’y [avait] qu’un seul vainqueur dans cette guerre : la Russie » (2).
"Le président américain, écrit encore Piotr Smolar, a poussé le Moyen-Orient dans un précipice à la profondeur inconnue, portant atteinte à la crédibilité de son propre pays. On ne sait quand ni sous quelle forme la guerre contre l’Iran se conclura. L’épuisement des moyens de disruption du régime pourrait changer la lecture des événements. Mais en sens inverse, le recours au terrorisme représente aussi une escalade possible, si Téhéran le décidait, en activant des cellules dormantes ou bien des sous-traitants. Le comble de l’illusion, pour Washington, consiste à croire que Donald Trump peut siffler seul la fin des hostilités, par un simple message sur Truth Social."
Voilà celui se voyait couronné du Prix Nobel de la Paix piégé par sa propre guerre. Trump comme son camarade Poutine est victime de sa prétention. Ces hommes sont tellement vaniteux qu'ils se lancent dans des guerres qu'ils pensent gagner en trois jours, sans imaginer que leur adversaire puisse leur résister.
Ils méritent le Prix Nobel du chaos.

(2) https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2026/03/15/poutine-est-a-ce-stade-le-grand-gagnant-de-la-guerre-de-trump-et-de-netanyahou-contre-l-iran_6671261_6116995.html
A écouter :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/le-grand-entretien-du-dimanche-15-mars-2026-9392502
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-vendredi-20-mars-2026-7360255

mercredi 18 mars 2026

Du courage en politique

Le premier tour des élections municipales a eu, comme toujours, son lot de surprises.
Il en est de tristes. Comme celle de l'élimination, à neuf voix près, du maire de Bélâbre, en Indre. Laurent Laroche paie cher le courage qu'il a eu de se lancer dans un projet de centre d'accueil pour demandeurs d'asile (1). L'extrême droite et quantité d'esprits chagrins et rabougris ont manifesté bruyamment leur opposition à cette ouverture de leur village à des gens en quête d'asile. Les arguments les plus stupides se sont mêlés à des insultes et même à des menaces de mort. Pour différentes raisons, le projet n'a pas abouti. Mais certains Bélâbrais en ont gardé une haine féroce contre leur maire qui se voit remplacé par un homme venu de nulle part. Le Parc naturel régional de la Brenne y perd aussi son président, qui ne fut jamais avare de son enthousiasme et de son énergie pour faire avancer cet organisme dynamique. La vie politique est cruelle et souvent injuste.

Triste destin pour Roubaix qui, selon toute vraisemblance, sera dirigé par le LFI et islamisto-compatible David Guiraud. Parachuté de sa Seine-Saint-Denis, il a mené, selon Franc-Tireur, "une campagne Gazaislamophobie qui parle de tout sauf des problèmes du coin". Sa stratégie communautariste l'a mené à 46,64% des voix. Le roublard gagne (2). Il en est un autre qui, lui ,remplie : David Rachline, exclu du RN mais toujours d'extrême droite garde la mairie de Fréjus malgré toutes ses casseroles.

Le deuxième tour se prépare avec ses alliances, mais aussi ses refus d'alliances. 
A Marseille, le candidat LFI a obtenu un score (un peu moins de 12%) loin de ses ambitions. Le maire sortant et candidat de la gauche a refusé de s'allier avec lui. Et bien lui a en a pris. Delogu a finalement jeté l'éponge. A Paris aussi, le candidat de la gauche a refusé de s'allier avec le parti du gourou Mélenchon, mais la candidate LFI se maintient. Il n'en va pas de même dans d'autres villes où la gauche et LFI s'allient pour éviter l'extrême droite. Choisir entre la peste et le choléra. Entre un parti qui tente (difficilement) de faire croire qu'il s'est dédiabolisé (3) et un mouvement qui s'est autodiabolisé. 

Le deuxième tour se prépare aussi via des débats entre les deux ou trois candidats qui restent en lice. Mais nombre d'entre eux se défilent. Je ne parle qu'à mes concitoyens, affirme un maire sortant qui refuse de débattre avec son adversaire (4). La politique exige pourtant du courage. Au moins un peu. Mais il n'est pas toujours payant. L'heure est aux populistes.

(1) (Re)lire sur ce blog :
https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/1391330304466317445
https://www.blogger.com/blog/post/edit/7279672397566866750/2791239720598971445
(2) https://www.franc-tireur.fr/legislatives-david-guiraud-un-roublard-a-roubaix
(3) "Selon une enquête de Conspiracy Watch, plus de 50 têtes de liste RN affichent des penchants conspirationnistes. 26 des 30 députés RN engagés comme têtes de liste ont relayé des propos douteux. Au total, près de 200 personnes sont exposées. Il ne s'agit pas d'accidents, c'est une manière d'être." Franc-Tireur, 18.3.2026.
(4) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/c-est-absolument-hors-de-question-gilles-lherpiniere-refuse-le-debat-avant-le-second-tour-au-blanc-1773672984



dimanche 15 mars 2026

Tu aimeras ton prochain

Le parlement sénégalais en a décidé ainsi d'une seule voix : Toute personne qui aura commis un acte contre-nature sera puni d'une peine d'emprisonnement de cinq à dix ans. Par acte contre-nature, il faut entendre homosexualité. On ne sait en quoi l'homosexualité serait contre-nature. Les exemples de couples homosexuels abondent dans la nature. Mais pour les députés sénégalais, l'homosexualité serait une pratique occidentale, la tolérer serait soutenir le colonialisme, la combattre serait lutter contre ce dernier. Idiot ? Oui. Stupide et ignoble.
"Le texte interdit aussi la promotion de l’homosexualité... et de la zoophilie!, constate sur France Inter le journaliste Claude Askolovitch (1).  Il est passé à l’unanimité moins trois abstentions. Il prolonge la peur dans laquelle vivent les homosexuels sénégalais depuis des années - on les accuse de propager le sida, on les bat, on les emprisonne, et des mouvements religieux musulmans attisent la haine - ici reportage sur France culture en 2020 : En tant que religieux, je demande qu'au Sénégal, on corrige les homosexuels, pas forcément qu'on les lynche dans la rue, mais qu'on les moleste du matin au soir."
Un député a affirmé que "les valeurs LGBTQ constituent, à travers des télés, à travers des ambassades, un poison culturel savamment inoculé dans notre peuple".
En 2016, le président ougandais Yoweri Museveni déclarait que, selon lui, les homosexuels "sont dégoûtants".
En 2015, des pasteurs chrétiens au Kenya disaient, à propos de Barak Obama : "Nous ne voulons pas qu'il vienne nous parler d'homosexualité au Kenya et qu'il nous pousse à accepter ce qui est contraire à notre religion et à notre culture".
En 2017, le président iranien Ahmadinejad affirmait : En Iran, nous n'avons pas d'homosexuels. En effet, le régime les tue.

On nous dit que les religions prônent l'amour. Elles le condamnent violemment. Et il faudrait respecter les religions ? Mais qui respectent-elles ? 

C'est un parfait échanson
qui nous sert la boisson
un dépravé, un roué perspicace,
habile dans sa grâce
à remplir la coupe. 

O Echanson, 
dont les yeux ont une lueur
qui exhale la langueur
et dont les boucles naissantes
des temps l'ambre sentent !

O bel échanson !
Ta plantureuse croupe,
Ta brune délicatesse, ta finesse
de jeune garçon
surpassent à nos yeux
de la chamelle l'amble !

Abu Nuwas, Les voiles de la nuit (Poèmes bachiques et libertins, éd. Verticales, 2002, traduction : Omar Merzoug)
Abu Nuwas est né vers le milieu du VIIIe siècle dans le sud-ouest de l'Iran.

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/les-mots-d-asko/les-mots-d-asko-du-samedi-14-mars-2026-6293490

jeudi 12 mars 2026

Animal sans mémoire

La résistance au changement altère-t-elle la mémoire ? Si on compte bien, voilà cinquante-trois ans qu'a eu lieu la première crise pétrolière. Depuis, on ne cesse de se dire qu'il faut se libérer des énergies fossiles, sortir de la dépendance au pétrole et aux pays qui en produisent, vivre de manière plus sobre. Le dérèglement climatique en augmente un peu plus chaque jour la nécessité. Mais l'Homme est un animal paresseux et sans mémoire.
Ces dernières années est apparue l'expression sortir de sa zone de confort. Elle est souvent injonction : il faut sortir de sa zone de confort. Changer de travail, modifier ses habitudes, multiplier les expériences. Mais la dépendance au pétrole y échappe. Chacun veut continuer à pouvoir prendre sa voiture quand il le veut et rouler vite, voyager en avion pour pouvoir se déconnecter (de la nécessité de ne plus le faire), acheter de mauvais produits chinois dont il n'a pas vraiment besoin. 
La guerre du tandem Trump - Netanyahou fait grimper le prix du pétrole et donc de l'essence. Et voilà les automobilistes qui se précipitent aux pompes. Verra-t-on les gilets jaunes s'afficher à nouveau ?
A chaque crise pétrolière, on redécouvre l'eau chaude. Le covoiturage se réorganise. Les appels se répètent, à modifier son comportement d'automobiliste, en utilisant sa voiture de manière moins fréquente et plus rationnelle, en roulant moins vite et plus souplement, en ressortant son vélo.
Mais si on veut rester dans sa zone de confort, on peut faire comme cette automobiliste, entendue dans un micro-trottoir lors d'une crise pétrolière précédente : "moi, l'augmentation, je m'en fiche, je ne mets toujours que pour 20 € d'essence dans mon réservoir. Donc, ça ne change rien pour moi".

dimanche 8 mars 2026

Des nouvelles de la France profonde

Elections municipales dans une semaine en France. On ne s'en rend pas compte dans les campagnes. Pas d'affiches, pas de tractage, aucun document dans les boîtes aux lettres. Morne campagne.

Souvent maintenant, la campagne se mène sur les réseaux qu'on dit sociaux.
A Issoudun dans l'Indre, trois candidats d'opposition se sont fait photographier devant une tombe fleurie. Fleurie par eux, précisent-ils, et non par la Commune qui s'était engagé à le faire tous les ans. Mais ce n'était pas le cas le 25 février, date officielle du fleurissement de cette tombe. Heureusement, soulignent-ils, qu'ils sont là pour honorer cette morte. Qui, elle, se trouve entraînée, à son corps défendant, dans un débat "au ras des pâquerettes", comme l'exprime La Nouvelle République (1).
Le maire d'Issoudun précisément, 83 ans, vise un neuvième mandat à la mairie. André Laignel l'avait annoncé il y a un mois dans une déclaration solennelle à la presse sans que celle-ci puisse l'interroger : "Compte tenu de la difficulté des temps, de l’ampleur des enjeux pour l’avenir d’Issoudun, de la nécessaire continuité de l’action, je ne saurais me dérober". Il est l'homme indispensable qui, face au "chaos général que connaît le pays",  "assure et (...) rassure grâce à deux atouts, l’expérience et la compétence". Face à lui, trois listes se présentent, mais "aucune n'est à la hauteur des défis", assure-t-il. (2)

Au Blanc, trois listes s'affronteront et non quatre comme prévu. Celle de Jean-François Barnaba a été recalée à cause de problèmes administratifs concernant un de ses candidats. L'homme, qui s'était en son temps auto-proclamé porte-parole des Gilets jaunes, est amer : "franchement, aujourd’hui, je ne vois rien dans les programmes proposés qui soit susceptible de donner à la ville l’élan indispensable dont elle a besoin pour s’en sortir. Le Blanc, vous le verrez, va continuer à perdre des habitants et probablement, à la clé, son statut de sous-préfecture…" (3). L'administration a-t-elle bien conscience qu'elle prive Le Blanc d'un sauveur ?  

Dans de nombreuses petites communes, une seule liste se présente. Dite "sans étiquette". Souvent, elle rassemble en réalité des candidats de diverses sensibilités politiques. Même si les conservateurs, voire les réactionnaires, y sont nombreux dans ces campagnes. Les électeurs n'ont donc pas de vrai choix. Auparavant, dans les communes de moins de mille habitants, ils pouvaient biffer des noms sur la liste de leur choix. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. On accepte l'ensemble de la liste ou non. Comment faire quand un seule liste est proposée et qu'on ne veut pas soutenir des candidats qu'on sait incompétents et agressifs et qui, en six ans, n'ont proposé aucune idée novatrice ou, pire, se sont farouchement opposés à tout projet, à toute réflexion et à la participation citoyenne ? Ne reste que la triste perspective du vote blanc ou de l'abstention. Triste, oui.

Voilà des nouvelles de la France profonde. Mais comment appelle-t-on l'autre France ? La France légère, la France de surface, la France superficielle ?

(1) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/retard-a-l-affichage-querelles-autour-d-une-tombe-l-ia-en-porte-parole-les-echos-de-campagne-des-municipales-dans-l-indre-1772731251
(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/issoudun/je-ne-saurais-me-derober-andre-laignel-brigue-un-9e-mandat-a-la-mairie-d-issoudun-1770312955
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/le-blanc/le-blanc-va-continuer-a-perdre-des-habitants-son-amer-constat-apres-l-invalidation-de-sa-liste-aux-municipales-1772806441
https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/jean-francois-barnaba-toujours-en-jaune
https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/direct-gilets-jaunes-jean-francois-barnaba-est-arrive-au-blanc

mercredi 4 mars 2026

Un homme ivre

L'ivrogne qu'est devenu le gourou de La France insoumise devrait suivre une cure de désintoxication. Mais comment faire ? Il est ivre de lui-même. Jean-Donald Mélenchon se saoule de ses propres discours, se permet toutes les outrances, sachant que ses disciples riront de la moindre de ses saillies, même les plus abjectes.
C'est le Trump français : il s'aime, se considère comme le meilleur et n'a jamais tort. Au contraire des autres. De tous les autres. Il a raison et on ne discute pas. Il est grand et visionnaire, les autres sont insignifiants.
Son grand jeu aujourd'hui consiste à jouer avec la prononciation des noms juifs. Ce fut d'abord Epstein (1), puis à présent Glucksmann (2). Sous la pression de ses proches, il a quand même esquissé quelques excuses pour ce dernier dérapage qu'il présente comme un accident.

En vrai gourou, Mélenchon se voit comme le messie : il rêve de se retrouver au second tour de la présidentielle face au candidat du RN et il est convaincu qu'il sauvera la France du risque de la voir tomber aux mains de l'extrême droite. Démoniaque, il joue avec le feu. Il est aujourd'hui tellement clivant qu'il est plus rejeté que la fille à papa Le Pen. 

"La ligne du parti doit rester infailliblement radicale et conflictuelle, sur la forme et le discours en particulier, faute de quoi LFI prendrait le risque de s’aliéner sa base électorale." C'est ce qu'affirme le politiste Rémi Lefebvre (3). "C’est la « stratégie du socle » : Jean-Luc Mélenchon repose sur un noyau dur d’électeurs de 8 % ou 9 %, attaché à la radicalité du parti. Le problème, c’est que cette stratégie constitue aussi un plafond de verre pour le mouvement : les postures radicales du leader « insoumis » nourrissent un rejet croissant, voire une détestation à son égard, que certains médias cultivent aussi. Or, dans l’optique d’une présidentielle, Jean-Luc Mélenchon doit aussi élargir sa base et capter le vote utile d’électeurs à gauche plus modérés."

Sous une allure très ouverte, LFI - que Mélenchon présente toujours comme un "mouvement gazeux" - est le parti d'un homme : Lui. Est-ce bien un parti d'ailleurs ? "Il n’a pas envie, constate encore Rémi Lefebvre,  que l’organisation soit figée. Il y a un grand flou sur les règles du jeu internes, alors que les partis politiques français sont généralement structurés de manière bureaucratique – au Parti socialiste (PS), il y a des fédérations, des conseils nationaux, des bureaux nationaux, des secrétariats nationaux… A l’inverse, LFI est un parti où le cadre organisationnel est minimal. N’importe qui peut adhérer au mouvement en quelques clics, sans avoir à payer de cotisation ; n’importe qui peut créer un groupe d’action au niveau local. Certes, depuis fin 2022, il existe des structures départementales, mais elles ont peu de pouvoir. Par ailleurs, il n’y a pas de congrès pour trancher entre différentes lignes politiques. De même, les positions hiérarchiques sont mal définies : Jean-Luc Mélenchon dirige le parti, mais n’a aucun titre, si ce n’est celui de coprésident de l’Institut La Boétie ; Manuel Bompard, lui, est « coordinateur », un statut vague. Fin 2022, LFI a mis en place une forme de direction, la « coordination des espaces », mais le processus de nomination des membres de cette coordination reste opaque."

LFI fonctionne de manière très verticale. Comme en Belgique le PTB. Un de ses députés wallons, un de plus, vient de le quitter (4). Il dénonce notamment le fonctionnement vertical du parti qui lui dicte, par exemple, "les amitiés politiques à avoir". Ou encore les positions du parti en matière de politique internationale qu'il qualifie "d'indignations sélectives". On sait ces partis très tolérants à l'égard du régime de Poutine tout comme du régime théocratique iranien. 
Comment imaginer que ces partis si peu démocratiques dans leur fonctionnement puissent, une fois au pouvoir, assurer la démocratie ? Figés dans leur fonctionnement stalinien, ils s'en méfient et n'en ont aucune pratique.

Son ivresse permanente ne permet pas à Mélenchon de voir qu'il est devenu un social-traître : il a trahi l'universalisme, la laïcité, la lutte contre l'antisémitisme, la démocratie.

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/02/raphael-glucksmann-estime-que-jean-luc-melenchon-qui-a-plaisante-sur-la-prononciation-de-son-nom-joue-avec-les-pires-codes-de-l-extreme-droite-et-de-l-antisemitisme_6669208_823448.html
(3) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/28/remi-lefebvre-politiste-la-strategie-de-lfi-peut-fonctionner-au-premier-tour-de-la-presidentielle-mais-pas-au-second_6668656_823448.html
(4) https://www.lesoir.be/731993/article/2026-03-02/le-depute-wallon-jori-dupont-claque-la-porte-du-ptb-frappe-par-un-troisieme-gros

dimanche 1 mars 2026

L'humour du Kremlin

Voilà donc les Iraniens débarrassés de ce Guide suprême qui ne les avaient menés qu'à la dictature et à la répression suprêmes. Bien sûr, comme d'habitude, les Etats-Unis - malgré les grandes déclarations de Trump qui se voit en grand pacificateur, guide suprême de son Conseil de la paix - jouent les gendarmes du monde. Bien sûr, les règles du droit international sont bafouées. Comme elles le sont un peu partout ces derniers temps avec une ONU de plus en plus sans autorité et sans moyens. Le régime iranien, lui, n'a jamais eu que mépris pour les règles internationales. On ne pleurera pas la disparition du Boucher de Téhéran et de ses gros bras. Au contraire.

De nombreux pays appellent à la désescalade, mais deux seulement condamnent clairement les attaques américaines et israéliennes : le Pakistan et la Russie (1). Cette dernière avec cet humour à présent habituel qui nous désarçonne toujours  : "La Russie, signale Le Monde (2), a dénoncé, samedi, une « agression armée préméditée et non provoquée » des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le ministère des affaires étrangères russe affirme que « l’ampleur et la nature des préparatifs politico-militaires et de propagande » ayant précédé ces frappes, notamment le déploiement d’un important contingent militaire américain dans la région, « ne laissent aucun doute » sur le caractère planifié de l’opération. Moscou estime qu’il s’agit d’une violation des « principes fondamentaux et normes du droit international » à l’encontre d’un État souverain membre de l’ONU."
Remplacez "Etats-Unis et Israël" par "Russie" et "Iran" par "Ukraine" et la Russie se condamnerait elle-même. "La diplomatie russe, écrit encore Le Monde, condamne également le fait que ces attaques aient été menées alors qu’un processus de négociation venait de reprendre, censé favoriser une normalisation durable autour de la République islamique. Elle affirme que ces frappes contredisent les assurances transmises à la partie russe quant à l’absence d’intérêt d’Israël pour une confrontation militaire avec l’Iran."

En attendant, les risques provoqués par cette opération militaire sont aussi nombreux que les questions qu'elle suscite : mènera-t-elle à une guerre civile en Iran, à un embrasement de toute la région ? Conduira-t-elle à la démocratie et au respect des droits humains en Iran ? Quels sont les objectifs des Etats-Unis (pas sûr qu'ils soient clairs dans la tête de celui qui est censé les présider) ? Qui sera le prochain pays sur la liste de Trump ?

(1) https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/28/iran-carte-reactions-guerre/
(2) https://www.lemonde.fr/international/live/2026/02/28/en-direct-israel-annonce-avoir-lance-une-frappe-preventive-contre-l-iran-des-explosions-retentissent-a-teheran_6668663_3210.html



mardi 24 février 2026

Admirables Ukrainiens trop délaissés

Voilà quatre ans que le monstre du Kremlin a débuté sa sale guerre. Quatre ans qu'il sème la mort, la terreur, la torture, la misère, la destruction, la répression, le chagrin. Sacré bilan !
Côté ukrainien, l'analyste Iouriy Boutoussov évoque 70 000 tués et 35 000 disparus. L'ONU estime le nombre de civils ukrainiens tués à 15 000. Il faut y ajouter les pertes dans les zones occupées. Rien qu'à Marioupol, on parle de 27 000 à 88 000 civils tués. De l'autre côté, selon le Ministère britannique de la Défense, début novembre 2025, la Russie comptait 1 140 000 tués et blessés dans ses rangs.
Toutes ces pertes pour un gain de territoire finalement assez ridicule pour la grande et puissante armée russe : après la contre-offensive ukrainienne durant l'année 2022, l'armée russe contrôlait 17,4 % du territoire russe. Trois ans plus tard, 19,5%. (1)

La fin de cette boucherie n'est hélas pas pour demain. Le tueur en série qu'est Poutine ne négociera jamais.
"Les formules évolutives – « mettre l’Ukraine en position de force pour négocier », « amener Poutine à la table » – supposent que la négociation est un but en soi, estime Pierre Raiman, docteur en Histoire, spécialiste des totalitarismes et cofondateur de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! (2). Or, dans une guerre où l’un des camps nie l’existence même de l’autre, la table des négociations devient instrument tactique : gagner du temps, diviser les alliés, figer des conquêtes. Les accords de Minsk l’ont démontré. Tant que les buts de guerre ne seront formulés que par des négations et des horizons flous, la stratégie restera absente. Et ce vide sera comblé – non par nos intentions, mais par la logique de l’adversaire."
Pierre Raiman appelle l'Union européenne à cesser de danser d'un pied sur l'autre et à changer de logiciel. "Cette errance exprime une dérive européenne plus profonde : l’abandon du politique au profit du procédural. Le politique, pour Aron, c’est l’intelligence de l’État qui apprécie la nature de la situation avant de fixer les fins. Mais l’Europe a inversé l’ordre clausewitzien : la crainte militaire – l’escalade, le chantage nucléaire – dictent les buts politiques, au lieu que la politique fixe les fins et calibre ensuite les moyens. Quand la coalition des volontaires propose d’envoyer des troupes après un hypothétique cessez-le-feu plutôt qu’avant, elle révèle cette inversion fatale. Reporter à un « après » incertain les engagements que l’urgence exige maintenant, c’est encore une fois laisser l’adversaire fixer le tempo."
Derrière l'Ukraine, c'est l'Europe qui est visée. Pierre Raiman appelle à renverser le point de vue : "retourner le refrain en pacte stratégique. « Vous nous avez, et nous vous avons », au sens clausewitzien : nos destins de sécurité sont liés. L’Ukraine tient une partie du front européen ; l’Europe doit tenir l’Ukraine par des moyens à l’échelle. Il ne s’agit plus de se soutenir comme on se console, mais de se lier comme on s’engage : fixer une fin politique intelligible – que l’agresseur soit défait, que les troupes russes soient chassées d’Ukraine – puis ordonner à cette fin l’ensemble des moyens, afin que la répétition des sommets et des promesses cesse d’être un rituel et devienne la cadence d’une stratégie. Alors seulement, le refrain ne sonnera plus comme un déni : il deviendra la formule d’une solidarité qui ne se dit pas, mais qui se prouve." (...)
"Cette guerre n’est pas conflit territorial mais guerre totale menée par un régime néo-totalitaire. Elle ne se résoudra pas par un compromis territorial mais par la défaite stratégique de la Russie. Elle n’oppose pas des intérêts négociables mais deux visions du monde inconciliables. Accepter cette vérité constitue le préalable à toute politique adéquate." 

Ce à quoi il faut arriver selon Raiman : "retrait des forces russes hors du territoire ukrainien dans ses frontières internationalement reconnues, retour des enfants déportés, intégration de l’Ukraine dans les architectures de sécurité atlantiques et européennes. C’est la seule traduction politique cohérente du diagnostic : face à un régime qui nie l’existence de sa victime, tout ce qui n’est pas la défaite de l’agresseur n’est qu’un répit qu’il mettra à profit – la leçon de Minsk, répétée sans fin.
Dès lors, les dimensions cessent de flotter séparément pour s’aligner. L’arraisonnement de la flotte fantôme et la confiscation des avoirs de la Banque centrale russe frappent l’économie de guerre dans ses deux artères vitales – revenus pétroliers et réserves financières. Cette hémorragie retourne le facteur temps : c’est désormais Moscou qui verrait le sablier se retourner – ses ressources s’épuisant grain à grain sous une contrainte temporelle qu’elle ne maîtrise plus. Simultanément, la fourniture à l’Ukraine de capacités de frappe en profondeur rétablit la réciprocité de l’espace : la logistique, les bases et l’industrie militaire russes cessent d’être des sanctuaires intouchables. Et la protection du ciel ukrainien – par un bouclier aérien européen – soustrait les populations civiles de l’Ukraine libre à la stratégie de terreur, principal levier de pression russe." Il faut "non pas convaincre le régime, mais lui retirer les moyens de poursuivre son agression".

En attendant, même sans terme actuellement imaginable à cette guerre infâme, la détermination des Ukrainiens reste intacte. Plutôt morts que russes, disent nombre d'entre eux dans divers reportages entendus ces derniers jours. Les Ukrainiens sont "un peuple de marmottes tenaces", estime le traducteur ukrainien Iouriy Dourkot dans Die Welt (1) : chaque jour ils se remettent au travail comme le feraient des marmottes une fois leur terrier détruit. Ils reconstruisent, ils réparent, même s'ils savent qu'ils devront recommencer la semaine suivante. Même si "un régime criminel terrorise  les civils" et que les prétendus "efforts de paix" de Donald Trump sont risibles, "les marmottes n'abandonnent jamais". 

(1) Courrier international, 19.2.2026.
(2) https://desk-russie.eu/2026/02/15/errer-des-jours-sans-fin-avec-macron-ou-penser-la-guerre-en-ukraine-avec-aron.html

dimanche 22 février 2026

Tristes temps

En même temps qu'elle, c'est tout espoir d'une solution à deux Etats qu'on enterre.
Leïla Shahid vient de mourir. Elle avait représenté la Palestine en France, puis à Bruxelles auprès de l'Union européenne.
Elle fut "l’ambassadrice des jours d’espoir", dit d'elle Pierre Haski (1). "Au sein de la nébuleuse palestinienne, Leïla Shahid avait été proche du courant favorable à ce qu’on appelait alors « la paix des braves », avec Yasser Arafat, une reconnaissance mutuelle entre les deux peuples et un partage de cette terre doublement promise."

"Partisan du compromis historique d’Oslo, elle espérait que le processus conduirait à la naissance d’un État palestinien, même si le mot « État » ne figurait pas dans l’Accord. Trente ans après, cet espoir est encore plus mince."
"En apprenant sa mort, rapporte encore Pierre Haski, j’ai repensé à une scène qui résumait la personnalité exceptionnelle de Leïla Shahid. A l’occasion du départ d’un ambassadeur d’Israël en France, l’intellectuel Elie Barnavi, le ministère français des Affaires étrangères avait organisé un déjeuner d’adieu avec de nombreux invités. Elie Barnavi avait fait son entrée dans la salle à manger du Quai d’Orsay en tenant par la main Leila Shahid : difficile d’imaginer une telle image aujourd’hui. Signe des temps qui changent, et pas pour le meilleur, après le 7 octobre 2023, la matinale de France Inter avait réuni au téléphone les deux protagonistes de tant de débats des années 90. Mais le dialogue fut impossible entre Elie Barnavi et Leïla Shahid, tant les émotions et la colère s’étaient immiscés dans leur complicité d’autrefois. Même si, sur le fond, ils n’étaient sans doute pas si éloignés, tant vis-à-vis du massacre commis par le Hamas en Israël, que du gouvernement israélien et ses ministres d’extrême-droite."

Au moment où disparaît Leïla Shahid, Trump, en maître du monde, inaugurait son prétendu Conseil de la Paix, conçu au départ pour mettre un terme à la guerre à Gaza, mais auquel les Palestiniens n'ont pas été conviés. Avec ce Conseil, il ne veut pas seulement concurrencer l'ONU, mais, mieux, la "superviser". Et le gouvernement israélien  a plus que jamais les mains libres pour poursuivre sa politique de colonisation de la Cisjordanie, refusant clairement de voir créé un Etat palestinien. Il ne reste rien des Accords d'Oslo. Pas la moindre lueur d'espoir. 

(1) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-jeudi-19-fevrier-2026-2745887

mercredi 18 février 2026

Fasciste toi-même

Qu'est-ce qu'être antifasciste sinon défendre la démocratie et s'opposer à ceux qui veulent imposer leur pouvoir par la violence et briser la liberté de réunion et d'expression ?
Aujourd'hui, on s'y perd. Voilà qu'à Lyon on tue au nom de l'antifascisme. Quel est l'intérêt et la crédibilité d'un antifa qui est pro-violence, qui tue au nom d'un combat qui du même coup perd tout son sens ? Le voilà aussi fasciste que celui qu'il prétend combattre. Un totalitaire de gauche ne sera jamais plus séduisant qu'un totalitaire de droite. Il est tout autant abject et repoussant.

"Celui ou ceux qui ont tué (le militant d'extrême droite), écrit Le Monde (1), n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République." (...)
"Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence."

La Jeune Garde, cette milice d'extrême gauche soutenue par Mélenchon, est aujourd'hui pointée du doigt par la Justice pour son rôle actif dans ce meurtre en meute d'un homme à terre. L'homme du bruit et de la fureur, comme d'habitude, joue les irresponsables, jurant la main sur le cœur qu'il a toujours rejeté toute violence. En faisant d'un militant d'extrême droite un martyr, l'extrême gauche aide un peu plus le RN à se dédiabloliser.
Même si ce parti est constitué de personnages rebutants, tel ce septuagénaire qui, hier à Châteauroux, a tiré sur les gendarmes et leur a balancé des grenades (2). L'homme qui possédait chez lui un véritable arsenal était connu comme un "militant très engagé" du RN. Et puis, il y eut tous ces militants de gauche tués par d'autres d'extrême droite. On pense notamment à Clément Méric, mort à 18 ans en 2013 suite à un passage à tabac par des skinheads.

La vie politique s'est hystérisée ces dernières années. "La haine politique en France a tué, écrit à Le Quotidien luxembourgeois (3). Mais est-ce vraiment une surprise ? Le pays s’embourbe dans les excès depuis des mois maintenant, et aujourd’hui les mots sont éclipsés par les actes. Il suffit de regarder comment se déroulent les séances publiques à l’Assemblée nationale : les partis s’invectivent sans cesse, l’actualité brûlante alimente les débats et chacun cherche à contester la légitimité de l’autre." (...)
"L’autre n’est plus un adversaire, mais un ennemi à abattre. Un venin mortel s’infiltre dans toutes les composantes de la République et personne n’est là pour dire stop, pour remettre la dignité au programme. La politique française a perdu pied. Et la faute est collective. Chacun essaie de servir sa cause et de détruire le camp d’en face."

Comme l'écrit Caroline Fourest (4), la violence "peut changer de nom, s’appeler « révolutionnaire» ou «identitaire», fasciste ou antifasciste, elle n’est qu’un masque pour habiller d’un drapeau une passion bien plus primaire et très souvent masculine. Un besoin de se défouler, d’écraser l’autre sous ses pieds, qu’on revendique fièrement en usant de slogans périmés".

(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/un-veritable-arsenal-qui-est-ce-retraite-de-78-ans-qui-a-tire-sur-la-police-avec-des-grenades-a-chateauroux-1771361045
(3) https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-luxembourg-meurtre-de-quentin-deranque-la-haine-politique-en-france-a-tue_240720
(4) https://www.franc-tireur.fr/lextreme-tue-le-franc-parler-de-caroline-fourest

dimanche 15 février 2026

Super Don

On a tort de critiquer Donald Trump. Il est bien plus qu'un président : un ange gardien. Le 5 février, il déclarait (sur X) : "Je ne dors pas dans les avions. Jamais. Je n'aime pas dormir dans les avions. J'aime regarder par le hublot pour voir si jamais il y a des missiles et des ennemis". Cet homme est admirable, il nous protège des méchants. S'il en voyait un, il lui ferait les gros yeux et le méchant, terrorisé, ferait demi-tour aussitôt avec son avion.
On s'interroge : quel âge a donc ce super-héros qui nous défend des méchants ?

(cité par Charlie Hebdo, 11.2.2026)

mardi 10 février 2026

Irresponsable

L'homme qui dirige les Etats-Unis ne pourrait même pas être candidat aux élections municipales sous l'étiquette du Rassemblement national. Trop raciste. Le parti de la famille Le Pen évite de placer sur ses listes des candidats racistes, antisémites et/ou homophobes. La (tentative de) dédiabolisation est à ce prix. En Indre, une seule liste a obtenu le label RN. De nombreux aspirants à la candidature ont été recalés pour leurs propos et leurs écrits indignes et agressifs (1). Le RN veut se donner une image angélique. Comme son président, un tout jeune homme qui n'a jamais travaillé et qui préside un parti dont le programme se résume aux propos d'un vieux croûton.  : c'était mieux avant, faut se méfier des autres, restons entre nous.
Ce garçon sans expérience court la campagne pour dédicacer son livre creux. Il "ne parle pas" (2), se contente de serrer des mains, de signer des autographes et de se faire photographier en compagnie de ses admirateurs qui lui apportent les bonbons qu'il dit aimer (3). Des admiratrices le demandent en mariage. La politique au niveau zéro.

Revenons à l'homme méprisant qui divise plus qu'il ne préside les Etats-Unis. Il  n'hésite jamais à se mettre au niveau d’un vulgaire et grossier militant raciste de MAGA ou du RN. Récemment, il a republié un clip video dans lequel on peut voir Barak et Michelle Obama en singes (4). Mais ce n'est pas lui qui l'a diffusé, se défend-il, c'est quelqu'un de son équipe. Lui, il est irresponsable. Et d'ailleurs, il n'avait pas regardé ce clip jusqu'au bout. Demain, après avoir envoyé un missile nucléaire, il nous dira que c'est par mégarde, qu'il n'avait pas lu le protocole jusqu'au bout.
Suffisant Ier a l'habitude de clips vulgaires et agressifs. Il y a quelques mois, il en avait diffusé un dans lequel depuis un avion il déversait des excréments sur des manifestants qui contestaient sa politique. Que nous disait-il avec ce clip ? Je produis de la merde. Je suis un merdeux.

Il y a un an, le jeune paon qui préside le RN déclarait : "L’élection de Trump est une bonne chose pour les Américains et je me réjouis qu’ils aient fait ce choix". N'est-il pas là en train d'applaudir un raciste ?

(2) https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/07/de-l-aude-a-l-herault-jordan-bardella-lance-la-campagne-municipale-du-rn-au-milieu-de-ses-fans-il-devrait-etre-candidat-meme-si-marine-est-eligible_6665829_823448.html
(3) https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/commune/coings/marine-le-pen-et-moi-main-dans-la-main-jordan-bardella-bat-la-campagne-a-coings-dans-l-indre-1769880392
(4) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/02/06/barack-et-michelle-obama-representes-en-singes-dans-un-montage-raciste-diffuse-par-donald-trump_6665661_3210.html

vendredi 6 février 2026

Pollueurs provocateurs

Les agriculteurs de la Coordination rurale, ce syndicat agricole d'extrême droite, ont besoin d'être en colère. Ils viennent de s'en trouver un nouveau motif. Ils ne veulent pas de la nouvelle directrice générale déléguée de l’Office français de la biodiversité (OFB), chargée de "la mobilisation de la société". Cette nomination est, pour eux, une "provocation", du fait de "son parcours de militante écologiste extrémiste".
Eux détestent l'extrémisme. C'est pour le dire qu'après avoir pollué il y a peu les façades et les abords d'Indre Nature et de la MSA, ils ont, mardi dernier, déchargé des dizaines de bottes de paille devant l’entrée des bureaux de l'OFB à Châteauroux et les véhicules stationnés devant. "Ils ont balancé du fumier sur les fenêtres du bâtiment et déversé de la paille sur plusieurs voitures de l’OFB", rapporte La Nouvelle République (1). Selon eux et les chasseurs qui les accompagnaient, le gendarme de l'environnement qu'est l'OFB est trop répressif. Le préfet de l'Indre leur a rappelé que le nombre d’infractions d’agriculteurs relevé par l’OFB en 2025 était "inférieur à cinq ". C'est toujours trop pour eux. Les militants d'extrême droite passe leur temps à réclamer plus de sécurité mais jamais quand ça les concerne. Il faut les laisser tranquilles, eux qui ne supportent pas qu'on évoque le terme écologie. Il est synonyme pour eux de radicalité. Eux ne sont pas radicaux. Ils détestent ça. C'est pourquoi hier ils ont remis le couvert à Poitiers.
"Des dizaines de bennes de déchets ont été déversées devant la préfecture et l’Office français de la biodiversité (OFB) en soirée (2)" : fumier, paille, pneus de tracteurs, plastiques, etc. C'est devenu une habitude chez eux de se débarrasser de leurs déchets sur la voie publique. On ne compte plus les ronds-points où été brûlés ces types de déchets par ces gens que la radicalité indispose. Ailleurs, ils ont aussi empêché - sans qu'on comprenne le lien - des radars de fonctionner, ici en les emballant ou en les entourant de pneus de tracteurs, là en déversant par-dessus des débris de macadam. C'est le cas du côté de Lussac-les-Châteaux (86), là où un radar jouait un rôle bienvenu de ralentissement dans une courbe étroite en pleine agglomération. La sécurité routière est sans doute trop radicale pour eux. Et la sécurité des riverains n'est pas leur souci.

Tour à tour, la Confédération paysanne (autre syndicat agricole), Indre Nature, la Fédération des pêcheurs de l'Indre, les Ecologistes, d'autres encore ont fustigé ces attitudes agressives, ces intimidations et ces pollutions. Et déplorent "l’absence de réaction de la puissance publique".  Les Ecologistes constatent que "aucune demande de remboursement pour les remises en état, aucune plainte pour trouble à l’ordre public [n’a été faite]. Cette situation traduit pour nous une sorte d’immunité de certaines mobilisations agricoles, énième expression du “ deux poids deux mesures ” […] Nous refusons la banalisation de la violence à l’encontre des acteurs institutionnels et associatifs de la protection de l’environnement" (3).
Pour ces agriculteurs très trumpistes, la nomination d’Anne Le Strat n’est qu’un prétexte. "L’objectif réel est bien de remettre en cause le principe même d’une police de l’environnement. Inacceptable !"
En novembre dernier, le président de la Coordination rurale avait affirmé : "Les écolos, la décroissance, veulent nous crever, nous devons leur faire la peau". 
Qui est provocateur sinon ces agriculteurs qui menacent les écolos et balancent sans être inquiétés leurs déchets polluants en affirmant être de pauvres victimes ? 

Post-scriptum :
"Le philosophe slovène Slavoj Zizek observe que la déliquescence de l’Etat de droit passe souvent par des situations où la loi n’est plus guère qu’une façade symbolique, où l’Etat garantit, sans le dire, à certains groupes sociaux un régime d’exception et où, les concernant, la règle de droit est comme « suspendue ». Toutes proportions gardées, c’est une autre analogie entre le MAGA de Donald Trump et le « Make Agriculture Great Again » tricolore."
Stéphane Foucart, Le Monde,

mercredi 4 février 2026

Liberté pour Iouri Dmitriev !

Il est l'un des 4600 prisonniers politiques du tsar Poutine qui veut pouvoir réécrire l'histoire de son pays sans être contredit. L'historien Iouri Dmitriev a été arrêté en décembre 2016 sur la base d’accusations fallacieuses et est l’un des premiers et des plus anciens prisonniers politiques de la vague actuelle de répression menée par Poutine. Selon le dernier verdict, cet homme qui a eu 70 ans il y a quelques jours, gravement malade et laissé sans soin, en a encore pour six ans de prison.
Son crime, écrit un collectif dans une tribune récente (1): "c’est son travail de recherche sur l’histoire de la terreur stalinienne en Carélie, dans le nord de la Russie, et sa volonté de préserver la mémoire de ces crimes. Iouri Dmitriev dirigeait la section carélienne de l’association russe Memorial. Trente années durant, il a recherché les lieux de sépulture des victimes de la Grande Terreur et reconstitué, à partir de patientes recherches dans les archives, le destin des personnes assassinées".
En 2014, il s'était rendu coupable d'un autre crime : il avait condamné les actions de l'armée russe dans l’est de l’Ukraine. 

Sans doute atteint d’un cancer, "Dmitriev se voit refuser tout diagnostic et tout soin approprié depuis trois ans, déplore le collectif qui le soutient et qui appelle à la libération de tous les prisonniers politiques. Selon le verdict, il doit rester en détention pendant encore six ans. Cependant, tout retard dans la fourniture de soins médicaux appropriés pourrait rapidement s’avérer fatal."

Le collectif demande "aux responsables politiques des Etats-Unis, des pays européens et du Royaume-Uni, ainsi qu’aux représentants des organisations internationales, de mettre en œuvre tous les moyens diplomatiques et juridiques à leur disposition pour que Iouri Dmitriev soit libéré dès que possible. Son 70e anniversaire, célébré en détention, est une occasion importante de rappeler ses mérites et cette réalité : seule sa libération immédiate permettrait encore à Iouri de revoir ses proches".
Une pétition de soutien peut être signée sur le site de Mémorial France :
https://memorial-france.org/free-yuri-dmitriev/#add-sign

(1) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/28/la-liberation-de-l-historien-iouri-dmitriev-est-particulierement-urgente-c-est-une-question-de-survie_6664421_3232.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

dimanche 1 février 2026

Vladimir le Panphobe

Les négociations pour un cessez-le-feu entre la Russie et l'Ukraine se poursuivent. Mais qui peut faire confiance au tueur pathologique qu'est Poutine ? Qui peut sérieusement penser une seule seconde qu'il veut la paix ? Il ne vit que dans la guerre, qu'avec la guerre. Sa panphobie le veut ainsi (du grec pan, tout et phobos peur, horreur), elle qui provoque chez lui et son clan mafieux "un état de haine dévorante, une détestation du monde".
"La panphobie, écrit dans un texte effrayant le philosophe russo-américain Mikhaïl Epstein (1), se manifeste par une propagande en faveur de la guerre et de la violence en tant que moyens d’expansion géopolitique. Le pays est encerclé par l’ennemi de tous les côtés, disait déjà en 2014 le Premier ministre (et ancien président) Dmitri Medvedev, après l’invasion de la Crimée. C’était un record inégalé : en quelques mois à peine, le plus grand pays de la planète parvenait à s’entourer d’ennemis. Voilà la projection à laquelle mène la haine totale à l’égard du monde. Dans sa charte, l’Union de la jeunesse eurasienne, dirigée par l’idéologue Alexandre Douguine, énonce son objectif : la domination de l’humanité entière. Nous sommes un parti totalitaire de type intellectuel, orienté vers la conquête eschatologique du pouvoir planétaire. Une conquête rusée et cruelle… Car nous sommes les maîtres de la terre, nous sommes les enfants et les petits-enfants des maîtres de la terre. Des peuples et des pays nous ont vénérés, notre main s’est étendue sur la moitié du monde, et nos semelles ont foulé les montagnes et les vallées de tous les continents du globe. Nous réinstaurerons tout cela."
Le régime russe prétend combattre la nazification de l'Ukraine, mais c'est lui-même qui prend des positions délirantes et tient des propos incendiaires et suprémacistes dignes d'un Hitler.
"La panphobie, écrit encore Mikhaïl Epstein, est plus dangereuse encore que le fascisme ou le communisme. Elle est aux formes idéologiques totalitaires du XXe siècle ce que les armes nucléaires sont aux armes conventionnelles, puisqu’elle répand une haine totale – et non une haine dirigée contre une certaine classe, nation ou race –, une haine du monde en tant que tel. Elle est une soif de suprématie absolue sur le monde, une volonté d’y dicter sa loi ou bien de l’anéantir complètement. Le communisme soviétique, avec sa lutte des classes et sa haine des ennemis du peuple, n’était qu’un prologue à cette panphobie, laquelle s’est mise à croître au XXIe siècle, nourrie au terreau du ressentiment et du revanchisme."

"Il manque, selon Epstein, dans la langue politico-philosophique contemporaine le concept d’ontocide (du grec ancien on, ontos : être + cide, meurtre) – la destruction totale de tout ce qui existe, la guerre contre l’être en tant que tel. Le génocide, le zoocide, l’écocide ne sont que des manifestations partielles de l’ontocide. La haine de l’existence en tant que telle est à la base d’un certain nombre de mouvements religieux et politiques, tels que l’orthodoxie des vieux-croyants, du moins en partie, le gnosticisme, l’eurasisme, le fascisme, le ruscisme… Le monde est fondamentalement mauvais ou a été envahi par Satan et doit donc être détruit. Dans son discours au Kremlin annonçant l’annexion de quatre régions ukrainiennes, Poutine a accusé l’Occident tout entier de satanisme : la répression de la liberté prend les traits d’une “religion inversée”, d’un satanisme flagrant. À sa suite, le Conseil de sécurité russe et toute la propagande ont proclamé que l’objectif principal de l’opération spéciale n’était plus seulement la dénazification et la démilitarisation, mais aussi la désatanisation de l’Ukraine. Et cela signifiait lutter non plus contre une idéologie ou une armée, mais contre l’existence même de ce pays. L’ontocide, c’est concrètement la tactique de la terre brûlée."
Mikhaïl Epstein cite Ivan Bounine qui, en 1910 dans Le Village, posait cette question :  Y a-t-il un peuple plus féroce que le nôtre ?

L'Union européenne n'est pas à la hauteur des promesses faites, les Ukrainiens sont abandonnés à leur sort. Zelensy a eu raison de se fâcher récemment. Trump ménage son camarade Poutine pour qui il a tant d'admiration et l'armée russe n'en finit pas de bombarder l'Ukraine, y compris des objectifs civils, tout en feignant vouloir la paix. Vladimir le Panphobe, réincarnation d'Ivan le Terrible, fait planer une menace sur l'ensemble de l'Europe et nous sommeillons.

vendredi 30 janvier 2026

Monster King

Trump, le roi monstrueux, a transformé la police fédérale de l'immigration, l'ICE, en milice fasciste. Il lui a donné tous les droits, y compris celui de tuer ceux qu'il qualifie d'agitateurs, même s'ils ne font que défendre leurs droits et surtout ceux de toutes les personnes qui du seul fait de leur couleur de peau peuvent être embarquées manu militari (c'est le cas de le dire) et au passage tabassées. Même un enfant de cinq ans est suspect. A Minneapolis, la ville où en 2020 George Floyd a été tué par un policier, deux militants non violents et non armés ont été abattus à bout portant. Renée Good et Alex Pretti.
"Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts / Dans les rues de Minneapolis", chante Bruce Springsteen dans une chanson de (saine) colère et de révolte (1).

A ces deux morts, écrit Le Courrier international (2), "on peut également ajouter (...) la détention du mineur [âgé de 5 ans] Liam Conejo Ramos et d’au moins quatre autres enfants de l’État du Minnesota ; l’incarcération de plus de 70 000 personnes dans des centres détention ; la mort en garde à vue de 32 individus sur toute l’année 2025, et de six autres depuis le début de l’année 2026, dont le Cubain Geraldo Lunas Campos, 55 ans, supposé mort par homicide dans un centre du Texas."

Face au scandale qu'ont suscité ces morts et à l'immense mobilisation des rues de Minneapolis, voilà le président avec du sang sur les mains obligé de tenter de battre en retraite comme il le peut, englué dans le bourbier qu'il a lui-même créé.
"Tom Homan, le responsable de la politique migratoire de la Maison Blanche, indique Le Monde (3), a été envoyé sur place pour reprendre le contrôle des opérations et négocier avec les autorités locales. « Nous ne renonçons en aucun cas à notre mission. Nous la menons simplement de manière plus intelligente », a-t-il affirmé." Ce qui signifie que cette "mission" n'a pas été menée intelligemment. Comment aurait-elle pu l'être avec un président ignare, incompétent et brutal ?
"L’histoire, interroge Le Monde, retiendra-t-elle que la folle cavalcade qu’est la seconde présidence de Donald Trump a trébuché pour la première fois à Minneapolis-Saint Paul ? « J’exagère, mais Minneapolis est le nouveau Vietnam de l’administration américaine, sourit Igor Tchoukarine, professeur d’histoire à l’université du Minnesota. Ils ont mal choisi la ville, parce que les citoyens et les citoyennes se sont organisés, avec une vie communautaire très dynamique. Je peux vous dire que je suis émerveillé de voir à quel point les gens s’entraident, les voisins se parlent, ils sortent, il y a des assemblées. C’est peut-être la seule chose positive dans tout ce qui arrive maintenant. »"

En attendant, les habitants de Minneapolis vivent constamment dans la peur de cette milice terroriste qui ne respecte ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les églises. Les étrangers n'osent plus sortir de chez eux, même avec des papiers en règle. Les écoles sont fermées. Les commerces ne s'ouvrent à leurs clients qu'après avoir vérifié l'absence dans le quartier de miliciens de l'ICE. Il devient impossible de circuler librement en ville. Trump est un semeur de chaos. C'est un des points communs qu'il a avec Poutine (même si celui-ci baigne dans le sang jusqu'à la taille) : n'être  qu'un brutal semeur de chaos.

(1) https://www.youtube.com/watch?v=GDaPdpwA4Iw&list=RDGDaPdpwA4Iw&start_radio=1
(2) https://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-abolir-l-ice-le-retour-en-force-d-un-slogan-qui-divise-les-democrates_239908
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/30/comment-minneapolis-en-faisant-preuve-d-unite-s-est-transformee-en-bourbier-pour-donald-trump_6664698_3210.html

The Streets of Minneapolis (Bruce Springsteen)

Through the winter's ice and cold
Down Nicollet Avenue
A city aflame fought fire and ice
'Neath an occupier's boots
King Trump's private army from the DHS

Guns belted to their coats
Came to Minneapolis to enforce the law
Or so their story goes

Against smoke and rubber bullets
In the dawn's early light
Citizens stood for justice
Their voices ringing through the night
And there were bloody footprints
Where mercy should have stood
And two dead, left to die on snow-filled streets
Alex Pretti and Renee Good

Oh, our Minneapolis, I hear your voice
Singing through the bloody mist
We'll take our stand for this land
And the stranger in our midst
Here in our home, they killed and roamed

In the winter of '26
We'll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

Trump's federal thugs beat up on
His face and his chest
Then we heard the gunshots
And Alex Pretti lay in the snow dead
Their claim was self-defense, sir
Just don't believe your eyes
It's our blood and bones
And these whistles and phones
Against Miller and Noem's dirty lies

Oh, our Minneapolis, I hear your voice
Crying through the bloody mist
We'll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

Now they say they're here to uphold the law
But they trample on our rights
If your skin is black or brown, my friend
You can be questioned or deported on sight
In our chants of "ICE out now"
Our city's heart and soul persists
Through broken glass and bloody tears
On the streets of Minneapolis

Oh, our Minneapolis, I hear your voice
Singing through the bloody mist
Here in our home, they killed and roamed
In the winter of '26
We'll take our stand for this land
And the stranger in our midst
We'll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

We'll remember the names of those who died
On the streets of Minneapolis

ICE out (ICE out)



A travers le froid et la glace de l'hiver
En descendant l'avenue Nicollet
Une ville en flammes a combattu le feu et la glace
Sous les bottes d'un occupant

L'armée privée du roi Trump venant du DHS
Des armes attachées à leurs manteaux
Sont venus à Minneapolis pour faire respecter la loi
Ou du moins, c'est ce qu'ils prétendent

Face à la fumée et aux balles en caoutchouc
Dans la lumière naissante de l'aube
Les citoyens se sont levés pour la justice
Leurs voix résonnant dans la nuit
Et il y avait des empreintes de pas sanglantes
Là où la miséricorde aurait dû se tenir
Et deux morts, laissés pour morts dans les rues enneigées
Alex Pretti et Renee Good

Oh, notre Minneapolis, j'entends ta voix
Chantant à travers le brouillard sanglant

Nous prendrons position pour cette terre
Et l'étranger parmi nous
Ici, dans notre maison, ils ont tué et erré
Dans l'hiver de '26
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Les brutes fédérales de Trump ont tabassé
Son visage et sa poitrine
Puis nous avons entendu les coups de feu
Et Alex Pretti gisait mort dans la neige
Ils prétendaient agir en légitime défense, monsieur
Ne croyez simplement pas vos yeux
C'est notre sang et nos os
Et ces sifflets et téléphones
Contre les sales mensonges de Miller et Noem

Oh, notre Minneapolis, j'entends ta voix
Pleurant à travers le brouillard sanglant
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

Maintenant, ils disent qu'ils sont là pour faire respecter la loi
Mais ils piétinent nos droits
Si votre peau est noire ou brune, mon ami
Vous pouvez être interrogé ou expulsé à vue
Dans nos chants de "ICE dehors maintenant"
Le cœur et l'âme de notre ville persistent
À travers le verre brisé et les larmes sanglantes
Dans les rues de Minneapolis


Oh, notre Minneapolis, j'entends ta voix
Chantant à travers le brouillard sanglant
Ici, dans notre maison, ils ont tué et erré
Dans l'hiver de '26
Nous prendrons position pour cette terre
Et l'étranger parmi nous
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis
Nous nous souviendrons des noms de ceux qui sont morts
Dans les rues de Minneapolis

ICE dehors (ICE dehors)