mercredi 30 mai 2018

La presse, tête de turc

Certains des supporteurs d'Erdogan, en France, du côté d'Avignon, ne supportent pas qu'on écrive que leur président est un dictateur. Pour le faire savoir, ils ont utilisé des méthodes de dictateur pour obliger un kiosquier à retirer de sa vitrine la couverture de l'hebdomadaire Le Point qui présente le président turc comme un dictateur. Ils ont menacé le commerçant de brûler son échoppe s'il ne leur obéissait pas. Les journalistes turcs n'ont pas besoin d'aller si loin dans les critiques vis-à-vis du pouvoir pour se faire arrêter. Plus de cent d'entre eux sont en prison pour avoir exercé leur métier. Les menaces envers les libertés de la presse, devenues habituelles en Turquie, gagnent donc des pays démocratiques. La dictature a le bras long, grâce à ses fans. 
"Avec cet incident, écrit Riss (1), la peur élargit son champ d'action en partant à l'assaut d'un nouveau territoire: la politique. La peur avait déjà investi le spirituel, il lui reste à conquérir le temporel. Le blasphème n'est plus seulement religieux, il devient politique. Ce qu'a vécu Charlie Hebdo et cet incident sur une couverture du Point ont un dénominateur commun. La remise en cause de notre modèle libéral de pensée."
Le directeur de Charlie Hebdo constate combien l'injonction "faut respecter" envahit les réseaux sociaux, la religion et maintenant la politique. Critiquer serait irrespectueux. "Jamais le mot respect n'a été aussi peu respectueux des autres. Il sert désormais à intimider et à faire taire les contestataires."
Erdogan respecte-t-il les journalistes, la liberté de la presse, la justice, l'opposition, les droits de l'homme et ses défenseurs? 

Extraits du rapport 2017/2018 d'Amnesty International sur la Turquie:
"De nouvelles violations des droits humains ont été commises dans le contexte du maintien de l’état d’urgence. Les dissidents ont fait l’objet d’une répression sans merci visant en particulier les journalistes, les militants politiques et les défenseurs des droits humains. Des cas de torture ont cette année encore été signalés, mais dans une moindre mesure qu’au cours des semaines ayant suivi la tentative de coup d’État de juillet 2016. (...)
L’état d’urgence, instauré à la suite de la tentative de coup d’État de juillet 2016, a été maintenu tout au long de l’année. C’est dans ce contexte qu’ont été mises en place des restrictions illégales à l’exercice de droits fondamentaux, et que le gouvernement a été en mesure d’adopter des lois sans qu’un contrôle efficace puisse être exercé par le Parlement et les tribunaux.                                                                 Neuf députés du parti pro-kurde de gauche, le Parti démocratique des peuples (HDP), (...) sont restés emprisonnés pendant toute l’année. Soixante maires élus du Parti démocratique des régions,(...)  ont été eux aussi maintenus en détention. (...)                                                                                                       Le pouvoir judiciaire, qui a lui-même été décimé quand près d’un tiers des juges et procureurs du pays ont été révoqués ou placés en détention, demeurait soumis à une intense pression politique. Des cas de détention provisoire arbitraire, excessivement longue et infligée à titre punitif, ainsi que des violations des normes d’équité des procès ont cette année encore été régulièrement signalés. (...)                                Plus de 100 journalistes et autres professionnels des médias (...) se trouvaient en détention provisoire à la fin de l’année. (...)                                                                                                                                      En juillet, la police a effectué une descente (...) et a arrêté les 10 défenseurs présents, dont deux étrangers. Huit de ces personnes, notamment la directrice d’Amnesty International Turquie, İdil Eser, ont été placées en détention provisoire jusqu’à l’ouverture, en octobre, de leur procès pour « appartenance à une organisation terroriste », accusation forgée de toutes pièces et motivée par leurs activités de défense des droits humains."                                                                                                                                      
Si Erdogan n'est pas, à tout le moins, un apprenti dictateur, qu'est-il donc? Et ses supporteurs zélés qui participent aux menaces contre la liberté de la presse, que sont-ils donc, sinon de petits apprentis miliciens? Les braves citoyens qui veulent faire eux-mêmes la loi dans la rue et menacent de pratiquer des autodafés nous renvoient à l'Inquisition, à l'Italie fasciste, à l'Allemagne nazie.                                                                                
Demain sera une première pour moi: je vais acheter Le Point. Par solidarité.
(1) "Je suis Le Point", Charlie Hebdo, 30.5.2018.                                                                                      (2) https://www.amnesty.org/fr/countries/europe-and-central-asia/turkey/report-turkey/

Note: désolé pour la mise en page. L'introduction dans mon texte d'un texte extérieur la bouleverse...

lundi 28 mai 2018

Mauvaise foi

Le voile, encore et toujours. Fichu voile qui empoisonne la vie socio-politique en nos pays. Cette fois, c'est celui de la présidente du syndicat étudiant UNEF qui choque, par le message qu'il délivre. Maryam Pougetoux, qui porte un voile qui ne laisse voir que son visage, s'en défend: "Mon voile n'a aucune fonction politique. C'est ma foi", affirme-t-elle (1). Naïveté, ignorance ou mensonge? On s'interroge.
Le voile islamique est éminemment politique. Qui en doute encore aujourd'hui? Il faut être coupé du monde pour ne pas entendre ces femmes de pays musulmans qui risquent prison, emprisonnement  et coups de fouet si elles ne cachent pas leur corps et leurs cheveux. Car la femme, pour les islamistes, est par nature impure.
"Chaque mercredi depuis un an, rappelle le mensuel féministe Causette (2), des Iraniennes s'affichent avec un foulard blanc, sur les cheveux ou au bout d'une perche, pour protester contre le port obligatoire du voile. (...) Un combat encore risqué: depuis le début de l'année, au moins trois femmes ont été emprisonnées et vingt-neuf autres arrêtées pour avoir enlevé leur voile."

"Le voile, c'est l'islam politique, affirme la journaliste d'origine iranienne Abnousse Shalmani dont la famille a fui l'Iran devenu invivable. C'est la frontière Privé-Public portée à son paroxysme." (...)
"Il existe un vrai rapport, un rapport simple entre le foulard et la modernité: ils ne vont pas ensemble, écrit-elle encore. Le foulard est l'anathème de la modernité. Présentez-moi mille femmes voilées de tous âges et faites-leur répéter qu'elles se sentent libres, qu'elles se sentent heureuses sous le voile. Je ne les croirai pas. Elles peuvent être chefs d'entreprise, féministes, politiciennes, biologistes, écrivains, ingénieurs, nobélisables, elles n'en demeurent pas moins des femmes marquées par la honte d'être femmes. Elles trimbalent avec leur voile des millénaires d'abus, d'infériorité, de mépris. Elles se couvrent pour cacher leur honte." (...) "Qu'un homme viole une femme sans voile, il n'est pas coupable. La femme sans voile est une provocation. Elle n'a pas besoin d'en rajouter en jupe et en décolleté, elle est provocation quand elle est dé-couverte. Riez, riez sous mon nez d'enfant prisonnière du voile islamique, l'Histoire vous donnera tort: le voile n'est pas seulement un voile." (3)

Djemila Benhabib a grandi à Oran. Sa famille, menacée de mort par les islamistes, a dû fuir l'Algérie et s'est réfugiée en France. Djemila s'est peu après installée au Québec.
"Pour les intégristes, être musulmane c'est porter le voile islamique, écrit-elle (4). S'il peut prendre une multitude de formes, hidjab, burka, niqab, khimar, jilbab, tchador ou tchadri, il renvoie à la même réalité: l'apartheid sexuel." (pp. 61-62)
Djemila Benhabib rappelle qu'en 2002, dans l'incendie d'une école de filles à La Mecque, la police religieuse saoudienne a empêché des fillettes de fuir parce qu'elles ne portaient pas le foulard et qu'elles risquaient de rencontrer des hommes. Le quotidien saoudien Arab News a même rapporté les déclarations de témoins selon lesquels des membres de la police religieuse forçaient des jeunes filles à retourner dans le bâtiment en flamme sous prétexte qu'elles n'étaient pas voilées. (p. 63)
" Le voile est un instrument de contrôle social qui identifie la femme comme appartenant exclusivement à la communauté des croyants. (...) Il est leur identité politico-religieuse et elles ne peuvent concevoir d'appartenir à un quelconque autre groupe, qu'il soit sportif, artistique ou culturel, que celui des croyants. Le message est clair: les lois d'Allah priment sur toutes les autres." (p. 77)
Elle cite Chadortt Djavann, anthropologue d'orgine iranienne, vivant en France: Si aujourd'hui des jeunes Juifs commençaient à porter l'étoile jaune, en clamant "c'est ma liberté"; et si des jeunes Noirs décidaient de porter des chaînes au cou et aux pieds, en disant: "c'est ma liberté", la société ne réagirait-elle pas? Pourquoi n'est-ce pas le cas pour le voile islamique? " En acceptant le voile, affirme Djemila Benhabib, nous participons inconsciemment à renforcer et à façonner l'identité collective musulmane telle que circonscrite par les intégristes, car il n'y a rien dans le Coran qui en fasse une obligation explicite comme le prétendent les intégristes." (p. 72)
Elle cite aussi Soheib Bencheick, mufti de la mosquée de Marseille: "Le voile est une fausse route pour les jeunes filles. Rien dans le Coran ne leur impose d'afficher ainsi leur foi. Le voile conduit trop souvent à des comportements inquiétants, comme le refus de la mixité, de l'égalité des sexes, des cours de biologie ou de sport." (p. 73)
Elle cite également Malek Chebel: "L'obligation à porter le tchador pour les femmes n'est rien d'autre que la démission avouée des politiques face au puissant lobby d'imams rétrogrades parfois plus misogynes que religieux." (p. 73)
Comme ses consœurs, Djemila Benhabib a vécu terrorisée (et le mot a tout son sens) l'imposition du voile. Comme toutes les étudiantes algériennes, elle a reçu en mars 1994 l'ordre des islamistes du GIA de se voiler pour se rendre à l'université. Comme d'autres, elle a refusé de le faire "pour célébrer le courage de Katia Bengana, assassinée à la sortie de son lycée (...) à l'âge de 17 ans, le 28 février 1994 à Meftah. Katia avait refusé de porter le voile". (p. 76)
"Quel sens donner à un tel choix lorsqu'il se fait dans un contexte entaché par le sang de celles qui refusent de porter ce stigmate? (...) En fait, le voile est l'une des pires formes de sexualisation des femmes. Le voile, c'est un rapport obsessionnel au corps, à la chair, au sexe. Le voile, c'est le contrôle de la sexualité des femmes." (p. 79)

Chadortt Djavann ne dit pas autre chose:
"C'est très mal vu, un tchador qui s'ouvre furtivement. Indice de pute. Tchador clignotant.
Tout se montre alors que tout est censé être dissimulé, caché, à l'abri des regards nâmahrâm, illicites. Tout se montre, tout s'offre, le temps d'un seul regard. Indiscret. Voyeur. Voleur. Concupiscent. Le regard vole. Le regard des hommes dans cette contrée est aussi pénétrant que leur sexe. Plus puissant que leur sexe. Dès qu'un tchador noir s'ouvre, les regards y pénètrent déjà.
Et le péché est déjà là. Dans le regard des hommes. Dans la démarche de la femme." (5)

Pour les intégristes, le voile normal n'est qu'une étape. Comme en témoigne cette invective d'un "jeune habitué des mosquées à barbe de patriarche" à Molenbeek à l'adresse d'Hind Fraihi: "Ton voile ne convient pas! Porte une burqa ou va brûler dans les flammes de l'enfer!". Une phrase, fait-elle remarquer, qui fait écho à celle d'un prêcheur de la chaîne Al Jazeera, Youssef Al Qardawi: "L'enfer est la destination finale de la femme qui ne porte pas le voile". (6) 

Alors, quand on entend la présidente de l'UNEF affirmer: "à aucun moment je n'ai mis mon voile par volonté politique ou réactionnaire. Absolument pas", on peut se dire qu'elle est de mauvaise foi. Mais aussi qu'elle est étudiante, qu'elle a encore beaucoup à apprendre. On ne peut que l'encourager à lire, à rencontrer toutes ces femmes qui, pour sauver leur vie, pour pouvoir vivre libres, sans voile, ont dû fuir ces pays dominés par des islamistes pour qui le voile est un outil de domination, de soumission. Pour qui la femme est un être inférieur et le voile une manière de le montrer. Elle comprendra que porter le voile en affirmant qu'il n'a rien de politique, c'est nier ce que vivent au quotidien toutes ces femmes. C'est les insulter un peu plus.
Qu'elle lise aussi le "Discours de la servitude volontaire" d'Etienne de la Boétie. Voilà ce qu'il écrivait en 1576, alors qu'il avait dix-huit ans. L'âge où on est étudiant: "Ainsi la première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude. Voilà ce qui arrive aux plus braves chevaux qui d'abord mordent leur frein, et après s'en jouent, qui, regimbant naguère sous la selle, se présentent maintenant d'eux-mêmes sous le harnais et, tout fiers, se rengorgent sous l'armure". 

(1) https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/20/maryam-pougetoux-juge-pathetique-la-sortie-de-gerard-collomb-a-son-egard_a_23439128/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) Causette, mai 2018.
(3) Abnousse Shalmani, "Khomeiny, Sade et moi", Grasset, 2014 (pp. 44-45).
(4) Djemila Benhabib, "Ma vie à contre-Coran - Une femme témoigne sur les islamistes", VLB éditeur, 2009.
(5) Chadortt Djavann, "Les putes voilées n'iront jamais au paradis", Grasset 2016.
(6) Hind Fraihi: "En immersion à Molenbeek", éditions de la Différence, 2016.(pp. 122-123)
A lire: https://www.marianne.net/politique/bruno-julliard-ex-president-de-l-unef-le-discours-de-l-unef-pour-defendre-le-voile-ce-sont
Et pour celles et ceux qui ont du temps à perdre: le discours pathétique de Besancenot, plus stalinien que jamais
https://www.marianne.net/politique/voile-maryam-pougetoux-unef-olivier-besancenot-une-charlie-hebdo-me-choque




dimanche 27 mai 2018

Pauvres pêcheurs

"Le pêcheur, un homme comme les autres", c'était le titre d'une chronique dans l'émission du samedi (ou du dimanche?) matin de la RTBF radio il y a longtemps. A Antoing, apparemment, les pêcheurs sont différents. Ils ne peuvent, comme les autres, se rendre à pied jusqu'au rivage du plan d'eau appelé Grand Large. Ils ont besoin de leur voiture. Jusqu'à présent, les autorités wallonnes, en charge des voies hydrauliques et des chemins de halage, faisaient preuve de tolérance et laissaient les pêcheurs circuler sur ces voies  pourtant réservées aux seuls promeneurs piétons et cyclistes.
L'obligation de respecter désormais les règles fâche les pêcheurs qui soulignent que certains parmi eux ont 60, 70, voire 80 ans et se déplacent difficilement. On connaît pourtant bien des sexagénaires très alertes. Et même des septuagénaires. Le bourgmestre tente de les rassurer: quelques places de parking au bout d'une rue devraient leur permettre de se garer au plus près de leur lieu de pêche. Mais "nous sommes soixante", disent-ils, "en colère", face aux caméras de No Télé. On les regarde: ils ne font pas leur âge, certains ont l'air d'avoir 20, 30 ou 40 ans. Voire 50. On n'imagine pas qu'ils ont 60, 70, voire 80 ans. La pêche conserve. Dommage qu'elle empêche de marcher.

https://www.notele.be/list13-le-jt-a-la-carte-media58258-les-pecheurs-en-colere.html

mercredi 23 mai 2018

Zonder vergogna

La Lega va gouverner l'Italie avec le Mouvement 5 Etoiles. Avec la NVA, ce parti régionaliste partage non seulement un même programme (sécuritaire et anti-réfugiés), mais aussi les mêmes contradictions, la même absence de gêne, la même envie d'occuper le pouvoir au-delà des incohérences. Voilà deux partis qui se retrouvent à gérer un Etat dont ils veulent quasiment la mort. La Ligue s'appelait, il y a peu encore, Ligue du Nord. Ses dirigeants voulaient créer une Padanie totalement inventée qui regrouperait les régions du nord de l'Italie (1). Comme la NVA en Belgique, la Ligue, qui regroupe ces gens du nord, bourgeois bien éduqués et si travailleurs, si bien de leur personne, s'est construite en fustigeant les profiteurs, voleurs, chômeurs, métèques, assistés, malades (biffez la mention inutile) du sud du pays. Vivre avec eux leur est insupportable. Mais gouverner un pays dont ils ne veulent plus et prendre en compte l'avenir de ces faignants du Mezzogiorno ou de Charleroi leur paraît parfaitement faisable.
Résumons-nous: la soif de pouvoir aide à faire le grand écart. 

(1) https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/05/21/que-sont-la-ligue-et-le-mouvement-5-etoiles-les-deux-partis-qui-s-appretent-a-gouverner-l-italie_5302209_4355770.html

dimanche 20 mai 2018

Des nouvelles de l'homme

Que devient l'homme? Il inquiète.
A Pau, il a fait des petits qui, en bande et dans un parc, tabassent un homme jusqu'à ce que mort s'en suive.
Au Texas, il est jeune aussi et tire à l'arme à feu sur ses camarades de classe, en tuant dix et en blessant dix autres sans que cela n'émeuve grand monde.
A Ajaccio, il se fait supporteur de foot qui injurie et menace les joueurs du club du Havre, les traitant de "Français de merde" ou d'autres noms que pas un oiseau n'accepterait.
En Belgique, il est policier. Il soulève une jeune manifestante qui protestait tranquillement assise en tailleur et, tout sourire, la laisse tomber lourdement, espérant qu'elle se casse le coccyx ou n'importe quoi d'autre.
En Israël, il tire à balles réelles, tuant une soixantaine de manifestants armés de pierres mais aussi de cerfs-volants.
A Gaza, il emmène dans une manifestation à très haut risque son bébé de huit mois qui n'y a pas survécu.
En Syrie, il massacre ou torture ses compatriotes qui ont le tort de se battre pour la démocratie, tandis que le président Bachar se fait congratuler par son confrère Vladimir.
Un peu partout dans le monde, il fait exploser des bombes, attaque à la kalachnikov, au couteau ou à la voiture-bélier, tuant des innocents par milliers en criant que dieu est grand.
Voilà les dernières nouvelles de l'homme. Certains affirment qu'il s'ensauvage. Ils se trompent. Le sauvage est celui qui vit dans la forêt. Vivre dans la forêt ferait le plus grand bien à l'homme. L'homme a besoin de calme et du chant des oiseaux.

mercredi 16 mai 2018

Supériorité de la nature sur l'élu

Les populations d'oiseaux déclinent partout dans nos pays. Même en Brenne, pays d'étangs, de prairies et de haies (qu'on appelle ici bouchures). On y croise toujours une très grande variété d'oiseaux et ils sont très nombreux, mais certaines espèces connaissent des déclins inquiétants. On recensait en Brenne des centaines d'outardes canepetières dans les années '80. On n'en a vu que six en 2017. Les chardonnerets élégants, les verdiers d'Europe, les linottes mélodieuses, les hirondelles voient leurs populations diminuer. Certaines espèces ont chuté de 50 à 80% ces dernières années. On n'a plus vu de moineau friquet en Indre depuis deux ans (1).
Les causes sont diverses et pour une bonne part dues à l'agriculture intensive: suppression de haies et de jachères, monocultures, disparition des petites parcelles, utilisation de produits phytosanitaires. Mais les  particuliers et leurs jardins sans "mauvaise herbe" ont aussi leur part de responsabilité. Tout comme les chasseurs autorisés à tuer beaucoup trop d'espèces, dont certaines sont en voie d'extinction, telle l'alouette des champs. Derrière les oiseaux, ce sont les insectes qui disparaissent, la biodiversité qui est menacée.

A Tournai, en Belgique, un promoteur voudrait créer un terrain d'entraînement au golf sur la Plaine des Manœuvres, espace vague et herbeux de quelque treize ou quatorze hectares (si je me souviens bien), en bordure du boulevard périphérique. Au fil des années, depuis une quarantaine d'années, le terrain vague s'est réduit, la Plaine accueillant la Maison de la Culture, le hall des sports, des immeubles à appartements, des parkings, des terrains de sport. Restent quelques hectares encore. Le terrain de golf mesurerait trois cents mètres sur cent entièrement grillagés et un bâtiment de trois étages y serait érigé. Ça tombe bien, dit l'échevin des Sports, "il reste un vaste espace sur la Plaine des Manœuvres et nous ne savons rien en faire." Ne sait-il vraiment pas quoi en faire? N'en faire rien justement, rien d'autre qu'un espace naturel, un lieu d'accueil de la nature, des oiseaux, des insectes, de plantes divers. La nature est plus intelligente que les élus, elle sait que faire de zones sans projet. C'est ce que le jardinier et paysagiste Gilles Clément appelle le tiers-paysage, ces espaces, notamment urbains, délaissés et qu'il est bon de laisser délaissés.
"Le Tiers-Paysage –fragment indécidé du Jardin Planétaire- désigne la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Il concerne les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc … A l’ensemble des délaissés viennent s’ajouter les territoires en réserve. Réserves de fait : lieux inaccessibles , sommets de montagne, lieux incultes, déserts ; réserves institutionnelles : parcs nationaux, parcs régionaux, « réserves naturelles ». 
Comparé à l’ensemble des territoires soumis à la maîtrise et à l’exploitation de l’homme, le Tiers-Paysage constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique. Les villes, les exploitations agricoles et forestières, les sites voués à l’industrie, au tourisme, à l’activité humaine, l’espace de maîtrise et de décision sélectionne la diversité et parfois l’exclut totalement. Le nombre d’espèces recensées dans un champ, une culture ou une forêt gérée est faible en comparaison du nombre recensé dans un délaissé qui leur est attenant.
Considéré sous cet angle le Tiers-paysage apparaît comme le réservoir génétique de la planète, l’espace du futur." (2) 


Des citoyens tournaisiens pensent aussi qu'un terrain naturel constituerait un bien meilleur destin pour le dernier espace libre de la Plaine des Manœuvres plutôt qu'un beau gazon tondu ras et arrosé régulièrement. Ils se réuniront prochainement pour en discuter (3).

Et pendant ce temps-là, au niveau mondial, après l'effervescence du succès de la COP21, le destin environnemental de la planète ne semble plus susciter grand enthousiasme (4). Comme si le joueur de golf qui joue parfois à être président des Etats-Unis arrivait à imposer ses priorités.
Un jour, pourtant, la nature aura raison de lui.

(1) "Déclin des oiseaux: "il faut agir maintenant!" - interview de l'ornithologue Thomas Chatton, chargé d'études à Indre Nature, La Nouvelle République, 12.5.2018
(2) http://gillesclement.com/cat-tierspaysage-tit-le-Tiers-Paysage
(3) Réunion citoyenne, ouverte à tous, au bar de la Maison de la Culture de Tournai le jeudi 24 mai à 18h.
(4) http://www.lalibre.be/actu/planete/rechauffement-climatique-apres-l-effervescence-de-la-cop21-le-retour-de-l-inertie-5af5be94cd7028f079e96b3a


lundi 14 mai 2018

Occasion manquée

L'appel, publié récemment dans Le Parisien et signé par quelque trois cents intellectuels, dénonçant la montée d'un nouvel antisémitisme, a été beaucoup commenté. Il désignait un responsable: le Coran et ses passages appelant à tuer des Juifs et invité à se mettre à jour. Etait-il excessif? L'antisémitisme est à nouveau en augmentation dans nos pays, c'est une réalité violente qui rappelle des heures trop sombres et qui ne peut nous laisser indifférents.
De nombreux responsables musulmans se sont indignés. Il est hors de question de toucher une seule virgule du texte du Coran, qui est sacré et révélé, a déclaré Anouar Kbibech, vice-président du Conseil français du culte musulman. D'autres parlent d'ineptie ou de blasphème (1).
"C'est sans appel et sans surprise, écrit Riss: le Coran, livre saint entre les livres saints puisqu'il a été dicté par Dieu Lui-même, excusez du peu, ne saurait tolérer la moindre critique, le moindre commentaire déplaisant, la plus petite remise en question. Il porte une parole immuable, intouchable, éternelle. Preuve que cette tribune, quoi qu'on en pense, a mis le doigt sur le problème."
Un spécialiste (dont j'ai oublié le nom) affirmait sur un site d'informations (désolé..., j'ai oublié) que ce sont les diverses versions du Coran qui posent problème. Qu'il faut se baser sur telle traduction dans laquelle on ne trouvera aucun appel de cette sorte. Mais pourquoi alors circulent d'autres versions et pourquoi sont-elles toutes utilisées quasi indifféremment, comme si chacune était sacrée? Le problème de ces textes sacrés résiderait donc dans leurs versions, traductions et interprétations multiples. Mais aussi, comme le souligne Riss, dans la lecture politique du Coran: "ceux qui s'y réfèrent ne le lisent pas comme une fiction fantastique, mais comme un livre politique. Dans le meilleur des cas, ils y voient une béquille existentielle, dans le pire, un mode d'emploi pour ordonner la vie collective". Comme tous les livres politiques, poursuit-il, il doit pouvoir être critiqué. "Son propos et ses implications doivent pouvoir être confrontés aux aspirations - et aux connaissances scientifiques - des sociétés contemporaines, qui ont le droit de l'ignorer, de le trouver inepte, d'un autre temps, aberrant, et même dangereux quand c'est le cas".
Philippe Lançon, lui, estime qu'il faut s'écarter de la lettre des textes et éduquer à la lecture critique: "les versets meurtriers du Coran ne sont pas plus le problème que les versets meurtriers de la Bible ou que certaines paroles de La Marseillaise: il y a beaucoup de fondamentalisme inconscient chez ces aimables pétitionnaires; comme chez ceux qu'ils dénoncent, ils accordent trop de valeur à la lettre des textes. Le seul problème est d'éduquer ceux qui les lisent, de leur faire sentir qu'ils appartiennent à la communauté démocratique, pour qu'en les lisant ils acquièrent le sens de l'Histoire, la distance critique et la conscience de la relativité des choses, plutôt que de devenir des tueurs antisémites" (2). Le problème, c'est qu'on a entendu bien peu de commentateurs musulmans précisément appeler à cette distance. La plupart ont préféré s'indigner de voir le Coran montré du doigt, sans inviter à une lecture interprétée et actualisée du (des?) texte. Et sans condamner l'antisémitisme.

Post-scriptum: euh, les imams, faudrait arrêter de vous indigner de ces accusations d'antisémitisme...
http://www.lalibre.be/actu/belgique/des-dizaines-d-imams-ont-ete-formes-avec-les-manuels-antisemites-5afc74b8cd70c60ea7063ab0

(1) "Le Coran révélé dans le marbre", Charlie Hebdo, 2 mai 2018.
(2) "Je ne signe pas", Charlie Hebdo, 2 mai 2018.
A (re)lire sur ce blog: "Antisémitisme, territoires et intelligence", 30.3.2018.

samedi 12 mai 2018

Ceux qui rêvent en noir et blanc

L'Homme est sans limites. Il est capable d'imaginer des robots qui seront plus intelligents que lui. Pourront-ils être plus bêtes? C'est qu'en ce domaine les capacités humaines sont visiblement infinies. Voilà qu'on apprend (via Caroline Fourest) (1) qu'un blanc qui porterait des dreadlocks serait coupable d'appropriation culturelle. Que le chanteur Bruno Mars (qui n'est à première vue pas vraiment blanc, mais qu'importe?) serait coupable de s'approprier la musique noire en jouant du funk et donc de piller la culture noire. Que la pratique du yoga serait une forme de spoliation culturelle.
Peut-on encore, si on n'est pas Brésilien, danser la samba (pire: en jouer)? Peut-on si on n'est pas Japonais pratiquer le judo? Peut-on cuisiner la bouillabaise si on n'est pas Marseillais? Peut-on manger des pâtes sans être Italien? Mais les Italiens eux-mêmes peuvent-ils s'en déclarer les inventeurs quand on sait que c'est Marco Polo qui aurait importé dans son pays le goût des pâtes qu'il aurait découvertes en Chine.
Belge, j'habite en Berry depuis cinq ans. Ai-je le droit de danser la bourrée berrichonne ou dois-je me contenter de la regarder danser par de "vrais" Berrichons? Dois-je manger des moules et des frites et boire de la bière, moi qui n'ai pour seule religion que le vin?

Ces accusations d'appropriation culturelle tournent au terrorisme intellectuel. Chacun voit n'importe où les références qu'il veut voir. Une marque de vêtements a été accusée de copier sur des chaussettes des motifs xhosas (Afrique du Sud) (1). Je ne connais pas grand-chose en couture ou en tricot, mais il m'avait semblé que c'est ce qu'on appelle du jacquard, du nom d'un tisserand français de la fin du XVIIIe siècle. S'est-il inspiré de motifs xhosas (qui effectivement épousent aussi des formes de losanges)? On a du mal à le croire. Mais la marque de vêtements, face à l'agression, a retiré ses chaussettes.
Ces procès publics sont non seulement stupides mais aussi racistes. C'est la loi du chacun ses références, chacun sa culture, chacun ses pratiques. C'est le refus de l'échange, du partage, du métissage, Ce qui se termine inévitablement par le chacun chez soi, le refus des migrations. C'est le nationalisme le plus bête et le plus obtus. C'est l'impasse totale. Le cul-de-sac.
Je me souviens - c'était il y a près de trente ans - que mon fils aîné avait appris à l'école primaire du village que les Blancs vivent en Europe et en Amérique du Nord, les Noirs en Afrique, etc. Nous avions essayé d'apporter "quelques" nuances à cette information. Aujourd'hui, faudrait-il, si on suit la logique imbécile des identitaires, que ce soit le cas? Que l'Europe soit blanche? Que l'Afrique soit noire? Que l'Amérique soit quoi? Ces logiques sont absurdes et dangereuses. Elles s'opposent à l'universalité. Nous appartenons au monde et inversement. Et il est diversifié, qu'on le veuille ou non.
Le metteur en scène Wajdi Mouawad, à la journaliste qui lui demande comment il parvient, par exemple dans son spectacle Tous les oiseaux, à incarner deux points de vue différents, celui des Juifs et celui des Arabes, répond: "Je ne pense jamais que je ne suis pas comme l'autre. Il faut se montrer mesuré quand on déclare je suis ceci ou cela, sinon c'est dangereux, on peut le payer cher" (2).

Gaston Kelman, dans "Je suis noir et je n'aime pas le manioc" (3) rappelle que la culture, c'est hic et nunc. Il n'y a aucun sens à vouloir se réfugier dans une culture illusoire.
« Permettez-moi de vous dire qu’il n’existe pas de culture africaine. La similitude entre un cadre de Douala, de Bamako ou de Dakar, diplômé, urbain, et un agriculteur du Sahel ou de la forêt équatoriale, analphabète, rural, est la même que celle qui existe entre un cadre suédois ou un golden boy de Manhattan ou de la City et un agriculteur moustachu du sud de la Turquie, un pêcheur de la Tchétchénie ou un Gitan de Bulgarie.
La culture est un élément social et non ethnique, même si l’ethnie sert souvent d’espace social d’enracinement à un modèle culturel. Ce cas de figure se retrouve notamment et presque exclusivement en milieu traditionnel rural. Dans tous les cas, la culture reste un élément spatial et temporel. C’est la capacité de s’adapter à son milieu et à son temps. Moi, le Francilien, ce qui me relie culturellement à mon cousin qui n’est jamais parti du village d’origine de mes parents (espaces décalés), ou à celui qui vivait dans ce même village il y a un siècle (temps décalés), est certainement plus mince que ce qui me relie à un Blanc de la région parisienne (espace commun) aujourd’hui (temps commun), ayant les mêmes caractéristiques sociologiques que moi. (…)
Mes origines reposent sagement dans mon patrimoine ; mon quotidien, c’est la culture au sein de laquelle je vis. (…) La culture c’est hic et nunc, ici et maintenant. Elle est donc intimement liée aux notions d’espace et de temps. »


La vie n'est que mouvements, mélanges, métissages, emprunts. La culture aussi. Ou alors elle est mortifère.
Je viens de découvrir Monmon, le magnifique album de Danyel Waro, chanteur réunionnais qui s'exprime en créole. Lisant la traduction de ses très beaux textes, on y voit combien cette langue et ce pays sont traversés - comme tant de langues, tant de cultures - d'influences et d'apports divers. Ici, de Madagascar, de France, d'Inde, d'Afrique, d'ailleurs non identifiés. 
Les obsédés de l'identité (comme si elle était unique et figée) voudraient nous imposer un monde triste, replié sur lui-même, en noir (pour les uns) et blanc (pour les autres). Toutes les couleurs sont dans la nature. Et dans la culture. Leurs imprécations n'y pourront rien.

Toutes les couleurs, même le blanc. Quoi qu'en pense Rokhaya Diallo qui trouve les pansements racistes: "la compresse située au centre de ces pansements est blanche", a-t-elle déclaré (apparemment sans second degré). "Elle suggère donc, écrit l'hebdomadaire Marianne, le recours au sparadrap marron, afin de ne pas laisser percer la couleur honnie de la compresse maléfique, emblême d'un néocolonialisme sanitaire qui se manifeste aussi par la couleur des dents" (4). Et le magazine de se demander s'il faudrait changer la couleur naturelle du coton et de la neige. Et celle du lait? Faudra-t-il le boire avec du chocolat ou du café pour ne pas apparaître comme un colon?

Le combat contre le racisme et pour l'universalisme est suffisamment important pour ne pas se laisser alourdir par ces délires qu'aucun robot ne sera capable d'imaginer. Ceci est donc un hommage à l'Homme et à ses capacités tant (trop) humaines. 

(1) http://laicite-republique.org/c-fourest-le-delire-de-l-appropriation-culturelle-marianne-4-mai-18.html
(2) Télérama, 4.4.2018.
(3) éd. Max Milo, 2003.
(4) "Elle a osé le dire - Sus au blanc", Marianne, 11 mai 2018.

jeudi 10 mai 2018

Jean-Luc Iznogoud

Dans la série "Comment se fâcher avec (certains de) ses amis", parlons de Jean-Luc Mélenchon. J'ai déjà exprimé ici combien je trouvais sa France insoumise très soumise à la production d'UBM, ces unités de bruit médiatique (1). Paradoxalement, son leader, avec le même sens de la nuance que la fille à papa Le Pen, ne cesse de vomir les médias, parlant du "parti médiatique" ou même de "la CIA médiatique". Soutenant sur ce terrain Laurent Wauquiez, leader de la droite dure (2), l'homme refuse les invitations de nombreux médias, ceux qui ne lui posent pas les bonnes questions. "Le pouvoir médiatique est d'essence complotiste", affirme-t-il, n'hésitant pas ainsi à participer à la diffusion de théories du complot. A cracher ainsi sur la presse, on ne peut s'affirmer démocrate. On se classe plutôt parmi les populistes. Ou les staliniens. Comment s'étonner que des véhicules de médias, telle une voiture de Radio France, aient été vandalisés lors de "La fête à Macron" organisée samedi dernier par les Français insoumis? "Vous n'avez rien à faire ici!", ont entendu les techniciens. Faudrait-il alors que les médias cessent d'évoquer la France insoumise, ses actions et les interventions de ses représentants? Ce parti a un rapport particulier aux médias: quand et comme ça l'arrange.

Dans le corso peu fleuri de la F.I. à Paris, trois chars pour fustiger le président Macron: Macron en Jupiter, Macron en Dracula et Macron en Napoléon. Puis, un quatrième char promenant le leader des Insoumis et ses députés (3). Mélenchon en Zeus, en Mars, en Che? Les élus insoumis ne pouvaient sans doute marcher avec les manifestants de crainte d'être confondus avec des représentants de La France en Marche
Etrange calicot dans cette manif festive: "Elu par défaut, viré pour défauts", peut-on y lire. (4) Si Emmanuel Macron a été élu par défaut, c'est qu'il était le moins pire des candidats. Parmi lesquels figurait un certain Jean-Luc Mélenchon. Les manifestants de la F.I. semblent avoir oublié, un peu vite, que leur candidat n'a pas réussi à séduire une majorité de Français. Il n'a même pas été élu, ni par choix positif, ni par défaut. Ce qu'on peut comprendre: comment un tel dinosaure de la politique, ce vieux de la vieille qui depuis trente-cinq ans a occupé toutes les fonctions politiques, pourrait-il encore apparaître comme l'homme du renouveau? Seule fonction politique qu'il n'ait pas exercée: celle de président de la République. Et on sent qu'il aimerait tant être calife à la place du calife. Avant d'être député à l'Assemblée nationale, il l'avait été au Parlement européen, abandonnant son mandat à mi-course, témoignant du mépris qu'il a pour la fonction et pour ses électeurs. Comment faire confiance à un élu si volage?

Jean-Luc Mélenchon s'est rendu hier à Moscou à l'occasion de la commémoration de la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazie. Il y a rencontré un des leaders de l'opposition de gauche à Vladimir Poutine. "Je ne veux pas entrer dans le concert d'aboiements et d'hystérie anti-russe qui s'observe en Europe sous prétexte de Monsieur Poutine", a-t-il déclaré. Mélenchon semble entendre ce qu'il a envie d'entendre: qui donc en Europe n'est pas capable de faire la part des choses entre les Russes et leur président? "Je viens ici le 9 mai, c'est un acte militant pour dire: les Russes sont nos amis." (5)
"En clair, un message à la Macron, souligne la journaliste d'Arte: en même temps, les Russes, oui, la Russie, oui, mais un bémol sur Vladimir Poutine."
Son porte-parole, Alexis Corbière, ne fait pas non plus dans la nuance tout en appelant à le faire : "arrêtons ce climat aujourd'hui, qui vise à considérer que quiconque n'est pas aligné sur le discours agressif, notamment des Etats-Unis, qui désigne Mr Poutine comme étant quasiment en train de préparer une nouvelle guerre mondiale, se voit immédiatement traité d'agent poutinien". 
"Un grand écart difficile, estime la journaliste d'Arte: Mélenchon condamne l'attitude de Poutine mais aussi les sanctions contre la Russie pour l'annexion de la Crimée et sa participation à la guerre en Syrie. "Un voyage symbolique au pays de Poutine. Pas sûr qu'il remette les pendules à l'heure, tel que le souhaite Mélenchon." 
Pas sûr non plus que ce sujet réconcilie l'ancien député européen anti-européen avec "la CIA médiatique" et en particulier avec la chaîne de télé qui entend participer à la construction européenne.

Post-scriptum: le fustigeur du foot "opium du peuple" est devenu fan de l'OM. Ce qu'il ne faut pas faire pour plaire à ses électeurs marseillais!
https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/12/lom-en-finale-de-leuropa-league-jean-luc-melenchon-espere-une-place-en-tribune-emmanuel-macron-forfait_a_23432727/?utm_hp_ref=fr-homepage
Autre post-scriptum:
https://www.nouvelobs.com/edito/20180522.OBS7011/une-maree-populaire-bien-loin-du-rivage.html

(1) Sur ce blog: "Les faiseurs de bruit", 6 octobre 2017.
(2)  http://www.huffingtonpost.fr/2018/02/26/melenchon-prend-la-defense-de-wauquiez-dans-un-billet-enflamme-contre-la-cia-mediatique_a_23371361/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3)  http://www.lemonde.fr/societe/article/2018/05/05/de-nombreux-participants-attendus-pour-faire-la-fete-a-macron-samedi-a-paris_5294695_3224.html
(4) Charlie Hebdo, 9 mai 2018, p. 14.
(5) https://www.arte.tv/fr/videos/079056-093-A/arte-journal/
(Re)lire aussi sur ce blog:
- "Le temps des culottés", 23.6.2017,
- "Réflexions de lendemain", 19.6.2017,
- "Le temps des immatures", 2.5.2017.

mercredi 9 mai 2018

Les Jarawas sont l'Humanité

Un peuple qui ne connaît pas de rapport de pouvoir, qui n'a pas de croyance en l'au-delà ne peut que nous intéresser. C'est le cas des Jarawas qui vivent sur une île de l'Océan indien, appartenant à l'Inde. Ancêtres de tous les Asiatiques actuels, ils ont quitté l'Afrique il y a 70.000 ans. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 480. Le réalisateur français Alexandre Dereims leur donne la parole dans son documentaire (sorti en France cette semaine) "Nous sommes l'Humanité" (1).
Ce peuple ne connaît ni rapports de pouvoir, ni conflits. Chacun prend sa part dans le fonctionnement de la société. L'égalité hommes - femmes y est réelle. Les hommes s'occupent des bébés pendant que les femmes vont à la pêche. "J'ai découvert un peuple fascinant qui porte des valeurs humaines très fortes, d'amour, de solidarité, etc., explique Alexandre Dereims qui a tourné à diverses reprises pendant six ans sans jamais assisté à des conflits ou des disputes.  
C'est aussi un peuple sans croyance. "Je leur ai demandé: qu'est-ce qu'il y a après la mort? Ça les a fait rire, ils ont trouvé ma question stupide et ils m'ont dit: quand tu es mort, tu es mort."
Les Jarawas vivent de chasse et de cueillette, mais sont aujourd'hui menacés dans leur mode de vie et jusque dans leur existence même par des braconniers qui s'attaquent à leur gibier et essaient de les pervertir notamment en leur donnant de l'alcool dont les Jarawas ne veulent pas. Des femmes ont été enlevées, violées. Ils sont aussi victimes de safaris photos organisés par l'armée indienne qui emmènent chez eux, quatre fois par jour, des hordes de touristes qui photographient les femmes jarawas payées pour danser pour eux.
Ce peuple, si beau à tous points de vue, est menacé d'extinction par notre société mondialisée, qu'ils trouvent sale, malodorante et stupide. 
Alexandre Dereims et son équipe ont lancé une pétition pour soutenir et préserver l'existence des Jarawas (2) et un appel à aider à la diffusion de leur documentaire. 
Ils sont l'Humanité.

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/075223-172-A/28-minutes/
(2) http://www.organicthejarawa.com/signez-la-petition

jeudi 3 mai 2018

Noir, c'est noir

Ils sont d'extrême gauche, d'ultra gauche disent certains, mais ont des méthodes d'ultra droite, des méthodes de fascistes. Habillés comme des paramilitaires et courageusement masqués, les Blacks Blocs volent leur manifestation du 1er mai aux syndicats, cassent, démolissent, incendient, sans souci des travailleurs des entreprises dont ils mettent à mal l'outil de travail, ni des clients, ni des occupants des étages supérieurs des immeubles dans lesquels ils balancent des cocktails Molotov. Leurs dégradations de l'espace public auront un coût notamment pour les services publics, donc pour nous tous.
Que défendent-ils? Que réclament-ils? On n'en sait rien. Ils semblent avoir le même programme que la fille à papa Le Pen: démolir. Mais eux, c'est matériellement. Que veulent-ils construire? Ils n'expriment (ou alors elles m'ont échappé) aucune revendication. Il paraît qu'ils sont en colère. Contre quoi? Contre qui? C'est une "violence légitime", affirme Poutou le boutefeu.
"Go vegan" a écrit l'un d'eux sur la vitrine explosée du McDo saccagé. Pour affirmer leur refus de la violence contre  les animaux, ils usent de violence et terrorisent les clients. On a évidemment le droit de critiquer, de contester les symboles du capitalisme, mais cette violence organisée a un air années '30 en Allemagne et dessert totalement leurs combats. Rendant impossible la moindre sympathie pour eux. Au contraire.

https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/01/manifestation-du-1er-mai-2018-qui-sont-les-black-blocs-responsables-des-debordements-a-paris_a_23424702/?utm_hp_ref=fr-homepage
Voir le dessin de Kroll:
http://plus.lesoir.be/154343/article/2018-05-02/le-kroll-du-jour-sur-les-violences-paris-lors-du-1er-mai