vendredi 14 février 2020

Tartuffe en uniforme de flic

"Dans la politique, quand tous les dégoûtés seront partis, il ne restera plus que les dégoûtants", a déclaré un jour l'ancien premier ministre belge Paul Van den Boeynants (qui ne fut pas, il faut en convenir, un modèle).
Est-ce là l'objectif  de celui qui a diffusé une video totaement privée, à caractère sexuel de Benjamin Griveaux, candidat La République en Marche à la mairie de Paris? Ouvrir la voie au pire? Griveaux a jeté l'éponge, écœuré, après, dit-il, tant d'attaques basses et de menaces de mort. 
Un certain Piotr Pavlenski revendique la diffusion de cette video où l'on voit, dit-on, le candidat pratiquer l'onanisme. Rien d'illégal donc. Juste la vie. Mais Pavlenski - qui déclare avoir reçu cette video d'une personne qui a eu une "relation consentie" avec Griveaux - veut démontrer, dit-il, les contradictions de celui qui prétend être le candidat des familles. Il a sa vision de la famille et a donc mis sur la place publique des images totalement privées parce qu'il estime que la morale n'est pas sauve.
Quelles sont alors les règles qu'il faut suivre pour pouvoir être un élu politique? Etre un homme ou une femme dite fidèle? Prier une fois, deux fois ou cinq fois par jour? Etre vegan? N'avoir jamais levé la main sur personne, même pas sur un animal? N'avoir jamais visionné un film porno? N'être jamais passé au rouge? Bref, être un parangon de vertu? 
Qui donc est l'homme parfait, la femme parfaite, qui a toujours marché dans les clous, respecté toutes règles de la bienséance? Qui a été quelqu'un "comme il faut"? La diffusion d'une telle video tient d'une vision totalitaire du monde. Elle est revendiquée par quelqu'un qui se présente comme artiste. Ce qui nous amène à cette question:  qu'est ce que l'art pour lui? Où est-il dans la démarche très Big Brother de cet artiste russe? "Jusqu'où ira-t-on dans la haine et l'abomination?", demande Anne Hidalgo, l'actuelle maire de Paris. "Ce n'est plus aux chiens qu'on livre les hommes désormais, mais aux rats planqués au fond des pires égouts". 
Qui sera le prochain ou la prochaine sur la liste à être victime de ces pratiques à l'américaine qui font passer la morale - une morale - avant les idées politiques? 

Voici le temps des Tartuffe: Joachim Son-Forget, ex-député LREM à l'ego surdimensionné, a publié la video sur son compte Twitter tout en trouvant "inadmissible d'attaquer les gens sur leur vie privée". Cachez ce sein que je vous fais voir.
La classe politique est unanime pour condamner la diffusion de cette video privée. Ce midi, elle avait déjà été vue 700.000 fois. Les rapaces bavent. 

https://www.huffingtonpost.fr/entry/retrait-de-benjamin-griveaux-ce-que-lon-sait-des-videos-qui-ont-tout-fait-basculer_fr_5e4655e2c5b64433c614336a?utm_hp_ref=fr-homepage
https://www.lalibre.be/international/europe/foire-aux-ordures-abomination-climat-inquietant-la-classe-politique-s-indigne-de-la-diffusion-d-une-video-privee-de-benjamin-griveaux-5e466ea7f20d5a642285eb6a

jeudi 13 février 2020

Rallumons les Lumières

Il n'y a pas d'âge pour jouer les inquisiteurs, pour dire la loi, les règles et mettre à l'index qui ne les respecte pas. Deux groupements d'étudiants de l'ULB veulent faire interdire un débat sur la liberté d'expression qui se tient ce soir dans leur université (1). Ils refusent qu'y participent "des réactionnaires" que sont, selon eux, deux membres de Charlie Hebdo invités pour l'occasion. Ces jeunes philistins ont-ils lu un jour l'hebdomadaire qu'ils condamnent? L'ont-ils compris? Ils lui reprochent une prétendue "islamophobie", ce terme qui ne signifie rien d'autre qu'une interdiction de critiquer la religion musulmane (2). Et ils fustigent la laïcité défendue par Charlie. Savent-ils, ces censeurs, sur quelles valeurs a été fondée l'Université Libre de Bruxelles? La simple lecture de Wikipedia leur rappellera qu'elle a fondée par des libres penseurs qui entendaient combattre "l'intolérance et les préjugés" en répandant la philosophie des Lumières. Ces jeunes juges autoproclamés seront-ils capables de s'attaquer à leurs propres préjugés? Peut-on leur rappeler ce qu'est un débat? Un moment où des points de vue se confrontent. S'opposer à un débat sur la liberté d'expression dans l'Université Libre devrait pousser à leur excommunication. 

Note: ce n'est hélas pas la première fois que l'ULB est confrontée à la censure de débats.
(Re)lire sur ce blog "Faiblesses d'esprit", 8.2.2012 et "Egalité bla bla", 8.2.2013.

(1) https://www.lalibre.be/regions/bruxelles/pas-de-reacs-sur-notre-campus-des-militants-etudiants-veulent-empecher-un-debat-avec-charlie-hebdo-a-l-ulb-5e450bad9978e276b671a62d
(2) Dans Charlie Hebdo de ce 12 février, un lecteur qui se présente comme "musulman pratiquant depuis trente ans" et "lecteur assidu de Charlie" remercie l'hebdomadaire pour son soutien à Mila (voir billet précédent) et manifeste à celle-ci le sien. Eh, les étudiants censeurs, vous expliquez ça comment qu'un journal islamophobe soit apprécié par des musulmans?
Post-scriptum: Réaction de Caroline Fourest:
https://www.lalibre.be/regions/bruxelles/la-polemiste-caroline-fourest-reagit-a-la-volonte-estudiantine-d-empecher-la-venue-de-charlie-hebdo-sur-le-campus-de-l-ulb-5e456c77d8ad582fb05924b8

lundi 10 février 2020

Mais où est-Il?

Soyons triviaux. Une fois n'est pas coutume. L'actualité nous y invite. La question n'est pas  ici de décider de ce qui est de bon ou de mauvais goût, de ce qui est grossier ou non. Si quelque autorité que ce soit (politique, religieuse, culturelle, sociale) agissait par décret sur le goût, la télé verrait disparaître au moins la moitié de ses émissions et Internet des milliards de pages. La question est celle de la liberté d'expression.
Récemment, une jeune fille homosexuelle de seize ans, Mila, a éconduit un jeune homme qui la harcelait sur Internet. Celui-ci l'a aussitôt accusée de racisme antimusulman. Puis, d'autres aboyeurs qui traînent sur la toile, l'ont traitée de "sale Française", de "sale gouine", de "chiennasse".
Sa réaction fut virulente: "Votre religion, c'est de la merde. Votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul. Merci. Au revoir", a-t-elle répondu à ceux qui l'injuriaient.
Fureur noire de centaines de personnes qui, depuis, lui adressent quotidiennement des messages haineux et des menaces de mort. Au point qu'elle a dû quitter son école et disparaître vu la violence des attaques à son égard et à celui de sa famille.
Ceux qui s'offusquent des propos de Mila ne croient pas en Dieu. Ils ne croient pas ce que toutes les religions monothéistes enseignent: Dieu est un être immatériel et il est partout. Plutôt que de se scandaliser des propos de Mila, ils auraient dû en rire. Et lui faire admettre que sa menace était totalement irréalisable. Affirmer vouloir toucher à quelque partie que ce soit de l'anatomie de Dieu, c'est totalement méconnaitre ce dernier. Même si la représentation collective le voit comme un vieux barbu (un homme, évidemment) au regard sévère, il n'a pas plus de cul que de tête, vu son immatérialité. Comme l'écrit Yannick Haenel dans Charlie Hebdo (1), "la localisation de l'anus divin s'annonce compliquée". Dieu échappe au trivial par son absence de corps.

La meilleure preuve, s'il en fallait, que Dieu est immatériel, c'est qu'il n'a ni yeux ni oreilles: il ne voit pas, n'entend pas les violences commises depuis les débuts de l'humanité, la misère, les inégalités, la planète qui part à la dérive. S'il les voyait, voilà longtemps qu'il aurait foudroyé ceux qui, depuis des millénaires, sont responsables de millions de morts. Combien compte-t-on dans l'histoire de l'humanité d'hommes, de femmes, d'enfants tués au nom de Dieu? Combien de conversions forcées, d'enlèvements, de viols, de tortures, d'attentats, de brutalités commises au nom de celui qui est, nous dit-on, l'incarnation de la bonté et de l'amour? On n'a pas le droit de se moquer de Dieu. Mais lui a le droit de se moquer de nous. Et bien pire. A croire qu'à force d'être partout Dieu n'est nulle part.

Ce qui n'empêche que se moquer de cette idée qu'est Dieu ou l'insulter suscite aussitôt une sainte haine. La haine souvent repose sur l'ignorance et l'absence de réflexion. On n'en absoudra pas pour autant les haineux.
On n'absoudra pas non plus la gauche, ni les mouvements féministes (pas tous heureusement - 2) qui brillent, dans cette "affaire Mila", par leur silence religieux. Ou pire: qui condamnent la blasphématrice plutôt que ceux qui la menacent de mort. 
Le Parti communiste n'est plus ce qu'il était. Le voilà qui condamne les "insultes à la religion". Karl Marx doit se retourner dans sa tombe, lui qui affirmait que "la religion est l'opium du peuple". Et  voilà le secrétaire général du PCF qui se range du côté des bigots. O tempora, o mores!

(1) dans le n° de Charlie Hebdo du 5.2.2020, numéro spécial blasphème.
(2) Le mouvement Femen, la Ligue du Droit international des femmes, Regards de femmes et Libres MarianneS ont soutenu Mila.
Note: Tous ceux qui, sans vraiment le dire, aimeraient voir réintroduit le délit de blasphème donnent implicitement raison à ceux qui menacent de mort Mila. Ce sont les mêmes que ceux qui depuis 1988 menacent de mort Salman Rushdie et tant d'autres impies. Ceux-là préférent défendre l'intégrité physique et la réputation d'un être immatériel (auquel la plupart d'entre eux ne croit pas), plutôt que celles d'une jeune fille ou d'un écrivain. Y a-t-il un psychiatre dans la salle?
A écouter, Sophia Aram ce matin sur France Inter:
https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-10-fevrier-2020
A écouter, Brigitte Fontaine, "God Go To Hell", https://www.youtube.com/watch?v=Ny9hpp4HD0w

Enfer chrétien, du feu.
Enfer päien, du feu.
Enfer mahométan, du feu.
Enfer hindou, des flammes.
A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur.
Victor Hugo, "Choses vues" (1)

jeudi 6 février 2020

Suffisant Ier

Mister I'm-The-Best, Trump le fat, n'a jamais été aussi populaire. Son côté dernier prédateur peut-être? Des Américains et même des Américaines se font un devoir de sauver le dernier représentant d'une race en voie d'extinction. Il faut lutter contre la disparition des vieux mâles qui se vantent d'attraper les femmes par la chatte.
A l'heure où Harvey Weinstein et Roger Ailes, tout-puissant patron de Fox News, sont tombés pour harcèlement sexuel, le Donald doit être défendu comme le héraut du patriarcat suffisant. C'est le patrimoine (au sens premier du terme) qu'il faut sauver. Le roi des coqs doit garder le droit d'insulter de toute sa hauteur ceux qui n'appartiennent pas à sa (basse) cour. Plus ils les agressent, plus elle l'applaudit.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

Jean Richepin, "Les Oiseaux de passage"

lundi 3 février 2020

Honni soit qui mâle y pense

Torquemada est-il le saint-patron de Mediapart? On se le demande. L'Inquisition revient en force.
Aujourd'hui, il est de bon ton de se scandaliser de tout. Et plus encore de n'importe quoi. Mieux encore: de soupçonner a priori n'importe qui de penser mal, si précisément il paraît douteux qu'il soit de votre camp.
L'air du temps veut qu'on puisse, qu'on doive se moquer des politiques, quoi qu'ils disent (ce sont tous des profiteurs, des cons et des salauds), mais exclut et interdit de rire des femmes, des racisés, des non hétérosexuels (la liste est longue et compliquée), des non catholiques (idem), des personnes handicapées, de tous ceux qui représentent des minorités visibles. Et se moquer - ou en donner l'impression - des minorités invisibles est un véritable crime qui peut vous mener au bûcher. Ou en tout cas à l'excommunication.
Les procès se multiplient sur Internet, les procureurs autoproclamés sont légion. Ils jettent l'anathème sur vous au moindre soupçon. Mieux vaut porter un casque en permanence.
Aujourd'hui, Mediapart mène "une étrange charge contre Le Masque et la Plume taxé de misogynie et plus encore", nous apprend Claude Askolovitch dans sa revue de presse sur France Inter (1).  L'émission de critique théâtrale, littéraire et cinématographique, de France Inter également. Ses chroniqueurs ont le culot d'apprécier des films de Woody Allen ou Roman Polanski plutôt que de disserter sur les accusations dont ces réalisateurs sont l'objet. Leurs plaisanteries sont jugées sexistes, misogynes, et même racistes et homophobes. L'accusation est grave. 
Askolovitch, ayant "lu et écouté" trouve cela "faux et forcé". Personnellement, je n'ai pu lire l'article. Il faut être abonné pour cela. Et je n'ai jamais eu envie de soutenir le Journal des Accusateurs publics. Mais voici ce qu'en dit Askolovitch: "L'article est signé Marine Turchi, grande enquêtrice de Mediapart qui a notamment accompagné les révélations  d'Adèle Haenel. Et l'on est frappé de lui trouver contre Le Masque la même fièvre minutieuse... Comme si des hoquets de rire et de langage, fruits d'une conversation poussée aux exagérations et dont le patron de l'émission, Jérôme Garcin, bonne pâte, reconnaît être parfois désolé, étaient aussi graves, valaient le même traitement, portaient le même poison que l'emprise et les atteintes sexuelles d'un adulte sur une jeune comédienne". Claude Askolovitch termine avec ceci: "S'il est ce matin une révélation dans Mediapart, elle est ici. Nous vivons ce moment où l'on passe du procès des individus au procès des mots et des intentions qu'ils révèleraient en dépit de leurs auteurs". 
C'est une autre journaliste du même site d'information, Mediapart, qui trouvait il n'y a pas si longtemps  que "l'islamisme n'est pas en soi une chose  grave" (2). Mediapart voit du racisme et du sexisme partout, mais de l'islamisme nulle part. Combien de morts au crédit de l'islamisme? Combien de femmes assouvies par ces barbus plus que machos?

(1) https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-03-fevrier-2020
(2) (Re)lire sur ce blog "Gourouphilie", 14.11.2017.

dimanche 2 février 2020

Quand hurle la hyène

La haine semble aujourd'hui devenue pour tant de gens une manière simplement normale de s'exprimer. Je suis fâché ou simplement pas d'accord, donc il n'est que logique que je hurle, j'agresse, j'insulte, je casse. Beaucoup de ceux qui n'acceptent pas qu'on ne soit pas d'accord avec eux ou simplement qu'on ne pense pas comme eux crachent aussitôt, menacent de viol ou de mort. Ou des deux.

On a évidemment parfaitement le droit de ne pas être d'accord avec tel ou tel projet du gouvernement. Mais il faut vraiment manquer d'arguments solides pour envahir les locaux d'un autre syndicat qui ne suit pas la même stratégie que la vôtre, pour démolir la permanence d'un député de la majorité ou, pire encore, pour promener au bout d'une pique une représentation de la tête du président de la République en appelant à sa décapitation. C'est ce qui s'est passé récemment lors d'une retraite aux flambeaux contre la réforme des retraites. "La forme n'est pas anecdotique, ce genre de manifestation relève d'une esthétique militariste et pour tout dire fasciste", écrit le journaliste de Marianne Guy Konopnicki (1). Robert Badinter a poussé une vraie et saine colère au vu de cette manifestation haineuse (2): "Ce n'est pas tolérable! Rien n'excuse ce degré de violence, non pas physique encore, mais verbale. Rien! La représentation d'une tête au bout d'une pique, qui n'est rien d'autre que la continuité d'une guillotine, est, pour moi, à mes yeux, absolument, totalement condamnable. L'ex-garde des Sceaux, à qui l'on doit la suppression de la peine de mort en France, rappelle que les opposants, quels qu'ils soient, ont à leur disposition, pour se faire entendre, "tous les moyens, toutes les libertés, l'expression, le défilé, la manifestation, le slogan, mais pas la violence physique, pas l'agression des êtres humains, pas non plus la symbolique de la mort". Parce que, dit-il, "la mort n'est pas compatible avec nos idéaux".
Guy Konopnicki partage la colère de Robert Badinter: "ceux qui, aujourd'hui, en sont encore à célébrer les piques et la Guillotine n'ont décidément rien compris à l'histoire de la Révolution, ni à celle d'aujourd'hui. L'abolition de la peine de mort, dont Robert Badinter fut l'artisan, est un acte révolutionnaire. On ne lutte pas pour la justice en jouant de cette esthétique mortifère".
Une élue de l'opposition, plus précisément de La France insoumise, a minimisé l'évènement auquel elle a participé: on a bien le droit de faire un petit jeu de mots, s'est-elle défendue: "une retraite aux flambeaux pour ne pas avoir une retraite en lambeaux" (3). Ce qui nous amène, à nouveau, à cette question: à quoi cette France-là est-elle insoumise? au respect de la vie? à l'intelligence? à la civilité?

On a parfaitement le droit de ne pas supporter une attaque contre la religion en laquelle on croit. Surtout si l'attaque est grossière. Mais il ne faut vraiment pas faire confiance à son dieu pour menacer de viol et de mort l'auteure de propos qu'on juge insupportables. Ce dieu-là doit être bien faible pour n'être pas capable de se défendre lui-même (4). L'islam est une religion de haine, disait l'adolescente qui a prononcé ces paroles jugées offensantes. C'est faux, lui ont répondu quelques haineux qui l'ont menacée de mort, lui donnant ainsi raison. "Pour n'avoir pas compris que l'islam est une religion "d'amour et de paix", elle est menacée de mort, de viol, d'égorgement...", écrit Dominique Nora dans L'Obs.
On notera que la colère de la jeune fille est consécutive au fait qu'elle ait éconduit, dans une discussion sur Internet, un harceleur qui l'a alors accusée de racisme antimusulman. A la suite de quoi, des hyènes lui sont tombées sur le dos, la traitant de "sale Française", "sale gouine", "chiennasse". L'art de la conversation se perd. Le Conseil français du culte musulman n'a rien trouvé d'autre à dire que "Qui sème le vent récolte la tempête". Peut-on se permettre de le mettre en garde? Qui se met la tête dans le sable ne doit pas s'étonner de se prendre un coup de pied dans le cul. Réaction affligeante, juge Dominique Nora (5), "alors que la très grande majorité des musulmans de France sont ouverts et tolérants" et que 81% d'entre eux disent n'avoir "aucun problème à discuter avce des gens qui ne partagent pas les mêmes valeurs". En attendant, la jeune fille menacée n'a reçu que le soutien de l'extrême droite trop contente d'une telle aubaine. Et la gauche et les défenseurs des LGBT se taisent courageusement. Certains militants de la cause homo se sont exprimés néanmoins: pour sommer la jeune fille de retirer le drapeau arc-en-ciel de son profil sur Internet. "Nous y voilà: dans l'espace publie, la gauche essentialiste semble avoir muselé la gauche humaniste", déplore Dominique Nora.

On a parfaitement le droit de ne pas apprécier les décisions d'un arbitre. Autre chose est de le tabasser pour cela. C'est ce qui se passe de plus en plus souvent dans le milieu du football. Au point qu'il y a deux semaines les arbitres du Loir-et-Cher s'étaient mis en grève, le temps d'un week-end, pour protester contre les violences physiques dont ils sont trop souvent les victimes lors de matches de tous les niveaux d'âge et quels que soient les enjeux (6). Comme si les règles ne devaient être appliquées que d'un seul côté. La fédération des arbitres peine de plus en plus à recruter, les candidats aux insultes et aux coups se faisant rares.

"La haine de l'autre?", s'interroge Serge Raffy (7). La fin des débats respectueux où notre interlocuteur n'est pas forcément un ennemi à abattre? Nous y sommes. Les signes avant-coureurs d'un climat malsain, où le dialogue apparaît comme une pratique antédiluvienne, sont désormais sous nos yeux." (8) Le journaliste de L'Obs constate que "à grands pas, nous nous éloignons du monde de la raison, laissant le pouvoir aux seules émotions, à nos pires penchants".
On en vient à regretter les cours de politesse auxquels on avait encore droit dans les années '60, à se sentir obligé de rappeler que vivre en société implique le respect, somme toute, assez simple de règles de civilité, à en appeler à l'assertivité, cette capacité à dire les choses clairement, fermement s'il le faut, mais en respectant l'autre. Est-ce donc si difficile d'être humain?

(1) voir texte ci-dessous.
(2) https://fr.news.yahoo.com/video-tête-macron-pique-robert-161804970.html?guccounter=1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly9zZWFyY2gubGlsby5vcmcvc2VhcmNod2ViLnBocD9xPWJhZGludGVyJTIwcmV0cmFpdGUlMjBhdXglMjBmbGFtYmVhdXg&guce_referrer_sig=AQAAAJUPUzTf3zkB1a5Bn02dLax6Ne2DqsfN3JqFk71ntphzi-biURo_ENP6NH210ne2h13AjWefMrusv59Kvu5jXYqXPW-glqqJy9k7V6MwQ1OImUT0_QBPitaGyzMWOV4UMPvq8ZRWNNCfk63x_p05fNbU8WZ-rdCiAk93UzD5M57-
(3) entendue sur France Inter
(8) (Re)lire sur ce blog "La grande forme d'Anastasie", 15.12.2020.


J'ai beau être hostile au projet de réforme des retraites, lorsque j'ai appris que des opposants à cette réforme organisaient une retraite aux flambeaux, j'étais quelque peu choqué. La forme n'est pas anecdotique, ce genre de manifestation relève d'une esthétique militariste et pour tout dire fasciste. Et au dessus des flambeaux, une tête, celle du président de la République portée sur une pique ! Je partage la saine colère de Robert Badinter. A l'esthétique fascisante, se mêlait une terrible référence aux massacres de Septembre 1792, aux meutes d'égorgeurs se ruant dans les prisons pour violer et assassiner les aristocrates, avant de s'en prendre aux enfants et aux handicapés de la Salepêtrière. Non, l'héritage de la Révolution Française n'est pas celui des Septembriseurs. L'abolition des privilèges, la Déclaration des droits de l'homme, l'organisation de la nation en communes et départements, avaient été votées par l'Assemblée Constituante. En septembre 1792, ce ne sont pas les émeutiers, les violeurs et les pillards qui ont sauvé la patrie en danger, mais les Volontaires, organisés en bataillons, qui repoussèrent les Prussiens à Valmy et à Jemappes. Admirateur de la Révolution s'il en fut, Jules Michelet, décrit avec effroi et dégoût ces journées, qui virent les Septembriseurs violer systématiquement les femmes et les enfants, avant de les égorger et de promener les têtes sur les piques. Ces Sans-Culottes ont ensuite servi de piétaille aux pires terroristes, élus à la Convention. Ceux qui, aujourd'hui, en sont encore à célébrer les piques et la Guillotine n'ont décidément rien compris à l'histoire de la Révolution, ni à celle d'aujourd'hui. L'abolition de la peine de mort, dont Robert Badinter fut l'artisan est un acte révolutionnaire. On ne lutte pas pour la justice en jouant de cette esthétique mortifère.

mercredi 29 janvier 2020

Saint-Peuple

La défaite de la Liga, le parti de Salvini, en Emilie-Romagne dimanche dernier, est réjouissante. Sa victoire aurait été une mauvaise nouvelle pour la démocratie italienne et, au-delà, européenne, et, bien plus, aurait démontré l'impasse de cette dernière. La région Emilie-Romagne est une des plus prospères d'Italie avec un des taux de chômage parmi les plus bas. Les succès populistes se nourrissent de situations - ou de sentiments - d'abandon et de bouleversements subis. La mobilisation des Sardines qui se sont constituées pour faire barrage à l'extrême droite est sans doute pour beaucoup dans la défaite de cette dernière. Une partie du peuple lui a clairement dit non.

Le populisme, comme son nom l'indique, entend incarner le peuple. Mais qui constitue ce peuple présenté comme uniforme et monolithique? Les ouvriers (de moins en moins nombreux)? Les agriculteurs (qui ne représentent plus qu'un faible pourcentage de la population)? Les employés? Les fonctionnaires? Les retraités? Qui peut imaginer que les membres de toutes ces catégories sociales vivraient tous les mêmes problèmes, auraient tous les mêmes attentes, le même projet de société? Et qui peut prétendre que les membres des professions libérales, les entrepreneurs, les artistes, les enseignants, les élus politiques n'appartiendraient pas au peuple?
Les leaders populistes se présentent comme ceux qui ils savent ce qu'est le peuple, ce que veut le peuple, puisqu'ils sont le peuple.
Déjà, Napoléon III l'était. "L'empereur n'est pas un homme, c'est un peuple", écrivait Arthur de la Guéronnière, théoricien du second Empire. (1)

Aujourd'hui, le populisme est une espèce de bric-à-brac qui rassemble, comme l'écrit Marion Rousset  dans Télérama (2), "des nostalgiques du fascisme, des héritiers du marxisme, des descendants des droites nationalistes, des admirateurs des Lumières". Et qui s'incarne dans des personnalités aussi diverses que Salvini, Erdogan, Le Pen, Trump, Mélenchon, Orban, Iglesias, Chavez, Grillo ou Tsipras.

Dans deux jours, la Grande-Bretagne va quitter l'Union européenne, guidée par le gouvernement du peuple qu'a constitué Boris Johnson. En 2017, la fille à papa Le Pen avait mené sa campagne "Au nom du peuple". Avoir été rejetée par 66% du peuple ne l'empêche pas de continuer à affirmer qu'elle en est l'incarnation. "Nous sommes le peuple", affirme le président turc Erdogan. Ce nous, c'est lui.

L'homme ou la femme providentiel-le fusionne avec son peuple, sans avoir besoin de corps intermédiaires. Seules des assemblées constituantes, émanations de son cher peuple, ont le droit d'exister pour tracer les voies qui seront suivies sous la conduite du meneur du peuple. Etrangement (on l'a vu ces derniers temps en Amérique du Sud ou en Afrique), ce dernier est capable de modifier lui-même les règles adoptées par référendum si elles lui interdisent de se succéder à lui-même. C'est que, pour les populistes, il arrive que le peuple se trompe. Surtout quand il n'immortalise pas celui qui l'incarne.

En Grande-Bretagne, certains craignent que les hauts-fonctionnaires soient si pas limogés, du moins ignorés, parce qu'ils empêcheraient les gouvernements de prendre les décisions les plus favorables au bien-être du peuple.
Napoléon III s'était débarrassé des corps intermédiaires, il allait visiter en personne les quartiers pauvres, les fermes, les usines, les hôpitaux; il recevait lui-même des délégations d'ouvriers et de paysans. Dans le même temps, il supprimait les partis politiques et mettait la presse sous tutelle, sous prétexte qu'elle était incapable de témoigner de la volonté du peuple. 
"Le populisme de la France Insoumise est en train de tourner au bonapartisme", affirme Federico Tarragoni (2). Le sociologue (3) estime que quand, Mélenchon, s'opposant à une perquisition de ses locaux par l'Office central de lutte contre la corruption, a présenté sa personne comme sacrée, clamant "la République, c'est moi" et "c'est une attaque contre moi et donc contre la France", a révélé "une forme aiguë de personnalisation du pouvoir. Il a révélé sa propre vision du rôle du leader en politique". Federico Tarragoni constate encore que le parti espagnol Podemos a dérivé lui aussi vers une personnalisation du pouvoir: "sa démocratie interne s'affaiblit de jour en jour". Si son programme a été écrit par des cercles de débat réunissant les militants, le parti fonctionne aujourd'hui de manière centralisée, avec un leader qu'on ne peut contester. "C'est dire que face à l'épreuve du réel, écrit Marion Rousset, le populisme a bien du mal à ne pas perdre son âme émancipatrice. Dès lors que l'idée se cristallise dans un chef, rien ne va plus."

Les populistes aiment les référendums: ils donnent la parole à ce brave peuple qui peut alors témoigner du bon sens qui est le sien en répondant de manière on ne peut plus simpl(ist)e à une question complexe. "En accroissant l'intervention directe des citoyens, l'usage du référendum conduit à réduire et à dévaloriser le pouvoir législatif, estime l'historien Pierre Rosanvallon (4). Il contribue du même coup mécaniquement à renforcer le rôle de l'exécutif et à mettre en place un régime paradoxalement hyperprésidentiel. (...) Les populismes contemporains ont manifesté leur attirance pour cette conception immédiate de la démocratie. On peut à l'inverse estimer  que c'est dans l'extension des pratiques délibératives que doit surtout résider son renouvellement." L'invocation mystique du peuple ne suffit pas, selon lui, à construire une société démocratique. Pis, conclut Marion Rousset, "se draper dans la prétention à incarner le Bien peut déboucher sur son contraire".

Résumons-nous: le peuple, cette entité floue, ferait bien d'être extrêmement méfiant vis-à-vis de tous ceux qui affirment parler en son nom.

(1) cité par Pierre Ronsanvallon.
(2) Marion Rousset, "Le populisme cache son je", Télérama, 15.1.2020.
(3) auteur de "L'Esprit démocratique du populisme", éd. La découverte.
(4) auteur de "Le Siècle du populisme - Histoire, théorie, critique", éd. du Seuil.

vendredi 24 janvier 2020

Ceux qui m'aiment prendront le train

C'est la fête dans la région de Châteauroux: on annonce de nouveaux vols charters au départ de l'aéroport Marcel-Dassault de Déols, vers la Laponie, la Jordanie, l'Albanie, la Croatie, la Bulgarie et l'Autriche. Les vols vers la Laponie fin février sont déjà complets. Il paraît que c'est une bonne nouvelle pour la région. Dépêchons-nous d'aller visiter ces splendides pays avant que le réchauffement climatique ne les ait rendus invivables.
Le président de l'aéroport espère surtout rétablir des vols réguliers avec Nice et Londres. Ils ont  été supprimés voici quelques années, "frustrant ceux qui rêvaient d'ailleurs", écrit Bertrand Slézak en édito dans La Nouvelle République - Indre (1). Le grand titre en une de ce quotidien est d'ailleurs:  "Du rêve au départ de Châteauroux". Peut-on suggérer à ceux qui rêvent d'ailleurs de prendre le train? Et aux journalistes de prendre un peu de recul et de s'interroger sur les conséquences pour la planète de ces pratiques d'un autre âge?
La semaine dernière, le Courrier international publiait "Les destinations préférées du New York Times"? Parmi celles-ci, "Rurrenabaque, un joyau écolo à découvrir en Bolivie".  On trouve là, nous dit-on, des espaces luxuriants d'une beauté stupéfiante" et "un des plus beaux exemples de biodiversité de la planète". La Bolivie a reçu le prix de la meilleure destination verte des World Travel Awards. "Profitez-en dès à présent, avant que d'autres touristes n'y affluent", nous conseille le New York Times. La destination est peut-être verte, mais le moyen de transport pour y arriver est vraisemblablement noir et l'afflux de touristes aura inévitablement des conséquences catastrophiques sur la zone. Mais, qu'importe?, pourvu qu'on rêve.
Les rêves de certains risquent fort de générer les cauchemars de tous.


(1)  "Rêve d'ailleurs" et "Onze destinations au départ de l'aéroport", La Nouvelle République Indre, 23.1.2020.


jeudi 23 janvier 2020

D'un ex-idiot

Apprend-on de ses erreurs? Avoir été idiot dans une vie antérieure rend-il plus intelligent dans la suivante? Voilà les questions  que je me pose depuis j'ai lu dans Charlie Hebdo (1) que selon les anthroposophes "les taches de rousseur seraient le signe que vous avez été un idiot dans votre vie antérieure". Voilà: je suis un ancien idiot. Mieux vaut l'avoir été que l'être. Mais quand même, ça fait un choc de l'apprendre. Surtout à mon âge.
C'est un ancien adepte de l'anthroposophie, ce mouvement de plus en plus dénoncé, qui rapporte là ce qu'il a entendu. Les anthroposophes estiment aussi que "les femmes ne doivent pas se couper les cheveux trop court, car cela développerait leur agressivité".

Tout en se défendant d'être une religion, l'anthroposophie, basée sur les écrits de Rudolf Steiner qui l'a créée, considère que "la force du je en l'homme est conférée par une entité: le Christ" (2).
Ses adeptes considèrent qu'elle peut être "une aide précieuse dans les différents domaines de la vie". Par exemple, pour "soigner les hommes". Elle les soigne en les invitant à se passer de médicaments. Pas officiellement, mais ils sont proscrits dans les faits, explique Antonio Fischetti (1). "Les médecins anthroposophes croient en effet aux forces de l'autoguérison, ce qui signifie qu'il ne faut pas se soigner au sens classique du terme, c'est-à-dire intervenir sur la maladie pour la faire disparaître. Dans l'anthroposophie, la maladie est vue comme un message divin lié au karma." Vous tombez malade? Réjouissez-vous: vous arriverez ainsi à vaincre vos péchés. La maladie doit vous élever.
Un ancien adepte dénonce des traitements ineptes qu'il a vu prescrire autour de lui: des oignons frits dans l'oreille d'un enfant pour lutter contre une otite, des salades broyées dans une machine à 500 euros importée d'Allemagne pour soigner une dépression ou encore un massage des mollets pour faire disparaître des problèmes de dents. Et enfin, des injections de gui fermenté sur des tumeurs cancéreuses. Parce que le gui serait un être à la fois végétal et animal et qu'il peut agir sur le "corps éthérique" et le "corps astral" de chacun.
Tout ce gloubi-boulga anthroposophique serait risible s'il ne séduisait certains patients qui s'en remettent à ses solutions de druide aliéné.
Et on ne rit plus quand on apprend, toujours via Charlie Hebdo, que l'université de Strasbourg dispense des formations de médecine anthroposophique. Voilà qui "contribue à brouiller les repères entre raison et pensée magique", écrit Antonio Fischetti. On n'a pas besoin de ça, surtout dans le contexte actuel, où la pensée rationnelle recule de plus en plus devant les délires obscurantistes".

L'émission "Vox Pop" d'Arte de dimanche dernier (3) attirait, elle aussi, notre attention sur les dangers de l'anthroposophie. Plus précisément sur la diffusion de ses pratiques et rituels dans les écoles Steiner-Waldorf.
200.000 écoliers européens, 1% des écoliers allemands sont scolarisés dans ces écoles  qui prodiguent un enseignement alternatif. Elles entendent être des communautés de vie dans lesquelles s'impliquent enseignants, élèves et parents. Les activités manuelles y ont beaucoup d'importance. L'être est mis en avant, bien plus que le savoir. Jusque là, on applaudit. Mais on cesse de le faire quand on apprend que  ces écoles s'inscrivent dans la vision anthroposophique de Steiner, qu'un poème méditatif du maître est récité chaque matin par les élèves, que des rituels ponctuent la vie des enfants, telle la spirale, dans "une ambiance obscure et de chants liturgiques". 
En Angleterre, les écoles Steiner ont été mises sur la sellette récemment. L'une d'elles a été fermée et, suite à des inspections, les trois quarts ont été jugées inadaptées en termes de qualité de l'éducation, d'accueil des élèves handicapés et de sécurité. Dans certaines, des maltraitances physiques ont été constatées. Les témoignages s'accumulent, des parents dénoncent des dérives sectaires.
Une mère française explique que son enfant de trois ans a été invité à ne plus l'aimer pour, dit-il, "m'aider tout seul". Elle a été accusée par l'école "d'endommager le karma de (son) enfant pour l'avoir fait vacciner".
Cette doctrine, en lien direct avec les écrits ésotériques de Rudolf Steiner, n'est pas explicitée aux parents, constate Laurence Peyron, de la Miviludes, la Mission intergouvernentale française contre les dérives sectaires. Les enseignants reçoivent des formations avec des cours sur les anges, les démons, le Christ et le mal, le karma et la réincarnation. Quand on pénètre en Suisse, comme l'a fait "Vox Pop", dans le Gœtheanum, centre de l'anthroposophie, on est d'emblée confronté à une ambiance et des représentations d'un ésotérisme désarçonnant. La chambre mortuaire de Steiner, dont le visage est représenté sur une urne, est devenue un lieu de recueillement.
"Le professeur est là pour sauver les âmes des élèves, pas pour leur enseigner quelque chose, leur transmettre des connaissances ni leur apprendre à réfléchir", affirme un ancien adepte qui dénonce un embrigadement insidieux des élèves.
Bien au-delà de tout ce magma ésotérique, le reportage de "Vox Pop" fait apparaître combien l'anthroposophie est au centre d'une nébuleuse qui mêle écoles, fermes en biodynamie, cliniques, laboratoires pharmaceutiques et institutions financières.

Finalement, peut-être vaut-il mieux avoir été idiot dans une vie antérieure et ne pas se retrouver aujourd'hui dans "la race des bons". Il est vrai qu'on est alors dans "la race des méchants". Reste à assumer d'avoir été un idiot hier et d'être un méchant aujourd'hui.

(1) Antonio Fischetti, "Médecine anthroposophique - Esotérisme à la fac", Charlie Hebdo, 22.1.2020.
(2) https://anthroposophie.fr/anthroposophie/
(3) https://www.arte.tv/fr/videos/091151-002-A/vox-pop/




lundi 20 janvier 2020

La surdité du vieux monde

Le vieux monde est sourd et aveugle. Il entend poursuivre sa route sans voir les conséquences catastrophiques de son action. L'argent n'a pas de prix et l'emploi justifie tout. On continue donc à voir surgir des projets dignes des années '60, dévoreurs d'espace et de nature, consommateurs d'eau et d'énergie et générateurs de trafic routier. De beaux projet joyeusement insouciants. Et totalement inconscients.
A La Ferté Saint-Cyr, en Sologne, un vieux projet de luxueux village de vacances refait surface. Recalé en 2014 par le tribunal administratif, il a été revu et corrigé et bénéficie du soutien de nombreux élus locaux. Mais pas de nombreux habitants de la région ni du Conseil régional Centre - Val de Loire. Baptisé Chambord Country Club, il prévoit la construction de 565 maisons, un terrain de golf, une piscine, un centre équestre, des terrains de tennis, etc. Et tout cela en zone Natura 2000. "Toute la Sologne ou presque est en Natura 2000, est-ce que cela veut dire qu'on ne peut plus construire?", s'escaffle le porteur du projet (1). On s'escaffle avec lui, mais de lui. De ces propos d'un autre temps. "C'est le vieux monde, cette idée qu'en plein cœur de la Sologne, déjà mitée par de très nombreux projets, on puisse encore prendre sur des espaces de réserves naturelles pour des loisirs", affirme Charles Fournier, vice-président du Conseil régional et président du groupe écologiste.
En décembre, le Conseil régional a adopté un vœu pour s'opposer au projet, constatant également que le secteur compte déjà quatre golfs, des Center Parcs et le zoo de Beauval.
Oui, mais il faut rendre le territoire encore plus attractif, estime le président de la Communauté de communes. Qu'est-ce qui rend un territoire attractif? Son artificialisation ou son respect de l'environnement? Les promoteurs, la main sur le cœur - là où se cache le portefeuille - sont convaincus que sans leur intervention un territoire, un paysage n'a aucun d'intérêt.
L'enquête publique débutera dans les semaines à venir.

(1)  France Inter, Journal de 8h, 20.1.2020.
https://www.franceinter.fr/polemique-autour-d-un-projet-touristique-luxueux-pres-de-chambord
(Re)lire sur ce blog
"Yaourt Nature", 6.7.2015;
"Tant d'émotions si naturelles", 27.10.2014.