mercredi 9 août 2017

Jean Neymar *

Ainsi donc le club du Qatar-Saint-Germain a acquis pour la coquette somme de 222 millions d'euros un jeune joueur brésilien. L'indécence du milieu du foot n'a jamais eu de limites et semble même chercher à repousser celles-ci en permanence. La presse s'est associée à l'hystérie, multipliant les articles sur le prodige, le Huffington Post allant juqu'à lui consacrer, il y a quelques jours, les cinq premiers billets de sa page d'accueil. La Tour Eiffel a été illuminée spécialement pour célébrer l'arrivée du gamin à Paris. Mais après tout, quand on débourse une telle somme, il aurait mesquin de  ne pas le faire. Le jour de son arrivée en France sera-t-il désormais férié?
Payer des ponts non pas d'or mais de diamants pour s'offrir des joueurs - aussi talentueux soient-ils - a quelque chose de profondément vulgaire et insultant. Bien sûr pour tous ceux qui meurent de faim ou qui dorment dans la rue, mais aussi pour tous ces gagne-petit qui paieront bien chère leur place pour aller voir jouer ces nababs en culottes courtes.
Fidèle à lui-même, Charlie Hebdo a publié sur sa page Facebook un dessin de Juin qui annonce "le joueur le plus cher pour les ultras les plus cons". Le dessin représente un supporteur du PSG qui confirme: "Dans la vie tout se mérite". Dans son numéro papier de ce jour, Charlie Hebdo publie un "florilège" de commentaires reçus à propos de ce dessin. Aucun d'eux ne mérite d'être une fois encore diffusé, mais tous confirment, dans leur assauts de grossièreté, la justesse du dessin. CQFD.

* Bon... je suppose que d'autres ont dû faire avant moi ce jeu de mots (facile, je le concède). Mais comme je ne l'ai pas encore lu ailleurs, je me permets...

mardi 8 août 2017

Etre ou haïr?

On peut donc être (au moins virtuellement) envoyé en prison pour avoir aidé des personnes en détresse: Cédric Herrou vient d'être condamné, par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, à quatre mois de prison avec sursis (1). Sa faute: avoir convoyé, hébergé et soigné des candidats réfugiés (2). Ceux qui les laissent sur le bord de la route, en détournant les yeux, ne devraient-ils pas être condamnés pour non assistance à personnes en danger? On se le demande donc: qu'est-on censé être quand on est un être humain? Comment peut-on, comment doit-on exprimer sa solidarité avec celles et ceux qui fuient la guerre et la misère?
Pendant ce temps, de sombres individus ont affrété un bateau pour renvoyer vers les côtes africaines ceux qui pour sauver leur peau tentent de gagner l'Europe (3). Ces identitaires sont jeunes, nous dit-on, mais si vieux dans leur tête qu'ils craignent de ne plus savoir qui ils sont, si des demandeurs d'asile s'installent chez eux. Les pêcheurs tunisiens dénoncent leur racisme et sont décidés à bloquer leurs ports pour empêcher d'accoster le bateau de la haine (4). Il s'appelle C-Star, mais son étoile est morte. Cédric Herrou, lui, s'est rangé du côté de la vie.

(1) http://www.lesoir.be/108307/article/2017-08-08/france-peine-alourdie-en-appel-pour-cedric-herrou-coupable-daide-aux-migrants
(2) (Re)lire sur ce blog "Dans le mur", 10 février 2017, et "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.

mercredi 12 juillet 2017

Le temps ne fait rien à l'affaire (ni aux affaires)

Le torchon brûle, en Wallonie, entre le Ps et son allié CDH. Ce dernier a décidé de lâcher le tout-puissant parti, estimant que trop is décidément te veel. Que le niveau de gangrène atteint par le Ps le rend infréquentable. Le Ministre-Président wallon, Paul Magnette, s'indigne, il dénonce de la part de Benoît Lutgen, président du CDH, "un niveau d'irresponsabilité jamais atteint" (1). Mais ne dit rien de l'irresponsabilité de son parti qui n'a jamais été capable de modifier fondamentalement ses pratiques et de retrouver une éthique qui lui fait défaut depuis des décennies maintenant.
Le Washington Post estime que pour comprendre la Belgique et ses scandales il suffit de regarder l'Afrique. Le journal américain se centre sur Bruxelles, mais son analyse pourrait être étendue à la Wallonie. "Les bourgmestres sont (...) appelés barons, à cause du pouvoir qu'ils exercent dans leur fief. Et comme énormément de gens profitent du système de clientèle, ils dépendent de ces grands hommes dans leur accès aux logements, aux jobs et autres ressources. Et donc, le baron sera réélu. En d'autres mots, les barons bruxellois sont la version bruxelloise des grands hommes  africains."
J'avais écrit quasiment la même chose il y a un peu plus de dix ans dans un billet qui avait été publié en pages "Opinions" de la Libre Belgique (3).
Quand donc le Ps va-t-il enfin sortir sa tête du sable et se regarder en face? Il est vrai que le vieux parti risque fort d'être choqué par sa propre image. "Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis toujours le plus beau!"

(1) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/magnette-fustige-le-niveau-d-irresponsabilite-politique-jamais-atteint-par-benoit-lutgen-5965c41acd70d65d24b6e0c9
(2) http://www.lalibre.be/actu/belgique/comment-comprendre-la-politique-belge-et-ses-scandales-regardez-l-afrique-explique-le-washington-post-59648422cd70d65d24b1e8ad
(3) A retrouver sur ce blog, en date du 27 novembre 2006, "Ps: comment en finir?"


vendredi 7 juillet 2017

Gaspillage olympique

Paris est candidate à l'organisation des jeux olympiques de je ne sais quelle année. Seule en lice avec Los Angeles. Quel intérêt auraient ces deux villes à accueillir les Jeux? Pas à se faire connaître, c'est fait depuis longtemps. Alors? A faire vivre leurs hôtels et leurs commerces? Mais à quel prix? "Les cités ne se battent plus pour installer des équipements dispendieux qui serviront uniquement à bloquer la ville pendant quinze jours, puis moisiront au soleil pour les archéologues du futur. Reste un mystère: pourquoi s'acharne-t-on?", s'interroge Guillaume Erner (1). 
Dans quasiment toutes les villes olympiques, effectivement, les infrastructures sportives restent sous-utilisées ensuite; certaines ne servent même plus du tout. Les J.O. participent à la société du jetable, de l'inutile, de l'obsolescence programmée. Si le gaspillage était une discipline olympique, la ville organisatrice gagnerait la médaille d'or.
Une idée: revenir aux sources des Jeux et organiser tous les quatre ans les J.O. en Grèce. Les infrastructures auraient une réelle utilité et seraient rentabilisées dans le temps et l'économie grecque - qui en a bien besoin - en bénéficierait. Mais il est vrai que le sport n'est pas, n'est jamais affaire d'argent...

(1) "Plus personne ne veut des JO, sauf nous", Charlie Hebdo, 28 juin 2017.

vendredi 23 juin 2017

Le temps des culottés

Jean-Luc Mélenchon entre à l'Assemblée nationale et il faut que ça se sache. Aussi doit-il faire le buzz. Il se plaint d'y voir le drapeau européen à côté du drapeau français. "Franchement, on est obligés de supporter ça? C'est la République française ici, pas la Vierge Marie", s'est-il exclamé (1).  "Je ne comprends pas", a-t-il ajouté. Nous non plus, on ne comprend pas, on comprend même de moins en moins celui qui fut député européen pendant huit ans et dont les supporteurs n'ont cessé, durant la campagne électorale, d'essayer de nous convaincre que non, vraiment, il n'est pas opposé à l'Europe, mais qu'il veut une autre Europe. Et le voilà à tenir des propos dignes de Marine Le Pen. On a connu plus belle entrée.
C'est le même Mélenchon qui, avec la délicatesse qu'on lui connaît, a déclaré, parlant du mathématicien Cédric Villany, néo-député En Marche: "j'ai vu le matheux, je vais lui expliquer ce que c'est qu'un contrat de travail et il va tomber par terre. Il ne le sait tout simplement pas. Il ne sait pas que la journée de huit heures, c'est cent ans de lutte. Le gars, il croit que ça a été toujours été comme ça." (2)  Quand, comme le gars Mélechon, on vit depuis près de trente ans de ses indemnités d'élu et qu'on n'est pas connu pour avoir été un député européen très assidu, on devrait s'abstenir de donner des leçons sur les contrats de travail et les journées de huit heures. Cédric Villany lui a répondu calmement: "directeur de l'IHP (Institut Henri Poincaré, de recherches mathématiques, qu'il dirige depuis 2009), j'en ai vu des contrats de travail... mais c'est toujours un plaisir de recevoir des cours particuliers!". (3)

En Belgique francophone, le Parti socialiste va sans doute se retrouver éjecté du Gouvernement wallon et de celui de la Communauté française. Son partenaire centriste, le CDH, le lâche, écœuré par les xièmes affaires de magouille du Ps. Des ténors socialistes s'indignent: c'est de l'opportunisme; nous avons été plus corrects avec le CDH qu'il ne l'est avec nous; ce qui compte pour nous, c'est de sauver des emplois, pas d'entrer dans des jeux politiciens... On les a peu entendus battre leur coulpe. Le président à vie du Ps, Elio Di Rupo, se contente de répliquer, parlant du CDH: "ils sont là depuis 139 ans, c'est vrai qu'à la lumière de leur attitude il est grand temps qu'ils se retirent". (4) Le Ps est au pouvoir en Wallonie et en Communauté française depuis trente ans sans discontinuer, certains de ses membres sont ministres depuis près de vingt ans. Comment ce parti ne veut-il comprendre et ne peut-il admettre que le pouvoir corrompt (et que le pouvoir absolu corrompt absolument)? Une (longue) cure d'opposition ferait le plus grand bien à tout le monde, au Ps comme aux Wallons.

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/jean-luc-melenchon-voit-le-drapeau-europeen-a-lassemblee-nation_a_22493319/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/jean-luc-melenchon-multiplie-les-coups-declats-pour-son-arrivee-assemblee-nationale_a_22491360/
(3) http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/20/cedric-villani-repond-a-jean-luc-melenchon-qui-laccuse-de-ne-pas-savoir-contrat-de-travail_a_22491411/(4) http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/di-rupo-a-propos-du-cdh-ils-sont-la-depuis-139-ans-c-est-vrai-qu-a-la-lumiere-de-leur-attitude-il-est-grand-temps-qu-ils-se-retirent-594c381dcd70530690c375e4

lundi 19 juin 2017

Réflexions de lendemain

Emmanuel Macron a donc obtenu à l'Assemblée nationale la majorité dont il a besoin pour appllquer son programme. Elle est forte, mais pas excessive comme on pouvait le craindre au vu des derniers sondages. La France ne connaîtra pas le régime du parti unique.
Ce système majoritaire à deux tours reste une curiosité bien peu démocratique qui mène à une configuration de l'Assemblée peu conforme à l'état de l'opinion publique. La proportionnelle le serait beaucoup plus. Macron va-t-il - enfin - changer le mode de scrutin? François Hollande avait promis d'en introduire une part...
L'abstention a atteint un niveau ahurissant, 57,4%, qui doit laisser sans voix les ressortissants de pays non démocratiques.
Avec les nouvelles règles de non cumul et l'arrivée de nouveaux et (souvent) jeunes candidats de "La République En Marche", l'Assemblée nationale est largement renouvelée et s'est rajeunie et féminisée: elle compera 223 députées parmi ses 577 élu-e-s.
Ceux qui finalement apparaissent les plus ringards aujourd'hui viennent des partis populistes. Marine Le Pen et son compagnon, Louis Aliot, viennent d'être élus. Ces anti-système sont candidats à chaque élection. Ils sont députés européens et, hop!, vont démissionner pour siéger désormais à l'Assemblée. On a connu plus respectueux des électeurs et des institutions. Jean-Luc Mélenchon, lui, n'avait jamais été député national. Voià une plume qu'il peut ajouter à son chapeau. Il avait déjà été conseiller municipal, conseiller général, sénateur, ministre, président de parti, et est actuellement lui aussi député européen. Il va devoir abandonner ce dernier mandat pour siéger à l'Assemblée nationale. Dans leur appétit insatiable qui les amène à se présenter à toute élection, ces élus apparaissent aujourd'hui comme les derniers dinosaures aux pratiques dépassées.
Nouveau venu, François Ruffin a, lui aussi, été élu. Il a aussitôt tweeté: "Ruffin député! Le peuple à l'assemblée!". Voilà qu'il se prend pour le peuple. Lui qui aime se déguiser en permanence en homme-sandwich va pouvoir afficher sur son t-shirt blanc "je suis le peuple". Qu'il ne s'inquiète pas: le ridicule ne tue pas. Même en politique.
Deux regrets: la non-réélection de Najat Vallaud-Belkacem (c'est personnel) et surtout la disparition  des Verts. Il leur reste un seul élu. Et encore, ce député EELV se présentait "sans étiquette".
Reste à espérer que le néo-ministre Nicolas Hulot saura se montrer volontariste et pugnace pour s'attaquer à ce qui devrait être l'une des priorités de tout gouvernement responsable.

mercredi 14 juin 2017

Indignations sélectives

S'indigner est facile. N'importe qui peut le faire. La preuve avec ce blog depuis dix ans.
Mais pour s'indigner encore faut-il accepter de voir la poutre qu'on a dans l'œil et pas uniquement la paille dans celui de son voisin, comme disait un certain Jicé.
La députée belge Laurette Onkelinx s'indigne: "n'y a-t-il pas des limites à vouloir salir des jeunes tout simplement parce que leurs parents sont des mandataires publics?", demande-t-elle (1), mécontente de lire dans la presse que deux de ses enfants, comme d'autres rejetons d'autres mandataires socialistes, occupent un emploi dans des organismes publics bruxellois. "Comment accepter que cette violence se tourne vers mes enfants?", dit-elle encore, la main (on l'imagine) sur le cœur (qu'elle a si grand).
Celle qui est élue depuis trente ans et a occupé sans discontinuer différents postes de ministre durant vingt-deux ans (de 1992 à 2014) avant de tenter de se poser en leader de l'opposition à la Chambre, ne semble pas voir qu'il n'y a pas là de violence envers ses enfants, mais un écœurement à voir tous ces mandataires, qui osent encore s'affirmer socialistes, s'avérer insatiables et affairistes et profiter de toutes les occasions qui s'offrent à eux pour s'enrichir un peu plus et intervenir pour trouver un job à leurs enfants. Ce qui choque, c'est de voir que de l'argent censé être utilisé pour secourir les citoyens les plus abandonnés, ceux qui vivent dans la rue, passe dans les poches de mandataires qui touchent déjà de très honnêtes indemnités pour leur fonction. C'est ça qui est violent. Ce n'est pas à leurs enfants qu'on s'en prend, c'est à eux, à leur suffisance, à leur cynisme, à leur déconnexion de la situation sociale de leurs sujets (2). Ce sont les mêmes qui justifient le cumul des mandats par la nécessité de connaître le terrain. Le connaître ou en profiter sans scrupule?
Depuis longtemps, à force d'user et d'abuser du pouvoir, le Ps est devenu un parti de notables qui en sont arrivés à penser que tout leur est permis. Les électeurs du Ps vont-ils enfin comprendre que ce parti n'est plus, depuis trente ans au moins, celui des travailleurs, mais celui d'une caste qui conserve le pouvoir pour lui-même et pour les siens? Elio Di Rupo, président à vie du vieux parti, a un jour déclaré "j'en ai marre des parvenus". C'était en 2005 (3). Depuis, tous ces jeunes espoirs du Ps, tous ces démocrates vertueux qui allaient révolutionner les mœurs du parti rose bonbon ont été rattrapés par la culture du parti. Visiblement, on n'y échappe pas.
Le sourire perpétuel de commerçante de Laurette Onkelinx s'est figé à l'écoute du billet (drôle et bien ficelé  - à voir (4) ) de l'humoriste Alex Vizorek au journal de la Première récemment, qui annonçait le passage dans notre ville du "cirque PS". "Alex Vizorek ne vous a pas fait rire?", a demandé à Onkelinx le journaliste Mehdi Khelfat. C'est un "non" bref et sec qui lui a répondu. Et ce petit non nous a autant fait rire que l'intervention de l'humoriste. Brusquement, la redoutable politicienne, connue pour ses emportements, n'avait plus rien à dire. Il y a pourtant tant à dire. Il y aurait pourtant tant de non à hurler.

Post-scriptum: cet article de la Libre B. qui prouve que les ténors du Ps, que ce soit à Liège, à Charleroi ou à Bruxelles, sont tous touchés par la même grangène. Et ils oseraient accuser des partis de droite d'être du côté de l'argent?! http://www.lalibre.be/actu/politique-belge/en-2001-pascale-peraita-est-licenciee-du-samusocial-pour-faute-grave-et-aussitot-reintegree-593fe0a5cd702b5fbf21e74c

(Re)lire sur ce blog "Ps: comment en finir?", 27 novembre 2006 (publié le même jour en page "Opinions" de La Libre Belgique).

dimanche 4 juin 2017

Dangereux ramadan

Depuis plusieurs années, depuis qu'une partie des musulmans a basculé dans la violence et l'extrémisme, des services de sécurité un peu partout dans le monde nous disent qu'il faut être plus prudent encore en période de ramadan. Que le risque d'attentat est alors plus important. On l'a entendu ce matin encore, suite au massacre commis à Londres hier soir.
J'avoue ne pas bien connaître le sens de ce jeûne diurne forcé, mais je comprends (très) mal pourquoi, s'ils poussent certains à la violence, il n'est pas appliqué avec plus de souplesse. Et surtout pourquoi il entraîne, chez certains, de telles dérives lâches, imbéciles et haineuses.

Quel est le rôle des religions? Servent-elles à élever ceux qui y croient ou à les écraser en leur faisant sentir leur poids ? L'imposition du ramadan est-elle humaine? A-t-il réellement du sens?
Je pense à ce jeune homme qui, il y a trois jours, a quitté rapidement le cours qu'il suivait pour rentrer dormir chez lui, affirmant combien ce jeûne est difficile à vivre. Que gagne la religion et ceux qui la guident à rendre la vie impossible aux croyants, à amener ceux-ci à préférer dormir que se cultiver? Comment des étudiants peuvent-ils étudier et espérer réussir leurs examens en luttant toute la journée contre la faim? En quoi cette imposition de la privation peut-elle rendre les gens plus intelligents?
Comment des personnes qui connaissent des conditions de travail extrêment pénibles, sur des chantiers, dans des ateliers, peuvent-elles travailler sans manger ni boire durant dix-sept heure sans mettre leur santé en péril? Certains rares imams affirment que "la religion musulmane n'oblige pas les fidèles à se mettre en danger pour suivre le ramadan". Mais la toute grande majorité considère que tout bon et vrai musulman ne peut rien avaler, pas même un verre d'eau. Quelle est la part d'humanité d'une telle religion?

En Tunisie, un prédicateur s'est institué flic du ramadan. Il filme les gens qui ne le respectent pas et diffuse ses images sur les réseaux sociaux. Il dénonce les patrons de bars et de restaurants qui laissent leur établissement ouvert, même discrètement. Le harceleur va jusqu'à se faire accompagner d'un huissier de justice pour mieux stigmatiser les gens qui entendent vivre librement (1).
Le respect du ramadan n'est pas une obligation en Tunise, ce qui n'a pas empêché la justice de condamner jeudi dernier à trois mois de prison quatre jeunes qui avaient eu l'outrecuidace de manger et de fumer dans un jardin public (2).
On voit par là, une fois encore, qu'il n'y a pas d'un côté un Islam tranquille et de l'autre des fous furieux qui utilisent la religion musulmane come prétexte mais n'y entendraient rien. Il y a une lente dérive stalinienne d'une religion qui, de plus en plus en plus, impose ses règles draconiennes par le contrôle social. "Le problème, écrit Chadortt Djavann (3), vient de cette plus-value morale accordée depuis des années aux pratiques religieuses. Le problème vient du fait que, depuis trente ans, les islamistes ont inculqué à des adolescents de confession musulmane que manger du porc est mal, que ceux qui mangent du porc sont impurs. Le problème, c'est que, dans un environnement islamisé, idéologisé, des crétins mentalement fragiles et manquant de culture et de langage peuvent se sentir coupables et impurs parce qu'ils forniquent ou ne font pas le ramadan, et risquent de se radicaliser rapidement, sans même jamais avoir été des musulmans pratiquants."
Le problème, c'est que nous, braves démocrates soutiens de la diversité culturelle, tout athées, agnostiques ou non pratiquants que nous soyons, nous considérons que les religions sont respectables, mêmes dans leurs pratiques stupides qui semblent n'avoir d'autre objectif que d'empoisonner la vie des croyants.

"C'est à chaque musulmane et à chaque musulman, estime Abdennour Bidar (4) de décider librement du rapport qu'il veut avoir à sa tradition spirituelle. Il faut que les musulmans fassent le ménage - pas par la violence mais par l'éducation, le débat interne - de tous les stéréotypes du bon musulman et de la bonne musulmane: faire ses cinq prières, ne pas manger de porc, vivre halal, etc. Et qu'ils se débarrassent aussi de tout ce qui est archaïque: la dissimulation complète du corps pour les femmes, y compris les petites filles, le refus de la mixité, l'école musulmane pour se couper des infidèles, la conviction que l'islam est la meilleure des religions, l'interdiction de remettre en cause le caractère de vérité absolue du Coran, le dogme d'une doctrine unique qui doit rester vraie et appliquée sans tenir aucun compte des changements de temps et de lieu, etc. Nous sommes au XXIe siècle!"

(1) http://www.lalibre.be/actu/international/faites-le-ramadan-ou-vous-serez-filme-et-denonce-5931a75acd702b5fbeeec05c
(2) Le non respect du ramadan est aussi devenu un délit en Algérie et au Maroc. Relire sur ce blog "En cas de faim, est-ce le loup qui fait la loi?" (22.9.2010) et "Les criminels au jus d'orange" (14.7.2015).
(3) Chadortt Djavann, "Comment lutter efficacement contre l'idéologie islamique", Grasset, 2016.
(4) Abdennour Bidar, "Plaidoyer pour la fraternitéé, Albin Michel, 2015.


jeudi 1 juin 2017

Un monde parfait

Il y a une vingtaine d'années, certains analystes nous disaient que le succès de Jacques Chirac tenait notamment à son côté tricheur. Un homme qui magouille ne peut être totalement mauvais, ça le rend même sympathique.
Les temps ont changé. L'heure est à la transparence totale et à la perfection.
Nous voulons des élus qui nous ressemblent, mais qui soient irréprochables. Comme nous donc. Qui n'aient jamais favorisé leurs proches, qui n'aient jamais eu d'aventure extra-conjugale, qui n'aient jamais triché aux examens, qui n'aient jamais été saouls, jamais fumé de joint, jamais insulté personne, jamais franchi la ligne blanche. La culture protestante américaine nous a gagnés.
Les néo-ministres français  Ferrand et de Sarnez sont aujourd'hui remis en cause. Ferrand pour une (des?) affaire privée. Et de Sarnez, comme plusieurs autres députés européens de tous partis, apparemment pour les fonctions effectives d'un de ses assistants (1). On n'en sait pas plus. Mais les voilà flingués aussitôt par une opinion publique en quête de représentants purs.
Chacun devient procureur. Même si on ne sait pas bien de quoi il retourne, on juge, on condamne. De toute façon, ils sont tous pourris.
Le député René Dosière (apparenté PS), devenu un fer de lance de la moralisation de la vie publique, estime qu'on ne peut tout confondre, que "la transparence sur la vie privée, c'est un régime dictatorial" (2) Voilà les élus en permance sous la loupe des enquêteurs que nous sommes.
"Membres du gouvernement et collaborateurs, famille et amis, tout est scruté et déballé dans le moindre détail, à peine les intéressés ont-ils été nommés, écrit Jean-Yves Camus (3). Quitte à confondre le trafic d'influence avec le piston, la véritable faute vis-à-vis de l'équité et de la probité avec les petits arrangements qui, inévitablement je crois, sont liés à l'exercice d'une parcelle de pouvoir." Le politologue estime que "le culte de la pureté est une croyance religieuse laïcisée": "depuis que la République existe, l'inexorable mouvement de demande de transparence traduit notre volonté de voir le pouvoir nous ressembler, puisqu'il émane de nous. Il doit être pur comme nous voudrions l'être, nous qui ne nous sommes pas débarrassés de nos schémas de pensée à fondement religieux. (...) C'est la part sombre de chacun que nous demandons aux politiques, dans notre volonté de transparence absolue, d'évacuer d'eux-mêmes pour être dignes de nous diriger." 
Au rythme où le niveau d'exigence augmente, il va devenir difficile de trouver des élus qui répondent à nos critères et qui prennent le risque d'exercer le pouvoir. Il ne nous restera plus qu'à nous porter nous-mêmes candidats. Pour autant que nous soyons blancs comme neige. Qui peut prétendre n'avoir jamais mis un pied de travers, volontairement ou non? Il faut se faire une raison: personne n'est parfait. Oui, c'est dur à admettre.

(1) http://www.huffingtonpost.fr/2017/05/31/avec-les-affaires-ferrand-et-de-sarnez-le-camp-macron-attaque-de-toutes-parts_a_22118593/?utm_hp_ref=fr-homepage
(2) http://www.lexpress.fr/actualite/politique/il-ne-faut-pas-tout-melanger-rene-dosiere-defend-richard-ferrand_1913337.html
(3) "La religion de la transparence", Charlie Hebdo, 31 mai 2017.

mardi 30 mai 2017

Galerie de tristes sires

Les candidats aux législatives sont censés être porteurs d'espoir.
Prenons par exemple ceux du parti dédiabolisé de la famille Le Pen. L'un d'entre eux souhaite qu'une exposition sur la Shoah déménage parce qu'elle est présentée non loin d'un bureau de vote, ce qui pourrait "porter atteinte au libre arbitre des électeurs". Un autre défend le dessin de la croix gammée sur les murs de sa ville: "elle n'est pas antisémite, il s'agit d'une interprétation".
Une candidate a publié sur son site, le jour de l'Aïd à l'automne dernier, "une pensée pour tous les pauvres petits moutons qui seront sacrifiés pour une fête organisée par des sauvages". Faut-il comprendre que cette femme extrêmement civilisée est végétarienne?
Un candidat de Mayotte n'aime pas les Comoriens qui s'installent sur son île: "si je pouvais les asperger d'un produit pour les exterminer, je ne m'en serais pas privé", dit-il.
Un autre candidat F.N., caricaturiste, a dessiné un père Noël roumain dérobant un écran plat ou encore Nicolas Sarkozy habillé en officier nazi.
Il en est beaucoup d'autres encore (1) aux pensées aussi délicates. Comme l'écrit le magazine Marianne,  "tant pis pour la dédiabolisation, dont on peut questionner l'efficacité. Le FN a pourtant pris toutes les précautions pour effectuer le tri parmi les candidats, et sélectionner des personnalités convenables. Vu la liste finale, on n'ose pas imaginer le profil des recalés aux législatives..."
Dans l'édition de cette semaine de Télérama, une photo illustre l'annonce du documentaire "Welcome chez nous" (2). On y voit un militant du F.N. avec un panneau "Pour une Normandie sans migrants". Peut-on rappeler à ce militant d'extrême droite qu'il est sans doute le descendant de migrants vikings? Les Normands envahirent au IXe siècle ce qui allait ainsi devenir la Normandie et n'étaient pas, eux, pacifiques, contrairement aux migrants qui viennent aujourd'hui chez nous fuir la guerre.
Dans la première circonscription de l'Essonne, face notamment à Manuel Valls, se présente un jeune homme qui visiblement n'existe que parce qu'il a giflé celui-ci. On a connu gestes plus intelligents et  CV plus glorieux. Son suppléant est l'antisémite Dieudonné M'Bala M'Bala (3). L'homme qui gifle et l'homme qui crache, c'est sans doute ce qu'on appelle une dream team.
De son côté, Jean-Luc Mélenchon s'est encore laissé déborder par lui-même: "Cazeneuve, le gars qui s'est occupé de l'assassinat de Rémi Fraisse", a-t-il déclaré dans un meeting récent, ne suscitant que de très maigres applaudissements. L'ancien ministre de l'Intérieur entend déposer plainte contre lui pour diffamation. Mélenchon a requalifié son accusation en "homicide" et se dit prêt à aller au tribunal (4). "J'invite Monsieur Cazeneuve à la retenue", a-t-il ajouté (5). On pense avoir mal entendu. Mais non, c'est bien le chef des Insoumis qui appelle à la retenue.
Quels humoristes, ces candidats! Il en est heureusement d'autres, plus inspirés, plus inspirants.

(1) https://www.marianne.net/politique/racisme-homophobie-intolerance-la-galerie-des-horreurs-du-fn-aux-legislatives
http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Lyon/Politique/Elections/Regionales-2015/Les-derapages-des-candidats-FN-aux-regionales-en-Auvergne-Rhone-Alpes
(2) lundi 5 juin, 20h30 sur LCP.
(3) https://www.marianne.net/politique/dieudonne-francis-lalannela-circonscription-de-valls-ou-le-neuvieme-cercle-de-l-enfer
(4) http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20170530.OBS0031/melenchon-vs-caneveuve-la-polemique-en-5-actes.html#xtor=EPR-1-[ObsPolitique]-20170530
(5) France Inter, 30 mai 2017, Journal de 13h.