mercredi 25 novembre 2009

D'affables voisins

Hier soir en gare de Lille. Une annonce au micro nous signale que "en raison de problèmes rencontrés sur un réseau étranger, le train de Liège aura un retard indéterminé". La même annonce est ensuite répétée en néerlandais. Les informations se succèdent, toujours en français et aussitôt en néerlandais: 5 minutes, puis 10 minutes d'attente. Elles sont exprimées oralement, mais aussi indiquées sur le panneau d'affichage des départs. Finalement, les voyageurs apprennent que le train attendu n'arrivera jamais. La SNCF leur présente ses excuses.
Il y a entre la SNCF et la SNCB deux différences:
1. l'information circule côté français, les voyageurs sont considérés comme des clients et informés des problèmes. En Belgique, trop souvent, ils ont l'impression d'être des otages qui ne savent rien de ce qui les attend.
2. les voyageurs néerlandophones sont des clients comme les autres. Ils ont droit à des informations dans leur langue. En Belgique, la langue parlée est fonction de la commune où on se trouve, pas des clients. A Bruxelles, les annonces se font dans les deux langues. A Namur, Mons ou Tournai, en français uniquement. A Kortrijk ou Gent, en néerlandais uniquement. Prochainement sera ouverte une ligne directe Tournai - Kortrijk. Les annonces se feront-elles dans les deux langues?

La pratique de la monolangue n'est pas une spécificité de la SNCB. Les indications routières sont du même tonneau: à Tournai, on vous indique la direction de Courtrai, de Gand ou de Renaix. Du côté flamand, les villes wallonnes n'existent que dans leur traduction néerlandaise. Même le nom de Lille est traduit, devenant Rijsel. Et tant pis pour les Lillois ou les automobilistes en transit qui ignorent qu'un nom signifie l'autre et qu'ils roulent en Absurdistan. Seules les communes bilingues affichent le nom des villes dans les deux langues.
Par contre, le long des autoroutes du nord de la France, Gand est également indiqué Gent.
On peut reprocher bien des choses aux Français, leur nombrilisme, leur chauvinisme. Mais on saluera leur ouverture sur les régions voisines. Une attitude de courtoisie à cent lieues de l'attitude mesquine qui prévaut en Belgique. Petit pays...

samedi 21 novembre 2009

L'entente cordiale

Vu au JT de la RTBF ce soir un extrait du "Grand Journal" de Canal+. Un constat: il porte bien mal son nom. Il est petit. Revenant sur la désignation de Vann Ronpouille, le présentateur précise qu'il est belge, ce qui fait pouffer un chroniqueur. Le grand regret du grrrrrrrand journal: que ce ne soit pas une vedette. Un chroniqueur déplore le choix de ce "clown que personne ne connaît". Il ne le connaît pas, mais il sait que c'est un clown. Quand on connaît même à peine notre ex-premier, on ne peut pas dire que ce soit la qualification qui lui convienne le mieux. Je n'ai pas (loin s'en faut) de sympathie particulière pour Herman Van Rompuy (prononcer: Ermann Vann Rome Peuille) et je n'ai pas sablé le champagne parce qu'un Belge était désigné à ce poste, mais les réactions au sein de l' "Union" (?) européenne ont de quoi inquiéter.
Le Daily Express, avant que le président européen soit désigné, avait titré: "Britain ruled by a Belgian? You must be jocking".
Imaginons un instant que les choses se soient passées différemment.
Un Français a été désigné président du Conseil européen. Réaction des autres pays: "quoi? une grande gueule suffisante à la tête de l'Europe!?".
C'est un Anglais: "quoi? un cul serré insulaire triste comme un frigo vide!?".
Un Allemand: "Ca y est! L'europe va être dirigée à la baguette!".
Un Italien: "Paroles, paroles! En attendant, ce serait peut-être bien qu'elle travaille de temps en temps, l'Europe!".
Une lettonne: "une laid quoi?".
On voit par là que le racisme se porte bien, que je ne suis pas près de m'abonner à Canal +, pas plus qu'au Daily Express, et que la bêtise et l'étroitesse d'esprit ne connaissent pas de frontières.
Mais il n'est pas interdit de rêver d'Europe.

jeudi 19 novembre 2009

L'homme est-il un chien?

Divers événéments survenus ces derniers jours sont à l'origine de cette question: l'homme a-t-il toute sa tête?
Dans un village voisin du mien, un jeune homme s'est fait massacrer par une bande (une meute? une horde?) de six ou sept jeunes. Il s'est retrouvé plusieurs jours en soins intensifs avec fracture du crâne. Ses agresseurs l'ont frappé notamment au visage avec un pavé et une porte de jardin. Son crime? Vivre une histoire d'amour avec la soeur de l'un d'eux.
A Namur, un automobiliste raconte l'agression dont il a été la victime: croisant en début de soirée un véhicule circulant avec ses grands feux, il a l'audace de lui envoyer un appel de phares pour lui demander de les couper. L'automobiliste outragé (?!) fait aussitôt demi-tour, multiplie les queues de poisson jusqu'à le bloquer. Et pendant un quart d'heure, vert de rage, frappe violemment sur la voiture de l'autre. Sans parvenir toutefois à casser un carreau. L'autre automobiliste en est quitte pour d'importants dégâts matériels et un grande frayeur.
A Saint-Gilles, ce sont des policiers, remplaçant des gardiens de prison en grève, qui sont accusés d'insultes et de violences graves à l'égard de détenus.
Dans le monde du foot, faut-il encore s'étonner des faits de violence?
En Algérie, une centaine de ressortissants égyptiens ont dû quitter le pays suite aux agressions dont ils ont été l'objet de la part de "supporters" algériens. Des informations, démenties par l'ambassadeur algérien au Caire avaient faisait état de tués algériens en Egypte.
Lors d'un match de juniors entre l'Antwerp et Eupen, des supporters anversois, dont des parents, ont agressé, insulté et frappé les joueurs eupenois. Au point que certains d'entre eux ont dû être transportés à l'hôpital pour y recevoir des soins. C'était le 11 novembre, le jour où on célèbre la paix retrouvée...
Quelques exemples de violence parmi, hélas, beaucoup d'autres qui amènent à se demander quelle est la part d'humanité, d'intelligence humaine qu'on peut trouver chez ces hommes au comportement bestial.
L'Union internationale pour la conservation de la nature vient de publier ses listes rouges sur les espèces menacées. La directrice de la commission biodiversité de l'UICN estime que "les preuves scientifiques s'accumulent sur la sévérité de la crise d'extinction que nous traversons." 36% des espèces sont menacées, 2% sont éteintes à l'état sauvage ou totalement, 8% sont "quasi menacées". Il y a une espèce qui n'apparaît, hélas, pas dans ces catégories: celle des chiens humains. La nature est mal faite.

lundi 16 novembre 2009

Les micmacs du politiquement correct *

Saint-Nicolas a débarqué du côté d’Anvers le week-end dernier pour rencontrer les enfants sages. Certains parents n’ont pas apprécié qu’il ne porte plus de croix.
Les organisateurs ont expliqué que c’est parce que Saint-Nicolas venait pour tous les enfants, pas seulement les enfants chrétiens. Et puis que, de toute façon, de son vivant Saint-Nicolas ne portait pas de croix.
J’avoue que je ne l’ai pas bien connu de son vivant, mais je pense pouvoir affirmer qu'à cette époque de sa vie (!), Saint-Nicolas n’était pas saint. En général, ça ne vous arrive que longtemps après votre mort. Donc, s’ils sont logiques avec eux-mêmes, les organisateurs anversois devraient le rebaptiser Nicolas. Tout court. D'autant que saint, c'est quand même un peu connoté, non?
De son vivant, on dit qu’il a été évêque. De Smyrne, si je me souviens bien. Et même, peut-être bien archevêque. Donc, on devait l’appeler Monseigneur, j’imagine. A Anvers, on devrait donc l’appeler Monseigneur Nicolas. Mais évidemment, ça ne peut pas marcher, puisque ça fait aussi assez catho, on en conviendra. Donc, il risquerait de ne pas plaire à tout le monde.
A ce compte-là, moi qui suis républicain, je trouve que le roi ne devrait jamais porter les signes de son statut. Pour ne pas me déplaire. Et les militaires devraient abandonner leurs uniformes et leurs armes. Pour ne pas déplaire aux objecteurs de conscience. On voit par là que le politiquement correct est vite ridicule.
D’autant qu’un Saint-Nicolas "non connoté", il existe déjà. Il s’appelle Père Noël. Quoique, je me demande quand même s’il ne serait pas un peu capitaliste.

* ou les nicnacs...?

jeudi 12 novembre 2009

Ma petite entreprise ne connaît pas la crise

La Communauté française a un trou budgétaire de 600 millions d'euros. La Région wallonne ne va pas bien. Et l'Etat fédéral non plus. Donc, il faut faire des économies. Mais tout va très bien, Madame la Marquise!
En Communauté française, la ministre de la Culture l'a confirmé: "les opérateurs culturels sous contrats-programmes ont vu leur indexation supprimée pour 2009." "Mais", s'empresse-t-elle d'ajouter, pour Mons 2015, hypothétique capitale européenne de la culture, "il y a un accord clair (1) et on l'appliquera: "100.000 euros en 2006 et 2007, un million en 2008, 500.000 euros en 2009 et 3,2 millions à attribuer entre 2010 et 2013, selon un calendrier à prévoir". Il ne faudrait quand même pas que Mons et son estimable bourgmestre se rendent compte que c'est la crise. Même si la ministre affirme que "contrairement aux fantasmes d'aucuns, tout ne va pas à Mons". (2)
Mais Mons n'est pas seule à ne pas connaître la crise. La gare de Liège s'est construite à grands frais. Il est vrai que le prestige n'a pas de prix. 437 millions d'euros. C'est bien ce qu'on vous disait.
Le Grand Prix 2009 de Francorchamps laisse à la Région wallonne un déficit de 5, 134 millions d'euros (3). Nous sommes bons princes (nous! suivez mon regard!), nous paierons.
Les aéroports régionaux vivent bien et rêvent d'extension pour mieux vivre encore.
Les autoroutes n'ont jamais de fin. Le député libéral Jean-Luc Crucke propose de créer un tronçon autoroutier de dix kilomètres entre Tubize et Wauthier-Braine pour contourner le bouchon de Hal. Un kilomètre d'autoroute coûte 6 à 6,5 millions d'euros en moyenne.
Et on apprend que la restauration du site de la bataille de Waterloo coûtera 43 millions d'euros.
Et pendant ce temps-là, les pompiers en crèvent. Les JT, ces derniers jours, multiplient les reportages sur ces casernes qui ne sont que des hangars qui prennent l'eau, sur ces camions qui gèlent dehors en hiver, sur ces équipes incomplètes. Sur l'ensemble de la Belgique, les pompiers recevront 2 millions d'euros sur les 70 promis pour l'amélioration de leurs conditions de travail.
Les SAJ, services d'aide à la jeunesse, mènent des actions pour dénoncer le manque de personnel et d'infrastructures. Alors que le nombre de dossiers explose. Le seul SAJ de Charleroi doit traiter 3.000 dossiers avec 4 conseillères, 33 délégués et 10 agents administratifs. (4)
En Belgique, un habitant sur sept se retrouve aujourd'hui en situation de pauvreté.
Mais tout va très bien, Madame la Marquise!

(1) Faut-il conclure de ces propos qu'avec les centres culturels, les compagnies théâtrales et musicales et tous les opérateurs culturels sous contrats-programmes les accords n'étaient pas clairs?
(2) LLB, 07.10.09
(3) LLB, 12.11.09
(4) Le Soir, 17.10.09

mercredi 11 novembre 2009

Elise et Nous

Je me rends compte que je n'ai jamais parlé ici du spectacle-animation "Elise et Nous" que j'ai écrit et que je joue avec mes comparses de la Cie du Tocsin.
Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même...

SPECTACLE – ANIMATION
ELISE ET NOUS
Faux candidats, vrais discours

Le spectacle « Elise et Nous » consiste en un débat entre trois candidats aux élections : une candidate défendant le programme de l’extrême droite et deux candidats démocrates mêlant des éléments de programmes des quatre principaux partis démocratiques francophones : l’un joue beaucoup sur le registre de la séduction, alors que l’autre est un homme de chiffres et de dossiers, peu charismatique.
Le spectacle aborde les motivations de l’engagement politique, les thèmes de l’emploi, de l’insécurité et de la violence, du réchauffement climatique, de la multiculturalité et de l’immigration, de l’impôt, de l’Europe, de la mondialisation.

A l’issue du spectacle, les spectateurs sont invités à voter pour le candidat de leur choix.
Une fois les votes dépouillés a lieu un débat entre les membres du public sur les critères de choix et de rejet, le sens de l’engagement politique, le lien entre élus et électeurs, etc.
Ce spectacle-animation a donc pour objectif de mettre les spectateurs en situation d’assister à un débat politique entre candidats, d’effectuer un choix entre eux par un vote formel, de participer au dépouillement, de débattre ensuite de leurs choix, de leurs attentes par rapport au (à la) politique, de différents thèmes politiques, etc.
Le spectacle a clairement pour finalité d’amener les spectateurs à agir en citoyens plus critiques, de leur permettre d’effectuer un choix réfléchi lors des élections, de se positionner par rapport à diverses thématiques socio-politiques.

PUBLIC VISE
- des étudiants de la fin du secondaire (5e et 6e années, tous types d’enseignement) et de l’enseignement supérieur ;
- des adultes dans le domaine de l’éducation permanente.
Le spectacle a été joué plus de trente fois de la mi-janvier au début juin 2009, dans des écoles ou des centres culturels pour un public scolaire (secondaires - enseignement général, technique et professionnel – et supérieur - sections Communication, Tourisme, Education spécialisée) et dans le domaine de l’éducation permanente (maisons des jeunes, adultes en formation, militants syndicaux, enseignants et parents, grand public, etc.).
A chaque représentation, les spectateurs ont été réactifs. Applaudissements, rires, huées, réactions de désaccord, questions parfois, voire invectives ont régulièrement fusé. Les spectateurs ont fait leur choix d’électeurs.

UNE CO-PRODUCTION
Le spectacle est une création de la Compagnie du Tocsin (Fabienne Jacquemin, Jacques Guilbert, Michel Guilbert) constituée pour l’occasion.
Il est l’émanation d’une co-production qui réunit :
- le Foyer Culturel de St-Ghislain;
- la Confédération Parascolaire Hainaut (Lessines);
- le CIEP (Centre d’Information et d’Education populaire - MOC).
Avec l'aide de No Télé et de la Communauté française de Belgique.

« Du théâtre pour voter malin » (Le Ligueur, 04.02.09)

« Appelés à développer différents sujets, la multiculturalité, l’économie, la mondialisation ou encore le temps de travail, ils évitent les pièges de la caricature. Ni le texte ni la mise en scène ne force le trait des politiciens impliqués. » (Le Courrier de l’Escaut, 22.01.09)

« L’originalité est que le public participe activement, en votant pour son candidat favori. » « Une manière concrète d’offrir aux jeunes spectateurs la possibilité de décoder le discours politique. » (No Télé, 06.06.09 et 21.01.09)

Envie de programmer le spectacle?
Confédération parascolaire Hainaut: 068 33 26 65 - cpht@skynet.be
Plus d'infos sur www.foyerculturelsaintghislain.be

lundi 9 novembre 2009

Tant de murs!

Vingt ans sans mur en Allemagne. C'est la fête d'un souvenir qui reste vivace et heureux. Mais il reste tant de murs. Jamais il n'y en eut autant. Dans un ouvrage de 2007 (1), Michel Foucher écrivait: "si les programmes annoncés de murs, clôtures et barrières électriques étaient menés à terme ils s'étireraient sur plus de 18 000 kilomètres". Des murs, il y en a entre les Etats-Unis et le Mexique, entre la Chine et la Corée du Nord, le Botswana et le Zimbabwe, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe, l'Arabie saoudite et le Yemen, l'Inde et le Pakistan, le Bangladesh et la Birmanie, l'Ouzbekistan et le Kirghizistan, Israël et la Cisjordanie, l'Union européenne et l'Afrique du Nord (à Ceuta et Melilla).
Il aura fallu qu'on célèbre les vingt ans de la chute du mur de Berlin pour qu'on sache - ou qu'on se rappelle - que ceux-ci existent. Et, fait remarquer Catherine Portevin (Télérama, 28.10.09), il faut ajouter à ceux-là "les murs dans les murs", toutes ces clôtures entre quartiers riches et quartiers pauvres, entre gens du cru et gens d'ailleurs.
Le mur de Berlin a été dressé par le régime communiste pour arrêter l'hémorragie, le passage des habitants de l'est vers l'ouest. Les murs d'aujourd'hui, pour la plupart, ont pour fonction d'empêcher d'entrer. Ceux qui les bâtissent s'enferment pour se protéger de "l'autre" et - surtout - ne pas le voir. Les murs ne sont pas seulement honteux, ils sont aveugles. Et à être aveuglé, on va facilement... dans le mur.

(1) "L'obsession des frontières", éd. Perrin (cité par Télérama)

Wallonie picarde, où est l'audace?

Culture.wapi m'a demandé mon avis sur le projet de territoire de la Wallonie picarde 2025. Je lui ai envoyé une synthèse du texte qui suit.


Un important catalogue de projets intéressants, mais surtout de vœux pieux (et parfois vieux), voilà comment m’apparaît le "projet de territoire Wallonie picarde 2025". Un projet sympathique, trop consensuel, et de ce fait gentillet, sans ambition forte, sans choix déterminant.

Un projet qui par certains aspects réinvente l’eau chaude. Ou redécouvre la lune. "Il fallait se réunir pour être un vrai partenaire au sein de l’Eurométropole avec Lille et Courtrai" (1), déclare Christian Brotcorne. Rudy Demotte, lui, estime que la Wallonie picarde pourrait constituer un lien entre Lille et Bruxelles "à l’étroit dans sa région pour son développement économique" (1).
Ces propos-là, la SIDEHO les tenait déjà au début des années ’80 (j’y ai travaillé alors)… Mais, soit, sa place, le Hainaut occidental n’a pas su se la faire. La Wallonie picarde pourrait y arriver si elle était porteuse d’un projet réellement audacieux. Si…

Quid novi sub sole ?
Le développement durable est à la mode. Il est donc évidemment évoqué dans le projet de territoire. Mais on a l’impression que c’est pour la forme, pour rassurer. Parce qu’il est incontournable, comme on dit aujourd’hui.
Il est d’ailleurs abordé, comme d’autres thèmes, de manière floue et contradictoire. Ainsi est-il écrit (p. 45) que "le développement durable (…) doit devenir un mode de vie existentiel. Il ne faut pas braquer le développement durable sur l’environnement seulement.". Comme si les auteurs de ces propos voulaient ignorer ce qu’est réellement le développement durable, un équilibre entre l’économie, le social et l’environnement et que, en tout cas, ils voulaient laisser entendre entre les lignes qu’il n’en faut point abuser. Donc, traduisons: un mode de vie existentiel, de temps en temps. Si ça ne dérange pas trop...
A l’heure où le Sommet de Copenhague risque de capoter avant même d‘avoir commencé, le développement durable devrait être, doit être le fer de lance d’un projet de région. Les enjeux en la matière dépassent largement ceux d’une sous-région.
D’autres régions, d’autres pays, d’autres villes se sont donné, en la matière, des objectifs autrement forts, ambitionnant de se situer dès demain dans une perspective post-Kyoto, d’être en CO2 neutre à l’horizon 2020 ou 2025 (2) , de développer de réelles alternatives en termes d’énergie, de mobilité, d’axes économiques. Chez nous, on est loin de la longueur d’avance dont se targuent certains ténors de la région. On est plutôt dans la longueur de retard.
Lors de l’inauguration de la Maison du Parc naturel des Plaines de l’Escaut à Bonsecours, il y a quelques années, le ministre Rudy Demotte plaidait pour que la politique impulsée par les parcs naturels s’étende à l’ensemble d’un territoire qu’il n’appelait pas encore Wallonie picarde. Aujourd’hui, on a l’impression d’assister à un effet inverse. Un projet aussi pharaonique qu’anachronique de centre de loisirs entend s’implanter au cœur même de ce parc et, à l’une ou l’autre rare exception près, on n’entend pas protester les forces porteuses de la Wallonie picarde. Aujourd’hui, on a l’impression que les surfaces agricoles n’ont plus pour vocation que d’accueillir de gigantesques centres commerciaux, des terrains de golfs, des lotissements d’habitations ou des zones d’activité économique toujours plus dévoreuses d’espace. Il est des signes qui ne trompent pas. On sent les politiques frileux, soucieux de ménager plus la chèvre que le chou, de ne pas s’opposer aux volontés des promoteurs et à la toute-puissance de l’économie de marché.
Alors qu’il y a urgence. Qu’il faut aujourd’hui affirmer haut et fort des choix clairs, fermes, tranchés. Cesser de vouloir plaire à tout le monde. Pouvoir dire oui à des projets, non à d’autres. C’est l’audace et non une autosatisfaction béate ou un plan de com’ qui fera de la Wallonie picarde une région à la visibilité forte. Aux actes, citoyens !

Un peu de tout ?
Le projet de territoire additionne les idées d’hier et celles de demain. Sans faire de choix. Et multiplie donc des projets intéressants et leur contraire.
En matière de mobilité, dans un monde qui à tous points de vue s’asphyxie, on ne peut plus aujourd’hui poursuivre une politique de construction de nouvelles routes et de nouveaux accès autoroutiers. On trouve cependant encore des propositions en la matière. Le soutien au transport fluvial est affirmé, très bien, mais – sauf lecture trop rapide de ma part – je ne trouve pas grand chose sur le désengorgement de nos villes, sur les transports en commun et sur la mobilité douce.
La maîtrise de "l’évolution des espaces ruraux et urbains" est abordée (p.23), mais sa conception reste floue et autorise toutes les interprétations. On ne peut se contenter de vouloir densifier le cœur des agglomérations, il s’agit aussi de prendre des mesures strictes en matière de construction : oser mettre fin à la pratique de construction de "quatre façades", "énergivore" et "espaçovore", oser imposer des normes strictes en matière d’isolation des bâtiments, oser aller plus loin que les règles établies pour l’ensemble de la Wallonie. Du moins, si l’on entend réellement donner à notre sous-région une longueur d’avance et pouvoir affirmer sans rire qu’ailleurs on la regarde « avec respect » (3).

L’agriculture oubliée ?
Qu’est devenu le pompeux projet d’Agro Food Valley ? Quelle est la place de l’agriculture dans ce projet de région ? Je n’en trouve pas trace. A l’heure de la crise laitière, au lendemain de celles des hormones, de la vache folle, du poulet à la dioxine, de la crise agricole tout court, notre région a une carte à jouer. Une carte indispensable pour sauver un secteur vital mais menacé. Rien que sur le territoire du Parc naturel des Plaines de l’Escaut, 17% des agriculteurs ont disparu entre 1996 et 2009 (4).
Où sont les projets de valorisation des produits agricoles, la mise en place de circuits courts entre producteurs et consommateurs, les soutiens à une agriculture biologique ou à tout le moins raisonnée ? Où est l’opposition au bradage de nos campagnes, souvent soutenu, voire porté par Ideta et la Ville de Mouscron?

La culture de qui, pour qui et avec qui ?
Le chapitre consacré à la culture, s’il comporte des propositions intéressantes, reste globalement faible. Quelle place pour l’éducation permanente, outil d’autonomisation, de construction, d’analyse critique et d’apprentissage collectifs ? Quelles réflexions par rapport à des politiques tant de démocratisation de la culture que de démocratie culturelle ? Les dernières études sur les pratiques culturelles l’indiquent : la culture reste l’apanage des cultivés…. Et les pratiques sont globalement en baisse (5). Comment réduire la fracture culturelle ? Comment mettre fin au désert culturel dans lequel vivent certaines de nos communes rurales ?
Que la région s’appuie sur les arts du cirque et de la rue, très bien, ils représentent quelques-uns de ses atouts majeurs. Qu’elle travaille à partir du patrimoine et du végétal, excellente idée ! Mais je me méfie des « événements » que certains entendent créer de toutes pièces. Quel est leur sens ? A quelles finalités répondent-ils ? Ils s’inscrivent le plus souvent dans une démarche de consommation et de promotion. Dans la « com ». En animation socioculturelle, on parle de projets, plutôt que d’événements qui semblent tomber du ciel, sans réflexion en aval et en amont, sans ancrage par rapport à un public. L’idée de créer un festival Bach, pourquoi pas ? Mais aussi pourquoi ? Pourquoi pas, tant qu’à faire, un festival axé sur le Moyen Age, ou sur la pierre, ou sur la danse contemporaine, ou sur la cuisine, ou sur la video… ?
Le travail sur l’endogène, axe défendu par ailleurs, consiste aussi à soutenir les artistes, les organisateurs et les associations de chez nous qui doivent bricoler tous les jours pour boucler leur budget, quand des artistes de cour disposent de moyens appréciables. Une des priorités devrait être celle-là. Dans une vraie démarche de démocratie culturelle, en évitant une instrumentalisation de la culture à des fins économiques ou à des missions de relations publiques.

Jusqu’où ira la solidarité ?
Reste la question de la forme officielle que prendra cette Wallonie picarde, qui ira de pair avec la suppression des provinces. La communauté de communes devra disposer d’un conseil composé d’élus directs, qui se fixera des lignes politiques claires et les fera appliquer par son administration, à savoir les équipes des actuelles intercommunales. Les faire gérer par un pilote légitimement et directement élu devrait mettre fin à la technocratie actuellement dominante.
Enfin, et c’est fondamental, une péréquation financière doit être organisée. On assiste aujourd’hui à des tiraillements entre communes autour de projets économiques : à moi les recettes fiscales, à toi les nuisances. Un "pot commun" des recettes devra désormais permettre de sortir d’une vision localiste des projets et non seulement de penser, mais d’agir véritablement en transcommunalité.

Wap doo wap !
Enfin, je ne peux m’empêcher d’aborder la question du nouveau nom de la région. Le diminutif qui lui a été donné est grotesque. La "Wapi" a un côté gentillet, ludique, voire enfantin. On peut lire dans la presse qu’une importante opération de propagande (1) – aujourd’hui on appelle cela pudiquement de la com ‘ - sera menée pour faire passer la pilule.
C’est sur le positionnement de la Wapi sur des dossiers comme le Cora de Mouscron, les projets de centre de glisse de Maubray et de Lessines ou les nouvelles zones d’activité économique qu’on verra si elle a réellement une longueur d’avance, si elle n’est pas, comme je le crains jusqu’ici (et j’espère sincèrement me tromper), qu’une grande entreprise de com’.
Si elle est capable de dire non à des projets d’un autre temps et, par ailleurs, d’avoir une vision d’avenir et d’imposer des normes qui permettront de l’atteindre, elle n’aura alors pas besoin d’organiser un « buzz » (1) . Il se fera de lui-même.
Dans une chanson, il y a une trentaine d’années, Yves Simon disait : "si d’un gouvernement à un autre gouvernement, nous n’avons pas changé notre façon de tendre la main, c’est qu’un autre gouvernement ne peut rien pour nous et qu’il n’était pas aussi important qu’il ait changé".
Pour le paraphraser, aujourd’hui, on pourrait dire : "si notre région a changé de nom, mais que nous n’avons pas changé radicalement de politique, c’est qu’il n’était pas aussi important qu’elle change de nom".

(1) LLB, 30.10.09
(2) Ainsi, la Norvège s'est fixé un objectif de CO2 neutre pour 2030. Même objectif pour la ville de Copenhague en 2025. Ici et là apparaissent des zones d'activité économique "carbone neutre", en Flandre comme au Québec. Volvo Trucks à Gand fonctionne en CO2 neutre.
(3) R. Demotte in "La Wapi parle d'une même voix", LLB, 30.10.09
(4) Parc naturel des Plaines de l'Escaut, Plan stratégique 2010, p. 20
(5) M. Guérin: "Pratiques et consommations culturelles en Communauté française", Crisp n° 2031 - 2032

jeudi 5 novembre 2009

Sexistes de tous les pays, unissez-vous!

Le cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a annoncé que le Vatican allait mettre en place une structure canonique pour accueillir les pasteurs anglicans que scandalise la déchéance morale dans laquelle se complaît leur église. Il faut comprendre par là qu'ils s'opposent à l'ordination de femmes prêtres, voire évêques. Et aussi à la célébration de mariages homosexuels.
Le pape Benoît XVI a donc décidé d'ouvrir son église aux Anglicans rétifs à l'évolution des moeurs. Une ouverture très conservatrice, on l'a compris, qui se traduira par un statut taillé sur mesure pour les prêtres et les fidèles anglicans soucieux d'éviter les femmes à des niveaux de responsabilité. Bientôt le retour de la mantille pour les femmes?
(voir le dossier du Vif/l'Express du 30 octobre, intitulé Les nouvelles brebis du pape)

mercredi 4 novembre 2009

Les gens de droite ne le savent pas, mais ils sont de gauche

Le WAPIPS s'est réuni récemment. Le WAPIPS, c'est le Ps de Wallonie picarde. Il a du peps, le Wapips. Il soutient maintenant une politique d' "environnementalisme progressiste". Avec des volontés (qui m'apparaissent) positives, par exemple, de réfléchir à un plan du développement de l'éolien. Très bien. Ou encore, via des coopératives, de travailler à un retour des moyens de production d'énergie renouvelable pour "les gens". C'est important, les gens. On les oublie trop souvent les gens. D'ailleurs, les politiques le rappellent dans tous leurs discours que c'est ce qui est le plus important, les gens. C'est dire si c'est vrai. Mais qui les oublie finalement?
Rudy Oecuménique Demotte expliquait en même temps sur No Télé (02.11.09) que pour être entrepreneur, il faut être de gauche et que "le Ps est le parti de touky veut entreprendre".
J'en connais qui ont dû s'étrangler en apprenant qu'on allait désormais les appeler camarades.
En attendant, ça nous donne une belle nébuleuse. L'environnementalisme progressiste, je ne demande qu'à voir. Mais, allez savoir pourquoi, mon vieux scepticisme pointe le nez. Si tous les entrepreneurs sont de gauche (ce qui reste - on en conviendra - une hypothèse), sont-ils pour autant progressistes? Les patrons de Cora qui veulent implanter un méga-centre à l'extérieur de Mouscron, les promoteurs des centres de glisse de Lessines et de Maubray, les actionnaires des compagnies aériennes, les gestionnaires des aéroports et du circuit de Francorchamps sont-ils progressistes? Est-il progressiste l'inventeur du logiciel dont les patrons peuvent équiper les téléphones portables de leurs employés pour savoir à tout moment où ils se trouvent (vu au JT RTBF ce 3 novembre)?
Touky a encore bien des preuves à apporter de son progressisme.