lundi 11 décembre 2017

La lassitude de Narcisse

Les autonomo-indépendantistes ont triomphé en Corse avec 56% des voix (même si seul un électeur sur deux a participé au scrutin). Certains s'empressent de traduire cette victoire en dégagisme. Les Corses adresseraient ainsi un sévère avertissement au président Macron et à son gouvernement: on ne veut plus de vous. On entend même des électeurs affirmer leur "lassitude" par rapport à La République en Marche. Qui est au pouvoir, rappelons-le, depuis six mois. Nous vivons en des temps fatigués, nous sommes si vite las. Le simplisme des analyses n'a jamais aidé à comprendre l'évolution du monde.
Et pourtant, même si on ne peut comparer toutes les poussées nationalistes, c'est bien dans un mouvement mondial, et non dans un positionnement franco-français, que s'inscrit le succès des nationalistes corses. La Guerre froide, estime Bernard Guetta, avait endormi les conflits entre nations. On était d'un camp ou de l'autre. Pas du sien. "La Guerre froide, disait-il ce matin (1), avait ainsi fait oublier que l'Histoire est faite de conflits entre nations et que le nationalisme, fauteur de guerres, est en quelque sorte l'état de nature des relations internationales, celui qu'il faut combattre avant qu'il ne nous fasse revenir aux temps mortifères." Le nationalisme, rappelle l'éditorialiste de France Inter, revient en force en Corse comme en Catalogne, en Chine comme en Russie, aux Etats-Unis comme en Iran. Et si on ne peut les mettre tous dans le même sac, on y trouve des racines communes. Et notamment la nostalgie: "celle des temps révolus où chacun pouvait encore comprendre un monde aux configurations tellement anciennes qu'elles étaient familières à tous. Le monde d'aujourd'hui donne la migraine et la nation en est l'aspirine".
Personnellement, je vois aussi un lien entre la montée des nationalismes et les réseaux dits sociaux. Dans ces réseaux, chacun proclame l'amour qu'il a pour lui-même. Y parle de ses goûts et de ses dégoûts, de ses choix et de ses rejets, y présente de ce qu'il fait, a fait et va faire, y publie des photos, d'abord et surtout de lui-même (ces selfies que les Québécois ont pertinement baptisés egoportraits). Le nationalisme, me semble-t-il, c'est la reine dans Blanche-Neige qui dit: "Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis la plus belle". C'est fermer les volets pour ne plus voir que soi. Le nationalisme, c'est la politique à l'ère de Facebook. Entre soi. C'est tellement mieux.

(1) "Où l'on voit les trois racines de la résurgence du nationalisme", France Inter, ce lundi 11 décembre: https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-11-decembre-2017
Lire aussi sur ce blog: "Indépendance cha-cha" (4 décembre 2017)





vendredi 8 décembre 2017

L'émotion nous submerge

On n'en peut plus. Trop, c'est trop. Noir, c'est noir. Voilà qu'au lendemain de la mort de Jean d'Ormesson, survient celle de Johnny Hallyday. Les deuils sont nationaux. La France n'a pas fini de pleurer la disparition d'un de ses plus grands écrivains et celle de son plus grand chanteur, l'idole des jeunes. Même si le premier était plus connu par sa notoriété que par ses livres (vous connaissez quelqu'un qui a lu d'Ormesson?) et si les jeunes dont le second était l'idole ont aujourd'hui entre cinquante-cinq et quatre-vingts ans. Le rocker de variétés sera, nous dit-on, inhumé après une messe. Des centaines de motards vont accompagner sa dépouille jusqu'à l'église. Y a-t-il plus rock and roll qu'une messe?
Aujourd'hui en France, il faut être en deuil, il faut pleurer toutes les larmes de son corps. C'est la mode.

A lire:
https://tempsreel.nouvelobs.com/chroniques/20171207.OBS8935/hommage-a-johnny-sur-les-champs-que-vient-faire-la-republique-dans-ce-deuil.html

jeudi 7 décembre 2017

Trump le boutefeu

Ubu Trump a encore sévi. Sa capacité de nuisance est sans limite. Il le sait et a visiblement décidé de profiter de sa fonction pour en abuser au maximum. C'était une promesse de campagne: il a décidé de déplacer l'ambassade américaine à Jérusalem, considérant ainsi la ville sainte comme la capitale d'Israël. Ce qui fâche évidemment les Palestiens, mais aussi tous ceux qui croient encore à une solution à deux Etats au conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens. Le gouvernement israélien s'en félicite (plutôt discrètement) et se prépare au pire. De leur côté, les autorités américaines invitent leurs resortissants à la plus grande prudence dans leurs déplacements en Israël et dans les pays arabes: attention, prenez vos distances, je jette de l'huile sur le feu, je vous aurais prévenu, ne venez pas vous plaindre ensuite, déclare en quelque sorte le président pyromane. 
"La solution à deux Etats passait par un partage de Jérusalem, estime Bernard Guetta (1), qu'Israéliens et Palestiens considèrent comme leur capitale et à laquelle ni les uns ni les autres ne peuvent renoncer sans s'admettre vaincus. Le président palestinien, le très réaliste et si modéré Mahmoud Abbas, a déjà répondu à Donald Trump, en parodiant la Constitution israélienne, que Jérusalem resterait la capitale éternelle de la Palestine. Les Israéliens, de leur côté, n'auraient aucune raison de renoncer maintenant à la Jérusalem une et indivisible qu'ils ont unifiée après leur victoire de la Guerre des 6-Jours."
L'éditorialiste de France Inter estime cependant que le premier ministre israélien aurait tort de se réjouir. C'est que, entre la campagne électorale de Trump et maintenant, la donne a considérablement changé: "face à la percée iranienne dans tout le Proche-Orient, face à l'avancée de l'Iran chiite en terres sunnites et à sa projection, par Hezbollah interposé, jusqu'à la frontière Nord d'Israël, les pays sunnites, Arabie saoudite en tête, se sont considérablement rapprochés d'Israël". Et c'était là à terme, estime encore Bernard Guetta, "la voie d'un accord de paix". Et cette voie-là, Trump vient de la torpiller sans états d'âme, d'abord soucieux de donner des gages à ses électeurs évangéliques. 
Beaucoup (trop) de présidents à travers le monde sont détestables et dangereux. Mais ce Trump, avec le pouvoir qu'il représente, incarne, plus qu'aucun autre, la nuisance et la fatuité.

Père Ubu. - Oh! quel déluge! Ceci est un effet des manœuvres que nous avons ordonnées.
(Alfred Jarry, Ubu Roi)

(1) "La tragique bourde de M. Trump",
https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-07-decembre-2017
A lire aussi:
https://www.marianne.net/monde/trump-reconnait-jerusalem-comme-capitale-d-israel-vers-un-scenario-catastrophe

lundi 4 décembre 2017

Indépendance cha-cha

L'indépendantisme est-il irrationnel? On est en droit de se poser la question.
Les partisans du Brexit n'avaient visiblement anticipé ni les conséquences ni le coût de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne. Les Catalans navigaient à vue dès le lendemain de leur déclaration d'indépendance qui (pour l'instant du moins) semble s'être retournée contre eux. Aujourd'hui, ce sont les indépendantistes corses qui triomphent. Mais s'ils devaient aller jusqu'au bout de leur rêve, si l'île devait réellement, un jour, rompre les amarres avec la République française, leur Etat nouveau se retrouverait face à lui-même, sans les avantages incroyables qui ont été accordés à la Corse par les gouvernements français successifs depuis des décennies.
Les vins produits et consommés en Corse ne sont pas soumis à la TVA. Le tabac y est en moyenne 25% moins cher que sur le continent. Et de nombreux biens et services bénéfient d'un taux de TVA extrêmement réduit. Sans base légale, les véhicules de transport de marchandise de plus de 12 tonnes ne circulant que sur île sont exonérés de la taxe qui frappent ceux qui circulent sur le continent. Les entreprises et les ménages bénéficient aussi d'avantage fiscaux non accordés ailleurs, notamment une exonération de taxe foncière sur les propriétés non bâties (1). Dans le même temps, on voit un maire (2) annoncer que sa commune réservera désormais les permis de construire aux seuls Corses, affirmant froidement qu'il n'a pas besoin des non Corses.
En juin 2016, la Cour des Comptes condamnait ces "pratiques dérogatoires reposant sur des dispositions obsolètes, voire dépourvues de tout fondement légal, qui méconnaissent le principe général d'égalité devant l'impôt". 
Tous ces avantages fiscaux, scandaleux par rapport aux autres régions françaises, ne peuvent exister que dans le cadre de l'Etat français. Sauf à se transformer en paradis fiscal pour les grandes entreprises et les grandes fortunes, une Corse indépendante devrait, pour vivre, assumer ses impôts et ses taxes. Selon toute vraisemblance, le coût de la vie exploserait et on peut penser que, comme dans d'autres cas récents, certains se mettraient, discrètement ou non, à regretter leur vote. La facture de l'indépendance pourrait être... corsée. Et les Corses ne seraient plus les enfants gâtés qu'ils sont aujourd'hui.
Peut-être ou sans doute la majorité des Corses ne souhaite-t-elle pas l'indépendance, mais la coalition nationaliste est quand même arrivée en tête hier avec 45,3% des voix au premier tour (même si seul un électeur sur deux s'est déplacé) (3). Alors de deux choses l'une: ou il s'agit avant tout de se faire plaisir et de pouvoir pleurer de bonheur en tombant dans les bras les uns des autres emballés dans le drapeau nationaliste, ou il s'agit réellement d'aller vers l'indépendance mais avec toutes les conséquences qu'elle implique, notamment en termes de fin des avantages fiscaux accordés par l'Etat-papa poule.
Ça n'engage que moi, mais j'ai vraiment le sentiment que la plupart des volontés d'indépendance n'a pas grand-chose à voir avec la raison et la réflexion, beaucoup plus à voir avec le romantisme, la fierté, le sentiment national. Et avec l'émotion. Par définition, irrationnelle.

(1) http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/12/02/20002-20171202ARTFIG00025-ces-surprenants-avantages-fiscaux-dont-beneficie-la-corse.php
(2) dans un Journal de France 3, il y a deux ou trois jours.
(3) http://www.lemonde.fr/elections/article/2017/12/03/victoire-des-nationalistes-en-corse-maintenant-c-est-a-paris-de-comprendre-ce-qu-il-se-passe-ici_5224057_5001134.html

dimanche 3 décembre 2017

A fond la caisse

Ma voiture, c'est ma liberté. Beaucoup d'automobilistes traduisent ce slogan (très relatif: est-on libre dans des bouchons, de plus en plus nombreux, y compris maintenant dans les petites villes?) par "laissez-moi rouler comme je veux".
L'Etat français envisage, nous dit-on, de limiter sur certains tronçons (ou sur tous?) de nationales ou de départementales jugés dangereux la vitesse à 80 km/h plutôt que 90 (1). Comme on pouvait s'y attendre, les associations d'automobilistes s'empressent de hurler toujours le même argument éculé: ces mesures de limitation de vitesse ne servent qu'à plumer un peu plus ces pauvres conducteurs déjà pressés comme des citrons et à remplir les caisses de l'Etat. C'est de l'hypocrisie, clame l'assocation 40 millions d'automobilistes. Qui semble spécialiste en matière d'hypocrisie, refusant d'accepter la réalité: l'insécurité routière repart à la hausse en France, avec son lot d'accidents, de blessés et de morts. Parmi lesquels des automobilistes. Mais apparemment les associations d'automobilistes défendent les conducteurs en mouvement, pas les victimes de la route (parmi lesquels beaucoup d'automobilistes). 1 km/h en moins, c'est 4% de morts en moins, rappelle la responsable d'une association de victimes de la route.  
Comme de très (trop) nombreux automobilistes ont pris l'habitude de rouler systématiquement 10 km/h au-dessus de la limite autorisée, se disant que de toute façon ils ne seraient pas sanctionnés, si on limite à la vitesse à 80 km/h, finalement ils devraient rouler à 90.
Une automobiliste interviewée sur le projet gouvernemental explique que son mari est tout le temps sur les routes et qu'il y passera plus de temps encore puisqu'il y aura plus d'embouteillages si la vitesse est réduite. Il y a surtout moins d'embouteillages quand il y a moins d'accidents et moins de voitures sur les routes et dans les villes. 
On repense à ce dessin du Chat de Philippe Geluck qui, face au cercueil d'Ayrton Senna descendant dans la tombe, déclare: "Jusqu'au bout la devise d'Ayrton Senna aura été A fond la caisse.
On repense à Jean-Marie Happart qui, lors de débats sur les nouvelles règles de sécurité routière en commission du Sénat en Belgique, expliquait très sérieusement qu'il n'avait, vu son emploi du temps, absolument pas le temps de respecter les limitations de vitesse. Jean-Marie est le digne frère jumeau de José. On repense à leur propos à une célèbre phrase de Michel Audiard...
On repense aussi à cette voiture brûlant la priorité à des enfants qui s'apprêtaient à traverser sur un passage pour piétons. Sur sa vitre arrière, un autocollant: "Protégez nos enfants". Effectivement.
Comme pratiquement tout le monde dans nos pays, je suis automobiliste, mais aussi piéton, cycliste, père, riverain, citoyen. Une voiture qui roule moins vite, c'est plus de sécurité routière et moins de pollution. Les associations d'automobilistes devraient se rebaptiser en associations de l'accélérateur. Celui-là même qui nous mène dans le mur.

(1) France 3, Journal, 2.11.2017, 19h30.

mardi 28 novembre 2017

Un monde en noir et blanc

Créer une forme d'apartheid pour lutter contre le racisme. C'est la lumineuse idée d'un syndicat d'enseignants, Sud Education 93: travailler en ateliers non mixtes dans le cadre d'un stage d'antiracisme qui vise à déconstruire les discriminations raciales à l'école à travers une "analyse du racisme d'Etat" censé gangréner l'Education nationale (1). Et c'est elle, cette Education nationale raciste, qui paie ce stage organisé par des "identaristes racialisants". Au programme: des ateliers et "des conférences données par des tenants du communautarisme anti-républicain". 
Si plusieurs ateliers sont communs, quelques-uns sont en non-mixité. Les enseignants racisés vont partager des "outils pour déconstruire les préjugés de race, de genre et de classe". Faut-il entendre par là que ceux qui ont été contruits et pratiqués - y compris donc en matière de genre et de classe - par des enseignants blancs n'ont aucun intérêt? Et pourquoi aborder ces questions de genre et de classe en fonction d'un critère de race (notion que tout le monde semble d'ailleurs laisser à la seule vieille extrême droite qui n'a toujours pas compris qu'il n'y a qu'une seule race: la race humaine)? Dans la même logique, les ateliers devraient alors être non-mixtes, mais les critères de séparation étant alors ceux du sexe et des classes sociales et non de la couleur de la peau.
Que se passera-t-il si des enseignants classés dans un des deux groupes veulent participer aux travaux de l'autre? Les organisateurs s'opposeront-ils au dialogue, appeleront-ils la police?
Un autre jour, les enseignants racisés partageront leurs expériences dans un atelier intitulé "quelle vie professionnelle pour les enseignant-e-s racisé-e-s?" Pendant ce temps, les "enseignant-e-s blanc-he-s" vont "interroger nos représentations et nos postures dominantes". Etant entendu que tout blanc est forcément dans une posture dominante. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa!, voilà ce que nous sommes censés, nous, salauds de blancs, dire chaque fois que nous assistons non pas seulement à un acte raciste mais à toute différence basée sur une prétendue race.
Le racisme existe, c'est une réalité que personne ne peut nier et qu'il faut combattre chaque instant. Mais recréer une forme d'apartheid, faire croire qu'il y a d'un côté de pauvres victimes et de l'autre de sombres coupables qui doivent se battre la coulpe n'apportera aucune solution et aucune nuance dans un monde qui en manque de plus en plus. Le Ministre de l'Education a, évidemment, condamné l'organisation d'un tel stage, qu'il considère comme "inconstitutionnel et inacceptable", estimant qu'on y "trie les membres sur base de leurs origines" (2).

Le syndicat va-t-il distribuer des certificats de racisés et de blancs? Comment définit-on un racisé? En fonction de son nom, de la couleur de sa peau? Met-on les blancs d'un côté, les autres de l'autre? Mais comment définir un "blanc"? Quelqu'un qui a des ascendants européens et africains, ou asiatiques et européens, ou antillais et européens est-il racisé ou blanc? Il y a dans les couleurs de peau tant de nuances. Un de mes amis, aux origines siciliennes, passe facilement pour un Arabe. Un autre, belgo-belge, passe aussi bien pour un Belge que pour un Arabe, un Iranien ou un Juif. Et je connais des personnes d'origine syrienne, iranienne ou marocaine qui ont l'air aussi "blanches" qu'un blanc. Mais je suppose qu'il s'agit là de questions et de réflexions de blanc qui prouvent simplement que je le suis.

Au programme du stage figure une critique des programmes d'histoire qui "servent le roman national", l'islamophobie, la romophobie, la négrophobie et un exposé sur la blanchité (3). Se pencheront-ils, les racisés, sur les racistes parmi eux? Parleront-ils de l'esclavagisme pratiqué aujourd'hui par des Arabes en Libye où des noirs qui fuient guerre et misère sont vendus comme du bétail? (4) Dénonceront-ils ces pratiques qui se poursuivent depuis toujours en Mauritanie (5) et dans les monarchies pétrolières? Rappeleront-ils le rôle de tribus arabes dans l'histoire de l'esclavage?
On est toujours le raciste d'un autre. Notre monde n'est pas en noir et blanc, en pauvres victimes et en méchants coupables. 

Il existe des stages permanents pour combattre le communautarisme, la séparation entre les citoyens et la bêtise. Ça s'appelle l'école de la République.
Qui peut croire qu'on peut progresser en réfléchissant chacun de son côté?
C'est moi qui ne comprends plus ou ce monde devient totalement fou?

(1) "Stage raciste", Marianne, 24.11.2017.
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/11/20/jean-michel-blanquer-condamne-le-stage-antiracisme-non-mixte-dun-syndicat_a_23283106/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) "Des réunions de SUD séparent les profs blancs et les racisés", Le Figaro, 20.11.2017.
(4) http://www.lemonde.fr/international/article/2017/11/19/libye-cinq-questions-sur-les-centres-de-detention-de-migrants-et-les-conditions-de-vie-qui-y-regnent_5217123_3210.htm
(5) "Bien que l’esclavage ait été officiellement aboli en 1981 et qu’il soit reconnu comme un crime dans le droit national, des organisations de défense des droits humains, dont SOS Esclaves et l’IRA, ont régulièrement dénoncé la persistance de cette pratique." (Rapport d'Amnesty International sur la Mauritanie - https://www.amnesty.org/fr/countries/africa/mauritania/report-mauritania/

Post-scriptum:
- lire "Cultiver son racisme", Gérard Biard, Charlie Hebdo, ce mercredi 29 novembre.
- et les réflexions de Jean-François Kahn sur les dérives d'une certaine gauche: http://www.huffingtonpost.fr/jeanfrancois-kahn/sur-l-emergence-d-une-gauche-neo-reactionnaire-et-neoraciste_a_23296523/?utm_hp_ref=fr-homepage


mardi 21 novembre 2017

Non (encore une fois)!

(suite des billets "Non!", 18 novembre, et "Gourouphilie", 14 novembre 2017)

Il ne faut jamais tenter de tourner les autres en ridicule. On y tombe alors soi-même facilement. C'est ce qui vient d'arriver à l'humoriste Guillaume Meurice. Il vient de publier un billet se moquant du conflit qui oppose Charlie Hebdo à Mediapart, le présentant comme "un clash à deux balles", une querelle de gamins dans une cour de récré. Gnagnagna, fait-il dire aux protagonistes, c'est pas moi qui ai commencé, gnagnagna, c'est lui (1). Et d'inviter les deux médias de gauche à se consacrer à ce qui est vraiment important: la lutte contre le pouvoir de l'argent, le vivre ensemble (2).
L'importance du conflit échappe visiblement à l'humoriste qui le ridiculise sans avoir compris (ou sans vouloir comprendre) les enjeux. "Ce n'est pas une simple querelle d'ego ou un règlement de comptes dans la gauche qui ne concerneraient qu'un petit milieu parisien, comme on l'entend parfois, estime le chercheur en théorie politique Laurent Bouvet (3). Des principes fondamentaux sont en jeu (...). Et ce, dans un contexte très particulier qui ne doit jamais être oublié: celui des attentats islamistes que l'on connaît depuis près de trois ans (et même un peu plus si l'on y ajoute ceux de Merah en 2012)."
Et Laurent Bouvet de pointer trois dimensions dans l'emballement pour cette opposition entre deux médias: "la plus immédiate est celle qu'il faut bien appeler par son nom: l'indécence et l'ignominie des propos d'Edwy Plenel. Riss a entièrement raison quand il dit que Plenel condamne à mort la rédaction de Charlie Hebdo lorqu'il affirme que celle-ci et ses soutiens mèneraient une guerre aux musulmans. C'est d'une gravité extrême, après ce qui a eu lieu le 7 janvier 2015 et quand on voit les menaces de mort qui se sont multipliées contre Charlie ces dernières semaines. L'équipe de Charlie vit sous protection policière permanente simplement parce qu'elle veut continuer à faire son travail. Une liberté d'expression sous protection policière, il ne faut jamais l'oublier quand on aborde le débat actuel."
La deuxième dimension pour le professeur en sciences politiques tient aux soutiens dont bénéficient Plenel et Mediapart: "l'aveuglement ou la complaisance face aux propos de Plenel sont là encore totalement sidérants". Tout comme, dit-il, le renvoi dos-à-dos des deux médias. Ce qui en dit long, selon lui, "sur le point de non-retour où l'on en est arrivé dans la société actuelle, tant en termes de déontologie journalistique que de compréhension, dans des milieux pourtant informés et éduqués, des enjeux qui la traversent."
La troisième dimension, il la situe sur le long terme, entre deux gauches irréconciliables, sur le rapport à la République, à l'Etat, à la laïcité, à l'islam.

"La rhétorique de Mediapart, écrit Thierry Keller dans Usbek & Rica (4), serait complètement insignifiante si autant d'individus de bonne volonté ne tombaient pas dans le panneau, sous l'œil paniqué de politiques qui, pour une fois, n'ouvrent pas leur caquet. Pourtant elle est facile à démonter:  être musulman et a fortiori intégriste n'est pas un état biologique ni ethnique. C'est une conviction, un choix de l'esprit. De plus, ceux qui vivent sous le joug des islamistes, ceux qui meurent sous leurs bombes, ce sont les musulmans eux-mêmes, en très large majorité. L'islam politique est donc une idéologie que l'on peut et doit combattre. (...) Mais non: en essentialisant et en dépolitisant le débat, bref, en jouant sur notre culpabilité à tous (de blancs, d'occidentaux, de harkis, les chefs d'accusation sont sans limite), Plenel décourage la lutte pour la liberté, abandonne les musulmans à la menace permanente des salafistes et autres Frères musulmans, il s'arroge le droit de parler au nom de tous les musulmans laïcs, libéraux, ou défroqués qui aimeraient pourtant qu'on leur foute la paix (...)."

C'est précisément ce que réclame l'un d'eux, Hamid Zanaz, journaliste et essayiste qui dit à Plenel: "ne parlez pas à ma place!" (5). "Je suis de culture islamique et universelle, algérien résidant en France depuis plus d'une vingtaine d'années. En vous lisant et en vous écoutant depuis un certain temps sur le sujet de l'islam et des musulmans en France, je me demande, Monsieur Plenel, si nous vivons dans le même pays!". Le journaliste algérien s'insurge virulemment contre les propos réducteurs de Plenel, "avocat autoproclamé des pauvres musulmans" présentés comme "des victimes passives d'un racisme inhérent à la société française". Il lui reproche son "incitation insidieuse à la haine", son "discours essentialiste", ses "messages dangereux et irresponsables". "Sachez, Monsieur le défenseur d'une cause fictive, que je ne me reconnais absolument pas dans votre discours de victimisation, alors que je ne vous ai rien demandé. Ne me défendez pas, je n'ai pas besoin de vous ni d'aucun autre tuteur. Le temps du paternalisme est révolu".

On est en droit de se le demander: quelle vision de la société et des rapports humains a Mediapart, quel type de régime soutient-il? On ne peut défendre à la fois la démocratie et la théocratie, le pouvoir du peuple et celui des barbus, même ceux qui pérorent en costume-cravate. A s'opposer de manière aussi irresponsable à ceux qui défendent la liberté de penser, la liberté d'expression, le droit d'être critique, Mediapart semble avoir basculé du côté sombre de la pensée, risquant d'entraîner dans sa dérive des jeunes (ou moins jeunes d'ailleurs) naïfs et, sous prétexte de lutter contre le racisme, d'augmenter celui-ci (puisque Mediapart confond sciemment musulmans et islamistes) et de faire le jeu de l'extrême droite et du populisme. Et pourtant, comme le dit Thierry Keller, en (quasi) conclusion de son article (4), "Humanisme, laïcité, universalisme. Ce camp-là n'est pas si difficile à choisir, si? Vous verrez, on se sent mieux après".

(1) http://speech.konbini.com/news/dans-une-courte-tribune-guillaume-meurice-fait-passer-la-polemique-charlie-hebdoplenel-pour-du-pipi-de-chat/
(2) En enjoignant à Charlie Hebdo et à Mediapart de parler de la défiscalisation et de l'optimisation fiscale plutôt que de l'islamisme, Guillaume Meurice, toujours prompt à dénoncer la langue de bois des politiques, tombe dans le même piège, utilise les mêmes vieilles techniques de diversion: "vous ne parlez pas de ce qui intéresse les gens, de ce qui est important. Moi, je sais ce qui est important". En plus, ils en parlent tous les deux... Il ne semble pas se rendre compte que c'est la liberté d'expression, de critique qui est en jeu. Et donc la sienne. Il a perdu une occasion de se taire.
(3) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/17/31003-20171117ARTFIG00116-l-impasse-de-la-gauche.php
(4) https://usbeketrica.com/article/charlie-il-n-y-a-plus-de-mais
(5) http://www.lalibre.be/debats/opinions/monsieur-edwy-plenel-ne-me-defendez-pas-opinion-5a130b7acd707514e8d68649


lundi 20 novembre 2017

Aux Petits Plaisirs

"Aux Petits Plaisirs", c'est le titre que j'ai donné au nouveau blog que je viens d'ouvrir.
J'y ai compilé des textes divers rédigés dans des circonstances qui le sont tout autant: nouvelles, histoires, chansons, souvenirs, textes de spectacle, etc. J'y ai publié aussi des photos, surtout de nature, d'animaux, de sculptures. 
Quelques exemples: "Les oiseaux de la Brenne", "L'écume des jours atlantiques", "Moi et Dieu", "Les Misters des Voix picardes", "L'Affaire du 22 janvier", "La Folie du prince Georges-Albert"...
Je continuerai évidemment à alimenter ce blog de temps à autre, en fonction de mon inspiration, de mes balades, de mes découvertes. 
Un autre blog donc, plus léger que celui-ci, moins énervé, plus serein...
Son adresse: https://michelguilbert.blogspot.fr

samedi 18 novembre 2017

Non!

Il faut se méfier des gens qui sourient constamment. Malgré son air angélique, Plenel est un salaud. J'ai hésité sur le terme, mais je n'en vois pas d'autre. Ses attaques contre Charlie Hebdo, contre Manuel Valls sont infâmes. Et assassines. Riss a raison de dire que ses déclarations ne sont rien d'autre qu'un appel au meurtre.
Un salaud et un imbécile. Il confond, sciemment, islam et islamisme. Par principe, il absout les musulmans de tout acte négatif, voire de toute pensée négative. Et ceux d'entre eux qui sombrent dans la violence ne seraient que de pauvres victimes du néo-colonialisme, de nous tous, crapules d'Occidentaux qui excluons systématiquement ces damnés de la Terre que sont les musulmans. (Et tant pis si nous sommes nombreux à nous mobiliser pour l'accueil de réfugiés, dont la plupart sont musulmans. C'est sans doute que nous sommes empreints de ce sale fond judéo-chrétien. Salauds de nous!) Sont-elles donc coupables de néo-colonialisme ces milliers de victimes des djihadistes en France, au Mali, au Pakistan, partout dans le monde? De quoi sont-elles coupables ces jeunes filles nigérianes forcées par Boko Haram de se faire exploser au milieu des leurs (1)? De quoi sont coupables ces chrétiens, ces musulmans, ces juifs, ces agnostiques, ces athées, tués, le plus souvent au hasard, par de jeunes névrosés qui ont basculé, parfois d'un jour à l'autre, dans le délire de l'ultra violence islamiste? Elles n'ont rien choisi, toutes ces victimes. Plenel, lui, a choisi son camp, celui de l'obscurantisme et de la violence. Et pour lui, un dessin peut parfaitement expliquer un meurtre. "En France, rappelle Fatiha Boudjahlat, co-fondatrice du mouvement Viv(r)e la République, les morts sont du côté des laïques et du côté de Charlie Hebdo. Les tueurs sont du côté des islamistes" (2). Ajoutons que les morts sont aussi du côté des juifs. Ce qui n'émeut en rien Plenel, ce grand moraliste. C'est sans doute qu'eux aussi l'ont bien cherché.

Tout a dérapé il y a une  semaine avec la une de Charlie Hebdo se moquant de Plenel qui ne savait rien du personnage Tariq Ramadan qu'il a toujours soutenu. Dans Mediapart, 130 personnalités ont signé une tribune de soutien à Plenel en accusant Charlie Hebdo d'attiser un climat de haine. Il y a là une totale erreur de cible. "Cette tribune, estime la journaliste Zineb El Razoui, refuse que la ligne éditoriale islamo-complaisante de Mediapart soit questionnée. Je me pose la question de l'opportunité de s'en prendre à Charlie Hebdo comme un porte-étendard de la haine une semaine après que cet hebdo ait été visé par une campagne de menaces de mort particulièrement violente. Mediapart fait d'ailleurs partie des organes de presse qui défendent l'idée selon laquelle les musulmans seraient de plus en plus des victimes depuis les attentats. Pour ma part, je fais partie d'une maison journalistique où le mot victime a une signification très réelle, sanglante, qui se vit dans la douleur de l'absence et dans la peur de la récidive. J'ai envie de dire aux signataires: vous ne remuez pas le petit doigt lorsque des confrères sont menacés de mort, en revanche vous faites bloc lorsque la moustache d'Edwy Plenel et surtout ses accointances avec Tariq Ramadan sont tournées en dérision?" (3)

"Charlie Hebdo ne mène aucune guerre contre les musulmans, mais condamne les extrémismes religieux d'où qu'ils viennent, affirme le président de la Licra, Mario Stasi. Edwy Plenel, avec sa rhétorique habituelle, fait semblant de confondre musulmans et intégristes musulmans. Lui et ceux qui le soutiennent sont dans un combat idéologique. A minima, c'est irresponsable dans une société où des drames humains, comme l'attentat contre Charlie Hebdo, ont été la conséquence d'écrits et de dessins. Mais je crois plus sûrement que c'est volontaire. Edwy Plenel a tort sur toute la ligne." (4)
La journaliste du Figaro, demande au président de la Licra si Riss, dénonçant un appel au meurtre et Manuel Valls accusant Plenel de complicité intellectuelle avec le terrorisme ont raison. La réponse de Mario Stasi est claire et nette: "oui, dans les deux cas".

Personnage sulfureux que ce Plenel. Cet anti-capitaliste qui, quand il dirigeait Le Monde, comme le rappelle Fabrice Nicolino (5), a transformé le quotidien en société anonyme, plaçant à sa tête quelques parrains du capitalisme français. Qui s'est aussi appuyé sur Dominique de Villepin, alors Premier ministre de droite, pour tenter, sans succès, de prendre le contrôle de Libération.
Un de ses anciens proches, Alain Rollat, alors leader de la section CGT du Monde, estime que "Plenel est expert en dialectique. Mis en accusation, il accuse à son tour. Mais il porte sa riposte sur le terrain où il est le plus à l'aise, celui de la réflexion affective, pas sur le terrain où il est attaqué, celui des faits objectifs."
Plenel, c'est un Staline souriant qui flingue qui ose critiquer l'islam. Fabrice Nicolino encore, s'adressant à lui: "Comme le moindre de votre pas est dans le chemin du Bien, il vous suffit d'énoncer. Critiquer une religion comme fait social, ainsi que l'ont fait des générations de penseurs critiques avec le christianisme, c'était parfait pour vous il y a quarante ans. (...) Attaquer un islam où le rôle des femmes, pour ne prendre que cet exemple, est d'être contraintes et soumises, c'est mal. Pis, c'est raciste." Deux semaines après le lâche massacre de l'équipe de Charlie Hebdo, Plenel déclarait à la télévision que "la haine ne peut avoir l'excuse de l'humour".  Pour lui, un dessin peut être un acte "de guerre aux musulmans", et il parvient ainsi à excuser ce qui s'apparente à des exécutions programmées.

"Plenel, écrit encore Fatiha Boudjahlat, donc Mediapart, dans un mélange des genres dont il est comptable, ont consacré à la défense et à la normalisation de l'islamisme une surface médiatique, un temps, un réseau intellectuel disproportionné avec ce que pèse en France ce courant politico-religieux d'extrême droite. C'est que Mediapart s'engage dans la lutte contre l'islamophobie. Sans vouloir comprendre que l'islamophobie (note: l'utilisation du terme - voir note au bas de ce billet) vise d'abord à coaliser les musulmans autour de leurs leaders les plus radicaux." (2)

Sur le site de Mediapart, dans une chronique immonde, un journaliste a présenté Manuel Valls comme l'héritier de ceux qui sont passés du socialisme au nazisme, de la SFIO au soutien aux occupants nazis. Ils seraient "les ancêtres idéologiques de Manuel Valls" qui s'inscrirait délibérément dans leur sillage.  Lourde et grave erreur d'analyse ici encore. "Les fascistes d'aujourd'hui, estime Rapahaël Enthoven, sont les islamistes, les ordures du 13 novembre, les terroristes qui salissent l'islam comme le nazisme a souillé l'Occident." Le philosophe dénonce "les socio-crétins qui par relativisme tendent la main aux Tartuffe (...), les lâches qui passent leur temps à voir de l'islamophobie dans la défense de la République, comme certains pacifistes voyaient en 1938 de l'anti-germanisme dans le refus de céder devant Hitler". Conclusion de Raphaël Enthoven: "les collabos d'aujourd'hui ne sont pas ceux qui se dressent contre l'islamisme, mais ceux qui lui tiennent la porte" (6).

Renaud Dély rappelle que Marianne, l'hebdomadaire dont il est rédacteur en chef, a aussi été accusé sur le site de Mediapart de faire "de la vulgarité antimusulmane son fonds de commerce", de s'être embarqué dans une "croisade islamophobe" menée par "les enragés de la réaction". Toutes ces insultes gratuites parce que l'hebdomadaire défend la laïcité. 
"On ne peut pas, écrit Renaud Dély (7), être Charlie, mais quand même... ou Charlie, oui, si... On ne peut qu'être Charlie tout court. Sans nuance. Sans restriction. Comme face aux assauts de l'islamisme, et de tous les intégrismes, on ne peut que prôner la laïcité tout court, sans adjectif, ni souple, positive ou stricte. On ne demande pas à Charlie Hebdo d'être drôle, ce que ce journal est très souvent, et encore moins de bon goût, ce qu'il est plus rarement. On lui demande d'être libre. Parce que sa liberté, c'est la nôtre. Alors oui, depuis le 7 janvier 2015, Charlie peut tout se permettre. Et même plus encore. Nos amis ont tous les droits. Parce qu'ils se battent pour les nôtres."


C'est fait!

Quelle est cette société où on n'ose plus lire Charlie Hebdo en public? Il y a quelques années encore, je me souviens des sourires en face de moi quand je lisais Charlie dans le train. Mes voisins jetaient un œil amusé sur "les couvertures auxquelles vous avez échappé cette semaine". Il y a trois jours, je me suis rendu compte que je n'osais pas le sortir de mon sac dans la salle d'attente de la gare. Peur d'être agressé parce que je lis, parce que je ris.


A lire sur ce blog: "Gourouphilie", 14 novembre 2017.
(1) "Elles ont dit non à Boko Haram", The New York Times, 25.11.2017, in le Courrier international, 16.11.2017.(2) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/15/31003-20171115ARTFIG00185-les-islamistes-ne-sont-pas-les-musulmans-et-edwy-plenel-n-est-pas-leur-prophete.php
(3) http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/11/15/31003-20171115ARTFIG00372-zineb-el-rhazoui-les-collaborationnistes-du-fascisme-islamique-sont-nombreux-en-france.php
(4) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/15/01016-20171115ARTFIG00270-polemique-charlie-hebdo-mediapart-edwy-plenel-a-tort-sur-toute-la-ligne.php
(5) "A l'attention de Monsieur Edwy Plenel, l'homme qui n'était au courant de rien", Charlie Hebdo, 15.11.2017.
(6) http://www.europe1.fr/emissions/le-fin-mot-de-linfo/les-collabos-daujourdhui-ne-sont-pas-ceux-qui-se-dressent-contre-lislamisme-mais-ceux-qui-lui-tiennent-la-porte-3490874
(7) "Toujours Charlie!", Marianne, 10.11.2017.


Note à propos du terme islamophobie: "A été (...) poussée à son paroxysme, dans un but non avoué de censure, l'accusation d'islamophobie. Qui tombe aisément sur tout un chacun osant émettre le moindre reproche à l'égard du dévoiement de la religion par des personnes extrémistes. Et qui tombe même sur des personnes de culture ou de confession musulmane se permettant de critiquer les intégristes gangrénant leur propre religion. Des esprits libres illico affublés de tous les noms d'oiseau (...), assauts perpétrés par des islamistes mais aussi - et surtout - par nombre des idiots utiles (...) n'ayant rien à voir avec l'islam." Mohamed Sifaoui, "Une seule voie: l'insoumission", Plon, 2017, p. 270.

mercredi 15 novembre 2017

Françoise Héritier

L'ethnologue et anthropologue Françoise Héritier vient de mourir. Son éditrice, Odile Jacob, la décrit comme "une femme d'exception, très profonde et modeste à la fois, une vraie écrivaine". L'anthropologue Philippe Descola ajoute que c'était "une femme d'une grande vivacité, primesautière, gaie, attentive aux plaisirs de la vie" (1). Malgré la maladie qui la rongeait ces dernières années.
Tout récemment interrogée sur la libération de la parole des femmes à propos du harcèlement sexuel, elle s'en était réjouie: "Je trouve ça formidable, disait-elle. Que la honte change de camp est essentiel. Et que les femmes, au lieu de se terrer en victimes solitaires et désemparées utilisent le #metoo d'Internet pour se signaler et prendre la parole me paraît prometteur. C'est ce qui nous a manqué depuis des millénaires: comprendre que nous n'étions pas toutes seules!" (2). Elle affirmait aussi que "il faut anéantir l'idée d'un désir masculin irrépressible". Qui sont, que sont en effet ces hommes incapables de maîtriser leur désir pour les femmes? Des spécialistes nous expliquent qu'aucun animal (à part le canard, semble-t-il) ne pratique le viol (3).

A l'heure où nous perdons Françoise Héritier, voilà qu'on apprend que le mensuel Causette, féministe,  vif, militant et plein d'humour (c'est rare mais les deux ne sont pas incompatibles), vient de publier ce qui risque fort d'être son dernier numéro. Continuer à le faire vivre serait, d'une certaine manière, permettre la poursuite d'un des combats que menait Françoise Héritier, celui de l'égalité des sexes, même si elle avait à ce sujet des espoirs mesurés: "je doute, disait-elle, qu'on arrive jamais à une égalité idyllique".

(1) Emission "La tête au carré", France Inter, ce mercredi entre 14 et 15h.
(2) http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/05/francoise-heritier-j-ai-toujours-dit-a-mes-etudiantes-osez-foncez_5210397_3224.html
http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/11/15/l-ethnologue-et-anthropologue-francoise-heritier-est-morte_5215270_3382.html
(3) Il conviendrait dès lors de changer l'appel. Et non pas dire "balance ton porc", mais "balance ton canard". Pauvre réputation que celle des porcs.
A lire aussi, le témoignage de Patric Jean:
http://www.huffingtonpost.fr/patric-jean/francoise-heritier-n-etait-pas-une-revolutionnaire-c-etait-une-revolution_a_23278183/?utm_hp_ref=fr-homepage