dimanche 14 juin 2026

La fête à Neu-Neu

Enfin, c'est la fête ! Dans ce monde traumatisant qui marche sur la tête, on en avait bien besoin. Le football est à la fête. Donc le monde entier aussi.
La FIFA qui organise la coupe du monde de football nous offre un festival de délires avec Dingo Ier en King de la fête. Son président, Gianni Infantino, lui a remis, il y a plusieurs mois, un prix de la paix de la FIFA créé spécialement pour le si gentil président des Etats-Unis. C'est la fête. Le récipiendaire de  ce prix de la paix a encouragé l'Iran à ne pas participer à cette compétition : la vie et la sécurité des joueurs iraniens pourraient être menacées, a-t-il affirmé. 

Le prix des billets les moins chers dans les stades est de 200 $. Le plus cher, pour la finale, se monte à quasiment 11.000 $, sept fois plus qu'au Qatar. Les transports publics devaient être gratuits pour les détenteurs de billets. A New York, leur prix avait d'abord augmenté de 1.000 % avant d'être ramené à 660 % face aux réactions indignées. La fête n'a pas de prix et le FIFA le sait : un vrai fan est prêt à hypothéquer sa vie pour supporter son équipe. "Quand on est mordu, on ne regarde pas à la dépense. On ne réfléchit plus de manière rationnelle", reconnaît un supporteur argentin. Des pauses dites "de rafraîchissement" sont prévues au milieu de chaque mi-temps de tous les matchs, peu importe la météo, histoire de diffuser un peu plus de publicité encore. La FIFA devrait empocher 10 milliards de dollars de revenus. C'est la fête.

Vu le nombre d'équipes en compétition et dès lors le nombre de matchs, vu les énormes distances entre les stades (4.500 km entre Vancouver et Miami, par exemple), vu la climatisation installée dans les stades pour lutter contre une chaleur dangereuse pour la santé des joueurs et des supporteurs, cette coupe s'annonce comme la plus polluante jamais organisée : 9 millions de tonnes de CO2, le double de la moyenne des quatre précédentes éditions. L'équivalent de ce qu'émettent plus de 6 millions de voitures en une année en Grande-Bretagne. C'est la fête.

Les ressortissants de 39 pays étaient encore soumis, début juin, à des interdictions totales ou partielles de voyager aux Etats-Unis, imposées par l'équipe du Père Ubu américain. Pour 19 de ces pays la délivrance de tous les visas est suspendue. L'arbitre somalien Abdulkadir Artan, considéré comme le meilleur d'Afrique, a été refoulé à son arrivée aux Etats-Unis. Les supporteurs qui ont eu droit à un visa mais ne sont pas blancs - il y en a tant ! - craignent d'être arrêtés et tabassés par une ICE qui a pris l'habitude d'arrêter et de tabasser des gens au faciès. C'est la fête. Celle du capitalisme et du cynisme.

(D'après le dossier de Courrier international, "La Coupe du monde de tous les excès", 11.6.2026)

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