vendredi 23 janvier 2026

Les Iraniens abandonnés

Trump le fier-à-bras avait promis son soutien à la population iranienne. Dans la versatilité qui le caractérise, il l'a laissée tomber, préférant partir conquérir le Groenland. Les morts en Iran se comptent par milliers : quatre mille ? huit mille ? douze mille ? plus encore ? Les Iraniens ne souhaitent qu'une chose : la fin de ce régime théocratique qui n'existe que pour lui-même et qui écrase, avec une cruauté inouïe et sans état d'âme, celles et ceux qui le contestent. Les Gardiens de la révolution visent les yeux et les parties génitales. Les mollahs n'ont pas plus d'âme que le dieu assassin dont ils se réclament. 
Les Iraniens sont en proie à un sentiment de confusion et de trahison après que Trump ait promis plusieurs fois d'intervenir pour les soutenir sans jamais rien faire, rapporte The Sunday Times (1) qui estime le bilan à 16.500 morts. "Les Iraniens sortaient manifester avec la peur au ventre, bravant la répression sanglante dans l'espoir que Trump ordonne une frappe militaire, dit un jeune Iranien au Washington Post (1). On gardait les yeux rivés au ciel, comme si quelque chose allait se produire. Qu'il allait frapper maintenant." Mais les Iraniens, une fois encore, ont été abandonnés par le monde entier, bien que Rambo Trump ait promis qu'une aide "était en route". La colère et l'amertume domine chez les Iraniens. Sentiment d'avoir été "manipulés, dupés, trompés", "l'impression que Trump a sacrifié la jeunesse iranienne". Une femme dit à Politico (1) avoir perdu tout espoir. "Trump ne fera rien. Pourquoi le ferait-il ? Il se fout de nous."

Reza Pahlavi, le fils du dernier chah, a lui aussi appelé, depuis les Etats-Unis où il vit, ses anciens compatriotes à se révolter. Non seulement il représente un régime extrêmement brutal (on se souvient de la Savak, la sinistre police politique de son père) et n'apparaît pas comme un modèle de démocrate, mais en outre, il est lui aussi de ces opposants qui lancent des appels à la révolte dont ils n'assumeront aucune conséquence.
Un Iranien anonyme pose cette question auprès de Iran International (2): "Comment l'opposition à l'étranger, les militants antirégime ont-ils pu ne pas réfléchir à ça ? Comment pouvez-vous appeler les gens à risquer leur vie sans avoir ne serait-ce qu'une ébauche de plan pour réagir une fois l'appareil de répression enclenché ? Je suis en colère. En colère contre tout. Contre ceux qui dirigent l'Iran - pour eux, je n'ai que des injures, à eux je ne souhaite que les pires souffrances. Mais je suis en colère aussi contre les combattants par procuration, bien à l'abri hors d'Iran et devant leur clavier."

Miné, affaibli et corrompu, le régime des mollahs finira par tomber et tant mieux. Mais à quel prix et avec quelles conséquences ? "La dislocation de la Yougoslavie dans les années 1990, l'invasion de l'Irak en 2003 et la guerre civile en Syrie, écrit The Economist (3), devraient nous enseigner qu'il est difficile de mettre fin à des décennies de répression sans déclencher un bain de sang. Les Kurdes, les Azéris, les Baloutches et d'autres séparatistes pourraient se soulever, et l'Iran plongerait dans le chaos. Ajoutons à cela la présence d'uranium enrichi, de scientifiques spécialistes du nucléaire et d'extrémistes religieux, et les risques deviennent considérables." 

En attendant la population iranienne a besoin de notre soutien. Les Palestiniens mobilisent des foules que les courageux Iraniens les laissent indifférentes. 

(1) "Les Iraniens se sentent trahis par Trump",  Le Courrier international, 22.1.2026.
(2) Iran International (Londres), 13.1.2026, in Le Courrier international, 22.1.2026.
(3) "Un régime d'autant plus impitoyable qu'il est faible", The Economist (Londres), in Le Courrier international, 22.1.2026.

mercredi 21 janvier 2026

Remboursez !

Qui peut prendre au sérieux la création du Conseil de la paix de Trump ? Pas Trump lui-même. C'est un show, juste un spectacle pour permettre à l'histrion de se mettre une fois encore en valeur et de ridiculiser l'ONU et tous les autres pays. Aussi bien ceux qui viennent lui manger dans la main en acceptant d'en faire partie (pour la modique somme d'un milliard de dollars) que ceux qui l'enverront paître.
« C’est notre show, pas le sien », a répondu un officiel américain à la critique de Netanyahou qui n'accepte pas de voir la Turquie et le Qatar invités à faire partie de ce conseil (1).
L'otarie Trump se dandine de manière grotesque. Il nous fait des pieds de nez qui ne font rire que lui. Aujourd'hui, à Davos, Suffisant Ier a fait son show et il s'est trouvé des serpillières pour rire de ses sorties pas drôles. Ivre de lui-même, il est très content de lui et très mécontent des autres. La salle aurait dû le siffler, le huer, lui faire honte, se vider. Même si c'est en soupirant, elle continue à écouter poliment ce mélange de Caligula, de Néron, de Richard III, de Père Ubu, de Léon-la-Terreur et de Robert Bidochon. Le show est triste et lamentable. Remboursez !

Vantard, prétentieux, hâbleur, fanfaron, matamore, crâneur, charlatan, infatué, esbroufeur, bonimenteur, mythomane, rodomont, frimeur, outrecuidant, vaniteux, présomptueux, fat, suffisant, imbu de lui-même, pompeux, arrogant. La langue française est riche pour parler de Trump. Mais trop peu de gens l'utilisent.

Pendant que la baudruche capte l'attention avec son spectacle permanent, le monde ne regarde plus ailleurs. Poutine pilonne l'Ukraine, les Kurdes de Syrie reculent face à l'armée et les Iraniens sont abandonnés.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/20/le-conseil-de-la-paix-de-donald-trump-n-enflamme-pas-les-leaders-mondiaux_6663296_3210.html

mardi 20 janvier 2026

Rions (un peu)

On rit beaucoup en ce moment. Ce qui fait du bien dans cette période angoissante.
On rit en lisant que Poutine aurait été invité à rejoindre le "Conseil de la Paix" que veut créer à toute force le gamin irascible qui se voit en maître du monde (1). Faire appel à un des plus grands criminels actuels, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre, pour qu'il apporte son expertise et sa bonne volonté dans la résolution de conflits a de quoi faire rire. On sait que les fake news sont très à la mode et cette information-ci semble en faire partie et pourtant il semble bien qu'elle soit réelle.
Trump pourrait aussi inviter Khamenei à faire partie de ce conseil à sa botte. Le Guide suprême iranien reconnaît avoir massacré "plusieurs milliers" de ses concitoyens (2). Ce sont tous, selon lui, des criminels qui ont agi sous l'impulsion de Trump. Ce n'est pas sa faute à lui. Lui est irresponsable. Voilà encore un homme dont l'expertise et l'expérience seraient sans conteste utiles dans un conseil de la paix.

On rit aussi en apprenant qu'un député FN-RN, Matthias Renault, a demandé qu’on coupe les subventions des Transmusicales de Rennes, connues selon lui « pour l’organisation de manifestations d’artistes transgenres ». C'est l'humoriste Tanguy Pastureau qui en parlait hier dans son billet sur France Inter (3) : "Transmusicales, transgenre… au lieu de bosser, il a fait le rapprochement." Renault est sous l'influence trumpiste : dès que vous entendez un bruit, ne cherchez pas à comprendre de quoi il s'agit, aboyez.
"Pour lui, disait Tanguy Pastureau, le Printemps de Bourges, c’est un rassemblement de fils à papa. À l’entrée, il imagine qu’il y a un stand de pulls que les jeunes achètent pour mettre sur leurs épaules. Ce député est magique. Bien sûr, tout le week-end, la quasi-totalité du pays s’est moquée de lui. Pour une fois qu’il y a un homme qui rassemble, ça fait du bien. Et sur le papier, cet homme n’a pas tort : les Transmusicales sont un festival transgenre, mais genres musicaux, parce qu’il y a de tout, à part du baroque." (...) "Pour en revenir aux mots, à l’essence des mots, je pense que certains politiques, M. Renault et d’autres, pourraient, au lieu de poster des milliers de vidéos sur les réseaux, étudier, travailler. Les Transmusicales, ce n’est pas un festival transgenre, de même qu’un transfrontalier n’est pas quelqu’un qui hésite sur son identité pile au niveau du poste de la douane."

Là où on rit moins, c'est quand on pense que ce Renault est un député du parti qui fait la course en tête en France et que la bêtise de tous ces irresponsables ne heurte pas leurs électeurs. On rit moins quand on se dit qu'aujourd'hui ça fait un an que le second mandat de Dingo Ier a débuté. Ce qui signifie que trois très longues années nous attendent. On n'a pas fini de rire. Jaune.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/20/le-conseil-de-la-paix-de-donald-trump-n-enflamme-pas-les-leaders-mondiaux_6663296_3210.html
(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/19/repression-en-iran-le-guide-supreme-reconnait-pour-la-premiere-fois-plusieurs-milliers-de-morts_6663193_3210.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-du-lundi-19-janvier-2026-9633762

samedi 17 janvier 2026

Le joli temps des colonies

Voilà l'Europe menacée des deux côtés, à l'est comme à l'ouest, par deux hommes du passé, deux nuisibles incontrôlables, Poutine et Trump. Les deux réinventeurs du colonialisme. Deux hommes qui rivalisent de prétention, se voient en empereur et veulent asservir les pays autour d'eux. Se servir en fonction de leurs besoins de puissance et briser la démocratie européenne.

Qui donnera enfin une gifle à ce gros garçon capricieux qu'est Trump qui menace à présent de représailles douanières les Etats qui ne soutiennent pas son envie de prendre de gré ou de force le Groenland (1) ? Il trépigne de joie d'avoir reçu de Maria Corina Machado sa médaille du Prix Nobel de la paix. Il pense qu'il a vraiment reçu le prix. Comme un enfant qui aurait reçu la médaille d'ancien combattant de son grand-père et qui penserait dès lors avoir été lui-même décoré. Cet homme qui use et abuse d'un pouvoir gigantesque aurait sa place en hôpital psychiatrique.
Le responsable de la maison des jeunes à Nuuk témoigne avoir croisé en janvier 2025 Donald Trump Jr, fils de Dingo Ier : "Je pensais que c’étaient des touristes, ils distribuaient des casquettes MAGA, des billets de 100 dollars, puis ils ont invité des jeunes et des vendeurs de rue au restaurant, et j’ai compris que tout cela était politique » (2). Demain, les colons américains reviendront avec des verroteries. Revoici le joli temps des colonies.
A Gaza aussi. Hier, Trump a nommé un premier organe exécutif qui devra gérer l'avenir de la bande de Gaza : tous des fidèles de Trump, plus Tony Blair et les représentants des Etats médiateurs (Egypte, Qatar et Turquie), et des Emirats arabes unis. Ils sont chargés de superviser le travail de 15 gouvernants palestiniens (3). Le colonialisme a de beaux jours devant lui.

De son côté, Poutine affirme qu'il considèrera comme une agression la présence de forces militaires de l'OTAN sur le territoire de l'Ukraine. Comme s'il lui appartenait, comme s'il n'était pas l'envahisseur. Ici, c'est chez moi et chez moi je décide des règles. L'historienne et soviétologue Françoise Thom constate que « la Russie va de guerre en guerre : la Tchétchénie d’abord, la Géorgie ensuite, puis l’Ukraine, “l’Occident collectif”, l’Europe enfin".
Poutine, écrivait, en mai dernier Sergueï Medvedev, spécialiste de la période postsoviétique, "impose au monde son agenda de confrontation et d’antagonisme stratégique avec l’Occident. Il affaiblit l’Occident en montrant son indécision et son inefficacité. Il favorise la fragmentation de l’Occident, en enfonçant des coins dans les fissures existantes – du soutien à Trump dès son premier mandat jusqu’au soutien à toutes les forces antisystème, des ultra-gauches aux ultra-droites". Et c'est là un des problèmes de l'UE : tous ceux qui en son sein défendent le point de vue du Kremlin, de Mariani ou Villiers le revenant à Mélenchon le hargneux en passant par Villepin, Védrine ou Ferry, les "agents de déstabilisation russe en Europe" (4). Choisis ton camp, camarade : celle de la démocratie ou de celle de ses ennemis.

Post-scriptum :
Et au FN-RN, même si on ne le dit pas trop fort, on admire  non seulement Poutine le tueur, mais aussi Trump le dingue (on a les héros qu'on peut) :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/01/18/au-rn-une-attraction-inavouee-pour-le-trumpisme-et-un-alignement-ideologique-progressif_6663002_823448.html

(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/17/au-groenland-la-methode-trump-a-dresse-la-population-contre-les-etats-unis_6662716_3210.html
(3) https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/17/premieres-nominations-a-la-tete-de-l-usine-a-gaz-qui-doit-gouverner-gaza_6662939_3210.html
(4) https://desk-russie.eu/2026/01/11/pcf-lfi-et-autres-soumis-a-moscou.html

P.S. : A propos de Trump, à lire aussi :

mercredi 14 janvier 2026

Dieu démoniaque

Dieu est un assassin. C'est un juge iranien qui l'affirme. Dans le journal de 8h ce matin sur France Inter (1), un journaliste franco-iranien expliquait que les autorités iraniennes procèdent toujours de la même manière :  une fois terminée la répression des manifestations et les protestataires embarqués, les tribunaux révolutionnaires lancent les vagues d'exécutions. Le bureau des procureurs de Téhéran l'a fait savoir : les manifestant devront répondre de l'un des chefs d'accusation les plus graves : ennemi de Dieu. C'est le motif qui leur permet d'exécuter. Cette condamnation entraîne automatiquement la peine de mort. En 2023, c'est ce motif qui a été retenu lors de procès et qui a mené à la condamnation à mort et l'exécution de douze personnes. Une video montre un juge disant à un condamné : "moi, je veux te gracier, mais le problème, c'est que Dieu me demande de t'exécuter".
De deux choses l'une : ou Dieu est un salaud qui réclame la mort de gens qui se battent juste pour être libres ou ce juge blasphème.

(1)  https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-journal-de-8h/le-journal-de-08h00-du-mercredi-14-janvier-2026-1486969

mardi 13 janvier 2026

L'étranger

Seuls les Palestiniens ont droit à la solidarité mondiale. Un peu partout à travers la planète, des manifestations ont eu lieu, nombreuses, pour défendre - à raison - le droit des Palestiniens à vivre en paix.
Les massacres d'Iraniens par le Gouvernement d'Iran laissent le monde indifférent. On laisse Donald le Dingue faire semblant (?) de s'en occuper. Pour ensuite, si c'est le cas, le fustiger. De quoi se mêle-t-il ? Faut-il comprendre que ceci ne nous regarde pas ? Que nous sommes incapables de nous en prendre à un gouvernement qui tue son propre peuple qui veut simplement manger à sa faim et vivre libre ?
Pour le gouvernement iranien, les manifestations sont provoquées par l'étranger. C'est toujours le cas pour les régimes autocratiques : toute protestation populaire est forcément activée en sous-main par des agents venus d'ailleurs. Ce qui témoigne d'un immense mépris pour ce peuple qui serait incapable d'agir de manière autonome. En fait, ce sont ces gouvernements qui sont étrangers à leur propre peuple, incapables de comprendre, d'admettre ses aspirations. Seule compte leur idéologie brutale. 
Voilà quarante-sept ans que le régime théocratique iranien asservit son peuple au nom de Dieu, empêche les femmes de vivre normalement, l'ensemble des Iraniens de penser par eux-mêmes, d'être libres. Aujourd'hui, ce gouvernement islamiste, totalement corrompu et incompétent, massacre son peuple. Et, nom de Dieu !, nous regardons ailleurs. Les Iraniens nous sont-ils étrangers ?

dimanche 11 janvier 2026

(Agri)Culture de l'irrationnel

Les agriculteurs français sont fâchés. Ça devient une habitude chez eux. Pour exprimer leur colère, les affiliés de la Coordination rurale (syndicat agricole proche de l'extrême droite) se débarrassent, une fois encore, de leurs déchets sur la voie publique. Des pneus notamment qu'ils brûlent pour qu'on voit de loin qu'ils sont les premiers des écologistes (1).

En ce moment, l'objet de leur colère s'appelle Mercosur, cet accord commercial entre l'Union européenne et quatre pays latino-américains  - le Brésil, l'Argentine l'Uruguay et le Paraguay - négocié pied à pied depuis vingt-six ans et signé vendredi par l'UE. "Le Mercosur, c'est la mort à coup sûr", disent-ils. Le président de la République, la Ministre de l'Agriculture et tous les partis politiques se sont engagés, assez inconsidérément, dans un rejet de l'accord. Dans ce dossier, il semble, selon de nombreux analystes, que l'irrationnel domine.

"Malgré les controverses, écrit Le Monde (2), la portée commerciale du traité de libre-échange entre l’UE et les quatre pays du Mercosur reste limitée. Sa mise en application sera très progressive et comporte de nombreux garde-fous."
L'accord du Mercosur vise à augmenter les échanges, jusqu'à présent peu importants, entre l'UE et ces quatre pays sud-américains. "Au total, les pays de l’UE et du Mercosur abritent 750 millions de consommateurs et génèrent le cinquième du produit intérieur brut (PIB) mondial. Sur le papier, c’est un marché considérable, mais ces deux ensembles, éloignés géographiquement, commercent peu ensemble : le Mercosur ne représente que 2,1 % des exportations de l’UE, loin derrière la Turquie, la Norvège ou encore la Corée du Sud." L'accord vise à faire disparaître progressivement 91 % et 92 % des droits de douane des deux côtés de l’Atlantique. "Les entreprises européennes économiseront ainsi plus de 4 milliards d’euros de droits de douane par an, selon Bruxelles. Mais les barrières douanières ne sont pas que tarifaires. Les pays du Mercosur se sont engagés à ouvrir leurs marchés publics aux Européens, aux mêmes conditions que les entreprises locales. De plus, les taxes à l’exportation vont aussi diminuer, ce qui est stratégique pour l’UE, qui s’approvisionne dans ces pays en minerais stratégiques, comme le lithium ou le cuivre, indispensables pour son industrie de la transition énergétique. Bruxelles y voit là une garantie pour sa « sécurité économique »."
Les secteurs européens de l'automobile, des machines et de la chimie devraient trouver de nombreux intérêts à cet accord. Au contraire de l'agriculture : "l’accord pourrait faire baisser jusqu’à 1,2 % sa production de viande de bœuf et de mouton, et 1 % celle de sucre". Par contre, les producteurs de vin, de Cognac et de fromages - une part non négligeable du secteur agricole - trouvent une aubaine dans cet accord pour doper leurs ventes vers l'Amérique latine.

On a laissé croire, constate Patrick Cohen, éditorialiste de France Inter (3), "que le Mercosur n’est qu’une diabolique invention bruxelloise destinée à nous inonder de bœuf aux hormones et à faire disparaitre nos éleveurs. (...) C’est déjà à peu près ce qui se disait du CETA, l’accord de libre-échange avec le Canada, qui a permis à la France depuis huit ans, de tripler son excédent agricole avec ce pays."
Ce "drame" a été caricaturé, affirme-t-il encore. "Caricaturé, parce que si on le regarde précisément, le Mercosur n’est pas le monstre qui va ruiner notre agriculture, éradiquer nos éleveurs et empoisonner les consommateurs. Pour la viande importée, le point le plus sensible, l’accord prévoit un quota supplémentaire annuel pour toute l’Europe de 99 000 tonnes de bœuf, sur un marché de plus de 6 millions de tonnes. Soit 1,6% de la production totale. Un steak par an et par Européen. Pour les volailles, c’est 180 000 tonnes, 1,4%. Soit moins que le volume importé de poulets ukrainiens. Est-ce de la viande qui pourrait avoir été nourrie aux hormones ? C’est interdit en Europe, ni hormones, ni antibiotiques et ça continuera d’être interdit. Mais cela pose, c’est vrai, la question des contrôles et de leur fréquence. En contrepartie, le traité ouvrirait aux Européens un marché de 270 millions de consommateurs, marché aujourd’hui très protégé, avec des droits de douane de 20 à 35%, qui demain seraient réduits à zéro. Et qui représenterait une aubaine pour les filières industrielles à forte valeur ajoutée : automobile, aéronautique, pharmacie, produits de santé, chimie. Activités de service, où la France est bien placée. Et dans le domaine agricole : vins et fromages. Avec protection des AOP, ce qui interdirait le faux Champagne, ou le faux Roquefort."

A l'heure où Trump augmente considérablement et autoritairement les droits de douane et où la Chine et la Russie se montrent agressives (notamment) sur le plan commercial, l'UE est à la recherche de nouveaux partenaires. Et mieux vaut des règles que des rapports de force. "Alors que Trump nous a déclaré la guerre commerciale et qu’il veut régner en maitre sur le continent américain, estime Patrick Cohen, l’Europe dispose d’une opportunité unique de faire pièce à la puissance étatsunienne sur son propre terrain. Dans une sorte de réplique au coup vénézuélien. "
C'est ce que pense aussi le quotidien espagnol El Pais (4) : "Le traité commercial entre l'UE et le Mercosur (...) est aussi une déclaration de principes géopolitiques au moment où l'Europe et l'Amérique latine sont prises en tenaille dans la guerre d'hégémonie que se livrent les Etats-Unis et la Chine - et ce détail ne peut être négligé. (...) Une alliance commerciale permettrait à n'en pas douter de tempérer la dérive autoritaire de la région. L'Europe a devant elle une occasion unique, qu'elle ne doit pas laisser passer. Dans un monde toujours plus divisé, c'est une question de survie."

Ceci dit, quel sens y a-t-il à faire venir de la viande de l'autre bout du monde ? Surtout en ce moment où, pour des raisons de lutte contre le réchauffement climatique et de santé publique, on nous appelle à diminuer fortement nos consommations de viande ? Qu'ils le veuillent ou non, les éleveurs devront - comme tant d'autres professions l'ont fait - modifier drastiquement leurs pratiques. Même si, pour l'instant, ils continuent à se mettre la tête dans le sable (5).

(1) En décembre, des représentants de la Coordination rurale ont saccagé des locaux de la Ligue de protection des Oiseaux. Comprend qui peut ces gens qui prétendent être les premiers, si pas les seuls, à comprendre et à respecter la nature. 
https://www.lpo.fr/qui-sommes-nous/espace-presse/communiques/cp-2025/notre-siege-national-vandaliseutm_source=Sarbacane&utm_medium=email&uutm_campaign=Newsletter%20LPO%20France%20-%20Janvier%202026
(2) https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/10/mercosur-agriculture-minerais-industrie-ce-que-contient-l-accord_6661235_3234.html
(3) https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-mardi-06-janvier-2026-3103545
(4) "Européens, saisissez l'occasion !", El Pais, 29.12.2025, in Le Courrier international, 8.1.2026.
(5) https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/11/les-tenants-de-l-agriculture-intensive-veulent-sanctuariser-le-droit-a-pomper-sans-limites-et-a-polluer-les-ressources-d-eau-potable_6661384_3232.html

vendredi 9 janvier 2026

Gérontocraties

Le Secrétaire d'Etat américain Marco Rubio dénonçait récemment un gouvernement composé de personnes "incompétentes et séniles".  On l'a trouvé très lucide par rapport au gouvernement auquel il appartient, mais il évoquait en fait celui de Cuba. On cherche en vain des personnes compétentes dans le gouvernement Trump où règnent l'incohérence et l'irrationalité. Et si on y trouve des jeunes il est néanmoins dirigé par le plus veux président qu'aient jamais connu les Etat-Unis.
Donald Trump a 79 ans.
Poutine en a 73 ; Khamenei (Iran) 86 ; Bya (Cameroun) 92 ; Netanyahou 76 ;  Xi Jiping 72 ; Modi 75 ; Ouattara (Côte d'Ivoire) 84 ; Tebboune (Algérie) 80 ; Museveni (Ouganda) 81.
Comment imaginer que tous ces gens se soucient de l'avenir ? Ils l'ont derrière eux. Pourquoi se préoccuperaient-ils du réchauffement climatique ? Pourquoi œuvreraient-ils à un climat apaisé entre les nations ?
Moralité : vive la retraite à 60 ans.

mardi 6 janvier 2026

Servez-vous

Avec ses deux kilomètres carrés de superficie et ses 38.423 habitants, la principauté de Monaco a une densité de population parmi les plus élevées du monde : 18.473 habitants/km2. Comment y vivre confortablement ? Pour que sa population dispose de plus d'espace, elle devrait prendre possession de l'Alaska (0,43 hab/km2), du Wyoming (2,3 hab/km2) ou encore du Nevada (11 hab/km2). Ces Etats à peine habités ne servent à rien. Les Monégasques en ont besoin. Qu'ils les prennent. C'est la loi Trump, dite aussi du gros bébé capricieux : tout besoin doit être satisfait immédiatement. Au passage, que le Prince Albert II en profite pour arrêter Trump : il y a cinq ans aujourd'hui, il incitait à une tentative de coup d'Etat en refusant de reconnaître sa défaite électorale et en faisant prendre d'assaut le Capitole par ses partisans déchaînés. Un tel criminel ne peut rester en liberté. Cinq minutes de courage politique et c'est fait.

(Source des chiffres : Wikipedia)