mercredi 31 décembre 2025

Les petits hommes

Poutine est au moins aussi aussi fort que son camarade Trump en matière de post-vérité. Plus c'est gros, plus ça passe. Seul Trump veut croire que le Vieux (comme l'appelle les jeunes opposants russes) souhaite mettre fin à la guerre qu'il mène contre les Ukrainiens. Alors qu'un accord de cessez-le-feu semblait possible, acculé, le tueur en série se fâche prétextant une attaque ukrainienne contre une de ses résidences. "Un acte terroriste", affirme-t-il sans rire (lui qui est spécialiste en la matière - de terrorisme, pas de rire). Le premier ministre indien Modi, s’est dit « profondément préoccupé », tandis que son collègue pakistanais Sharif a dénoncé une « menace grave pour la paix, la sécurité et la stabilité ». Comme si la guerre que mène depuis plus de dix ans la Russie contre l'Ukraine n'était pas en elle-même une « menace grave pour la paix, la sécurité et la stabilité ». Poutine aurait pu se scandaliser d'une agression contre un hôpital, contre une école, contre une centrale nucléaire. Mais il préfère inventer le pire des crimes : celui de lèse-majesté. C'est au tsar lui-même que les Ukrainiens auraient voulu s'en prendre, prétend-il. S'en prendre à cet homme, innocent comme l'enfant qui vient de naître, c'est gifler le peuple russe tout entier, risquer de le rendre orphelin, lui qui souffre déjà de cette guerre qu'il n'a jamais voulue mais qui lui a été imposée par cet Occident dégénéré !
Le pouvoir russe se reconnaît incapable d'apporter la moindre preuve de cette attaque. Mais que lui importe ? « Moscou a désormais les mains libres », titrait le tabloïd Komsomolskaïa Pravda.
On voit par là que Poutine l'assassin n'a de considération pour personne sinon sa petite (si petite) personne et que jamais la diplomatie ne viendra à bout de cette guerre. Avec les jusqu'au-boutistes, seule la force est payante. Mais Trump est faible face à Poutine.

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/31/guerre-en-ukraine-apres-la-supposee-attaque-de-drones-contre-la-residence-de-poutine-les-preuves-introuvables_6660131_3210.html

lundi 29 décembre 2025

Dis-moi, sénile

Même les sales gosses finissent un jour par se mettre à réfléchir. Au moins un peu.
Volodymyr Zelensky a rencontré hier le Père Ubu américain. « Nous nous rapprochons beaucoup, peut-être même de très près » d’un accord, a affirmé Donald Trump, avant de reconnaître : « Il ne s’agit pas d’un processus qui se règle en une seule journée, c’est une affaire très compliquée. » (1) Jusqu'à sa prise de fonction il y a quasiment un an, Trump le Rodomont affirmait qu'il ne lui faudrait pas vingt-quatre heures pour régler ce conflit. 
On voit par là que même sénile on peut encore grandir.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/29/apres-la-rencontre-entre-donald-trump-et-volodymyr-zelensky-le-chemin-de-la-paix-entre-la-russie-et-l-ukraine-reste-incertain_6659697_3210.html


jeudi 25 décembre 2025

Le retour du Christ

En ce jour de Noël, rendons hommage à la famille et penchons-nous sur l'amour filial, celui d'un fils pour son père. Louis Sarkozy en est l'expression parfaite. Il est béat d'admiration pour celui qui l'a engendré. "Témoignez-en, chers lecteurs : les foules qui s'amassent à la venue de mon père, Nicolas Sarkozy. (...) Ils mettent de côté leur travail, leur week-end, leurs obligations diverses et descendent dans la rue à sa rencontre. Ils sont des centaines de milliers - que dis-je ? - des millions à le lire, à venir lui serrer la main, le remercier, le toucher." (1)
C'est si beau l'amour filial qu'il vous amène parfois à confondre vos rêves avec la réalité, à voir en votre père le Christ en personne. On peut comprendre qu'un enfant de huit ans pose un regard aussi enthousiaste sur son père. Mais Louis Sarkozy en a vingt de plus. Il n'a pas quitté l'enfance. Comment va-t-il réagir quand, enfin adolescent, il découvrira que son père n'est pas le héros qu'il s'est fabriqué, qu'il a été condamné pour corruption, trafic d'influences, financement illégal de sa campagne et association de malfaiteurs ? On craint le pire pour cette âme sensible et aimante.

(1) Valeurs actuelles, 17.12.2025 (cité par Charlie Hebdo, 24.12.2025)

lundi 15 décembre 2025

Le RN, vassal de Trump et de Poutine

Que ça se sache, que ça se dise : voter pour le Rassemblement national, c'est voter Trump et Poutine. C'est faire leur jeu, se ranger du côté de la guerre, militaire comme économique et sociale, s'opposer à la démocratie, viser la fin de l'Union européenne. Voter pour tout parti d'extrême droite, c'est participer aux mêmes objectifs.
Tant Trump que Poutine prétend vouloir se replier sur son territoire. En réalité, tous deux rêvent - de moins en moins secrètement - de se partager le monde et d'en finir avec la démocratie. D'exercer un pouvoir le plus absolu et le plus large possible. Et ils savent qu'ils peuvent y parvenir en flattant et en utilisant les partis qui se disent patriotiques et qui sont surtout partisans du repli nationaliste et du totalitarisme.
"Dans leur stratégie de sécurité nationale, Donald Trump et ses idéologues exposent leur intention d'intervenir sur le continent européen, écrit Béatrice Delvaux (1), pour lutter en fait contre les gouvernement élus, en soutenant les partis patriotiques européens. L'objectif ? Aider l'Europe à corriger sa trajectoire actuelle par la promotion du renouveau spirituel, de l'essor des partis patriotiques, de la démocratie authentique, la liberté d'expression et la célébration sans complexe du caractère et de l'histoire propres à chaque nation européenne."
Récemment, Elon Musk a écrit que "l'Union européenne devrait être abolie et la souveraineté retourner aux pays individuels de façon que les gouvernements représentent mieux leurs peuples". Le vice-président russe Dmitri Medvedev s'est dépêché de l'applaudir : "Exactement" a-t-il réagi.
Leurs peuples devraient les prendre au mot et en faire de même, en finir avec la Fédération de Russie. Les 170 ethnies ou les 89 entités qui la composent devraient prendre leur souveraineté. Les 50 Etats fédérés des Etats-Unis devraient eux aussi prendre leur indépendance.

"Les prochains objectifs, écrit Béatrice Delvaux, devraient être la France en 2027 et la conclusion de la paix de Poutine en Ukraine. Un axe Washington-Paris-Moscou, passant par Budapest, qui ne ferait plus qu'une bouchée de l'Union européenne ? Cela ne relève plus de l'utopie, et pourrait même se vérifier à une échéance proche."
Des partis comme le RN n'ont rien de patriotique, ils savent que pour arriver au pouvoir ils ont besoin de Trump ou de Poutine, ils sont fascinés par ces brutes qui plus elles seront puissantes, plus elles domineront le monde et leur permettront à eux, partis nationalistes, de jouer les vassaux dans leur arrière-cour.

(1) Béatrice Delvaux, "Il est J-1 pour l'Europe démocratique", Le Soir, 8.12.2025.

samedi 13 décembre 2025

Esprits libres

La loi sur la laïcité en France a cent vingt-ans. Et certains, notamment chez les jeunes qui se veulent déconstructeurs, rêvent ou de la voir supprimer ou de la voir plus ouverte, plus inclusive, moins universaliste. C'est mal (très mal) connaître cette loi qui assure "la liberté de conscience" et garantit "le libre exercice des cultes" (art. 1), mais (art. 2) interdit à l'Etat de subventionner ou de financer ces cultes. En fait, la loi de 1905, de séparation entre l'Eglise et l'Etat, garantit la liberté d'esprit, le droit de penser par soi-même, d'avoir le choix de croire ou non, de se laisser coloniser ou non par une religion. Dans son article 31, elle interdit toute pression exercée sur une personne en vue de lui faire pratiquer ou abandonner une religion. L'article 35 interdit aux religieux d'inciter à désobéir aux lois de l'Etat. Elle prévoit (art. 36-3) la fermeture des lieux de culte où se tiennent des discours de haine. (1)

"On prend (...) conscience à quel point la loi de 1905 est indispensable, écrit Riss (2). Il n'y a pas une virgule à y retirer car, dès sa création, elle avait parfaitement bien identifié les dangers que pourraient faire peser les discours et les pratiques religieuses sur les fondements de notre démocratie. 
Les jeunes décoloniaux se plaisent à penser que la laïcité serait une loi islamophobe pondue par des Européens pour empêcher les musulmans d'exercer librement leur religion. C'est d'une part ignorer que la loi qui établit la laïcité date de 1905 - et qu'il s'agissait alors de remettre l'Eglise catholique à sa place, et, d'autre part c'est précisément être européano-centré en ignorant que les premières victimes de l'islamisme sont les musulmans et surtout les musulmanes. 
"L'actualité de cette loi va bien au-delà des frontières de l'Hexagone, écrit encore Riss. On apprend que le Mali serait sur le point de tomber entre les mains des djihadistes et on relate déjà des exécutions, comme celle de Mariam Cissé, une jeune tiktokeuse tuée par des islamistes, début novembre à Tonka, près de Tombouctou." (...) Partout dans le monde, des femmes et des hommes souffrent et meurent dans des sociétés religieuses intolérantes. Ceux qui, en France, veulent amender cette loi pour la vider de sa force, au nom d'un relativisme culturel hors-sol, sont les complices de ces crimes et de ces oppressions."

On frémit quand on voit aujourd'hui en France une bonne partie de la gauche remettre en question la laïcité quand la droite et l'extrême droite la défendent.
"La gauche, presque toute la gauche, a été atteinte de cette maladie que j'appelle l'orgonisme, s'indigne Ariane Mnouchkine (3). On nous sommait - on nous sommes toujours - d'être Orgon : à toute critique de l'islamisme, du fanatisme, du crétinisme, il nous fallait répondre : Le pauvre homme ! sous peine de subir les insultes suprêmes : raciste ! Islamophobe !
On nous a fait vivre dans un tel déni ! Déni face à l'essor de l'islam politique et ladite radicalisation. Face surtout et avant tout à la régression du sort des femmes. Car là est la question. Là est le principe. Non négociable. Au sujet de ce principe de l'égalité totale, absolue, des femmes et des hommes, nous devons être absolument intraitables, imperturbables, immuables. Or ceux qui nous disent qu'il faut aménager la laïcité ne parlent de rien d'autre que de faire reculer les femmes, de les défaire, de les démettre des victoires si difficilement remportées dans nos pays démocratiques. Voilà pourquoi je suis et me déclare ce que d'aucuns appellent une laïcarde. Car je sais que dans cette fidélité-là est la protection, là est la liberté d'avoir ou de n'avoir pas de religion. Là est la liberté de changer d'avis ou de foi.
Certains de nos concitoyens, musulmans, croyants ou pas, vivent sous la férule de la prétendue communauté. En vérité, ils subissent, au mieux, la surveillance et l'intimidation perpétuelle, et souvent les menaces et la peur.
Et nous, la gauche, par notre déni idéologique, notre lâcheté, nous ne les protégeons pas.
Comble de honte, certains intellectuels, écrivains, journalistes, musulmans ou pas, sont vilipendés et sommés de se taire lorsqu'ils dénoncent, au péril de leur vie, cette gangrène de l'islam."

(1) Jean-Loup Adénor, "Loi de 1905 - Opération place nette contre les narcobondieuseries", Charlie Hebdo, 3.12.2025.
(2) Riss, "1905, c'est l'avenir", Charlie Hebdo, 3.12.2025.
(3) Ariane Mnouchkine, "L'Art du présent - Entretiens avec Fabienne Pascaud", Babel, 2016.
A lire aussi : Philippe Foussier, journaliste, vice-président d’Unité laïque, "Laïcité : le combat sans trêve de la théocratie contre la démocratie", 
https://www.leddv.fr/opinion/editorial/laicite-le-combat-sans-treve-de-la-theocratie-contre-la-democratie-20251208


jeudi 11 décembre 2025

Et la fraternité, bordel ?

"C'est une époque de brutalité, d'impunité et d'indifférence. Une époque où les règles reculent, où l'édifice de la coexistence est sous une attaque soutenue, où notre sens de la survie a été engourdi par les distractions et corrodé par l'apathie, où nous mettons plus d'énergie et d'argent pour trouver de nouveaux moyens de nous entretuer". Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l'ONU, n'a pas mâché ses mots (1). Près de 300 millions personnes ont actuellement besoin d'aide humanitaire d'urgence, mais les contributions des Etats sont en net recul. Résultat : chez les enfants de moins de cinq ans, on déplore cette année 200.000 décès de plus par rapport à 2024. Et partout dans le monde, des populations souffrent un peu plus encore de la guerre, de la misère, des conséquences du réchauffement climatique. 

Nous vivons des temps qui devraient rendre l'humanité honteuse d'elle-même. Les Etats-Unis cultivent comme jamais l'égoïsme et la vénération de l'argent et se replient sur eux-mêmes tout en mettant tout en œuvre pour voir l'Union européenne s'effondrer. La Russie dépense des fortunes considérables en armements dans le seul but de détruire et de conquérir et pousse l'Ukraine et l'ensemble de l'Europe à augmenter leur budget militaire. L'UE ferme de plus en plus ses frontières (3). Le Cambodge et la Thaïlande se font la guerre, tout comme l'Afghanistan et le Pakistan, Israël et le Hamas, le Rwanda et la RDC, les factions soudanaises entre elles. En Afrique, les coups d'Etat se multiplient et les islamistes terrorisent les populations du Sahel, du Mozambique et de tant d'autres pays. La Chine menace Taïwan. Les nationalismes ont le vent en poupe. Et la lutte contre le réchauffement climatique qui menace l'humanité n'intéresse plus grand-monde.

La devise française "Liberté, Egalité, Fraternité" qui devrait s'appliquer à l'ensemble de l'humanité est réduite à la seule notion de liberté, elle-même réduite à sa conception libertarienne : libre de posséder ce qu'on veut, d'agir comme on l'entend, d'écraser qui nous gêne dans notre volonté de puissance sans limite.

Le monde est une triste boutique.
Julos Beaucarne

(1) https://www.arte.tv/fr/videos/122482-244-A/arte-journal-08-12-2025/ (à partir de 14'50)
(2) https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/12/08/achille-mbembe-nous-allons-assister-a-davantage-de-coups-d-etat-en-afrique_6656532_3212.html
(3) https://www.arte.tv/fr/videos/122482-245-A/arte-journal-09-12-2025/


mardi 9 décembre 2025

Le bon sens a bon dos

Pour les prochaines élections municipales en France, le Rassemblement national adoube des candidats indépendants qui défendent son programme. Parmi d'autres, l'un d'eux dans le midi vient de signer la "charte d'engagement politique" du RN, parce, estime-t-il, c'est "le parti du bon sens".
Il faut se méfier du bon sens, il peut être très mauvais. Le bon sens n'est pas un fait, mais une opinion. 
Pete Hegseth, membre du gang de Trump, est officiellement secrétaire à la défense. Dans les faits, il est plutôt secrétaire à la guerre. Cet individu - qui ne doit son poste qu'à son ancienne fonction de présentateur sur la chaîne Fox News - fait bombarder des bateaux selon lui pilotés par des narcotraficants. Au 5 décembre, 22 frappes avaient été conduites, tuant 87 personnes, selon les chiffres du Pentagone lui-même. Pas d'arrestations, pas de procès, des exécutions ciblées et menées sans preuves. C'est le bon sens qui le veut ainsi.
"Fin septembre, rapporte Le Monde (1), lors d’une réunion de tous les hauts gradés, Pete Hegseth avait fustigé les « règles d’engagement stupides » imposées aux soldats. « Nous donnons carte blanche à nos combattants pour intimider, démoraliser, traquer et tuer les ennemis de notre pays. Fini les règles d’engagement politiquement correctes et autoritaires, place au bon sens, à une létalité maximale et à l’autorité des combattants », avait expliqué le secrétaire à la défense." Le bon sens oblige donc à tuer sans aucun respect des règles de base d'un Etat de droit.
On voit par là qu'il faut fuir à toutes jambes le bon sens et ceux qui s'en réclament.

(1) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/05/au-pentagone-pete-hegseth-dans-la-tourmente-des-accusations-d-assassinats-extrajudiciaires-au-signalgate_6656056_3210.html

dimanche 7 décembre 2025

Au plus bas

Le monde actuel ressemble à une cour de récréation. Les caïds y imposent leur loi, aidés par les petits bras, les bas du front, les courtisans, les flagorneurs dont ils s'entourent et qui prennent plaisir à frapper les petits, à leur voler leur goûter ou leur casquette.

Les brutes que sont Poutine ou Trump s'imposent partout par leur pouvoir mais aussi grâce aux munichois, aux obligés serviles, aux cireurs de bottes qui leur font la cour.
Le premier ministre indien Narendra Modi vient de recevoir chaleureusement son ami Poutine. Orban, Fico et tant d'autres populistes se plaisent à insulter Zelensky pour faire les yeux doux au président russe tout en affirmant aux démocrates leur volonté de gouverner leur propre pays d'une main de fer.
Les leaders populistes d'Amérique latine Milei et Bukele s'affichent comme d'ardents soutiens à Trump quand d'autres présidents latino-américains (au Guatemala, au Panama, en Equateur) ont accepté de se plier aux droits de douane que leur impose le Père Ubu américain (1). Il règne en roi grâce à ceux qui le flattent et qui acceptent ses humiliations et ses caprices d'enfant gâté.
Le sommet de la bassesse a été atteint il y a quelques jours par Gianni Infantino, le président de la Fédération internationale de football, qui a remis à Trump un « prix de la paix » qu'il a inventé pour l'occasion. Infantino ne pourrait s'abaisser plus bas pour plaire à son ami caïd qu'il vénère.  Le voilà transformé en carpette. "Le moment où ce « prix de la paix » est décerné est particulier, au regard de la politique extérieure des Etats-Unis ces derniers temps, fait remarquer Le Monde (2). Donald Trump a ordonné le déploiement de troupes en mer des Caraïbes, dans un cadre de montée des tensions avec le Venezuela, et son président Nicolas Maduro, dont l’administration américaine demande le départ."
Il y a dans le monde de rares grands hommes et il y a tant d'hommes bas.

(1) Jack Nicas, "La doctrine Donroe : une tentative de mise au pas de l'Amérique latine", The New York Times, 17.11.2025, in Le Courrier international, 4.12.2025.(2) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/05/le-patron-du-football-mondial-offre-a-donald-trump-un-prix-de-la-paix-sur-mesure_6656196_3210.html

jeudi 4 décembre 2025

Fausses études, vraie peste

Les pesticides sèment la peste. Nombre d'études médicales l'attestent. Mais quantité de paysans veulent garder la tête dans le sable. Business as usual, voilà leur credo. Surtout ne rien changer à des pratiques dont ils sont souvent les premiers à souffrir.
Certains d'entre eux ont d'ailleurs créé il y a près de quinze ans une structure nationale pour venir en aide à l’ensemble des professionnels (agriculteurs, pépiniéristes, viticulteurs) victimes des pesticides : Phyto-Victimes (1). 

Récemment, le collectif Stop-Pesticides a installé quelque trois cents panneaux « Les pesticides tuent ! »  à l’entrée de différentes communes de l’Indre. Une centaine d'autres devraient s'y ajouter.
Dans un communiqué, relate La Nouvelle République (2), "le collectif a annoncé avoir commencé un mouvement « de sensibilisation de la population sur les dangers des pesticides » et a rappelé plusieurs effets néfastes des pesticides qui « tuent des insectes », « tuent des oiseaux » et « tuent des humains ». « Les pesticides et leurs résidus (métabolites) s’accumulent dans les organismes vivants et se retrouvent dans la chaîne alimentaire avec des conséquences établies sur la santé. Les médecins et scientifiques de plus en plus nombreux dénoncent l’arrivée “ d’un tsunami de cancers ” », explique le communiqué, qui dénonce également la pollution engendrée par ces pesticides."
Le syndicat agricole Coordination rurale de l'Indre (proche de l'extrême droite) a annoncé, nous dit encore La Nouvelle République, "qu'il avait commencé à retirer plusieurs de ces pancartes avec lesquelles il était en désaccord". Que les membres de la Coordination rurale ne voient pas de problème à s'empoisonner eux-mêmes, soit, mais ils devraient quand même comprendre que la population ne le tolère pas qu'ils se plaisent à empoisonner les autres. A moins que, comme le Rassemblement national, il ne s'agisse que d'un mouvement très nombriliste, fermé sur lui-même, qui ne voit que ses propres intérêts et refuse toute vision d'avenir. Les anti-système sont souvent les plus fervents soutiens du système.

Aujourd'hui, Le Monde nous apprend (3) que la revue Regulatory Toxicology and Pharmacology a annoncé avoir retiré de ses archives une étude de 2000 qui concluait à la sûreté du Glyphosate. En fait, "les réels auteurs de l’article ne seraient pas ses signataires – Gary M. Williams (New York Medical College), Robert Kroes (Ritox, université d’Utrecht, Pays-Bas) et Ian C. Munro (Intertek Cantox, Canada) –, mais plutôt des cadres" de la société Monsanto. Il s'agit là de « ghostwriting » (littéralement « écriture fantôme »), une forme de fraude scientifique. "Elle consiste, écrit encore Le Monde, pour certaines firmes, à rémunérer des chercheurs afin qu’ils acceptent de signer des articles de recherche dont ils ne sont pas les auteurs. La motivation est simple : lorsqu’une étude s’avère favorable à un pesticide ou à un médicament, elle apparaît bien plus crédible si elle n’est pas signée par des scientifiques de la société qui le commercialise."
Dans une enquête qu'il a menée, "Le Monde avait identifié d’autres articles « ghostwrités », dans les revues Critical Reviews in Toxicology ou encore Journal of Toxicology and Environmental Health, Part B. Aucun n’a été rétracté."
Gageons que ces pratiques frauduleuses et dangereuses n'amèneront pas la Coordination rurale à sortir sa tête du sable.

(2) https://www.lanouvellerepublique.fr/chateauroux/pourquoi-des-pancartes-contre-les-pesticides-ont-ete-installees-partout-dans-l-indre-1764685332
(3) https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/12/03/glyphosate-l-une-des-plus-influentes-etudes-garantes-de-la-surete-de-l-herbicide-retractee-vingt-cinq-ans-apres-sa-publication_6655817_3244.html
Le titre en une du Monde de ce jour est le suivant : "PFAS : contamination générale de l'eau potable".

mardi 2 décembre 2025

Intense présence

La chanson française a perdu un de ses plus grands interprètes. Le plus intense peut-être. Jean Guidoni est mort. La théâtralité qu'il mettait à interpréter les textes noirs de ses chansons - ceux de Pierre Philippe en particulier - lui donnait sur scène une présence d'une intensité exceptionnelle. En juin dernier encore, il en témoignait à Festiv' en Marche, festival de la chanson belle et rebelle. A la fin de son récital, comme tant de spectateurs, la chanteuse Juliette essuyait ses larmes : "j'ai pris une claque", dit-elle.
"Singulier, sulfureux, théâtral toujours", écrit de lui Odile de Plas dans Télérama (1). "Jean Guidoni, écrivait dans Le Monde Véronique Mortaigne (2), fut un magnifique homme de scène, qui n’a jamais oublié de payer ses dettes aux femmes de cabaret, la « diseuse » Marianne Oswald, la réaliste Lys Gauty ou l’ange bleu Marlene Dietrich. D’elles, il avait appris le droit à la marge, aux paradis interdits. Complexe, charmant, perfectionniste, Jean Guidoni fut un cas."
Il avait sorti au printemps dernier son dernier album : Eldorado(s). Les derniers mots de la dernière chanson, Regarde mon amour, sont les suivants : "Toute la vie, c'est trop court. Pour nous". Oui, pour nous tous.

(1) "La voix écorchée des marges", Télérama, 3.12.2025
(2)  https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2025/11/22/la-mort-de-jean-guidoni-chanteur-a-l-esthetique-radicale-et-sombre_6654433_3382.html?search-type=classic&ise_click_rank=1