vendredi 23 janvier 2026

Les Iraniens abandonnés

Trump le fier-à-bras avait promis son soutien à la population iranienne. Dans la versatilité qui le caractérise, il l'a laissée tomber, préférant partir conquérir le Groenland. Les morts en Iran se comptent par milliers : quatre mille ? huit mille ? douze mille ? plus encore ? Les Iraniens ne souhaitent qu'une chose : la fin de ce régime théocratique qui n'existe que pour lui-même et qui écrase, avec une cruauté inouïe et sans état d'âme, celles et ceux qui le contestent. Les Gardiens de la révolution visent les yeux et les parties génitales. Les mollahs n'ont pas plus d'âme que le dieu assassin dont ils se réclament. 
Les Iraniens sont en proie à un sentiment de confusion et de trahison après que Trump ait promis plusieurs fois d'intervenir pour les soutenir sans jamais rien faire, rapporte The Sunday Times (1) qui estime le bilan à 16.500 morts. "Les Iraniens sortaient manifester avec la peur au ventre, bravant la répression sanglante dans l'espoir que Trump ordonne une frappe militaire, dit un jeune Iranien au Washington Post (1). On gardait les yeux rivés au ciel, comme si quelque chose allait se produire. Qu'il allait frapper maintenant." Mais les Iraniens, une fois encore, ont été abandonnés par le monde entier, bien que Rambo Trump ait promis qu'une aide "était en route". La colère et l'amertume domine chez les Iraniens. Sentiment d'avoir été "manipulés, dupés, trompés", "l'impression que Trump a sacrifié la jeunesse iranienne". Une femme dit à Politico (1) avoir perdu tout espoir. "Trump ne fera rien. Pourquoi le ferait-il ? Il se fout de nous."

Reza Pahlavi, le fils du dernier chah, a lui aussi appelé, depuis les Etats-Unis où il vit, ses anciens compatriotes à se révolter. Non seulement il représente un régime extrêmement brutal (on se souvient de la Savak, la sinistre police politique de son père) et n'apparaît pas comme un modèle de démocrate, mais en outre, il est lui aussi de ces opposants qui lancent des appels à la révolte dont ils n'assumeront aucune conséquence.
Un Iranien anonyme pose cette question auprès de Iran International (2): "Comment l'opposition à l'étranger, les militants antirégime ont-ils pu ne pas réfléchir à ça ? Comment pouvez-vous appeler les gens à risquer leur vie sans avoir ne serait-ce qu'une ébauche de plan pour réagir une fois l'appareil de répression enclenché ? Je suis en colère. En colère contre tout. Contre ceux qui dirigent l'Iran - pour eux, je n'ai que des injures, à eux je ne souhaite que les pires souffrances. Mais je suis en colère aussi contre les combattants par procuration, bien à l'abri hors d'Iran et devant leur clavier."

Miné, affaibli et corrompu, le régime des mollahs finira par tomber et tant mieux. Mais à quel prix et avec quelles conséquences ? "La dislocation de la Yougoslavie dans les années 1990, l'invasion de l'Irak en 2003 et la guerre civile en Syrie, écrit The Economist (3), devraient nous enseigner qu'il est difficile de mettre fin à des décennies de répression sans déclencher un bain de sang. Les Kurdes, les Azéris, les Baloutches et d'autres séparatistes pourraient se soulever, et l'Iran plongerait dans le chaos. Ajoutons à cela la présence d'uranium enrichi, de scientifiques spécialistes du nucléaire et d'extrémistes religieux, et les risques deviennent considérables." 

En attendant la population iranienne a besoin de notre soutien. Les Palestiniens mobilisent des foules que les courageux Iraniens les laissent indifférentes. 

(1) "Les Iraniens se sentent trahis par Trump",  Le Courrier international, 22.1.2026.
(2) Iran International (Londres), 13.1.2026, in Le Courrier international, 22.1.2026.
(3) "Un régime d'autant plus impitoyable qu'il est faible", The Economist (Londres), in Le Courrier international, 22.1.2026.

5 commentaires:

Bernard De Backer a dit…

Il ne faut compter en rien sur Trump, à moins que des intérêts économiques ou symboliques de SA puissance soient en jeu. Dans le cas de l'Iran, il a été dissuadé d'intervenir (ce qui aurait été une affaire autrement plus compliquée qu'au Venezuela) par les pays du Golfe qui craignaient le chaos politique en Iran et ses conséquences économiques, surtout pétrolières, et sécuritaires. Sa base MAGA n'auraient pas non plus été ravie. En ce qui concerne la focalisation de toute une gauche militante et/ou chrétienne sur la Palestine et non ailleurs (Ukraine, Tchétéchénie, Iran, Tibet, Turkestan chinois et j'en passe), c'est une très vieille histoire. Elle est notamment liée à une cristallisation de la cause tiers-mondiste sur la Palestine, "terre sainte de l'anti-impérialisme". Sans oublier la présence d'une forte diaspora maghrébine en Europe. Mais ce qui s'y passe aujourd'hui (surtout Gaza, mais pas seulement) est une horreur, avec un violation des résolution de l'ONU depuis des décennies. C'est un conflit sans fin avec deux fondamentalismes religieux qui se font face.

gabrielle a dit…

Selon "Time Magazine" la répression en Iran aurait fait jusque 30.000 morts en deux jours.

Michel GUILBERT a dit…

A lire : https://www.telos-eu.com/fr/iran-de-la-guerre-exterieure-a-la-mort-interieure.html

Michel GUILBERT a dit…

D'après la rapporteuse de l'ONU, il pourrait y avoir des dizaines de milliers de victimes en Iran :
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/26/mai-sato-rapporteure-de-l-onu-sur-l-iran-il-pourrait-y-avoir-des-dizaines-de-milliers-de-victimes_6664108_3210.html

gabrielle a dit…

Merci pour l'info Michel, je ne connaissais pas Telos.