dimanche 12 février 2012

Ingratitude corse

La neige est tombée en abondance sur la Corse. Elle ne se gêne pas. Elle empêche les vacanciers de rentrer chez eux. L'aéroport est bloqué. Est-ce ainsi qu'on accueille les touristes? "Je viens ici en vacances pour rendre service à la Corse. Alors, ça suffit!", s'exclame l'une d'entre eux face à l'employée de l'aéroport qui appelle les voyageurs à la patience (1). On voit par là que la neige cultive l'art de se rendre insupportable et d'assombrir la fin de vacances caritatives.

(1) JT France 2, 11 février 2012

samedi 11 février 2012

Le noir manteau de l'hiver

L'hiver sert de révélateur. Qui savait qu'autant de Belges vivaient dans des conditions aussi précaires? L'opération "Hiver 2012", lancée par la RTBF (avec, hélas parfois, des sujets aussi misérabilistes que moralisateurs), aura permis de découvrir - si on l'ignorait - qu'ils sont de plus en plus nombreux celles et ceux qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts. En particulier celui du mois qui n'en finit pas de se terminer et celui du suivant qu'on attend impatiemment. Il y a les "sans logis". Et il y a aussi les "avec logis", mais non chauffé ou inchauffable, ou les deux.
On est sidéré de constater qu'en 2012, presque quarante ans après la première crise pétrolière, tant de maisons, tant de logements sociaux, tant d'écoles ne sont pas isolés, sont équipés de simples vitrages, sont chauffés au mazout (parfois avec des chaudières du paléolithique) dont on sait depuis une éternité que les cours ne cessent et ne cesseront de s'envoler.
A qui la faute? Aux pouvoirs publics, d'une part, qui n'ont sans doute pas suffisamment investis et permis d'investir dans l'isolation et d'autres moyens de chauffage. Aux propriétaires, d'autre part. Il y a les propriétaires qui se contentent d'encaisser des loyers (parfois pour des logements qu'il serait plus indiqué de qualifier d'abris) sans investir un centime en confort et en économies d'énergie. Les conditions climatiques actuelles font apparaître les négriers du sommeil. Et il y a les propriétaires qui habitent leur propre maison. La société de consommation qui est la nôtre, et qui montre chaque jour un peu plus son absurdité, nous pousse à nous procurer toujours plus d'appareils informatiques, de téléphones portables, de home-cinémas, d'appareils électro-ménagers. Plutôt que de nous inciter à investir dans l'absence de pertes énergétiques. Et donc dans la lutte contre le gaspillage et dans l'économie.
En 1973, lors de la première crise du pétrole, les autorités nous avaient imposé les "dimanches sans voiture". On en garde un souvenir réjoui. Quel gouvernement oserait aujourd'hui, où le problème de l'énergie est plus criant que jamais, prendre la même mesure? Plutôt des dimanches sans voiture, des dimanches sans foot sur pelouse chauffée, des dimanches sans piscine tropicale surchauffée que des semaines sans chauffage. Il suffirait de cinq minutes de courage politique. Mais la croissance mène la danse. La croissance du gaspillage, la croissance de la consommation de tout et n'importe quoi, la croissance de l'absurdité, la croissance du mépris pour des situations sociales inacceptables. Mais bien réelles.

jeudi 9 février 2012

Le blues de la pelouse

Froide réflexion qu'un ami souhaite partager.


Bonjour.
Pour rappel, il a gelé à -15° la nuit dernière...

RTBf Radio - La Première ce mercredi 17h23 : dans la région de Charleroi, un particulier a accueilli chez lui un sans-abri et déclare vouloir ainsi donner un sens à sa vie.
RTBf Radio - La Première ce mercredi 17h24 : le journaliste de service nous rassure : le match de foot prévu ce soir à Courtrai pourra bien avoir lieu car "la pelouse de ce club est équipée d'un système de chauffage !" (sic)

Cherchez l'erreur !

A diffuser largement si, comme moi, vous pensez... que nous vivons réellement une époque formidable.
Bonne soirée bien au chaud de vos chaumières... à l'écoute de la RTBf radio.

Jean-Claude Dewinte

mercredi 8 février 2012

Faiblesses d'esprit

La plupart des gens progressent vers le haut. Il en est, plus rarement, qui effectuent le trajet inverse. C'est le cas de Souhail Chichah. On ne peut que le regretter. On l'a rencontré il y a quinze ans. C'était ce qu'on peut qualifier d'esprit éclairé. Depuis, la lumière s'est éteinte. Il est passé du siècle des lumières à celui de l'obscurantisme. Quel triste chemin suit un esprit pour en arriver là? Aujourd'hui, pour exister, le voilà réduit à dénoncer les critiques contre la religion, plus précisément contre les dérives de l'islam. Pour cet assistant à l'ULB, la critique doit visiblement être évitée. Curieux positionnement pour un chercheur. La science, quelle qu'elle soit, peut-elle exister sans critique?
Hier soir, l'ULB recevait Caroline Fourest et Hervé Hasquin pour un débat sur l'extrême droite. "L'extrême droite est-elle ou non devenue fréquentable?", c'était là la question à débattre. Mais il n'y eut pas de débat. Les organisateurs de la "burqa pride", menée par Souhail Chichah, l'ont voulu ainsi. Dès le début de la soirée, ils se sont mis à chahuter, à huer, à faire du tapage, avec un seul objectif: empêcher toute prise de parole de Caroline Fourest accusée d'islamophobie. Pour ces censeurs, la critique de l'islamisme, cette utilisation de l'islam à des fins fascisantes, s'apparente à du racisme. On ne peut critiquer la religion. Surtout pas l'islam, cette religion des pauvres, des sans-grade de la planète *.
Face aux cris des censeurs, Hervé Hasquin invite ceux-ci à faire valoir leurs arguments. Le micro est donc ouvert à ceux qui veulent le fermer. Chichah se contente de saluer ses troupes. "Burqa blabla", scandent celles-ci. On voit par là la puissance de l'argumentation. Finalement, il se contente de dénoncer, vêtu d'une simili-burqa, "Bruxelles, ville islamophobe", sans plus d'explications. Ses partisans, dont plusieurs sont courageusement "voilés", l'acclament.
Le philosophe Guy Haarscher, qui mène les débats, condamne la censure et l'attitude de Souhail Chichah: "j'ai toujours considéré qu'il avait une burqa dans la tête", dit-il.
Le Cercle du Libre Examen et les associations d'étudiants de l'ULB dénoncent les méthodes fascisantes de ces censeurs et de leur leader, chercheur en économie à l'Université Libre de Bruxelles. La communauté de l'ULB se plaint de cette attaque contre la liberté d'expression. Souhail Chichah a autrefois marqué son soutien à Dieudonné, tombé dans les bras de Jean-Marie Le Pen. L'accusation d'islamophobie est le déguisement de fachos masqués.
Le débat n'a pas eu lieu hier, mais la réponse à la question est claire: c'est non, l'extrême droite n'est pas devenue fréquentable. A jouer les censeurs sans arguments, les anti-islamophobes s'amusent à créer l'islamophobie. Et ont choisi leur camp. Celui de la censure et de l'affrontement. Celui de l'extrême droite, bête et méchante.

* les nababs du pétrole, par exemple?

lire http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2012-02-08/l-ulb-denaturee-et-menacee-par-des-assassins-de-la-democratie-895845.php
Lire aussi sur ce blog "Faut-il enfiler une burqa pour parler de l'islamisme? (09.09.2010) et "Mauvaise foi" (15.11.2010)

Post-scriptum: lire le témoignage et l'analyse de Caroline Fourest sur
http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/
caroline-fourest-ulb_b_1267538.html#s681471

mardi 7 février 2012

Effets de gel

En cette saison, il arrive que la zapette gèle. Elle s'arrête sur une chaîne imprévue. Ainsi est-on tombé* par inadvertance sur TF1. On en reste confondu.
Hier, on a eu la chance de faire la connaissance d'un "artiste-cheveux" (sic). Comme tout artiste qui essaie d'en avoir l'air, il a la chevelure hirsute et la lunette noire. Histoire, sans doute, d'être reconnu pour son talent. La séquence s'intitule "Un instant d'émotion". Elle porte bien son nom. On est ému. Jusqu'aux larmes.
Ce soir, on découvre "Après le 20h, c'est Cantelourd". On se demande où est l'humour français, on invite Pierre Desproges à se réveiller. Un certain Nicolas Canteloup nous propose des imitations de niveau - 2, voire -3. Bref, un niveau parking. Là où on se perd, où on ne sait plus où on a garé sa voiture. Ou même son cerveau.
TF1 poursuit sur la voie que lui avait tracé son directeur de l'époque, Patrick Le Lay: rendre les cerveaux disponibles. A la pub. Et au Front National.
A ce propos, un moment de (petit) plaisir: celui de voir (au JT) Marine Le Pen sortir son sourire jaune devant l'accueil hostile qui lui a été réservé à l'île de la Réunion. Il y fait nettement plus chaud qu'ici, mais son sourire était aussi figé que notre zapette.

* on ne peut que tomber sur TF1, jamais monter


dimanche 5 février 2012

Une âme en peine

La Le Pen serait (on a bien dit "serait") à la traîne dans les sondages. Elle ne peut l'accepter. Elle se fait méprisante vis-à-vis des sondeurs. Elle est douée pour cela. "Le Peuple de France" (c'est ainsi qu'elle appelle ses supporteurs) ne saurait pour qui voter au deuxième tour des présidentielles si elle n'y était pas. C'est un scandale. Elle ne comprend pas bien le système à deux tours et la démocratie. Certaines notions lui échappent.
La Le Pen ressemble de plus en plus au Le Pen. C'est tout son papa. Le même discours putassier pour les uns, méprisant pour les autres. La même dégaine, mais avec une jupe et des cheveux blonds. Les mêmes propos simplistes, les mêmes harangues viriles. Mais il le faut: le Peuple de France aime les mecs, les vrais, ceux qui en ont. Et elle, elle en a. Peuple de Francs, il faut que tu le saches: Marine, ce n'est pas Jeanne d'Arc réincarnée, c'est Clovis.
On s'interroge: si les électeurs du FN constituent le Peuple de France, c'est que les électeurs des autres candidats n'appartiennent forcément pas à ce peuple. Bon sang, mais c'est bien sûr: 85% des électeurs français ne sont pas français, ce sont des étrangers, des agents du mondialisme.
Peuple de France, réveille-toi. Il est temps que tu te rendes compte qu'on te raconte n'importe quoi. "On" est un mec. Un vrai, qui en a. De la morgue et de la niaiserie à te vendre.

Effets de neige 2

Les automobilistes belges, français, italiens et autres sont-ils niaiseux *? La neige est annoncée. Ils prennent malgré tout leur voiture. Puis se plaignent que la neige les a bloqués. "Tout le monde était prévenu quand même!", s'exclame l'un d'entre eux. "Que font les services d'épandage?" Les automobilistes n'en veulent pas à la neige, elle est si jolie sur la campagne, dans les jardins, sur les toits, si excitante sur les pistes. Ils reprochent aux autorités et aux services publics de l'avoir laissé tomber sur les routes. La route est faite pour les voitures, pas pour la neige. L'automobiliste doit pouvoir rouler en voiture par tous les temps. Il a payé cher pour cela. Il a des droits que la neige n'a pas.

* niaiseux est un joli adjectif québécois qui dit bien ce qu'il veut dire

samedi 4 février 2012

Effets de neige

On ne se méfie jamais assez de la neige. Elle peut avoir des effets secondaires inattendus. Pour une séquence sur les problèmes que génère la neige en Brabant wallon (1), un cameraman filme le pilote d'un scooter qui a bien des difficultés à progresser. L'homme quitte son engin, y laisse son fils, s'approche du cameraman pour le frapper. Il menace également de coups le journaliste qui l'esquive de justesse, puis il repart. Comme il peut. C'est-à-dire difficilement. La neige le rend agressif. Il devrait éviter l'hiver.
Les SDF, eux, sourient, rient parfois, s'entraident, se remontent le moral les uns des autres (2). L'un d'eux dit que le froid le laisse indifférent. Il lui manque l'amour, tenir quelqu'un dans ses bras. On lui recommande d'éviter certains pilotes de scooter.
Ainsi va l'hiver.

(1) JT RTBF, 3 février 2012, 19h30
(2) JT France 2, 3 février 2012, 20h

jeudi 2 février 2012

MR comme Mort de Rire*

Les ambassadeurs - plus exactement délégués et conseillers - de ce qu'il est à présent convenu d'appeler, jusqu'à nouvel ordre (c'est le cas de le dire), Fédération Wallonie-Bruxelles devront désomais être recrutés sur concours. Pour éviter les nominations de copains. Il y aura des exceptions. On suppose qu'elles doivent confirmer la règle. Les exceptions stipulent que des Hauts Représentants (on appréciera les majuscules) pourront être désignés "en raison de circonstances spécifiques et liées à une situation politique et/ou géographique ou en raison de circonstances particulières liées au poste ou encore en raison de l'importance stratégique du poste liée à la politique gouvernementale (...) eu égard à la spécificité de postes ouverts et en raison des circonstances" (1). Bref, il y aura toujours des opportunités pour des copains. Rudy Demotte nous l'explique posément. En d'autres termes, il est vrai (2).
Le chef de groupe MR au Parlement wallon, Willy Borsus, vitupère: c'est inacceptable, dit-il, de laisser à la porte ouverte à des désignations partisanes. La RTBF rappelle les nominations de William Ancion et de Catherine Brahy (CDH) et celle de Jean-Pol Baras (PS). Et encore celle de Pierre Hazette qui fut Ministre de l'Enseignement secondaire de 1999 à 2004. Il est MR. Willy Borsus s'empresse de préciser qu'il ne s'en prend pas aux personnes, que c'est une question de principe. Cela va sans dire. Il ne faut jamais s'en prendre aux personnes. Tout comme il ne faut jamais laisser passer une occasion de se taire. Après, il est trop tard.

* ou Mine de Rien

(1) LLB, 2 février 2012
(2) JT de la RTBF, 2 février 2012

mercredi 1 février 2012

De la difficulté de changer le changement

Voilà plus de douze ans, pour ses partisans, Abdoulaye Wade représentait l'espoir de changement au Sénégal. "Sopi!", criaient les jeunes dans les rues. Ce qui signifie "changement" en ouolof. En mars 2000, Wade est devenu président de la république. Douze ans plus tard, l'incarnation du changement n'entend plus rien changer. Il y a un âge pour tout. A 85 ans, il termine son second mandat et a bien l'intention d'en effectuer, au moins, un de plus. Ce qui est contraire à la Constitution. Il s'accroche, mais plus personne ne veut de lui. On lui demande de partir. Et même de dégager. On voit par là qu'incarner le changement est une fonction très difficile. Tout comme d'incarner la révolution. Le Colonel Kadhafi en sait quelque chose. Du moins, l'a-t-il su, un moment.