vendredi 22 septembre 2017

La chasse est ouverte

En Belgique, Théo Francken, Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, s'est récemment réjoui du "nettoyage" de migrants effectué dans le parc Maximilien à Bruxelles.
Dimanche dernier, il a reçu une délégation soudanaise venue en Belgique identifier des compatriotes "en situation illégale". Elle était composée d'agents des services secrets soudanais. "Vous invitez la police soudanaise, aux ordres du tyran, à identifier des gens qui le fuient!", s'est indigné un député Ecolo (1).
Aujourd'hui, Francken réclame des excuses d'Ecolo pour avoir été caricaturé en soldat nazi par la section jeunesse du parti vert qui dénonce "les rafles planifiées, collectives et avec quotas" et "les confiscation et pillage des effets personnels" (2).
Cette caricature est excessive (on ne banalise pas le nazisme), mais, comme souvent, la situation qu'elle dénonce est autrement plus choquante. C'est la banalisation de l'inhumanité qui est inacceptable. C'est Francken qui devrait présenter ses excuses pour l'attitude intolérable des forces "de l'ordre" vis-à-vis de gens qui, pour la plupart, ont fui guerres et dictatures. Lui qui devrait présenter ses excuses pour inhumanité avérée.
Témoignage (3) d'une Bruxelloise qui, parmi d'autres, tente de venir en aide aux candidats réfugiés et s'indigne des méthodes insupportables utilisées pour les chasser, comme on chasse un chien de son jardin: 
"Un matin, lors d'une rafle (pour pas changer), nouvel ordre: des sacs à dos sont saisis pour être envoyés aux "objets trouvés". Nous essayons de protester et d'expliquer que ces sacs contiennent leurs affaires personnelles (gsm, papiers, photos de famille, chargeur, produits de soin, vêtements...). Mais ils s'en balancent et refusent qu'on les prenne... Mes larmes ont coulé... Et ça a continué... 
Jusqu'à hier, le 11 septembre (date tellement marquée pour certains...), où les forces de l'ordre ont dépassé les limites en raflant les "migrants" qui faisaient la file, depuis environ 6h du matin, pour recevoir de quoi déjeuner. Ils ont pu atteindre leur quota. Même Théo Franken l'a publié sur sa page, tout fier de sa politique néo-nazie! Rafler les plus faibles, au lever du soleil, en mode zombie complètement crevés et à bout de tout! On sait qu'on ne pourra rien faire, que, quand ils sont là, on ne peut pas leur dire d'arrêter et de ne pas les embarquer, les menotter à l'aide de colsons... Mais on essaye, on crie, on hurle, on leur dit que ce qu'ils font est inhumain, honteux, qu'ils reproduisent des scénarios qu'on commémore aujourd'hui... (...)
Plus les heures passent et plus le car se remplit. On compte environ 25 arrestations dont une femme et des mineurs. Théo en a compté 21, dont 15 majeurs, dont 9 détenus (donc 6 mineurs!). On s'en va, très mal psychologiquement.
Le lendemain, aujourd'hui 12/09, le parc est vide, la gare est vide. On ne compte, en tout, qu'une quinzaine d'hommes (alors qu'il y a quelques jours seulement on pouvait en compter 400). Les rafles fonctionnent bien. Certains sont en centre fermé en vue d'être renvoyés dans leur pays d'origine ou dans un autre pays d'Europe, d'autres seront relâchés (?)." 

La solidarité, heureusement, continue à s'exprimer: de 150 à 200 migrants ont été hébergés la nuit par des citoyens scandalisés par l'attitude brutale de la police et du gouvernement (4). La plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, à l'origine de cet accueil, rappelle que "la Belgique s'est engagée à accueillir plus de 3.800 demandeurs d'asile en provenance de Grèce et d'Italie et qu'elle a seulement accepté quelque 900 personnes". La plateforme demande aussi à la Belgique "d'activer la clause de souveraineté contenue dans les accords de Dublin afin de ne plus renvoyer les demandeurs d'asile concernés en Italie et d'examiner leur situation en Belgique". Comment s'étonner que l'Union européenne soit tant conspuée? Elle est si souvent utilisée par des Etats membres pour se dédouaner de leurs responsabilités, voire pour justifier leurs attitudes inhumaines.

En Allemagne, beaucoup de jeunes s'apprêtent à voter dimanche pour Angela Merkel parce qu'elle a su mener une politique très volontariste d'accueil des candidats réfugiés. Ce qu'on appelle là-bas la Willkommenskultur. Elle n'est pas exempte de problèmes et les manifestations de haine vis-à-vis des étrangers nouvellement arrivés ont, hélas,  été nombreux en Allemagne aussi. Mais l'affirmation claire de la chancelière de vouloir ouvrir largement les portes de son pays à ceux qui en ont besoin permet de se sentir fier de son propre pays (5). Ce n'est pas le cas partout.

(1) http://www.lalibre.be/actu/belgique/la-collaboration-entre-theo-francken-et-le-soudan-cree-la-polemique-59c15df7cd70fc627d9e3339
(2) http://www.lesoir.be/115198/article/2017-09-20/theo-francken-exige-des-excuses-apres-une-publication-des-jeunes-ecolo
(3) publié sur Facebook.
(4)http://www.levif.be/actualite/belgique/pres-de-200-citoyens-hebergent-des-migrants-pour-les-proteger-des-rafles-a-bruxelles/article-normal-726905.html
(5) https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/ellwangen-les-hotes-sintallent-dans-la-routine

samedi 16 septembre 2017

Le mépris

Ils sont arrivés en France, après mille détours, après avoir fui les menaces et/ou la violence dans leur propre pays, après avoir parfois subi la torture et/ou l'emprisonnement chez eux ou sur la route de leur exil forcé. Ils pensaient, espéraient être arrivés au bout de leur chemin de croix, en étant accueillis, de manière correcte et humaine, dans un Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO). Ils ne demandaient qu'une chose: s'intégrer, s'inventer une nouvelle vie. Et simplement vivre. Enfin. Librement. Ils s'étaient mis, avec opiniâtreté, à étudier un alphabet et une langue qui leur étaient étrangers, ils apprenaient les codes de ce qu'ils pensaient être leur nouveau pays, ils se montraient reconnaissants auprès des professionnels et des bénévoles qui leur venaient en aide.
Ils pensaient sans doute que dans le pays des Droits de l'Homme on les écouterait, on les respecterait, on leur ferait une place, même modeste. L'un d'eux avait intégré un lycée, un autre s'apprêtait à entamer des études d'électricien, tous espéraient se rendre utiles dans la société.
Ils ont 19 ans, 21 ans, 25 ans, 33 ans, 49 ans, ils s'appellent Ismaïl, Abdallah, Reda, Fekado, Mohamed, Osman, Saber. Ils ont un nom et découvrent qu'ils ne sont qu'un numéro de dossier. Leurs espoirs se trouvent aujourd'hui broyés par une machine administrative aussi hypocrite que peut l'être un être humain. Les voilà, une fois de plus, déracinés, expédiés d'un CAO à un PRAHDA (Programme d'Accueil et d'Hébergement des Demandeurs d'Asile), d'une ville où ils commençaient à tisser des liens, à une autre où ils ne connaissent personne et ne peuvent avoir accès à Internet.
Le diable s'habille en PRAHDA, un nom rédigé en novlangue: "le PRAHDA, estime une bénévole d'une association qui tente de leur venir en aide, consitue actuellement un dispositif national destiné à transférer très rapidement et discrètement les déboutés et surtout les demandeurs en procédure Dublin. Tout est fait pour qu'ils ne puissent pas exercer efficacement de recours."
Après le PRAHDA, ce sera le CRA, Centre de Rétention administrative. Et, de là, le renvoi vers le pays de l'Union européenne où ils ont été pour la première fois enregistrés. Le plus souvent, pour les amis soudanais dont je parle ici, ce sera l'Italie. Qui, principale porte d'entrée en Europe pour les demandeurs d'asile africains, est débordée par des afflux quotidiens et les renverra en France qui les rejettera une fois encore. Comme de vulgaires colis que personne n'aurait commandés. 
Ils sont les juifs errants du XXIe siècle. Qui parmi les responsables politiques, de tous niveaux, les verra enfin comme une chance et non comme un fardeau dont on se débarrasse comme d'une cannette qu'on jette par la fenêtre de la voiture en espérant ne pas être vu? Qui les verra comme des êtres humains plutôt que comme des chiens qu'on chasse à coups de pied?

Pour vouloir le monde parlé, 
Soudan, mon Soudan, 
Celui d'la parole échangée, 
On s'casse les dents. 
Oh, oh, oh, et je rêve 
Que Soudan, mon pays, soudain, se soulève... 
Oh, oh, 
Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça. 

Alain Souchon

(Re)lire sur ce blog
- "Etre ou haïr", 8 août 2017;
- "Dans le mur", 10 février 2017;
- "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.

vendredi 8 septembre 2017

Une maladie de l'avenir

Récemment (1), j'évoquais ici les propos répugnants et répulsifs, diffusés sur son blog, d'un prêcheur islamiste, français d'origine algérienne, qui vomit les femmes qu'il considère comme des sous-êtres. Etant entendu que lui a tout compris et est, du haut de sa supériorité de mâle, l'intelligence incarnée. On en rirait si ces positions n'étaient de plus en plus partagées.
L'écrivaine franco-marocaine Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, vient de publier "Sexe et mensonges", un livre sur la vie sexuelle au Maroc qui repose sur des témoignages de femmes. 
Parlant de cet ouvrage, l'écrivain algérien Kamel Daoud estime qu'une de ses révélations est "le démantèlement d'une vieille croyance positiviste: le patriarcat, le machisme, la femme comme être minoré, ne sont pas le reliquat d'une culture qui s'imbrique mal dans l'universel et endosse mal la mécanique de la modernité, mais une construction du présent. Ce n'est pas une maladie du passé qui persiste, mais une maladie de l'avenir qui s'installe. Ce qui s'y joue n'est pas le poids de traditions rigides que l'on peine à décarcasser, mais un néoconservatisme qui a pris de la force, de la place, des leviers de pouvoir et même les armes. Les régimes autoritaires cultivent le deal avec des bigots qui ont imposé les termes du débat sur la sexualité: elle est menace, invasion, déstabilisation, trahison... De quoi souder les rangs contre la femme, au nom de Dieu, de la Femme vertueuse, de la Culture, de la Différence." (2)
En écho, Leïla Slimani en appelle "à la raison des Lumières et à l'horizon de l'universalité. Oui, on est des musulmans, on a notre culture, mais il faut arrêter de considérer que tous nos droits sont culturels. On peut aussi revendiquer des droits parce qu'ils sont universels et que, avant d'être marocains, musulmans ou femmes, on est des êtres humains. Sans être les otages de notre culture. Notre culture, c'est quelque chose de mouvant. On peut la faire changer. Et tout ne va pas s'écrouler." (3)
Kamel Daoud encore, avec ces propos qui se passent de commentaire: "nous sommes malheureusement, coincés entre le You Porn et le You pray, refusant la vie, rêvant de la mort comme orgasme, de l'au-delà comme seule compensation. Erigeant la spécificité culturelle là où nous avons peur d'aller vers l'autre, de le toucher, l'aimer, le désirer. Parce que castrés dans leur présence au monde, nos hommes se vengent par l'excision juridique, sociale et physique des femmes".

(1) "La fabrique d'islamophobie", 30 août 2017
(2) "Entre You Porn et You Pray", L'Obs, 31 août 2017.
(3) "Les femmes, le sexe et l'islam", L'Obs, 31 août 2017.

mercredi 6 septembre 2017

Sur la mauvaise pente

Il y a de nombreuses années, le Chat (de Philippe Geluck), toujours prêt à partager ses connaissances scientifiques, répondait à cette question complexe: "comment savoir si l'on est dans une montée ou dans une descente?". C'est facile, expliquait-il, il suffit de se munir d'un ballon et de le lâcher. S'il part vers le haut, c'est qu'on est dans une montée, vers le bas, dans une descente. 
La même expérience peut s'opérer avec un vélo. Si le vélo avance seul sans que le cycliste ne donne le moindre coup de pédale, c'est que le vélo est dans une descente.
Ce phénomène incroyable semble ignoré de nombre de complotistes qui visiblement (1) n'y ont pas pensé, tant ils sont persuadés avoir découvert la preuve que le vélo de Froome est truqué.
Bien sûr, on peut avoir des doutes autant sur le dopage électrique de nombre de vélos de course que sur le dopage chimique des cyclistes professionnels qui les montent. Autre chose est de diffuser urbi et orbi des conclusions aussi hâtives que stupides à partir d'un vélo et d'un cycliste qui avancent pendant cinq secondes.
On voit par là qu'il peut être utile de quitter de temps à autre son écran pour faire de la marche ou du vélo et ainsi découvrir que le monde est moins plat que notre encéphalogramme. 

Faites notre test (niveau débutants):
sur quelle(s) photo(s) le vélo est-il dans une descente?







(1)

dimanche 3 septembre 2017

Rire de mourir

Charlie Hebdo devrait supprimer ses unes et commencer immédiatement par la page 2. Ses unes font trop souvent polémique. Récemment (1), c'est un dessin dénonçant la violence d'un certain islam qui choquait les culs bénis. Voilà que la une de mercredi dernier scandalise, nous dit-on, des élus et des journalistes américains. Elle est drôle, pourtant, cette une dont le dessin de Riss représente des drapeaux nazis à moitié immergés sous une pluie battante et des mains tendues qui sortent de l'eau. On y lit "Dieu existe! Il a noyé tous les néonazis du Texas!". Shocking pour de bonnes âmes américaines (2). L'une d'elles trouve cette une "méprisable" mais reconnaît que les dessinateurs de Charlie ont quand même "la bénédiction de Dieu pour la publier." Un autre affirme qu'il n'est plus Charlie. Un autre encore estime que par peur de l'islam Charlie s'attaque aux victimes de tempêtes. "Les terroristes musulmans ont gagné", affirme cet homme qui visiblement ne lit jamais Charlie Hebdo.
Ces braves Américains devraient, au contraire, se réjouir de voir que - enfin - Charlie Hebdo croit en l'existence de Dieu. Mais non, ils s'offusquent d'un dessin qui se moque non pas des victimes de l'ouragan mais des néonazis qui récemment se sont tristement illustrés à Charlottesville et à qui l'élection d'Ubu Trump semble avoir donné une vraie fierté et une arrogance insupportable.
Au-delà de l'incompréhension de tel ou tel dessin, se posent des questions: la caricature peut-elle être limitée? Doit-elle, peut-elle être, sans perdre son sens, politiquement correcte?  Les néonazis ou les islamistes le sont-ils, eux, politiquement corrects? Et enfin ne peut-on rire de la mort, elle qui se rit de nous chaque jour?
L'humour nous fait rire tant qu'il ne nous touche pas personnellement. Le répertoire des Misters des Voix picardes, dont j'ai fait partie, ne comportait que des chansons "tristes et affligeantes". Nous chantions - à notre façon - la maladie, la mort, les accidents de la route, les violences familiales, les échecs, la dépression, le handicap et tant d'autres aspects noirs de la vie. Les spectateurs nous disaient avoir beaucoup ri, sauf, nous disait l'un, de cette chanson sur la maladie, lui qui venait d'en connaître une "longue et pénible"; sauf, nous disait une autre, de cette chanson sur le chômage, elle qui venait de le vivre trop longtemps; sauf, nous disait un troisième, de cette chanson sur la mort, lui qui l'avait trop souvent côtoyée. Mais toutes les autres les avaient fait beaucoup rire.
Si l'humour ne sert qu'à rire des autres et pas de soi a-t-il tout son sens? 
Ceci dit, imaginer ces red necks texans, si fiers de la couleur de leur peau et se moquant de ceux qui n'ont pas la même, les imaginant donc, ces producteurs de pétrole victimes du dérèglement climatique, le cul (et le reste) dans l'eau me fait rire. Allez savoir pourquoi.

(1) sur ce blog, "Padam padam", 23 août 2017.
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/01/les-americains-choques-par-la-une-de-charlie-hebdo-sur-les-sinistres-dharvey_a_23193204/?utm_hp_ref=fr-homepage

mercredi 30 août 2017

La fabrique d'islamophobie

On reçoit d'un ami (qui nous veut du bien) une invitation à jeter un œil averti sur le blog d'un certain Issa Hamad. On y lit son billet intitulé "La femme diplômée et ses cornes diaboliques" (1). Dès les premières lignes, on pense à un gag, à une provocation qui va rapidement se dévoiler comme telle. Mais non, il faut se rendre à l'évidence (à défaut de se rendre à la raison): c'est très sérieusement que cet " auteur musulman maghrébin engagé" écrit que les filles "n'ont pas l'intelligence de comprendre quoi que ce soit", que "leur raison d'être" est de "devenir des épouses soumises et des mères aimantes", que "la jeune femme diplômée n'est qu'une petite idiote prétentieuse" et un fatras de bêtises du même tonneau. On se dit que ce texte doit dater du bas Moyen-Age, mais non, il est daté du 7 juillet de cette année. Nous sommes donc bien dans d'obscures années.
Un autre de ses billets s'intitule "La femme est un grand vide". Et il s'explique: "un vide sidéral qui ne désire cependant qu'à être rempli, être comblé. Ça tombe bien, l'homme est un remplisseur dans l'âme. Seulement voilà: le vide féminin engloutit toujours ce dont on le remplit." Ce qui est étonnant avec cet "auteur", c'est qu'il dénonce du haut de sa grandeur et de sa suffisance masculines la prétention féminine. A-t-il une mère, ce grand penseur, des sœurs, une compagne, des filles? N'a-t-il donc que mépris pour elles? Les considère-t-il comme stupides? A-t-il déjà discuté avec une femme, quelle qu'elle soit? A-t-il ne serait-ce que quelques notions de biologie? Croit-il, pour comparer "la femme" à "un grand vide", que seuls l'homme et ses petits spermatozoïdes créent la vie?
Algérien d'origine, habitant en région parisienne, Issa Hamad se donne des allures de Christ. Il s'est fait photographier en contre-plongée, les cheveux au vent. Visiblement assez jeune, il ne supporte pas "la modernité" (2) et est fier de se présenter comme un autodidacte sur les plans religieux et intellectuel. Apparemment, il n'a pas encore lu Charles Darwin, Simone de Beauvoir ou Mohammed Iqbal. Il doit évidemment détester Abdennour Bidar qu'il doit classer comme beaucoup d'autres intellectuels contemporains parmi les traîtres. On pense à celui-ci cependant quand il dit que "beaucoup de nos concitoyens de culture musulmane cherchent à élaborer un rapport libre à leur religion  - et non pas à être sempiternellement encadrés par des clercs, même éclairés. Ils en ont assez des prêchi-prêcha! Ils cherchent une relation intelligente, instruite, contemporaine, à leur foi et à la civilisation islamique mais ils ne trouvent presque rien... ou plutôt si hélas! Ils trouvent sur internet des textes de prêcheurs qui se font passer pour des penseurs." (3)

Ce n'est guère une surprise, Issa le prêcheur croit non seulement en son dieu mais aussi qu'existe un "Système mondialiste" qui oppresse le "musulman maghrébin éveillé de France" et qui promeut le métissage (que lui abhorre). Il a écrit un livre, "à la radicalité assumée", pour sauvegarder l'identité des musulmans de France.
Au-delà des bêtises d'un autre âge qu'il exprime sur son blog (il faut le reconnaître, avec un certain talent), l'homme s'avère dangereux, appelant clairement à la violence. Dans un billet intitulé "CHIRK, le crime impardonnable" (4), il affirme que "si le Prophète était avec nous en ce moment, ce sont ces nouvelles idoles (il cite notamment la République, BNP Paribas et le FC Barcelone) qu'il détruirait sans ménagement. Il bombarderait Wall Street et la City, les stades, les parlements, et toutes sortes de tours de Babel modernes, symboles de l'orgueil et des sacrilèges de notre temps. Il raserait tout ce qui usurperait la moindre parcelle de l'autorité divine. Il n'est plus avec nous. C'est donc à nous de le faire!".
Y aura-t-il quelqu'un pour faire taire ce fou de Dieu qui prétend prendre la place du Prophète? (Et d'ailleurs n'est-ce pas blasphémer que vouloir prendre cette place?) Au nom de la liberté d'expression a-t-on le droit de mépriser publiquement à ce point les femmes et, pire encore, d'appeler aux attentats? Combien sont-ils sur internet à distiller leur fiel, à répandre leurs "analyses" perverses, à appeler à la violence contre la société, à vomir leur haine des femmes, de la modernité, de l'Occident, du monde, de tous ceux qui ne pensent pas comme eux? Que font-ils de positif de leur vie? Qu'ont-ils reçu de la société? Que lui rendent-ils? De quoi vivent-ils? On aimerait avoir des réponses à tant de questions. Et à celle-ci aussi: savent-ils qu'ils sont, ces sinistres prophètes, les premiers fabricants de l'islamophobie?

Lorsque sans parti pris
On établit le bilan d' l'humanité d'aujourd'hui
I d'vient limpide comme un clair de lune 

et lumineux comme un clerc de notaire
Qu' c'est pas d' sitôt qu'les hommes s'ront frères
Et qu' malheureusement au contraire
Nous vivons à présent
Sous le signe affligeant
De la haine et d' ses affluents

C'est triste et déprimant !
Y a de la haine partout
Y a d' l
a haine tout autour de nous
Surtout partout où
Tout se passe par en d'ssous
De mémoire de grincheux
Jamais dans les yeux
On n' vit tant d'regards haineux

Ah y en a-t-y, y en a-t-y
De cette haine qui
Saoule les esprits qui
Perdent le sens d'la fraterni-
-té et ainsi
Çui d' l'altruisme aussi

(extrait de "Tyrolienne haineuse", Pierre Dac)

(1) http://www.issahamad.net/la-femme-diplomee-et-ses-cornes/#comment-132
(2) l'usage d'un blog, c'est moderne, non?
(3) "Plaidoyer pour la fraternité", Abdennour Bidar, Albin Michel, 2015.
(4) 11 juillet 2017.



dimanche 27 août 2017

De bruit et de fureur

Rien ne semble pouvoir déstabiliser Ubu Trump. Plus il accumule et profère de bêtises, plus il est sûr d'avoir raison, même si c'est contre le reste de l'humanité. Il semble d'ailleurs que plus on le contredit ou on le critique, plus il se sent renforcé dans son jugement. Qui est forcément le meilleur. Même si ce jugement est l'exact contraire de celui qu'il énonçait la veille. Mais peu lui chaut à lui qui n'a pas plus de mémoire qu'un poisson rouge et a moins de culture qu'un mollusque nouveau né.
Le chantre du repli américain joue à celui qui a le plus gros zizi avec Kim Jong-Un et avec Nicolas Maduro et se dit prêt à mettre la planète (ou en tout cas une bonne partie) à feu et à sang pour démontrer qu'il peut faire mal dans les cours de récré. Certains y voient une nouvelle version de la "stratégie du fou" qu'appliquait Richard Nixon pour faire croire qu'il était prêt à tout - et surtout au pire - pour mettre fin à la guerre du Vietnam. Mais, comme le craignent d'autres, est-on certain avec Trump qu'il s'agit d'une stratégie et pas juste de l'état d'un esprit insuffisamment équilibré?
L'homme qui n'a pas peur de regarder le soleil dans les yeux peut tout. "Il peut susciter le chaos et exister dans l'œil de son propre cyclone", écrit le romancier américain Jérôme Charyn (1). Les vacances ne sont pas pour lui. Il faut qu'il soit dans le regard de chaque observateur. Ses sept premiers mois d'exercice du pouvoir n'ont été qu'un numéro de claquettes ponctué par un cri primal. Il ne peut pas survivre hors du halo de sa propre fureur."
Le joueur de golf à qui il arrive aussi d'être président de son pays a laissé entendre qu'il ne faisait aucune différence entre racistes et anti-racistes. Pressé par ceux qui essaient (assez vainement) de le conseiller, il a fait marche arrière avant de revenir à des propos associant anti-racisme et violence, estimant aussi que "il y a des gens très bien des deux côtés", donc également du côté des racistes et des suprémacistes. Bref, il en revient à ses fondamentaux. Michael D'Antonio, son biographe, affirme (2) que Trump "a un point de vue raciste sur le monde. Au fil des ans, il a manifesté du ressentiment à l'encontre de tous les groupes à l'exception des hommes blancs". Lui et son fils, écrit Le Courrier international (3), affirment que la famille Trump croit "en l'existence d'une gradation distinguant des populations supérieures et inférieures". Une croyance qu'on pensait révolue depuis un siècle. Mais la marque Trump semble décidément être celle de la pensée (?) obsolète et abjecte. Ce blanc fier de l'être n'est en fait qu'un pâle type. Mais peut-être faut-il éviter de le lui dire? Il en tirerait un peu de fierté.

Père Ubu. - Alors, voilà. Je tâcherai de lui marcher sur les pieds, il regimbera, alors je lui dirai: MERDRE, et à ce signal vous vous jetterez sur lui.
Mère Ubu. - Oui, et dès qu'il sera mort tu prendras son sceptre et sa couronne.
(Alfred Jarry, Ubu Roi)

(1) "Le Donald Show", Charlie Hebdo, 23 août 2017.
(2) dans The Boston Globe, cité par le Courrier international, 24 août 2017.
(3) "Le racisme est dans l'ADN de Trump", le Courrier international, 24 août 2017.

mercredi 23 août 2017

Padam padam (air - trop - connu)

Une fois encore, les culs bénis sont choqués. Sans doute ou peut-être (on l'espère en tout cas) déplorent-ils les morts et les blessés des attentats islamistes qu'a connus l'Espagne ces derniers jours, mais ils sont surtout révoltés par la une de Charlie Hebdo ce jour. Un dessin de Juin (1) y montre deux personnes mortes, couchées sur la route,  tandis qu'une camionnette s'éloigne. Au-dessus d'eux, cette phrase: "Islam, religion de paix... éternelle". Les culs bénis trouvent que Charlie Hebdo fait preuve, "une fois de plus", d'islamophobie (2), un terme inventé pour interdire toute critique de l'islam. On n'aurait donc pas le droit de dénoncer et de condamner le rôle de l'islam dans cette folie furieuse qui transforme tant de jeunes en assassins?
Dans son édito dans le Charlie de ce jour (3), Riss constate que "les débats et les interrogations sur le rôle de la religion, et plus particulièrement de l'islam, dans ces attentats ont complètement disparu".
Les culs bénis dénonce les amalgames entre terrorisme et islam. Mais qui fait ces amalgames, sinon ces terroristes qui tuent (le plus souvent sans même savoir précisément pourquoi) au nom de l'islam? Qui fait ces amalgames, sinon des imams qui prêchent la haine plutôt que la paix (l'un d'eux est considéré comme le cerveau du réseau des djihadistes qui ont tué en Espagne)? Combien de mosquées ont dû être fermées dans nos pays parce qu'elles étaient des nids de djihadisme? D'où vient la violence? D'un dessin? De Charlie Hebdo? Que les culs bénis réfléchissent un peu, s'ils en sont capables. Cette violence vient d'un dévoiement inacceptable d'une religion qui, oui, se présente comme les autres comme une religion de paix, mais est devenue, pour certains de ses "fidèles", arme de guerre.
"Pour épargner aux musulmans modérés l'affront de relier leur foi à la violence djihadiste, écrit encore Riss, on a méthodiquement dissocié islam et islamisme. Pourtant, l'islamisme fait partie de l'islam. Lorsqu'on critique l'Inquisition et ses crimes, on ne détache pas cette mouvance fanatique du reste de l'église catholique." Mais les culs bénis, quand on les a frappés sur la joue droite, n'aiment rien tant que tendre la joue gauche aux terroristes qui croient servir Allah et Mahomet en massacrant aveuglément.
Dans la Nouvelle République (4), Ouzah Bouregaya, musulman de Châteauroux, en appelle à une réaction des siens: "ce que j'aimerais voir, c'est un soulèvement de notre communauté afin de dénoncer cette violence qui ne correspond pas du tout aux préceptes de l'islam". Il déplore que des dizaines de milliers de personnes soient capables de descendre dans les rues pour un match de football opposant France et Algérie, mais que ces attentats "ne suscitent pas cette même ferveur".
Mais les culs bénis se scandalisent des appels lancés aux musulmans à protester contre la prise en otage de leur religion par des névrosés de tous âges. 

(1) https://charliehebdo.fr
(2) http://www.huffingtonpost.fr/2017/08/22/charlie-hebdo-taxe-dislamophobie-avec-sa-une-sur-les-attentats-en-espagne_a_23157786/?utm_hp_ref=fr-homepage
(3) "Les autruches en vacances", Charlie Hebdon, 23 août 2017.
(4) "Attentats: j'aimerais voir un soulèvement", La Nouvelle République - Indre, 22.8.2017.
A (re)lire sur ce blog:
- "Padam, Padam, Algam", 25 mars 2016;
- "Répugnante manifestation et saine colère", 28 mars 2016.

Post-scriptum: sur le même sujet:
https://www.marianne.net/politique/les-anti-charlie-hebdo-lancent-leur-charge-de-rentree

mercredi 9 août 2017

Jean Neymar *

Ainsi donc le club du Qatar-Saint-Germain a acquis pour la coquette somme de 222 millions d'euros un jeune joueur brésilien. L'indécence du milieu du foot n'a jamais eu de limites et semble même chercher à repousser celles-ci en permanence. La presse s'est associée à l'hystérie, multipliant les articles sur le prodige, le Huffington Post allant juqu'à lui consacrer, il y a quelques jours, les cinq premiers billets de sa page d'accueil. La Tour Eiffel a été illuminée spécialement pour célébrer l'arrivée du gamin à Paris. Mais après tout, quand on débourse une telle somme, il aurait mesquin de  ne pas le faire. Le jour de son arrivée en France sera-t-il désormais férié?
Payer des ponts non pas d'or mais de diamants pour s'offrir des joueurs - aussi talentueux soient-ils - a quelque chose de profondément vulgaire et insultant. Bien sûr pour tous ceux qui meurent de faim ou qui dorment dans la rue, mais aussi pour tous ces gagne-petit qui paieront bien chère leur place pour aller voir jouer ces nababs en culottes courtes.
Fidèle à lui-même, Charlie Hebdo a publié sur sa page Facebook un dessin de Juin qui annonce "le joueur le plus cher pour les ultras les plus cons". Le dessin représente un supporteur du PSG qui confirme: "Dans la vie tout se mérite". Dans son numéro papier de ce jour, Charlie Hebdo publie un "florilège" de commentaires reçus à propos de ce dessin. Aucun d'eux ne mérite d'être une fois encore diffusé, mais tous confirment, dans leur assauts de grossièreté, la justesse du dessin. CQFD.

* Bon... je suppose que d'autres ont dû faire avant moi ce jeu de mots (facile, je le concède). Mais comme je ne l'ai pas encore lu ailleurs, je me permets...

mardi 8 août 2017

Etre ou haïr?

On peut donc être (au moins virtuellement) envoyé en prison pour avoir aidé des personnes en détresse: Cédric Herrou vient d'être condamné, par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, à quatre mois de prison avec sursis (1). Sa faute: avoir convoyé, hébergé et soigné des candidats réfugiés (2). Ceux qui les laissent sur le bord de la route, en détournant les yeux, ne devraient-ils pas être condamnés pour non assistance à personnes en danger? On se le demande donc: qu'est-on censé être quand on est un être humain? Comment peut-on, comment doit-on exprimer sa solidarité avec celles et ceux qui fuient la guerre et la misère?
Pendant ce temps, de sombres individus ont affrété un bateau pour renvoyer vers les côtes africaines ceux qui pour sauver leur peau tentent de gagner l'Europe (3). Ces identitaires sont jeunes, nous dit-on, mais si vieux dans leur tête qu'ils craignent de ne plus savoir qui ils sont, si des demandeurs d'asile s'installent chez eux. Les pêcheurs tunisiens dénoncent leur racisme et sont décidés à bloquer leurs ports pour empêcher d'accoster le bateau de la haine (4). Il s'appelle C-Star, mais son étoile est morte. Cédric Herrou, lui, s'est rangé du côté de la vie.

(1) http://www.lesoir.be/108307/article/2017-08-08/france-peine-alourdie-en-appel-pour-cedric-herrou-coupable-daide-aux-migrants
(2) (Re)lire sur ce blog "Dans le mur", 10 février 2017, et "Je cherche un homme", 22 janvier 2017.